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pâte de Vienne, puis il injecte 4 à 10 fois chaque jour, autour de la tumeur, dans les tissus envahis par l'oedème, 30 gouttes d'une solution d’acide phonique. A mesure que les accidents locaux et généraux perdent leur gravité, on diminue le nombre des injections, puis on supprime la potion.
Le docteur Boméi a conseillé en 1885, de remplacer la cautérisation ignée par des applications de sublimé corrosif. 11 recouvre la région malade d’un emplâtre de poix de Bourgogne saupoudré de sublimé corrosif et assez grand pour déborder un peu les limites du cercle des vésicules. Au bout de 24 heures, le sublimé a agi à la fois comme parasilicide et commn caustique. Il a détruit les microbes du charbon et en même temps il a produit une eschare qui englobe tous les tissus charbonneux. 11 arrive à ce résultat sans produire une douleur comparable à celle des moyens préconisés jusqu’à présent. Il est surtout, d'après lui, préférable au fer rouge et les cicatrices qu’il laisse sont bien moins apparentes que celles de la cautérisation ignée. Sans contester les résultats obtenus parle Dr Boméi, il nous sera bien permis de dire que sa méthode expose singulièrement les malades à lintoxication et à la salivation mercurielle.
D» Léon Moynac.
PUTRÉFACTION. — On donne le nom de putréfaction à la décomposition spontanée que subissent, sous l’influence de certaines conditions, les corps organisés lorsque la vie les a abandonnés. Pendant cette décomposition, les éléments constitutifs de ces corps se séparent pour retourner à l’état inorganique. La putréfaction n’est en somme qu’une succession de phénomènes chimiques. En effet, la cessation de la vie dans un corps, c’est-à-dire la mort, rompt le lien qui réunissait entre eux les éléments constitutifs de l’organisme vivant, et les combinaisons organiques se dédoublent en composés plus simples; l’oxygène de l’air cherche à se combiner avec ceux des matériaux qui entraient dans l’organisme, pour lesquels il a des affinités; il se dégage des gaz et des liquides tels que : acide carbonique, hydrogène carboné, azote, hydrogène phosphoré et sulfuré, ammoniaque, ammoniaques composées, sels volatils de ces bases, acide acétique, etc. 11 se forme aussi des alcaloïdes appelés ptomnïnes (V. ce mot). Ce sont les ammoniaques composées qui, jointes aux sels ammoniacaux et à l’hydrogène sulfuré, contribuent à donner aux corps en putréfaction leur odeur si fétide caractéristique, qu’on appelle aussi émanations putrides.
La cessation de la vie ne suffit pas pour produire la putréfaction; il faut de plus la présence de bactéries ou microbes spéciaux, ainsi que l’ont démontré Spallanzani, Appert, Ehrenberg et surtout Pasteur.
On peut empêcher la putréfaction en empêchant la formation et le développement des bactéries, ce qu’on obtient, soit en maintenant le corps à une température au-dessous de 0° ou se rapprochant de 100°, soit en l’imprégnant suffisamment de substances antiseptiques, soit en le mettant dans un milieu complètement privé d’oxygène.
D’après ce qui précède, on conçoit facilement que, suivant certaines circonstances, la putréfaction ou la décomposition cadavérique s’établit plus ou moins vite; elle est plus rapide pendant les chaleurs de l'été que pendant l’hiver; elle s’opère encore d'autant, plus facilement et plus vite, que le corps est inhumé moins profondément au-dessous de la surface du sol, dans un terrain argileux et humide, et présentant une couche épaisse de terre végétale. Enfin, la nature de la maladie qui a occasionné la mort exerce aussi une grande influence sur la putréfaction. C’e-t surtout chez les individus morts de maladies infectieuses et à microbes qu’elle se fait le plus rapidement (V. Cadavre, Décomposition , Mort). Dr Paul Labarthe.
PUTRIDE (infection). (V. Infection putride.)
PYÉLITE. — PYÉLO NÉPHRITE. — Rayer a décrit sous le nom de pyélite l’inflammation de la membrane muqueuse qui tapisse le bassinet et les calices des reins : dans la grande majorité des cas, celte inflammation coïncide avec celle des reins (pyélo-néphrile).
