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si elle est justifiée par la nature perméable des sols de Berlin et de Munich, elle est contredite par l’immunité de certaines villes de France, comme Lyon et Versailles, par exemple.
Briquet observe que les sols granitiques et imperméables des départements de l’Ouest et de la Bretagne en particulier, ne les a pas préservés de l’invasion des fléaux. Ajoutons en dernier lieu qu’en France on a rencontré le choléra dans des lieux élevés, dans des villages situés sur de hautes collines ; qu’en Suisse, il a atteint les montagnes; qu’aux Indes, il a franchi l’Ilimalaya.
Avant d’énumérer les preuves de la transmissibilité du choléra , rappelons ici la définition que Bochoux donne de la contagion :
« La contagion est la transmission, d’un individu malade à un individu sain, d’un principe morbide capable de reproduire une maladie semblable à celle dont il émane, quelle que soit d’ailleurs l’origine primitive de ce principe, le mode suivant lequel s’effectue la transmission, et l’origine première de la maladie. »
Dans cet ordre d’idées « transmissibilité et contagion sont pour nous synonymes. » (L. Desnos.)
On comprend que ceux qui restreignent la signification du mot contagion, à la transmission par contact direct, ou à l’inoculation, soient fort à l’aise pour se déclarer anti-contagionistes.
La presque généralité des observateurs admet que déjà dans son foyer originel, le choléra se propage par contagion. (Si Cunningham croit aux faits spontanés, Jonh Murray affirme, de son côté, l’heureuse influence de toutes les mesures rectrictives ayant pour but d’entraver la contagion).
Pour L. Colin, le mécanisme delà propagation du choléra ne réside pas dans les courants atmosphériques ; il est plus terre à terre, et étroitement lié aux communications humaines.
Il y a toujours un rapport exact entre la rapidité du fléau hors de son foyer indien, et la vitesse des communications. La seule circonstance où les caravanes de pèlerins infectés soient assainies, c’est la traversée des déserts africains.
Parmi les modes nombreux de transmissibilité de la maladie, les agents de contage les plus importants, les plus spécifiques, semblent être les sécrétions gastro-intestinales. Un grand nombre de faits établissent que la matière des évacuations cholériques renferme et laisse échapper le principe contagieux.
Pellarin et Snow ont les premiers démontré les dangers, la virulence et la ténacité de ces sécrétions.
Acland, d’Oxford, professait dès 1854 : 1® que les déjections' cholériques sont les agents de propagation de la maladie; 2“ que l’air occupe un premier rang dans le transport de ces germes, sans être nécessairement le seul véhicule du contage.
Thirsch a reconnu que c'est du 3' au 5' jour que se développe dans les déjections cholériques, un agent susceptible de déterminer des lésions intestinales et rénales, semblables à celles que l'on rencontre dans le choléra.
En résumé, la propagation du choléra ne peut être expliquée par la seule influence épidémique, qui reste toujours un facteur important de trans-
missibilité. Toute importation de la maladie dans une localité suppose nécessairement l’arrivée d’une provenance d’un lieu infecté. (Cette provenance complexe comprend : 1° l’homme et tout ce qui provient directement de lui ; 2° les hardes, les effets et les marchandises à son usage.)
Dans notre opinion personnelle, le choléra rentre sous la loi commune qui régit les maladies contagieuses, en ce sens qu’il n’est pas fatalement transmissible. (Quiconque vit dans un foyer épidémique peut être frappé de la maladie, en dehors de tout contact direct ou indirect avec des malades atteints.
Passons actuellement en revue, d’une manière sommaire, la série des causes adjuvantes qui ont une influence réelle sur le développement et la propagation de la maladie.
Quelles sont les causes prédisposantes du choléra? — Les maladies endémiques ou épidémiques existantes dans les localités envahies par le fléau; la diarrhée, quelle que soit sa nature ou sa gravité; les fièvres paludéennes, la suette, les affections syphilitiques généralisées.
Les influences cosmiques et atmosphériques, chaleur extrême, humidité, et plus spécialement la stagnation de l’atmosphère et son état électrique; les orages.
(L’influence que la présence ou l’absence de l’ozone (oxygène électrisé) exercent sur la marche des épidémies, a donné lieu à de nombreuses recherches, sans que l’on soit arrivé à une conclusion précise.)
Les influences ou prédispositions individuelles (sexe, âge, profession) se résument toutes dans ces mots : débilitation organique; détérioration de la santé.
Les conditions hygiéniques défectueuses (régime alimentaire mauvais, eaux potables impures, influences morales) agissent puissamment comme causes prédisposantes.
Les écarts de régime, l’abus des boissons alcooliques, les refroidissements, les fatigues de toute nature, les veilles, la peur, agissent de même comme causes occasionnelles.
Au point de vue de l’hygiène publique, tout ce qui, dans la rue comme dans la maison, peut conduire à la malpropreté, à l’encombrement, au méphitisme et à la misère agit, d’une manière désastreuse, sur l’individu et sur l’agglomération humaine.
Comme annexe à ce paragraphe, npus n’hésitons pas à transcrire deux des conclusions du discours prononcé en août 1884 par Jules Guérin à l’Académie de médecine, à l’effet de démontrer l’isolement et la simultanéité des premiers cas de choléra observés à Toulon comme à Marseille.
« La signification de ces faits, analogues à ceux observés au cours des épidémies antérieures en Europe comme aux Indes, peut donc s’exprimer ainsi :
« Ce sont des effets simultanés d’une cause générale, étendue, disséminée, autre que l’importation ; celle-ci, toujours circonscrite, locale, limitée à son début, est incapable de s’adapter d’emblée aux effets multiples et disséminés qu’on lui attribue, c’est-àdire d’agir là où elle ne peut encore exister. »
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.liih'S r.uérin repousse la distinction de la Commission officielle de Toulon entre le prétendu choléra nostras et le choléra asiatique, « cliniquement ils ne font qu’cx. Ils ne diffèrent que par leur degré, leur forme, lesquels varient avec la différence des lieux et des sujets sur lesquels on les observe. Quant au caractère envahissant de la maladie, il est lié à des circonstances contingentes, secondaires, qui manquent à certaines époques, à certains degrés de la génèse du choléra de nos contrées. »
Cette manière d’envisager l’étiologie et la nature de la maladie, conduit l’auteur à établir les bases d’une prophylaxie plus logique, d’une préventibilité plus vraie.
