‹ Dictionnaire populaire de médecine usuelle d'hygiène publique et privéeChapitre 111 sur 238 · GHI · texte numérisé non relu

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chiffons sont rangés par la loi dans la troisième classe des etablissements insalubres et il est interdit aux enfants d’y travailler. Ces dépôts, d’après les règlements, doivent être éloignés des centres habités ; le sol des ateliers doit être imperméable ; les parois en plâtres ou stuckés et être soumis à de fréquents lavages à l’eau chlorurée ou phéniquée; les ateliers doivent être ventilés énergiquement; s’il y a un dépôt d’os, ceux-ci doivent être enfermés dans des tonneaux et recouverts de noir animal ou de charbon en poudre, et enlevés tous les trois jours.

Les chiffons peuvent devenir les propagateurs de maladies contagieuses et épidémiques, non seulement dans les environs des dépôts, mais encore dans des endroits situés à de très grandes distances. C’est ainsi qu’il a été absolument démontré que la variole qui a sévi en 1879 à Maëslricht, avait été importée par des chiffons arrivés de Liège, où la variole sévissait. C’est encore ainsi qu'en mai 1880, une épidémie de variole se déclara à Abenheim, dans la Hesse, et débuta parmi des ouvrières employées au triage de chiffons expédiés de Marseille, où sévissait cruellement la variole.

En présence de ces faits indubitables d’importation de la maladie par l’intermédiaire des chiffons, le Comité consultatif d’hygiène obtint du gouvernement français que la désinfection des chiffons, friperies, etc., provenant de l’étranger, serait désormais obligatoire. D' Paul Labarthe.

CHILOPLASTIE. — On donne ce nom en chirurgie à une opération destinée à restaurer d’une manière plus ou moins complète les lèvres déformées ou détruites par suite d’un arrêt de développement, d’une plaie, d’une cicatrisation vicieuse on d’une tu-

meur qu’il faut extirper. C’est principalement à la lèvre inférieure, où se rencontre surtout le cancroïde, que s'applique la chiloplastie. Celle-ci se pratique suivant divers procédés, parmi lesquels nous citerons le procédé de Chopart et le procédé de Lisfranc. Dans le procédé de Chopart {fig. 258), ont fait deux incisions verticales allant de A à B et englobant toute la tumeur, puis on dissèque le lambeau du haut en bas et on retranche d’un coup de bistouri la partie envahie par la tumeur; on termine l’opération en relevant le bord supérieur du lam-

beau jusqu’au niveau de ce qui reste intact de la lèvre inférieure, et en maintenant les tissus en contact avec quelques points de suture. Il est indispen-

Fig. 259.

Chiloplastie par le procédé de Lisfranc. Dissection des lambeaux.

sable que l’opéré conserve sa tête inclinée sur la poitrine, pour ne pas exercer sur les parties suturées, des tiraillements qui en empêcheraient la réu-

Chiloplastie par le procédé de Lisfranc. — Réunion des lambeaux par les sutures.

nion. Les figures 259 et 260 représentent les deux temps de l’opération par le procédé de Lisfranc qui est plus simple et plus commode que celui de Chopart. P. L.

CHIMIE. — La chimie est une science qui étudie et apprend à connaître les propriétés des corps, leur composition intime, leurs affinités, les combinaisons variées qu’ils peuvent former les uns avec les autres. Elle est chaque jour mise à contribution par la médecine et la pharmacie. p. l.

CHIQUE. — On désigne sous ce nom un petit insecte suceur, appartenant plutôt au genre acarus qu’au genre puce, très commun aux Antilles, au Brésil, à la Guyane, au Mexique, et en général dans la zone torride de l’Amérique, qui s’attaque à l’homme aussi bien qu’aux animaux domestiques. Le mâle est moins dangereux que la femelle, car il se contente de faire des piqûres peu douloureuses. Quant à la femelle, non seulement elle pique, mais elle dépose ses œufs dans la plante des pieds, prin-

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cipalement autour et au-dessous des ongles. Sa présence détermine d’abord de la démangeaison, bientôt suivie d’une vive inflammation, et souvent d’ulcères rebelles et dangereux, car ils peuvent être suivis de gangrène. 11 faut donc s’en débarrasser, le plus promptement possible, par l’extraction qui se fait à l’aide d’une épingle ou d’une aiguille, et cautériser la place qu’elle occupait, avec le crayon de nitrate d’argent, un peu d’alcool camphré ou d’ammoniaque. p. L.

CHIRURGIE. — La chirurgie est cette partie de l’art de guérir qui s’occupe spécialement des maladies externes et de leur traitement, et la chirurgie opératoire est cette branche delà chirurgie qui s’occupe des procédés manuels et instrumentaux destinés à guérir ces maladies, autrement dit des opérations chirurgicales. p. l.

CHL ORAL. — Le chloral, qu’on prépare en dirigeant un courant de chlore sec sur de l’alcool absolu, se présente dans le commerce sous deux états différents : à l’état anhydre et à l’état hydraté. Le chloral anhydre est un liquide incolore, très fluide, gras au toucher, caustique, fumant à l’air, d’une odeur pénétrante qui irrite les yeux et provoque le larmoiement, d’une saveur âcre et brûlante. On a dû renoncer à son emploi médical à cause de la difficulté de son dosage. Le chloral hydraté qui ne diffère du précédent qu’en ce qu’il contient une molécule d’eau, est un corps solide, blanc, cristallisé en prismes rhomboïdaux obliques, volatils et très hygrométriques; aussi faut-il le mettre dans des flacons hermétiquement fermés, bien à l’abri de l’humidité, si on veut le conserver sans qu’il éprouve d’altération sensible. Il est neutre, un peu irritant, très soluble dans l’eau, l'alcool et l’éther et se prête fort bien à la plupart des préparations pharmaceutiques. D’une odeur hétérée sui generis, d’une saveur âcre et amère, ce composé, découvert par Liébig en 1832 et introduit dans la thérapeutique en 1869 par Oscar Liebreich, est maintenant le seul produit employé en médecine.

Effets. — Les premières données sur l’action physiologique de l’hydrate de chloral nous ont été fournies par le médecin allemand que je viens de nommer. Ce savant, mu par une ingénieuse conception d’esprit et voulant mettre en pratique des déductions très logiques d’ailleurs, a été conduit à expérimenter ce produit dans les circonstances suivantes : sachant, en effet, que le chloral, en présence des alcalis, se dédoublait en chloroforme et en formiate, il supposa que ce corps, par suite de l’asorption, devait offrir le même dédoublement en présence des alcalis du sang, et que le sujet en expérience se trouverait sous l'influence du chloroforme. La pratique réalisa ses prévisions qui étonnèrent le monde médical. Séduits par sa théorie, un grand nombre de médecins français et étrangers se mirent à contrôler ses recherches, ils arrivèrent tous à des conclusions à peu près semblables ; presque tous reconnurent les propriétés hypnotiques et anesthésiques du chloral.

Employé en applications topiques à l’état de pu-

reté, l’hydrate de chloral détermine sur la peau et sur les muqueuses une douleur plus ou moins vive, de la rougeur, des phénomènes d’irritation et de phlogose pouvant aller jusqu’à la scarification si le contact de ce produit est trop longtemps prolongé. De là le rejet du chloral par les méthodes endermique ou hypodermique. De là son usage quelquefois mis à profit en crayon taillé à la manière des crayons de sulfate de cuivre et agissant utilement comme cathérétique dans certains cas donnés.

Introduit dans les voies digestives en solution étendue, le chloral n’irrite pas les voies gastro-intestinales. 11 est absorbé très vite et transporté dans le torrent de la circulation où il donne lieu à différents phénomènes qu’il est important de connaître. Le premier effet produit et le plus constant est le sommeil. Il commence, en général, un quart d’heure ou une demi-heure après l’administration du médicament et a une durée de quatre à cinq heures. Au réveil, on n’observe ni somnolence, ni lourdeur de tête, ni perte d’appétit, comme cela se passe ordinairement après l’ingestion d’une dose moyenne d’opium. A haute dose, le chloral produit l’algidité, tandis que l’opium produit au contraire, la chaleur et la sueur. On peut réitérer pendant longtemps la même quantité de chloral sans qu’il y ait accoutumance de la part du malade; c’est le contraire qui a lieu à la suite de l’administration de l’opium.

Le chloral possède à un haut degré le pouvoir de calmer la douleur, de produire une légère anesthésie suivie de la perte des mouvements volontaires. Cette anesthésie peut devenir complète par l’usage de fortes doses du narcotique; alors les mouvements réflexes disparaissent totalement, la face pâlit, la peau se refroidit, les pupilles se resserrent, la résolution musculaire se complète, le malade entre dans un coma effrayant. De tels phénomènes ne sont engendrés que par des doses toxiques. En résumé, au premier degré d’action, le chloral est un soporifique faible, avec sédation légère du système nerveux sensitif. Le deuxième degré est marqué par une action soporifique énergique etimpérieuse avec diminution de la sensibilité. Enfin, le troisième degré est caractérisé par la perte complète de la sensibilité pouvant se terminer par l’arrêt du cœur en diastole.

Usages. — Les applications du chloral à la thérapeutique datent à peine de quelques années et déjà elles sont nombreuses.

On emploie avec succès le chloral pour modérer la douleur et procurer le sommeil dans l’agitation, le délire et l’insomnie d’une foule de maladies telles que le délirium tremens, l’aliénation mentale, la mélancolie, la manie, la folie furieuse, les coliques abdominales, l’érysipèle grave, la méningite, la pneumonie alcoolique, le délire des blessés et des amputés, etc. Le chloral sert encore à, diminuer le pouvoir excito-moteur de la moelle dans le tétanos, la chorée, l’éclampsie, l’épilepsie, l’hystérie et la plupart des névroses. Enfin, ce médicament ayant la propriété de ralentir les mouvements du cœur et d’abaisser la température, peut être utilisé avec avantage à la place de la digitale, dans les fièvres-

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graves, le rhumatisme articulaire aigu, les accès tl’asthme, d'augine de poitrine, de coqueluche.

