‹ Dictionnaire populaire de médecine usuelle d'hygiène publique et privée (volume 2)Chapitre 33 sur 344 · Bout supérieur de la portion invaginée · texte numérisé non relu

Bout supérieur de la portion invaginée

une ouverture accidentelle de l'épiploon ou du mésentère ; 7° par l’épiploon enroulé comme une corde autour de l'intestin ; 8° par des brides pseudo-mem-

Fig. Cil.

Étranglement par diverticulum de l’intestin.

braneuses résultant d’une ancienne péritonite ; 9* par des adhérences viscérales.

d. Compression. — Dans certains cas, une tumeur peut, en se développant, aplatir, comprimer un point du tube digestif, jusqu’à empêcher la circulation des matières intestinales.

On voit que certaines de ces causes agissent lentement et doivent donner lieu aux symptômes d'un I étranglement interne à marche lente : telles sont la compression, l’altération des parois de 1 intestin I et la constriction incomplète d’une anse.

Quelques-unes agissent rapidement : corps étrangers, constriction énergique, etc.

La cause existant, voici ce qui se passe : les matières sont retenues par l’obstacle; elles s’accumulent en dilatant considérablement le tube digestif au-dessus. Si l’occlusion est incomplète, ou si la cause de l’occlusion peut céder, il se produit une débâcle et le malade à des garde-robes ; malheureusement les symptômes d’étranglement reparaissent et finissent par se comporter comme ceux de l’occlusion complète. Ici, en effet, une fois que l’intestin est dilaté, l’obstacle ne cédant pas, il se produit à la suite de cette distension exagérée, soit une péritonite, soit une rupture de l’intestin.

Comment reconnaître une occlusion intestinale ? — Il faut apporter la plus grande attention pour reconnaître l’existence de certaines occlusions intestinales à marche lente.

1° Lorsque les symptômes sont bien confirmés, on ne peut les confondre qu’avec ceux de la hernie étranglée. S’il n’existe pas de tumeur apparente, il faudra chercher au pli de l’aine, au périnée, ou ailleurs, s’il ne se trouve pas une tumeur souvent presque inappréciable. On sait en eifet que certaines hernies de petit volume s’étranglent dans les parois mêmes de l’abdomen, du petit bassin, etc.

2° On pourrait prendre pour une occlusion ces pseudo-étranglements et qui sont dus à une paralysie d’une portion des fibres musculaires de l’intestin. Cette paralysie peut succéder à une inflammation ■ de la séreuse, ou bien elle est réflexe. Lorsque la paralysie est réflexe, elle peut reconnaître un grand nombre de causes : inflammations du testicule, de l’ovaire, calculs biliaires, diverses tumeurs de l’aine, névroses telles que hystérie, hypochondrie, etc.

3° L’occlusion intestinale étant reconnue, il faut chercher à faire le diagnostic de la cause. Or, ici gît la difficulté. Dans la plupart des cas, le chirurgien ne peut arriver à une solution. Il peut bien tirer quelques soupçons des antécédents : péritonite ancienne, etc., mais combien il faut être réservé dans les appréciations !

Disons, toutefois, qu’on reconnaîtra une occlusion par lésion organique de l’intestin, à la teinte cachectique du malade, à l’existence d’une tumeur abdominale, à des intermittences dans les troubles digestifs, enfin, à la présence du sang dans les matières fécales.

On pourra croire a l’existence d’une tumeur stercorale, si, dans l’une des fosses iliaques, on trouve une tumeur déterminant les symptômes d’un phlegmon de la fosse iliaque, en même temps que ceux de l’occlusion de l’intestin. Cette tumeur est molle, pâteuse, et se montre souvent chez les personnes constipées.

4° Peut-on reconnaître le siège de l’occlusion ? Ici encore on ne peut jamais se prononcer avec certitude. Laugier a indiqué un caractère propre à distinguer si l’étranglement siège sur le gros intestin ou sur l’intestin grêle. Dans le premier cas, il se produit rapidement un ballonnement considérable de l’abdomen, ballonnement uniforme, occupant à la fois l’ombilic et les flancs; dans le second cas’, le météorisme se développe surtout à la région ombilicale, et les trois portions du côlon, n’étant

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pas distendues, forment autour de la partie centrale du ventre une zone souple et déprimée.

Cette lésion est extrêmement grave. Il faut donc être réservé dans le jugement qu’on portera sur une occlusion, même lorsque les symptômes marchent lentement ou que le malade se sent soulagé pendant un moment de rémission des symptômes.

Quel est le traitement de l'occlusion intestinale? — Lorsqu’on peut arriver au diagnostic de la cause, c’est contre elle que doivent être dirigés tous les efforts du chirurgien ; si l’on ne peut réussir à la faire disparaître, on se contente du traitement palliatif.

Il est rare que le traitement médical donne quelques succès. On a employé les purgatifs, les vomitifs, les lavements d’infusion de tabac, la glace en permanence sur le ventre, l’opium à haute dose.

On est presque toujours forcé de recourir au traitement chirurgical qui, il faut l’avouer, est bien rarement suivi de succès.

On a pratiqué la ponction abdominale avec un petit trocart, pour évacuer les gaz (Labric, Trousseau). On a essayé l’anastomose intestinale qui consiste à faire communiquer deux anses intestinales, celle qui est située au-dessus de l’occlusion et celle qui est située au-dessous (Maisonneuve). La gastrotomie, (Y. ce mot) dans laquelle on ouvre la cavité abdominale pour chercher à détruire la cause de l’obstruction, est rarement employée.

Aujourd’hui, on a recours à l’ entérotomie : on fait à un anus contre nature (V. Anus.)

L’étranglement interne siégeant presque toujours sur l’iléon, on fait une incision sur la partie droite de la paroi abdominale; l’intestin se présente au fond de la plaie; on y fait une incision, en prenant bien soin de ne point laisser pénétrer les matières dans la cavité abdominale, puis on réunifies lèvres de l’incision intestinale à celles de la paroi de l’abdomen. Dr J.-A. Fort.

INTOXICATION. — (V. Empoisonnement .)

INVAGINATION. —(V. Intestins [occlusion des].)

INVERSION. (V. Transposition.)

IODE. — Chimie. — L’iode est un corps simple, solide, sous forme de lamelles d’un gris bleuâtre, d’une odeur forte caractéristique, d’une saveur âcre et désagréable. Très peu soluble dans l’eau, ce métalloïde ne s’y dissout facilement que lorsqu’on y ajoute de l’iodure de potassium ou du tannin. En revanche, il est complètement soluble dans l’alcool et dans l’éther. Des traces d’iode forment avec l’amidon une couleur bleue magnifique qu’on essaie de produire quand on veut savoir si un liquide quelconque contient ou non des particules de ce corps simple. L’iode existe en petite quantité dans les trois règnes de la nature. Les éponges, les gorgones, les mollusques parmi les animaux, les algues, les fucus, les varechs parmi les plantes marines, le cresson, la gratiole, la phellandrie parmi les plantes d’eaux douces, ne sont pas les seules substances qui en contiennent. On en trouve encore dans un bon

nombre de minéraux, dans l’atmosphère, le sang, les œufs, le lait, dans les eaux potables, les eaux de mer et dans une foule d’eaux minérales dont les eaux de Challes, Cranzac, Cauterels, Saint- Sauveur, Barèges, Balaruc, etc.

Effets.. — Quant aux effets locaux de l’iode, ce sont ceux d’un irritant et cathérétique. Appliqué sur la peau, il colore l’épiderme en jaune, le brûle, le dessèche, le fait tomber au bout de trois ou quatre jours en desquamaiton furfuracée. Si Ton continue la même application, la rougeur s’étend au derme, se complique d’un léger gonflement, accompagné de l’apparition de phlyctènes qui se vident, se dessèchent à leur tour, pour se détacher ensuite par larges lambeaux. Un contact plus prolongé du médicament produirait une eschare d’une étendu variable et d’une certaine gravité. Aussi n’emploie-t-on jamais l’iode à l’état de pureté, on le prescrit toujours en solution plus ou moins concentrée suivant les besoins de la médication. Étendu d’une grande quantité d’eau, il est purement révulsif. Dissous dans peu de véhicule, c’est un cathérétique substitutif, un antiseptique capable de neutraliser les matières purulentes à odeur infecte. Mais ce n’est pas tout, il est facilement absorbé et détermine en même temps des effets généraux semblables à ceux qu’il produit lorsqu’il est pris par les voies digestives.

En effet, ingéré aux faibles doses de 5 à 10 centigrammes, dans un verre d’eau iodurée (iodure de potassium 10 à 20 cent.), l’iode laisse un goût amer à la bouche, y détermine un afflux de salive, pénètre dans l’estomac où il favorise la sécrétion du suc gastrique, l’appétit et la digestion ; puis, il est rapidement absorbé, passe dans la circulation générale, la régularise pour s’éliminer ensuite très vite par la plupart de nos produits excrétés : l’urine, la sueur, le lait principalement. C’est un médicament d’épargne, un modérateur de la nutrition qui agit sur la crase du sang, en chasse au dehors les éléments acrimonieux sous forme de papules ou de pustules. C’est en d’autres termes un de nos meilleurs dépuratifs, puisque, administré pendant longtemps, il diminue la lymphe et redonne au liquide sanguin les propriétés qualitatives qui lui manquent pour remettre l’économie dans les voies normales.

Usages. — Delà, l’utilité incontestable et incontestée de ce médicament contre le goitre, la scrofule, la syphilis, les engorgements ganglionnaires, les affections arthritiques. Sans doute, l’iode ne guérit pas toutes les hypertrophies de la glande thyroïde, parce qu’on en observe beaucoup, surtout à Paris, qui sont dues à une dégénérescence cancéreuse, tuberculeuse, osseuse, cartilagineuse ou kysteuse de cet organe, plutôt qu’à une véritable tumeur goitreuse. Il n’est pas étonnant que l’iode se montre impuissant contre ces cas, tandis qu’il réussit à merveille dans les localités où le goitre existe à l’état endémique.

