‹ Dictionnaire populaire de médecine usuelle d'hygiène publique et privée (volume 2)Chapitre 209 sur 344 · II. Organe phonateur mal conformé ou ineom plet · texte numérisé non relu

II. Organe phonateur mal conformé ou ineom plet

Défauts de prononciation causés par

Perforation de la voûte palatine.

Division du voile du palais.

Absence de la langue, etc.

III. Troubles de la parole consécutifs ou causés' par des lésions centrales (aphonie, paralysie labioglosso-laryngée, etc.).

Tous les défauts de prononciation proprement dits, c’est-à-dire tous ceux qui existent chez des personnes ayant un organe phonateur bien conformé et complet, comme le bégaiement ou la blésité (V. ces mots), sont susceptibles d’une entière guérison au moyen d’exercices méthodiques spéciaux.

Ceux qui sont produits par la perforation de la voûte palatine peuvent aussi disparaître en grande partie, après toutefois que la fissure palatine a été comblée, au moyen d’une opération (V. XJranoplastie, Slaphylorrhaphie).

11 n’y a que les troubles de la parole d’origine cérébrale qui échappent à l’action pédagogique et qui relèvent de la médication spéciale aux affections qui les ont produits. Dr Arthur Chgrvin.

PRONOSTIC. — On donne ce nom en pathologie au jugement anticipé que porte le médecin sur la marche et la terminaison d’une maladie, en se basant sur les données tirées de la maladie elle-même (causes, prodromes, invasion, siège, marche, nature, etc.), sur des données fournies par le malade (âge, sexe, tempérament, idiosyncrasie, état moral, hérédité, etc.), enfin sur les données puisées dans les diverses influences extérieures auxquelles est soumis le malade (climat, localité, saisons, professions, etc.). p. L.

PROPHYLAXIE. — La prophylaxie est cette partie de la thérapeutique ou plutôt de l’hygiène publique et privée qui a pour but de prévenir l’éclosion d’une maladie, d’empêcher qu’elle n’atteigne les individus ou les populations. p. L.

PROPYLAMINE. — La propylamine, appelée aussi triméthylamine, est une substance qui se trouve naturellement dans certains végétaux (fleurs d’aubépine, fruits du sorbier, etc.), et dans la saumure des harengs, dans laquelle elle existe combinée avec un acide, duquel on la sépare par distillation avec la potasse. C’est un liquide incolore, transparent, soluble dans l’eau, doué d’une odeur forte, rappelant celle de l’ammoniaque, qui a été employé avec succès en 181)6, en Russie, par Awenarius et Néliabin, contre le rhumatisme articulaire aigu. En 1870, Fragier-Lagrange, et en 1872, Dujardin-Beaumetz, en France, ont fait de nombreux essais avec ce produit et ont aussi obtenu de bons résultats dans les cas de rhumatisme articulaire aigu et d’accès de goutte. Malgré cela, la propylamine n’est pas restée dans la thérapeutique, à partir du jour où les médecins ont eu entre les mains une substance beaucoup plus active, l 'acide salicy tique (V. ce mot). p. l.

PROSTATE. — Anatomie. — La prostate est un organe glanduleux, situé au devant du rectum et en arrière delà symphyse du pubis, qui embrasse la

rRü

PRO

première portion ou portion prostatique de l’urèthre chez l’homme, immédiatement au-dessus du col de la vessie.

Son volume s’accroît beaucoup avec l’âge. Très

Fig. 1095.

Appareil génital et urinaire de l’homme (Dr Fort). e. Uretère. — a. Vessie — t. Prostate. — b. Portion prostatique de l’urèthre. — c. Portion membraneuse de l’urèthre. — il. Portion spongieuse de l’urèthre. — n. Glands de Méry ou de Coowper. — o. Corps caverneux. — p. Bulbe. — r. Paroi spongieuse de l’urèthre. — s. Gland et fosse naviculaire. — f. Testicule. — g. Tète de l’épididyme. — h. Queue de l’épididyme. — h. Canal déférent. — l. Vésicule séminale. — m. Canal éjaculateur.

petite, presque rudimentaire chez l’enfant, elle se développe surtout à partir de la puberté, acquiert chez l’adulte la grosseur d’une noix, reste stationnaire pendant l’âge mûr, enfin, atteint souvent des proportions considérables (œuf de poule) chez le vieillard, et son hypertrophie est chez lui pour ainsi dire normale.

Sa forme est à peu près celle d’une châtaigne dont la base serait dirigée en haut et en arrière, et correspondrait au col de la vessie, et la pointe en bas et en avant et se continuerait avec la portion membraneuse de l’urèthre.

La prostate est en rapport : 1° en avant, avec le plexus veineux, dit plexusdeSantorini;2°en arrière, avec le rectum dont elle n’est séparée que par un tissu cellulaire lâche, de telle sorte qu’en introduisant le doigt indicateur dans le rectum, on trouve le sommet de cette glande à une distance de trois centimètres et, au delà, la face postérieure ellemême, lisse et consistante, avec le sillon qui la

parcourt d’arrière en avant et sépare les deux lobes latéraux; 3° sa base reçoit, en avant, le col de la vessie et, en arrière, l’extrémité des vésicules séminales et des canaux éjaculateurs; 4° enfin, son sommet, dirigé en bas et en avant, repose sur l’aponévrose moyenne du périné qui la sépare du bulbe de l’urèthre et se continue avec la portion membraneuse de ce canal.

La prostate, ainsi que l’a fait voir le professeur Jarjavay, est formée par deux lobes latéraux se regardant par leur face interne et concave, dont la portion postérieure de chacun se réunit sur la ligne médiane à celle du côté opposé. Elle est tra-

Fig. 1096.

Prostate, vésicules séminales et face postérieure de la vessie. 1. Face postérieure de la vessie. — 2, 2. — Uretères. — 3. Face postérieure de la prostate. — 4. Sillon médian de la face postérieure de la prostate. — 5, 5. Vésicules séminales. — 6, 6. Canaux déférents. — 7. Réunion des canaux déférents et des vésicules séminales.

versée obliquement de haut en bas et d’avant en arrière par le canal de l'urèthre qui, dans sa portion prostatique, a une longueur de trois centimètres environ. Dans ce trajet, le canal de l’urèthre passe plus près de la face antérieure que de la postérieure. Voilà pour sa conformation intérieure.

Quant à sa structure, la prostate est formée : 1° par des glandes en grappe, de formes irrégulières, au nombre de 20 ou 30, disséminées sur le pourtour du canal de l’urèthre, mais en plus grand nombre sur sa paroi postérieure, qui s’ouvrent dans le canal uréthral par de petits orifices groupés surtout autour du t lèrumontanum (V. ce mot); 2° par des libres musculaires, les unes lisses, les autres striés, formant une trame serrée pour les glandes qu’elles séparent, et constituant la moitié ou les deux tiers du volume total de la glande. Ces fibres forment une masse beaucoup plus épaisse sur la partie postérieure au canal que sur sa partie antérieure. Les parois de l’urèthre sont très adhérentes à ce tissu glandulo-fibreux.

