‹ Dictionnaire populaire de médecine usuelle d'hygiène publique et privéeChapitre 138 sur 238 · Livre a la plus douce tutelle Son enfant jadis délaissé · texte numérisé non relu

Livre a la plus douce tutelle Son enfant jadis délaissé

La crèche a son double but non moins moral que social : Secours à C enfance qu’elle protège contre les étreintes de la mort ; — Aide à la mère pour qu’elle puisse gagner le pain de chaque jour, en lui assurant la liberté des heures de travail, sans que la famille ait à souffrir de séparations prolongées, san altérer par suite les liens familiaux :

Crâniotome du D' blot.

GRÈ

GRE

La plupart des crèches exigent, pour l’admission des enfants, une rétribution dite maternelle, qui, à Paris, est généralement de 20 centimes pour un enfant et, dans les départements, de 10 centimes. Quelques-unes sont entièrement gratuites.

Organisation administrative. — Ces institutions charitables sont régies par un règlement approuvé, le 30 juin 1862, par le ministre de l’intérieur, et dont voici les principales dispositions.

Les enfants sont reçus à la crèche peu après la naissance et jusqu’à ce qu’ils soient en âge d’entrer à la salle d’asile. Ils ne peuvent y être gardés pendant la nuit.

Les enfants sevrés seront séparés autant que possibles de ceux qtii ne le sont pas.

La salle-ou les salles affectées à la garde des enfants doivent contenir au moins huit mètres cubes d’air par chaque enfant. Elles doivent être éclairées par des fenêtres qui se correspondent, à châssis mobiles, en tout ou partie, ou offrir des renouvellements d’air artificiels.

Toute crèche doit être pourvue d’un promenoir à ciel découvert, ou au moins d’une cour, d’un balcon ou d'une terrasse.

Nulle crèche ne peut être ouverte avant que le préfet dans les départements, le préfet de police à Paris, ait fait constater qu’elle réunit les conditions de salubrité ci-dessus prescrites. L’arrêté préfectoral qui en autorisera l’ouverture fixera le nombre d’enfants qui pourront y être réunis.

Les crèches sont exclusivement tenues par des femmes.

On ne doit admettre à la crèche que des enfants en état de santé et qui ont été vacciné ou dont les parents consentent à ce qu’ils le soient dans le plus bref délai. Un médecin doit la visiter chaque jour.

Avantages de la crèche. — La crèche a le grand avantage de favoriser l’allaitement maternel, tout en permettant à la mère de ne pas abandonner son travail. La crèche fait, de plus, office d’école de la maternité, puisque la mère y apprend, par de sages conseils qui lui sont donnés, comment elle doit soigner son enfant. Ces institutions préservent donc un grand nombre d’enfants de la mort comme aussi d’infirmités ou de maladies incurables. A l’appui de cette affirmation, nous citerons quelques faits : le congrès d’hygiène tenu à Bruxelles en 1876 a émis un vœu en faveur de la propagation des crèches, qu’il considère comme l’un des moyens les plus propres à réduire la mortalité infantile. Le même vœu a été formulé par le congrès international de la protettion de l’enfance qui s’est réuni, à Paris, en 1883. De son côté, le D' Alexandre Mac’Cook Weir, de Nottingham, dans un ouvrage publié sous le titre de a Plaidoyer pour les nourrissons et pour les jeunes délinquants », demande que des crèches-écoles gardiennes, calquées sur le modèle de celles qui existent en Belgique, soient créées en Angleterre sous la sanction et sous le contrôle du gouvernement. Ces établissements, ajoute-t-il, prépareraient les enfants à une vie laborieuse et utile au lieu de les former pour le crime. En outre, ils tendraient à détruire l’ignorance des lois de l’hygiène, si générale aujourd’hui. En améliorant l’alimentation, les vêtements, l’éducation des enfants, ils seraient le pro-

phylactique par excellence de la mortalité qui les décime.

Critiques dirigées contre la crèche. — Malgré sa réelle utilité et son caractère essentiellement moralisateur, la crèche, véritable auxiliaire de la famille, a compté de nombreux détracteurs; mais toute idée nouvelle ne rencontre-t-elle pas des obstacles ? Plus cette idée est réalisable, plus elle doit servir l’intérêt général, plus forte et plus persistante n’est-elle pas l’opposition ?

Une seule objection qui soit sérieuse est celle qui reproche à la crèche de propager les maladies de l'enfance, en raison même de l’agglomération des enfants.

