ABR
Past
. Pastille,
Pii
. Pilule.
Pot
. Potion.
Pulv
. Poudre.
. Quantité suffisante
. Prenez.
. Transcrivez.
Tinct
. Teinture.
Nous avons cru devoir donner l'explication de toutes ces abréviations, bien qu'elles ne soient employées que par des médecins, pour prévenir les accidents qui pourraient avoir lieu par suite d’erreurs faites dans leur emploi ou dans leur interprétation. P. L.
ABRICOT. — Fruit du Prunus armeniaca, renfermant plusieurs variétés comestibles. L’abricot est d’un beau jaune, d'une consistance charnue, d’une saveur sucrée, aromatique. Ses principes gommeux et mucilagineux et son parfum si délicat le rendent très apte a la fabrication des pâtes, des confitures et des compotes, dont il fournit, pour ainsi dire, le type irréprochable. Au centre du noyau ,se trouve une graine amère.
Cette amande contient de l’acide prussique, qui est un poison. Mais il existe en trop petite quantité pour produire des accidents sérieux. 11 détermine cependant des vomissements chez les enfants qui en ont mangé quelques-unes. Il faut alors favoriser ces vomissements en leur faisant avaler des boissons tièdes jusqu’à ce que les amandes soient rendues, puis donner aux petits imprudents une potion gommeuse sucrée.
Les graines ou amandes de l’abricot servent à préparer la liqueur connue sous le nom de noyau, dont voici la formule :
Amandes d’abricots concassées. . . 75 grammes. Alcool à 60" 1 litre.
Faites macérer pendant un mois, passez à travers un linge pour séparer les amandes et ajoutez le sirop de sucre.
Ces graines entrent encore dans la fabrication du ratafia d’abricots, dont voici la recette :
Vin blanc de bonne qualité 4 litres.
Alcool k 60" 1 litre.
Sucre blanc 1 kilog.
Cannelle de Ceylan 4 grammes.
Abricots (nombre) 25 a 30.
On place les abricots dans te vin blanc sur le feu. Dès qu'il entre en ébullition, on ajoute le sucre, l’alcool et la cannelle. On retire la bassine du feu, on la ferme hermétiquement et on la laisse reposer cinq à six jours. Puis on filtre et on met en bouteille.
Les grosses branches et le tronc de l’abricotier laissent découler une gomme spéciale qui se rapproche de la gomme arabique, et à laquelle on donne le nom de gomme noslras. {W Gomme.)
Pour certains estomacs, l’abricot est dur à digérer. Cependant, il est injuste de considérer ce fruit sucré et aromatique comme lourd et indigeste; de même qu’il est faux de lui accorder les vertus dépuratives on l'influence fiévreuve que le pul)lic lui décerne tour à tour si volontiers. L’abricot ne mérite ni cet
excès d'honneur, ni cette indignité. C’est un fruit agréable et sain lorsqu’il est mûr. Quand il n’est pas mûr, il est très indigeste et dangereusement irritant, surtout pour les enfants. D" E. Monin,
Rédacteur de la Hevue de Thérapeutique.
ABRDS. — Nom donné par les botanistes à une plante de la famille des légumineuses, communément appelée chez nous pois d'Amérique. Les graines, ovo'ides, d’un rouge vif avec une tache noire circulaire vers leur sommet, se mangent, comme les haricots et les lentilles, chez les Indiens et les Égyptiens. Les feuilles sont considérées à la Guadeloupe comme très efficaces contre les angines et la toux. Quant aux racines, on en retire un extrait employé, en Amérique et en Afrique, aux mêmes usages que celui de réglisse chez nous. P. L.
ABRUTISSEMENT. — Nom donné à un état particulier d’un individu dont les facultés intellectuelles sont considérablement affaiblies ou même abolies, sans que cependant il y ait ni paralysie, ni altération particulière de la constitution. P. L.
ABSAC (EAUX MINÉRALES D’). — Absac est un village de la Charente, situé à 10 kilomètres de Confolens, dont les eaux minérales, chlorurées sodiques froides, sont employées en boisson et en bains et produisent des effets topiques, diurétiques et laxatifs. On les a conseillées en bains dans les entorses et les tumeurs blanches : en boissons dans les fièvres intermittentes, et enfin dans quelques écoulements chroniques.
Les eaux d’Absac peuvent être transportées.
D'' Paul Labarthe,
Auteur de ; Les Eaux minérales et les bains de mtr de Franc»;
Nouveau guide du médecin et du baigneur.
ABSENCE. — L'absence, l’étonnement, l’étourdissement, le vertige sont les expressions modernes qui servent à désigner le petit mal épileptique, c’est-àdire l’épilepsie réduite à sa plus simple expression symptomatique, en un mot l’épilepsie sans convulsions. Ces phénomènes doivent toujours être considérés comme ayant une certaine gravité, car ils sont identiques, quant à leur nature, avec l’épilepsie. Ils peuvent se montrer sous des formes multiples. C’est pour cela qu’on leur donne des noms différents, mais il n’existe entre eux que des nuances, la maladie dont ils sont la manifestation étant la même. En voici quelques exemples : un malade s’interrompt tout à coup au milieu d’une conversation, perd de vue ce qui se passe autour de lui, et, au bout de quelques secondes, complète sa pensée inachevée : c’est une absence épileptique.
Un architecte inspecte des maisons en construction. A un moment donné, il court sur les échafaudages les plus élevés et crie son nom d’une voix haute et brève. Cela dure un quart de minute au plus, puis il se remet à parler aux ouvriers, à leur donner des ordres, ne se souvenant pas de ce qui lui est arrivé. C’est une absence épileptique.
Trousseau raconte l’histoire d'un président de tribunal. C’était un homme d’une intelligence supérieure, mais il y avait eu des aliénés parmi ses parents. Un jour, au milieu d’une audience, il se lève
ABS
ABS
en marmottant des mots inintelligibles, et il passe dans la chambre du conseil, au milieu de laquelle il se met à pisser. Il rentre immédiatement en séance, et continue à diriger les débats avec beaucoup de lucidité et sans savoir ce qu'il venait de faire. C’est une absence épileptique.
Une malade du service de M. Calmeil,àCharenton, tombait à la renverse, laissait aller ses urines et perdait connaissance : l’œil devenait hagard, la face se colorait, les traits se crispaient, la bouche se tordait, puis, tout à coup, la malade se relevait et se mettait à parcourir la salle comme une somnambule. Son intelligence était abolie, ses impressions étaient nulles, le tout se terminait par de grands éclats d’un rire stupide. C’était un vertige épileptique. En voici encore quelques exemples :
Une autre malade, du même hospice, sentait sa tête tourner; elle se laissait tomber sur un siège, ne présentait aucun symptôme convulsif, mais restait une bonne minute les yeux tournés, la face étonnée et comme dans la stupeur. Une autre, après une perte de connaissance de très courte durée, prenait une aiguille, cousait en un paquet toutes les pièces qui recouvraient son lit, en prononçant en même temps le mot coche. Trousseau cite l’observation d’un jeune garçon qui fut pris subitement, dans son cabinet, de vertiges caractérisés par des éclats de rires saccadés, de quelques secondes de durée. Ce malade parut très surpris quand il lui en demanda la cause ; il n’avait conservé aucune conscience de ce fait.
Nous pouvons citer encore un cas mentionné par le même observateur. C’est un individu qui joue aux cartes; il tient celle qu'il se dispose à jeter sur le tapis ; tout à coup, il s’arrête immobile, ses yeux se ferment ou restent fixes ; puis il fait un grand soupir et, continuant son jeu, jette enfin sa carte, qu’il reconnaît parfaitement, bien qu’un instant auparavant il ne la vît pas, alors qu’il l’avait devant lui. Voilà encore une absence épileptique.
Un ecclésiastique remplissait les fonctions de diacre, il encensait l’évêque officiant, et, tout en continuaut à encenser, il tourna subitement la tète d’une façon bizarre, en grimaçant horriblement. Ce trouble nerveux le prenait également en chaire ou en disant la messe, mais il était si passager que jamais il ne fut obligé de quitter l’autel ou d'interrompre son sermon. C’était encore un vertige épileptique.
On pourrait multiplier les exemples de ces excès àe petit mal, toujours avec des formes différentes, sous le nom de vertige ou d’absence, d’étourdissement ou de stupeur, mais toujours identiques quant à leur cause.
Nous ferons observer qu’il y a dans tous ces phénomènes quelque chose de comparable à ce qui arrive à certains individus qui, dans l’état de sommeil, répondent aux questions qu’on leur adresse, et, une fois éveillés, ont perdu tout souvenir de ce qui s’est passé, c’est-à-dire au somnambulisme. Pour le traitement, voir Épilepsie. D' E. Dcpouy.
ABSINTHE. — L’absinthe [artemisia absinlliium, grande absinthe, absinthe commune ou officinale, absinthe verte, aluyne, armoise-absinthe, herbe aux Dictionnaire de Médecine csuelle.
vers) est une plante de la famille- dos synanthérées ou composées, de la tribu des sénécionidées. Sa tige, haute de 60 centimètres à 1 mètre, est garnie de feuilles profondément découpées en lobes étroits, molles et douces au toucher ; leurs deux faces sont cotonneuses, et l’inférieure d’un vert un peu plus foncé que la supérieure. Les fleurs, jaunâtres et en grappe allongée, sont globuleuses et pendantes.
Cette plante, originaire des pays montagneux de l’Europe, se trouve à l’état sauvage dans les terrains incultes et pierreux; cultivée dans les jardins, elle pousse facilement dans les régions du Midi, mais
elle a besoin d’être préservée du froid et des gelées au moyen de paille et de chaleur artificielle. A l’état inculte, l’absinthe jouit d’une odeur forte et d’une amertume désagréable, tout à fait particulières. La culture" dans les jardins lui faisant perdre en partie ses propriétés, il est de toute importance d’employer la plante sauvage. C’est vers le mois d’août qu’on la récolte et qu’on la fait sécher, disposée en petits paquets et en guirlandes, dans des étuves et des séchoirs, en évitant toute humidité et formation de taches jaunes ou noires qui la rAidraient impropre à l’usage médicinal.
Les parties usitées sont les feuilles et les sommités fleuries, auxquelles on substitue souvent les diverses absinthes, dont l’aspect, le goût et l’odeur sont bien différents : l’absinthe maritime, l’absinthe politique et plus rarement les génépis et les armoises, dont la coloration doit faire éviter toute confusion.
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L’absinthe maritime {artemisia maritima) qui croît naturellement dans nos contrées sur les bords de la mer : l'absinthe pontique [artemisia pontica) ou petite absinthe qui se trouve dans les terrains incultes de l’Italie, de la Roumanie, etc., n’ont que 30 centimètres de hauteur, et leurs feuilles sont plus petites que celles de l'absinthe officinale.
Les principes actifs de l’absinthe, sont Vabsinthine ou principe amer, se présentant sous la forme de gouttes s’épaississant avec le temps et prenant l’aspect résino'ide ; et l’essence d'absinthe, verte, épaisse et possédant à un haut degré l’odeur de la plante. Outre ces principes, se trouvent de l’albumine, une fécule spéciale, de la chlorophylle, du tannin, des sels, de l’absinthate de potasse, etc.
L'absinthe officinale est employée dans l’art de guérir, depuis un temps immémorial; les anciens la considéraient comme un des emblèmes de la santé ; c'est, en effet, un stimulant et un tonique assez puissant qu’on utilise souvent, soit pour ranimer les fonctions digestives, soit pour reconstituer les estomacs faibles et délicats ; outre ces propriétés, on attribue encore à l’absinthe des vertus vermifuges, fébrifuges, emménagogues, diurétiques et antiseptiques.
La poudre se prend à la dose de 1 à 3 grammes comme tonique, et 10 à 13 grammes comme vermifuge; les fleurs sèches sont utilisées comme tisane en infusion, 3 grammes pour 1000; l’hydrolat a peu d’applications ; le vin de 30 à 12ë grammes ; le sirop de 20 à 50 grammes ; l’extrait de 1 à 2 grammes ; l’essence de 4 à 3 gouttes, ou avec de l'huile en frictions contre les vers; l’infusé fort, ou le décodé, 50 grammes pour 1000, sert principalement en lotions sur les ulcères atoniques, ou encore en lavement ; de plus, l'absinthe entre dans un grand nombre de médicaments composés.
Tout en possédant des vertus variées, l’absinthe produit parfois une intoxication lente ; sa rapide absorption dans l’économie atteste son efficacité. Les femmes ou les animaux, qui en consomment soit en tisane, soit en nature ont, pour leurs nourrissons, le désagrément d’avoir un lait fortement aromatique et d'une amertume extrême.
L’absintliisme, ce fléau dont nous avons si souvent sous les yeux les accès et les crises épileptiformes, nous est une autre preuve de l’énergique action de l’absinthe sur les tempéraments qui en abusent ; il est vrai que l’alcoolisme étant la plupart du temps de la partie, vient compliquer le mauvais état, en joignant aux autres ses effets désastreux. Il n en est pas moins acquis que les différentes préparations contenant cette plante doivent être employées avec un certain ménagement.
Liqueur d’absinthe. — La liqueur d’absinthe , l’absinthe des liquoristes et des marchands de vins, est la teinture concentrée d’absinthe, verdâtre et torte en arôme; traitée par l’eau, elle donne une solution opaline par la précipitation des différentes essences qu'elle contient.