Les artères de la prostate proviennent des artères hémorrhoïdaires moyennes et des artères vésicales inférieures. Les nerfs, qui sont très nombreux,

PRO

PRO

proviennent du plexus hypogastique. Quant aux vaisseaux lymphatiques, également très nombreux, dont la découverte est due au professeur Sappey, ils se jettent dans les ganglions lymphatiques des parties latérales du bassin.

Fonctions de la prostate. — La prostate, qui il existe pas chez la femme, a pour fonctions de sécréter un liquide opalin, transparent, filant et visqueux, plus fluide que le sperme, appelé liquide prostatique , fourni par les glandes, et qui est émis et versé dans 1 urèthre pendant l’érection et avant 1 éjaculation et semble être destiné à lubrifier ses parois pour faciliter le glissement du sperme et sa projection. L’écoulement du liquide prostatique peut exister en dehors de l’érection et du coït, et constitue alors la prostatorrhée (V. ce mot), maladie souvent confondue avec la spermatorrhée (V. ce mot).

Maladies de la prostate. — Inflammation de la prostate. — (V. Prostatite.)

Plaies de la prostate. — Les plaies de la prostate sont, dans l'immense majorité des cas, des perforations ou dos déchirures produites par un cathétérisme maladroitement ou brutalement pratiqué. Elles ont reçu le nom de fausses routes (V. ce mot).

Abcès, fistules et cavernes de la prostate. — Les

abcès de la prostate sont le plus souvent consécutifs à la prostatite aiguë (V. ce mot). Ils sont aussi quelquefois occasionnés par la présence de calculs ou de tubercules dans cet organe; enfin on a vu des abcès provoqués par la présence d’un corps étranger dans la partie profonde du canal de l’urèthre.

La collection purulente peut se faire sur un point seulement ou sur plusieurs, soit simultanément, soit successivement, et se frayer une issue soit dans 1 urèthre (c’est le cas le plus fréquent), soit dans le rectum, soit enfin, mais plus rarement, dans le périnée. On donne le nom de caverne à la cavité vidée de son contenu purulent, et celui de fistule au trajet qui met en communication la caverne avec Lurèthre, le rectum ou la peau du périnée. Lorsque l’ouverture se fait par l’urèthre, si la muqueuse uréthrale forme valvule, il peut se faire que l’urine ne pénètre pas dans la caverne, mais ces cas sont rares. Le plus souvent celle-ci communique largement avec le canal et forme comme une poche supplémentaire qui contient toujours de l’urine et qui empêche sa cicatrisation. L ouverture par le rectum est plus avantageuse parce que le travail de cicatrisation n’est pas gêné par la présence de l’urine. Quant à l’ouverture par le périnée, elle est dangereuse à cause de l’infiltration du pus dans le tissu de cette région.

Lorsque le pus se forme dans l’abcès, le malade a de la fièvre, il éprouve une douleur très vive et des élancements continuels dans le périnée, qui augmentent d’intensité pendant les efforts de la défécation; la miction est souvent impossible à cause du ténesme et ne peut avoir lieu qu’à l’aide d une sonde dont l’introduction arrache des cris au patient. Le toucher rectal qui doit être pratiqué, quoique très douloureux, pour que le médecin puisse poser un diagnostic certain, permet de constater une augmentation de volume de la prostate,

et sur un de ses points une tumeur molle et fluctuante qui n’est autre chose que l’abcès. Nous avons dit plus haut comment ces abcès s’ouvrent. Cette ouverture se fait généralement toute seule.

Les abcès de la prostate sont graves : chez les vieillards il sont souvent mortels.

Quel doit être leur traitement? Faut-il laisser faire la nature et attendre qu’ils s’ouvrent tout seuls ou faut-il les inciser aussitôt que la suppuration se fait? Caudmont ne touchait pas aux abcès de la prostate. Presque tous les chirurgiens sont partisans de l’intervention chirurgicale hâtive: aussitôtquela suppuration est reconnue, il faut donner issu au pus. Lorsque la collection purulente proéminedu côté de l’urèthre, on peut ouvrir l’abcès par ce canal à l’aide d’une sonde en argent à bec conique, qu’on introduit et qu’on pousse avec une certaine force lorsqu’elle arrive au niveau de la collection ; mais c’est là un procédé dangereux et difficile. On préfère généralement attaquer l’abcès par le rectum. Pour cela on introduit le bistouri à plat sur l’index dans le rectum, après avoir au préalable recouvert de diachylon toute la lame sauf la pointe; puis on relève le tranchant de l’instrument contre la prostate et on incise largement.

Quant au traitement des cavernes et des fistules de la prostate, il est des plus difficiles. Il faut tout d'abord empêcher la stagnation du pus et de l’urine dans les cavernes. Pour cela, on pratique dans la vessie ou le rectum, suivant que la fistule s’est ouverte dans l'urèthre ou le rectum, de fréquentes injections d’eau pure. Certains chirurgiens recommandent de sonder fréquemment le malade avec une sonde molle à grande courbure, lorsque l’abcès s’est ouvert dans le canal, mais en évitant, pendant le cathétérisme de porter le bec de la sonde dans le trajet listuleux et la caverne. S’il est resté une fistule rectale, il faut, ainsi que le recommandait Phillips, inciser sa paroi inférieure dans toute son étendue pour la transformer en une fistule complète que l’on traitera ensuite (V. fistule).

Tubercules de la prostate. — Les tubercules primitifs de la prostate sont très rares. Lorsqu'ils existent dans cet organe, on en trouve le plus souvent aussi dans les organes voisins, les vésicules séminales, les testicules, la vessie ou le rectum, et presque toujours dans les poumons. Le traitement de cette affection ne peut être que palliatif, car elle est incurable. Il consiste d’abord à soutenir autant que possible les forces du malade par les préparations toniques et reconstituantes, et à combattre enfin les troubles fonctionnels, douleurs, ténesme vésical, dysurie, abcès, fistules, etc., au fur et à mesure de leur apparition.

Cancer de la prostate. — Le cancer de la prostate est une affection très rare, très difficile à diagnostiquer, et incurable. Son traitement ne peut donc être que palliatif et consiste, comme pour les tubercules, à combattre les divers troubles fonctionnels qui se produisent pendant l’évolution de la maladie.