Chatin a cherché à se rendre compte de ce fait, et il a trouvé que deux des plus grandes infirmités de l’homme, l’une du corps (le goitre), l’autre de l’intelligence (le crétinisme) étaient dues au manque d’iode dans l’air et les eaux; en conséquence, il a ordonné d’y suppléer par un régime dans lequel les boissons et les aliments iodés entreraient pour une

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large part et il a opposé de la sorte contre le goitre un traitement préventif et curatif d’une efficacité réelle. Mais en cas d’insuccès, il ne faudrait pas s’en tenir là, se contenter toujours de prescrire l'iode à l’intérieur ou en applications topiques, il faudrait imiter la pratique hardie de Luton, de Reims, qui consiste à faire des injections sous-cutanées de teinture d’iode dans le parenchyme même de la tumeur goitreuse sans avoir à redouter les légères inflammations qui pourraient s’ensuivre.

Dans ces dernières années, l’iode a 'pris une si grande importance en thérapeutique qu’il est peu de médicaments dont les variétés de prescriptions soient aussi multipliées. En effet, ce métalloïde se donne à l’intérieur en boissons, potions, sirop simple, sirop iodo-tannique, ou mieux encore en sirop co nposé dans lequel l’iode est dissous dans le sirop anliscorbutique, de raifort ( sirop de raifort iodé de Grimault ), de quinquina ou d’écorce d’orange amère. Ces préparations sirupeuses reçoivent de l’iode (iode 1 gr. pour 600 gr. sirop) une action dépurative manifeste et prennent sous son impulsion des propriétés altérantes souverainement actives. L’huile iodée employée dans les mêmes cas morbides et aux mêmes doses que l’huile de foie de morue n'a pas encore obtenu l’approbation de la majorité des praticiens; aussi est-elle bien plus rarement utilisée, quoiqu’il soit permis de croire, dès aujourd’hui, qu’elle est destinée à rendre de précieux services dans une foule de cachexies variées.

Les tablettes et le pain iodés masquent l’amertume de l'iode sous une forme agréable à prendre qui, il faut l’avouer, ne doit pas être dénuée d’une certaine valeur thérapeutique. L’alimentation iodée convient admirablement bien aux personnes d’un tempérament délicat, elles prennent le médicament sans aucune répugnance et alors que les formes pharmaceutiques ordinaires les en avaient complètement dégoûtées. D’ailleurs ce médicament ne se prescrit jamais seul, à cause de son défaut de solubilité; il se combine ordinairement dans les formules avec l’iodure de potassium dans les proportions d'une partie du premier pour deux du second; en pareil cas l’eau iodurée le dissout et le rend facile à prendre, sinon il faudrait le faire dissoudre préalablement dans quelques gouttes d’alcool ou d’éther.

A l’extérieur, l’iode se prescrit en solution résolutive, cathérétique ou caustique suivant les proportions plus ou moins grandes de celui-ci par rapport au véhicule. 11 se prescrit également en collyre contre les ophthalmies chroniques, en injections contre les leucorrhées, en lotions, bains, liniments, pommades, contre les manifestations de la scrofule et surtout contre le mal de Doit, les engorgements ganglionnaires , les abcès froids , les arthrites chroniques, les tumeurs blanches. Le coton iodé se prépare en introduisant le tout sans le tasser dans un flacon à large ouverture bouché à l'émeri, on fait chauffer pendant plusieurs heures au bain-marie après avoir d’abord laissé le flacon entr ouvert pour donner issue à l’air dilaté. Lorsque l’opération est terminée, le coton a pris une teinte brun foncé. C’est un bon moyen, en applica- Dictionnaire populaire de Médecine usuelle.

lions topiques, contre les engorgements scrofuleux, les arthrites chroniques. Il faut renouveler le pansement dès que le coton a repris sa blancheur naturelle par suite de l’évaporation de l’iode. Enfin les fumigations iodées se pratiquent en plaçant de l’iode dans une soucoupe maintenue à une haute température, des vapeurs violettes s’en dégagent et le malade peut inspirer un air fortement imprégné de ces vapeurs.

Teinture d’iode. — La teinture d’iode du Codex formée d’une partie d’iode qu’on fait dissoudre dans 12 parties d’alcool à 90 degrés est celle qui a été préconisée par Velpeau et dont on se sert presque toujours à moins d’indications particulières. Mais il est des cas où il peut être bon d’employer une solution iodée plus caustique que la teinture alcoolique officinale. Alors on a le choix entre les deux / formules suivantes: celle de Lugol formée de

Iode 30 grammes.

Iodure de potassium 30 —

Eau distillée 60 —

et celle de Boinet, encore plus concentrée que la précédente, renfermant

Iode 20 grammes.

Iodure de potassium 20 —

Eau distillée 36 —

cette dernière est utile en applications sur les lupus tous les deux ou trois jours.

On emploie la teinture d’iode principalement en badigeonnages, en injections, ou à l’intérieur.

Les badigeonnages se font à l’aide d’un pinceau de charpie trempé dans la teinture d’iode pure, et constituent un traitement efficace des plaies sanieuses ou diphthériques, des engorgements ganglionnaires, des tumeurs indolentes, des goitres, des kystes séreux et sébacés. Les hypertrophies des amygdales, les granulations et les ulcérations du col de l’utérus, les vaginites aiguës et granuleuses, les arthrites chroniques, les eczémas scrofuleux situés derrière les oreilles, les impétigos de la face, les gingivites scorbutiques, sont avantageusement modifiées par des attouchements répétés de teinture d’iode pure deux fois par jour ou chaque un, deux, trois jours seulement, suivant les cas. Enfin dans le premier et le deuxième degré de la phthisie pulmonaire, des badigeonnages sur les sommets de la poitrine, aidés de médicaments appropriés, peuvent être utiles à la ure ou à l’amélioration de cette terrible maladie. En résumé, il n’est pas un seul point de la surface cutanée qui ne puisse être avantageusement touché par la teinture d’iode; ses applications même sur les tempes, le front, les paupières rendent tous les jours les plus grands services dans le traitement de diverses ophthalmies et notamment dans celui des kératites ulcéreuses ou granuleuses.

Tandis que les badigeonnages se font avec de la teinture d’iode pure, on se sert pour les injections de cette même teinture étendue d’eau. Velpeau, qui a popularisé le premier les avantages incomparables de cette méthode sur toutes les autres, récommandait pour les injections iodées le mélange d’une partie de teinture alcoolique pour deux ou trois parties d’eau. Telle est la solution qu’on emploie

loi

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encore tous les jours en injections dans les cavités séreuses et kystiques. Elle a la propriété de modifier la vitalité de la membrane sécrétante et la nature du produit sécrété, ce qui la rend souverainmeent efficace dans le traitement de l’hydrocèle, des kystes de l’ovaire, des hydropisies des bourses muqueuses articulaires et tendineuses (ganglions, hydarthoses, hygromas), des pleurésies purulentes, ‘de l’ascite produite par péritonite simple chronique, des abcès froids et par congestion, des trajets fîstuleux et des kystes divers. Il suffit quelquefois d’une seule injection pour en obtenir la guérison définitive.

La teinture d'iode peut se donner aussi à l’intérieur, mais il faut avoir le soin de ne la prescrire que diluée dans une grande quantité de véhicule et au moment des repas, afin d’éviter son action caustique sur les parois stomacales. Le moyen le plus commode de s’en servir consiste à la faire prendre dans une infusion de café ou dans un vin d’Espagne, à la dose de 2 à 30 gouttes répétées trois fois par jour, contre le rhumatisme, la goutte et les vomissements incoercibles; 20 gouttes de celte teinture alcoolique contiennent 5 centigrammes d’iode.

On peut encore préparer avec la teinture d’iode des potions, des pilules, des lavements, des gargarismes, des lotions, des bains, des pommades, mais toutes ces préparations sont rarement usitées et généralement remplacées par l’emploi de l’iodure de potassium. Luton, de Reims, a pratiqué des injections hypodermiques 'de teinture d’iode dans le parenchyme des tumeurs que les badigeonnages n’avaient pu diminuer de volume, et il a obtenu dans quelques cas des résultats surprenants. Il en est de même des inhalations par le nez des vapeurs qui se dégagent d’un flacon à large ouverture contenant de la teinture d’iode. Ces inhalations, de la durée d’une heure environ et fréquemment renouvelées, en chauffant simplement le flacon dans le creux de la main, ont suffi pour guérir des coryzas chroniques d’une ténacité extrême.

Dr Marc. Camboulives.

I0D0F0RME. — Chimie. — L’iodoforme ne diffère chimiquement du chloroforme qu’en ce que trois atomes d’iode remplacent trois atomes de chlore dans le produit que nous allons étudier. C’est un corps solide, d’une belle couleur jaune citrine, d’une saveur douce sucrée, d’une odeur aromatique un peu analogue à celle du safran. Il cristallise en paillettes nacrées, insolubles dans l’eau, solubles dans l’alcool, l’éther, le chloroforme, les huiles grasses et plusieurs essences.

Effets. — Ce composé faiblement volatil, n’exerce pas d’action locale irritante, comme la plupart des préparations iodiques, et pourtant il renferme les neuf dixièmes de son poids d’iode. Il est facilement absorbé par la voie cutanée, rempli le rôle d’anesthésique local et de résolutif lorsqu’on le prescrit en frictions sur la peau; il est cicatrisant au contraire, et en même temps anodin, lorsqu’on s’en sert en applications topiques sur les plaies blafardes ou les ulcérations variées. Pris à l’intérieur, l’iodoforme ne produit pas non plus d’irritation bien sensible; quoique insoluble dans l’eau, il est

dissous dans le suc gastrique, est absorbé et agit à peu près de même que 1 iode en nature. Son élimination s’opère par la plupart de nos conduits excréteurs, comme cela s’observe du reste pour tous les composés iodiques.

Usages. — De ces diverses considérations, il s’en suit que l’iodoforme se prescrit avec avantage contre le goitre, la scrofule, la syphilis, les engorgements glandulaires. Mais son usage externe mérite beaucoup plus d’attirer l’attention des praticiens, car il rend tous les jours des services non seulement comme anesthésique local dans les névralgies, les fissures à l’anus, les tumeurs douloureuses, mais encore comme cicatrisant des surfaces ulcérées dans les ulcérations syphilitiques, les chancres mous ou phagédéniques, les plaies de mauvaises nature, les ulcères variqueux ou les dartres squammeuses rebelles. Il n’est pas rare d’observer, à la suite de pansements faits avec ce produit, que des ulcères considérés jusqu’alors comme incurables ne prennent sous son influence une bonne impulsion et ne guérissent d’une manière rapide.