Quatre espèces de cette liqueur se trouvent quotidiennement dans le commerce: l’absinthe ordinaire, 1 absinthe demi-fine, l’absinthe fine et l'absinthe sirisse; pn'-parées de deux façons, tantôt par distillation d alcool à 83° en présence de plantes aro-
matiques : grande et petite absinthe, anis, fenouil, mélisse, menthe, badiane, coriandre, hysope ; tantôt par mélange de l'alcool avec les essences de ces diverses substances.
Quant à la coloration verte, elle est obtenue après la distillation par u.ie infusion de petite absinthe, ou, dans les qualités inférieures, de feuilles fraîches d’orties ou de luzerne.
La bonne absinthe est obtenue, le plus souvent, par la distillation de trois-six sur des feuilles de grande absinthe et sur des semences de fenouil et d’anis. On fait infuser ensuite, dans le produit distillé, un mélange de petite absinthe, de mélisse et d'hysope qui lui communique une couleur vert pomme, qu’on fait tourner au vert olive par une légère addition de caramel.
D'après M.Adrian, les quantités d’alcool pur et d’essences contenues dans chaque verre de 30 centimètres cubes de la liqueur d’absinthe, selon la quantité, sont indiquées dans le tableau suivant :
Alcool pur.
Essences
diverses.
Essence
d’absinthe.
Absinthe ordinaire. .
— demi-fine. .
— fine . . . .
— Suisse . . .
Ce qui, sur 30 grammes de liquide environ, donne une moyenne de 18,30 d'alcool, 0,0615 d'essences diverses, et 0,009 d’essence d'absinthe.
De nombreuses formules d'absinthe ont été données ; les suivantes semblent s'approcher le plus de la vraie composition :
Demi-
Ordinaire.
fine.
Fine.
Essence de grande absinthe. . .
. 6 gr.
6 gr.
6 gr.
petite absinthe . .
d’anis
fenouil de Florence
mélisse
menthe poivrée . . .
badiane
coriandre
Alcool. .
13 lit.
Eau . . .
7 lit. 6
Souvent l’absinthe est constituée par une liqueur alcoolique contenant de mauvaises essences et parfois niême des résines destinées à rendre plus opaline la solution quand on la traite par l’eau ; l’odorat et la dégustation sont, dans ce cas, les meilleurs agents d’appréciation.
Tantôt la coloration est obtenue à l’aide d'ache, d’épinards ou autre substance verdâtre, procédé, somme toute, ne pouvant pas nuire à la santé ; tantôt on emploie un mélange de sels bleus et jaunes susceptibles de donner la teinte verte, sous laquelle le produit est toujours présenté. Dans ce cas, il faut faire une analyse sérieuse et rechercher la présence du cuivre.
Une autre liqueur préparée avec l’absinthe, est la crème d'absinthe, dont la formule suit ;
AliS
Essence d'absinthe 2 grammes,
— d'anis 6 —
— de mentlie anglaise 1,3 —
— de fenouil doux 1,5 —
— de citron, distillée 6 —
Alcool à 85" 1 litres.
Sucre 11 kilogr.
Eau 5 litres.
On fait dissoudre le sucre dans l’eau, les essences dans l’alcool, on verse le liquide alcoolique dans le liquide sucré, en agitant de temps en temps. Le produit est de 20 litres. On colore en vert.
Geouges Duché.
Pharmacien de première classe, ancien interne lauréat des hôpitaux de Paris.
ABSINTHISME. — On désigne ainsi, depuis quelques années, l’ensemble des troubles produits, dans l’économie, par l’abus de la liqueur d’absinthe. Point n’était besoin d’être physiologiste ni médecin, pour constater que cet « apéritif » suscite, à doses égales, des pliénomènes beaucoup plus rapides et plus prononcés que n’importe quelle boisson alcoolique ; au physiologiste seul était réservé d’établir la nature de ces phénomènes et leur caractère spécial. Marcé institua le premier des expériences sérieuses à ce sujet, en 1864. Mais c’est au D' Magnan, médecin à l’asile Sainte-.Anne, que revient l’honneur d’avoir établi par des recherches infatigables, par des expériences habilement conduites et poursuivies depuis plus de quinze ans, la réalité terrible de l’absinthisme.
L’absinthe actuellement répandue dans le commerce est une liqueur complexe, le plus souvent préparée à froid : c’est de l’alcool renfermant de l’essence d’absinthe, additionnée d’essences d’anis, d’angélique, de badiane, d’origan, quelquefois de fenouil, de mélisse et de menthe. Ces derniers ingrédients sont tous inoffensifs, comme le D" Magnan s’en assura tout d’abord, en en faisant avaler à des chiens des doses considérables, sans produire d’accidents sérieux. Voici, par contre, le récit d’une de ses expériences avec l’essence d’absinthe :
« Sur un chien du poids de 12 kilogrammes, on injecte 20 centigrammes d’essence d’absinthe, et au bout d’une minute, la tète fléchit en avant, le cou se raidit, les pupilles se dilatent et les yeux se portent en haut, les quatre pattes sont inégalement contractées, le train postérieur légèrement soulevé donne au dos une forme arquée, un jet d’urine est vigoureusement expulsé, de meme que des gaz et des matières fécales ; au bout de cinq secondes, les mâchoires claquent, les oreilles, les yeux et les muscles de la face sont convulsés en tous sens, les paupières clignotent, de la bave s’étale sur les lèvres ; les membres présentent des convulsions de plus en plus étendues, mais plus lentes ; peu à peu toute convulsion s’arrête et l’animal est haletant, hébété. Au bout de cinq minutes, il regarde autour de lui, avec l’aspect étonné, puis se relève et va se coucher dans un coin. » {De i action comparative de t’atcoot et de Vabsinihe, 1879.)
En un mot, on a là, non pas une attaque épileptiforme, comme on l’a dit, mais un accès épileptique. Dans d’autres expériences, on a constaté le délire ; on a vu le chien se dresser sur ses pattes et, les
yeux injectés et fixes dans la môme direction, aboyer avec fureur, avancer et l’eculer comme en face d’un ennemi. A doses plus faibles, l'essence d’absinthe provoque du vertige et des secousses convulsives dans les parties antérieures du corps. Avec les doses élevées, les convulsions se sont produites après l’ablation des lobes centraux, même après la section de la moelle au-dessous du bulbe, faits d’un extrême intérêt, de nature à jeter un nouveau jour sur la théorie de l’épilepsie. (Voy. ce mot.)
A l’aide de ces données indispensables, fournies par la pathologie expérimentale, on a pu dégager les phénomènes propres à l’absinthisme, de ceux qui appartiennent à l’alcoolisme simple. Chez les individus adonnés à l’absinthe, — quelques-uns absorbent cinq à six verres par jour, et plus — on voit se développer beaucoup plus vite, les phénomènes d’abrutissement, d’hébétude, observables chez tous les ivrognes: le délire surtout est prématuré. Enfin, dans un certain nombre de cas, on voit apparaître chez les buveurs d’absinthe de véritables accès épileptiques, des crises de cette maladie qui dans tous les temps et dans tous les pays a inspiré aux hommes tant d’horreur et tant d’effroi. Ils tombent du haut mal, selon l’expression vulgaire, offrant des phénomènes identiques à ceux qu’on a décrits plus haut, chez le chien soumis à une injection d’essence d’absinthe.
Dans ces derniers temps, M. Lancereaux a voulu s’élever contre ces conclusions. Il a prétendu, mais sans le démontrer, que les crises eu question étaient de simples attaques épileptiformes, analogues à celles qu’on observe chez les alcooliques à la suite des lésions facilement appréciables, qui se développent dans leur encéphale. Le lecteur n’a qu’à se reporter au Progrès médical du 4 janvier 1882; il y verra deux tracés sphygmographiques : l’un correspond aux convulsions développées chez un chien soumis à l’essence d’absinthe, l’autre à un accès épileptique cliez l’homme. Les deux tracés sont identiques. Dans l’état actuel de la science, les conclusions du D' Magnan restent entières. L’empoisonnement par l’absinthe est plus rapide et plus pernicieux que l’empoisonnement par les autres boissons alcooliques.
En voilà assez, il me semble, pour détourner les gens sensés de l’abus de l’absinthe, pour détourner de son usage, même ceux dont le tempérament maîtrise trop aisément la volonté. Ceux-là qui ne peuvent pas se modérer feront bien de ne jamais tremper leurs lèvres dans la séduisante liqueur, car ils sont susceptibles de devenir la proie d’un entraînement plus « fatal » que ne fut jamais celui des sirènes qui vous noyaient dans les flots verts de l’Océan. Mais qui veut trop prouver ne prouve rien, et je ferais rire les gens d’esprit qui prennent de temps en temps leur absinthe sur le boulevard ou ailleurs, si je leur prédisais la dyspepsie, la lienterie, l’épilepsie et la mort. L’absinthe prise modérément à la dose d’un verre — eau comprise bien entendu — produit chez le plus grand nombre, une excitation des fonctions digestives: c’est à la lettre, un «apéritif». Elle produit aussi une excitation cérébrale, rapidement développée et qui persiste pendant plusieurs heures ; excitation réellement favorable et durant laquelle les facultés intellectuelles peuvent être portées à leur maximum d’intensité. 11 est parfaitement certain que
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des poètes ont composé sous cette influence, quelques-uns de leurs plus beaux vers ; il n'est pas moins certain, hélas ! que plusieurs de ces poètes en sont morts. Ici, comme ailleurs, tout est dans la mesure. [y oy. Alcoolisme.) D'Albert Regnard,
Ancien interne des hôpitaux de Paris, lauréat de la Faculté de Strasbourg et de la Société Médico-psychologique.
ABSOLU. — Qualificatif donné à l’alcool pur, qui ne contient pas d’eau. p. L.
ABSORBANTS. — Nom sous lequel on désigne d'une manière générale les substances destinées à absorber les liquides ou les gaz sécrétés par une partie malade. Les absorbants peuvent agir soit en dissimulant ces liquides ou ces gaz dans leurs porosités, soit en neutralisant leurs propriétés chimiques, ce qui les a fait diviser naturellement en deux gran- , des classes ; les absorbants physiques ou mécaniques et les absorbants chimiques.
Parmi les absorbants physiques ou mécaniques, il faut citer le charbon, l'éponge de platine, la charpie, l’amadou, le son, la sciure de bois, la poudre de lycopode, l’amidon, le coton, la toile d’araignée, etc.
Parmi les absorbants chimiques, la potasse, la soude, la chaux et leurs carbonates, la magnésie, le sous-nitrate de bismuth, l’oxyde de fer, sont les principaux usités.
Les absorbants physiques et chimiques peuvent aussi être divisés en absorbants externes plus spécialement employés dans le traitement des plaies, des excoriations de la peau, de certaines affections cutanées telles que l’eczéma, les dartres humides, les gourmes des enfants, etc., et en absorbants internes, dont l’emploi est réservé à un certain nombre d'affections de l’estomac et des intestins, telles que les dyspepsies flatulentes et acides et les gaz intestinaux.
D' A.-L. Labarthe, père.
ABSORBANTS (vaisseaux) . — Voyez Lymphatiques.
ABSORPTION. — Les physiologistes désignent ainsi la pénétration dans l’organisme de substances venues du dehors. C’est un phénomène d’une importance capitale et sine qua non: la vie ne s’entretient en effet que par un échange de matériaux, par l’acquisition de nouveaux éléments puisés dans le milieu ambiant, et qui sont introduits dans les tissus par absorption. Cela s’observe à l’état le plus simple chez ces organismes à peine vivants, composés d’une petite masse àa protoplasma (voy. ce mot), tels que le protamaba primitiva de Ilaecket. Les gaz et les liquides en contact avec cette cellule rudimentaire quoique animée, pénètrent dans son intérieur, où ils sont assimilés, s’ils sont propres à la nutrition.
Comment se fait cette pénétration? On était livré à des conjectures, lorsque Dutrochet découvrit Xendosmose (1826). Cet observateur éminent rendit à la science un service considérable, en montrant que les prétendues forces vitales et mystérieuses présisidant à 1 absorption se réduisaient à un phénomène physico-chimique, simplement modifié, selon le cas, par la nature des substances et tissus organiques qui sont en jeu. Il constata qu’en plaçant dans de l’eau pure un petit sac membraneux renfermant de
l’eau gommée, l'eau pure pénétrait dans l’intérieur du sac [endosmose)-, un tube étant mis en communication avec le sac, le liquide ainsi mélangé monte à une hauteur assez considérable. Ce qui prouve que le phénomène est indépendant de la pression hydrostatique, les pores de la membrane étant trop petits pour que cette pression s’exerce. Si l’on place, au contraire, l'eau pure à l'intérieur du sac et l’eau gommée à l’extérieur, le sac se vide par le passage de l’eau pure à l’extérieur {exosmose).
Du reste, le courant est toujours double, bien qu’il y en ait un qui prédomine : le savant anglais Graiiam a complété ces notions si importantes, en montrant que le phénomène est sous la dépendance de la diffusion, en vertu de laquelle des liquides de nature différente et sans action l’un sur l’autre finissent par se mélanger quand on les met en contact. Par exemple, chacun sait que l’huile versée à la surface d’une veilleuse pleine d’eau se retrouve le lendemain dans le même état, au point de vue de la séparation des liquides : l’huile ne se dissout pas dans l’eau. Au contraire, lorsqu’on se confectionne un « grog à l’eau-de-vie », si l’on attend un peu, on voit la ligne de démarcation entre les deux liquides se brouiller et le mélange s’effectuer : d’où l’impossibilité de faire flamber la liqueur restée à la surface.