Calculs de la prostate. — Les calculs de la prostate sont assez rares, du moins les calculs proprement dits, ceux qui se sont développés dans les conduits de cet organe. Car nous ne considérons

PRO

PRO

pas comme tels les fragments de calculs vésicaux engagés, après une séance de lithotritie, dans la portion prostatique de l’urèthre, non plus que les graviers ou petits calculs venus de la vessie qui se sont engagés dans la portion profonde de l’urèthre et se sont arrêtés dans une loge prostatique.

Avec le professeur Robin, nous admettons deux variétés distinctes de calculs de la prostate : la première, gravelle phosphatique, très fréquente, sinon constante, au delà de cinquante ans, est formée de petites concrétions brunes et jaunâtres, de nature azotée, d’un diamètre variant entre un dixième de millimètre et un millimètre, d’une forme irrégulièrement ovoïde, ou plutôt pyramidale ou prismatique; la seconde, bien plus rare, est constituée par de véritables calculs, formés de substances diverses, et principalement de phosphate, de carbonate, d’oxalate de chaux, de phosphate ammoniaco-magnésien, etc. Ces calculs ont une coloration gris brunâtre ou blanchâtre; leur volume et leur forme sont très variables. Les plus petits sont arrondis ou ovoïdes et ne dépassent pas le volume d’un petit pois; les autres peuvent atteindre le volume d’une amande et même d’un petit œuf. Certains, enfin, affectent une disposition arborescente; ils sont souvent allongés, atteignent parfois une longueur de plusieurs centimètres et envahissent le canal de l’urèthre.

Lorsque les calculs sont très petits et situés dans l’épaisseur de la prostate, i^g peuvent passer inaperçus. Lorsqu’ils ont un certain volume et qu’ils sont placés au niveau du verumontanum, les malades éprouvent de la pesanteur du périnée, des envies fréquentes d’uriner et de la gêne en urinant; leur verge est presque continuellement dans un état de demiérection et lorsqu’ils se livrent au coït, le sperme sort difficilement au moment de l’éjaculation.

Mais l’existence de ces symptômes ne suffit pas pour donner la certitude de la présence de calculs dans la prostate, car ils sont communs à plusieurs maladies des voies urinaires. Pour s’assurer de l’existence des calculs, il faut avoir recours au cathétérisme et au toucher rectal. Si le cathéter introduit dans l’urèthre, donne à la main la sensation du frottement contre une surface dure et rugueuse, lorsqu'il atteint la région prostatique; si le doigt indicateur introduit dans le rectum, rencontre au niveau de la prostate un corps dur, en saillie, présentant une ou plusieurs bosselures, on peut affirmer l’existence de calculs prostatiques.

Lorsque ces calculs atteignent un certain volume, les troubles fonctionnels de la miction et de l’éjaculation sont bien plus accentués; déplus, il se forme des abcès prostatiques et des fistules qui viennent s’ouvrir dans l’urèthre, le rectum ou le périnée. Dans ces cas, un stylet passé dans le trajet fisluleux, permet de sentir le calcul.

Les calculs de la prostate constituent une affection grave. Si on les abandonne à eux-mèmes, ils peuvent quelquefois se frayer un chemin à travers la fistule qui suit les abcès occasionnés par leur présence, et être éliminés par cette voie accidentelle, mais ces cas sont tout à fait exceptionnels.

Règle générale, dès qu’on a constaté leur présence, il faut en débarrasser le malade, au moyen

de l’extraction. Celle-ci peut se fait par différents procédés, parmi lesquels nous citerons surtout l’extraction par les voies naturelles; l’extraction parla lithotritie uréthrale; l’extraction parle refoulement dans la vessie, suivi de la lithotritie vésicale; enfin l’extraction par boutonnière périnéale ou rectale.

L 'extraction directe -par les voies naturelles, c’està-dire par l’urèthre, n’est possible que lorsque le calcul fait saillie dans ce canal. Elle se pratique avec un instrument, analogue à la pince de limiter, formé d’une pince à deux branches, glissant dans une canule extérieure et munie d’une vis de pression à la poignée, qui permet, lorsqu’on tient le calcul, de le fixer solidement. Ce procédé exige beaucoup d’habileté et de patience de la part du chirurgien qui doit en outre toujours manœuvrer avec lenteur.

L 'extraction par la lithotritie uréthrale , qui n’est encore possible que lorsque le calcul fait saillie dans le canal, est aussi un procédé très difficile auquel bien peu de chirurgiens ont recours.

L' extraction par le refoulement du calcul dans la vessie, suivi de la lithotritie vésicale, qui n’est encore applicable qu’aux calculs faisant saillie dans l’urèthre, se pratique de la manière suivante : le malade étant placé comme pour l’opération de la lithotritie, le chirurgien introduit dans lecanal une grosse sonde en argent avec laquelle il va à la recherche du calcul. Dès qu’il l’a senti, tenant de la main gauche la sonde et la verge dans une position verticale, il engage la canule d’une seringue remplie d’eau tiède, qu’il tient de la main droite, dans le pavillon de la sonde, et pousse fortement le piston ‘en même temps qu’il baisse le pavillon de la sonde pour la faire parvenir dans la vessie. Cette double manœuvre a pour but de chasser le calcul dans la vessie par l’action combinée du bec de la sonde et de la forte irrigation. On recommence cette opération jusqu’à ce qu’on ait acquis la certitude que le calcul est descendu dans la vessie. 11 ne reste plus alors qu’à le broyer par la lithotritie. Ce procédé, fortement recommande par Civiale, est employé par la plupart des spécialistes.

Enfin, l'extraction par voie artificielle, qui est applicable aux calculs situés profondément dans la prostate ou faisant saillie vers le rectum, se pratique en faisant une incision à la prostate, soit par le rectum, soit par le périnée, préalablement incisés eux-mêmes. Ce procédé laisse après lui une fistule qu’il faut soigner.

Hypertrophie de la prostate. — L’hypertrophie de la prostate, appelée aussi engorgement sénile de la prostate, est une atfection caractérisée par l'augmentation totale ou partielle de cet organe, sans changement dans sa texture, et indépendante d’une inflammation ou d’une tumeur, qui se développe chez l’homme entre 50 et 60 ans, et se montre très rarement avant.

Ses causes sont mal connues. On a accusé les excès de coït, l’abus des boissons alcooliques et des aliments excitants, l’équitation, les blennorrhagies répétées, les calculs urinaires, la constipation habituelle, les hémorrhoïdes, les habitudes très sédentaires, principalement chez les goutteux, les rhumatisants et les hémorrhoïdaires, etc. En réa-

PRO

PRO

lité, nous ne savons pas au juste pourquoi la prostate s’hypertrophie chez les vieillards. La seule chose dont nous soyons certains, c’est que cette hypertrophie est un apanage de la vieillesse et qu’elle ne se rencontre que très exceptionnellement avant l’àge de 50 ans. Toutefois, nous serions assez portés, avec Mercier et plusieurs autres chirurgiens, à attribuer cette affection à l’arthritisme, qui détermine une congestion habituelle de veines liémorrhoïdales et du plexus prostatique et la stagnation du sang dans ces vaisseaux, ainsi qu’aux lésions anciennes du canal de l’urèthre qui font obstacle à la miction et la rendent difficile.