Quel est le traitement du choléra. — La terreur causée par le choléra, écrit L. Laveran, jette les esprits hors do toute mesure, et suscite les espérances les plus vaines, les tentatives les plus futiles. .\u vieil adage ad extremos morbos, extrema remedia, qui a pu être détourné de sa signification pour justifier des expériences hasardées et dangereuses, nous préférons affirmer un autre principe plus sûr pour la moralité de l'art et le salut du malade. Pritnum non. nocere.
C’est dans cet esprit que nous envisagerons le traitement de la maladie dans ses de,ux grandes divisions : I. Traitement curatif, et II. Prophylaxie.
I. Le TRAITEMENT cup.ATii’ s’applique à la période des prodromes (A) ; à celle d’état d’algidité ou de cyanose (B) ; à la troisième dite de réaction (C). Mais avant de pénétrer au cœur de la question, MOUS rappellerons quelques-unes des généralités thérapeutiques qui la dominent.
Médication narcotique. — (Opium, belladone, aconit). C’est à la fois la plus ancienne et la plus approuvée, surtout en ce qui concerne l’opium.
Stimutants. — Les phénomènes prédominants d’affaissement général, de collapsus, et de refroidissement, devaient suggérer l’emploi des moyens de calorification, des excitants diffusibles internes et des excitations externes (bains de vapeur, air chaud, sinapismes, astications, essence de térébenthine, acétate d’ammoniaque, éther, infusions chaudes chéiformes).
Hydrothérapie. — Ce moyen rationnel de provoquer chez un malade algide une réaction salutaire par des applications froides, a été utilisé avec des chances de succès très contestés. Pratiquement, il présente beaucoup de difficultés et exige une surveillance de tous les instants, pour ne pas dépasser le but.
Médication tempérante. — Pendant que la chaleur baisse à la périphérie du corps, le malade est pousse instinctivement à réclamer les boissons fraîches et tempérantes; mais celles-ci deviennent bientôt lourdes à l’estomac. (L’eau de seltz frappée, contenant 1 ou 2 cuillerées de vin de Bordeaux, constitue une boisson agréable et salutaire.)
Émissions sanguines. — L’expérimentation la plus généralisée a montré les dangers de l’emploi de la saignée pour rétablir la circulation générale •■ntravée dans sa marche. C’est à peine si l’on peut recourir aux émissions sanguines locales, dans quelques complications de la période de réaction.
Médication évacuante. — Les dangers des éva-
cuants (tartre stibié et calomel) comme médication générale, ont été mis en lumière par la pratique de Briquet, Chauffard, Gubler et tant d’autres.
Médication absorbante. — Pour combattre les accidents phlegmorrhagiques des périodes de début, Guéneau de Mussy et Biett conseillent la poudre de charbon; Trousseau, le silicate de magnésie; Gubler, l’oxyde de zinc. Monneret donn'e la préférence au sous-nitrate de bismuth, à la fois le plus usuel et le plus efficace. Vulpian propose l’emploi du salicylate de bismuth.
Médication spécifique. — La médication astringente (azotate d’argent, acide sulfurique, perchlorure de fer, alun, tannin, ratanhia) n’a jamais obtenu que des succès apparents.
Médication saline. — Dès 1830, guidés par l’empirisme, les paysans russes faisaient boire aux cholériques une solution de sel commun. En 1806, Moissenet, sans exclure aucun médicament indiqué, a tracé les règles de l’application de cette méthode, à laquelle il attribue le pouvoir de rétablir l’oxygénation du sang, en lui restituant du chlorure de sodium et de l’eau.
Strychnine. — Hufeland ayant préconisé la strychnine dans le vomissement nerveux et la diarrhée atonique, Jenkins en 1832, et Abeille en 1834, ont voulu la considérer comme un spécifique du choléra, mais G. Sée a réduit à une juste mesure l’appréciation exagérée de ses partisans.
Arsenic. — Cahen, en 1866, avait cru trouver dans l’arsenic (acide arsénieux) un moyen capable d’accroître la puissance de résistance des malades, mais ses collègues des hôpitaux n’ont pas confirmé ses espérances.
Sulfate de quinine. — Les médecins qui ont admis une certaine analogie entre le choléra et les fièvres pernicieuses, ont essayé avec des résultats divers le sulfate de quinine, mais il lui est difficile d’avoir l’action immédiate que réclament des accidents en puissance.
Le cuivre. — Burq a défendu avec une persévérance à toute épreuve ; 1° que le cuivre assurait une immunité contre le choléra aux ouvriers qui travaillent ce métal sous ses diverses formes ; 2“ que le cuivre administré à l’intérieur, ou appliqué en plaques sur l’épigastre, constituait le plus énergique des spécifiques.
L’enquête personnelle que nous avons faite, sur une grande échelle, nous permet de contester ces deux affirmations. Le choléra ne respecte pas les ouvriers bronzeurs, zingueurs et autres; et malgré l’usage des pilules de cuivre de Burq, l’infortuné Thuillier, de la mission Pasteur, a succombé à Alexandrie au choléra d’Égypte.
Médications fondées sur des considérations physiologiques. — Dans l’administration des médicaments internes, quelle que soit leur nature et quel que soit leur mode d’action, le fait prédominant par excellence, c’est l’anéantissement partiel ou total, de la faculté d' absorption. Hermann, Jœ^nichen et Marcus constatèrent les premiers, en 1831, que les médicaments cessent d’être absorbés dans la période algide. Bourdon et Germain Sée ont confirmé expérimentalement cette affirmation, et dernièrement Vulpian n’a pas craint de rejeter en masse les
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innombrables spécifiques imaginés contre le choléra,
« parce que, dès qu’il est confirmé, la faculté d’absorption des médicaments est nulle ou presque nulle ».