Appuyé sur ces données, Graham a montré que les phénomènes de l’endosmose — ou plus simplement de l’o^mo^e — étaient sous la dépendance de ceux de la diffusion. Il faut donc pour que l’osmose se produise que les liquides soient susceptibles de se diffuser (miscibles) et aussi de mouiller la membrane ou les couches quelconques qui les séparent d’abord. Les substances contenues dans ces liquides doivent être solubles. Et aussi, il en est qui ne pénètrent pas facilement parce qu’elles n’arrivent pas à une véritable dissolution, telles que l’albumine, la dextrine, la gomme, etc. Graham les a appelées col- Idides, à cause de l’aspect gélatineux qu’elles prennent quand elles sont en masse, et ils les a opposées aux cristalloïdes, ainsi nommées par analogie avec les matières cristallisables qui, au contraire, se prêtent admirablement aux phénomènes de la diffusion et de l’osmose.
Les gaz sont également soumis aux lois de l’osmose et de la diffusion : aussi s’absorbent-ils comme les liquides et parfois plus facilement encore. Tout le monde sait que l’échange de l’acide carbonique et de l’oxygène dans le poumon constitue l’acte primordial de la respiration.
Chez les animaux supérieurs et principalement dans l’appareil digestif, un troisième phénomène physique intervient pour l’absorption : c’est la filtraiiori ou transmutation. Bien différente de l’osmose, elle ne s’exerce au contraire que sous l’influence de la pression (voy. Digestion).
D' P.-L. Tarride.
ABSTERGENTS (médicaments). ’V. Détersifs.
ABSTINENCE. — Ce mot qui, d'après son étymologie [abstinere, s’abstenir, se priver), semblerait devoir exprimer toute privation , quel qu’en soit l’objet, s’applique d’une manière générale et presque
ÂGA
AGG
exclusivement à la privation volontaire ou forcée des aliments et des boissons. Pour l’exposé des effets de l'abstinence absolue, nous renvoyons le lecteur au mot Inanition. Quant à l’abstinence partielle et continuelle de certains aliments, de certaines boissons, elle sera traitée au mot Régime. P. L.
ABUS VÉNÉRIEN (V. Plaisirs vénériens).
ABUS DE SOI-MÊME (V. Masturbation, Onanisme).
ACACIA. — Le genre acacia, de la famille des légumineuses mimosées, est représenté dans la nature par une quantité considérable de plantes ; c’est lui qui fournit la gomme arabique et beaucoup d’autres espèces moins pures, le cachou et diverses substances astringentes fort usitées en médecine. (V. ces mots.)
L’acacia se trouve principalement dans l’Égypte, les Indes, l’Arabie et le Sénégal; l’acacia de nos jardins, dont les fleurs blanches et élégantes, en grappes longues et gracieuses, embaument nos campagnes au printemps, est produit par le robinia pseudoacacia, également de la famille des légumineuses ; ce n’est donc pas proprement dit un acacia. L’art culinaire utilise son arôme et son parfum en beignets, dont se régalent les palais les plus délicats.
Dans les différentes variétés d’acacias, les parties usitées sont variables ; ce sont les sucs découlant naturellement ou provenant d’incisions pratiquées aux branches, les fruits ou gousses employés pour le tannage et la teinture, et les fleurs qui, douées d’une odeur agréable, servent en parfumerie sous le nom de fleurs de cassie.
Les gomynes et les cachous devant être l’objet d’un article spécial, nous en parlerons en temps et lieu, vu leur importance et leur emploi en médecine.
Georges Duché, Ph''°.
ACAJOU (POMME D’). — Nom vulgaire donné au fruit çx de Vanarcadium orient ale, pAonie
de la famille des térébinthacées, très connue dans les Indes, où cultive beaucoup. Ce fruit, A Xi ^ de la grosseur d’un œuf, d’une
/ ' I couleur jaune vif, très charnu,
/ y fournit un suc acide, un peu
/ \ astringent, très rafraîchissant,
/ \ qui, additionné d’un peu de su-
/ I cre, d’eau et de rhum, donne
l J® / boisson d’un goût très agréa- V y ble, fort recherchée dans les
pays chauds. Le mésocarpe est spongieux et contient une huile ^ essentielle très âcre, caustique,
déterminant une forte irritation F'? 2" ^ certains cas
Pomme d acajou produisant la vésication. M. Du-
jardin-Heaumets pense qu’on pourrait employer ce liquide comme succédané du croton tiglium. La pomme d’acajou entre aussi dans la composition du vinaigre d'anacarde. (V. ce mot.)
D'' \ -L. Labarthe, père.
ACANTHE. — L’acanthe, inersine, branc ou branche ursine, acanthus mollis, de la famille des acan-
thacées, est très appréciée dans nos jardins a cause de ses feuilles grandioses et à port élégant, leur ^teinte verte foncée en faisant une jolie plante d’ornementation.
Au point de vue thérapeutique, il est fort usité dans certaines contrées de l’Orient, où on le croit bon contre toutes les maladies. La souche et les feuilles peuvent servir comme émollient en cataplasmes, bains, lotions et lavements.
Georges Duché, Ph’".
ACARUS SCABIÉE. — Petit insecte parasite globuleux, ovo’i’de, couvert d’une sorte de carapace et
Fig. 23. — Acarus de la gale, mâle, pourvu de quatre paires de pattes, visible à l’œil nu
et plus sûrement à la loupe, qui peut vivre, se développer et se multiplier avec une rapidité effrayante sur l’homme et sur certains animaux tels que le chien, le cheval, le cochon et le mouton. Uacarus, appelée encore sarcopte de la gale, se loge de préférence, chez l’homme, entre les doigts, dans les plis des articulations, aux fesses, et occasionne une maladie appelée gale. (V. Gale.) P. L.
ACCABLEMENT. (V. Abattement.)
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ACCÉLÉRÉ. — Qualification indiquant l'augmentation de la vitesse d'une fonction. Ainsi la respiration est accélérée dans l'asthme ; le pouls est accéléré dans la fièvre. P. L-
ACCÉNTUATION. — La mise en valeur, chez un individu, de tous les sons dans la voix articulée, peut être définie l’accentuation. La voix ou mieux la parole est plus ou moins agréable et. sympathique, selon que l’accentuation est plus ou moins complète, nette ou obscure, naturelle, c’est-à-dire simple ou atfectée. La bouche est le siège de l’accentuation et la langue est son organe.
L’éducation exerce une grande influence sur l’accentuation, et lorsque celle-ci est vicieuse, elle constitue le bredouillement, la blésité, le zézaiement, le bégaiement, etc. (V. ces mots.) P. L.
ACCÈS. — On donne ce nom, en médecine, à un ensemble de phénomènes maladifs qui se produisent et cessent périodiquement, à des intervalles plus ou moins éloignés et plus ou moins fixes. C’est ainsi que l’on dit : accès de fièvre, accès d’hystérie, accès d’asthme, accès de goutte, etc. Toutefois, dans un sens plus restreint et plus usuel, on applique exclusivement le mot accès à la fièvre intermittente.
ACCIDENT. — On donne ce nom, en médecine, à tous les symptômes qui se manifestent dans une maladie sans qu’ils soient une suite nécessaire de cette même maladie. Ainsi une hémorragie, survenant après un accouchement ou une opération chirurgicale, est un accident ; il en est de même des inflammations ou des symptômes nerveux qui peuvent survenir dans ces cas, etc.
Dans le langage vulgaire, on donne le nom d’accident à tout événement subit, imprévu et fâcheux. Ainsi les chutes, les contusions, entorses, luxations et fractures, les plaies par piqûres, coupures ou écrasement, l’introduction d’un corps étranger dans la chair ou dans une des cavités naturelles du corps humain, les brûlures, les empoisonnements, etc. sont des accidents. p. l.
ACCLIMATEMENT. — On doit entendre par le mot acclimatement l’état de l’individu acclimaté, et distinguer par le mot acclimatation le travail physiologique qu’il subit en s’acclimatant; comme il convient peut-être aussi de grouper sous le nom à'acclimatisation les procédés au moyen desquels on peut arrivera faciliter l’acclimatation et à obtenir l’acclimatement.
C est le système nerveux qui est le plus directement alfecté par le changement de climat. La température, et surtout les variations de température, sont, de tous les facteurs hygiéniques du climat, ceux qui jouent le princif)al rôle dans le travail d’acclimatation ; et le travail d’assimilation et de désassimilation est en rapport avec l’activité plus ou moins grande de la circulation qui accélère, dans certains cas, l’usure organique ou favorise, au contraire, la surcharge nutritive, comme aussi la nutrition fàit les trais de la spoliation sudorale ou biliaire que provoque l’excès de chaleur.
Chacune de ces modifications sera étudiée en détail aux mots Chaleur, Lumière, Climat, Humidité, Pression, Froid, etc. On y verra que, si l’on fait abstraction de l’influence palustre, tous les organismes sont aftéctés de la même manière par le changement de climat.
Le CLIMAT TROPICAL, par exemple, détermine chez tous les immigrants des phénomènes identiques, qui sont :
l® L’affaiblissement de la tonicité de la peau et, en général, la dépression nerveuse, auxquels correspondent : la diminution de la contractilité dans les vaisseaux capillaires, la stagnation du sang dans les glandes de la sueur, l’activité plus grande de la sécrétion de ces glandes, . les sueurs abondantes, souvent passives, s’exécutant comme par simple filtration, la sécheresse compensatrice des muqueuses de l’appareil digestif, d’où résultent la soif ardente, la perte d’appétit, Vapepsie, la lenteur des digestions, la paresse de l’intestin ;
2“ Le ralentissement du cours du sang, malgré le surcroît d’activité du cœur qui se révèle par l’accélération du pouls ;
3° L’alanguissement de Vhématose, résultant à la fois de ce ralentissement du cours du sang et du ralentissement du rhythme respiratoire. La capacité pulmonaire augmente, il est vrai, sous les tropiques; mais cette compensation n’est pas suffisante, et la quantité d’air introduit dans les poumons est, en réalité, moindre que dans les pays tempérés. La quantité de carbone est moindre également. Il en résulte que la nutrition péidclite, comme l’indique, en effet, la diminution du poids du corps ; la vigueur musculaire décline, la mémoire et l’attention s’affaiblissent et la vie cérébrale s’alanguit daais son ensemble ;
4° La diminution de l’activité du rein, contrastant avec le surcroît d’activité sécrétoire de la peau ;
5° Enfin, l’accroissement d’activité de l’appareil biliaire, dont on peut trouver la cause dans le ralentissement de la circulation, et la stagnation du sang dans les viscères ; aussi bien que dans la surcharge de carbone, dont l’élimination par le poumon est tombée au-dessous du taux normal. L’augmentation de l’embonpoint et, chez quelques-uns, le développement d’une obésité précoce seraient une conséquence de ce surcroît d’activité fonctionnelle du foie.
Le CLIMAT POLAIRE produit des influences généralement inverses qui sont identiques aussi chez tous.
Mais dans quelle mesure ces modifications physiologiques sont-elles compatibles avec la santé? Un immigrant peut-il compter sur une indigénisation réelle au bout d’un temps déterminé? Combien de temps durera l’épreuve?
Il suffit de poser ainsi la question pour voir combien il est difficile d’y répondre, tant elle est complexe.
11 est évident que le résultat final, V acclimatement, dépend d'une foule de conditions inhérentes, pour la plupart, à l’individu lui-même, quoique l’on doive placer en premier lieu les conditions hygiéniques du climat nouveau.
Affirmons d’abord qu’on ne s’acclimate pas aux localités ni aux climats insalubres. Les exemples
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du contraire sont des exceptions, et l’on voit tous les jours, dans les localités paludéennes, des individus, que l’on avait lieu de supposer acclimatés , succomber à la première invasion d’une épidémie nouvelle ou même dans le cours d’une épidémie existante.
On peut affirmer sans crainte aussi que l’on no s'acclimate pas aux climats polaires proprement dits, où l’homme subit un froid excessif pendant des nuits de six mois, dans une atmosphère confinée, exceptionnellement humide, sans légumes ni aliments frais, sans les distractions qui sont notre sauvegarde contre l’ennui débilitant.
De même, peu de constitutions échappent, sous les climats torrides, à tout le cortège des affections engendrées sous la seule influence climatérique.
1° V anémie, qui se traduit, chez tous, par la pâleur, facile à discerner sous le hàle de la peau, et qui constitue l’état normal des nègres de l’Afrique. Elle est le résultat de causes complexes : l’inertie digestive, l’insuffisance de l’hématose, les pertes sudorales. Elle prédispose aux maladies climatériques et en aggrave les conséquences.
2* Les dyspepsies ;
3“ Les congestions elles inflammations du foie;
4° Les flux séreux de l’intestin ;
5“ Les rhumatismes, névralgies, etc.
Sans parler d’autres états accidentels, insolation, coups de chaleur, et des conséquences de l’état nerveux, comment espérer que l’organisme conservera longtemps l’énergie nécessaire pour réagir contre celles de ces maladies dont l’influence débilitante est continue, ou pour réparer les désordres plus ou moins profonds occasionnés par les autres?