L’hypertrophie peut entraîner une augmentation de volume très variable, depuis la grosseur d'un marron jusqu’à celui d’un œuf de poule et même d’un œuf de dinde. Le poids moyen d’un prosiale étant de 15 à 18 grammes à l’état normal, lorsqu'elle est hypertrophiée, ce poids atteint le plus souvent 35 à 60 grammes. On a vu exceptionnellement des prostates hypertrophiées qui pesaient plus de 200 grammes et qui avaient la dimension d’une grosse orange. 11 y a au musée Dupuytrcn une prostate qui a 8 ou 9 fois son volume normal.

Nous avons dit, en commençant, que l’hyperlrophie de la prostate peut cire totale ou partielle.

I L’augmentation de volume porte souvent sur la totalité de la glande ; dans d’autres cas, elle est plus marquée soit sur la partie médiane, soit sur le

Fig. 1097.

Hypertrophie de la prostate et hypertrophie consécutive des parois de la vessie.

ij 1,1. Section de la portion membraneuse de l'urèthre. — 2.2. I.obes de la prostate régulièrement hypertrophiés. — 3,9. Parois de la vessie hypertrophiées. — 1,1. Oritice des uretères. — 5. Véru-

montanum.

i lobe droit, soit sur le lobe gauche. Quel que soit le lobe hypertrophié, il est exceptionnel de voir ce j lobe augmenter de volume, tandis que le reste de I l’organe conserve ses dimensions normales. Toutei fois, la partie de la prostate qui se trouve placéel au devant du canal de l’urèthre ne participe pas à l'hypertrophie du reste de la glande.

Lorsque l’hypertrophie porte sur la totalité de la prostate, sa configuration peutn'être pas modifiée, et le canal de l’urèthre n’être pas déformé, mais l’orifice interne de celui-ci se trouve soulevé; la base de la prostate se trouvant plus grosse, l’orifice du col de la vessie cesse d’être au même niveau et est porté au-dessus. Les autres diamètres de la prostate se trouvent aussi augmentés, principalement le diamètre longitudinal: cette élongation de la glande entraîne une augmentation de longueur et de calibre de la portion prostatique du canal. Lorsque l’hypertrophie porte sur les deux lobes à la fois, ils font tous les deux saillie dans la vessie et dans le canal de l'urèthre; si l’hypertrophie est

Fig. 1098.

Hypertrophie de la prostate, déterminant une stagnation d'urine mais non une rétention complète.

1,1. Section pratiquée sur la portion membraneuse de l’urèthre. — 2,2. Lobes hypertrophiés de la prostate. L'hypertrophie du lobe gauche, beaucoup plus considérable que celle du lobe droit, a déterminé une déviation du canal de l’urèthre (3).

égale dans les deux lobes, les parois latérales de l’urethre se rapprochent et son diamètre transverse est rétréci, pendant que ses parois supérieure et inférieure sont rétrécies, et le diamètre antéro-postérieur est augmenté. Dans certains cas, leur proéminence dans le canal peut être suffisante, ainsi que l’a fait remarquer Dodeuil, pour qu’ils se mettent en contact par la portion la plus saillante de leur connexité, et dans ce cas, le canal, dans la partie correspondante, se trouve bifide, divisé en deux rigoles ou canaux situés, l’un au-dessus, l’autre au-dessous du point de contact des deux lobes. Enfin, lorsque l’hypertrophie porte sur un seul lobe, celui-ci fait saillie dans le canal et dans la vessie. Dans le canal, il diminue son diamètre et dévie sa direction en sens opposé, de telle sorte que le canal présente une courbure à concavité tournée du côté du lobe sain. Dans la vessie, il obstrue plus ou moins le col de la vessie pendant la miction et rend difficile la sortie de l’urine.

PRO

PRO

On conçoit que l’hypertrophie de la prostate entraîne des troubles dans les fonctions urinaires qui varient suivant la variété de l’hypertrophie, son intensité et son ancienneté : hypertrophie des parois musculaires de la vessie, diminution dans l’énergie des contractions de la vessie qui ne se vide jamais complètement, stagnation de l’urine, inflammation chronique de la muqueuse vésicale, catarrhe muqueux et muco-purulent. incontinence d’urine, rétention d’urine, néphrite interstitielle et intoxication urineuse chronique.

L'hypertrophie de la prostate se manifeste tout d’abord par des troubles dans l’excrétion de l’urine. Le malade a des envies fréquentes d’uriner, surtout pendant la nuit. Pendant la nuit aussi, il a des érections fréquentes, longues, fatigantes et rarement suivies d’éjaculation, qui tourmentent, le malade qu’un âge avancé n’en exempte point. Lorsque le malade veut pisser, il est obligé d’atendre un certain temps avant que les premières gouttes d’urine sortent. Le jet est petit, souvent même l’urine ne sort que goutte à goutte. Certains malades n’urinent même que par regorgement. La miction est presque toujours douloureuse et la douleur se calme à mesure que la vessie se vide. Parfois le malade est pris de rétention plus ou moins complète de l'urine, alternant avec de l’incontinence. Jamais il ne vide complètement sa vessie, ce qui fait qu’il se produit une véritable stagnation d’urine qui détermine à la longue une inflammation de la muqueuse vésicale. Alors, les urines qui étaient limpides au début, deviennent troubles, nuageuses, chargées de mucus et de muco-pus, indices d'un catarrhe vésical. En même temps, la saillie formée dans le rectum par la prostate hypertrophiée, détermine du ténesme rectal et une constipation opiniâtre. Enfin, à une période avancée, l’inflammation de la vessie s’étend aux reins, il se déclare de la néphrite chronique, de la fièvre urémique; le malade tombe dans cet état de marasme particulier aux vieillards atteints d’affeclions chroniques des voies urinaires et finit par succomber.

Dès que le médecin constate chez un malade les premiers symptômes que nous venons d’examiner et qui lui font soupçonner l’existence d’une hypertrophie de la prostate, il doit, pour acquérir la certitude que c’est bien une hypertrophie en voie de développement, pratiquer le toucher rectal et le cathétérisme explorateur.

Le toucher rectal, à l’aide de l’indicateur de la main gauche, introduit tout entier dans le rectum, de façon à ce que les deux phalanges puissent manœuvrer librement, permet de constater en avant si la prostate est augmentée de volume, et dans ce cas, d’apprécier le degré de développement de chaque lobe, ainsi que leur consistance.