Découvert par Sérullas et introduit dans la thérapeutique par Bouchardat en 1836, l’iodoforme très riche en iode, a donné de si beaux résultats entre les mains de Righini, Humbert, Morétin, Glower, Gubler, Besnier, Féréol, Paul Labarthe, etc., qu’actuellement il n’est presque pas de médecins qui n’en aient fait des essais avantageux. Il se prescrit à l’intérieur aux faibles doses de 5 à 10 centigrammes par jour et l’on ne doit pas même dépasser ces proportions de crainte qu’il ne survienne des accidents ; en effet, il est un fait d’observation bien constaté, c’est que ce composé, volatil et insoluble, devient toxique à doses plus faibles que l’iode et détermine la mort dans un espace de temps plus court. 11 peut s’administrer indifféremment en poudre, pilules, pastilles, perles ou huile qu’on fait prendre comme l’huile iodée ou l’huile de foie de morue. La poudre cristalline, finement porphyrisée, est la préparation la plus communément mise en usage en applications locales sur les plaies ulcérées et les chancres simples; les pommades, les liminents et les suppositoires, quoique utiles dans certains cas particuliers, sont loin de présenter la même importance. Cependant la pommade, en onctions ou pansements a une action réelle et mérite comme telle d’être souvent prescrite.

Dr Marc. Camboulives.

IODURE. — Nom donné par les chimistes à la combinaison définie de l’iode avec un autre corps. Parmi les principaux iodures, nous citerons : Viodure d'amidon, Viodure d'ammonium, Viodure de baryum, Viodure de calcium, Viodure de chlorure mercureux, Viodure d' éthyle, Viodure de fer, les iodures de mercure, Viodure double de mercure et de potassium, Viodure de plomb, Viodure de potassium , Viodure de soufre, Viodure de zinc (V. ces mots).

Dr M. C.

IODURE D’AMIDON. — Ce sel est en poudre

noire, très fine, avec laquelle on prépare un sirop quelquefois utilisé contre la scrofule et l’albuminurie. I)r M. C.

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IODÜRE D’AMMONIUM. — Ce sel paraît être plus actif que les iodures alcalins, il me semble mériter la préférence sur ces derniers dans les cas de syphilis grave, lorsqu’il faut agir d’une manière énergique; il se prescrit a peu près aux mêmes doses en solution ou en pommade. Dr m. c.

IODÜRE DE BARYUM. — L’iodure de baryum cristallisable, soluble dans l’eau , est un agent toxique qui a été employé en pommade par Biett et Lugol contre les engorgements scrofuleux à la dose de 10 centigrammes pour 10 grammes d'axonge. Ce sel est aujourd’hui à peu près complètement inusité. Dr M. C.

10DURE DE CALCIUM. — L’iodure de calcium est un sel calcaire blanc, très soluble, à peu près inusité. D'après Rabuteau, à la dose de 10 à 50 centigrammes en solution aqueuse, au commencement du repas, ce médicament mériterait d’être employé contre la phthisie et les affections scrofuleuses ou rachitiques. u. M. c.

IODÜRE DE CHLORURE MERCUREUX. — L’iodure de chlorure mercureux, ou cliloro-iodure de mercure , est un sel qui a été découvert par Boutignv, et qui est employé sous forme de pommade contre un certain nombre de maladies de peau, couperose, eczéma, acné chronique. Notre collaborateur, Félix Rochard, qui la expérimenté pendant de longues années, sur un vaste échelle, en a retiré d'excellents effets. Dr M. G.

IODÜRE D’ÉTHYLE. — L’iodure d’éthyle ou éther

iodhydrique , est un liquide incolore, d’odeur éthérée, peu stable, qui a été conseillé et administré avec succès en inhalations, dans l’asthme et la bronchite chronique, par le professeur Germain

' Sée. Dr m. c.

IODÜRE DE FER. — L’iodure de fer est un sel I cristallin, fusible, volatil, déliquescent, d’une couleur vert-brunâtre, d’une saveur atramentaire et d'une solubilité très grande dans l’eau ; il se décompose facilement au contact de l’air atmosphérique en iode qui s’évapore et en oxyde de fer qui reste. Sa dissolution de couleur verte s’altère aussi ! avec la plus grande rapidité, de telle sorte qu’on ne peut prescrire pour les usages médicaux ni le sel, ni la solution aqueuse. Ce n’était pourtant pas une raison pour se priver d’un produit qui, savamment combiné, pouvait rendre les plus signalés services.

Bien des efforts ont été tentés pour assurer la fixité de ce précieux agent ; mais aucune méthode ne réussit plus complètement que celle proposée par l’ingénieux pharmacien Blancard et qui a été adoptée par le Codex. Les pilules de Blancard sont donc incontestablement la meilleure préparation à l’iodure de fer.

L’iodure de fer réunit les propriétés des ferrugii neux et des iodiques, il est à la fois tonique et I altérant. Aussi est-il fréquemment prescrit dans la I cure de l’aménorrhée, de la dysménorrhée, des débilités générales, dans les diathèses tubercu-

leuse, scrofuleuse ou syphilitique, sans menace d’hémorrhagie ; dans les cas contraires (les ménorrhagies chez les chlorotiques et les hémoptysies chez les phthisiques sont toujours à craindre), son emploi doit être surveillé, mais on n’a jamais observé d’accidents sérieux que chez les personnes douées d’un tempérament hémophilique prononcé.

Toujours est-il que l’iodure de fer, donné dans les conditions que je viens de mentionner, est un médicament facilement supporté par l’estomac et promptement absorbé; il augmente le nombre des globules rouges du sang, active la circulation, calme les désordres nerveux, et, donné pendant une longue période de temps avec des intervalles de repos, il modifie à la longue la mauvaise constitution des individus d’une manière durable. Son action sur les globules rouges est due au fer (chloroanémie); son action sur la transformation de la constitution diathésique du sujet tient de l’iode (scrofule, tuberculose, syphilis).

L’iodure de fer peut s’employer sous forme de sirop ou de pilules, mais c’est aux pilules que l’on a presque toujours recours et les pilules de Blancard (V. Blancard ) sont la préparation la plus généralement prescrite par le corps médical.

D' Marc. Camboulives.

IODÜRE DE MERCURE. — Combiné avec l'iode le mercure forme deux composés très usités en médecine: le protoiodure de mercure et le liiodure de mercure qui sont employés tous les deux, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, dans le traitement des affections syphilitiques et scrofuleuses. Le premier à la dose de 2 à 10 centigrammes par jour; le second à celle de 5 à 20 milligrammes dans le même espace de temps.

Protoiodure de mercure. — Le protoiodure de mercure est un composé pulvérulent d’un jaune verdâtre, insoluble dans l’eau et l’alcool, soluble dans l’éther, volatil, très peu stable puisqu’il se décompose à la lumière du jour et qu’il doit être mis dans des flacons de verre complètement opaques pour conserver ses propriétés.

A forte dose, c’est un poison irritant dont il faut se méfier; il détermine rapidement, comme le calomel, la stomatite mercurielle et la salivation. Mais on peut éviter ces accidents en prescrivant des doses faibles, quoique suffisantes pour produire des effets curatifs. Il jouit alors des vertus altérantes des composés hydrargyriques. Ricord l’a surtout mis en honneur dans le traitement de la syphilis.

On le prescrit d’ordinaire en pilules de 5 centigrammes qu’on donne de 1 à 2 par jour. Cependant cette dose est généralement trop forte ; il vaut mieux, d’après Gubler, ordonner des pilules de 1 centigramme qu’on fait prendre au nombre de 2 à 8 au plus dans les vingt-quatre heures. Les résultats thérapeutiques sont les mêmes : deux suffisent aux enfants, quatre à six sont nécessaires pour les adultes.

C’est un bon médicament mais qui, pour être bien supporté par l’estomac, doit être associé à la thridace ou à l’opium.

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Biiodure de mercure. — Le biiodure de mercure est remarquable par sa couleur d’un rouge écarlate des plus brillants. Il est volatil, insoluble dans l’eau, soluble dans l’alcool, l’éther et quelques acides.

Ses propriétés sont à peu près les mêmes que celles du protoiodure, mais elles sont deux fois plus énergiques. On le prescrit sans danger en piilules à la dose de 1 à 2 milligrammes répétée plusieurs fois par jour. Il agit alors comme altérant à la manière des autres préparations mercurielles. Ce sel est aussi souvent employé à l’extérieur sous forme de pommade (biiodure 1, axonge 10) pour réprimer et cicatriser les chairs fougueuses du lupus, pour guérir les syphilides et les scrofulides soit pustuleuses, soit tuberculeuses, pour faire disparaître les affections squameuses sèches rebelles et l’acnée sébacée concrète. Cette pommade d’un beau rouge est beaucoup plus active que celle au protoiodure, elle doit être employée sur des surfaces moins étendues. Dr Marc. Camboulives.

IODURE DOUBLE DE MERCURE ET DE POTAS- SIUM. — L’iodure double de mercure et de potassium, appelé indifféremment iodydrargyrate de potassium, biiodure de mercure ioduré, se présente sous la forme de longues aiguilles de couleur jaune. Introduit dans la thérapeutique par Puche, qui l’a administré avec succès dans les affections syphilitiques tertiaires compliqués d’accidents secondaires, ce composé est très souvent prescrit avec avantage par les syphiligraphes, Gibert, Ricord, Fournier, Diday, Rollet, Julien, Martin, Delhomme, Vidal, Guibout, Labarthe, etc., dans le cas de syphilis invétérée, toutes les fois qu’un traitement mixte est nécessaire. Il se prescrit en sirop ou en pilules. Beaucoup de personnes ne peuvent pas supporter le sirop, à cause de son goût désagréable ; elles doivent alors avoir recours aux Pilules dépuralives du DT Labarlhe, à base de biiodure de mercure ioduré et d’extrait de quinquina. Ces pilules, petites, insipides grâce à leur enrobage spécial, sont très facilement supportées parles estomacs les plus délicats.

Dr Marc. Camboulives.