Cependant, le climat tropical exerce une influence plutôt favorable en ce qui concerne la généralité des maladies viscérales, qui sont absolument rares dans les pays chauds et revêtent, quand on les observe, des allures chroniques. L’expatriation serait donc plus utile que nuisible à toute une catégorie d’individus prédisposés à ce genre d’inflammations, eu particulier à celles de l’appareil respiratoire, à la condition qu’elles ne soient pas arrivées à la phase de suppuration, que le climat tropical accélère (V. Migrations].
Sous les climats polaires, comme sous les climats torrides, la résistance morbide n’est pas la même chez tous, et c’est là l’élément principal de l’acclimatement. Aux deux extrémités, il est des individus à tempérament torpide, qui ne résistent à aucune influence dépressive ; or, chaud ou froid, le climat nouveau est toujours dépressif dans une certaine mesure. Et par contre, il en est d’exceptionnellement énergiques, qui savent toujours réagir à propos et qui sont les privilégiés de l’acclimatement. Quant à rapporter les deux dispositions à l’une ou l’autre des formules qui résument les tempéraments dans BOtre langage médical, nousj renonçons, attendu que ce qu'on appelle le moral joue le grand rôle dans cette lutte pour l’existence, et que l’énergie morale n’est pas classée dans nos nomenclatures. On comprend cependant que les sujets énergiques se rencontreront plutôt parmi les gens dits nerveux, et les sujets dépressibles parmi ceux à constitution molle. Dans tous les cas, le tempérament dit sanguin
est, de tous, celui qui ressent de la manière la plus fâcheuse les perturbations de l’acclimatation ; chez qui les déplacements sanguins du centre à la périphérie ou de la périphérie au centre, sous l’influence du chaud ou du froid, occasionnent le plus facilement des désordres, et chez lequel aussi l’équilibre se rétablit avec le plus de lenteur après l’épreuve de l’arrivée dans la localité nouvelle.
11 est presque superflu de remarquer que l’acclimatement est d’autant plus assuré que les localités de départ et d’arrivée sont plus voisines, ou, d’une manière plus générale, que leurs formules climatologiques présentent plus d’analogie. On a cru remarquer que l’acclimatement était plus facile dans l’émigration vers le pôle que dans l’émigration vers l’équateur.
11 est naturel de déduire aussi de ce que l’on sait généralement que les chances d’acclimatement sont en raison inverse de la variabilité climatologique d’une localité, et qu’elles seront plus grandes là où le climat est constant ou régulier pendant le cours de chaque saison, quand même les écarts seraient considérables d'une saison à l’autre.
Enfin, l’acclimatement est mieux assuré chez les jeunes. Si les troubles de l’acclimatation sont plus funestes aux enfants, au moment de leur arrivée, leur organisation inachevée peut, par contre, s’adapter d’une manière plus durable aux conditions nouvelles. Au contraire, chez le vieillard, le changement de climat produit des troubles d’une moindre amplitude, si l’on peut dire, mais il ne peut guère compter sur une adaptation de l’organisme à des conditions différentes de celles auxquelles il s’était habitué.
Telles sont les conditions de l’acclimatement pour l’individu. Je n’ai pas à m’occuper ici de l’ac ümatement de la race. Je me borne à dire qu’elles dépendent d’une manière générale : i“ des coi.ditions hygiéniques du climat nouveau ; 2° des aptitudes de la race à vivre sous ce climat, aptitudes qui se traduisent par la force de vitalité et par la puissance de fécondité.
Il n’y a pas encore d’art de l’acclimatation. Pour acclimater une race, il faut commencer par assainir le sol et faciliter les croisements. Pour l'individu, quand les influences climatériques lui sont par trop pénibles, il n’a d’autre ressource que le changement de lieu ou simplement d’altitude, si le pays offre des hauteurs salubres.
En dehors de ces moyens, nous ne trouvons pas autre chose à conseiller que la modification progressive du régime et des habitudes, qui est une sorte d’indigénisation. Puisque le climat chaud débilite, il faut travailler modérément aux heures les plus chaudes du jour ; puisque la chaleur excessive surexcite le cerveau, il faut lui épargner, à ces heures, les travaux intellectuels qui le surmènent ; puisque la sécrétion de la sueur est une cause d’usure, il ne faut pas l’activer par l’abus des boissons ; enfin, il faut régler son régime sur les besoins réels de l’organisme, plutôt que sur les caprices de l'appétit. Aux climats comburants, des aliments carbonés ; aux climats opposés, une nourriture moins substantielle , plus facilement assimilée , moins échauffante, en employant ce mot dans le sens phy-
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siologiqne. La sobriété est relative ; mais les excès sont partout nuisibles, surtout à l’arrivée. Sous tous les climats, il faut se distraire, par tous les moyens que l’on trouve à sa portée, dans la mesure du permis. c Ad. Nicolas,
Médecin de 1'*^ classe de la marine en retraite, .Membre de la Société de géographie.
ACCOMMODATION. — Physiologie. — On appelle accommodation la faculté que possède l’œil de s’accommoder pour des distances très variables, c’està-dire de distinguer avec une égale netteté des objets plus ou moins éloignés de lui.
Lorsqu’il est au repos, l’œil normal est disposé pour voir à l’infini, c’est-à-dire les objets très éloignés, et si cet organe ne pouvait pas se modifier lorsque nous voulons voir de près, l’image des objets examinés ne se produirait plus exactement sur la rétine, et l’impression lumineuse n’aurait plus de netteté.
C’est grâce à un petit muscle, appelé muscle ciliaire, situé à l’intérieur de l’œil sur le pourtour du cristallin,, qu’il n’en est pas ainsi. Sous son influence, en effet, le cristallin qui est très élastique, augmente d’épaisseur et sa face antérieure surtout devient de plus en plus convexe, à mesure que l’objet considéré se rapproche, et il produit ainsi l’effet d’une lentille de plus en plus forte qui ramène à un même point sur la rétine l’image de l’objet regardé, placé à des distances variables, condition nécessaire de la vision distincte.
Cependant, lorsque l’objet se rapproche par trop, il arrive un certain moment où la force de convergence du cristallin n’est plus suffisante pour neutraliser l’effet du rapprochement: c’est alors que la vision cesse d’être distincte et nette.
On appelle amplitude de l’accommodation la quantité de réfringence que l’œil s’ajuste à lui-même pour la vision nette des objets les plus rapprochés. Un œil quelconque, à l’état de repos absolu, est accommodé pour un point de l’espace dont le foyer principal ou le foyer conjugué est placé sur la rétine. Si ce point est rapproché de l’œil on a affaire à de la myopie, et la myopie est d’autant plus forte que le point est plus rapproché.
Si ce point est situé à l’infini, il envoie à l’œil des rayons parallèles qui viennent former leur foyer sur la rétine, l’œil est alors emmétrope. Si ce point est situé au delà de l’infini, dans le sens mathématique que l’on donne habituellement à cette expression , les rayons qui en partent sont donc moins divergents que les rayons parallèles, ils sont convergents et pour que ces rayons viennent former leur foyer sur la rétine, il faut que celle-ci soit placée plus près du cristallin que la rétine d’un œil emmétrope. Les yeux de ce genre sont dits hypermétropes.
On voit par là que les yeux myopes ont un diamètre antéro-postérieur plus considérable que les yeux emmétropes, puisque chez eux la rétine est placée plus en arrière et que chez les hypermétropes, au contraire, ce diamètre antéro-postérieur est moindre.
Pour déterminer les deux points extrêmes, entre lesquels l’accommodation peut s’exercer, ce que les
oculistes appellent le punctum remotum et le punctum proximun, on cherche la plus grande et la plus petite distance à laquelle un individu peut distinguer les plus fins caractères d’imprimerie. La distance qui sépare ces deux points montre V amplitude de l’accommodation. On a construit, dans le même but, des instruments spéciaux qu’on appelle opto- (V. ce mot.)
Pathologie. — Affaiblissement de l’accommodation. — L’âge amène une diminution dans la force de l’accommodation, et on appelle presbyte l’œil qui ne peut plus voir distinctement les plus fins caractères d’imprimerie qu’en éloignant le livre à plus de trente centimètres.
L’affaiblissement de l’accommodation peut être produit par d’autres causes. C’est ainsi que certaines substances médicamenteuses, instillées directement entre les paupières ou absorbées par la peau et les voies digestives, ont la propriété, en même temps qu’elles dilatent la pupille, de paralyser l’accommodation pendant un temps proportionnel à la dose employée, variant de quelques heures à quelques jours. On les appelle des mydriatiques, et on appelle mydriase, la dilatation pupillaire.
Les mydriatiques les plus employés sont la belladone et son alcaloïde V atropine, le duboisia myoporo'ide et son alcaloïde la duboisine; le gelseminum sempervirens ou jasmin sauvage, et son alcaloïde la gelsémine.
Les médicaments qui ont la propriété de faire contracter la pupille sont appelés myotiques [myose ou myosis, contraction pupillaire). Les principaux sont la. fève de Caiabar et son alcalo’ïde l'ésérine ou calabarine, le jaborandi et son alcaloïde la pilocarpine. (V. ces mots.)
Paralysie de l’accommodation. — H y a paralysie de l’accommodation lorsque le muscle ciliaire, paralysé, ne peut plus imprimer au cristallin au cune modification de courbure ; dans ce cas la vision est impossible pour les objets rapprochés. La paralysie de l’accommodation coïncide presque toujours, mais non forcément, avec la dilatation de la pupille. En tous cas, les mydriatiques portent leur action à la fois sur la pupille et sur le muscle ciliaire.
Les causes principales de la paralysie de l’accommodation sont les mydriatiques, la convalescence des fièvres graves et la diphthérie ; souvent cette paralysie se montre sans cause appréciable. Elle guérit presque toujours.
Spasme de l’accommodation. — On peut observer au contraire le spasme de l’accommodation, c’est-àdire un état de contraction du muscle ciliaire, qui rend le cristallin plus convexe et ne permet au malade de voir qu’à une distance rapprochée. Cette affection s’observe surtout chez les hypermétropes qui sont constamment obligés de faire des efforts d’accommodation. C’est une des raisons pour lesquelles il est si commun de voir l’hypermétropie annuler la myopie, et les hypermétropes porter des verres concaves qui ne peuvent que leur fatiguer la vue. D' A. Chevallereau,
Ancien interne des hôpitaux. Chirurgien oculiste du Chemin de fer de Lyon.
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ACCOUCHEMENT. — Fonction qui consiste dans l'expulsion ou l'extraction du fœtus viable et de ses annexes hors des organes génitaux. On donne plus conimunéinent le nom d'accouchement à l'expulsion du fœtus, réservant celui de délivrance à la sortie de l'arrière-faix ou placenta et des membranes.
I. 'accouchement peut être naturel ou spontané, quand l'expulsion du produit de la conception a lieu sous l'influence des seules forces de la nature. Il est ARTIFICIEL ou LABORIEUX quand l’accoucheur ou la sage-femme est obligé d'intervenir avec Ig. main ou les instruments pour hâter la sortie de l’enfant. On appelle encore accouchement provoqué celui qui a été déterminé avant le terme, dans un but scientifique ou criminel, par des procédés particuliers qui mettent en jeu les propriétés essentielles de la matrice et produisent l'expulsion du fœtus. Enfin l’accouchement forcé est celui dans lequel, sans chercher par divers moyens à provoquer les contractions utérines, l’accoucheur introduisant violemment la main dans la matrice, s’empare du fœtus et en pra- ! ti(|ue aussitôt l'extraction. Ce procédé qui, à une ' certaine époque, était assez fréquemment employé, j est aujourd’hui tombé entièrement en désuétude, et ne trouve son application que dans les quelques minutes qui suivent la mort de la mère. C’est alors un accouchement post mortem.
L'accouchement est dit a terme quand il a lieu à la fin de la grossesse, c’est-a-dire après deux cent soixante-dix jours environ de gestation. On appelle prématurés ou avant terme les accouchements qui se produisent entre le septième et, le neuvième mois de la grossesse. L’expoilsion du fœtus depuis le mo- . ment de la conception jusqu’à la fin du sixième mois constitue une fausse couche ou avortement.
Quelle que soit l'époque à laquelle a lieu l’expulsion du fœtus, les divers phénomènes dont l’ensemble constitue ce qu’on appelle le travail de l'accouchement présentent des particularités identiques. Les uns sont purement mécaniques. Ce sont les mouvements que le fœtus, poussé par les contractions utérines et les efforts des muscles abdominaux, exécute en traversant le canal formé par le bassin elles organes génitaux. Cette partie du travail est appelée mécanisme dé l'accouchement. Les autres pliénomènes dits vitaux sont constitués par les contractions utérines, la douleur qui les accompagne, la dilatation du col, la formation de la poche des eaux, sa rupture, l'écoulement du liquide amniotique, la résistance et la dilatation progressive de la A ulve et du périnée et l'expulsion du placenta.
Causes de l’accoucheinent. — Mais d'abord, quelles sont les causes de l'accouchement? Longtemps on avait cru que l’enfant était l’agent principal de sa sortie ; les exemples d'enfants nés spontanément après la mort de leur mère avaient fait admettre, que le fœtus, s'areboutant avec ses pieds sur le fond de la matrice, dilatait le col de l’organe avec sa tête et se poussait ainsi, en quelque sorte, à l’extérieur. Mais la naissance d'enfants morts déjà depuis plus ou moins longtemps avant leur sortie, qui s’observe encore plus souvent, détruisait cette première hypothèse ou tout au moins no permettait pas de considérer le fœtus comme le seul agent de sa nais- DicTioN.NAinE populaihe de médecine dsüelle.
sauce. On reconnut bientôt que d’autres raisons invoiiuées, comme les coliques du fœtus, par suite de l'abondance du méconium qui remplit ses intestins, le poids de sa tête, son besoin de respirer, ne sont pas des causes plus probantes.