Pour ranimer l’activité organique par une autre voie physiologique, des tentatives nombreuses ont été essayées avec : la transfusion du sang, les injections veineuses; les injections hypodermiques, les inhalations d’oxygène, de protoxyde d’azote, de chloroforme, d’iode; l’électricité.
La transfusion du sang, pratiquée par Dietfenbach n’a produit aucun effet favorable.
Les injections veineuses, de l’eau simple à la température du sang, de l’eau légèrement salée, ou chargée de médicaments actifs (alcool camphré, morphine, strychnine, sulfate de quinine) n’ont jamais donné que des améliorations temporaires dans les mains des physiologistes et des cliniciens les plus autorisés (Marcus, Sandras, Magendie, Anderson, Little, Bennet, Pacini, Briquet, Goupil, Hérard, Lorain). Si parfois ces injections médicamenteuses ont tout d’abord relevé le pouls, et amené une respiration plus ample, elles n’ont pas tardé à rendre moins prompte et moins franche la période de réaction.
Les injections hypodermiques, soit avec le bisulfate de quinine (Gubler), soit avec l’atropine (Dupré), soit avec le curare (Isambert), n’ont produit que des résultats incertains et très contestés.
Dans l’épidémie cholérique d’Egypte, de 1883, quelques praticiens (de Vlaccos, de Castro, Iconomopoulos) ont attribué une certaine importance thérapeutique aux injections hypodermiques d’éther, mais sans se croire en droit de les préconiser franchement.
Les inhalations de divers gaz (oxygène, protoxyde d’azote, chloroforme), essayés pour combattre les accidents asphyxiques, avaient donné jusqu’ici des résultats peu encourageants ; toutefois à Toulon et à Marseille, le traitement par les inhalations d’oxygène appliqué au moyen d’appareils plus perfectionnés, a semblé modifier quelques-uns des symptômes de la période de début de la maladie.
électricité, préconisée tour à tour à l’état statique et à l’état dynamique, n’a pas répondu aux vues théoriques qui semblaient devoir en justifier l’emploi.
Traitement RATIONNEL. — « Dans cette situation, le médecin, dirons-nous, avec Laveran, en est réduit à la médecine des indications particulières aux états successifs qui composent une attaque de choléra. Il doit surveiller leur évolution nécessaire en s’inspirant à la fois des instincts du malade et des connaissances physiologiques et thérapeutiques, afin d’accroître les chances de salut qui restent aux malades ».
Si le traitement du choléra doit être subordonné aux exigences diverses qui résultent des troubles fonctionnels et des lésions organiques qui traduisent l’empoisonnement cholérique, ses principales indications d’après ce que nous savons de sa symptomatologie, devront être les suivantes :
Réchauffer le malade ;
Arrêter les évacuations et les vomissements ;
Rétablir l’hématose :
Calmer les phénomènes nerveux;
Rendre au sang les matériaux qu’il a perdus ;
Réveiller le système nerveux ;
Combattre les phénomènes de la réaction.
Formulons actuellement le résumé thérapeutique qui découle des dites indications :
A. Période des prodromes. — Repos au lit, cataplasmes et flanelles chaudes sur l’abdomen, frictions, diète, boissons émollientes et légèrement astringentes, opium sous sa forme la plus commode, le laudanum de Sydenham ; sous-nitrate de bismuth ; ipécacuanha en poudre, au début, quand la constitution médicale régnante est franchement diarrhéique.
B. Période algide ou cyanique. — Frictions sèches ou aromatiques à l’essence de térébenthine ou à l’éther, serviettes ou briques chaudes, enveloppement dans des couvertures de laine, vapeur sèche ou humide, et air chauffé par lampe à alcool, fers à repasser, sinapismes, massage, urtication, infusions chaudes théiformes, stimulants diffusibles (acétate d’ammoniaque, esprit de Mindererus). Au début, potion antispasmodique (éther sulfurique, 1 gramme, teinture d’opium, 6 décigrammes, eau de menthe, 60 grammes, sirop simple, 30 grammes.
G. Période de réaction. — Si elle est franche, la surveiller et la favoriser ; si elle est compliquée, combattre les symptômes dominants d’inflammation, d’adynamie ou d’ataxie, par les médicaments que l’arsenal thérapeutique renferme pour chacune de ces manifestations.
Hygiène prophylactique. — La prophylaxie comprend la prophylaxie individuelle (A), les mesures d’hygiène publique (B), les mesures de police sanitaire (G).
A. La prophylaxie individuelle peut se résumer dans ces quatre préceptes : ne pas s’éloigner des règles générales de l’hygiène, conserver son genre de vie et ses habitudes, ne pas avoir peur, éviter les prétendus spécifiques.
B. L’hygiène publique réclame, en dehors des mesures générales de salubrité, l’isolement, autant que possible, des cholériques dans des hôpitaux temporaires ou des baraquements aérés et parfaitement ventilés ; la propreté excessive de l’habitation, avec surveillance et désinfection des water-closets, conduites d’eaux ménagères, drainage et canalisation à l’égout ; une bonne distribution d’eaux potables; la désinfection des déjections alvines; le prompt enlèvement des ordures ménagères et des résidus de la maison ; les fumigations de soufre et de chlore après le décès des malades ; l’enlèvement des cadavres dans les moindres délais possibles; enfin, l’organisation d’un service médical, de visites préventives de maison à maison {house to house) avec faculté pour l’homme de l’art de donner, avec le conseil, les premiers médicaments nécessaires.
C. La police sanitaire se résume, à son tour, dans l’ensemble des moyens destinés, d’un côté, à empêcher le choléra de pénétrer dans un pays où il ne règne pas endémiquement; de l’autre, à empêcher sa propagation quand il existe dans une localité. ■
Disons de suite que le moyen de prophylaxie le plus rationnel, serait de circonscrire le choléra dans les foyers qui lui donnent naissance.