Comme producteur de chloroforme, le chloral semblait, de prime -abord, devoir remplacer cet anesthésique dans la pratique de la grande chirurgie. Mais il n’en est rien. Tout au plus peut-il servir à une avulsion de dents, à l’ouverture d’un abcès, à la cautérisation d’une tumeur, c'est-à-dire à calmer la douleur produite par une petite opération; ce qui n’est pas à dédaigner chez les enfants, les sujets faibles et pusillanimes. Le professeur Oré, de Bordeaux, s’en est bien servi en injections intraveineuses pour la pratique des grandes opérations, mais sa méthode qui lui a presque toujours réussi, offre des dangers si graves, que le premier chirurgien venu ne peut la mettre en usage sans s’exposer à de cruels mécomptes.

Les doses auxquelles on peut administrer le chloral varient nécessairement suivant les âges, les tempéraments et les effets qu’on veut produire. Chez les enfants au-dessous de 5 ans, 50 centigrammes à 1 gramme suffisent. Au-dessus de cet âge, 2, 3 et 4 grammes peuvent être utiles. Chez les adultes, la moyenne est de 4 à 6 grammes en potion ou dans de l’eau sucrée à prendre par cuillerées d'heure en heure ou bien trois ou quatre fois dans la journée. Tous les médecins s’en tiennent en général à ces doses.

Le chloral peut s’administrer de différentes manières, en sirop, en potion, en capsules. En sirop et en potion, il est désagréable à cause de sa saveur amère et âcre, et beaucoup de malades refusent de le prendre sous ces formes. M. Limousin, mettant à profit la propriété qu’a le chloral de se liquéfier facilement vers la température de 46°, l’introduit sous la forme liquide dans des capsules ou perles (Chloral perlé Limousin) qu’il en remplit exactement et dans lesquelles il ne tarde pas à se solidifier. Chaque perle contient de 20 à 30 centigrammes d’hydrate de chloral parfaitement pur et inaltérable. Sous cette forme, le chloral est avalé facilement et sans aucun dégoût.

Voilà pour l’usage interne du chloral. A l’extérieur, la solution aqueuse au millième est utilisée comme antiseptique dans le pansement des plaies. La solution aqueuse au centième étant beaucoup plus forte rend des services en lotions contre le pityriasis capitis, l’eczéma et quelques autres maladies de la peau; on en imbibe avec succès un tampon ouaté contre la vaginite blennorrhagique ; on l’emploie, en outre, comme calmant, antiputride et antifermentescible, dans le pansement des plaies de mauvaise nature, des adénites suppurées, des chancres phagédéniques, des trajets fistuleux, des affections cancéreuses, etc. d-- Marc Cambouuves.

CHLORATE. — Nclm donné par les chimistes aux sels formés par les combinaisons de l’acide chlorique aux différentes bases. Le seul chlorate employé en médecine est le chlorate de potasse (Y. ce

mot). P. L.

CHLORATE DE POTASSE. — Le chlorate de potasse, appelé souvent sel de Berthollet, du nom du chimiste qui Ta découvert en 1786, est un sel inco- Dictionxaire populaire de médecine usuelle.

lore, à lames brillantes, inaltérable à l’air, d’une saveur fraîche et piquante. 11 est peu soluble dans l’eau froide, 180 parties de ce liquide n’en dissolvent que 5 parties environ à la température ordinaire, mais beaucoup plus soluble dans l’eau bouillante.

La muqueuse gastrique l’absorbe avec une rapidité n’ayant de comparable que celle avec laquelle sont absorbés les iodures et les bromures ; puis, les émonctoires naturels l’entraînent si rapidement que cinq minutes après l’ingestion, on a pu en retrouver dans l’urine.

A partir du moment de son introduction dans les voies digestives jusqu’à son élimination, le chlorate de potasse produit différents phénomènes qu’il est urgent de connaître. Le premier de tous et Tun des plus importants est la salivation, d’autant plus abondante qu’on élève davantage les doses. Le second consiste dans l’augmentation de l’appétit. Le troisième se produit dès que le médicament a pénétré dans le torrent circulatoire où il détermine un ralentissement de la circulation et un abaissement de la température, c’est-à-dire une action sédative et antiphlogistique des plus manifestes. Le quatrième enfin résulte de sa valeur diurétique, mais il n’est pas employé.

A cette quadruple action physiologique correspondent des déductions thérapeutiques nombreuses. En effet, nous avons dit que le sel de Berthollet activait la sécrétion des glandes salivaires. Or, comme ce sel s’élimine par ces glandes ainsi que par les glandes buccales et pharyngiennes, de prime-abord, il paraissait assez naturel qu’il exerce une sorte de spécialité sur les maladies de la bouche et de l’arrière-gorge. C’est ce qui est arrivé, puisque c’est dans le traitement de ces affections que le chlorate de potasse présente une efficacité souveraine. Ainsi la stomatite et la gingivite mercurielles sont promptement guéries sous l’influence de cet agent; en peu de jours la tuméfaction des gencives diminue, le liseré métallique disparaît, les dents se raffermissen l’haleine perd sa fétidité ordinaire. Mais ce traitement n’est pas seulement efficace comme curatif, il est aussi très utile comme préservatif. 11 est, en effet, certaines formes de syphilis qui exigent de fortes doses de mercure ; si Ton administre en même temps le chlorate de potasse et les mercuriaux on obtient les effets voulus tout en évitant les phénomènes de Thydrargyrisme. Ce ne sont pas là les seuls triomphes du chlorate de potasse; il agit de même très sûrement contre la stomatite ulcéromembraneuse, moins bien contre le scorbut des gencives, l’angine couenneuse, le croup, les aphthes et le muguet. En d’autres termes, cet agent rend des services incontestables contre toutes les maladies de la bouche, qu’elles soient de nature spécifique ou non. Il produit aussi d’excellents effets contre les enrouements de la voix.

Nous avons vu plus haut que le chlorate de potasse exerce une action diurétique manifestement mise en évidence par Gubler, mais comme il a l’inconvénient d’occasionner de la pesanteur et de la douleur de la région des reins, on lui préfère généralement d’autres diurétiques.

A l’extérieur, le chlorate de potasse, est quelquefois employé en poudre, en lotions, en injections, en

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reniflage contre l’ozène, les ulcères phagédéniques, scrofuleux, contre les ulcérations du col de l’utérus, etc.

Le chlorate de potasse s’administre en poudre, en solution dans un verre d’eau sucrée, en potion ou en loch, ou encore sous la forme si commode de pastilles. La dose moyenne est de 2 à 5 grammes par jour. 11 ne faut pas oublier que ce sel étant peu soluble dans l’eau, il ne faut jamais en mettre plus de 5 grammes par cent grammes d’eau, si l’on veut que la solution soit complète. Rappelons, en terminant, que le chlorate de potasse constitue la base des pastilles de Dethan et entre dans la composition des pastilles de Palangié (V. ces mots).

D' Marc Cambouuves.

CHLORE. — Le chlore est un corps simple, gazeux, à la température ordinaire, de couleur jaune verdâtre, d’une saveur caustique et dégageant une odeur sutfocante, impropre à la respiration et délétère, très peu soluble dans l’eau qui n’en dissout que 2 fois son volume, soit environ 3 grammes pour 500 grammes, et le fait passer à l’état de solution aqueuse, d’une couleur jaune verdâtre. Cette dernière est même la seule à peu près exclusivement employée en médecine comme désinfectant. p, l.

CHLORHYDRATE. — Nom donné par les chimistes aux sels formés parla combinaison de l’acide chlorhydrique avec différentes bases. Les principaux chlorhydrates employés en médecine sont : le chlorhydrate d'ammoniaque (V. Ammoniaque) et le chlorhydrate de morphine (V. Morphine'). p. l.

CHLORHYDRIQUE (acide). — L’acide chlorhydrique, souvent désigné par le vulgaire sous le nom d'esprit de sel ou d'acide muriatique, est un gaz formé d’un équivalent de chlore et d’un équivalent d’hydrogène, incolore, d’une odeur très piquante, d’une saveur très acide, excessivement soluble dans l’eau qui en dissout les trois quarts de son poids et en forme une solution liquide très concentrée, qui est précisément le liquide employé en médecine. Cet acide chlorhydrique liquide est incolore et fumant à l’air. Appliqué sur la peau, il agit comme caustique coagulant et produit une eschare superficielle, molle, grisâtre, qui se détache rapidement. Cette action a été utilisée pour la destruction ou la répression des ulcères sanieux, phagédéniques ou gangréneux des fausses membranes. On s’en sert aussi pour cautériser les aphthes, les ulcérations scorbutiques et gangréneuses.

Administré pur à l’intérieur, à la dose de 12 à 15 grammes, il constitue un poison corrosif violent et entraîne la mort. Administré à très petite dose, 2 à 6 gouttes dans un quart de verre d’eau froide, immé diatement après le repas, comme le conseillent Trousseau et Peter, l'acide chlorhydrique augment e la sécrétion du suc gastrique en même temps que son acidité et produit de bons effets dans la gastralgie, l'atonie de l’estomac et les dyspepsies pu trides, caractérisées par le défaut d’acidité du suc gastrique et la décomposition consécutive des matièresjalimentaires dans l’estomac.