Cette critique eut un tel retentissement que, dès le 13 mai 1863 (neuf ans après la fondation de la première crèche), le ministre de l’intérieur se fit un devoir de saisir officiellement de son examen le Conseil d’hygiène publique et de salubrité du département de la Seine. Ce ministre voulut s’entourer des renseignements les plus précis et des éléments d’appréciation les plus incontestables.

Une commission de sept membres — formée de MM. Devergie, médecin de l’hôpital Saint-Louis, Guérard, médecin de l’Hôtel-Dieu, Boutron, membre de l’Académie de médecine, le D' Flandin, Soubeyran, professeur à l’Académie de médecine, Trébuche! et ■Vernois, médecin de l’hôpital Necker, ce dernier rapporteur — fut chargée de visiter, personnellement, toutes les crèches situées dans le département de la Seine.

Ce conseil demanda, en outre, aux commissions spéciales d’hygiène instituées dans les arrondissements, un rapport sur l’état de chaque crèche depuis sa fondation.

C’est dans ces renseignements, recueillis avec le plus grand soin et rapprochés de ses propres investigations, que le Conseil d’hygiène publique et de salubrité a puisé les éléments de sa réponse. Le rapport de M. le D' Vernois fut adopté à l’unanimité par le Conseil, après mûre délibération.

L’examen du Conseil devait porter sur les points suivants :

1° Les locaux affectés aux crèches sont-ils insalubres ?

Réponse : « En général, les locaux occupés par les crèches sont salubres; quelques-uns sont même, sous ce rapport, admirablement disposés ;

2“ L'agglomération des enfants en bas âge leur est-elle nuisible?

Réponse : « Toutes les conditions d’espace, d’aération et de propreté se trouvant réunies, et elles le sont presque toujours, on peut affirmer que l’agglomération dans les crèches n’est pas nuisible aux enfants qui y sont admis ;

3" La transition du chaud au froid qui a lieu, matin et soir, pour apporter l'enfant à la crèche et le ramener chez sa mère, est-elle dangereuse ?

Réponse : « Cette transition n’est pas dangereuse, ni en principe, ni en fait;

4* Le développement d' affections contagieuses estil à craindre ?

Réponse ; « Le développement d’affections contagieuses n’est pas à craindre dans les crèches, puisqu’on n’y admet aucun malade et que les enfants

GRE

GRE

sont visités, chaque lois, à leur arrivée, par un médecin. H n’y a donc pas à redouter plus pour les crèches que pour d'autres établissements qu’elles puissent, par elles-mêmes ou pour des causes liées au contact ou rassemblement des enfants, devenir un foyer de contagion ;

5* Existe-i-il pour les enfanls une institution préférable à la crèche ?

Réponse ; « Si l’on ne considère que le côté pratique de la question, on peut répondre immédiatement qu’aujourd’hui, dans le département de la Seine, il n’y a pas d’établissements plus utiles que les crèches aux enfants des mères qui ne peuvent vivre que de leurs propres bras. 11 n’y a eu qu’une voix dans la Commission pour reconnaître, en principe, l'utilité des crèches. »

La nécessité de la crèche se trouve donc plus qu’affirmée, comme on le voit, par les déclarations de la science médicale.

Situation actuelle de l’institution. — Le nombre de creches qui fonctionnent actuellement est de 180 pour la France et l’Algérie. Le département de la Seine en compte 50, dont 33 à Paris et 17 dans la banlieue.

On peut évaluer à près de douze cent mille le total des journées de présence, produites par les enfants qui fréquentent annuellement les crèches, et à huit cent mille francs environ le chiffre des dépenses effectuées pour ses œuvres, dans l’intérêt de leurs pupilles.

Quelques-unes des plus importantes de ces institutions ont été reconnues comme établissements d’utilité publique.

Les subsides des villes et des départements, les dons de la charité privée, constituent les principales ressources des crèches. Le ministre de l’intérieur, sous le contrôle duquel sont placées ces œuvres, accorde des subventions à celles qui lui paraissent dignes de sa sollicitude, d’après l’examen de leurs comptes annuels.

On a longtemps discuté la question de savoir s’il convenait d’accueillir dans les crèches les enfants nés hors mariage.