IODURE DE PLOMB. — L’iodure de plomb est un sel d’une belle couleur jaune, presque insoluble dans l’eau, rarement utilisé à l’intérieur sous forme de pilules à la dose de 10 à 50 centigrammes, presque toujours prescrit en pommade contre les engorgements scrofuleux. Ce médicament a joui d’une vogue qu’il ne méritait pas et qu’il commence à perdre ; il n’est pourtant pas tout à fait inerte comme on a bien voulu le dire, quoique son absorption soit imparfaite et lente à se produire. J'en ai obtenu de très bons résultats en pommade à la dose de 1 gramme pour 10 grammes d’axonge; mêlé à l’iodure de potassium son action résolutive est encore plus prononcée. Dr M. c.

IODURE DE POTASSIUM. — Chimie. — L’iodure de potassium est un sel blanc, cristallisable en cubes, déliquescent à l’air, très soluble dans l’eau et dans l’alcool, d’une saveur âcre et amère désagréable.

Effets. — Appliqué sur la peau, il y a produit une vive cuisson suivie d’une éruption acnéiforme pouvant se transformer en eschare si le contact du médicament se prolonge au delà de certaines limites. La pommade n’offre pas les mêmes inconvénients. Elle exerce une action résolutive sur les tumeurs glandulaires en même temps qu’une partie de l’iode est absorbée et agit à la manière des iodures pris à l’intérieur.

Ce médicament, en effet, introduit dans le tube digestif par la voie gastro-intestinale, laisse dans la bouche un goût salé et amer que quelques personnes délicates ne peuvent supporter; il produit la salivation, pénètre dans l’estomac, augmente la sécrétion du suc gastrique, facilite l’appétit, la digestion, détermine une légère tendance à la diarrhée ; puis il est rapidement absorbé, passe dans la circulation générale et est enfin éliminé par la plupart de nos canaux excréteurs.

Dans le torrent circulatoire, l’iodure de potassium produit des phénomènes importants; il est bon de les faire connaître avec d’autant plus de précision qu’ils ont été diversement appréciés par les observateurs. Pour Rilliet, Barthez et quelques autres, ce sel alcalin accélère le mouvement de dénutrition, fait maigrir, diminue le volume de toutes les glandes, de tous les tissus, et produit en un mot, même à faibles doses, la cachexie iodique ou l’iodisme constitutionnel.

Cette opinion émise par des hommes recommandables souleva une vive discussion au sein de l’Académie de médecine. On ne put complètement nier le fait, mais on reconnût que le cas était rare, qu’il n’avait été observé que dans certaines localités où le goitre règne à l’état endémique.

Généralement, les choses se passent d’une toute autre manière à la suite de l’administration de l’iodure de potassium. Dès le début, le malade présente un peu de congestion à la tête, du coryza, du larmoiement, l’œdètne des paupières, de la céphalalgie frontale, avec des élancements assez douloureux dans les yeux et dans les oreilles, du picotement dans les fosses nasales. Quelquefois, mais toujours plus tard, surviennent les éblouissements, le délire, les convulsions, le tremblement des membres pouvant simuler une sorte d’ivresse appelée par Lugoi ivresse iodique. Du côté de la peau apparaît une éruption, caractérisée par des papules ou des pustules qui peuvent se développer sur tout le corps et qui se montrent principalement à la face ou au cuir chevelu. Ces symptômes s’accompagnent d’une amélioration dans la constitution du sang, d’une action modératrice sur le mouvement de désassimilation.

Usages. — Les individus soumis à l’iodure de potassium prennent de l’embonpoint au lieu de maigrir. Sans doute les sujets lymphatiques, scrofuleux, chez lesquels l’iode a une action curative vraiment remarquable, paraissent diminuer de volume, parce que sous son influence la bouffissure de la face, des mains et de tout le corps tendent à disparaître ; la lymphe en excès chez eux s’élimine par la salivation, les écoulements nasaux, les flux oculaires ou les éruptions cutanées. Son action est vraiment

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remarquable sur les hypertrophies des glandes, qu’elles soient de nature scrofuleuse ou goitreuse, alors la lymphe qu’elles renferment en trop grande quantité s’élimine par ces divers émonctoires, et l’engorgement disparait pour laisser à la glande ses dimensions normales. Nous observons des effets semblables à la troisième période de la syphilis, lorsque le malade est atteint de tumeurs gommeuses, d’exostoses, de périostoses, etc. : l’iodure de potassium donné à hautes doses résout ces sortes de gonflements, en éliminant de l’économie le virus syphilitique, cette sorte de lymphe infectante dont la pénétration a parcouru tous les replis de l’organisme.

En définitive, l’iodure de potassium est un dépuratif par excellence, il fait disparaître de notre économie 1 excès des humeurs de quelque nature qu’elles puissent être. C’est en outre un tonique reconstituant, puisqu’il a la propriété de reconstituer la composition du sang, de lui enlever les éléments morbides qui s’opposent à la rénovation de nos tissus.

Les premiers symptômes produits par la prescription de l’iodure de potassium sont admis par tous les observateurs, il faut même qu’ils se produisent pour avoir une action véritablement dépurative ; mais alors pour quelques-uns (Rilliet, Barthez) ce sel altérant augmentera les oxydations, l’amaigrissement, l’appétit, les palpitations nerveuses ; pour le plus grand nombre (Wallace, Trousseau, Ricord, Babuteau), ce sera un médicament d’épargne, il ralentira les combustions, augmentera l'appétit et l’embonpoint, diminuera le volume exagéré des glandes en éliminant au dehors la trop grande quantité de lymphe.

Le seul inconvénient qu’il pourra avoir, ce sera d'empêcher ou du moins d’entraver la montée du lait chez les nouvelles accouchées et d’occasionner une légère tendance aux hémorrhagies utérines, pulmonaires, etc.

Cependant, ces derniers phénomènes sont loin d'être constants, attendu qu’on a cherché à tirer parti de l’élimination de l’iodure de potassium par les glandes mammaires. Lebreton et Peligot ont fait prendre ce médicament à la dose quotidienne de 10 grammes à des vaches, des juments, des chèvres, dont le contenu maximum de leur lait en iodure a été de 25 centigrammes par litre; ils ont prescrit ce lait médicamenteux aux personnes délicates. Les résultats obtenus laissent beaucoup à désirer, d'abord parce qu’il faut absorber une très grande quantité de lait pour prendre une dose suffisante d iodure et, en second lieu, parce qu’on ne sait jamais exactement la proportion de principe actif que l’on vient d’ingérer; mieux vaut faire dissoudre dans du lait ordinaire la quantité d’iodure voulue, les effets en seront beaucoup plus certains.

Sans contredit l’iodure de potassium constitue la meilleure des préparations iodiques, c’est celle à laquelle on a recours le plus souvent a des doses variées suivant les diverses indications. Ainsi 50 centigrammes à 2 grammes suffisent, dans les cas ordinaires pour combattre les manifestations de la scrofule, du goitre, de la chloro-aménie, du

rhumatisme articulaire, de la phthisie et des maladies de la peau. Mais dans les périodes graves de la syphilis constitutionnelle, dans les intoxications plombiques et mercurielles, on peut forcer la dose jusqu’à 4 et 5 grammes par jour sans le moindre inconvénient. J’ajouterai même que l’iodure de potassium est un médicament héroïque pour réprimer non seulement les accidents tertiaires de la syphilis avec exostoses et douleurs ostéocopes, mais encore pour triompher des accidents secondaires rebelles, marqués par des tumeurs gommeuses et des ulcérations variées ; dans ce dernier cas, il doit s’employer concurremment avec le mercure. Les pilules dépuratives du D' Labarthe au biiodure de mercure et à l’iodure de potassium, combinés à l’extrait de quinquina, constituent une excellente préparation.

Qu’on se serve de l’iodure de potassium en petites portions ou à doses élevées (la dose moyenne étant de 1 à 2 grammes par jour), ce médicament peut se donner en solution aqueuse dans de l’eau, du thé, du café, une tisane dépurative quelconque, dans une potion ou dans un sirop.

De l’avis de la généralité des médecins, parmi lesquels nous nous contenterons de citer Blache, Guersant, Piorry, Trousseau, Nélaton , Vidal, Ricord, Fournier, Gubler, Labarthe, le meilleur excipient de ce précieux remède, est le sirop d’écorce d’oranges amères bien préparé, et, la préparation la plus justement estimée, celle dont l’usage est, on peut le dire, le plus généralement répandu, est le sirop d'écorce d'oranges amères de Laroze à l'iodure de potassium (V. Laroze [sirop de].)

A l’extérieur, on mêle une partie d’iodure de potassium avec huit parties d’acétate d’ammoniaque ; on place 50 à 60 grammes de ce mélange dans une cravate que l’on fait tenir autour du cou pour opérer la résolution des goitres. On en fait aussi des pommades, des glycérés qu’on emploie en frictions sur les tumeurs glandulaires. L’iodure de potassium se dissout très bien dans la glycérine, mais comme il est insoluble dans l’axonge, il est bon de le faire fondre dans quelques gouttes d’eau avant de le mêler à ce corps gras.

Dr Marc. Cambouuves.

IODURE DE SOUFRE. — Il se présente sous la forme d’une masse brune, cristalline, et a été employé jadis par Biett en pilules à la dose de 5 à 20 centigrammes ou en pommade à la dose de 1 gramme pour 20 grammes d’axonge dans le traitement de quelques affections cutanées et particulièrement contre certaines dartres rebelles. Dr m. c.

IODURE DE ZINC. — C'est un sel soluble et déliquescent avec lequel on prépare une pommade contre les tumeurs de nature scrofuleuse. Dr M. c.

IPÉCACUANHA. — On désigne sous le nom d’ipécacuanha , ou par abréviation ipéca, plusieurs racines provenant de l’Amérique méridionale. Elles appartiennent à la famille des rubiacées et sont fournies par trois espèces différentes ; I’ipéca an-

NELÉ, l’iPÉCA STRIÉ, et l’iPÉCA ONDULÉ.

1° L’ipéca gris annelé ou ipéca officinal est dû à

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la céphélide ipécacuanha, petite plante herbacée du Brésil dont les racines longues de 8 à 10 centimètres, de la grosseur d’un tuyau de lume , flexueuses , offrent une série d’anneaux

très rapprochés , séparés par autant de sillons inégaux. L’écorce est la seule partie de la racine employée en médecine. Respirée en masse, elle a une odeur irritante et nauséeuse, sa saveur est âcre

Fig 646. Fig. 647.

Ipécacuanha annelé. Ipécacuanha strié.

et amère. Cette variété est la meilleure, c’est elle qui devrait être réellement officinale. Mais elle est plus rare et elle est souvent mêlée dans le commerce avec l’ipéca annelé brun et l’ipéca annelé rouge plus communs, de qualité inférieure et d’un prix moins élevé.