Empoisonnement par l’acide [chlorhydrique. —

Nous avons dit plus haut que l’acide chlorhydrique était un poison corrosif qui, à la dose de 15 grammes, peut donner la mort à un adulte. Les empoisonnements par cet acide sont rares et presque toujours volontaires, en vue du suicide. Très peu de temps après son ingestion, l’acide chlorhydrique détermine des accidents dont la marche se rapproche beaucoup de celle des accidents produits par l’acide azotique. On observe sur les lèvres des taches jaunes caractéristiques ; le malade vomit des matières d’abord jaunâtres et verdâtres, puis brunâtres, couleur de café, fortement acides. Ces matières sont mélangées de débris de muqueuse œsophagienne et gastrique, et leur expulsion s’accompagne de l’exhalation de vapeurs blanchâtres et piquantes, lorsque le poison a été pris en assez grande quantité. La soif est ardente, le pouls petit, fréquent, irrégulier, l’angoisse extrême; il se produit des mouvements convulsifs accompagnés parfois du renversement de la tête en arrière ; le délire survient et annonce une mort prochaine.

La première indication à remplir dans un cas d’empoisonnement par l’acide sulfurique consiste à faire vomir le malade et à lui faire boire en quantité de l’eau albumineuse ou du lait, et mieux de l’eau dans laquelle on aura délayé de la magnésie calcinée, du bicarbonate de soude ou de la craie, de façon à neutraliser aussi rapidement que possible l’acide et à lui enlever par suite sa propriété caustique. Puis on cherche à calmer les douleurs avec l’opium et le médecin institue le traitement des lésions produites par le toxique sur les divers organes.

Hygiène professionnelle. — Le gaz chlorhydrique se dégage en quantités considérables pendant la décomposition du chlorure de sodium ou sel marin pour la fabrication de la soude. De plus, il est très employé pour la préparation du chlore et des chlorures. Il se trouve très répandu dans le commerce et très employé dans les arts. Or les vapeurs d’acide chlorhydrique provoquent chez les ouvriers qui y sont exposés des inflammations très vives de l’appareil respiratoire, des ophthalmies, la perte des dents, etc. 11 est donc indispensable de prévenir l’émission du gaz acide chlorhydrique dans l’atmosphère. Pour cela, il faut, ainsi que le conseille Freycinet, le condenser au moyen de grandes surfaces humides et non en lui faisant traverser des épaisseurs de liquide. Paul Labarthe.

CHLORYDRO-PHOSPHATE DE CHAUX. — (V. à

l’article Chaux, [.le paragraphe consacré au Phosphate de chaux. P-

CHLORIQUE (acide). — L’acide chlorique, découvert par Gay-Lussac, est un liquide jaune verdâtre, très acide, inusité en médecine, mais qui forme avec la potasse un sel, connu sous le nom de chlorate de potasse (V. ce mot), qui est un médicament très important et journellement employé en thérapeutique, P. L.

CHLORO-ANÉMIE. — (V. Chlorose.)

CHLOROFORME. — Le chloroforme, découvert

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par Soubeiran en 1831 et utilisé comme anesthésique par Simpson en 1847, s’obtient en distillant de l’alcool mélangé à une solution dans l’eau de chlorure de chaux et de chaux caustique. Ainsi obtenu, le chloroforme est toujours impur, il a besoin d’être rectifié par le carbonate de soude et le chlorure de calcium pour ne pas occasionner des accidents. C’est un liquide incolore, volatil, d’une odeur éthérce semblable à celle de la pomme reinette, d’une saveur d’abord chaude et piquante, puis fraîche et sucrée. Presque insoluble dans l’eau, le chloroforme se dissout mieux dans l’eau alcoolisée ou éthérée et en toutes proportions dans l’alcool ainsi que dans l’éther sulfurique. Il est difficilement inflammable et par cela même d’un maniement facile, à l’abri de tout danger. Comme l’éther, il dissout un grand nombre de substances, telles que le soufre, le phosphore, l’iode, les corps gras et résineux, le gutta-percha, le caoutchouc; il dissout, en un mot, toutes les substances que l’alcool et l’éther dissolvent, et, en plus, beaucoup d’autres que ces liquides ne dissolvent qu’à peine.

Effets. — L’action physiologique du chloroforme a les plus grandes analogies avec celle de l’éther; comme celui-ci, il s’emploie en applications topiques, par la voie gastro-intestinale, en aspirations et en inhalations.

Employé en applications topiques à l’état de pureté, ce composé détermine aussitôt une vive cuisson, suivie de rougeur pouvant aller jusqu’à la vésication et l’escharification de la partie malade. Mais il est rare qu’on ait recours à sa puissance caustique qui est d’ailleurs très variable. Le plus souvent, on le mitige en le mélangeant avec de l’eau, de l’huile, de l’axonge; il se borne alors à produire une légère rubéfaction accompagnée d’un certain degré d’engourdissement de la sensibilité locale et d’apai- I sement de la douleur pathologique. De là son utilité dans les névralgies intercostales, les pleurodynies, les points de côté, les torticolis, les lombagos, les coliques abdominales. Dans tous ces cas mor- I bides, il agit comme révulsif d’abord, et ensuite comme calmant, pourvu toutefois qu’il soit suffisamment dilué et que son contact avec la peau soitpro- ! longé pendant assez longtemps.

! Pris par la bouche et introduit dans l’estomac, le chloroforme y cause une vive chaleur, suivie d’un i sentiment de bien-être marqué. Il sert de révulsif j interne dans les congestions cérébrales, et d’anti- I pasmodique direct dans les gastralgies. Son influence ' s’irradie ensuite sur tout le tube digestif en même • temps que sur les organes annexes, il calme les en- 1 téralgies, les coliques hépatiques, néphrétiques et

I abdominales. Il passe de là dans le torrent de la circulation et devient un sédatif efficace de la plupart des affections spasmodiques : l’hystérie, l’éclampsie, la chorée, l’angine de poitrine, le délire,

I l’insomnie. Donné en lavements, il produit les ' mêmes effets thérapeutiques, à cette différence près,

I que son retentissement sur toute l’économie se fait I moins sentir.

Les aspirations de chloroforme consistent à présenter un flacon rempli de ce produit à la bouche et au nez du malade pour lui faire aspirer les vapeurs qui s’en dégagent. L’on doit procéder avec pru-

dence, présenter à plusieurs reprises le flacon et s’arrêter dès que les spasmes commencent à se calmer. On en retire de bons effets dans les accès d’asthme, d’angine de poitrine, de coqueluche, dans les attaques d’hystérie, d’épilepsie, d’éclampsie, dans les quintes de toux, la laryngite striduleuse, le hoquet nerveux, les mouvements convulsifs, les contractions tétaniques.

Le chloroforme est l’agent anesthésique par excellence, c’est à peu près le seul usité pour supprimer la douleur dans la pratique des opérations chirurgicales et obstétricales. Nous ne parlerons pas ici de l’anesthésie par le chloroforme, de la manière dont il faut l’administrer dans ce but, des accidents qui peuvent survenir pendant la chloroformisation, renvoyant au mot Anesthésie, où ces questions ont été si bien traitées par notre savant collègue le docteur Regnard. d-- Marc. Camboulives.

CHLOROFORMISATION. — On appelle ainsi l’administration du chloroforme dans le but d’obtenir l’anesthésie (V. Anesthésie). p. l.

CHLOROSE. — La chlorose, appelée encore cA^roanémie ou fâles couleurs, n’est que l’anémie observée chez la femme et occasionnée spécialement par les troubles qu’entraîne l’établissement de la fonction menstruelle, au moment de la puberté, ou, plus tard, par les irrégularités de la menstruation. La chlorose présentant les mêmes symptômes et nécessitant le même traitement que l’anémie, nous ne pouvons, pour éviter des redites, que renvoyer le lecteur à ce mot (V. Anémie, Aménorrhée, Dysménorrhée, Ménorrhagie et Puberté). p. l.

CHLOROTIQUE. — Qualificatif donné au malade atteint de chlorose (V. ce mot). p. l.

CHLORURE. — Nom donné parles chimistes aux sels formés par les combinaisons du chlore avec un autre corps, généralement un corps simple. Lès principaux chlorures employés en médecine sont : le chlorure d'antimoine (V. Antimoine), le chlorure de chaux (V. Chaux), le chlorure de fer (V. Perchlorure et Protochlorure de fer), les chlorures de mercure (’V. Mercure), le chlorure de sodium ou sel de cuisine (V. Sel), et le chlorure de zinc (V. Zinc).

CHOCOLAT. — On donne ce nom à une pâte alimentaire faite avec du cacao et du sucre, aromatisée le plus souvent à la vanille. L’usage du chocolat, qui existait déjà au Mexique à l’époque de sa conquête par Fernand Cortez, fut introduit en Espagne sous Charles-Quint, et en France, en 1660, à l’époque du mariage de Louis XIV avec l'infante Marie-Thérèse d’Autriche. Sa consommation pour la France seule dépasse aujourd’hui plus de six millions de kilogrammes chaque année.

Fabrication. — Le vrai chocolat se fabrique avec du cacao et du sucre par parties égales. Les principales opérations sont : 1“ le triage qui consiste d’abord à séparer au crible-vanneur les débris de coques de cacao et les substances étrangères telles que terre et graviers ; puis à enlever à la main les

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grains trop verts, les grains piqués, ceux qui ont’été mouillés par l’eau de mer, et ceux qui sont fragmentés, la grosseur uniforme des grains étant une condition essentielle pour avoir une torréfaction égale et uniforme; 2“ la torréfaction des grains dans des brûloirs cylindriques ou sphériques à mouvement rotatoire régulier ; 3“ l’étalage des grains torréfiés sur des claies où ils se refroidissent; 4° le décorticage des grains au moyen de cylindres concasseurs; 5° le broyage à la main, ou mieux au moyen de cylindres en granit, tournant sur un plateau sur lequel des couteaux ramasseurs ramènent sans cesse la pâte formée par le cacao, additionné d’une égale quantité de sucre; 6“ le moulage de la pâte dans des moules, et lorsqu’elle est refroidie, l’enveloppage dans des feuilles d’étain et sa mise en paquets prêts à être vendus.