La règle qui semble avoir prévalu à cet égard est celle qui fait dépendre l’admission de l’enfant de la bonne conduite de la mère. Notre sentiment personnel est conforme aune large application donnée à ce principe. Il ne faut pas perdre de vue que la malheureuse qui implore en faveur de son enfant témoigne ainsi de son amour maternel et qu’elle devient, par suite, digne d’intérêt et de commisération. Cette hospitalité accordée à son nourrisson sera certainement pour elle un appui moral des plus précieux pour l’encourager à racheter sa faute. Repousser l’enfant naturel serait un acte contraire au principe immuable de la solidarité humaine.

La plupart des crèches de Paris sont ouvertes à cinq heures du matin et fermées à huit heures et demie du soir. Il est très important que le règlement intérieur de chaque crèche fasse concorder les heures d’ouverture et de fermeture' avec celles des ateliers du voisinage ; autrement le principal but de l’institution ne serait pas atteint.

Pour tout ce qui concerne l’hygiène de la crèche, l’alimentation et les soins à donner aux enfants.

les médecins devront toujours être consultés. Ce sont là, en effet, des questions très importantes au point de vue de la santé de l’enfant.

Nous pensons que l’enfant devrait être gardé temporairement, nuit et jour, à la crèche, dans certains cas exceptionnels, et notamment lorsque la mère est malade soit à l'hôpital, soit même à domicile.

Nécessité de la propagation des crèches. — Il serait à désirer que des crèches fussent établies partout où la création en serait jugée nécessaire. Ce vœu, à la fois patriotique et humanitaire, a été formulé par M. Alphonse Karr dans une étude sur l’institution des crèches, insérée au Moniteur universel, dont nous reproduisons l’extrait qui suit : « Il importe que les crèches soient assez multipliées pour ne manquer nulle part à aucun enfant ayant besoin d’y être admis. L’enfant allaité par sa mère et soigné à la crèche, passant de la crèche à l’asile, de l’asile à l’école primaire, de l’école primaire à l’atelier, suivi partout par la tutelle toute maternelle de la patrie, de la société, deviendrait un ouvrier honnête, instruit, sobre, habile, laborieux, utile, heureux, aimé. »

Comme je l’ai dit, la propagation des crèches est lente parce que de telles créations ont été, jusqu’ici, laissées à l’initiative privée qui dispose rarement des moyens d’actions indispensables pour en assurer la réalisation. Le développement si nécessaire de l’institution ne pourrait donc être obtenu que si les villes entraient dans la voie de fondation de crèches municipales, à l’exemple de ce qui vient d’être fait à Saint-Étienne, où la municipalité n’a pas hésité à s’imposer de lourds sacrifices pour doter ce centre industriel de huit crèches, dont cinq sont déjà ouvertes et reçoivent près de cent enfanls.

Les crèches municipales pourraient être facilement installées dans un local dépendant de la commune, et il serait pourvu à leur entretien pnr le budget communal aidé des subventions de l'État. Il s’agit, en effet, d’une œuvre essentiellement communale, puisque la crèche se substitue, dans une mesure assez large, à l’action du bureau de bienfaisance en facilitant le travail des mères, en affermissant la santé des enfants. Par les services qu’elles rendent, les crèches méritent, au premier chef, de devenir des établissements publics communaux.

Le développement de l’institution des crèches est un moyen de faire obstacle à la dépopulation de la France, qui provient, suivant la triste parole de Michelet, de ce que «le berceau est, pour un nombre énorme d’enfants, un petit moment de lumière entre la nuit et la mort. » Trigant de Beaumont.

CRËMASTER. — Nom donné à la quatrième des enveloppes qui forment les bourses ou scrotum, et dont l’action consiste à soulever les testicules et à les rapprocher de l’anneau inguinal (V. Scrotum).

CRÉMATION. — Parmi les questions d’hygiène publique qui se rattachent à la meilleure installation possible des cimetières, il n’en est pas de plus importante que celle de la destruction des

GRE

GRE

corps pâr lo feu- Les epp^reils niodernes permettent d’obtenir l’incinération complète en moins de 2 heures, en réduisant à une poignée de cendres, de 2 à 3 kilog-, le poids initial d’un corps de moyenne taille (de 45 à 50 kilog.). Voulant exposer la question dans son ensemble, nous allons passer très rapidement en revue : la raison d’être de la crémation ; son historique: les objections qu’on lui oppose; les procédés techniques; 1 avenir prochain qui lui est réservé.