Le cathétérisme se pratique à l’aide de la sonde coudée de Mercier, dite sonde à béquille, ou d’une sonde à petite courbure, dont le coude soit émoussé.

Si I hypertrophie est générale, sans déformation, lorsque le bec de la sonde est arriv.é à la région prostatique du canal, le chirurgien éprouve une hésitation à la pointe delà prostate; puis le bec de la sonde s’avance sans obstacle, mais on constate

qu’il parcourt un trajet plus long que dans un canal normal pour arriver dans la vessie, et il remonte en suivant un plan incliné, tandis que le pavillon de la sonde s’abaisse beaucoup plus qu’à l’état normal entre les cuisses du malade. Ce qui prouve d’une part, que la prostate est augmentée de longueur, ce qui a entraîné l'allongement de la portion prostatique du canal, d’autre part, que l’orifice vésical est plus élevé.

Si c’est un des deux lobes latéraux qui est hypertrophié, le bec de la sonde subit un arrêt, et le chirurgien est obligé, pour le faire avancer, d’incliner la plaque du pavillon de la sonde du côté du lobe non hypertrophié, jusqu’à ce que le bec ait dépassé la tumeur formée par le lobe malade, puis de rodresser la plaque du pavillon, pour pouvoir faire pénétrer le bec dans la vessie.

Si les deux lobes sont hypertrophiés, le bec de la sonde éprouve un premier temps d’arrêt à la pointe delà prostate, occasionné par les deux lobes qui viennent se placer sur la paroi antérieure du canal. Pour faire avancer le bec, il faut lui imprimer une légère pression directement en bas vers le rectum, puis basculer très légèrement, en imprimant à la sonde de petits mouvements de latéralité qui faciliteront la pénétration du bec dans la portion prostatique du canal. Lorsque celui-ci s’y trouve engagé, si on le sent pris et serré, tandis que le talon avance facilement, c’est que l’hypertrophie des deux lobes est égale, il faut alors, pour dégager le bec et le faire avancer, le faire rentrer dans la portion du canal située derrière les lobes hypertrophiés, ce que l’on obtient en relevant le pavillon de la sonde.

Pour reconnaître l’hypertrophie de la prostate du côté de la vessie, lorsque la sonde a pénétré dans ce réservoir, on applique le bec contre le col, en la maintenant horizontale et on lui imprime un mouvement de circumduction, autrement dit de rotation sur son axe. Si ce mouvement est arrêté à un moment donné, c’est que la prostate fait tumeur dans la vessie, derrière le col. On relève alors le bec en le portant en arrière jusqu’à ce qu’il puisse continuer son mouvement de rotation. En appréciant l’étendue de l’arrêt, et la longueur de la sonde qu’on a ensuite enfoncé dans la vessie pour pouvoir continuer le mouvement de rotation, on peut mesurer d’un côté, le diamètre transverse, d’un autre, le diamètre autéro-postérieur de la tumeur.

L’hypertrophie de la prostate est une affection très sérieuse à cause des nombreux désordres très grands qu’elle entraîne à sa suite.

Le traitement de cette maladie, ayons le courage de l’avouer, ne pourra être que palliatif, car jusqu’ici la science est impuissante à guérir l’hypertrophie elle-même. On a bien cherché à la combattre par divers moyens chirurgicaux ; compression de la prostate par de grosses sondes, dilatation du col vésical à l’aide d’instruments spéciaux, cautérisation de la prostate, électrisation par les courants continus, etc.; par divers médicaments administrés à l’intérieur, tel que la ciguë, l’iode, l’iodure de potassium, le mercure, etc., mais aucun de ces moyens n’a jamais guéri radicalement une hypertrophie de la prostate.

PRO

PRO

Il faut se contenter de pallier les inconvénients qui résultent de l’hypertrophie de la prostate. 11 faut éviter à tout prix la stagnation de l’urine dans la vessie , en la vidant complètement au moyen du cathétérisme pratiqué une ou deux fois par vingtquatre heures (V. Cathétérisme). Il faut de plus modifier le catarrhe vésical lorsqu'il existe, s’il y a de la constipation, de la rétention d’urine, de l’incontinence, de la néphrite, de l’intoxication urineusc, il faut combattre ces complications par les moyens thérapeutiques appropriés (V. Vessie [catarrhe de la], Urine [ rétention , incontinence d’], Néphrite, Urémie , etc.). Dr Paul Labarthe.

PROSTATITE. — On donne ce nom à l’inflammation de la prostate. Cette inflammation peut être aiguë ou chronique.

Prostatite aiguë. — La prostatite aiguë peut se développer à la suite du coït répété plusieurs fois à de courts intervalle, à la suite de la masturbation; chez les individus atteints de rétrécissements de l’urèthre, de calculs prostatiques; chez ceux qui sont atteints de constipation opiniâtre entraînant des efforts de défécation ; elle peut aussi venir à la suite d’un cathétérisme mal fait, a la suite des excès alcooliques, des fatigues de toute sorte, équitation, marche prolongée, danse ; à la suite d’un refroidissement, etc. Mais cette maladie est dans la grande majorité des cas une complication de la blennorrhagie. Elle ne s’observe généralement que dans les blennorrhagies déjà anciennes, du troisième au quatrième septénaire. Cependant on l’a observée au 7e jour, et même au 6e jour de la blennorrhagie. L’usage prématuré de la médication suppressive de 1 écoulement peut occasionner une prostatite. Velpeau a beaucoup insisté sur l’effet du cubèbe et du copahu donnés trop tôt, comme cause de prostatite; on peut en dire autant des injections caustiques données lorsque l’état inflammatoire aigu persiste encore.

Le début de la prostatite aiguë se manifestent par les symptômes suivants : le malade éprouve une douleur et une pesanteur au périnée, des envies fréquentes d’uriner; la miction est un peu gênée, la défécation un peu douloureuse. Un peu plus tard, survient du ténesme rectal; la miction devient de plus en plus pénible, il se produit même une rétention passagère de l’urine.

Au bout de trois ou quatre jours, le malade qui était resté sans fièvre et avec une souffrance supportable, ressent bientôt une tension gravative au périnée, dans le fondement. La douleur, d’abord sourde, devient pulsatile et se complique de sensation de chaleur, la fièvre s’allume et tout le cortège de la réaction générale ne tarde pas à s’établir.

Les garde-robes deviennent rares et le malade les évite, dans la crainte d’augmenter ses souffrances. Un besoin de plus en plus vif, de plus en plus pressant de rendre les urines s’établit peu à peu. Ce besoin finit par constituer un véritable ténesme vésical. L’urine qui ne s’échappe plus que goutte à goutte occasionne dans la partie profonde du canal une ardeur et un sentiment de brûlure qui arrache quelquefois des cris au malade. 11 n’est

pas rare de voir meme survenir une rétention complète de l’urine.