La qualité du chocolat dépend en première ligne de la qualité du cacao employé. Le meilleur et le plus estimé est le cacao terré ou caraque; après lui vient le cacao des îles. Elle dépend ensuite du soin apporté à sa fabrication. « La torréfaction, dit Pelletier {Le thé et le chocolat dans V alimentation publique, Paris, 1861), doit être légère, graduée, ne pas dépasser les limites d’une dessiccation complète. Si elle est poussée un peu trop vivement, le brûloir dévore, avec le beurre de cacao, une partie des richesses alimentaires que contient le cacao ; ou obtient un chocolat d’un brun noirâtre, qui nourrit peu. Si, au contraire, la torréfaction n’a pas été amenée à un degré suffisant, l’amande n’a perdu aucun de ses principes, l’arome ne s’est pas développé, le chocolat est lourd, il rassasie promptement, et l’estomac, peu stimulé, le digère avec peine. Une température constante doit être maintenue dans les appareils broyeurs. Si on l’augmente pour accélérer la trituration, en facilitant la fusion du beurre, on court risque de carboniser les parties grasses et de produire les mêmes effets qu’une torréfaction très violente. Si lorsqu’il est dressé dans le moule, la pâte est encore assez chaude et que le changement de température, comme cela arrive en été, ne soit pas assez brusque et assez grand entre l’atelier et le refroidissoir,le chocolat semble perdre sa finesse et son homogénéité; il paraît granuleux et casse blanc lorsqu’on rompt les tablettes. Le contact du fer et du cacao développe dans le chocolat une saveur styptique particulière, fort désagréable, la main de l’ouvrier échauffée par le travail, mêle à la pâte des sécrétions cutanées dont l’acidité peut agir sur le chocolat. L’aérage, la salubrité, la pureté des lieux où sont fabriqués les chocolats, ont une influence directe sur leur qualité ; les caves étroites, les réduits, les boutiques peu aérées ne répondent à aucune des conditions d’espace, d’isolement, d’appropriation indispensables. »

Falsifications. — Le chocolat, avons-nous dit, doit être fait exclusivement avec l’amande du cacao, du sucre cristallisé et un aromate, vanille ou cannelle, le plus souvent. Les falsifications peuven t porter sur chacun de ces éléments.

On peut se servir de cacaos inférieurs ou avariés par l’eau de mer ; ou mélanger l'amande de cacao avec ses coques pulvérisées ; ou encore se servir de cacaos dont on a déjà extrait le beurre en plus ou

moins grande quantité et qu’on remplace par de l’huile de coco, d’arachide ou d’amandes douces, ou bien encore par de la graisse de veau ou de mouton. On peut employer, au lieu de sucre raffiné, la vulgaire cassonade. On peut enfin remplacer la vanille par le benjoin ou le storax.

Mais bon nombre de fabricants vont plus loin, et font du chocolat sans cacao. Au lieu de l’amande du cacao, ils n’en emploient que les coques pulvérisées et mélangées soit de farine de blé, de riz, de lentilles ou de pois, soit d’amidon ou de fécule de pommes de terre. Les plus audacieux emploient la sciure de bois, l’ocre rouge, le minium, le cinabre ou sulfure de mercure, le plâtre, la craie et même la brique !

La plupart de ces fraudes sont faciles à reconnaître, et pour peu qu’on soit habitué à prendre de bon chocolat, et qu’on ait le palais délicat, on les découvre à l’instant. Le chocolat bien confectionné, dirons-nous, avec Plisson, présente une cassure nette et de couleur uniforme; on n’y voit rien de graveleux; mis à la bouche, il s’y fond aisément en y laissant une espèce de fraîcheur. S’il a de la peine à se dissoudre, s’il donne la sensation d’un goût pâteux, si, en le faisant cuire dans de l’eau ou du lait, il exhale au premier bouillon une odeur de colle, s’il prend trop de consistance et qu’après son premier refroidissement, il se constitue en une sorte de gelée, on peut être assuré que ce chocolat contient une portion farineuse d’autant plus abondante que ces effets seront plus prononcés. Déposet-il au fond de la tasse de petits corps solides et insolubles, une sorte de sédiment terreux, on acquiert par là la preuve que le cacao n’a point été criblé, qu’il n’a point été secondé ou qu’il ne l’a été qu’avec négligence; car, ces corpuscules ne sont autre chose que les germes des graines qui, durs et cornés, ne sont point susceptibles de former pâte et que par conséquent il fallait enlever et rejeter. Le sédiment terreux est aussi un témoignage évident que le fabricant a employé la cassonade plus ou moins commune au lieu de sucre raffiné. L’odeur de fromage que certains chocolats contractent en vieillissant, est certainement due à la présence de quelques graisses animales, que l’on a traîtreusement substituées à l’huile concrète appelée beurre de cacao. Quant à la rancidité de cette substance alimentaire, elle provient incontestablement des semences émulsives qu’on a fait entrer dans sa fabrication. Nous dirons enfin de la saveur marinée que l’on trouve quelquefois aux chocolats de mauvaise qualité, qu’elle indique à son tour que les amandes de cacao, dont ils sont formés, ont été avariées dans leur traversée en mer.

Le microscope et la chimie peuvent aus si être mis à contribution et amener d’une manière précise et indéniable la découverte des falsifications du chocolat.

Nous avons indiqué à l’article Cacao, non seulement le moyen de reconnaître le cacao et d’en doser les quantités, mais nous avons indiqué aussi comment on vérifie si le beurre de cacao a été enlevé et si on l’a remplacé par de la graisse. La substitution du benjoin ou du storax à la vanille, peut se reconnaître facilement. Il suffit pou'- cela de râper

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un luorcoiui de chocolat soupçonné et do projeter ces ràpures sur une pelle chaude : l'odeur spéciale du benjoin ou du slorax qui se dégage en décèle la présence.

La farine de blé se reconnaît au microscope ainsi que la fécule de pomme de terre. Briois a indiqué un procédé assez simple pour reconnaître la présence de la fécule. Il pulvérise une petite quantité de chocolat, il verse dessus 2 ou 3 gouttes d’une solution de potasse caustique, si la fécule existe, la poudre se prend en masse comme de l’empois, ce qui n’arrive pas lorsque le chocolat est pur. On reconnaît que le chocolat contient du carbonate de chaux, si, en immergeant directement le chocolat dans de l’acide chlorhydrique étendu d’eau, il se produit une effervescence. Quant à l’ocre rouge et au cinabre, les manipulations chimiques que nécessite leur recherche sont trop compliquées pour être exposées ici.

Valeur alimentaire et hygiénique du chocolat.

— « Le chocolat, dirons-nous avec Fonssagrives, est un aliment très nourrissant, c’est incontestable. Une substance qui, bien préparée et avec de bons éléments, contient le quart de son poids d'une matière grasse alibile, la moitié de son poids de sucre et un quarantième de son poids de matières azotées, ne saurait être considérée que comme un aliment réparateur. On l’a classé dans le groupe des aliments thermoqhies ou respiratoires, et ce rang lui est naturellement assigné par sa richesse en matières grasses. Quelques médecins l’ont considéré comme entrant dans cette classe particulière d’aliments, dits aliments d’épargne, comme le coca et le café, auxquels on attribue la propriété de ralentir le mouvement de destruction interstitielle, d’empêcher par suite la dénutrition et de réaliser ainsi des économies indirectes. Quoi qu’il en soit, le chocolat est un des meilleurs analeptiques, et il convient aux sujets amaigris en leur fournissant les éléments d’une restauration adipeuse. C’est un des moyens de la diète grasse, ou régime gras, qu’il constitue avec le lait, le heure, la crème, les œufs, les graisses, les huiles comestibles et l’huile de foie de morue.

« Mais il faut le digérer : or le chocolat, comme tous les aliments gras, a besoin d’être fortement relevé par des condiments. Le sucre est son condiment naturel, mais il emprunte à la cannelle et à la vanille un goèt relevé qui contribue à le faire tolérer par l’estomac. Si des gourmets (quand ce n’est pas pure affectation de singularité) prennent du café sans sucre pour affirmer davantage le cas qu’ils font de la fève de l’Yémen et le digèrent, cela vient de ce que le café a son arôme, c’est-à-dire son condiment en lui. Ils ne feraient pas impunément la même épreuve avec le chocolat, qui ne se digère pas plus sans condiments que le bouillon gras ne se digère sans .sel. A ceux-là je donnerai au moins le conseil d ajouter ce dernier condiment à leur chocolat.

« L’addition de café noir au chocolat, à l’eau ou au lait, constitue un mélange très aromatique et très savoureux que les initiés apprécient beaucoup et qui rend le chocolat singulièrement moins lourd. I.e thé aurait probablement les mêmes avantages d arôme et de digestibilité. Les éclectiques mélan-

gent quelquefois dans la même tasse le thé, le chocolat et le café. J’ai goûté cette association et je dois déclarer que je l’ai trouvée irréprochable comme arôme et comme goût. » D' p. Labarthe.

CHOLÉDOQUE. — On donne ce nom en anatomie à une canal, formé par la réunion des canaux cgstique et hépatique, qui va verser la bile dans cette portion de l’intestin qu’on appelle duodémum. p. l.

CHOLESTÉRINE. — On donne ce nom à une matière cristallisée, neutre, qui existe en quantité considérable dans la bile, dont elle constitue un des principes immédiats (V. Bile). p. l.

CHOLÉRA MORBUS. — Parmi les maladies venant frapper les populations, sous la forme épidémique, il n’en est pas qui, à toutes les époques, aient causé autant de terreur et d’alarmes que le choléra.