Sa raison d’être. — A toutes les époques de l’histoire, et chez tous les peuples civilisés, les hygiénistes et les législateurs se sont préoccupés de ce terrible point d'interrogation : Que faire des morts? La terre étant le réservoir commun des sources de la vie, par une loi inéluctable de la nature, tout ce qui a vécu doit mourir, et tout ce qui meurt doit se transformer en nouveaux principes de vie. L’enterrement des corps s’est tout d’abord imposé comme une exigence fatale de cette métamorphose, car on espérait, par ce moyen, rendre a la terre les phosphates, les carbonates, et tous les éléments fécondants que contenaient ces cadavres.

Plus tard, pour combattre l’insalubrité de l’air des cimetières, et de l’eau potable qui les traversent, l’homme a tenté de soustraire sa di-pouille mortelle à la loi de décomposition lente et putrive des corps, et d’obtenir d’une manière plus rapide, au moyen des procédés de la crémation, les produits gazeux et solides, indispensables à la vie des plantes comme à celle des animaux.

Historique. — Chez les peuples de l’antiquité, l'incinération constituait un honneur suprême rendu aux héros et aux grands hommes (Homère).

Les Étrusques et les premiers habilants du Latium incinéraient leurs cadavres (Virgile).

Les Germains livraient aux flammes les corps de leurs illustres chefs (Tacite).

Les Hébreux ont incontestablement connu et pratiqué la crémation (Livre des Rois).

Les Romains commencèrent par incinérer leurs morts, mais pendant la période de décadence de l’Empire, les cérémonies funèbres se modifièrent comme toutes les autres institutions politiques et sociales.

Au moment de l’apparition du Christianisme, les premiers fidèles déposaient leurs cadavres dans les catacombes, mais au V® siècle, les Pères de l’Église repoussèrent l’incinération parce que les Pa'iens y attachaient l’idée de la purification corporelle et morale.

Pendant de longs siècles, l’incinération, reléguée dans les coutumes de l’extrênje Orient, n’arriva à la connaissance de l'Europe civilisée que par les récits des voyageurs ; mais un vaste mouvement d’opinion, en sa faveur, se fit en France vers la fin du XVllP siècle, lorsque se posa la grande question des sépultures nutionales. A ce moment, le conseil des Cinq-Cents ne rejeta qu’à une faible majorité la loi qui admettait la liberté du choix entre l’inhumation et la crémation.

En 1800, le comte Frochot, préfet de police, l’autorisait en ces termes : « Les derniers soins à rendre aux dépouilles humaines sont un acte religieux.

dont la puissance publique ne pourrait prescrire le mode, sans violer le principe de la liberté des opinions. »

Toutefois, 'il faut arriver aux années 1870-1871 pour voir, dans toute l’Europe, le réveil de la réforme hygiénique de la crémation.

C’est en Allemagne qu’ont été opérées les premières incinérations sous le contrôle scientifique, et avec des appareils perfectionnés (Crématoire de Gotha, système Siemens).

L Italie, qui avait agité la question de la réforme dans les Gongrès scientifiques de Florence, de Rome et de Turin, obtenait bientôt, dans son Code sanitaire, l’insertion d’une clause en faveur de la crémation facultative, et c’est en janvier 1876 qu’avait lieu, à Milan, celle du baron Albert Relier, au moyen du procédé Polli-Clericetti. Actuellement des crématoires sont installés à Lodi, Crémone,, Venise, Padoue, Rome, et il n’y a pas de semaines où l’on ne voie fonctionner les 2 fours crématoires du cimetière monumental de Milan.

Aux États-Unis on compte, à cette heure, trois centres d’incinération, dont le premier créé par le docteur Lemoyne, est situé à SaUows-Hills, près de Washington.

En Angleterre, sous la puissante initiative de sir Henry Thompson, a été inauguré le crématorium de Woking (Surrey), construit sur les plans de Gorini et de William Lassie.

La Belgique préconise, avec MM. Kuborn et Jacques, un système d’incinération par voitures roulantes, applicable aux animaux morts d’affection contagieuses, et aux grandes agglomérations de cadavres à la suite des grandes batailles.

En Suisse, en Autriche, en Hollande, dans les pays Scandinaves, ont été organisées des sociétés de crémation ayant pour but de poursuivre légalement sa réalisation.