En réalité, la cause efficiente de l’accouchement est la contraction de l'utérus d'abord, aidée plus tard de celle du diaphragme et des muscles abdominaux. Lorsque, pendant le travail, on place la main sur le ventre de la femme, il est facile de sen-* tir la matrice se contracter d'une façon intermittente, mais régulière, et, à la consistance extrêmement dure que prend l'organe au moment du summum de, la contraction, on peut en conclure, à la pression énergique, que l'utérus doit exercer sur l'œuf qu'il contient. Mais on se rend encore mieux compte de la puissance do la matrice quand la main,
pour une raison particulière, étant introduite dans l’utérus, est pressée entre les parois de cet organe et le corps de l’enfant. Il n’est pas rare, en effet, que la main ainsi placée soit tellement comprimée qu’elle s’engourdisse au point de ne pouvoir plus exécuter aucun mouvement.
Mais s’il est démontré que la contraction utérine est assez puissante pour déterminer à elle seule l’expulsion du fœtus, que l’enfant n’est pour rien dans ce travail, puisque le produit mort, à moins qu’il ne soit déjà décomposé, est chassé aussi facilement que l’enfant vivant, quelles sont donc les causes qui mettent en jeu, à un moment déterminé, les contractions de la matrice? Pourquoi, à la fin de la grossesse, dont la durée moyenne est de deux cent soixante-cinq à deux cent soixante-quinze jours, l’utérus entre-t-il en contraction et détermine ainsi l’expulsion du produit de la conception? En un mot, quelles sont les causes déterminantes du travail ?
Assurément, chez certaines femmes, une chute, un coup, un mouvement brusque, une émotion violente peuvent faire contracter, même avant le terme,
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un utérus susceptible. Mais chez d’autres , au contraire, on voit les accidents les plus graves permettre cependant à la grossesse de suivre son cours. Du reste, quand ces causes font défaut, on n’en voit pas moins, à la limite de la gestation, la matrice entrer en contraction et l’accouchement avoir lieu.
On a donné de ce phénomène bien des explications dont l’exposé et la réfutation nous entraîneraient , trop loin. Je me contenterai d’exposer la manière de voir qui est partagée aujourd'hui par presque tous les accoucheurs. Cette théorie a été proposée, en 1819, par Jones Power. Ce médecin fit remarquer que la structure de l’utérus pouvait être comparée à celle de la plupart des organes creux et musculaires, et plus particulièrement à la vessie et au rectum; que, de plus, on pouvait considérer le col de l’utérus comme jouant vis-à-vis de cet organe le rôle de sphincter. En effet, de même que toute irritation portée sur le col de la vessie ou sur le sphincter de l’anus provoque des contractions vésicales et rectales, de même les excitations sur le col de l’utérus, la simple introduction du doigt détermine des contractions du corps de l’utérus. Jones Power expri mait donc cette idée que la contraction utérine était le résultat de la réplétion utérine, comme le besoin d'aller à la garde-robe est le résultat de la plénitude du rectum, comme la distension de la vessie provoque le besoin d’uriner : parce qu’il arrive un moment où le réservoir, après s’être considérablement distendu aux dépens du corps de l'organe, fait à la fin participer le col à cette extension. 11 en résulte une excitation des fibres circulaires de ce sphincter, qui en outre est irrité de la présence des membranes de l'œuf ou d’une partie fœtale, et ces deux causes d'irritation réunies provoquent, par action réflexe, les contractions des fibres du corps de l’organe. Ce phénomène est tout particulièrement favorisé par les transformations qui s’opèrent dans la consistance et la longueur du col utérin pendant les derniers temps de la grossesse.
Signes précurseurs de l’accouchement. — Si dans quelques cas fort rares certaines femmes ont pu accoucher sans s’en douter, on peut dire qu’en général ce moment est annoncé plusieurs jours à l’avance par certaines modifications qui ne passent pas inaperçues. Ainsi, chez les primipares, on voit le plus souvent le ventre s’abaisser une quinzaine de jours, quelquefois plus, avant l'accouchement. Cet abaissement du ventre est dû à la pénétration dans l’excavation du bassin de la partie que l’enfant présente, entraînant avec elle le segment inférieur de rutérus, qui la coiffe en quelque sorte. Cet engagement de la partie fœtale n’a lieu que si c’est la tête de l’enfant ou le siège qui est placé en avant ; et comme dans ces deux cas l'accouchement est généralement heureux, surtout pour la première de ces deux présentations, on peut dire que l'abaissement du ventre dans les quelques jours qui précèdent l’accouchement est d’un heureux augure pour la terminaison de cette fonction. Le plus souvent ce mouvement de descente se produit peu à peu et sans douleurs ; toutefois j’ai rencontré plusieurs femmes qui, à cette époque, ressentaient des douleurs assez vives pour croire à un accouchement prématuré. Deux ou trois
jours de repos au lit faisaient rentrer les choses dans l’ordre.
A la suite de cet abaissement du ventre, on observe quelques femmes qui sont plus gaies, plus alertes, plus vives, qui peuvent faire des marches qu’elles ne pouvaient exécuter déjà depuis quelque temps. 11 semble qu’elles soient libérées, en partie, du poids qu’elles portaient et qui les gênait dans leurs mouvements. Chez d’autres, au contraire, cette descente de la matrice est le point de départ d’un sentiment de pesanteur dans le bas-ventre, d’une pression désagréable sur le rectum, déterminant des envies fréquentes d’aller à la selle, de ténesme vésical, de crampes dans les cuisses et les jambes. La circulation étant gênée par la présence de la partie fœtale, qui presse sur les vaisseaux du bassin, il en résulte de l’œdème des jambes et des pieds, des varices également aux jambes, aux parties génitales et surtout autour du rectum, et l’on voit des tumeurs hémorrhoïdales se former ou augmenter considérablement de volume si elles existaient auparavant. Quelquefois on peut dire que les contractions utérines deviennent douloureuses à dater de ce mouvement de descente de la matrice. Les contractions, en effet, existent pendant la plus grande partie de la grossesse, et il est facile de le constater en mettant de temps à autre la main sur le ventre de la femme enceinte. On sent alors l’utérus se resserrer et durcir d'une manière évidente. Cependant la femme n’accuse aucune douleur. Mais quand la partie s’est engagée dans le bassin, chez quelques femmes, ces mêmes contractions, qui apparaissent de temps en temps, deviennent douloureuses au point de nécessiter un repos plus ou moins complet. C’est pendant cette période que se produit l'effacement du col, car au moment ou le travail de l’accouchement débute, à proprement parler, le col n’existe plus : sa cavité s’est confondue avec celle du corps et n’est plus représentée que par un petit orifice qui sépare la cavité utérine de celle du vagin.
Travail de l’accouchement. — Pour mieux comprendre la marche du travail de l’accouchement, suivant l’exemple de Desormeaux, on l’a divisé en trois périodes. La première s’étend depuis le début jusqu’au moment où la dilatation est complète. La seconde va jusqu’à l’expulsion de l’enfant. La troisième comprend la délivrance.
Si, comme nous venons de le voir, les contractions utérines sont parfois douloureuses dans les quelques jours qui précèdent le travail, elles le sont toujours dès que celui-ci s’établit; si bien que, dans le langage usuel, on confond souvent les mots contraction et douleur, se servant souvent de l’un ou de l’autre pour exprimer la même idée. Au début, les contractions se répètent d’abord toutes les vingt minutes environ, puis tous les quarts d'heure, toutes les dix minutes, et allant toujours se rapprochant de plus en plus, elles arrivent à se reproduire jusqu’à deux et trois fois dans l’espace de cinq minutes. 11 est vrai que ces contractions sont de courte durée : trente à quarante secondes environ au début du travail; elles dépassent rarement quatre-vingts à cent secondes dans la période la plus active.
Les femmes sentent très bien venir la contraction j
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elles en sont prévenues par un malaise général, un petit tremblement nerveux et un sentiment de pesanteur dans le ventre. Elles redoutent ces phénomènes précurseurs qui annoncent une nouvelle contraction et par conséquent une nouvelle douleur. La sensation douloureuse qui accompagne la contraction pendant le travail est très variable, selon les femmes. Les unes souffrent relativement peu. J’en ai connu qui sont accouchées pour ainsi dire en dormant, ne se réveillant que pour se plaindre légèrement au moment de la contraction et se rendormant aussitôt après. Chez d’autres, au contraire, les premières douleurs déterminent une surexcitation nerveuse si violente, que le médecin peut être appelé à donner le chloroforme pour mettre un terme à un état tel, qu’une personne étrangère à ces sortes d’événements pourrait se croire en présence d'un cas de folie.
Les douleurs de l’accouchement revêtent le plus souvent deux formes distinctes, sans qu’on puisse expliquer pourquoi elles se traduisent d’une manière plutôt que d'une autre. Ou bien, la douleur siège dans le ventre, ayant son point de départ vers l’ombilic et se dirigeant vers le sacrum : c’est la forme colique, celle que les femmes préfèrent et qui, disentelles, est beaucoup plus supportable que l’autre. Celle-ci, en effet, a son point de départ dans les lombes; ces douleurs de reins sont très redoutées, et les femmes qui ont déjà eu plusieurs accouchements sont très effrayées, au début du travail, à la pensée qu'elles vont avoir à supporter ce type de douleurs, qui laissent souvent après elles, même après la terminaison de l’accouchement, une espèce de courbature plus ou moins prononcée. J’ai remarqué que ces douleurs de reins s’observaient surtout dans les cas de présentations irrégulières du tronc, de la face ou du pelvis, ou lorsque, dans la présentation de la tête, l'occiput est dirigé en arrière. (V. page 30.)
On a donné aux douleurs des noms différents, appropriés soit à la sensation qu'elles font éprouver, soit à l'effet qu'elles produisent, soit à la forme qu'elles revêtent. Ainsi, on appelle mnuches ces petites douleurs fugaces, éloignées, et d’une intensité très faible, que J’ai signalées parmi les signes précurseurs du travail; ce sont encore elles qui régnent tout à fait au début. Aux mouches succèdent les douleurs préparantes; ce sont elles qui accompagnent les contractions qui ont pour but de dilater le col de la matrice. Ces douleurs sont de toutes celles qui sont le plus désagréable à supporter pour la femme, et quand la douleur a son siège dans les reins, c’est pendant cette période que la femme souffre le plus. Ces douleurs n’ont pas toutes la même intensité ; on observe généralement qu’une contraction de longue durée, ayant par conséquent provoqué une douleur très vive, est suivie presque toujours d’une contraction plus faible et moins douloureuse.
Ces deux espèces de douleurs sont celles qui s’observent dans le premier temps de l’accouchement, pendant lequel l’orifice, que nous avons vu au début être assez petit pour admettre avec peine, chez la primipare, l’introduction du bout du doigt indicateur, se dilate peu à peu sous l’influence des tiraillements opérés par les fibres longitudinales du
muscle utérin et par la pression que l’œuf exerce à l’intérieur sur les fibres circulaires. Grâce à cette double action, la dilatation de l'orifice s’opère régulièrement et dans un temps assez court, si les contractions sont énergiques. Mais si l’œuf est incomplet, si les eaux de ïamnios se sont écoulées prématurément et si la partie fœtale est retenue élevée, soit par suite d’une mauvaise conformation du bassin, soit pour tout autre motif, la dilatation de l’orifice, qui doit s’opérer par les seuls efforts de traction des fibres longitudinales, est beaucoup plus longtemps à s’accomplir, et souvent même l’ouverture n’arrive pas à s’ouvrir complètement.
En supposant que les choses sont dans l’état le plus normal, nous voyons donc que, sous l’influence des douleurs dites mouches, le col utérin finit de s'effacer dans les quelques jours qui précèdent le travail, et que les douleurs préparantes dilatent peu à peu l’orifice utérin resté, après l'effacement du col, comme point de séparation entre la cavité utérine et la cavité vaginale. J’ai dit plus haut que cette dilatation de l'orifice était favorisée par la pression exercée sur les fibres circulaires de l’orifice par l’œuf pressé de tous côtés par l'utérus au moment de la contraction. En effet, à mesure que cette ouverture s’agrandit, une partie des membranes tend à s'y engager, et peu à peu finit par faire une légère saillie du côté du vagin. C’est à cette portion membraneuse que l’on a donné le nom de poche des eaux. La fig. 25 représente la poche des eaux au moment de la dilatation complète, c'est-à-dire à la fin du premier temps de l’accouchement.
Parmi les phénomènes du premier temps de l’accouchement, il nous faut encore citer l’écoulement des glaires. A la fin de la grossesse, presque toutes les femmes observent une sécrétion abondante provenant du vagin ; dans les derniers jours, cette secrétion augmente, devient plus épaisse, et souvent il s’échappe des paquets glaireux légèrement sanguinolents. Dans le vulgaire, on dit que la femme marque. C’est un des symptômes d’un accouchement prochain. Ces glaires sont le résultat de la sécrétion des glandes du col utérin, et le sang qui les colore provient de la rupture de petits vaisseaux qui se rendent de la partie interne de l'utérus aux membranes, et qui sont déchirés au moment de l’effacement du col et de la confusion qui se fait alors entre la cavité du corps de l’utérus et celle du col.