La pyélite est occasionnée par la présence des graviers ou des calculs, beaucoup plus rarement par l’extension d’une blennorrhagie, le passage de substances irritantes comme les cantharides’ ou la stagnation de l’urine. Ces diverses causes ne se rencontrent guère que chez les adultes ou les vieillards.
Le premier symptôme est un accès de colique néphrétique. Mais cet accès, au lieu de se terminer d’une façon nette, se prolonge outre mesure; les malades éprouvent un sentiment de pesanteur dans la région lombaire; la douleur se réveille fréquemment sans cause appréciable, ou à l’occasion du moindre mouvement, d’une quinte de toux par exemple. La sécration urinaire est troublée, l’urine contient du sang qui lui donne une couleur rosée, du mucus qui la rend nuageuse, elle est constamment mêlée à du pus ; le pus forme au fond du vase des d épôts blanchâtres que l’on rend gélatineux en y versant quelques gouttes d’ammoniaque et en remuant le liquide pendant quelques instants. Le microscope peut révéler la présence dans l’urine des cellules épithéliales imbriquées, allongées et à gros noyaux qui tapissent la muqueuse du bassinet et des calices.
On observe aussi des phénomènes sympathiques. Il survient des nausées, des vomissements, et un léger mouvement fébrile, surtout au moment des exacerbations et des accès de colique néphrétique, qui ne sont pas fort rares.
Lorsqu’un calcul reste enclavé dans les uretères, si la pyélite existait seulement d’un côté, l’urine cesserait brusquement d’etre purulente, et il se ferait dans la région lombaire une tumeur due à la dilatation du bassinet par accumulation de l’urine, en arrière de l’obstacle Celte tumeur peut persister longtemps et entraîner l’atrophie du rein, ou bien elle peut déterminer une perforation des voies urinaires, une infiltration d’urine et une péritonite mortelles.
La pyélo-néphrite calculeuse est fort grave, clic
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tue les malades après un laps de temps souvent assez long: ils sont emportés par la fièvre hectique, l'affaiblissement qu’entraîne la persistance de la suppuration, parfois par quelque complication.
On combattra la lithiase rénale par le traitement approprié (V. Gmvelle ) ; on calmera l’inflammation par l’u«age du lait, des balsamiques, tels que le goudron [Goudron Le Beuf, goudron Freyssinge) et la térébenthine, et par l’hydrothérapie.
S’il existe une tumeur volumineuse dans la région lombaire, il est indiqué de l’opérer de la même façon que s’il s'agissait d’un abcès périnéphrique. Je dois ajouter qu’en Fiance on éprouve une grande répugnance à pratiquer la néphrotomie, qui est, au contraire, parfaitement admise par les chirurgiens anglais. d- Léon moynac.
PYLORE. — Nom donné par les anatomistes à l’orifice intérieur de l'estomac qui fait communiquer celui-ci avec le duodénum et permet au bol alimentaire qui a subi la digestion stomacale de passer dans l’intestin (X. Estomac). p. l.
PYOGÉNIQDE. — On a donné le nom de membrane pyogénique à la couche de tissu cellulaire induré qui existe autour d’un abcès, parce qu’on croyait que c’était elle qui sécrétait le pus. p. L.
PYOHÉMIE. — Mot employé comme synonyme d 'infection purulente (V. ce mot). p. l.
PYOTHORAX. — (V. Pleurésie purulente.)
PYRAMIDAL. — Nom donné par les anatomistes à un os et à un muscle.
Os pyramidal. — L’os pyramidal est un. petit os de la première rangée du carpe (V. ce mot).
Muscle pyramidal. — Le muscle pyramidal est un muscle situé en partie dans la cavité du bassin et en partie dans la région fessière; il s’insère en dedans : à la face antérieure du sacrum dans les gouttières correspondant aux second et troisième trous sacrés, à la face antérieure du grand ligament sacro-sciatique et à la partie supérieure de l’échancrure sciatique; en dehors : à l’angle postérieur du bord supérieur de la saillie de la tubérosité de l’os fémur appelée grand trochanter. Le muscle pyramidal est en rapport dans le bassin a\ec le rectum, les vaisseaux hypogastriques et le plexus sciatique; en dehors du biissin, avec l'articulation coxo-fémorale et avec le muscle moyen fessier. Il est rotateur de la cuisse en dehors, p. L.