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« Les grandes invasions cholériques, écrit Bonnatbnt, ont puisé leur élément initial dans l’Inde, et c’est sur ce point (les bouches du Gange) qu’il faut l’attaquer au moyen d’une série de mesures intelligentes de prophylaxie, de grands travaux publics de dessèchement, de canalisation, et d’assainissement. »
En cherchant à établir les lois auxquelles sont soumises les épidémies cholériques, Fauvel a reconnu U que plus une épidémie de choléra a une extension rapide et sévit avec violence, plus sa durée est courte et son expansion rapide. »
Il suit de là que, de même qu’il appartient à l’hygiène privée de conseiller l’éloignement du foyer épidémique, de même il appartient à l’hygiène publique et à la police sanitaire, de provoquer les émigrations collectives, de disséminer les troupes, en les faisant camper en plein air, le plus loin possible des agglomérations infectées.
« Si l’émigration collective favorise l’apaisement des épidémies locales, en enlevant un aliment au fléau, les agglomérations infectées doivent être particulièrement surveillées comme étant les agents les plus dangereux de la propagation épidémique. » (Laveran.)
Les prescriptions hygiéniques les mieux indiquées par les travaux des conférences sanitaires de Paris, de Constantinople et de Vienne, visent :
1° L’extinction de la cause du choléra dans son foyer ;
2° La barrière à opposer à son débordement en dehors de l’Inde;
S" La limitation des foyers secondaires pendant les pèlerinages de la Mecque.
Pour l’importation par voie maritime, les mesures préventives à prendre comprennent : la création d'un établissement sanitaire à l’entrée de la mer Rouge, avec lazarets spacieux, médecins sanitaires chargés de leur direction, Commission internationale pouvant imposer ses décisions souveraines.
Les avantages pratiques de cet ensemble se résument dans l'observation plus ou moins rigoureuse des quarantaines.
Pour l'importation par voie de terre, il faut proclamer bien haut que les cordons sanitaires sont plus dangereux qu’utiles.
Donnons, en terminant ce paragraphe, la parole à Laveran :
« Les lazarets, les cordons sanitaires, n’opposeront aux irruptions du choléra qu’un obstacle qui sera facilement tourné. Ce n’est pas par gros bataillons que l'ennemi attaquera vos lignes stratégiques, il se glissera entre vos sentinelles, et lorsque tout ce beau plan de défense sera déjoué par l'imprévu de l'attaque, vous conviendrez que vous vous êtes trompés sur le temps où nous vivons; que les seuls obstacles à opposer aux épidémies, c’est la civilisation comprise à la fois dans les progrès de l’hygiène publique, la solidarité des peuples, et l’énergie morale. »
Au Congrès international d’hygiène tenu à La Haye au mois d’aoùt 1884, après une discussion approfondie, le Congrès a émis le vœu de persévérer dans l'application des (juarantaines de mer, en ayant soin d'y apporter toutes les améliorations désirables.
Instruction du comité consultatif d’hygiène publique de France relative aux précautions à prendre contre le choléra — De 1817 à ce jour, à la première annonce d'une épidémie cholérique, tous les Gouvernements d’Europe s’empressaient de prendre des mesures sanitaires pour conjurer la marche du fléau. Parmi ces mesures ont toujours figuré, en première ligne, des instructions populaires rédigées par des hygiénistes compétents, dans le but d’énumérer, avec soin, les précautions à prendre contre le choléra. Comme dans leur ensemble ces instructions se ressemblent beaucoup, nous transcrirons ici la plus récente, celle du Comité consultatif d'hygiène publique de France, en retranchant quelques assertions très contestables, et en la complétant, sous forme de parenthèses, par quelques détails que nous trouvons dans les documents analogues publiés en Angleterre, en Allemagne, en Norwège et Suède, et aux États-Unis.
Cette instruction se divise naturellement en deux parties : I. L’hygiène individuelle; IL L’hygiène publique.
I. Hygiène individuelle. — En temps de choléra, les règles hygiéniques recommandées habituellement doivent être rigoureusement observées.
1® Précautions a prendre a l’état de santé.
Même dans les grandes épidémies, les personnes atteintes ne sont qu’une très rare exception, et la maladie guérit souvent. Ceux qui ont peur résistent moins que les autres ; il faut donc s’efforcer de conserver le calme de l’esprit.
Les fatigues. — On évitera les fatigues exagérées, les excès de travail et de plaisir, les veilles prolongées, les bains froids et de longue durée, en un mot toutes les causes d épuisement.
Les refroidissements. — Le refroidissement du corps, surtout pendant le sommeil, par les fenêtres ouvertes, les vêtements trop légers le soir, après une journée très chaude, l’ingestion de grandes quantités d’eau froide, sont particulièrement dangereux en temps de choléra.
Des eaux. — L’usage d’une eau de mauvaise qualité est une des causes les plus communes du choléra. L’eau des puits, des rivières, des petits cours d’eau, est souvent souillée par des infiltrations du sol, des latrines, des égouts, par les résidus des fabriques. Quand on n’est pas sûr de la bonne qualité de l’eau servant aux boissons ou à la cuisine, il est prudent d’en faire bouillir chaque jour plusieurs litres pour la consommation du lendemain, l’ébullition donnant une sécurité complète. On peut encore faire infuser dans l’eau bouillante une petite quantité de thé, de houblon, de centaurée, de plantes amères ou aromatiques, et boire ces infusions mélangées au vin.
Les eaux minérales naturelles dites « eaux de table » (type Saint-Galmier) , et les eaux artificielles (dites de Seltzj rendent dans ces cas de grands services.
Des fruits. — Il n’y a aucun inconvénient à faire usage des fruits bien mûrs et de bonne qualité ; on doit toujours les peler, et mieux encore les manger cuits.
Des légumes. — Autant que possible, il faut les faire cuire.