Quel est le berceau primitif du choléra. — Avant d’énumérer les épidémies cholériipies qui ont désolé les diverses contrées du monde, il convient de bien déterminer les conditions géographiques et géologiques du berceau primitif du choléra, de son foyer originel.

C’est incontestablement l’Inde qui doit être considérée comme le berceau primitif du choléra, car il y a été observé dès l’époque des premiers établissements européens de ce pays.

La géographie médicale de l’Inde, foyer originel du choléra, présente des analogies frappantes au point de vue de la fécondité, des inondations et de l’insalubrité, avec l’Égypte, foyer originel de la peste. Son climat est excessif pour la chaleur et l’humidité ; son sol est formé de plateaux et de plaines basses recouvertes d’alluvions, converties en limon par les inondations périodiques; le delta du Gange, hérissé de forêts, devient, à cause de ses jungles, un foyer permanent de miasmes délétères.

Le Gange, ce fleuve de boue, reçoit un nombre considérable de rivières et se subdivise en un grand nombre de bras. Dans ces cours d’eau, changeant constamment de lit, se déposent partout des limons fangeux, des débris d’une végétation des plus luxuriantes, les corps d’animaux de toutes espèces, des serpents les plus venimeux, et enfin des cadavres humains que la coutume des Indiens confie sur des lits de feuilles au cours du Gange qui doit les conduire aux champs célestes.

Les mœurs, la vie sociale, les habitudes des Indous aggravent de beaucoup les causes morbifiques inhérentes au sol et au climat. Les grandes agglomérations, les migrations d’hommes, et particulièrement les pèlerinages, favorisent toujours l’éclosion du choléra, et concoui-ent au développement et à la propagation de scs épidémies.

A certaines époques, plus d’un million d’individus s’établissent sur les bords du fleuve, pour y faire leurs ablutions ; mal vêtus, mal nourris, sans abri, ces malheureux pèlerins y passent des journées et des nuits entières, au milieu des températures les plus variables.

Principales épidémies du choléra dans l’Inde. — Les principales épidémies de l’Inde portent les dates de 1762, 1770, 1783 et 1817.

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D’après Annesley, de 1817 à 1840, on compte dans rinde jusqu’à 443 invasions épidémiques, ayant fait périr près de 18 millions d’individus.

Principales épidémies du choléra en Europe. — l™ Épidémie. — Elle date de 1817. Elle prit naissance dans les environs de Jessort; elle marque une date funeste dans l’histoire du choléra, car, à partir de ce moment, le fléau devient envahissant. Décimant la province de Bengale, il entre à Madras en 1818, se dirige sur Bombay, traverse la Birmanie, et ravage successivement l’Ile-de-France, la Réunion, les îles de la Sonde et Batavia. En 1819, le fléau envahit successivement le royaume de Siam, le Tonkin et la Cochinchine; en 1829, la Perse, l’Afghanistan, la Tartarie et la Russie; en 1830, Moscou et Varsovie; en 1831, la Moldavie, la Galicie, la Prusse, l’Angleterre par le port de Sunderland et l’Irlande.

Le 15 mars 1832, le choléra éclate à Calais, et le 26 il fait son explosion à Paris. Son extension a été des plus rapides, et pendant six mois de durée, ses victimes se sont élevées à 18,402, sur une population de 945,698 âmes, ce qui donne la forte proportion de 23,42 décès par 1,000 habitants. De Paris le fléau se propage, de proche en proche, dans cinquante-deux départements et fait périr plus de 100,000 personnes.

Telle fut la première invasion du choléra en Europe. Presque tous les pays avaient fourni une page funèbre à son histoire. Il avait mis 20 ans à parcourir le monde.

De 1837 à 1847 il y a eu en Europe un état d’accalmie, mais la rapidité croissante des relations avec l’Extrême-Orient devait amener nécessairement de nouvelles invasions.

2® Épidémie. — Elle a son point de départ dans le nord de l’Inde, où elle se montre en 1842-43 ; de là, passe en Chine, en Perse, en Mésopotamie et vient éclater à la Mecque en novembre 1846. En 1847, le fléau sévit dans les contrées comprises entre la Perse et l’Arabie, sur les bords de la mer Caspienne à Astrakan, Moscou; en 1848, Saint-Pétersbourg, Stettin, Dantzig, Amsterdam. Un navire venant do Hambourg l’introduit en Angleterre. Le 20 octobre, le premier cas se montre à Dunkerque, désole Lille, et le 17 mars 1849, il atteint Paris pour se répandre dans 54 départements et faire 110,000 victimes.

3' ÉPIDÉMIE. — Elle n’a pas de point de départ bien déterminé, et ne peut, comme les précédentes, être rattachée à une transmission partie de l’Inde.

En juillet 1853, de la Russie, où il semblait être confiné, le choléra s’étend sur les provinces de la Baltique, et se montre à Copenhague, en Angleterre et en France dans le département de l’Aisne. Au mois de novembre, il fait son entrée à Paris, envahit 70 départements, et fait près de 144,000 victimes.

De Marseille l’épidémie est importée en Algérie (juillet 1854), en Grèce, à Callipoli, dans le Dobrulscha, en Crimée, où elle e.st entretenue par les contingents de nouvelles troupes (siège de Sébastopol) et se continue jusqu’en 1856.

4' ÉPIDÉMIE. — Les trois premières grandes épidémies avaient pénétré en Europe, par voie de terre; celle de 1865-1866 arrive par mer. C’est aux

fêtes du Courban-Beiran (pèlerinage de La Mecque et de Médine), en avril 1865, que le choléra fait explosion d’une manière soudaine, et enlève sur place de 20 à 30,000 hadjis. En quelques semaines, sur tous les points où abordent les pèlerins, les principaux ports de la Turquie, de la Grèce, de l’Italie, de l’Espagne, sont envahis. Le choléra pénètre en Russie par la mer Noire et le Caucase, atteint Saint-Pétersbourg en novembre, et s’avance à l’ouest sur la Valachie, la Moldavie et la basse Allemagne.

La France est envahie par Marseille (23 juillet 1865), foyer principal qui rayonne sur Toulon, Avignon, Arles, etc. Le premier cas de choléra est signalé à Paris le 22 septembre, et dès le 1 5 octobre l’épidémie atteint la plus grande intensité dans le * département de la Seine où il fait 6,365 victimes.

Les départements les plus éprouvés ont été ceux de Seine-et-Oise, Seine-et-Marne, Seine-Inférieure, Bouches-du-Rhône, Vaucluse, Hérault. L’automne de 1866 vit éclater, dans les mêmes localités, une nouvelle explosion épidémique, qui égala, en intensité, et surpassa en durée, l’apparition de 1865; les foyers principaux furent dans les départements du nord et de l’ouest.

De Marseille le choléra se propagea en Algérie, gagna la Kabylie, et de là les Oasis et le Maroc.

5* ÉPIDÉMIE. — Dans les premiers jours d’août 1873, la France fut envahie par le Havre, sans que l’on ait pu déterminer, d’une manière précise, l’origine de provenance ou d’importation.

Pendant le mois d’aoùt le choléra est signalé à Rouen, à Fécamp, et le 8 septembre, on comptait pour les hôpitaux civils de Paris, 47 cas et 25 décès.

Cette épidémie qui a duré environ trois mois, & avec une mortalité moyenne de 7 à 16 décès par m' jour, à la période d’accroissement, a été relative- irtj ment modérée et n’a fait qu’environ 900 victimes. fS

Pour compléter cet aperçu historique, nous ajou- ff ^ terons que le choléra qui a désolé l’Égypte en 1883, w n’a eu aucun retentissement en France. . & ;

Malgré tous les efforts des médecins sanitaires fl ' français, Fauvel, Mahé, Ardouin, etc., pour établir y l’importation à Damiette du choléra indien, nous *, croyons avec les docteurs Dutrieux, Chaffey-Bey et u Ferrari , que l’épidémie a pu se développer sur 2 place, parce qu’elle a trouvé, cette année, dans le ÿ ■ Delta du Nil, des conditions de topographie, decli- 1 matologie et d’insalubrité, en tout analogues àl j celles qui se présentent sur les rives du Gange au * f moment des grandes explosions du fléau.

6'= Épidémie. — Quant à l’épidémie de choléra 1 ; qui a éclaté à Toulon et à Marseille, en juin et f'; juillet 1884, nous nous bornerons à constater t [' qu’elle a déjoué jusqu’ici les prévisions et les idées ? : théoriques des partisans de Fimportalion. Les évé- i fj nements se sont chargés de démentir la distinction f, | que le D'' Fauvel avait voulu établir entre le cho- li ■ léra noslras et le choléra asiatique, épidémique ou I ;{ envahissant.

Symptomatologie. — La plupart des auteurs qui ,, , ont écrit sur le choléra morbus ont consacré, dans ï leurs monographies et dans leurs traités, deux chapitres distincts au choléra simple et au choléra asia- ' j tique. Nous ne suivrons pas cet exemple, car, . !

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comme nous l’avons dit plus haut, rien ne ressemble plus au choléra épidémique, Indien, Bengalais, que le choléra simple ou nostras.

Nous dirons, avec Cazalas et Jules Guérin, que cette distinction est purement théorique et spéculative. M Elle n’existe pas dans la nature, et le plus habile praticien ne saurait différencier les deux espèces. »

M. Proust et les partisans actuels de la doctrine d’importation s’efforcent bien de soutenir que le premier iyasiatique] engendre successivement, sur sa route, des foyers d'infection et devient envahissant, tandis que le second {nostras) naît, se développe, et s’éteint sur place, mais les faits récents de l’épidémie de Marseille et de Toulon, de juin, juillet et août 1884, pour ne pas citer ceux des épidémies antérieures, donnent un démenti formel à ces distinctions toutes théoriques. D’ailleurs, en dehors de la symptomatologie, les arguments tirés de l’étiologie, de l’anatomie pathologique, de la thérapeutique et de l'hygiène publique, sont la pour aftirmer hautement l'unité de ces manifestations variées d’une même cause déterminante.