2° L’ipéca strié ou ipéca noir provient de la psychotrie émétique, qui croit au Pérou et dans la Nou-

velle-Grenade ; ses racines sont plus grosses, moins cassantes, marquées de stries longitudinales d’un brun foncé ; leur odeur est très faible, leur saveur fade et nullement amère. Elles contiennent moitié moins de matière vomitive ( émétine ) que l’ipéca annelé.

3° L’ipéca ondulé ou ipéca blanc est fourni par la richardsonie scabre, petite plante des environs de Rio-Janeiro dont les racines tortueuses, ondulées, présentent une partie saillante d’un côté correspondant à une partie rentrante du côté opposé. Ces racines sont riches en amidon; elles ont une odeur de moisi et une saveur farineuse moins âcre que celles de la première espèce; elles renferment trois fois moins de parties vomitives, ce qui les rend d’une valeur médicinale trois fois moindre.

Il est encore un grand nombre d’autres racines provenant de diverses plantes de la famille des rubiacées, des violariées, des asclépiadées, des euphorbiacées qui ont été désignées sous le nom de faux ipécas et qui doivent être complètement mises de côté. Du reste, on ne doit s’en tenir qu’à V ipéca annelé officinal , c’est le seul usité aujourd’hui et le plus efficace par la grande quantité d 'émétine (16 p. 100) qu’il renferme dans sa composition. Il contient en outre de l’extrait vomitif, de l’extrait non vomitif, de la gomme, de l’amidon, du ligneux, de la cire et une matière grasse odorante (Pelletier).

L 'émétine est un alcaloïde faible , pulvérulent, inaltérable à l’air, d’une amertume désagréable, d'une belle couleur blanche lorsqu’elle est pure, peu soluble dans l’eau, très soluble dans l’alcool, le chloroforme, mais pas du tout dans l’éther, les huiles. Chez l’homme, 6 à 10 centigrammes provoquent des vomissements répétés et une tendance invincible au sommeil avec perte de la sensibilité, affaiblissement constant de la motricité, pouvant être suivi de mort pour si peu qu’on ait dépassé les doses. Aussi l’émétine est-elle si rarement employée; on préfère avec raison à ce produit encore mal défini, dangereux et dispendieux, les préparations pharmaceutiques dont la racine d’ipéca est la base. Comme les autres alcaloïdes, l’émétine se combine avec les acides pour former des sels dont le sulfate d’émétine est le plus connu.

Il y avait déjà longtemps que la racine d’ipéca était employée au Brésil, lorsque Pison en signala, vers 1672, les propriétés anti-dysentériques. Sa publication n’attira aucunement l’attention du monde médical. En vain, un médecin français, nommé Legras, qui avait fait trois fois le voyage d’Amérique essaya-t-il d’introduire cette plante dans la thérapeutique européenne, ses essais restèrent infructueux. 11 devait être donné, quatorze ans plus tard, à un médecin hollandais qui exerçait à Paris, Adrien Helvétius, de retirer des effets merveilleux de cette substance. C’était à l’époque où le fameux

Ipécacuanha céphélide (au tiers de sa grandeur naturelle). — D. Diagrame do la fleur. — G. Fruit. — S. Section de fruit montrant les graines. — G. L’une des deux graines.

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remède do Talbot, le quinquina, avait valu à son inventeur les faveurs du roi de France et une fortune considérable. Sous l'empire de cette idée lucrative autant qu'honorifique, un négociant français, nommé Grenier, rapporta du Brésil 70 kilogrammes d'ipéca. Mais ne sachant comment en tirer parti, il en confia l’expérimentation à un médecin en renom, le docteur Helvétius. Celui-ci ressaya d’abord à l'Hôtel-Dieu, puis dans la clientèle bourgeoise et enfin sur le Dauphin lui-même qu'il guérit d’un flux, de sang. Il n’en fallut pas davantage pour lui faire accorder par Louis XIV une récompense de mille louis et le privilège exclusif de la vente de son remède dont on ignorait la nature, malgré les écrits de Pison. Mais Grenier, indigné de la conduite d’Helvétius qui gardait pour lui seul honneurs et profits, divulgua le secret de son indigne associé et l’ipéca entra désormais dans le domaine public. Depuis lors Baglivi, Spielman, Bretonneau, Trousseau, Gubler ont étudié à fond cette substance médicamenteuse et nous en -ont fait connaître les heureux effets dans un grand nombre de maladies.

Effets. — Appliquée sur les muqueuses ou sur la peau dénudée, la poudre d’ipéca produit une irritation locale très manifeste. Sur la muqueuse oculaire d'un chien, Bretonneau a vu qu’une pincée de cette poudre pouvait y déterminer une inflammation capable d’amener la perforation de la cornée. Sur la surface cutanée, elle y développe une action révulsive tellement intense qu’on a proposé une pommade préparée avec cette poudre pour remplacer l’huile de croton. Respirée à l’état de poussière, la poudre d’ipéca provoque de la dyspnée, de la suffocation, quelquefois même de \éritables accès d’asthme, les ouvriers qui la préparent doivent tâcher de se prémunir contre ses émanations dangereuses.

Ingérée dans l’estomac, la poudre d’ipéca produit des effets variables suivant les doses et le mode d’administration.

A doses élevées, cette poudre peut être vomitive ou purgative. Elle est vomitive lorsqu’on la prescrit de f à 2 grammes en quatre paquets que l’on fait avaler au malade l’un après l’autre, de dix en dix minutes, préalablement délayée dans un peu d’eau sucrée. Les deux premiers paquets suffisent si les vomissements ont été assez abondants; dans le cas contraire, on passe au troisième et au quatrième.

Il arrive parfois que le remède irrite tellement les voies gastro -intestinales qu’il survient en meme temps des vomissements nerveux et des selles abondantes. Mais telle ne doit pas être la véritable manière de procéder lorsqu’on veut obtenir avec la poudre d'ipéca des effets seulement purgatifs : on prépare alors une infusion de 4 à 5 grammes de poudre pour 250 grammes d’eau, et l’on fait prendre cette tisane filtrée, par quarts de verre dans les douze heures, qu’elle ait été ou non édulcorée avec du sirop de gomme ou du sirop de fleurs d’oranger. L’on a dans ce cas une sorte d'ipéca en lavage (10 à 20 grammes par litre d'eau) utile comme substitutif dans la gastrite et la dysenterie, par la propriété qu'il a de susbstituer une irritation in-

flammatoire de courte durée à une irritation inflammatoire organique.

A faibles doses, de 6 à 30 centigrammes par exemple, la poudre d’ipéca, pourvu qu’elle soit distribuée par petites proportions, ne produit pas généralement de dérangement marqué sur les voies digestives, elles est promptement absorbée et passe dans la circulation générale où elle fait l’office de contro-stimulant, en diminuant le nombre et l’énergie des battements du cœur, en ralentissant les mouvements respiratoires, en abaissant la température , en paralysant les nerfs sensitifs et en amoindrissant les facultés contractiles des nerfs moteurs. Puis, elle est éliminée en partie par les reins dont elle augmente, faiblement il est vrai, la sécrétion urinaire, en partie par la peau qu’elle pousse à la sueur, et en grande partie par la muqueuse bronchique dont elle modifie la nature des sécrétions et facilite l’expectoration des mucosités qu’elle contient.

Usages. — Les usages thérapeutiques de l’ipéca étant fondés sur ses propriétés physiologiques, on conçoit que ce médicament puisse être utilisé, suivant les cas, comme vomitif, purgatif, contro-stimulant, expectorant ou anti-hémorrhagique.

1° L’ipéca est sans contredit l’un des meilleurs vomitifs que l’on connaisse. Il se prescrit habituellement au début de presque toutes les maladies encore mal déterminées et caractérisées par l’enduit saburral de la langue, des refroidissements, de la courbature, de l’inappétence, de la céphalalgie, de l’embarras gastrique ; ou bien encore il est très efficace contre un bon nombre de maladies confirmées , telles que le croup, l’angine couenneuse, la bronchite aiguë, la grippe, la coqueluche, etc.

2° Ses effets purgatifs et substitutifs ont été employés de tout temps avec succès contre les dysenteries, les diarrhées, les cholérines et la plupart des flux intestinaux. Les résultats en ont été si satisfaisants que les auteurs anciens ont décoré la racine du Brésil du nom de racine anti-dysentérique.

3° Puisque la poudre d’ipéca absorbée diminue la fièvre, la chaleur, le stimulus morbide, il ne faut pas s’étonner qu’on l’emploie avec avantage, comme hyposthénisante, dans la pneumonie et les états phlegmasiques, à la dose de 2 grammes pour 200 grammes d’eau bouillante : on a alors un infusé qui sert de véhicule précieux dans les potions contro-stimulantes, il seconde énergiquement les effets expectorants et anti-fébriles du kermès, de la digitale, etc., c’est-à-dire du remède principal. La tolérance s’établit vite, la sueur se déclare, la fièvre tombe et le processus inflammatoire ne tarde pas à se résoudre.

4° Les propriétés expectorantes de l’ipéca méritent aussi de fixer notre attention, car s’il rend les mucosités plus fluides, il en rend par cela même le rejet plus facile, d’où résulte son emploi fréquent et très judicieux contre les catarrhes pulmonaires, les bronchites chroniques, les toux rebelles, les quintes de coqueluche, les accès d’asthme.

5° Enfin, on ne peut disconvenir que l’ipéca ne soit un remède efficace contre les hémorrhagies,

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bien supérieur en cela à la digitale et au tartre stibié.