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Les écarts de régime. — On doit éviter tout écart de régime, toute indigestion, tout abus de liqueurs alcooliques et d’eau-de-vie.
Boissons glacées. — Les glaces et les boissons glacées prises rapidement en pleine digestion, ou le corps étant en sueur, peuvent déterminer en tout temps des indispositions ayant quelque ressemblance avec le choléra; il faut donc en faire un usage très réservé en temps d’épidémie.
(On pourrait résumer ce premier paragraphe en disant : ayez une vie régulière, modérée ; restez calme, n’abusez de rien, et ne changez rien à vos habitudes journalières.)
2“ Précautions a prendre en cas de maladie.
Le moindre trouble digestif peut être le prélude d’une attaque de choléra; il ne faut jamais le négliger, et il est nécessaire d’appeler immédiatement le médecin; une attaque peut être prévenue ou arrêtée par un traitement rapide, (l'ourquoi ne pas prononcer le mot de diarrhée prémonitoire, le symptôme qui prime tout, et qui seul est la base d’une préventibilité efficace?)
Les gardes des infirmiers ou de toute autre personne attachée au service des choléri(|ues, ne dépasseront pas douze heures. Ils auront double ration de vin et pendant la nuit du café.
Transmission. — C’est le plus souvent par les matières des vomissements et les selles que le choléra se propage; ces matières ne sont pas beaucoup moins dangereuses dans les attaques les plus légères que dans les cas les plus graves. 11 faut donc les désinfecter et les faire disparaître, le plus tôt possible, de la chambre des malades.
Désinfection. — Les désinfectants recommandés sont, en première ligne, le sulfate de cuivre et, à son défaut, le chlorure de chaux et le chlorure de zinc. L’acide phénique et le sulfate de fer sont insuffisants,
(Cette dernière assertion est contredite par l’expérience ; l’acide phénique, le phénol Bobæuf, le vinaigre de Pennes, l’acide salicylique, le salicol Dusaule et le sulfate de fer, à la portée de tous et connus de tous, ont constamment rendu de grands services. Lucas Championnère démontre, preuves en main, combien est peu logique la préférence que l’on veut donner comme antiseptiques et désinfectants aux sels de cuivre, qui ont encore leurs preuves à faire.)
Yases. — 11 faut déposer par avance, au fond du vase destiné à recevoir les déjections, une petite (juantité des solutions désinfectantes indiquées plus haut.
Linges. — Les linges de corps ou de literie souillés par les déjections, doivent être plongés, avant de sortir de la chambre, dans un baquet contenant de l’eau bouillante additionnée de liqueur bleue, de chlorure de chaux ou d’acide phénique.
Yêtements. — Ils seront soumis au même traitement que les linges s’ils sont susceptibles d’être lavés. Les tissus en laine seront désinfectés par la chaleur, ou par le soufre.
Planchers. — Les taches ou les 'souillures sur les planchers, les tapis, devront être immédiatement lavées à 1 aide d’un chifl'on, soit avec la solution bleue de couperose, soit avec un lait de chlorure de
chaux (1 cuillerée pour 1 litre d’eau), soit, ajouterons-nous, avec de l’eau très bouillante ou de l’eau phéniquée. Le chiffon sera ensuite brûlé.
Literies. — Les désinfecter par les mêmes procédés : garnir les lits de feuilles de papier goudronné ; envoyer les matelas aux étuves publiques de désinfection (par chaleur humide de 120°) ou les exposera des fumigations sulfureuses (combustion de 20 à 30 grammes de soufre par 1 mètre cube du local).
Cabinets. — Deux fois par jour verser dans la cuvette 2 litres de liqueur bleue, ou 2 tasses de chlorure de chaux (ou une solution de sulfate de fer).
Tuyaux d’évier. — Verser chaque soir une tasse à café de liqueur bleue, ou de chlorure de zinc liquide (ou de sulfate de fer) dans les tuyaux d’évier, les plombs, les conduites des eaux ménagères.
Ordures ménagères. — Les garder dans une caisse bien fermée à couvercle. Répandre à leur surface un demi -verre de solution de couperose bleue, ou deux cuillerées de chlorure de chaux en poudre.
(Ce second paragraphe peut à son tour se résumer dans ces quelques préceptes plus précis : attacher une grande importance à l’apparition de la diarrhée prodromique ou prémonitoire, qui peut être coupée à son début par une médication simple et rationnelle ; multiplier les soins d’une extrême propreté; se servir des substances désinfectantes que l’on a plus facilement sous la main, comme le chlorure de chaux, le soufre et le sulfate de fer; ne pas oublier que l’eau bouillante a une action certaine sur la destruction des germes; quand on n’a pas à sa disposition des appareils et étuves à désinfection, avoir recours à l’exposition au soleil, à l’aérage et au sérénage des objets de literie, étoffes et rideaux de la chambre du malade.)
H. Hygiène publique. — En ce qui concerne l’hygiène publique, les prescriptions indiquent le danger des agglomérations d’hommes sur un même point, de l’accumulation des fumiers ou résidus industriels en décomposition ; elles signalent la nécessité d’opérer les vidanges avec un redoublement de précautions, afin d’éviter les émanations.
La déclaration immédiate des cas de choléra survenus dans une maison doit être obligatoire. (11 est surprenant de voir figurer dans un document officiel une obligation qui n’existe pas dans notre législation, et contre laquelle protesterait avec raison tout le corps médical français.)
Une réglementation rigoureuse devra être appliquée aux hôtels ou logements garnis dont les chambres occupées par un cholérique ne pourront être livrées à un autre occupant qu’après une désinfection complète.
L’administration municipale aura à surveiller les maisons ou établissements quelconques, dans lesquels un ou plusieurs cas de choléra se seront produits.
(Cette formule est trop vague d’une part, trop autoritaire de l’autre. Elle a été, du reste, repoussée par l’Académie de médecine. 11 est bon de réglementer beaucoup, en temps d’épidémie, mais il faut aussi respecter le droit des citoyens.)