Au nom de l’observation clinique, lapins étendue et la plus autorisée, il nous est donc permis d’affirmer que la cholérine, le choléra nostras et le choléra asiatique, ne constituent, en réalité, que des degrés (d’intensité et de gravité) d’une seule et même maladie : le choléra morbus!

Ce point bien établi, passons en revue les symptômes de ces trois périodes caractéristiques : 1“ Période d’incubation (diarrhée prémonitoire) ; 2° Période d'état (algidité) ; 3° Période de réaction (Phénomènes d’ataxie et d’adynamie).

1® PÉiiioDE u’iNCiJBATioN. — Elle est comprise généralement entre les limites de 24 heures et de 4 jours. M. Drasche a combattu à la Conférence sanitaire de Vienne (1874) les longues incubations. « 11 ne s’est produit jusqu’aujourd’hui, aucun fait constaté jusqu’à l’évidence que la durée de l’incubation atteignit 17 à 18 jours. »

Partageant son avis, la Conférence a adopté sur ce point les conclusions suivantes :

a Dans presque tous les cas, la période d’incubation, après le temps écoulé entre le moment où un individu a pu contracter l’intoxication cholérique, et le début de la diarrhée prémonitoire, ou de choléra confirmé, ne dépasse pas quelques jours. «

Les premières manifestations de l'atteinte cholérique pouvant avoir une durée de quelques heures à quelques jours sont ; le malaise, un certain état d’affaissement et la diarrhée. Celle-ci apparaît avec des caractères qui lui donnent une physionomie toute particulière : les selles sont rapprochées, liquides, d’une coloration verdâtre, ou café au lait.

Cette diarrhée a été dénommée, avec raison, prodromique, prémonitoire, parce qu’elle précède presque toujours la période d’état de la maladie.

Une Commission de la Société de Médecine de Florence chargée, en 18-34, de déterminer la valeur pathologique de la diarrhée prémonitoire, après une enquête sérieuse dans les villes de la Péninsule italique frappées par le fléau, était ari’ivée aux conclusions sui\ antes :

1® Dans les localités menacées par l’explosion de

I l’épidémie, ou déjà ravagées par elle, il règne constamment une propension générale à la diarrhée. (On la dit préépidé?nique quand elle précède le choléra d’un temps donné ; épidémique lorsqu’elle s’étend à une certaine distance des lieux infectés ; postépidémique du moment où elle survit à la cessation de la maladie) ;

2" Si la diarrhée prémonitoire n’est pas le prodrome constant du choléra morbus, elle en est du moins un prodrome excessivement fréquent ;

3® Cette diarrhée prémonitoire a des caractères particuliers qui la différencient des flux de ventre ordinaires, et qui lui impriment cette spécificité qui en fait un premier degré de l’affection elle-même;

4® Elle ne revêt aucun des caractères d’un phénomène critique ou d’élimination ;

5° 11 n’existe pas de médication spécifique pour la combattre; le traitement indirect ou symptomatique, appliqué, avec sagesse et opportunité, peut seul donner des résultats satisfaisants.

Dans une communication faite à l’Académie de médecine, en octobre 1854, au sujet de l’étude de l’épidémie régnante dans les prisons de la Seine, nous étions arrivés à des conclusions analogues :

1° L’épidémie cholérique actuelle a été précédée d’une constitution médicale particulière (troubles des fonctions gastro-entériques, avec tendance à l’adynamie ;

2° La diarrhée, dite prémonitoire, s’est montrée presque constamment ;

3° La médication symptomatique, rationnelle, déduite de l’étude clinique de la constitution médicale, et des idiosyncrasies particulières, nous a donné d’excellents résultats ;

4° Il est possible de prévenir la manifestation cholérique par l’application immédiate, intelligente et bien entendue des lois de la prophylaxie privée et de l’hygiène publique.

Ajoutons qu’en Angleterre, l’enquête officielle sur l’épidémie cholérique de 1849 a démontré que sur 130,000 cas de diarrhée prémonitoire, dûment constatés, 250 seulement ont évolué jusqu’au choléra cyanique ou mortel.

C’est à notre illustre collaborateur Jules Guérin, que revient incontestablement le mérite d’avoir, le premier, dès 1832, insisté sur l’importance des avertissements fournis par la diarrhée prémonitoire; sur la nécessité de s’en préoccuper et d’y remédier; sur la fréquence, allant même jusqu’à la constance, de ce symptôme; enfin sur la possibilité de prévenir l’invasion du choléra confirmé, en traitant la diarrhée.

La durée de la diarrhée prémonitoire, comme celle de la période d’incubation, varie beaucoup, depuis 4 à 24 heures jusqu’à 5, 6 et 8 jours. Elle peut exister seule, indépendamment de tout autre symptôme. Dans ces cas exceptionnels, abstraction faite de ce flux intestinal, le sujet ne se croit pas malade, et ses fonctions paraissent s’exécuter normalement.

2° PÉiuoDE d’état ou d’algidité. — Les phénomènes caractéristiques de cette période sont les selles riziformes, les vomissements, l’anxiété précordiale, les crampes, l’algidité. Suivons-les dans leur ordre de succession.

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Après l’état de souffrance, d’affaissement rapide, et l’apparition de coliques sourdes surviennent des évacuations alvines qui se répètent de plus en plus, sans ténesme, en s’accompagnant de borborygmes bruyants et d’une sensation de dépression profonde. Les selles sont constituées par un liquide blanchâtre, grumeleux, trouble, semblable tantôt à du petit lait non clarifié, tantôt à une décoction de riz, ou à une bouillie un peu claire; d’une odeur fade spermatique elles présentent parfois au début des traces de bile ou de sang. Les évacuations font très rarement défaut, et se continuent souvent jusqu’à la fin de la maladie.

Les grains riziformes, caractéristiques de cette diarrhée, ne sont ni un agrégat amorphe d’albumine coagulée, ni le mucus spécial signalé par Pacini; ils représentent bien mieux des lambeaux cohérents d’épithélium intestinal, de jeunes cellules, ou des détritus organiques.

Les vomissements qui, parfois, ouvrent la scène morbide surviennent d’ordinaire, consécutivement à un certain nombre d’évacuations alvines. D’abord constitués par des matières alimentaires, ils ne tardent pas à devenir aqueux, incolores, ou légèrement teintés par la bile, en vert ou en bleu très clair.

Bientôt se manifestent à la région précordiale, une douleur vive, une sensation de compression autour de la base de la poitrine, une oppression dont la nature échappe au stéthoscope.

Des troubles nerveux de toute sorte (vertiges, titubations, bourdonnements d’oreilles, angoisse, défaillance, syncope, insomnie) font leur apparition, et ne tardent pas à aggraver la situation jusqu’au moment où surviennent les crampes. Celles-ci caractérisques, constantes, violentes, très douloureuses, avec mouvements spasmodiques, occupent de préférence les membres inférieurs; les doigts des pieds et les orteils s’écartent et se recourbent tour à tour.

Les troubles des fonctions de circulation, de sécrétion, d’hématose et de calorification, sont aussi des plus significatifs.

Le pouls, d’abord petit, d’une fréquence et d’une force moyennes s’accélère à 100 et 120 pulsations, devient filiforme à l’artère radiale, pour y disparaître plus tard.

Les battements du cœur, en même temps qu’ils s’accélèrent, deviennent de plus en plus faibles; les deux bruits (droit et gauche) paraissent éloignés, plus sourds, moins distincts.

La respiration est faible, lente, ou rare et anxieuse ; le malade, en proie à une agitation douloureuse, réclame de l’air à tout prix. Cet état à! anoxémie, ou défaut d’oxygénation du sang, provient de sa stagnation dans les capillaires généraux. Comme le dit Doyère, « ce n’est pas l’air qui manque d’aller au sang, c’est le sang qui ne va pas à l’air. » Du reste, dans ces troubles de l’hématose, dans cet amoindrissement considérable des phénomènes dont les poumons sont le siège normal, non seulement l’oxygène n’est pas absorbé, mais encore l’exhalaison de l’acide carbonique ne s’effectue plus dans ses proportions physiologiques; effectivement « le sang veineux ne se colore point en rouge vermeil par le contact de l’air » (Rayer).

Dès le début de la maladie, bien que la soif soit toujours impérieuse, la sécrétion urinaire diminue, pour se suspendre, et disparaître plus tard. Quant à l’albumine, à laquelle certains auteurs ont accordé une grande importance, en décrivant X albuminurie cholérique, nous nous bornerons à constater que, peu considérable au début du choléra, la quantité d'albumine augmente à mesure que le mal fait des progrès ; elle atteint son maximum dans la période algide. Sous la double action de la douleur des crampes et de l’anxiété précordiale, la physionomie du malade subit une altération de plus en plus profonde; la voix s’éteint, les lèvres se contractent, le nez s’effile, les joues se creusent, et les yeux cerclés de noir s’enfoncent dans leur orbite.

Pendant qu’il se plaint d’une chaleur intérieure qui le dévore, la température périphérique du corps diminue progressivement : la langue est froide, l’haleine glaciale, la peau recouverte d’une sueur visqueuse et froide.

En même temps, la peau flétrie prend sur toute la surface du corps une teinte bleuâtre et violacée ; les ongles sont livides ou presque noirs, les doigts ridés, la face violacée ou d’une pâleur extrême.