Vidal de Cassis avait signalé comme caractère de cette inflammation, la flexion du tronc, mais nous n’attribuons pas une grande valeur à ce signe, puisque cette disposition est généralement prise par les malades dans la plupart des affections de la cavité abdominale.

Enfin, pour ne rien omettre, disons que Royer a signalé la sensation pénible que les malades éprouvent à l’anus, qui leur fait croire à la présence de matières fécales et les porte à exécuter fréquemment l’acte de la défécation, comme pour se débarrasser d’un tampon stercoral.

Si l’on pratique le toucher rectal, on trouve la prostate grosse, tuméfiée, très douloureuse à la moindre pression.

Le cathétérisme peut aussi fournir des indications sur l’augmentation de cet organe, mais il est trop douloureux ; aussi faut-il s’abstenir de le pratiquer, sauf dans les cas de rétention d’urine.

La prostatite aiguë parcourt ces phases en huit ou dix jours. Puis, si elle doit guérir, la guérison a lieu par résolution : La fièvre tombe, les douleurs se calment, la miction devient facile, le ténesme vésical disparaît, la défécation s’opère sans douleur, le volume de la prostate diminue et la résolution est complète du dix-septième au vingtième jour. Si, au contraire, la prostatite ne marche pas vers la guérison, elle peut se terminer par induration ou par suppuration. Dans le premier cas, la glande s’indure et amène le plus ordinairement ce qu’on appelle l’engorgement ou hypertrophie (V. ce mot). Dans le second cas, c’est-à-dire si la suppuration doit s’établir, on voit les phénomènes augmenter d’intensité, la fièvre redoubler, la rétention d’urine devenir permanente. Puis, à un moment donné, surviennent des frissons irréguliers, les douleurs, de continues et sourdes qu’elles étaient, deviennent intermittentes, lancinantes, pulsatiles, la suppuration est formée. Si à ce moment on pratique le toucher rectal, on trouve au niveau de la prostate une tumeur molle et fluctuante qui n’est autre que l’abcès (V. Prostate [abcès de la].

Nous ne parlerons que pour mémoire de la terminaison de la prostatite aiguë par gangrène. Elle est excessivement rare, Velpeau l’a observé une fois et Béraud en rapporte une observation due au Dr Laroche. Enfin nous ne citerons que comme simple curiosité les deux cas rapportés par Ricord, de deux malades atteints de blénnorrhagie, chez lesquels survint une prostatite aiguë, puis par propagation une péritonite pelvienne qui entraîna leur mort.

Le diagnostic de la prostatite aiguë est facile, car cette affection ne peut être confondue qu’avec la cysle (V. ce mot).

Le traitement de cette affection doit être énergique. Au début, on appliquera des sangsues au périnée. Bégin les appliquait à la face rectale de la prostate à l’aide d’un spéculum spécial de 4 centimètres de diamètre, obturé à son extrémité libre et offrant dans toute sa longueur une échancrure de 8 à 10 millimètres, fermée par Une plaque à coulisse. On met l’échancrure du côté de la prostate

PRO

PRO

on retire la plaque et on peut facilement porter les sangsues sur la portion de la muqueuse rectale mise à découvert. On fera des frictions sur le périnée avec de l’onguent napolitain belladoné; on tiendra des cataplasmes sur l’hypogastre; on donnera des lavements laudanisésou on introduira des suppositoires belladonés ou morphinés dans le rectum et on administrera le bromure de potassium {sirop de Laroze) ou le bromure de camphre ( dragées du Dr Clin), pour calmer la douleur et le ténesme vésical et pour empêcher les érections morphinées ou iodurées dans le rectum ; on prescrira des bains de siège tièdes et prolongés; on fera aussi prendre à l’intérieur du goudron {goudron Freyssinge, goudron Le Beuf, etc.), du kava Labarthe, dos eaux alcalines et discrétiques (Saint- Galmier, Royat, Capvern, La Preste, Heucheloup, Pougues, Vichy, etc.); on administrera quelques purgatifs salins (sulfate de magnésie, eau de Châtelguyon, de Rubinat, etc.) pour combattre la constipation ; s’il y a de la rétention d’urine, on aura recours pour vider la vessie, au cathétérisme avec une sonde en gomme, d’un petit calibre (12 ou 14 de la filière Charrière).

Si, malgré tout, la prostatite se termine par suppuration on agira comme dans les abcès de la prostate (V. Prostate [abcès- de la]).

Prostatique chronique. — La prostatite chronique succède souvent à la prostatite aiguë, souvent aussi on la voit survenir d’emblée à la fin d’une blennorrhagie. Elle peut être aussi occasionnée par toutes les causes qui produisent la prostatique aigue. Mais l’état général de l’individu joue un grand rôle dans la production et la persistance de la prostatite chronique : ainsi elle s’observe souvent chez les individus rhumatisants, chez les goutteux, les herpétiques et les scrofuleux, principalement entre l’âge de 25 à 50 ans.

Les principaux symptômes qui caractérisent la prostatite chronique, sont : un peu de pesanteur et quelques élancements au périnée, qui s’irradient le long de la verge ou encore du côté des testicules; miction plus fréquente qu’à l'état normal; sensation de brûlure au commencement et à la fin de la miction occasionnée par l’urine qui est expulsée avec moins d’énergie; écoulement par l’urèthre d’un liquide transparent et visqueux, analogue à du blanc d’œuf, quelquefois opalin ou même verdâtre, qui est plus ou moins abondant, mais jamais continu, et qui se produit surtout lorsque le malade va à la garde-robe, mais qui peut aussi s’écouler avec l’urine pendant la miction (cet écoulement a reçu le nom de proslatorrhée). Ce liquide est souvent pris par les malades pour du sperme, mais on peut voir au microscope qu’il ne contient pas un seul spermatozoïde. Outre ces symptômes, on constate dans la plupart des cas, une augmentation de volume de la prostate; lé malade est constipé, il a souvent des hémorrhoïdes, il a aussi de la dyspepsie, ses forces sont languissantes, il est hypochondriaque; ses désirs vénériens sont souvent exagérés, mais ces excitations ne sont pas de bon aloi, elles sont généralement factices, la preuve en est qu'au moment du

rapprochement sexuel l’érection ne peut pas se produire ou reste incomplète, ou que l'éjaculation survient prématurément et rend impossible la copulation.

La prostatite chronique, par sa longue durée et sa persistance presque indéfinie, malgré le régime le plus sévère et les soins les plus minutieux, constitue, en somme, une affection qui n’est pas sans gravité.