Les postes de police tiendront gratuitement des
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désinfectants à la disposition des personnes du quartier.
(A Paris, la Préfecture de Police a organisé un service de désinfecteurs chargés d’appliquer les mesures conseillées à cet effet.)
Des ambulances seront préparées soit dans les hôpitau.x, soit dans des baraquements spécialement consacrés à cet effet.
(L’on est justement très étonné de ne pas trouver dans ces instructions relatives à l’hygiène publique, un seul mot des visites médicales préventives, les seules qui aient donné des résultats nombreux, certains et efficaces.)
En raison de l’importance que nous attachons à ce service, nous allons rappeler, en peu de mots, les conclusions des discours prononcés, en août 1884 à l’Académie de médecine, par MM. J. Guérin et E. Besnier.
M. Jules Guérin ; « La meilleure de toutes les prophylaxies est certainement de s’inquiéter des diarrhées prémonitoires qui constituent le premier degré du choléra, pouvant, tour à tour, devenir des choléras nostras d’abord, des choléras asiatiques ensuite.
« Si l’on soignait plus sérieusement les malades atteints de ces diarrhées, nul doute que l’on augmentât de la sorte les chances de guérison certaine.
« Or, ces résultats peuvent être obtenus par l’organisation de médecins visiteurs, chargés d’aller de maison en maison, s’enquérir de l’existence de la diarrhée prémonitoire, et de porter immédiatement remède aux malades. »
M. E. Besnier : « En temps d’épidémie, toute diarrhée doit être traitée dès son début, et ce traitement est la meilleure précaution à prendre contre les éventualités d’une épidémie cholérique.
« La meilleure manière d’être utile aux populations, c’est d’organiser un système de visites médicales à domicile, analogue à celui que les Anglais ont inauguré à Londres en 1849 ».
Visites médicales préventives. — Nous ne saurions mieux terminer cette étude, que nous nous sommes eft’orcés de rendre intéressante et pratique, qu’en consacrant quelques lignes à ce service auquel se rattachent les noms vénérés d’Edwin Chadwick et de Smith, membres délégués du grand Conseil de santé d’Angleterre {General board of health).
A Londres et à Newcastle, des médecins étaient distribués dans les differents quartiers de la ville ; à chacun d’eux était confié le soin de visiter tous les jours un certain nombre de familles d’ouvriers et de pauvres ; de s’enquérir de l’état de leur santé; de leur donner de sages conseils, et de leur fournir, le cas échéant, les médicaments nécessaires.
Ces médecins étaient dûment autorisés à demander aux Commissions sanitaires locales toutes les mesures de salubrité jugées indispensables. Ils devaient, en outre, faire respecter religieusement les conseils et instructions da Général board of health.
Le soir, tous ces honorables praticiens venaient dans une réunion de la Commission sanitaire, rendre compte de leur journée, et se concerter avec les inspecteurs de la salubrité sur les mesures à prendre pour le lendemain.
Ces visites devaient produire, et ont produit en réalité, d’excellents résultats, en tenant constamment en alerte toutes les classes de la population, en secouant l’insouciance de ces déshérités de la fortune, qui semblent ne pas redouter la mort, et font bon marché de leur indigence et de leur malpropreté.
L’organisation du service des visites préventives serait d’autant plus facile à Paris, que nous avons sous la main les éléments indispensables pour son complet fonctionnement.
D’une part, les Commissions d’hygiène d’arrondissement qui connaissent les besoins de leurs quartiers respectifs; de l’autre, les médecins des Bureaux de bienfaisance, actifs et intelligents, qui n’auraient qu’à élargir le cercle de leurs visites en fournissant aux déshérités de la fortune, avec le conseil, le moyen de se procurer immédiatement le remède nécessaire pour sauvegarder et maintenir en parfait état ce bien suprême, la santé.
D' Prosper de Pietra Santa, Secrétaire général de la Société française d’hygiène.
CHOLÉRA INFANTILE. — Ce nom a été consacré par l’usage pour désigner une maladie grave qui, en temps ordinaire, pendant la saison estivale, et en dehors de toute influence épidémique, sévit sur les jeunes enfants.
Trousseau a été le défenseur le plus accrédi’té de cette espèce nosologique moderne, mais nous dirons avec Bouchut ; « C’est bien à tort que plusieurs médecins désignent sous le nom de choléra, certaines formes d’entérite des jeunes enfants, accompagnées de prostration, d’amaigrissement et d’évacuations considérables. Ce sont des entérites graves, cholériformes, si l’on veut employer ce mot à titre de métaphore, mais ce ne sont pas de vrais exemples de choléra. »
La maladie d’été, ou choléra infantile, sévit surtout sur les enfants au moment du sevrage.
Voici la description qu’en donne Trousseau :
« L’expression du visage de l’enfant se modifie rapidement; les yeux s’excavent, le nez s’amincit, la peau se refroidit ; l’enfant ne cesse de pousser des cris; les vomissements sont incoercibles et la soif inextinguible.
« Les matières vomies sont vertes, bilieuses ; les selles ne sont pas lientériques comme cela se voit dans l’entérite ordinaire, mais elles se composent de sérosité et de matière verte, ou bien elles ressemblent à une eau légèrement teintée par du jaune d'œuf. Elles n’ont jamais cette apparence purement aqueuse, cette consistance poisseuse, cette odeur fade, que présentent les garde-robes des cholériques francs.
« Le pouls est petit, et d’une extrême fréquence.
« Lorsque la maladie se continue, elle passe à un état de réaction inflammatoire, ou typhique. »
Les indications thérapeutiques peuvent se résumer ainsi : Boissons féculentes ou albumineuses, ipécacuanha à faibles doses, décoction blanche de Sydenham, viande crue, bain sinapisé.
Les Anglais et les Américains administrent volontiers le calomel à doses fractionnées.