Le refroidissement général du choléra algide n’est pas un refroidissement partiel de la périphérie cutanée, comme dans les fièvres intermittentes, ni un refroidissement des extrémités inférieures comme dans la paraplégie ; il comporte au contraire une diminution simultanée de la température intérieure et de la température externe. Des observations tbermométriques prises au creux axillaire (qui représente à 1 degré près celle des viscères intérieurs) ont fourni les chiffres centigrades de 33» 34, 33, 33.4, 36 et 36.5. Notons en passant, que pendant l’algidité du malade, la faculté d’absorption pour les médicaments est presque entièrement anéantie. Elle ne se rétablit qu’avec l’apparition des phénomènes de la réaction.

L’un de symptômes extérieurs qui frappent le plus l’observateur, et qui, avec l’aspect du faciès et du cercle bleuâtre des yeux, lui font reconnaître, à première vue, la nature de la maladie, c’est la diminution rapide du volume du corps.

A ce moment, les sens deviennent de plus en plus obtus ; l’intelligence, qui était restée intacte, s’obscurcit, la respiration s’embarrasse, le hoquet commence, et si le malade doit succomber, la mort arrive au milieu d’un calme apparent.

3» PÉRIODE DE RÉACTION. — C’cst une période de salut pour un grand nombre, et une période pleine de périls pour beaucoup d’autres. L’algidité complète aurait pour Laveran une terminaison fatale 75 fois sur 100. Lorsqu’elle n’atteint pas le degré ultime, ou asphyxique, des signes d’amélioration inaugurent une période caractérisée tantôt par le rétablissement progressif et régulier de toutes les fonctions, tantôt par l’entrée en scène de phénomènes graves d’adynamie et d'ataxie, conduisant, comme l’algidité, au dénouement fatal.

Dans les cas favorables, les accidents disparaissent successivement d’une façon rapide, pour faire place progressivement à l’état normal. Le froid parvenu à son apogée, cesse de s’étendre avec une sensation de moins en moins glaciale; le pouls reparaît

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augmente et se régularise ; le visage se colore ; la teinte sous-rosée remplace la nuance cyanotique ; l'œil se mobilise et s'anime; le globe oculaire enfoncé dans l’orbite, reprend sa place, pendant que le cercle noirâtre des paupières acquiert une coloration moins foncée.

Les vomissements deviennent de moins en moins fréquents, avant de cesser tout à fait. La diarrhée s’arrête à son tour, ou tout au moins change de nature ; les garde-robes ne contiennent plus les granulations riziformes caractéristiques de l’invasion.

La douleur épigastrique, et les crampes si redoutées, s'amendent et disparaissent.

L’oppression respiratoire et l’anxiété précordiale font place à une respiration normale; la voix recouvre son timbre ainsi que ses autres caractères physiologiques.

La sécrétion urinaire recommence à se faire, et la miction s’effectue petit à petit. Les forces se rétablissent et la convalescence commence.

Comme symptôme critique, Michel Lévy parle « de sueurs abondantes consacrant souvent ce retour progressif à l'état normal. »

Parfois la période de réaction se présente sous les apparences de la fièvre inflammatoire (fièvre chaude), avec ses symptômes d’éréthisme du système circulatoire, d'exagération de la calorification (pouls à 120 i)ulsations, cœur et poumons congestionnés, température intérieure à 39 et 40 degrés centigrades).

Si la marche de la fièvre est franche et régulière, la réaction est encore favorable et conduit, par une autre voie plus accidentée, à la guérison.

Si la réaction est incomplète, le malade peut succomber au milieu de ces accidents congestifs, ou bien se trouver aux prises avec la série redoutable des phénomènes d'adynamie et d'ataxie aboutissant à la forme asphyxique. Le pouls redevient faible, filiforme, intermittent, dépressible, insensible; le collapsus alterne avec le délire ou avec la sonmo- ' lence, et le malade s'affaisse graduellement jusqu’à la mort.

Lorsque le malade succombe dans la période algide ou cyanique, l’aspect du corps du cadavre difl’ère peu de ce qu’il était pendant la vie; la surface du corps garde une coloration bleuâtre, irrégulièrement parsemée de taches violacées ou rouge vineux, presque noires sur le dos de la main et dans le tissu sub-unguéal.

La rigidité cadavérique apparaît de bonne heure, parfois deux heures après le dernier soupir. Cette rigidité disparait tardivement et, d’après Briquet, se prolonge au delà de 40 heures.

Quelles sont la marche, la durée et la terminaison du choléra? — Le choléra se fait remarquer, parmi toutes les maladies aiguës, par la rapidité de sa marche, et par les limites étroites de sa durée. Dans les cas dits foudroyants, on voit des malades enlevés en 1, (i et 1-2 heures. La durée moyenne de la maladie oscille entre 48 et 72 heures ; exceptionnellement la vie se prolonge pendant un septénaire. A Londres, d’après William Farr, en 1850, sur 10,682 cholériques, 6,631 eurent lieu dans les premières 21 heures; 2,461 après un jour; et 1,043 après deux jours.

OlCTIO.XNAIHE POPULAIRE DE MÉDECINE USUELLE.

Le clioléraayant une marcheessentiollementrapide (dont les premiers effets se traduisent par une émaciation générale et une diminution considérable du poids du corps), le convalescent cholérique doit garder l’empreinte de ces conditions de l’organisme, et le retour complet à la santé doit s’effectuer avec une certaine lenteur. Fréquemment même, il arrive que le choléra détermine une modification notable dans la constitution, le tempérament, et la nature morale des personnes qui ont été sérieusement atteintes.

Diagnostic du choléra. — D’une manière gém'-rale, on peut dire que le choléra offre un ensemble de symptômes caractéristiques qui le différencient des autres maladies, plus ou moins analogues, du tube gastro-intestinal et de ses annexes.

Les irritations qastro-intestinales déterminées par une mauvaise alimentation, ou par des changements brusques de température (a frigore) donnent parfaitement lieu à de la diarrhée et à des vomissements, avec douleur et mouvements réflexes accentués, mais les évacuations alvines, comme les matières vomies, ont une coloration particulière, qui ne ressemble en rien à celle des selles riziformes. L’état fébrile du pouls et l'état saburral de la langue sont d’ailleurs particuliers à ce genre d’affections aiguës.

l'indigestion grave est aussi reconnaissable à la nature des évacuations et au dégagement considérable de gaz fétides, ayant une odeur acide ou d’œufs pourris.

Dans les superpurgalions provoquées par des pur gatifs énergiques et drastiques, le pouls ne disparaît pas et la cyanore fait complètement défaut.

Les irritations gastro-intestinales, produites par des liqueurs alcooliques, ou par des poisons concentrés (acides ou alcalis), sont facilement reconnues par l’aspect vultueux delà face, par les commémoratifs fournis par les assistants, par la sensation de chaleur ou de brûlure que le malade ressent le long de l'œsophage.

L’empoisonnement par Vacide arsénieux nous offre bien plusieurs symptômes du choléra (vertiges, troubles des sens, anxiété épigastrique, abattement profond, soif intense, crampes, refroidissement général). Mais d’ordinaire, tous ces accidents surviennent à une époque plus ou moins rapi)rochée de l’ingestion d’une substance alimentaire, ou d'un breuvage pouvant être suspectés. Les spasmes de l’œsophage et la contriction persistante de la gorge, sont, en outre, des indices de la présence du poison.

Dans les empoisonnements par les champignons, ou par toute autre substance vireuse, le diagnostic se trouve facilement éclairé par l’examen (odeur et saveur) des matières expulsées, et par les renseignements commémoratifs.

L’empoisonnement par la belladone, ou par toute autre substance stupéfiante et narcotique, simule la forme asphyxique du choléra, mais la nature des prodromes, l'état de dilatation ou de rétrécissement des pupilles, et enfin la marche des accidents, permettent d’éviter toute méprise.

La maladie qui ressemble le plus au choléra, surtout pour ce qui concerne l'affaissement absolu

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des forces, c’est sans contredit la fièvre pernicieuse, à forme gastro-entérique ; mais ici, comme pour les cas précédents, le diagnostic est éclairé par le séjour ou la provenance du malade d’une contrée paludéenne. Rappelons enfin, avec Torti, que dans la fièvre pernicieuse « les accidents se développent peu à peu, comme le petit tigre qui ne montre pas de suite toute sa férocité, »

Nous n’insisterons pas sur le diagnostic différentiel du choléra, avec les coliques hépatiques, la péritonite, la colique de plomb, les obstructions intestinales, parce que chacune de ces affections possède un signe patognomonique :

Pour les coliques hépatiques, les vomissements de bile et la teinte ictérique;

Pour la péritonite, la petitesse du pouls et l’altération des traits ;

Pour la cotique de plomb, la constipation opiniâtre ;

Pour Yobstruction intestinale, la nature fécaloïde des matières vomies.

Reste une dernière question à résoudre. Le choléra morbus de nos contrées, est-il identique au choléra que l’on observe sur les bords du Gange, à l’état endémique ou épidémique?

Deux éminents observateurs, qui ont étudié la maladie sur place et au cours de plusieurs épidémies, Lawson et Griesinger, n’hésitent pas à déclarer que les deux affections ne présentent aucun signe différentiel.

En somme, le choléra est une maladie très grave. La mortalité moyenne qu’il occasionne peut être représentée en France par le chiffre 2.72 p. %> environ le f/fO de la mortalité générale.

D’après Foissac, en 1832 et 1849, la moitié des cholériques parisiens succombèrent, et dans quelques villes de France cette mortalité fut plus considérable.

La maladie perd-elle de sa gravité à mesure que les invasions se succèdent?

Pendant que des observateurs autorisés répondent négativement, d’autres, et nous sommes du nombre, en se fondant sur les chiffres statistiques, soutiennent que dans les cinq épidémies successives de Paris, la proportionnalité des décès aux habitants s’est abaissé d’une manière constante. Celle de 1873 a été 50 fois moindre que pendant la première épidémie de 1832.