Nous arrivons au deuxième temps de l’accouchement. Quand la dilatation de l’orifice utérin est complète, c’est-à-dire quand le pourtour de cet orifice s’appuie sur les parois du bassin, la portion membraneuse de l’œuf qui lui correspond et qui forme la poche des eaux, n’ayant plus de soutien, supporte à elle seule tout l’effort de la pression exercée à l’intérieur parle liquide amniotique violemment chassé par la pression exercée au moment de la contraction utérine.Aussi, dans le plus grand nombre des cas, il arrive qu’après une ou deux contractions, cette partie membraneuse se déchire et les eaux contenues dans l’œuf s'écoulent à l’extérieur. Si même, après un certain nombre de douleurs la poche ne se déchirait pas, le médecin ou la sage-femme en opère la rupture, car cette partie qui a été si utile pour la
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dilatation du col, devient maintenant non seulement inutile, mais encore est un obstacle à la terminaison de l’accouchement.
Dans le plus grand nombre des cas, la poche des eaux se déchire dans son point central et l’ouverture s'agrandit au point de se confondre avec celle de l’orifice utérin. Mais il peut se faire que la rupture ait lieu dans un point plus élevé et qu'il reste au devant de la tête de l’enfant un large lambeau membraneux qui la recouvre, descend avec elle, si bien qu’au moment de la naissance, la tête fœtale sort avec cette partie de membrane appliquée sur elle; le vulgaire dit alors que l’enfant est né coiffé. On sait quel présage de bonheur il en résulte. Quoi qu’il en soit, il faut se hâter d’enlever cette portion membraneuse qui, si elle avait une grande étendue, pourrait recouvrir le nez et la bouche de l’enfant, et faire ainsi obstacle à l'entrée de l’air dans les poumons lors des premières inspirations.
Aussitôt après la rupture des membranes, la partie fœtale qui se présente, la tête dans le plus grand nombre des cas, vient s’appliquer surl’orifice utérin, et, après deux ou trois douleurs , s’engage dans cette ouverture et la franchit.
11 est fréquent d’observer un petit temps d’arrêt dans le travail aussitôt la rupture de la poche des eaux. Cela tient à la disparition d’un excitant sur l’orifice, qui provoquait les contractions. Aussi, celles-ci languissent un peu jusqu'à ce que la tête venant prendre la place de la poche des eaux, détermine de nouveau par son contact l’excitation qui se produisait avant sous l’influence de la poche amniotique.
Les douleurs qui accompagnent les contractions prennent, à ce moment, le nom A'expiütrices à cause de leur caractère, quand elles avaient leur siège préalablement dans les lombes ; on les voit bientôt changer et devenir plus franchement abdominales. Les femmes les supportent beaucoup mieux quoiqu’elles soient plus énergiques, et c’est alors que l’on voit commencer les efforts personnels de la femme qui, après avoir pris avec ses pieds un point d’appui sur le matelas, et avec les mains sur les objets qui l’entourent, fait une profonde inspiration et contracte tous les muscles de son corps. La partie de l'enfant qui se présente, surtout quand c’est la tête qui est en avant, descend, sous les efforts de la matrice, dans le vagin en dilatant ce conduit, et
vient s’appuyer sur le plancher du bassin. La présence de cette partie donne à la femme la fausse sensation du besoin d’aller à la garde-robe. Quelques-unes se retiennent d’abord et évitent de pousser dans la crainte d’expulser quelques gaz ou des fèces. Mais il arrive un moment où elles ne peuvent plus résister et où le besoin de se débarrasser avant tout du poids qui les gêne, triomphe de ce sentiment de pudeur. A chaque effort nouveau de l’utérus et des muscles abdominaux qui se contractent ensemble, la partie fœtale s’avance et parcourt petit à petit la courbure périnéale.
Enfin, elle s’appuie sur l’orifice vulvaire qui commence à s’entrouvrir à chaque contraction pour se refermer sitôt que l’effort est terminé. On voit alors la tète de l’enfant apparaître entre les grandes lèvres, puis la douleur passée, elle semble retomber dans le bassin, pour revenir à la contraction suivante se montrer de nouveau à l’orifice extérieur. Ces alternatives durent plus ou moins longtemps, selon que la femme est primipare ou multipare , que les contractions sont énergiques ou non et que les parties molles résistent plus ou moins.
Mais quand l’accouchement doit se terminer naturellement, on voit qu’à chaque contraction la partie de la tète qui se laisse voir ainsi à l’orifice vulvaire (fig. 26) augmente d’étendue, jusqu’au moment où cette ouverture est assez grande pour qu’une portion de la tête puisse y rester fixée.
On a donné aux douleurs qui s’observent à ce moment du travail le nom de conquassantes, à cause de leur violence extrême. Il semble, en effet, et bien des femmes l’expriment elles-mêmes, à ce moment que le périnée va se déchirer brusquement sous la pression que lui fait subir la tête.
Enfin, quand cette partie s’est fixée dans la vulve, le moment de la sortie est proche. Une ou deux douleurs suffisent, en effet, pour dégager complètement la tête. Au moment où elle franchit la vulve, la femme pousse un cri perçant ; le périnée glisse sur la face et passe sous le menton, si bien que la tète, n’étant plus soutenue, retombe en bas vers l’anus.
Souvent à ce moment on observe un temps d'accalmie. Les douleurs cessent pendant quelques minutes; mais comme cette situation ne pourrait se prolonger sans inconvénient pour l’enfant, il est bon
Fig. 26. — Distention du périnée et dilatation de la vulve.
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d'activer le travail par quelques frictions sur le ventre et en engageant la femme à pousser. Sous rinlluence de ces excitations, le plus souvent aidées de quelques tractions opérées sur la tête, on voit une épaule se dégagera la parlic supérieure de la
celle du sommet. Dans la présentation de la face, la durée de l'accouchement est très variable. Enfin, on peut poser en principe qu’une présentation de l’épaule ne devra jamais être livrée à la nature seule, si l’enfant a atteint le terme de sa viabilité, c’est-à-dire s’il a au moins six mois de vie intra-utérine; cependant il peut y avoir à cette règle quelques exceptions.
Fig. SS. — Position occipito-iliaque droite postérieure.
Mécanisme de l’accouchement. — Ces mots de 'présentations, de positions, ont besoin d'être expliqués. C’est ce que je vais faire en disant quelques
vulve, puis la seconde épaule apparaît à la commissure supérieure du périnée et une douleur suffit pour expulser le tronc.
Fig. SS. — Position occipito-iliaque gauche antérieure.
Durée du travail de l’accouchement. — Rien n’est aussi variable que la durée du travail. Il est des femmes qui accouchent très rapidement; d'autres qui sont en travail pendant plusieurs jours. Detix couches de suite, chez la même femme, peuvent ne se ressembler en aucune façon. En général, l'accouchement dure plus longtemps chez les primipares que chez celles qtii ont déjà eu des enfants. Dans les présentations du sommet, quand l'occiput est tourné en avant, l'accouchement se fait plus rapidement que s'il regarde en arrière. Une présentation de l’extrémité pelvienne met plus de temps à se dégager que I
mots de ce qu'on a appelé le mécanisme de l'accouchement.
L’enfant, dans l’utérus, pelotonné comme le montre la figure 27, peut mettre en rapport trois régions principales de son corps avec l'orifice de sortie ; ou bien, il s’avancera par l'une ou l'autre de ses deux extrémités, ou bien c'est le tronc qui se placera sur le détroit supérieur du bassin. De là trois présentations principales : 1“ présentation de l’extrémité
Fig. 30. — Présentation de la face, le menton à droite.
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céphalique ; 2“ présentation de l’extrémité pelvienne ; 3“ présentation du tronc.
Mais la tète peut être fléchie sur la poitrine ou au contraire défléchie, l’occiput étant renversé sur le dos. L’extrémité céphalique donne donc lieu à elle seule à deux présentations, qui sont : le sommet (fig. 27), la face (fig. 30).
L’extrémité pelvienne peut rester pelotonnée, comme on le voit dans la figure 33, ou bien les membres abdominaux peuvent glisser d’abord et s’avancer les premiers ; mais, comme ils sont relativement petits et qu’ils passent dans le bassin, l’enfant n’exécutant certains mouvements qu’au moment où le siège s’engage à son tour dans le bassin, la présentation de l’extrémité pelvienne ne se dédouble pas ; on n’y compte que deux variétés, pieds ou genoux en avant.
Enfin le tronc, généralement, se présente par l’épaule, et souvent le bras glisse le premier; mais il peut se faire que ce soit une autre partie du tronc qui SC présente, comme la hanche ou les lombes : ce ne sont toujours que des variétés de la présentation du tronc.
On nomme position le rapport de l’un des points de la partie qui se présente, avec le pourtour du bassin. Ainsi, pour la présentation du sommet, on prend l’occiput comme point de repère ; pour la présentation de l’extrémité pelvienne, c’est le sacrum ; enfin, dans la présentation du tronc, c’est la tête foetale tout entière.
La figure 28 représente une présentation du sommet, l’occiput étant tourné en avant et à gauche.
La figure 29 représente encore une présentation du sommet, l’occiput étant, cette fois, tourné en arrière et à droite.
La figure 30 représente une présentation de la face, le menton étant dirigé du côté droit.
La figure 33 montre une présentation de l’extrémité pelvienne, dans laquelle le sacrum regarde à droite.
Enfin la figure 34 représente une présentation du tronc, l’épaule droite s’avançant la première, la tête étant à droite.
A mesure que l’enfant, poussé par les contractions de la matrice, s’avance dans le canal pelvien, il exécute certains mouvements sur lesquels je vais dire quelques mots en général, la nature de cette publication ne me permettant pas d'insister davantage. On a donné à cès transformations successives le nom de temps ; on distingue : 1° temps d’amoindrissement; 2° temps d’engagement et de descente; 3° temps de rotation interne; 4" temps de dégagement; 5* temps de rotation externe; 6“ temps d’expulsion totale.
Dans le premier temps, quelle que soit la partie que l’enfant présente, sommet, face, siège, etc., cell(! région se [)lace de manière à faire co’incider ses plus petits diamètres avec les plus grands diamètres du bassin. Dans la présentation du sommet, ceci est obtenu par une exagération de la flexion de la tète sur la poitrine. Dans la présentation de la face, c’est au contraire une déflexion plus complète de la tète. Pour le siège, c’est une plus exacte application des membres inférieurs de l’enfant sur le tronc, etc. Le deuxième temps, d’engagement et de
descente, est suffisamment dénommé pour n’avoir pas besoin d’explications complémentaires. Dans, le troisième temps, le fœtus exécute dans le bassin un mouvement de rotation, qui vient placer dans la présentation du sommet, l’occiput; dans celle de la face, le menton ; dans celle de l’extrémité pelvienne, une fesse, sous la symphyse du pubis, quel que soit d’ailleurs le point préalablement occupé par chacune de ces parties dans le bassin, le chemin parcouru étant toujours le plus court pour arriver au but. Ainsi, par exemple (figure 29), l’occiput est en arrière et à droite : cette partie viendra se placer sous le pubis (fig. 31), en parcourant le tiers à droite de la circonférence du bassin. Dans la présentation de la face, le menton est à droite (fig. 30) ; il vient, dans le troisième temps, se mettre sous la symphyse pubienne (fig. 34), etc.
Pour comprendre le quatrième temps, il suffit de se reporter à la figure 32.
Dans le cinquième temps, l’occiput, le menton ou la fesse étant dégagés, exécutent à l’extérieur un mouvement de rotation qui les dirige du côté qu’ils occupaient préalablement dans le bassin avant le troisième temps. Cette rotation externe de la partie dégagée n’est qu’une conséquence de la rotation interne qu’exécutent à leur tour les épaules dans le bassin, pour se placer, l’une sous la symphyse pubienne, l’autre dans la courbure périnéale.
Enfin, dans le sixième temps, la partie de l’enfant restant encore dans des organes génitaux, est définitivement expulsée par une dernière contraction de la matrice.
Je crois devoir m’en tenir à ces quelques explications pour ce qui concerne le mécanisme, et je vais aborder une question pleine d’intérêt : celle des soins à donner à la femme pendant la période de l’accouchement.
Soins pendant le travail de l’accouchement. —
On ne saurait d’abord trop recommander aux femmes enceintes de préparer de bonne heure tout ce qui sera nécessaire pour le moment de l’accouchement. Beaucoup ne le font pas et sont surprises inopinément, soit parce que la délivrance arrive plus tôt que le terme réel, soit qu’il y ait eu erreur de la part de la femme dans ses calculs. Toujours est-il qu’au moment de l’accouchement rien n’est prêt. Quant à savoir quels sont les objets à avoir à l’avance, la jeune femme qui va être mère pour la première fois l’apprendra de la personne qu’elle aura choisie pour l’assister au moment de son accouchement. L’accoucheur ou la sage-femme qui devra donner ses s;ins, pour la première fois, à une femme lors de ses couches, fera toujours bien d’aller faire une première visite à sa cliente dans le dernier mois de la grossesse, afin de se rendre compte de la disposition des lieux où devr.a se faire l’accouchement. C’est lors de cette visite qu’on devra indiquer les choses nécessaires pour le moment attendu. Et d’abord le lit! Quelques médecins préfèrent que l’accouchement se fasse dans le lit même où la femme doit rester pour ses suites de couches. Ils pensent, en agissant ainsi, éviter un transport qui peut amener une hémorrhagie ou déterminer un refroidissement peut-être dangereux. D’autres aiment mieux avoir un lit de travail où naît l’enfant,
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pour pouvoir transporter ensuite l’accouchée dans un autre fraîchement arrangé. Je suis partisan de cette dernière méthode. Je crois en effet qu’en ayant soin de faire bassiner le lit où l’on va déposer la malade, et en ne faisant pas le transport trop tôt, on peut éviter tout accident.