PYRÈTHRE. — Le pyrèlhre officinal est une plante de la famille des Synanthérées, dont la racine, — la seule partie employée, — de la grosseur d’un doigt, grise à l'extérieur, blanche à l’intérieur, est douée d’une odeur désagréable et d’une saveur âcre et brûlante, irrite la peau jusqu’à la rubéfaction lorsqu'on l’y maintient appliquée un certain temps, produit une forte salivation lorsqu'on la mâche et fait éternuer lorsqu’on la respire par le nez. On n’emploie guère la racine de pyrèlhre en poudre que comme sternutatoire, sialagogue et dentifrice.
Ajoutons qu’elle constitue un bon insecticide contre les punaises. p, l.
PYREXIE. — Mot employé dans le langage médical pour désigner les maladies fébriles ou fièvres proprement dites, qui ont pour caractère une augmentation de la chaleur du corps. p. l.
PYROGALLIQUE — L’acide pyrogallique est un corps cristallisé, blanc, à saveur amère, soluble dans l’eau, l’alcool et l’éther, fondant à 115°, obtenu par la distillation sèche de l’acide gallique, qui a été introduit dans la thérapeutique, en 1879, par Jarisch, Raposi et Vidal. Ces médecins l’ont, employé avec succès contre le psoriasis, sous forme de pommade contenant 1 gramme d’acide par 9 grammes d’axonge. Mais ce produit a l’inconvénient de noircir la peau, et celte coloration persiste longtemps et ne s’enlève que très difficilement et après plusieurs mois, aussi bon nombre de malades refusent d’v avoir recours. De plus, son usage prolongé ou son application répétée sur de grandes surfaces à la fois peut occasionner des accidents toxiques. Neisser en a rapporté un cas frappant.
Le psoriasis n'est pas la seule affection contre laquelle on ait employé l’acide pyrogallique. Le docteur Rosa Engert a eu à se louer de son emploi comme caustique dans le cancroïde de la muqueuse du vagin. Terrillon l’a appliqué en poudre et en pommade, dans la proportion de 20 p. 100 dans le traitement des chancres simples et même des chancres phagédéniques. Grâce à lui, dit-il, ces ulcérations sont modifiées plus rapidement que par le nitrate d’argent et l’iodoforme, ils perdent leur virulence au bout de fort peu de temps, et la douleur déterminée par son application, quoique assez vive, n’offre que le caractère d’une cuisson fort supportable et passagère. Dr Paul Labahthe. ■
PYROPHOSPHATE DE FER. — Le pyrophosphate de fer, qui s’obtient par la double décomposition du sulfate de fer et du pyrophosphate de soude, est un sel pulvérulent, blanc jaunâtre, insoluble dans l’eau, inusité en médecine. Mais s’il n’est pas employé seul, il sert à préparer deux sels doubles: le pyrophosphate de fer et de soude et le pyrophosphate de fer citro-ammoniacal, qui constituent deux excellentes préparations, très fréquemment emploployées en thérapeutique, car elles réunissent les principaux éléments du sang, des os et du système nerveux : le fer et l’acide phosphorique.
Pyrophosphate de fer et de soude. — Le pvrophosphate de fer et de soude, indissolublement lié au nom de Leras, docteur ès-sciences, puisque ce savant chimiste a le premier étudié complètement ce sel, dès 1 849, se prépare en traitant un mélange de pyrophosphate de fer et de pyrophosphate de soude, dans les proportions de 4 du premier pour 1 du second. Il se présente sous forme de paillettes légères, transparentes, dont la teinte varie du brun au blanc. Dans son mémoire sur ce sel, communiqué à l’Académie des sciences en 1849, Leras dit que le pyrophosphate de fer et de soude est, avec le tartrate de potasse et de fer, le seul sel ferrugineux qui puisse être immédiatement absorbé sans
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que sa présence dans l’estomac enlève la moindre quantité de suc gastrique aux fonctions qu’il est destiné à remfdir.