Il faut la combattre par l’application d’un vésicatoire Albespeyres au niveau du périnée, puis par des instillations pratiquées dans la région prostatique de l’urèthre avec une solution de 25 centigrammes de nitrate d’argent pour 30 grammes d’eau distillée; contre les troubles divers suscités par cette maladie, pesanteur du périnée, ténesme vésical, sensation de brûlure pendant la miction, écoulement, constipation, excitation génitale, etc., on emploiera les diverses médications que nous avons indiquées en parlant du traitement de la prostatite aiguë. Enfin, et ceci est important, on recherchera si l’affection est liée à une diathèse, et on combattra celle-ci par les moyens appropriés.

Dr Paul Labarthe.

PROSTATORRHÉE. — Nom donné à l’écoulement qui se produit dans la prostatite chronique (V. Prostatite). p. L.

PROSTRATION. — Synonyme A' abattement (V.

ce mot). P. L.

PROTHÈSE. — On donne ce nom à la partie de la thérapeutique chirurgicale, qui a pour objet de remplacer, par des pièces artificielles les organes qui ont été détruits par une maladie ou enlevés par une opération : dents, œil, nez, bras, main, jambe, pied, etc. P. L.

PROTOCHLORURE DE FER. — Le protochlorure de fer est un sel de fer qui s’obtient, par l’action de l’acide chlorhydrique sur le fer, à l'état anhydre ou à l'état hydraté. Le second seul est usité. Il se présente sous l’aspect de prismes obliques, de couleur légèrement verdâtre, solubles dans l’eau et l'alcool. H n’est ni styptique, ni caustique, ne possède aucune action coagulante sur la muqueuse gastrointestinale, ne provoque ni pesanteur d’estomac, ni accidents gastralgiques, ni constipation, ni diarrhée.

D’après les nombreuses expériences auxquelles l’éminent thérapeutiste Rabuteau, prématurément enlevé à la science, s’est livré sur les divers sels de fer, il résulterait que les préparations ferrugineuses insolubles, doivent, pour être absorbées et avoir une action efficace, se transformer en protochlorure, en présence de l’acide chlorhydrique qui existe dans le suc gastrique. Aussi, a-t-il eu l'ingénieuse idée, pour évitera l’estomac le travail d’une transformation plus ou moins complète suivant les conditions individuelles, de donner le fer à l’état de protochlnrure de 1er, et il a introduit, dans la thérapeutique des pilules et un sirop de protochlorure de fer , auxquels il a donné son nom (V. Rabuteau [ pilules et sirop de]), qui occupent

PRO

PRU

aujourd’hui une place très importante parmi les préparations ferrugineuses les plus usitées.

Dr Paul Labarthe.

PROTOCHLORDRE DE MERCURE. — (V. Mercure.)

PROTOIODURE DE FER. — (V. lodure de fer.)

PROTOIODURE DE MERCURE. —(V. Mercure.)

PROTOXALATE DE FER. — Le protoxalate de fer est un sel formé par la combinaison de l’acide oxalique avec le protoxyde de fer, dont nous sommes redevables à Girard. Il se présente sous la forme d’une poudre d’une belle couleur jaune clair, légère, complètement inaltérable à l’air, soluble dans l’eau, insipide, dépourvue de la saveur acerbe que présentent certaines autres préparations ferrugineuses. Le protoxalate de fer est une excellente préparation qui s’administre à la dose de 10 à 20 centigrammes chaque fois et qui, ainsi que l’a fort justement fait remarquer l'éminent médecin de l’Hôtel-Dieu, Ilérard, dans son rapport sur ce produit à l’Academie de médecine, en 1872, a l’avantage précieux, lorsqu’on porte sa dose à 30, 40 et 50 centigrammes, de combattre efficacement la constipation au lieu de la provoquer, comme plusieurs autres sels de fer. Inutile de dire que le fer Girard, préparé par l’inventeur de ce sel est., sans conteste, le plus pur, et que c’est à lui qu’il faut donner la préférence. p. l.

PROTOXYDE D'AZOTE. — (V. Azote.)

PROTOXYDE DE FER. — Le protoxyde de fer est une préparation ferrugineuse à peu près inusitée en thérapeutique. p. l.

PROTUBÉRANCE. — N om donné par les anatomistes à un renflement des centres nerveux, situé au-dessous du cerveau, formé de plusieurs plans de fibres transversales; elles établissent une commissure entre les deux hémisphères cérébelleux et forment les pédoncules cérébelleux moyens (V. fig. 1099).

On appelle encore la protubérance annulaire le pont de varole, parce qu’elle recouvre l'aqueduc de Sylvius, qui établit une communication directe entre le troisième et le quatrième ventricule.

Le rôle physiologique de la protubérance n’a pas été nettement établi : on a remarqué qu’une grenouille privée de cerveau cesse de nager dès qu’on attaque la protubérance ; aussi les physiologistes considèrent-ils cet organe comme tenant plus spécialement sous sa dépendance immédiate le principe excitateur des mouvements de locomotion.

La protubérance perçoit aussi les impressions sensitives, car si on enlève cet organe sur un animal, celui-ci devient insensible.

D' G. WlTKOWSKI.

PRUNE. — Les prunes, dont les principales variétés sont : la prune de Monsieur, la reine-Claude , la mirabelle, le perdrigon, la prune de Damas, la quetche, etc., sont des fruits acidulés sucrés qui constituent un aliment très recherché comme dessert. On les mange fraîches, desséchées, en tartes, en confiture, ou conservées vertes dans l’eau-devie. Leur composition varie suivant la variété. Voici, d'après l’analyse faite par Bérard, la composition de la prune de reine Claude : eau, 71,10; sucre, 24,87 ; gomme, dextrine, amidon et pectine, 2,06; pectose, 1,11; albumine et matières azotées, 0,28; matière colorante verte, 0,08; acides malique, pectique et tannique, 0,56; chaux, traces. La prune

Fig. 1099. — Base du cerveau.

14. Protubérance annulaire. — 1. Tronc basilaire. — 2,2. Artères vertébrales. — 3,3. Artères cérébrales postérieures. — 4.4. Artères cérébrales moyennes ou sylviennes. — 3. Artères cérébrales antérieures réunies entre elles par la communiquante antérieure. —

6. Artère communiquante postérieure. — 7. Artère choroïdienne.

— 8. Hémisphère cérébelleux du côté droit. — 9. Lobe frontal. —

10. Nerf olfactif. — 11. Lobe moyen ou sphénoïdal. — 12. Lobe postérieur ou occipital. — 13. Section du bulbe rachidien. - —

15. Pédoncules cérébraux. — 16. Bandelettes des nerfs optiques

— 17. Espace perforé antérieur. — 18. Nerf trijumeau.

est un fruit savoureux, d’une digestion facile et ^ légèrement laxatif. Mangée en excès, elle donne lu diarrhée. Elle convient à presque tous les estomacs. Bouchardat prétend qu’elle prévient la t goutte et la gravelle urique. Seuls, les diabétiques doivent s’en abstenir.