Quand on n’a qu’un lit à sa disposition, il faut le préparer de suite pour les suites de couches ; pour cela on met sur le premier matelas, au-dessous du drap, une toile imperméable de 1 mètre de largeur sur 1 mètre 20 de long. Cette toile devra être fixée par les quatre coins, avec des épingles de nourrice, afin de ne pas changer de place et surtout pour qu'elle ne se replie pas sur elle-même. Au-dessus du premier drap on en dispose un second en alèze, c’està-dire plié en quatre et posé transversalement d’un côté du lit à l’autre, à l’endroit où doit reposer le siège de la malade. On fait ensuite le lit comme à l'ordinaire, mais sans couverture, et le drap de dessus est roule jusqu’aux pieds.
Sur le lit ainsi disposé on en fait en quelque sorte un second, c'est-à-dire qu’on place sur le drap en alèze une seconde toile imperméable ou des journaux en assez grand nombre imbriqués les uns sur les autres, afin de constituer un obstacle à la pénétration des liquides. On jette un grand drap qui recouvre le tout, puis un autre plié en huit est disposé sous le siège de la femme, qui est recouverte par un drap et une ou deux couvertures, suivant la saison et le degré de sensibilité au froid que peut accuser la malade.
Les choses ainsi disposées, on comprend facilement qu’après l’accouchement il suffira de retirer tout ce qui se trouve au-dessus de l’alèze, pour que la femme soit dans un lit propre et tout préparé pour ses suites de couches. En effet, pour la couvrir il suffira de dérouler le drap de dessus, qui a été rejeté au pied du lit, et d’ajouter le nombre de couvertures nécessaires pour que la malade ait chaud, sans la faire suer. Cependant il est bien rare que, malgré les précautions prises, il ne se répande soit de l'eau, soit du sang en une place qui n’en devrait pas avoir. De plus les femmes, pendant le travail, sont rarement tranquilles : elles se jettent tantôt à gauche, tantôt à droite, elles se dressent, puis se couchent, se lèvent souvent, puis se recouchent ; dans les dernières douleurs, elles cherchent un point d’appui et saisissent tout ce qui leur tombe sous la main : drap de dessus, alèze, toile imperméable, que leur importe; si bien que ce lit tout préparé à l’avance se trouve défait, affaissé par place, mouillé d'eau, maculé de sang, et que, dès le lendemain ou le surlendemain au plus tard, il faudra le refaire et pour cela transporter la malade, ce qui ne vaudra pas mieux que de le faire aussitôt l’accouchement. Voilà pourquoi je préfère avoir deux lits.
Autrefois, dans les familles, on se repassait, de mère en fille, un lit de sangle destiné aux accouchements. Cette sorte délit n’a contre lui que son défaut de stabilité; mais il est haut, et si on a soin de placer sous le matelas une rallonge de table, une planche à repasser ou quelque in-folio qui empêche le siège de la femme de s’enfoncer par trop, le lit de sangle est réellement commode pour les accouchements naturels. Quant aux accouchements laborieux, s’il
s’agit de placer la femme transversalement, le lit de sangle doit être mis de côté à cause de son instabilité; et dans ce cas il est préférable de mettre la malade sur le bord du lit où elle doit rester après l’accouchement, mais en ayant soin au préalable de garnir de linge la partie du lit qui correspondra au siège de la malade ainsi placée.
Dans les ménages de nos jours, on trouve généralement un petit lit de fer muni d’un sommier ou d’une paillasse. Ce lit n’a qu’un défaut, c’est d’être très bas sur pied, ce qui oblige l’accoucheur d’être courbé en deux pendant une partie de la durée de l’accouchement. Je fais, pour remédier à cet inconvénient, placer deux matelas sur le sommier ou la paillasse, et disposer, comme pour le lit de sangle, une planche ou un grand livre plat entre les deux matelas.
Quel que soit le lit que l’on ait à sa disposition, il doit être garni comme je l’ai exposé plus haut, et toujours placé dans la chambre où la malade doit passer ses suites de couches, afin que le transport d’un lit à un autre se fasse rapidement pour éviter le froid et les hémorrhagies.
Parmi les objets qui doivent être préparés à l’avance, il ne faut pas oublier de signaler un large bassin plat, des linges, éponges, épingles de nourrice , la layette , un corps gras , huile ou coldcream, etc. ’
Quand le médecin est appelé , dès les premières douleurs, il devra, après s’être assuré que le travail est commencé, faire prendre chez le pharmacien deux grammes de seigle ergoté fraîchement pulvérisé, et ordonner à la femme un lavement, pour peu que l’on sente quelque amas de matières fécales dans le rectum. Du reste, c’est toujours une bonne précaution de faire prendre au début du travail un lavement qui, entraînant les matières contenues dans le rectum, évitera, pour le moment où la tête de l’enfant appuie sur le plancher du bassin, l’issue involontaire des fèces qui gênent la femme, l’accoucheur et menacent de maculer l’enfant à sa sortie.
Ces précautions prises, le rôle du médecin, dans la première partie du travail, est d’exhorter la femme à la patience, l’empêcher de s’énerver, éloigner d’elle les personnes qui peuvent lui être désagréables, la faire asseoir de temps en temps pour l’empêcher de se fatiguer. La plupart des femmes demandent aussitôt, après le premier examen, combien de temps durera l’accouchement. C’est une question délicate à laquelle il faut se garder de répondre à la légère. On fera bien d’abord de dire que cela dépendra des douleurs, de leur rapidité et de leur énergie, et qu’avant de se prononcer on a besoin de voir la marche du travail. Si toutefois, ce qui est fréquent, la même question est renouvelée, de manière à ce qu’on ne puisse éviter d’y répondre, il faudra faire entrer dans le calcul approximatif l’état de primiparité ou de multiparité de la femme, la présentation ou la position de l’enfant, l’énergie ou la lenteur des contractions, la mollesse ou la rigidité du col et des parties molles extérieures, et, en combinant tous ces éléments d’appréciation, donner encore une heure plus éloignée que celle où l’on pense que l’accouchement aura lieu en réalité, et encore faut-il entourer sa réponse de précautions, comme celle-ci : « Si les
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contractions conservent cette énergie s’il ne se
présente rien que je ne puis prévoir à l'avance, etc... » Quand le cri de la femme annonce au médecin que le col est presque complètement ouvert, il sera
Fig. 31. — Rotation antérieure accomplie.
bon de placer la femme définitivement sur le lit de travail. .Jusque-là, on a pu lui [lermettre de se lever, de s'étendre, de se promener alternativement; mais, quand la femme commence à pousser, il est bon de la faire coucher définitivement.
Quand la dilatation sera complète, on attendra quelques douleurs pour permettre à la poche des eaux de se rompre spontanément; mais, si cette rupture tarde trop, il appartient au médecin de l’opérer. Le doigt, dirigé perpendiculairement à la poche qui bombe fortement pendant une contraction suffit généralement en faisant faire quelques mouvements de va-et-vient de l’ongle sur les membranes pour opérer cette rupture.
Quand les douleurs de reins sont très fortes, souvent les femmes éprouvent un soulagement notable si l'on glisse un oreiller ou mieux un drap roulé jusque sous les lombes. Pendant tout le temps où la femme reste dans le lit, dans la seconde période du travail, l'accoucheur doit être à la droite de la malade, la garde ou la personne de la famille qui s’est chargée de ces fonctions sera à gauche.
L’accoucheur, aura soin, de temps en temps, de s’assurer de la régularité des battements du cœur de l’enfant en pratiquant l'auscultation à l'aide du stéthoscope. Dans les présentations de la face et du siège, cette précaution sera surtout indispensable. •Par ce moyen, il se rendra compte de l’état de santé du fœtus, et pourra dans certains cas, par son intervention manuelle ou instrumentale, sauver l’enfant qui aurait certainement succombé, si on avait laissé l’accouchement se terminer par les seules forces de la nature.
La tête de l’enfant, après la rupture des membranes, ne tarde pas à appuyer sur le plancher du bassin et à glisser sur le périnée pour faire saillie à l’orifice vulvaire. Quand le périnée sera fortement
repoussé en avant par la pression de la tête à l’intérieur, et surtout à partir du moment où la têtefœtale, après un certain nombre de mouvements ascensionnels, restera fixée dans l'ouverture de la vulve, l'accoucheur devra soutenir le périnée. Pour cela, la paume de la main droite est appliquée sur le périnée, le pouce s’étendant le long du sillon génito-crural droit; les autres doigts dans le môme sillon du côté gauche, de façon que l'intervalle interdigital, entre le pouce et l'index, corresponde à la commissure supérieure du périnée. Pendant les contractions, la main, doublant ainsi le périnée, s'oppose, autant que possible, à ce qu'il se déchire,^£n renforçant le plan incliné sur lequel gîisse la tête et en la repoussant en liant. Les doigts de l'autre main sont également appliqués sur la tète de l'enfant, et font effort pour empêcher que, par un mouvement brusque, cette tète, violemment poussée au dehors, ne provoque une déchirure plus ou moins importante. En même temps, on engage la femme à ne pas( faire d’efforts, à se retenir en quelque sorte, si elltêlè peut.
Enfin, quand la tête est sortie tout à fait, l’accoucheur, après s'être assuré, en glissant le doigt sur le cou de l'enfant, que le cordon ombilical n’entoure pas cette partie, placera la main à plat sous la tète pour lui permettre d’exécuter son mouvement externe sans se frotter contre les draps du lit, et pour éviter que la bouche de l’enfant ne plonge dans les liquides accumulés, eau et sang, qui baignent souvent le siège de la femme à ce moment du travail. Si l’expulsion totale du fœtus tarde trop à se faire, l’utérus ne se contractant pas malgré les excitations portées sur le fond de l’organe par les frictions que l’accoucheur exécute sur le ventre de la malade, il appartiendra au médecin de hâter cette dernière période du travail en faisant quelques tractions sur la tète de l'enfant. Cette dernière partie sera saisie par l’occiput et le menton, les doigts des deux mains
Fig. 32. — Dégagement de la tête.
étant écartés pour ne pas faire de pression sur les parties latérales du cou où siègent les gros vaisseaux. On aura soin de diriger d’abord les tractions en bas pour dégager l’épaule antérieure, sous la
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symphyse pubienne, puis de continuer à lirer en relevant légèrement la tète, pour faire parcourir à l’épaule postérieure toute la courbure périnéale et
Fig. 33. — Rotation intérieure accomplie.
de sortir définitivement à la commissure antérieure de cette région.
Quand fenfant est sorti des organes génitaux, il est bon d'abord de lui essuv'er le visage avec une
fait bien de le laisser crier une ou deux minutes avant de faire la ligature du cordon. Pour cette dernière opération, on a préparé deux ou mieux trois bouts de fil gris, comme celui dont on se sert à la cuisine. Chaque bout, après avoir été replié en trois sur lui-même, doit avoir encore une longueur de 20 centimètres environ. Quand le moment de lier le cordon est arrivé, on jette d’abord un de ces fils sur le cordon ombilical, à une distance de 20 ou 30 centimètres environ du nombril et l'on fait deux nœuds successifs sur ce cordon, en serrant très fort, sans cependant amener une section de la tige ombilicale. A quelques centimètres de cette première ligature, on en fait une autre semblable et l’on coupe le cordon ombilical avec des ciseaux entre ces deux ligatures.
J'ai dit qu’aussitôt sa naissance l'enfant, en général, se met à crier ; mais il arrive quelquefois que le fœtus, à la suite d’un travail prolongé, naît pâle, flasque, comme exsangue, et cependant, en prenant le cordon ombilical, on perçoit des battements plus ou moins éloignés. Dans ce cas, il faut se hâter de lier le cordon, d’en faire la section et d'emporter l’enfant sur un oreiller placé sur une table, dans une autre pièce, pour lui donner les soins néces-
Fig. 35. — Fin du troisième temps de l'évolution spontanée.
saires. D’autres fois l’enfant naît presque violacé et ne se met pas à crier aussitôt. On était généralement dans l'habitude alors de couper le cordon avant de le lier et de le laisser saigner, pour combattre cet état congestif de l'enfant. 11 faudrait encore le faire si l’enfant tardait trop à crier. Mais le plus souvent, sans trop se presser, on voit, après quelques inspirations de l’enfant, cette coloration diminuer peu à peu pour donner lieu à la teinte rosée normale.