La racine d’ipéca se prescrit le plus souvent en poudre, sirop, tablettes, infusion ou lavements, rarement en extrait, en teinture et en vin. La poudre se donne, comme vomitive, à la dose de 1 à 2 grammes en trois ou quatre paquets, associée ou non à 5 centigrammes de tartre stibié ; elle se donne en lavage comme purgative, en faisant prendre par quarts de verre dans le courant de la journée une infusion faite avec 10 à 20 grammes de cette poudre pour un litre d’eau ; les doses expectorantes doivent être dix fois moindres. Le sirop est le vomitif par excellence des petits enfants qui viennent de naître jusqu’à l'âge de 4 à 6 ans ; on leur en fait prendre de une cuillerée à café à deux cuillerées à bouche. Il arrive même un moment où le sirop n’est pas assez fort et où il est nécessaire d’y faire ajouter 5 à 15 et 30 centigrammes de poudre pour lui donner une vertu vomitive suffisante. Ce sirop (vomitif) et le sirop de chicorée (purgatif) sont si journellement employés qu’on peut dire que ce sont les deux seuls médicaments sine quà non de la médecine infantile. A partir de l’âge de 6 à 9 ans jusqu’à 16 et 18 on donne la poudre par prises, délayée dans un peu d’eau sucrée, à la dose de 20 centigrammes à 1 gramme, que l’on fait suivre de quelques gorgées d'eau tiède pour favoriser le vomissement.

Quant aux autres préparations, quoique souvent utiles , elles n’offrent, pas autant d’importance. Ainsi par exemple, les tablettes prises au nombre de 4 à 12 par jour constituent un remède populaire contre les diarrhées, les glaires, les toux opiniâtres ; celles de Daubenton, ou d'ipéca au chocolat, étant quatre fois plus actives, se prescrivent aux enfants comme vomitives à la dose de 3 ou 4 par jour. L’infusion, la décoction de 10 à 20 grammes par litre d’eau, se prennent par quarts de verre dans le courant de la journée contre les embarras gastriques, la dysenterie, les hémoptysies graves ; la même infusion d’ipéca décantée et filtrée sert, à la dose de 150 grammes, comme véhicule de potions contro-stimulantes. Les lavements agissent particulièrement sur le rectum et sont un remède efficace contre la dysenterie, les flux, les hémorrhagies intestinales. Nous avons en outre la teinture, l’extrait et le vin qui présentent quelques indications particulières. Le vin surtout est une très bonne préparation dont les Anglais font un usage très fréquent. Dr Marc. Camboulives.

IRIDECTOMIE. — Comme l’indique son nom, l’iridectomie est une opération qui consiste à exciser un lambeau d’iris.

L’iridectomie est de toutes les opérations de la chirurgie oculaire celle qui se pratique le plus fréquemment, ses indications sont multiples. L’iridectomie est certainement une des opérations les plus utiles, et en même temps une des plus inoffensives. L’application qui en a été faite en particulier à la cure du glaucome est une des plus belles découvertes de la chirurgie moderne.

Nombre d’affections oculaires laissent, surtout lorsqu’elles ont été mal soignées, des taches indé-

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lébiles sur la cornée. Ces taches portent le nom de taies, d'albugos, de leucômes. Lorsqu’elles sont centrales, elles empêchent absolument l’exercice de la vision. Fait-on une brèche à l’iris en dehors de la tache, on crée une nouvelle pupille, une pupille artificielle; c’est là F iridectomie optique, qui, non seulement crée un nouveau passage aux rayons lumineux, mais encore exerce sur le leucôme cornéen une action éclaircissante des plus manifestes. Cette pupille doit être de préférence pratiquée en bas et en dedans ; car si on la faisait en haut, elle risquerait fort d’être masquée par la paupière supérieure, et le but ne serait pas atteint.

Lorsque l’iris a été enflammé ( iritis ), si le malade

|Fig. 64?.

Iridectomie. — (Section du lambeau de l’iris).

n'a pas été immédiatement soigné, il se forme des adhérences entre la capsule cristallinienne et la face postérieure de l’iris [synéchie postérieure). La pupille se ferme. L iris est constamment troublé au niveau de ses adhérences à la région ciliaire, et s’enflamme. Les rechutes sont fréquentes. Non seulement le malade souffre beaucoup, mais encore il est exposé à perdre son œil [indo-cy dites, — iridochoroï'lites, — glaucome secondaire, etc.). Une iridectomie est pratiquée; tous les phénomènes inflammatoires cessent comme par enchantement. C’est ce que l’on appelle l 'iridectomie antiphlogistique dont les applications sont innombrables. Dans l’exemple choisi, elle a un double but, car elle est en même temps optique.

Dans les cas où, à la suite d’une perforation de la cornée, il s’est fait une adhérence de l’iris à la cornée ( leucôme adhérent , synéchie antérieure ) les tiraillements incessants de l’iris emprisonné peuvent amener des récidives d’iritis et descomplieations fort graves ( irido-clioroidites suppuratives). L’iridectomie est faite, et tout danger disparaît. Il suffit de libérer l’iris en un point quelconque de sa circonférence; le but est atteint.

En 1855, Græfe avait remarqué que l’iridectomie abaissait la tension inlra-oculaire. De là à l’employer contre 1 e glaucome il n’y avait qu’un pas.

Je ferai remarquer de suite que dans le glaucome aigu et dans certaines formes de glaucome chronique inflammatoire, cette opération donne des résultats merveilleux. Le succès est beaucoup plus aléatoire dans le glaucome chronique simple, et surtout dans le glaucome hémorrhagique; ici l’iridectomie doit céder le pas à la sclérotomie (Y. ce mot).

Comment agit l’iridectomie dans le glaucome? L’opinion la plus recenie c’est qu’elle dégage les voies de filtration de l'œil, et qu’elle crée au niveau des canaux excréteurs une sorte de soupape

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de sûreté. Si la soupape vient à cesser son fonctionnement, on ouvre la cicatrice à nouveau et l’on rétablit la filtration des liquides intra-oculaires. Cette théorie découle naturellement de celle qui considère le glaucome comme étant la conséquence d’un défaut d'excrétion.

Les partisans de l’hypersécrétion pensent que l’iridectomie agit en diminuant la surface de sécrétion. Je ne le pense pas, car j’ai vu de toutes petites iridectomies enrayant instantanément des glaucomes suraigus, et la guérison persiste depuis sept ou huit ans au moins. D’autres considèrent encore l'iridectomie comme agissant à la façon de l’élongation des nerfs.

Les propriétés éclaircissantes de l’iridectomie sont surtout démontrées dans la guérison pour ainsi dire instantanée de la kératite interstitielle, (j’en ai vu et cité de nombreux exemples dans des travaux antérieurs) et dans certaines formes de pannus granuleux ayant résisté jusque-là à tous les traitements. Enfin l’iridectomie a été pendant de longues années un des temps obligatoires de l’opération de la cataracte. La plupart des chirurgiens reviennent à l’opération sans iridectomie, singulièrement facilitée par l’emploi du chlorydrate de cocaïne. Pour ma part, depuis plus d’un an j’ai abandonné l’iridectomie dans l’opération de la cataracte, et je dois avouer que les résultats obtenus sont en tous points parfaits.

L’iridectomie date de 1780. Mais en réalité elle a été tellement perfectionnée par Desmarres père, et ses indications ont été si nettement précisées par lui, qu’à mon humble avis on peut le considérer comme le père de l’iridectomie, quoique Wenzel et Beer l’eussent pratiquée avant lui.

Desmarres employait le contenu lancéolaire. De-

Fig. 649.

Iridectomie (Procédé de Desmarres'.

puis 15 ans environ, presque tous les opérateurs se servent du couteau de Græfe dont le maniement est si facile, même dans les chambres antérieures les plus étroites.

Voici comment l’on procède:

Le blépharostat étant mis en place, et l’œil étant bien fixé à l’aide de la pince à griffes et à ressort, le chirurgien fait une ponction à l’union de la cornée et de la sclérotique avec le couteau de Græfe, pénètre dans la chambre antérieure, la traverse sans toucher ni à l’iris ni à la capsule cristallinienne, fait une contre-ponction en un point diamétralement opposé, détache la cornée par des petits mouvements de va-et-vient, faits très lentement et avec

I douceur, et limite ainsi un arc de 6a 7 millimètres de long. Si l'iris fait hernie, il le saisit avec des petites pinces droites et le sectionne à l’aide de deux coups Dictionnaire populaire de Médecine usuelle.

de ciseaux (fig. 650). Sil’irisreste en place, il le saisit à l’aide de pinces courbes introduites avec beaucoup de précaution dans la chambre antérieure. Pendant ce dernier temps de l’opération, au lieu de confier

Fig. 650.

Iridectomie faite à la partie supérieure comme opération préalable à celle de la cataracte (section de l'iris).

la pince à fixation à l’aide, je continue à fixer l’œil, et c’est l’aide qui sectionne l’iris saisi par moi. Les extrémités du sphincter sectionné sont rentrées avec une petite spatule.

Je considère l’iridectomie comme inoffensive. Je n'ai jamais observé personnellement d’accidents consécutifs. Toutes les précautions antiseptiques

Iridectomie. — (Les pinces saisissant une portion de l’iris).

doivent être néanmoins prises avec le plus grand soin. Je donne la préférence à la solution boriquée à 3 p. 100. Dans le cas où l’iris est complètement adhérent, on le détache en l’arrachant avec les pinces (fig. 651). Si la plaie faite àlacornée est trop petite pour permettre l’introduction des pinces, on amène l’iris au dehors à l’aide d'un petit crochet mousse.

Dr A. Dehenne,

Professeur libre de clinique ophthatmologique.

IRIDOTOMIE. — L’iridotomie ou iritomie est antérieure à l’iridectomie. Mais les perfectionnements qui y ont été apportés dans ces dernieres années permettent de la considérer comme une opération d’origine récente, quoique Cheselden l’ait exécutée pour la première fois en 1728.

Elle consiste à faire une section dans le tissu de l’iris. Cette opération rencontre son application 1a. plus fréquente dans les cataractes secondaires avec occlusion pupillaire totale. L'iridectomie expose à des tractions dangereuses; la préhension de l’iris est rendue du reste extrêmement difficile par l’absence même du cristallin. L’iridotomie, au contraire,

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permet de sectionner d’un seul coup l’iris et les exsudats rétro-iridiens sans le moindre tiraillement exercé sur les attaches ciliaires de l'iris, et la section de l’iris étant pratiquée perpendiculairement à la traction de ses fibres, l’écartement de la nouvelle pupille se fait tout naturellement.

Supposons une opération de cataracte avec iridectomie de l’œil gauche. Il s’est fait de l’irilis, des exsudats ont encombré le champ pupillaire, et la pupille elle-même a été peu à peu attirée tout entière vers la cicatrice, de telle sorte que l’iris forme un diaphragme complet, sans ouverture pupillaire, la traction s’opérant de haut en bas. Il s’agit de faire une nouvelle pupille.