La France, un moment distancée par les nations voisines, tend à prendre sa place d’avant-garde. De vaillants publicistes ont pris en main le drapeau de la réforme, et leurs aspirations ont trouvé un puissant écho au sein du Conseil municipal de Paris par l’organe de MM. llérold. Cadet, de Hérédia, Morin, Level, etc. « Nous autres. Français, écrivait naguère ce dernier, nous sommes ainsi faits : les idées, ce pollen de l’intelligence que nous semons dans le monde entier, germent chez les autres peuples, et nous reviennent avec une substitution de paternité. »

Ajoutons ici qu’un projet de loi autorisant la crémation facultative, présenté à la Chambre des députés par M. P. Casimir Périer, dans la séance du 8 avril 1882, a déjà été l’objet d’un rapport favorable de la commission parlementaire et n’attend plus que les honneurs de la discussion publique.

Voici le projet de M. Casimir Périer :

Art. lia — Tout citoyen pourra, par acte de dernière volonté, décider que son corps sera soumis à la crémation, au lieu d’être inhumé' dans les conditions usitées jusqu’à ce jour. A défaut de l’expression de la volonté personnelle, toute famille ou toutes personnes qualifiées h cet effet, auront le droit de faire procéder à la crémation du corps de la personne décédée.

Art. 2. — En cas d’opposition fondée sur quelque motif

GRE

GRE

que ce soit, il sera statué dans les \ingt-quatrc heures par le juge de paix du domicile, lequel pourra, soit ordonner qu’il sera sursis, soit ordonner 1 inhumation provisoire^ jus(]irà décision définitive.

Art. 3. — En cas de dénonciation de crime, ou d’action directe exercée par le ministère public, il devra être procédé h l'autopsie aux frais de qui de droit, préalablement à la crémation, et, sur le refus des intéressés, en l’absence d’une décision judiciaire, l’inhumation aurait lieu.

Art. 4. — l’n règlement d’administration publique déterminera toutes les conditions de constatation préalable, d’ordre et de police, auxquelles devrait être subordonné l’exercice du droit accordé par la présente loi.

Art. 5. — Sont abrogées toutes les dispositions légales antérieures, contraires k la présente loi.

Réponse aux objections. —Elles sont de plusieurs ordres. Les unes, de sentiment, tiennent à la répugnance de voir les dépouilles mortelles d’un homme brûler à petit feu sur un tas de bois et de charbons; les autres, religieuses, s’appuient sur le verset de la Bible : « Car vous êtes poussière et vous retournerez en poussière. »

Le spectacle d’une exhumation, après quelques semaines seulement de séjour sous terre suffirait, à notre avis, pour combattre les premières ; quant aux secondes, il nous suffira de rappeler que les missionnaires de la rue du Bac conservent précieusement dans des urnes les cendres de leurs martyrs tombés au loin sur les champs de bataille de la foi.

Les objections dites scientifiques font redouter, d’une part, que l’humanité ne meure de froid par destruction de toute matière combustible ; de l’autre, que l’anthropologie et la phrénologie ne retrouvent plus dans les squelettes la chronologie du genre humain.

Bornons-nous à rappeler qu’il n’est plus besoin de recourir aujourd’hui aux grands bûchers de bois, et que les arts modernes permettent de fixer d’une manière durable nos ressemblances et nos caractères anatomiques dans l'échelle zoologique.

L’objection la plus sérieuse est fournie par la médecine légale, à la^juelle la crémation enlèverait la possibilité des exhumations juridiques, autrement dit des investigations que réclame la justice après la mort dans les cas de crimes.

D’abord, en présence du nombre très restreint de ces exhumations, on peut se demander si la santé de populations entières bénéficiant des avantages hygiéniques de l’incinération, ne doit pas primer l’immunité qui pourrait résulter pour un coupable dans des cas très exceptionnels.

En second lieu, dans les brochures que nous avons publiées de 1872 à 1882, nous avons démontré la possibilité de répondre aux exigences légitimes de la médecine légale en imposant ces trois conditions préalables :

1* Désir formel du défunt et consentement de la famille, crémation facultative ;

2® Autopsie pratiquée par le médecin légiste de la circonscription ou certificat du médecin vérificateur des décès attribuant la mort à des causes naturelles;

3° Autorisation délivrée par la préfecture de police, après enquête préalable sur la vie et la.maladie de la personne.

Ajoutons de suite que la grande majorité des empoisonnements (312 sur 617) sont produits par des

substances métalliques que l’analyse chimique peut retrouver aisément au milieu des cendres.

Procédés techniques. — L’incinération des corps, envisagée au point de vue des temps anciens et de l’époque moderne, peut s’obtenir par trois ordres de moyens: A, le bûcher; B, le gaz d’éclairage; C, le mélange des gaz et de l’air plus ou moins comprimé.