C’est par Weiss, de Saint-Pétersbourg, qu’a été
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préconisée, pour la première fois, la viande crue, qui a rendu, et rend tous les jours, des services signalés, au point de pouvoir être regardée comme la médication spécifique par excellence.
Ajoutons, en terminant, qu’à toutes les phases de cette affection, si fortement influencée par la constitution médicale régnante, il faut proscrire l’opium et ses diverses préparations.
D' Prosper de pietra-Santa.
CHOLÉRINE. — Nom donné par quelques auteurs à la diarrhée prémonitoire qui précède le choléra, dans l’immense majorité des cas, ainsi que l’avait constaté et proclamé le premier, notre illustre maître et ami Jules Guérin, dès 1832, et que l’ont reconnu depuis tous les observateurs sérieux en Angleterre, en Italie, en Allemagne, etc. (V. Choléra). P. L.
CHONDROMES. — On donne ce nom à des tumeurs formées par la production accidentelle de tissu cartilagineux. Elles se rencontrent dans les os ou dans les parties molles et sont beaucoup plus communes dans les os que partout ailleurs. On les trouve par ordre de fréquence dans les os des doigts et des métacarpiens, dans les os du bassin, de la mâchoire, etc., dans les extrémités du fémur, du tibia.. Les chondromes des parties molles se ren-
Fig. 261.
Chondrome des doigts.
contrent surtout dans la parotide et le testicule, plus rarement dans les mamelles, la glande sousmaxillaire, etc. Le chondrome des os s'observe surtout avant vingt ans, tandis que celui des parties molles est plus fréquent après cet âge.
D’ailleurs ces tumeurs se développent sous une influence inconnue et elles sont le plus souvent multiples, surtout lorsqu’elles frappent les mains ou les pieds.
Les chondromes ont une forme sphéro'idale, à surface bosselée; leur consistance souvent dure et élastique comme celle du cartilage normal peut présenter de grandes variétés, car elle est parfois
molle au point de faire croire à la fluctuation, ou dure et pierreuse comme celle du tissu osseux. Ces tumeurs sont naturellement immobiles lorsqu’elles se développent aux dépens du squelette; nées dans les parties molles, elles possèdent une certaine mobilité. Elles sont indolentes, sans action sur l’organisme ; cependant, si d’ordinaire la santé est excellente, elle peut aussi s’altérer comme dans les cas de tumeurs malignes. La peau qui les recouvre est souple et normale; cependant les veines sous-cutanées peuvent être dilatées.
Le chondrome subit un accroissement continuel et progressif, mais très variable dans ses allures; son ulcération est très rare et n’a lieu que par l’excessive distension de la peau; la surface ulcérée ne laisse couler que peu de liquide, et ces liquides n’ont point la fétidité de Vichor cancéreux; cependant, on voit souvent, dans ce cas, le malade pâlir, maigrir, être pris d’une fièvre hectique, il peut même succomber.
L’extirpation est le seul traitement convenable : cette extirpation est en général plus facile lorsque le chondrome, placé dans les parties molles, est entouré d’une coque fibreuse qui permet son énucléation; le chondrome du tissu osseux peut être enlevé indépendamment de l’os lorsqu'il s’est développé à sa surface; dans le cas contraire, il faut procéder à la résection, à la désarticulation ou à l’amputation. D'' Léon Moynac.
chorEe. — La chorée, ou danse de Saint-Guy, est une névrose convulsive caractérisée par des contractions musculaires involontaires, essentiellement irrégulières. Axenfeld l’a définie : un mélange des mouvements convulsifs et volontaires. Bouillaud l’appelait le délire des muscles.
La chorée affecte les enfants à l’âge de la seconde dentition; elle se montre fréquemment aussi chez les jeunes filles à l’âge de la puberté. Son début est lent et graduel, sa marche progressive. Elle est toujours accompagnée d’un certain affaiblissement de l’intelligence.
C’est dans un bras ou dans une jambe que commence les contractions choréiques. Elles s’étendent ensuite aux membres du côté opposé, gagnent les muscles de la face, des lèvres, des paupières et de la langue, avec une intensité plus ou moins grande.
Ces contractions sont irrégulières, involontaires, analogues à des secousses; elles se succèdent avec une rapidité extraordinaire.
Rien de plus bizarre, de plus varié, de plus grotesque, et en même temps de plus pénible à voir, dit Axenfeld, que le jeu de la physionomie chez les choréiques ; les téguments du front s’agitent convulsivement, se plissent, se déplissent ; les sourcils se relèvent, se contractent ou se dépriment ; les paupières clignent et se meuvent avec rapidité ; les lèvres, qui sont tiraillées en tous sens, s’écartent et se resserrent comme pour déguster, en frappant l’une contre l’autre en produisant une sorte de bruit de soupape, en entraînant même la mâchoire inférieure; la bouche s’ouvre ou se ferme, s’agrandit ou s’allonge ; les commissures se relèvent ou s’abaissent successivement à droite ou à gauche; enfin les yeux peuvent se convulser en dedans ou en dehors.
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en haut et en bas, osciller en place ou se contourner, de sorte qu’il en résulte l’aspect le plus singulier, les expressions les plus ridicules, et que tour à tour on voit se dessiner sur le visage la colère, l’indignation, le spasme cynique ; en un mot, les passions les plus diverses et les plus opposées...
Les muscles qui sont le plus souvent et le plus vivement attaqués, sont ceux des membres. De là, une démarche toute spéciale, des espèces de glissades, d’enjambées, d’écarts, de sauts irréguliers, des chutes fréquentes ; et, si le désordre des mouvements est considérable, des titubations, la projection du corps en tous sens...
Sans cesse agités, les choréiques se livrent aux contorsions les plus bizarres et usent avec rapidité leurs vêtements. Pour amener .le bras à un point donné, sur la tète, par exemple, ils le relèvent brusquement et après avoir heurté le tronc et le visage, ils finissent, après un certain nombre de détours, par le placer dans l’endroit indiqué, mais sans pouvoir le maintenir dans cette position. Veulent-ils porter un verre à la bouche pour boire, ils ne peuvent y parvenir qu’après mille gesticulations pareilles à celles des histrions, jusqu’à ce que le hasard leur fasse rencontrer les lèvres. Alors ils vident rapidement le verre et avalent le liquide d’un trait.