Le pyrophosphate de fer et de soude, appelé aussi fer Levas, s’emploie sous forme de solution limpide ou de sirop incolore, sans goût de fer, n’ayant aucune action sur les dents, ne provoquant pas de constipation, toujours bien supporté par les estomacs les plus délicats. Chaque cuillerée à soupe de sirop ou de solution de fer Lerns contient 20 centigrammes de pyrophosphate de fer et de soude.
Pyrophosphate de fer citro-ammoniacal. — Le pyrophosphate de fer citro-ammoniacal, également connu sous le nom de fer Robiquet , du nom du professeur de l'Ecole de pharmacie à qui nous sommes redevables de ce produit, qu’il a découvert en 1858, est du pyrophosphate de fer dissous dans le citrate d’ammoniaque, qui se présente sous la forme d’écailles d’un brun jaunâtre, transparentes, solubles dans l’eau, presque insipides. Ce sel ne possède pas le goût styptique, déplaisant de la plupart des préparations ferrugineuses, il a une saveur franche, agréable même, parfaitement supportée par les estomacs les plus délicats, ne noircit pas les dents, ne cause pas de constipation et s’absorbe facilement, ainsi que l’a dit Robiquet, dans son mémoire pré-
senté à l’Académie de médecine, en 1858, et que l’ont constaté Trousseau, Bnuchardat, Boudet et les autres membres de la commission chargée de faire un rapport sur ce mémoire. Le pyrophosphate de fer se prend à la dose de 20 à 50 centigrammes par jour, au commencement du repas; pour faciliter son adrnini -tration, Robiquet a adopté les quatre préparations suivantes: dragées, solution, sirop et vin.
Les deux préparations de pyrophosphate de fer de Leras et Robiquet sont indiquées dans toutes les affections qui réclament l’emploi du fer et de l’acide phosphorique : anémie, chlorose, pertes blanches ou leucorrhée, lymphatisme, scrofule et leurs diverses manifestations osseuses et glanduleuses, diabète, convalescence, épuisement.
Dr L. Saint-Antonin.
PYR0§IS. — On donne ce nom à un symptôme excessivement fréquent de la dyspepsie acide, consistant dans des renvois d’une saveur aigre et acide, qui, lorsqu’ils remontent de l’estomac dans l'oesophage et le pharynx, y provoquent une sensation brûlante, comparée parles malades à l’action d’un fer chaud. Le traitement du pyrosis est celui de la dyspepsie acide. (V. Dyspepsie). p. l.
QUADRIJUMEAUX. — On donne le nom de ïuôe/'cules quadrijumeaux, en anatomie, à quatre saillies
Fig. 1112.
Coupe médiane et antéro-postérieure de l’encéphale.
1. Circonvolution du corps calleux; au-dessous se trouve le corps calleux. — 2. Partie postérieure ou bourrelet du corps calleux.
— 3. Trou de Monro, limité en avant par la partie antérieure du trigone. — 4. Corps calleux ; au-dessous de lui se trouve le trigone cérébral. — Septum lucidum ou cloison transparente.
— 6. Toile choroïdienne — 7. Commissure qui relie entre elles les couches optiques en traversant le troisième ventricule. — 8. Aqueduc de Svlvius faisant communiquer entre eux le troisième et le quatrième ventricule. — 8'. Glande pinéale dont la racine anlérieure s'applique sur la couche optique — 9. Substance grise du troisième ventricule; elle masque une partie du pilier antérieur du trigone qui se continue avec le tubercule mamillaire. — 10. Tubercules quadrijumeaux : l'espace compris entre ces deux tubercules et le bourrelet du corps calleux (2; représente la partie moyenne de la fente cérébrale de Bichat, par laquelle la pie-mère pénètre dans le troisième ventricule. — 11. Quatrième ventricule. — 12. Coupe de la protubérance annulaire. — 13. Bulbe rachidien. — 11. Nerf optique. — 13 Tub^r cireneum. — 16. Commissure blanche antérieure - 17. Coupe médiane du cervelet sur laquelle se dessine l'arbre de vie du lobe moyen. — 18. Cervelet. — 19. Extrémité antérieure du lobe postérieur du cerveau.
