‹ Dictionnaire populaire de médecine usuelle d'hygiène publique et privée (volume 2)Chapitre 306 sur 344 · LA FORMATION DES RÉTRÉCISSEMENTS INFLAMMATOIRES · texte numérisé non relu

LA FORMATION DES RÉTRÉCISSEMENTS INFLAMMATOIRES

— En voici l’explication d’après notre regretté maître et ami, le professeur Robin : « Dans la grande majorité des cas, les rétrécissements de l’urèthre sont dus à la rélraction des fibres indurées du tissu lamineux sous-jacent à la muqueuse consécutivement aux inflammations de celle-ci. Le premier effet de l’inflammation sur la membrane muqueuse consiste dans une tuméfaction ou épaississement causé par l’engorgement des vaisseaux; puis on observe dans la trame même de la membrane une exsudation plus ou moins abondante de lymphe plastique qui s’étend aux tissus environnants qu’elle rend œdémateux. Dans cette lymphe appa-

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raissent bientôt des noyaux fibro-plastiques et des corps fusiformes qui se développent chacun en une ou plusieurs fibres. Le résultat définitif de ce travail consiste dans la formation autour du canal, d’un tissu fibreux assez solide et qui fait adhérer intimement la membrane muqueuse aux tissus sous-jacents dont il infiltre les lames. Dés que ce tissu est formé, il amène la rétraction d’une manière incessante par un mécanisme qui lui est commun avec la rétraction du tissu de cicatrice. Le tissu nouveau se produit entre les cléments du tissu muqueux, d’où résulte d'abord une augmentation de volume, un gonflement. Peu à peu il atrophie les éléments normaux et se substitue lentement à eux. Lorsqu'enfin le travail de résorption naturel à la matière amorphe de ces tissus morbides s’empare d’elles, les phénomènes de rétraction commencent. » En résumé, il y a d’abord exsudât plastique, puis organisation de cet exsudât qui imprègne l’enveloppe fibro-plastique et musculaire del’urèthrc, ensuite arrive l’atrophie progressive de la masse formée des tissus normaux et de l’exsudât: de là la rétraclilité qui entraîne la diminution du calibre du canal. Le rétrécissement est donc un travail de cicatrisation très lent qui se passe dans la couche sous-muqueuse de l’urèthre.

Les rétrécissements cicatriciels débutent deux ou trois semaines après l’accident, tandis que les rétrécissementsblennorrhagiques n’apparaissent qu'après une période plus ou moins éloignée de la première blennorrhagie. Ainsi, dans ma statistique citée plus liant, portant sur 458 de mes malades atteints de rétrécissements, je trouve que ceux-ci se sont montrés :

Chez 12 moins d’un an après la blennorrhagie.

— 146 de 1 à g ans — —

— 97 de 2 à 3 ans — —

— 69 de 3 à 4 ans — —

— • 50 de 4 à 6 ans — - —

— 44 de 6 à 8 ans

— 30 de 8 à 10 ans - — -

— 10 de 10 à 20 aus — —

Quels sont les symptômes par lesquels se traduisent les rétrécissements? — Tout d’abord, disons qu ils suivent une progression régulièrement croissante; mais dans les premiers temps, ils sont si peu marqués qu’ils passent inaperçus pour beaucoup d’individus.

Un beau jour les malades éprouvent un peu de difficulté pourpisser. Ils s’aperçoivent que le jet d’urine devient étroit et déformé, tantôt aplati en lame de sabre, tantôt bifurqué, divisé en plusieurs jets ou tortillé en lire-bouchon. Ils ont des envies plus fréquentes d’uriner, surtout à la fin des repas, à la suite de longues marches, après l’abus des boissons, des excitants ou du coït. Le volume du jet diminue de plus en plus; au bout d’un certain temps, il est réduit à un simple filet qui finit aussi luimème par disparaître, et l’urine ne s’écoule plus que goutte à goutte. La force de projection est très diminuée, les malades, comme ils le disent si bien eux-mêmes, « pissent sur leurs bottes. » De plus, on observe une incontinence particulière d’urine : après la miction, celle-ci s’accumule dans la portion dilatée de l’urèthre qui se trouve en arrière du Dictionnaire populaire de Médecine usuelle.

point rétréci, et s’écoule goutte à goutte sous l’influence de la pesanteur et de la rétraction lente des parois du canal, si bien que les malades mouillent leurs chemises.

Certains éprouvent une telle difficulté de la miction, qu’ils sont obligés, pour uriner, de se livrer à des efforts plus ou moins violents; quelques-uns s’accroupissent, d’autres se penchent en avant en se cramponnant aux objets environnants. La violence de ces efforts peut, dans certains cas, déterminer des hernies, des prolapsus du rectum; on cite même des cas où elle a provoqué une congestion et mêmq un hémorrhagie cérébrale.

En général la difficulté d’uriner est en rapport avec l’étroitesse du rétrécissement; cependant chez certains malades la miction se fait sans trop de difficultés, bien qu’on ne puisse introduire dans l’urèthre que des bougies très fines. Chez d’autres, bien que le rétrécissement soit peu prononcé, la miction exige des efforts violents qui finissent quelquefois par entraîner une incontinence permanente d’urine. Cette incontinence ne se produit d’abord que le jour, lorsque le malade est debout, mais bientôt elle finit par être continue; elle est due à un relâchement du sphincter du col de la vessie.

On observe presque toujours un suintement séropurulent indice d’une inflammation chronique de la portion de la muqueuse située en arrière du rétrécissement. Ce suintement varie suivant les individus et aussi suivant que les malades ont une vie régulière où se livrent à de longues marches, à des excès de boissons, de coït, etc. Il persiste souvent après la guérison du rétrécissement et exige un traitement spécial.

Les rétrécissements sont généralement indolents, cependant, dans bon nombre de cas, ils s’accompagnent de sensations douloureuses au moment de la miction. Les malades éprouvent une sensation de chaleur, de picotement, de cuisson, qu’ils rapportent le plus souvent à la région profonde de l’urèthre, parfois au niveau du gland, ou le long du cordon spermatique, vers le testicule ou ver.-> les aines. 11 va sans dire que le froid, les écarts de régime, les excès de fatigues, le coït répété, exas purent ces douleurs.

Certains malades présentent parfois des troubles généraux (troubles digestifs, fièvre, etc.); ils sont dus à la stagnation de l’urine en arrière du rétrécissement. D’autres, à la suite d’excès ou de coït., voient leurs rétrécissements se compliquer de rétention d’urine.

Enfin, dans le coït, l’éjaculation est gênée, le sperme, au lieu d'être projeté en jet, ne sort qu’en bavant; déplus, elle est assez souvent douloureuse; enfin, chez certains malades, elle est même impossible, le sperme reflue vers la vessie et 'est expulsé ensuite avec l’urine. On comprend combien dans un tel état de choses, la fécondation est plus ou moins empêchée et quelquefois même impossible.

Tels sont les symptômes des rétrécissements de l’urèthre à leurs diverses périodes. Cependant leur existence constatée n’est pas une preuve certaine de l’existence d’un rétrécissement, elle ne donne que des présomptions. Le chirurgien ne peut sérieuse-

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