Indépendamment de ces symptômes, on observe une modification dans le timbre de la voix, de l’embarras dans la prononciation qui se fait par saccades. Cependant la névrose ne se montre pas toujours avec la même intensité ; elle est susceptible de diminuer ou de disparaître par moments; ses manifestations diverses sont suspendues pendant le sommeil.
La danse de Saint-Guy s’accompagne presque toujours, comme nous l’avons dit, d’un certain affaiblissement des facultés intellectuelles ; elle peut quelquefois aussi se compliquer de folie. Je l’ai vue plusieurs fois associée à l’hystérie; elle devient alors très grave et l’intelligence sombre invariablement.
Les causes de la chorée sont multiples. Les principales sont l’anémie, les émotions vives, principalement la frayeur, la masturbation et surtout la vue d’une personne atteinte de chorée, une altération tuberculeuse des centres nerveux et le rhumatisme.
Sauvages, le premier, avait mentionné les rapports qui unissent la diathèse rhumatismale à la danse de Saint-Guy. Après lui, Stoll a rapporté l’observation d’un jeune homme atteint de chorée et de folie, précédées de rhumatisme articulaire subaigu. Mais c’est aux recherches de Botrel que l’on doit la connaissance des chorées rhumastismales et leur fréquence, puisque, dans les cinq septièmes des cas, il a constaté l’action du rhumatisme sur cette névrose, action contrôlée par Trousseau dans une série d’observations personnelles. Aussi, a écrit le grand chirurgien de l’Hôtel-Dieu, « je ne laisse plus échapper l’occasion de rechercher la loi de coïncidence sur laquelle les travaux de MM. Huguier et Botrel, ont plus spécialement attiré mon attention. Instruit par eux, j’ai pu prédire, en bien des circonstances, que la danse de Saint-Guy affecterait des en-
fants que je voyais atteints de rhumatisme. De plus, j’ai pu prédire réciproquement, que des enfants que l’on m’amenait affectés de la danse de Saint-Guy, auraient tôt ou tard du rhumatisme. Toutefois, on voit rarement de chorée précéder le rhumatisme, tandis que souvent elle lui succède. »
La chorée guérit ordinairement après une durée de deux ou trois mois, en moyenne; elle passe rarement à l’état chronique ; mais il arrive assez souvent qu’elle laisse après elle des tics, des tressaillements involontaires. Ajoutons qu’elle peut récidiver, principalement à l’époque de la puberté chez les jeunes filles et à l’occasion de la grossesse chez la femme.
Dans quelques cas, heureusement exceptionnels, la chorée peut être mortelle. L’agitation est alors poussée à l’extrême, les malades se roulent dans leur lit, ils poussent des vociférations, se heurtent violemment contre tout ce qui les entoure, s’excorient et sont en proie à une insomnie complète; ils finissent par succomber épuisés par de tels efforts. Je me demande, avec notre collaborateur Léon Moynac, si ces cas appartiennent bien réellement à la chorée.
Le traitement de la chorée doit dépendre de la cause à laquelle il faut l’attribuer. C’est ainsi que dans la chorée rhumatismale, il faut avoir recours à la teinture de colchique, aux bains de vapeur et sulfureux, aux diurétiques, et, en général, aux agents employés contre la diathèse rhumatismale.
Dans la chorée chloro-anémique, les préparations ferrugineuses, l’hydrothérapie et les sels de strychnine, sont formellement indiqués. J’ai obtenu, parce traitement, plusieurs succès très remarquables par la promptitude de la guérison, chez des jeunes filles atteintes de danse de Saint-Guy très intense. Je recommande spécialement l’hydrothérapie et la strychnine, leur action combinée est héroïque.
D' Edmond Dupouy.
CHORION. — Nom donné à la plus externe des membranes propres qui enveloppent le fœtus, p. l.
CHOROiOE. — Anatomie. — La choroïde est la se conde des membranes de l’œil, en procédant de dehors en dedans ; elle est intermédiaire à la sclérotique at à la rétine. Elle s’étend depuis le point d’entrée du nerf optique jusqu’au sillon de réunion de la sclérotique et de la cornée. La face-extérieure est en rapport avec la face interne de la sclérotique ; la face intérieure est en connexion avec la rétine. L’extrémité postérieure présente un orifice destiné au passage du nerf optique; l'extrémité antérieure forme ce que l’on appelle la zone chordidienne, dont le bord antérieur se continue avec Tiris qu’il enchâsse, tout comme la sclérotique encadre la cornée. Cette zone choroïdienne se dédouble en avant, au niveau de la circonférence antérieure de la choro'ïde, pour former en avant le ligament ciliaire, en arrière la couronne ou le corps ciliaire.
La choroïde est composée de trois couches qui sont, en procédant de dehors en dedans : (a) la couche cellulaire, adhérant à la sclérotique par des filaments vasculaires très minces, formée de fibres de tissu cellulaire et de cellules pigmentaires; (6) la
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couche vasculaire, constituée par une trame de fibres d(; tissu cellulaire; {<:) la couche "pigmentaire qui tapisse toute la face interne de la choroïde. Elle est formée de cellules aplaties, juxtaposées par leurs bords, de forme hexagonale, renfermant un noyau transparent autour duquel sont groupées un grand nombre de granulations. La nuance que présente le fond de l’œil dépend du nombre de granulations que contiennent les cellules. Si les granulations sont nombreuses, le pigment est brun foncé; si elles sont rares, le pigment est de teinte claire; si elles
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Fig. 262.
Coupe antéro-postérieure de l’œil.
6, G. Choroïde. — 1. Nerf optique. — 2. Gaine du nerf optique. 3. Cornée. — 1, 1. Sclérotique. — 5, 5. Canal de Fontana. —