‹ Dictionnaire populaire de médecine usuelle d'hygiène publique et privée (volume 2)Chapitre 144 sur 344 · NO L · texte numérisé non relu

NO L

constaté, mon laborieux ami Bourneville, il y a des troubles de la vue : les individus voient mi-parlie jaune et noir les personnes qui les entourent, ou croient apercevoir des flocons de neige, des étincelles, des cercles diversement colorés, des figures bizarres d'animaux. Enfin, le système musculaire est pris tantôt de convulsions, tantôt de paralysie, et les batlements du cœur et les mouvements respiratoires après avoir été accélérés se ralentissent et, si la dose de nitrite d’amyle respirée est trop forte, ces mouvements peuvent s’arrêter et l’individu meurt par asphyxie.

Usages. — Les indications thérapeutiques du nitrite d’amyle se trouvent surtout dans les propriétés incontestables qu'il possède d’exciter le cerveau et le cœur. 11 a été administré avec succès dans les cas d’anémie cérébrale quelle qu’en soit la cause, principalement dans l'anémie cérébrale des individus atteints d’affections de l'aorte, et les syncopes qui sont si fréquentes chez eux. Il a produit aussi d’excellents résultats contre l’angine de poitrine et l’asthme. Le l)r Clapham le conseille contre le mal de mer et prétend avoir obtenu 121 succès sur 124 passagers. Bourneville l'a administré contre l’épilepsie et l’hystérie et lui attribue une action incontestable contre cette maladie: il prétend que, sous son influence, il a vu les attaques diminuer en nombre et en intensité. Dujardin-Beaumetz, au contraire, déclare que ce médicament provoque une attaque violente au moment même où on l’administre et le trouve absolument contre-indiqué dans ces deux affections.

Lorsqu’on veut employer le nitrite d’amyle, il faut, tout d’abord, s’assurer qu’il est absolument pur, car il est souvent mélangé d’acide cyanhydrique qui est un poison très violent. De plus il faut avoir soin qu’il ne s’altère pas et, pour cela, le conserver dans un flaron bien bouché et d'une teinte qui le mette à l’abri des rayons lumineux. Enfin, au moment d’en faire usage, il est indispensable de s’assurer que sa réaction n’est pas acide, car, si elle l’était, c’est que le produit est altéré.

Une fois toutes ces précautions prises, comment faut-il administrer le nitrite d’amyle? Le moyen le plus simple, le plus commode, celui qui donne les résultats les meilleurs et les plus certains, c’est l’inhalation. Il suffit pour cela de répandre sur un mouchoir 5, 6, 8 et même 10 gouttes du liquide et de le faire respirer au malade : l’effet se produit très rapidement. Comme le nitrite d'amyle s'évapore excessivement vite, les Anglais le conservent dans des tubes capillaires de verre fermés à la lampe qui contiennent chacun 10 gouttes de liquide. 11 n’y a qu’à briser ce tube juste au moment voulu et a respirer son contenu. Dr Paul Labarthe.

NITRO-GLYCÉRINE. — La nitro-glycérine est un corps liquide, lourd, huileux, d’une odeur faible, éthérée et aromatique, d’une saveur sucrée, puis amère et brûlante, insoluble dans l’eau, peu soluble dans l’alcool froid, soluble dans l’alcool bouillant et l’éther, détonant très facilement et très violemment par le choc. Pour la préparer, on verse goutte à goutte de la glycérine dans un mélange d’acide nitrique et d'acide sulfurique concen-

trés, puis en jetant ce mélange dans l’eau, elle se sépare facilement. La nitro-glycérine mélangée à de la silice ou à du sable constitue la dynamite.

La nitro-glycérine exerce sur les êtres vivants une action très énergique. Une goutte sur la langue, dit le professeur Hétet, suffit pour donner une très forte migraine, et sa préparation provoque de violents maux de tête qui persistent un certain temps; il suffit de son contact avec l’épiderme des mains ou d'en respirer les vapeurs pour être atteint de ces accidents.

D'après les expériences de Bruel, il résulte que la nitro-glycérine est un poison des plus énergiques. Vulpian a contesté la toxicité de la nitro-glycé- j rine. Il existe cependant dans les annales de la science une observation bien probante d’empoisonnement par ce produit. C’est celle d’un ouvrier de l'arsenal de Wolwich qui, en 1866, avala 30 gr. ; environ d’une liqueur qu’il crut être du wisky, j et qui n’était autre que de la nitro-glycérine employée pour essayer les obus. 11 mourut au bout de quatre heures, en proie à de violentes coliques et le corps couvert de taches noirâtres ecehymotiques. Les expériences auxquelles s’est livré notre ami Dujardin-Beaumetz, en 1883, expliquent cette dif- j férence d’opinion entre Bruel et Vulpian. Elles démontrent qu’en effet, tandis que la nitro-glycérine paraît avoir une action très énergique chez l’homme, < les effets physiologiques sont à peine appréciables " chez les animaux, le chien et le lapin; de telle . sorte que, tandis que 10 gouttes de solution alcoolique au 100e déterminent chez l’homme des phé- 1 nomènes toxiques, on peut introduire chez le chien,

12 grammes de cette solution sans produire de phénomènes appréciables.

Au point de vue de l’action physiologique, la nitro-glycérine est identique au nitrite d'amyle (V. ce mol).

La nitro-glycérine est assez employée en An- gleterre depuis 1879. A cette époque, le Dr Murrel * l'a essayée avec succès contre l’angine de poitrine, j-j Après lui, des médecins français, principalement Huchard et Dujardin-Beaumetz, l’ont expérimentée contre cette affection et en ont retiré d’excellents effets. Ce médicament a ensuite élé appliqué contre les maladies de cœur, contre l’asthme, Y contre la migraine due à l’anémie, contre l’albu-ij minurie chronique et a produit de bons résultats.

En 1885, le professeur allemand Rossbach l’a administrée avec succès dans la néphrite interstitielle.

Voici le meilleur mode d’administration de ce médicament : on fait prendre toutes les quatre heures une goutte d’une solution alcoolique au centième de nitro-glycérine dans 15 grammes d’eau, et on augmente la dose jusqu’à 5 et même 10 gouttes toutes les quatre heures. Dr Paul Labarthe.

NODOSITÉ. — NODUS. — On désigne sous ce nom de petits renflements d’une petite portion d’un tendon ou d’un faisceau fibreux, constitués par une espèce d’hypertrophie ou d’engorgement de ces organes, généralement insensibles, si ce n’est pendant les temps humides, et contre lesquels on ne fait pas de traitement. p. l.

Page 1