Avec la variété de prune appelée quelche, on obtient par distillation une eau-de-vie excellente qui ressemble au kirsch obtenu avec les cerises, et qu’on appelle eau-de-vie de quetehes. C’est principalement en Lorraine et dans les Vosges que se prépare cette liqueur. Dr Paul Labarthe.

PRUNELLE. — La prunelle est le fruit du pru-

PRU

PRU

nier sauvage, qui pousse un peu partout, et qui sert à faire des haies vives. Astringente et âpre lorsqu’elle est verte, la prunelle est légèrement laxative quand elle est mûre. On la mange rarement. On l’utilise plutôt pour préparer une espèce de cidre de prunelles dans les pays pauvres de l’Allemagne. P. L.

PRURIGO. — Le prurigo est une maladie de la peau, non contagieuse caractérisée par la présence de papules assez larges, faisant éruption sans changement de couleur à la peau, et se localisant de préférence au tronc et aux membres dans le sens de l’extension. Ces papules sont ordinairement surmontées d’une croûte noirâtre produite par la coagulation de quelques gouttelettes de sang. Pendant le cours de cette maladie, il y a toujours du prurit, quelquefois léger, le plus souvent d’une violence intolérable.

Quel sont les symptômes du prurigo , suivant son indensité et son siège? — Dans le cours de la description des symptômes, nous tiendrons compte des divisions adoptées aujourd’hui par les auteurs, suivant l’intensité et le siège de la maladie.

Le prurigo est généralement précédé de prurit ; il survient ensuite des papules plus larges, plus aplaties que celles du lichen : ces papules sont isolées, discrètes, peu proéminentes; et bien qu’habituellement sensibles à la vue, elles le sont encore plus au toucher; elles sont de même couleur que la peau sur laquelle elles laissent parfois, après leur affaissement, de petites taches jaunes.

Au début, si le prurigo ne doit être que de peu de durée, de trois semaines ou un mois par exemple, la démangeaison ne se fait pas vivement sentir; elle n’est qu’une légère incommodité qui n’oblige pas les malades à compromettre, par le grattage, l’intégrité de la peau; et quand même les papules acquièrent un volume considérable, elles n’occasionnent pas une coloration anormale. Ce premier état morbide, par sa bénignité exceptionnelle et son existence éphémère, mérite bien de constituer un degré à part, on l’a justement appelé prurigo mitis.

Par opposition au prurigo mitis, on a donné le nom de prurigo formicans, prurigo ferox, à une forme morbide parvenue à un plus haut degré d’intensité et de ténacité. Les papules sont très larges, très aplaties, plus ou moins saillantes, occupant presque exclusivement le tronc et le côté externe des membres, rarement le cou et le visage, et jamais ni les pieds, ni les mains.

Dans cette variété, le besoin de se gratter est bien plus vif et plus impérieux ; il va j usqu’à la frénésie. On voit les malheureux patients, non contents de s’enfoncer les ongles dans les chairs, se mutiler avec tous les objets les plus acérés qui leur tombent sous la main, tels que les brosses, les peignes et les étrilles. On peut d’autant moins les détourner de ces cruelles manœuvres, qu’ils y trouvent un apaisement momentané dans leur souffrance, et même une sorte de jouissance. Presque tous, pour calmer les démangeaisons nocturnes, se lèvent sur leur lit, s’exposent au grand air, ou se roulent sur le plancher, et plus volontiers encore sur le car-

reau. Ils se procurent ainsi quelques moments de répit, qu’une nouvelle démangeaison vient interrompre. La nuit entière, et souvent une partie du jour se passent dans ces cruelles alternatives.

Tous les auteurs ont retenu quelques termes expressifs par lesquels les patients peignent leur ' souffrance. Suivant eux, c’est tantôt un feu qui consume, un martyre comparable à celui de saint Laurent; tantôt uneâcrelé de sang qui dévore, des milliers d’aiguilles pénétrant dans la chair ; des myriades d’insectes et de fourmis qui traversent la peau dans tous les sens; les malades occupés sans cesse à se gratter, déchirent le sommet des papules ; ils en font écouler des gouttelettes de sang qui se coagulent en petites croûtes noirâtres; celles-ci deviennent à la fin si nombreuses, que le corps peut en être entièrement parsemé. A ce propos, Cazenave et Schœdel font remarquer que l’apparition de ces croûtes n’est, à la vérité, qu’un fait accidentel, mais qu’il est par lui-même pathognomonique.

Le prurigo formicans peut durer pendant des semaines et des mois; s’il ne s’y joint aucune complication, il se termine par l'affaissement des papules qui ne laissent après elles qu’une teinte brune à la peau ou de légères squames, altération qui ne tarde pas à disparaître graduellement; au contraire, dans le cas où la peau aurait été plus profondément atteinte, il reste de très petites cicatrices peu visibles, mais persistantes.

On appelle prurigo senilis une affection prurigineuse, propre à la vieillesse, mais qui affecte aussi les jeunes gens qui, par suite de mauvaise constitution, de maladies invétérées, d’excès de débauche,, sont tombés dans une caducité prématurée. Tous les symptômes les plus graves que nous avons notés dans les variétés précédentes, se reproduisent ici avec un nouveau degré d’exacerbation, mais principalement le prurit; et quand la maladie dans cet état se prolonge indéfiniment par une succession de paroxysmes, la peau s’épaissit peu à peu, elle devient dure et sèche comme du parchemin. Les papules, au lieu de s’affaisser, prennent une forme - globuleuse très prononcée; quelquefois elles ont moins de saillies, mais alors elles deviennent confluentes. L’on voit aussi, ce qui n’est pas arrivé dans les autres variétés, la peau devenir le siège d’une coloration brunâtre qu’on attribue justement à une lésion pigmentaire.

Enfin, lorsque l’affection est très ancienne, et que le malade est tombé dans une sorte de marasme, les ganglions du cou, de l’aine et de l’aisselle se tuméfient; on voit la peau s’enflammer et se couvrir de vésicules, de pustules d’ecthyma, de furoncles; il survient aussi des abcès sous-cutanés. Dans cet état, le prurigo constitue un cas des plus graves, et qui, par sa persistance, conduit les malades au désespoir.

En dehors de ces variétés bien distinctes, il ne reste plus à signaler que quelques modifications produites parla différence des régions que le prurigo occupe; et en résumé, les auteurs ne trouvent d’autre caractéristique de ces différences que dans le plus ou moins de violence du prurit. Ainsi ils disent que, dans 1 c prurigo scroli, ou prurigo du

Page 1