ou éminences hémisphériques, disposées symétriquement par paires et distinguées en antérieures el
postérieures, qui sont situées sur le même plan, deux de chaque côté de la ligne médiane de l’encéphale, entre des couches optiques, en arrière du ventricule moyen et en avant des lames supérieures du cervelet. Ces tubercules sont formés d’un noyau central composé de substance grise, enveloppé d’une couche de substance blanche. Ils constituent l’origine des nerfs optiques. p. l.
QUARANTAINES. — Police sanitaire. —
Le rôle considérable que jouent les quarantaines dans l’organisation de la police sanitaire, en ce qui concerne plus spécialement la peste, la fièvre jaune et le choléra nous imposent le devoir de leur consacrer un article spécial.
« Ce nom, écrit L. Colin, a été donné aux mesures d’isolement imposées aux personnes et aux objets susceptibles, en raison de leur provenance ou de leur contact avec des personnes ou des objets contaminés, de transmettre une affection épidémique ou contagieuse de provenance exotique. »
Dans le principe, ce mot indiquait la limite de temps nécessaire à l’observation des personnes suspectes (quarante jours).
Depuis longtemps, il n’exprime plus que les deux faits simultanés de séquestration et de purification sanitaires, quelle que soit d’ailleurs la durée d’application de ces mesures.
La quarantaine est dite d 'observation (durée de 24 à 72 heures) lorsqu’elle s’applique à des navires suspects, et dite de rigueur, de 5 à 14 jours, appliquée lorsque le navire provient d’une localité contaminée, ou qu’il y a eu à son bord, pendant la traversée, des décès par maladie contagieuse (peste, fièvre jaune, choléra).
Il serait facile de remonter aux lois de Moïse d’une part, et au Coran de l’autre, pour trouver des exemples de ces mesures d’isolement et de séquestration édictées par ces grands législateurs contre ces affections autrefois redoutables : la lèpre et l’éléphantiasis.
Dès le quatorzième siècle, la République de Venise avait créé des Provédiseurs de la santé pour se
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mettre à l’abri de la mort noire (morbo negro), importée dans la Lagune par s >s alères d'Orient, mais ce n’est qu’au quinzième siècle que l’on voit surgir les lazarets de Venise (1403), de Gènes (1467), de Marseille (1476).
C’étaient dans ces établissements qu’étaient appliquées toutes les mesures d’isolement, de séquestration et de fumigations, qui ont longtemps terrorisé les marins et les voyageurs, sans constituer des garanties certaines de sûreté et de sauvegarde pour les populations méditerranéennes.
De nos jours, la difficulté d’opposer, au moyen des quarantaines, une barrière infranchissable aux épidémies, les entraves qu’elles apportent au commerce et à l'industrie, l’incohérence des systèmes de garanties adoptés par les divers États d’Europe, devaient, de toute nécessité, faire entrer la question des quarantaines dans une phase d’entente internationale.
C’est dans ce but qu’ont été successivement convoquées les Conférences sanitaires de Paris (1851), de Constantinople (1866) et devienne (1874). Malheureusement, dans aucune de ces réunions, les divers gouvernements de l’Europe n’ont pu arriver à une entente pour l’application uniforme des mesures quarantenaires.
A Vienne, par exemple, à propos du choléra, si les délégués se sont trouvés unanimes sur les questions scientifiques fondamentales pour les mesures préventives à prendre, une scission des plus tranchées s’est opérée au sein de la Commission. Les uns ont soutenu la nécessité des quarantaines et des cordons sanitaires; les autres, plus nombreux, ont repoussé avec énergie, quarantaine et cordons, en proposant de les remplacer par une simple inspection médicale.
Nous transcrivons ici la suite même des résolutions de la Conférence de Vienne, en raison de leur importance dans le présent et dans l’avenir.