Quelle est la nature du Choléra? — Sur ce point, nous sommes en présence de plusieurs hypothèses.

Quelques auteurs ont voulu assimiler le choléra aux maladies engendrées par l'infection palustre, mais l'identité de quelques symptômes n’entraîne pas l’idée de communauté d’origine.

Ceux qui ont voulu le comprendre dans le groupe des maladies algides, perdent de vue que l’élévation de la chaleur centrale chez le cholérique ne permet pas cette supposition.

L’hypothèse qui consiste à regarder le choléra comme une maladie parasitaire, a été tour à tour soutenue avec conviction, et rejetée avec non moins d’énergie.

L. Desnos, qui écrivait son article « choléra » du Dictionnaire de médecine de Jaccoud, en 1867, ne craint pas de dire « qu’elle ne mérite pas les hon-

neurs d’une discussion. » Pour lui, l’existence d’un vibrion dans les selles cholériques, ne prouve rien en faveur de la nature parasitaire de la maladie. Il croit à l’existence d’un ferment morbide spécifique, sans chercher à connaître le rôle que peut jouer, dans la composition même des ferments, l’existence des êtres microscopiques, microzoaires ou microphytes.

Les récentes découvertes de Pasteur et de Koch imposent cependant la nécessité d’examiner de plus près la doctrine parasitaire du choléra, en la suivant à travers ses étapes successives, de Leeuwenhœck à nos jours.

Le savant micrographe avait, l’un des premiers, signalé la grande fréquence des vibrions dans les matières de la diarrhée, et Ponchet les y avait retrouvés en 1849. Pacini, de Florence, décrivait en 1834 \\n ferment vivant constitué par un schizomycète bacillaire qui se fixe dans les tissus de l’intestin, s’y multiplie à l’infini, et sort en très grande quantité avec les excrétions intestinales.

A titre de document historique, nous transcrivons les paroles mêmes de l'auteur : « En examinant minutieusement les diverses parties du tube gastro-intestinal des cholériques morts dans la période algide, j’ai acquis la conviction que cette lésion épithéliale est produite par un organisme irh simple, d’une extrême ténuité que j’appellerai microbe, pour me servir d’un terme générique moderne, et plus spécialement microbe cholérigène. »

Deux ans plus tard. Cadet, de Rome, se fondant sur des expériences et des observations microscopiques nombreuses, affirmait que la cause du choléra résidait dans la présence, au milieu des déjections alvines du malade, d’une production parasitaire, champignon {fungo] spécial.

Ernst Rallier, de Berlin, et J. Klob de Leipsick, ne paraissent pas avoir connu les travaux des deux savants italiens lorsqu’ils ont décrit en 1867, le premier, un champignon urocystis; le second, une quantité de spores de champignons, dont le développement lui semble être intimement lié au processus cholérique.

C’est à cette époque que plusieurs expérimentateurs (entre autres : Lindsay et Acland en Angleterre ; Guyon à Varsovie^; Magendie, Legros, et Espagne, en France; Guttmann, Snellen et Miller en Allemagne ; Namias en Italie), ont eu l’idée de rechercher si l’inoculation des liquides provenant des malades atteints du choléra, avaient la propriété de provoquer des organismes semblables, et d’engendrer, de toutes pièces, une affection cholérique; malheuréusement les résultats furent négatifs sur toute la ligne.

Les dernières recherches de Pasteur devaient donner une actualité remarquable à la théorie microbienne. En se rendant à Alexandrie, au foyer de l’épidémie cholérique de 1883, la mission française composée de trois de ses plus chers élèves (Strauss, Thuillier, Nocart), espérait découvrir le microbe du choléra, mais leurs patients et périlleux travaux n’ont abouti à aucune constatation précise.

Koch, et la mission allemande, ont été plus heureux; à Alexandrie, comme aux Indes, et en juillet 1884, à Toulon et Marseille, ils ont constaté dans

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les selles riziformes du choléra, au milieu d’un nombre considérable de proto-organismes, un organisme caractéristique que Koch a dénommé le bacille en virgule, assez fugace et qui exige pour son développement un milieu alcalin. Dans certains cas, le bacille, en forme de virgule, se trouve pres- <îue à l'état de pureté dans la matière muqueuse qui tapisse l'intestin.

Dans une conférence faite en juillet 1884 à l'Office «anitaire allemand, Koch n'a pas craint d'affirmer que désormais toutes les mesures de prévention •ou de police sanitaire, devaient s’appuyer sur la base scientifique solide constituée par la découverte du bacille cholérigène.

Toutefois, en Allemagne, comme en France et en Angleterre, tout le monde savant n’a pas accepté sans réserve cette affirmation. On s’est demandé si l’on était en droit de conclure que le microbe en virgule, était réellement l'organisme du choléra, tant qu'au moyen d'une culture pure de ces organismes, on ne sera pas parvenu à donner le choléra à des animaux.

Rappelons en dernier lieu, que Strauss et Roux ont déclaré à l’Académie, le 5 août 1884 :

1“ Que les selles riziformes renferment le plus souvent, un grand nombre d’organismes microscopiques divers, mais que le bacille en virgule n’y apparaît qu’exceptionnellement.

2“ Que Maddon, à Londres, et Malassez, à Paris, ont rencontré et décrit des bacilles en virgule ; le premier, dans un réservoir d’eau, le second, dans des selles de dysenterie et dans du mucus vaginal leucorrhéique.

Conclusion : adhuc sub Judice lis est!

Quelle est la cause originelle du choléra? — En abordant cette étude, l’une des plus complexes et •des plus controversées, nous prendrons pour guide le Traité magistral des épidémies de L. Colin, quand il recherche l’origine du choléra aux Indes (A); et son origine hors de l'Inde (B).

A. On ne connaît pas la cause originelle du choléra morbus; rien ne prouve sa nature parasitaire, ni sa genèse purement climatique. Elle n’est pas plus palustre que celle de la peste et de la fièvre jaune. Rien non plus n’établit qu’en son foyer d’endémicité le choléra naisse, de toutes pièces, par miasme originel ou par la simple reviviscence des germes légués par les épidémies antérieures.

B. Que les épidémies indiennes de notre époque soient primitives ou secondaires, c’est toujours là qu’est le danger initial, non seulement pour le littoral asiatique, mais pour le reste du monde.

La doctrine de l’origine européenne du choléra a été formulée, peut-être, sans tenir suffisamment compte des allures habituelles de l’affection, notamment de la fréquence de périodes de stationnement, souvent très prolongées, sur divers points du parcours des épidémies. La thèse de Fauvel (nécessité de la provenance asiatique) est demeurée pour nous absolument vraie. « (L. Colin.)

Serrant la question de plus près, énumérons les arguments des auteurs qui soutiennent la spontanéité du choléra, en déterminant les conditions du milieu cholérique.

1® 11 est des époques où la faculté de propagation

du choléra par les relations de terre et de mer se trouve très limitée.

2® Cazalas a établi la fréquente innocuité des masses de fuyards qui abandonnent les lieux contaminés (dans l’épidémie de 4884 de Marseille et de Toulon, malgré que des milliers et milliers de personnes aient abandonné ces deux villes, pour se porter dans tous les coins et recoins de la France, le transport des germes cholériques, ou de la madie elle-même, a été excessivement limité).

Cunningham affirme de son côté que l'influence des communications sur la propagation du choléra est nulle. .Aux Indes, les déplacements des troupes anglaises en 4872 n’ont en rien modifié la marche de l’affection. En outre, l’établissement des chemins de fer, tout en décuplant le nombre et la facilité des voyages à travers cette immense presqu’île, n’a point accéléré l’expansion du mal.

3® En certains hôpitaux de France et de l’étranger, le contact des cholériques, avec les autres malades, dont ils n’étaient pas isolés, n’a produit aucun cas intérieur.

4® L’explosion du choléra est généralement précédée d’un changement de la constitution médicale, caractérisé par l’augmentation de fréquence des affections gastro-intestinales avec la lésion anatomique de la Psorentérie cholérique.

O» Au lieu de se développer suivant le mode habituel des maladies virulentes, qui de tel quartier d’une ville s’étendent progressivement aux quartiers voisins, le choléra atteint souvent d’emblée des points fort éloignés les uns des autres.

6® D’où vient l’affinité de l’affection, pour telle ville, tel quartier, telle rue, telle maison, affinité en vertu de laquelle les épidémies de choléra successives, commencent par ces mêmes points, et s’y limitent, malgré la persistance des communications avec les lieux voisins?

D’après Tholozan, parti de l’Inde où les épidémies de choléra sont temporaires ou périodiques, elles naissent, se développent, et meurent sur place au bout d’un certain temps.

Pour Jules Guérin, un choléra à forme nettement asiatique, peut se développer spontanément et apparaître à l’improviste, sans qu’il y ait eu la provocation initiale d’une contagion.

Dans l’épidémie de Toulon, en juillet 1884, malgré l’enquête la plus sérieuse, les délégués officiels des deux Ministères, Proust, Brouardel et Rochard, n’ont pu découvrir la fissure par laquelle le fléau avait pénétré sur le Montebello,

Pettenkofifer n’accorde qu’une valeur très restreinte à l’influence virulente du choléra, et de ses évacuations alvines, reconnues presque unanimement par tous les auteurs modernes, comme le mode essentiel de propagation. Pour le célèbre professeur de Munich, l’être ou l’objet contaminé ne sont plus qu’une circonstance de la pathogénie, circonstance devenant elle-même inerte, inoffensive, si elle ne trouve pas dans la localité où elle se produit et spécialement dans le sol, une condition indispensable à la fructification du germe, et à la généralisation épidémique consécutive.

Cette doctrine tellurique est cependant insuffisante pour expliquer tous les faits épidémiques, car

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