A l’aide d'un couteau lancéolaire à arrêt, on pénètre dans la cornée à 2 millimètres du bord cornéen externe, en dirigeant l’instrument perpendiculairement au diamètre horizontal, et on trouvera hardiment du même coup la chambre antérieure et la cloison membraneuse qui la sépare du corps vilré. Cela fait, le contenu lancéolaire est retiré rapidement; on évite ainsi l’écoulement complet de l’humeur aqueuse.

Les pinces-ciseaux sont alors introduites fermées dans la chambre antérieure; on les entr’ouvre légèrement de façon à faire passer une des branches dans l’ouverture iridienne pratiquée par le couteau lancéolaire, tandis que l’autre branche est maintenue au-devant de l’iris.

Lorsque l’on a embrassé entre les deux branches toute l’étendue de la membrane à sectionner, on les rapproche d’un seul coup, et une pupille noire est ainsi constituée. Au lieu de ponctionner en même temps avec le couteau lancéolaire la cornée et l’iris, on peut se contenter de ponctionner la cornée, et l’on passe alors en arrière de l’iris avec des pinces-ciseaux dont l’une des extrémités est pointue, tandis que celle destinée à rester dans la chambre antérieure est moussue.

Telle est l’application la plus fréquente de l’iritomie, que l’on appelle alors Yiritomie ordinaire pour la distinguer de Yiritomie optique , que quelques chirurgiens ont employés dans les cataractes zonulaires congénitales. La présence du cristallin rend celte opération très difficile et fort dangereuse. Je lui préfère de beaucoup l’iridectomie. Il va de soi que dans les cas où l’on pratique ce genre d’iritomie, la ponction de la cornée est faite en un point diamétralement opposé à celui où l’on sectionnera l’iris.

Theselden (1728) incisait l'iris avec une aiguille falciforme, après avoir ponctionné la cornée. Heuermann (1756) incisait à la fois la cornée et l’iris avec un couteau lancéolaire.

Bowmann proposa, en 1872, d’introduire, à travers une ouverture de la cornée pratiquée avec un couteau droit, un autre couteau à extrémité mousse qui, arrivé derrière l’iris, était dirigé de façon à tourner son tranchant en avant, ce qui permettait de sectionner alors l’iris contre la surface postérieure de la cornée.

Tous ces procédés exposaient à des tractions dangereuses. L’introduction des pince-ciseaux dans la chirurgie oculaire a rendu plus facile et presque

inoflfensive cette opération, que tous les oculistes pratiquent aujourd’hui d’une façon courante.

Dr A. Dehenne.

IRIS DE FLORENCE. — Nom donné par les botanistes à une plante de la famille des iridées, très commune en Italie et en Provence où on la cultive en grand. Ses fleurs sont blanches à veines

Iris de Florence. — Fleur et coupe longitudinale.

bleuâtres, d’une odeur suave, avec des bractées vertes et charnues. Son rhizome, rampant, horizontal ou un peu oblique, charnu, blanc, marqué supérieurement de cicatrices provenant des points d’insertion des feuilles, et présentant inférieurement des racines fibreuses, est doué, à l’état frais,

Fig. 653.

Iris de Florence (rhizome).

d’une saveur âcre et amère et de propriétés purgatives, et desséché, dégage une odeur remarquable de violette due à une huile volatile spéciale.

Le rhizome est la seule partie de la piante qu’on utilise. En médecine on s’en sert pour fabriquer des pois à cautère et des hochets de dentition pour les petits enfants. Les marchands de vins aromatisent les vins avec la macération alcoolique de la racine d'iris, pour leur donner le goût du vin de Bordeaux. Entin, les parfumeurs utilisent la poudre d’iris comme parfum, dans un grand nombre de cosmétiques. Dr Paul Labarthe.

IRIS. — Anatomie. — L’iris est une membrane ,i musculaire et vasculaire placée verticalement audessous du cristallin, percée à son centre de Y ouverture pupillaire, communément appelée pupille ou prunelle. L’iris est chargé de régler la quantité des

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rayons lumineux qui doivent pénétrer dans le fond de l’œil, à la rétine (V. Pupille).

La face antérieure un peu convexe forme la paroi postérieure de la chambre antérieure. Elle est diversement colorée suivant les sujets, tantôt noire, tantôt bleue, tantôt verte. On voit quelquefois sur

Fig. 651. — Coupe antéro-postérieure de l’œil.

3. Coupe de l’iris. — 1. Sclérotique divisée, dont les lambeaux sont écartés. — 2. Coupe antéro-postérieure du cristallin. — i. Canal de Schlemm. — 5. 'Procès cdiaires choroidiens. — 6,6. Vasa vorticosa de la choroïde. — 7. Muscle ciliaire. — 8 Nerfs ciliaires. — 9. Rétine. — 10. Corps vitré. — 11. Cristallin.

cette face de petites taches noires qui sont formées par l'accumulation de quelques cellules de pigment.

La face postérieure, un peu concave, est recouverte d’une couche de cellules pigmentaires dont la réunion constitue ce que les anciens appelaient membrane uvée. Cette face est en rapport avec le cristallin. Il n’existe point de cavité entre l’iris et le cristallin ; il n’y a point de chambre postérieure.

La pupille n’occupe pas exactement le centre de l'iris; elle est placée un peu en dedans et en haut.

La grande circonférence de l’iris s’insère sur la sclérotique même, à 1 millimètre et demi en arrière de la cornée.

Le tissu propre de l’iris est formé de fibres de tissu cellulaire et de fibres musculaires mélangées. Les fibres musculaires appartiennent aux muscles de la vie organique. Les unes sont circulaires et contractent la pupille ; on les appelle sphincter pupillaire', les autres sont radiées et s’étendent de la pupille à la grande circonférence de l’iris ; on les appelle, dans leur ensemble, dilatateur pupillaire.

Des artères nombreuses se rencontrent dans l’iris ; elles sont fournies en partie par la terminaison des ciliaires courtes postérieures et les ciliaires antérieures. Ces artères se portent du grand cercle artériel de l'iris à la pupille, en s’anastomosant entre elles, pour former le petit cercle artériel de l’iris. Chez le fœtus la pupille est fermée par une

lamelle très mince qu’on appelle membrane pupillaire. Découverte par Wachendorf, en 1740, cette membrane se détruit au 7° mois de la vie intrautérine pour former la pupille.

Les veines de l’iris se jettent dans les veines choroïdiennes.

Les nerfs de l’iris viennent des nerfs ciliaires.

Anomalies de l’iris. — Quelquefois on a vu l’absence complète ou presque complète de l’iris, anomalie qu’il faut rapporter à un arrêt de développement. Dans ce cas là, la cornée n’est souvent qu’incomplètemenl développée. Celte particularité congénitale est héréditaire dans quelques familles; elle se complique d 'embl-yopie et de troubles de Y accommoda! ion, qui sont dus à un arrêt de développement du muscle ciliaire.

Le coloboma (V. ce mot) est un arrêt circonscrit survenu dans l’accroissement de l'iris. La pupille peut être plus ou moins échancrée, et le coloboma peut représenter une poire, un trou de serrure, ou un simple feston. 11 se voit en général sur les deux yeux à la fois.

La corectopie est le déplacement congénital de la pupille.

La polycrie ou multiplicité des pupilles est une affection congénitale assez rare. Lorsque la pupille anormale est voisine du bord ciliaire, elle peut provenir d’une dialyse congénitale du bord périphérique de l'iris. La présence de plusieurs pupilles ne trouble généralement pas la vue.

La persistance de la membrane pupillaire est aussi très rare, ainsi que nous l’avons dit plus haut à l’alinéa consacré à l’anatomie de l’iris.

Blessures de l'iris. — Toutes les blessures de l’iris se compliquent facilement d'un épanchement de sang dans la chambre antérieure. 11 est rare que l’iris soit blessé isolément ; le plus souvent le cristallin est

Fig. 6oî>. — Circulation de l’iris.

1. Pupille. — 2,2 Artères ciliaires longues: arrivées au niveau de la grande circonférence de l’iris ces artères se divisent en deux branches, l’une ascendante, l’autre descendante; ces branches s’anastomosent avec les divisions ciliaires courtes et forment ainsi le grand cercle artériel de l'iris. — i, 5. Artères ciliaires courtes. — 9. Petit cercle artériel de l’iris.

touché en même temps. Les blessures de l’iris sont peu dangereuses par elles-mêmes; elles ne le deviennent que lorsque le traumatisme a dépassé la

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grande circonférence et a entamé la région ciliaire. Lorsque le cristallin a été blessé en même temps, il se fait une cataracte traumatique, et les masses corticales gonflées, amenant une réaction du côté de l'iris, sont certainement plus dangereuses que la blessure même de l’iris.

A la suite d’une contusion, il peut se faire une rupture du bord périphérique de l'iris; cette rupture porte le nom d ' iridody alise.

Un traumatisme violent peut amener un renversement du bord pupillaire qui, dans certains cas, simule à s’y méprendre une iridectomie.

Corps étrangers de l’iris. — Les corps étrangers de l'iris sont rares. Il faut se bâter de les enlever, car ils peuvent facilement provoquer une inflammation suppurative. On ne peut les enlever qu’en excisant la portion d’iris dans laquelle ils s’étaient enclavés.

Hernie de l’iris. — La hernie de l’iris est la complication la plus fréquente de toute perforation de la cornée, que cette perforation soit traumatique ou spontanée. Dans ce cas, à mon avis, il n’y a pas deux conduites à suivre. Il faut tout d’abord exciser la partie herniée et instiller quelques gouttes d’un collyre à résérine afin d’éviter la cicatrice staphylomateuse. Quelques jours après, lorsque la plaie cornéenne est bien cicatrisée, il n’y a pas d’inconvénient à remplacer l’ésérine par l’atropine, afin d’éviter l’iritis qui peuvent surgir comme complication du traumatisme. A la suite d’une perforation avec hernie de l’iris, il reste un leucôme adhérent qui nécessite presque toujours une iridectomie. Lorsque l’adhérence irido-cornéenne est pédiculée, la synéchotomie peut remplacer l’iridectomie. Le but essentiel à poursuivre est d’empêcher les tiraillements incessants exercés par l'adhérence sur les attaches de l’iris, et par leur intermédiaire sur la région ciliaire.