Origine et gencse : « Le choléra asiatique, sus- « ceptible de s’étendre (épidémique), se développe « spontanément dans l’Inde, et c’est toujours du « dehors qu’il arrive quand il éclate dans d’autres « pays. Il ne revêt pas le caractère endémique dans « d’autres pays que l’Inde. »
Transmissibilité .- « Le choléra est transmissible « par l’homme venant d’un milieu infecté; l’homme « est le propagateur de la maladie lorsqu’il vient « d'un endroit où le germe existe déjà. 11 est aussi « transmissible par les effets à usage provenant « d’un lieu infecté, et spécialement par ceux qui « ont servi aux cholériques. Il n’est pas prouvé que « le choléra puisse être transmis par les aliments, « mais il est incontestablement propagé par l’eau. « La transmission par les marchandises est pos- « sible dans certaines conditions. Il est prudent de « considérer les cadavres comme dangereux. Rien :< ne prouve que l’atmosphère soft un propagateur « de la maladie, bien que l’air ambiant soit le véhi- « cule principal de l’agent générateur du choléra. « A l’air libre ce principe générateur perd rapide- « ment son activité morbifique. »
Incubation : « Le temps écoulé entre le moment « où un individu a pu contracter l’intoxication cho- « lérique et le début de la diarrhée prémonitoire,
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« ou du choléra confirmé, ne dépasse pas quelques « jours. »
C'est, fort d’une longue expérience en Egypte et d’une conviction sincère contre ces mesures d’un autre âge, que M. de Lesseps a proposé la réunion à Bruxelles d’une Conférence sanitaire internationale, dont les résolutions seraient reconnues par voie diplomatique par tous les États de l’Europe, et deviendraient ainsi obligatoire pour tous les gouvernements.
Législation sanitaire. — En France tout ce qui
se raporte au service sanitaire maritime se trouve régi :
1° Par la loi du 3 mars 1822, votée au moment de la terrible épidémie de fièvre jaune de Barcelone, qui maintient la rigueur des prescriptions du siècle précédent, et qui place dans les mains des autorités sanitaires, des armes terribles, la peine de mort, les travaux forcés, la prison, les amendes, etc. ;
2° Parles décrets des 26 décembre 1851,7 juin 1853, 7 septembre 1863 (Modifications de détails dans le sens de l'atténuation des mesures de rigueur);
3° Par le décret du 23 juin 1866.
Le règlement général de police sanitaire qui en est la conséquence, constitue une réforme sérieuse. « Il donne au commerce et à la navigation, disait M. de Meaux, le ministre du commerce, dans l'exposé des motifs, toutes les satisfactions compatibles avec les exigences de la santé publique, simplifie les formalités d’arraisonnement, abrège la durée des quarantaines, améliore le service intérieurdes lazarets, réduit enfin les droits de séjour pour les passagers des classes inférieures. »
Voici, du reste, deux paragraphes du rapport rédigé par le comité consultatif d’hygiène publique de France, pour justifier la nécessité de cette réforme. « La suspension complète de toutes relations axer les pays infectés, et sans aller jusque-là, l’isolement à distance convenable, et pendant un temps assez long, des personnes suspectes ou malades, combiné avec une désinfection radicale des objets contaminés, sont des moyens d’une efficacité incontestable. Ils constituent Yidéal de la prophylaxie quarantenaire. Mais dans la pratique cet idéal ne saurait être atteint.
« Les mesures de quarantaine, quelle qu’elles soient, ne donnent jamais une garantie absolue, mais elles diminuent, plus ou moins, les chances d’importation de la maladie. »
Après avoir défini l’objet et le degré d’utilité des mesures de police sanitaire, le rapporteur du comité consultatif ajoute :
« Nous ne terminerons pas ce commentaire à propos des règlements spéciaux, sans rappeler qu’on ne saurait y trouver des règles injlexibles d’une doctrine absolue, mais seulement un compromis pratique entre des intérêts divers, en vue de sauvegarder la santé publique dans la mesure du possible. » •
Comme conclusion retenons cette déclaration du D‘ Fauvel, inspecteur général des services sanitaires.
« Je pense que les quarantaines proprement dites disparaîtront, grâce au progrès de la science, et seront remplacées par des mesures prophylactiques d’un autre ordre. »