Aussitôt après la section du cordon, l’enfant est enveloppé dans un linge chaud et livré aux soins de la garde-malade ou de la personne qui en tient lieu. Souvent les enfants naissent recouverts d’une couche graisseuse d’un blanc jaunâtre, formée par de l’enduit sébacé. Cette couche de graisse ne pourra s’enlever qu’après avoir été dissoute par de l’huile ou du cold-cream, dont on enduit avec les doigts le corps de l’enfant. On essuie au fur et à mesure, avec le coin d'une serviette, les parties que l’on nettoie de cette façon. 11 faut avoir soin d’enlever la
sen iette pour dégager le nez et la bouche des mucosités qui peuvent l’obstruer et même, si cela est nécessaire, de glisser le doigt dans la bouche pour en retirer des glaires accumulées. Quand il naît dans un bon état dès sa sortie, l’enfant pousse des cris se succédant rapidement et d’un son perçant. On Dictionnaire de Médecine usuelle.
Fig. 31. — Expulsion des fesses.
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graisse qui se trouve presque toujours dans les plis de la peau, comme aux aisselles, aux aines, aux jarrets, au pli interfessier, etc. Ceci fait, Tenfant est plongé dans un bain d'eau tiède préparé dans une petite baignoire, un bain-de-pieds ou une grande terrine ; puis, après l'avoir bien essuyé avec un linge chaud ou un grand carré de flanelle, on se met en devoir de l'emmaillotter. (V. Suites de cotiches. Délivrance, Fœtus, Grossesse, Maillot.)
D’’ Ant. de Sotre,
Ancien Chef de clinique d’Accouchements de la Faculté de Paris.
ACCOU CHEMENT. — Médecine légale. — Les questions médico-légales relatives à l'accouchement sont assez nombreuses. La législation, dont nous reproduisons les principaux articles, s’est occupée avec soin de constater la naissance et la filiation de l’enfant et de fixer les conditions nécessaires au nouveauné pour succéder {viabilité). La loi a également prévu et édicté des peines contre les crimes de suppression, de supposition ou de substitution d’enfant. Toutes, ces questions seront étudiées séparément, et nous ne nous occuperons dans cet article que des signes de l'accouchement proprement dit dans leurs rapports avec la médecine légale.
Législation. — Voici les principaux articles du Code se rattachant à l'accouchement :
Code civil. — Art. 55. — Les déclarations de naissance seront faites, dans les trois jours de raccoucliement, à l’officier de l'état civil du lieu ; l’enfant lui sera présenté.
Art. 56. — La naissance de l’enfant sera déclarée par le père ou, à défaut du père, par les docteurs en médecine ou en chirurgie, sages-femmes, officiers de santé ou autres personnes qui auront assisté à l’accouchement; et lorsque la mère sera accouchée hors de son domicile, par la personne chez qui elle sera accouchée. L'acte de naissance sera rédigé de suite en présence de deux témoins.
Art. 57. — L’acte de naissance énoncera le jour, l’heure et le lieu de la naissance, le sexe de l’enfaiit et les prénoms qui lui seront donnés, les prénoms, nom, profession et domicile des père et mère et ceux des témoins.
Art. 58. — Toute personne qui aura trouvé un enfant nouveau-nê sera tenue de le remettre à l’officier de l’état civil, ainsi que les vêtements et autres effets trouvés avec l’enfant et de déclarer toutes les circonstances du temps et du lieu où il aura été trouvé. Il en sera dressé un procès-verbal détaillé qui annoncera, en outre, l’âge apparent de l’enfant, son sexe, les noms qui lui seront donnés, l’autorité civile à laquelle il sera remis. Ce procès-verbal sera inscrit sur les registres.
Code pénal. — Art. 346. — Toute personne qui, ayant assisté à un accouchement, n’aura pas fait la déclaration à elle prescrite par l’article 56 et dans les délais fixés par l’article 55, sera punie d’un emprisonnement de six jours à six mois et d’une amende de 16 francs â 300 francs.
Signes de l’accouchement. — Un grand nombre de causes peuvent pousser la femme à dissimuler l'accouchement, mais c’est principalement dans les accusations d’infanticide que le médecin-légiste sera appelé à constater les traces d’un accouchement récent ou ancien.
Les SIGNES DE l’accoùchejient récent se tirent : a, de l’état des organes de la génération et de la lactation, et b, de l’examen des produits expulsés et de l'examen des sécrétions.
a). Élat des organes de lagénération. — Immédiatement après l'accouchement, les organes génitaux
sont rouges et tuméfiés, la fourchette saignante et déchirée, surtout chez les primipares ; les rides du vagin ont disparu ; le col utérin est mou, dilaté et permet d'introduire le doigt; il est très abaissé dans le vagin et ses lèvres sont gonflées et souvent fendillées. La peau de l'abdomen est souple, plissée, éraillée ; la ligne blanche est amincie et présente une ligne bleuâtre qui s’étend du pubis à l'ombilic. La palpation de la paroi abdominale donne la sensation d’une tumeur mobile, située le plus souvent à droite et au-dessous de l'ombilic, et qui n’est autre chose que l'utérus. Les caractères qui indiquent la congestion et la contusion des organes génitaux externes ne persistent que pendant quelques jours.
L' écoulement lochial, qui constitue, au point de vue qui nous occupe, le principal phénomène de l’accouchement, s'établit vers le deuxième ou le troisième jour. Il est souvent précédé d'un écoulement sanguin qui se manifeste quelques heures après l’accouchement. La fièvre de lait, qui n'est pas constante, survient, en général, à la fin 'du troisième jour. Le flux lochial est alors diminué ; il reparaît avec plus d’intensité après la cessation de la fièvre, vers le cinquième jour. Le liquide des lochies a une couleur blanc jaunâtre ; il est séreux, laiteux ou puriforme, et exhale une odeur fade et nauséabonde. Les lochies sont souvent mêlées de sang dans les premiers jours.
A mesure que coulent les lochies, un travail de résorption s’opère du côté de l’utérus ; cet organe diminue de volume, s’enfonce de plus en plus dans le petit bassin et disparaît derrière le pubis vers le onzième jour. Mais ce n’est guère qu’au bout de six à huit semaines qu’il a repris son volume normal. L’écoulement menstruel reparaît à cette époque, et il est alors impossible de constater les traces d’un accouchement récent.
Du côté des seins, on observe les phénomènes suivants : au moment de la fièvre de lait, gonflement qui peut être assez considérable pour gêner, chez certaines femmes, les mouvements des bras; ce gonflement diminue rapidement vers le cinquième jour, et la sécrétion lactée s’établit. Dès le deuxième jour, les seins donnent, par la pression, un lait jaunâtre et séreux, le colostrum.
b). Examen des sécrétions. — D’après Donné, l’examen microscopique du lait peut fournir des indices sur la date de l’accouchement. « Le premier jour, dit cet auteur, le colostrum est jaunâtre, demi-transparent, alcalin; les globules, presque tous agglomérés, sont très disproportionnés entre eux et mêlés de corps granuleux, d’une forme variée, ainsi que de gouttelettes oléagineuses. Par l’ammoniaque, il se preûd tout entier en une masse visqueuse et filante. Le troisième jour, lors de l’invasion de la fièvre de lait, il présente encore peu de changements , seulement il contient moins de corps granuleux. Le sixième jour, le lait est très jaune et bleuit fortement le papier tournesol rougi ; les globules sont mieux proportionnés entre eux ; il y a encore des gouttelettes oléagineuses, mais on n’y voit plus cette poussière de petits corps granuleux. Le septième jour, le lait est encore très jaune et d’une grande consistance ; les globules sont mieux circonscrits et bien proportionnés, les masses agglo-
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inérées disparaissent, les corps granuleux deviennent très rares. Le dixième jour, le lait, devenu abondant, est formé de globules très nombreux, très serrés, mais d'une grosseur encore irrégulière. Le quinzième jour, le lait est devenu d’un beau blanc mat, avec une légère teinte jaune, et l’on n'y aperçoit plus que de temps en temps de petits corps granuleux et de petites agglomérations. Par l'ammoniaque, il donne encore un peu de viscosité. Enfin, le \ ingt-quatrièine jour, le lait est tout à fait blanc, riclie eu globules uniformes et sans aucun autre corps. »
h'exanien des produits expulsés doit d'abord porter sur le fœtus et le délivre, lorsqu'on est assez heureux pour les trouver, puis sur les liquides et les taches produites par le sang, les lochies, le liquide amniotique, le méconium, la matière sébacée. Nous reviendrons sur ce point dans le chapitre destiné aux recherches ciiimiques et micrographiques relatives à la médecine légale.
Les siG.NES DE l'accouchement ancien sont incertains; ils reposent principalement sur la dilatation du vagin, l'etfacement de la fosse naviculaire, les. cicatrices du périnée, les changements du col utérin, le relâchement et les vergetures de la paroi abdominale, la coloration de la ligne blanche et de 'l’aréole mammaire. « La date de l’accouchement ancien, dit M. T burdes, rentre dans les problèmes que la science ne peut résoudre d'une manière positive. L’elfacement graduel des signes qui, par eux-mêmes, ont une intensité variable, ne fournit que de faibles indices. »
11 sera également très difficile de dire combien de fois une femme est accouchée; cette question pourra être posée dans le cas où la justice soupçonnera plusieurs infanticides successifs ; mais l'expert n’a pour la résoudre affirmativement que des signes trop incertains.
Après la morf, les constatations anatomiques faites sur l'utérus ont une grande valeur. Dans l'accouchement récent, la muqueuse utérine est épaisse, rouge et molle ; la cavité est remplie de sang et de débris de la membrane caduque; à l'insertion du placenta, la membrane est mamelonnée, saillante, recouverte de sang coagulé mêlé au débris du placenta utérin. La tunique musculeuse est notablement hypertrophiée, les fibres contractées, allongées et très épaissies; normalement, elles ont 0”“,0o à 0"’“,07 de longueur sur O^'^OOd de largeur, et elles acquièrent par la grossesse 0'”"‘,-2 de longueur sur 0"™, 01 d'épaisseur. La muqueuse reprend les caractères de l'état de vacuité du soixante au soixante-dixième jour (Colin). Dans l'accouchement ancien, les signes anatomiques ont moins de valeur. Le volume de l’utérus, le rapport entre la longueur du col et celle du corps fournit des indices. M. Schnepf, cité par lourdes, indique les moyennes suivantes : — avant la puberté, col 18 millimètres, corps 0'"'”,8, total, 26; — après la puberté, col, 24, corps 32, total, 36 ; — après la grossesse, col. 26, corps 33, total 39.
En résumé, nous dirons que la preuve de l’accouchement, qui ne saurait résulter de la constatation d'un .seul signe, peut être évidente lorsqu’on rencontre un ensemble de caractères. Pour la constatation de l’accouchement, comme pour celle de la
grossesse et de la plupart des observations médicolégales, la conviction résulte de l'ensemble des faits et non de chaque fait pris isolément.
D" A. Lutaud,
Médecin de Saint-Lazare, ex-Médecin de l’hôpital français de Londres, Secrétaire de la Société de médecine légale. Auteur du Manuel de médecine légale.
ACCOUPLEMENT. — Nom donné au rapprochement du mâle et de la femelle pour accomplir l'acte de la génération. (V. Cdil, Copulation.) P. l.
ACCOUTUMANCE. — En médecine, on dit qu'il y a accoutumance lorsque un individu après avoir pris un médicament actif à petites doses successivement croissantes, finit par supporter ce médicament à des doses qui auraient certainement causé des troubles graves et même un empoisonnement, si elles avaient été prises d’emblée.
L’accoutumance n’est pas la même chez les mêmes individus pour tous les médicaments. Ainsi, tandis qu’on peut arriver, en agissant progressivement et avec lenteur, à administrer sans danger des doses très fortes d’opium et de ses alcaloïdes, on ne peut s'accoutumer à certains autres poisons, parce qu'ils s’accumulent dans l’organisme et que leurs effets toxiques se produisent subitement dès que la dose atteint une certaine force.
L’accoutumance pour un médicament disparaît complètement, si l’on reste un certain temps sans en prendre. (V. Tolérance.) A.-L. Labarthe père.
ACCROISSEMENT. — Nom donné en physiologie anatomique à l’ensemble des phénomènes par lesquels passe la masse du corps pour augmenter de volume. L’accroissement dépend de la prédominance de Yassimilation sur la désassimilation. Lorsque les deux phénomènes se font équilibre, l’individu n’augmente ni ne diminue : il ne gagne ni ne perd en poids.
L'assimilation est d’une manière générale prédominante dans l’enfance et l’adolescence; elle est sensiblement égale à la désassimilation chez l'adulte, et la désassimilation prédomine chez le vieillard.
L’accroissement, depuis la période embryonnaire, ne fait pas augmentation dans le nombre et le volume des éléments anatomique.s. Ces éléments, une fois formés, augmentent peu, de sorte que l’accroissement dépend surtout de la multiplication de ces éléments. C'est surtout par la prolifération des éléments cellulaires, qui se transforment ensuite plus ou moins complètement, que se fait l’accroissement.
L’accroissement n’est pas régulier et uniforme chez tous les individus ni à toutes les époques. L’exercice favorise l'accroissement de la manière suivante : Sous l'influence de l'exercice modéré, le sang afflue vers les muscles; les substances ternaires plus abondantes s’oxydent et produisent de la chaleur; l’afflux de sang apporte aux éléments anatomiques un excès de matériaux nutritifs dont ils s’emparent pour augmenter de volume par accroissement ou par multiplication des éléments.
L’accroissement cesse dans l’âge adulte parce que, la désassimilation restant la même, la faculté d'assimilation des éléments anatomiques diminue insensiblement. Cette diminution faisant des progrès