La hernie de l’iris est une complication fréquente de l’ophthalmie des nouveaux-nés, et de la kératite à hypopion (kératite des moissonneurs). L’ésérine est un des meilleurs moyens préventifs à employer contre la perforation de la cornée, et par conséquent contre la hernie de l’iris.

Kystes, tumeurs. — Les kystes de l’iris sont très rares. Græfe a rapporté l’histoire d’une petite tumeur qui ressemblait parfaitement à un kyste sébacé et renfermant un nombre considérable de poils courts et forts.

Les kystes de l’iris se présentent généralement sous la forme de petites tumeurs semi-transparentes qui gagnent peu à peu en volume. Le mode d’accroissement de ces tumeurs est très variable ; on les a vu s’étendre très rapidement en volume, et, dans d’autres cas, suivre dans ce progrès une marche très lente et assez souvent interrompue (Wecker).

La configuration de ces kystes peut aussi varier, mais presque tous sont lenticulaires ou pyriformes. Leur coloration dépend beaucoup de l’épaisseur de leur paroi et varie entre le jaune clair, et toutes les nuances que peut présenter le tissu de l’iris.

La plupart des kystes observés se sont développés après une lésion directe de l’iris ou des annexes de l’œil.

On a encore voulu attribuer les kystes de l’iris à la présence d’un cysticerque emprisonné dans la trame de cette membrane.

Comme traitement, il faut exciser la partie de l'iris dans laquelle siège le kyste.

Les vœoi ou tumeurs •pigmentées de l'iris sont aussi très rares.

Parmi les tumeurs de l’iris, il faut citer les condylomes, les tubercules et les lipomes dont Mooren a cité un cas.

Les télangiectasies de l’iris constituent une des plus rares affections de l’œil.

Il en est de même du cancer qui se localise sur l'iris. Le plus souvent le mal a son point de départ dans la choroïde. Parmi les différentes formes de cancer, c’est la mélanose qui se rencontre le plus souvent. Le malade succombe à une propagation du mal à la cavité crânienne.

L’énucléation hâtive de l’œil est le seul remède.

Dr A. Dehenne.

IRITIS. — On donne communément ce nom à l'inflammation de l’iris.

Cette affection, en général bénigne si elle est immédiatement soignée, devient excessivement grave lorsqu’elle n’a pas été traitée dès le début, et surtout lorsqu’elle a été mal traitée. C’est cette dernière considération qui rend si sérieux le pronostic de l’iritis. Je persiste à considérer comme bénigne l’iritis, quelle que soit sa forme, si un traitement rationnel a été institué dans les premières vingtquatre ou quarante-huit heures, au maximum. J insiste sur ce point, car je le considère comme beaucoup plus important que toutes les classifications plus ou moins savantes de l’iritis qui ont été faites jusqu’à ce jour.

Malheureusement , l’iritis est presque toujours négligée. L’œil devient rouge; le malade, son entourage, le médecin lui-même disent coup d'air; un collyre astringent quelconque, une eau pour les yeux sont ordonnés, sans que l’on se soit donné la peine de faire un diagnostic. Le patient continue à souffrir; des adhérences se forment, comme nous le verrons dans un instant, les complications surgissent, l’œil devient dur, etc., et ce n’est souvent qu’au prix d’une opération (iridectomie ou iridorrhésiej qu’un peu de vision est rendue au malade. Quelques gouttes d’atropine instillées en temps opportun l'eussent certainement mis à l’abri d’une semblable éventualité.

Quelles sont les causes de l’iritis ? — Deux grandes causes peuvent être reconnues à l’iritis; elles dominent toute son histoire. Ce sont la syphilis et le rhumatisme ; la première dans la proportion de 60 à 65 pour 100, la seconde de 30 à 35. Le 5 pour 100 restant appartient au traumatisme, qu’il soit accidentel ou opératoire.

On peut donc décrire les iritis en deux grandes classes : syphilitiques et rhumatismales.

L’iritis peut être simple, plastique, séreuse, quelle que soit sa pathogénie.

Aucune de ces formes n’est, de préférence, l’apanage de la syphilis ou du rhumatisme. Chacune de ces diathèses peut envahir l’iris sous un de ces trois modes, qui ne diffèrent pas autant entre eux

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qu’on pourrait le croire au premier abord. Ce sont , des variantes d'une même modalité pathologique.

Aucun caractère ne permet de distinguer à première vue l'iritis syphilitique de l’iritis rhumatismale. L'interrogatoire attentif du sujet, ses antécédents, son état actuel en disent plus long que la recherche des signes pathognomoniques qui n’existent pas. même pour l’iritis séreuse, dont quelques auteurs ont voulu faire la manifestation exclusive delà diathèse arthritique.

Quels sont les symptômes et la marche de l’iritis ? — En général, l’atfection survient brusquement. L’œil devient douloureux spontanément et à la pression; il s'injecte, surtout au niveau du bord de la cornée. Cette injection pèrikératique marche dans tous les sens. La pupille se rétrécit, et le patient accuse une vive sensibilité à la lumière. Le tissu de l’iris change de couleur et devient grisâtre. L’humeur aqueuse louchit très rapidement, les douleurs s’irradient au pourtour de l’orbite et suivent le trajet des filets de la 5' paire, au sommet de la tète, dans la mâchoire, et jusqu’à l’occiput. Cette irradiation des douleurs, jointe à la contraction pupillaire, n’appartient guère qu’à l’iritis, et permet de la distinguer de suite de la conjonctivite simple et du glaucôme, indépendamment de tous les autres symptômes que nous venons de mentionner. Dès le début, si l’on instille quelques gouttes d’un collyre de sulfate neutre d’atropine au 1/300% la pupille se dilate, avec peine toutefois, et se montre uniformément ronde. Si au contraire on a attendu quelques jours, l’instillation de l’atropine, la pupille reste irrégulière, se dilate de ci de là, en affectant les formes les plus variées. Cette irrégularité de la pupille est due aux exsudats qui se sont formés au niveau du bord pupillaire et qui le font adhérer à la cristalloïde antérieure. Ces exsudats portent le nom de synéchies postérieures, et constituent un des véritables dangers de l’iritis. Si l’atropine peut encore déchirer ces adhérences, tout rentre dans l’ordre, sauf quelques pointillés qui restent sur la cristalloïde et qui disparaissent à la longue. Mais quelques jours encore, et l’atropine n’a plus d'action sur ces synéchies; de là une menace perpétuelle pour l’œil, à cause des tiraillements incessants exercés sur l’iris.

Bien plus, le cercle péripupillaire tout entier peut se souder à la cristalloïde antérieure, et la pupille se ferme complètement. Toute communication est interrompue entre la chambre antérieure et la chambre postérieure. L’iris projeté en avant vient fermer les voies de filtration antérieures de l’œil, situées au niveau du limbe cornéo-sclérotical ; des accidents glaucomateux se déclarent, et si le chirurgien n’intervient pas rapidement en pratiquant d’abord une sclérotomie, puis, plus tard, une iridectomie ou une iridorrhexis, l’œil est perdu à tout jamais. Telles sont les conséquences habituelles de l'iritis simple , lorsqu’elle a été abandonnée à ellemême. A plus forte raison ces accidents sont-ils à craindre, lorsque l’on a affaire à la forme plastique, dont la marche est plus rapide. L’iris s’infiltre d’exsudations plastiques, et les synéchies se forment de bonne heure.

A la surface terne grisâtre de l’iris on voit quel-

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quefois de petites nodules jaunâtres comparables, comme aspect, aux gommes syphilitiques ; çà et là des vaisseaux gonflés, tortueux, témoignent de l’embarras circulatoire profond. L’apparition dans le parenchyme de l’iris de ces petites tumeurs jaunâtres peut faire pencher en faveur de la spécificité de l’affection.

Cette discussion entre l’iritis syphilitique et rhumatismale n’a, du reste, surtout au début de l’affection qu’une importance secondaire. L’essentiel est de constater qu’il y a de l’iritis, et surtout de la soigner rapidement et énergiquement. Le procédé est moins savant, mais il est certainement beaucoup plus pratique, et c’est à ce point de vue que nous devons toujours nous placer.

Quel doit être le traitement de l’iritis ? — D’abord il faut prescrire le sulfate d’atropine à hautes doses, suivant la formule :

Sulfate neutre d’atropine. ... 10 centigrammes.

Eau distillée 20 grammes.

et en faire instiller 5 gouttes de sept à huit fois dans la journée.

Il ne faut l’associer à aucun collyre métallique, et se garder avec le plus grand soin du nitrate d’argent et du sulfate de zinc, employés chaque jour intempestivement. On donne ainsi une nouvelle poussée à l’iritis, et on retarde ainsi les bons effets de l’atropine.

Les lotions fréquentes d’eau chaude sur l’œil malade, les dérivatifs à la tempe ou derrière l’oreille (vésicatoires volants) aident à la résolution de l’affection.

En cas d’exacerbation de la douleur, quatre sangsues à la tempe sont tout indiquées.

Le collyre à l’atropine peut et doit être continué longtemps, jusqu’à cessation absolue des phénomènes inflammatoires. Très rarement il amène de l’irritation de la conjonctive sous forme de granulations et d’érythème palpébral (1 fois sur 3000 environ). Dans ce cas, on le remplace par le collyre à la duboisine à la même dose. 11 est bon d’associer à l’atropine le chlorhydrate de cocaïne (à 5 p. 100), qui à l’immense avantage de calmer les douleurs, joint celui de faire baisser la tension intra-oculaire, et de remplacer la paracentèse, utile dans les cas d’hypertonie avec dilatation pupillaire.

Lorsqu’en effet l’œil est très enflammé et très dur, le collyre à l’atropine ne pénètre pas dans la chambre antérieure, la pupille reste contractée, et si l’on n’abaisse pas immédiatement la tension, les synéchies se forment, et il se déclare des accidents glaucomateux. La paracentèse était indiquée en pareil cas ; aujourd’hui, avant de la pratiquer, la cocaïne peut être employée, et le plus souvent avec succès.

Dans l’iritis aiguë, le traitement local joue le principal rôle ; le traitement général est surtout utile pour prévenir les récidives.

Aux rhumatisants la teinture de colchique à la dose de 1 gr. 50 par jour convient parfaitement. Quelques auteurs préconisent le salicylate de soude, médicament diffluent par excellence, et prédisposant aux hémorrhagies intra-oculaires. Pour ma part, je ne le conseille pas.

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