A. Homère nous a donné, dans Vllliade, la description des bûchers qui avaient servi aux funérailles de Patrocle et d’Hector.

La légende d’Artémise, reine de Carie, nous apprend comment Mausole, son époux, avait été brûlé sur une pile de plantes odoriférantes arrosées de parfums.

Les récits des voyageurs célèbres nous ont fait assister à la triste cérémonie d’autrefois des veuves du Malabar, montant sur des bûchers saupoudrés de camphre et d’aromes.

Les Indiens brûlent encore leurs corps sur du bois de santal (pour les riches), sur des tourteaux de fiente de vache desséchée au soleil (pour les pauvres).

Au Japon, dans le crématoire de Kivigaja, l’incinération de plusieurs corps s’opère dans une chambre spéciale au moyen de quelques fagots de bois.

Et au mois d’août 1884, les journaux de Paris nous ont raconté comment s’était effectuée, sur la plage d’Étretat, la crémation d’un riche rajah de l’Inde.

B. La première crémation faite en Italie a été effectuée au moyen du gaz d’éclairage par l’appareil Polli Clericetti. 217 becs à air et à gaz, véritables dards de chalumeau, formaient au cadavre un vrai lit de flammes.

C. Les appareils qui fonctionnent par le mélange des gaz et de l’air peuvent se diviser en deux catégories : \q& fours à cornue qui opèrent une simple distillation, et les fours à gaz qui réalisent une véritable combustion, en anéantissant le corps avec toute la rigueur chimique et organique.

Parmi ces derniers qui offrent la solution la plus simple du problème pratique, nous citerons :

1° Celui de MM. Millier et Fichet, de Paris (une très haute température est obtenue par la combustion active d’oxyde de carbone chaud mélangé à de l’oxygène également chaud);

2® Celui de Poma-'Venini, installé dans le cimetière de Milan (combustion de gaz de chauffage rendue plus active par de l’air surchauffé avec utilisation des gaz provenant du cadavre lui-même) ;

3» Le four Siemens, de Dresde, qui fonctionne dans le crématoire de Gotha, véritable four a puddler comprenant une sole d’incinération, un régénérateur et un gazogène.

Cet appareil, où l’on peut atteindre des températures de 1300 ou de 1500 degrés, est susceptible d’opérer l’incinération complète en moins d’une heure avec la plus petite quantité de résidus possible 2'‘50 pour un poids initial de 100 kilogr.).

Son avenir. — Comme conclusion de l’étude que nous venons de faire de cet intéressant problème d’hygiène publique, nous nous croyons autorisé à affirmer : que la crémation des cadavres et la conservation de leurs cendres doivent, à un moment

GRE

GRE

donné, se substituer au mode actuel d’ensevelissement puisque, avec elle, et au très grand profit de la salubrité et de l’hygiène publique, sans offenser la religion, sans léser les droits imprescriptibles de la société, en respectant toujours le libre arbitre des décédés, leurs volontés dernières, les sentiments sacrés de la famille, l’on peut honorer la mémoire de ceux qui ne sont plus.

La crémation imite parfaitement l’œuvre de la nature : ce que celle-ci produit lentement, par des voies obliques , par l’intermédiaire d’émanations nuisibles, la combustion l’accomplit avec rapidité, et sans danger d’aucune sorte, ne laissant à la surface de la terre qu’une masse minime de cendres inertes.

Au point de vue pratique, des procédés, aussi simples qu’ingénieux, ont été proposés et expérimentés pour atteindre le but suprême, dans un espace de temps assez limité, et avec une dépense d’argent assez restreinte.

Parmi tous les appareils employés au cours de ces dernières années, le four régénérateur de Siemens, de Dresde, est incontestablement le plus perfectionné.

Mais n’oublions jamais qu’à la France revient l’honneur d’avoir posé l’incinération des corps au rang des grands problèmes de l’hygiène publique moderne ! O' prosper de pietra-Santa.

CRÈME. — On appelle crème une matière jaunâtre, épaisse et onctueuse, agréable au goût, qui s’élève à la surface du lait abandonné à lui-même au repos et dans un lieu frais, qui est formé de beurre, de caséum et de sérum (V. Lait). p. l.

CRÈME DE TARTRE — (V. Tartrate de potasse.)

CRÉOSOTE. — On donne ce nom à un produit huileux, transparent, incolore, mais se colorant en jaune foncé au soleil, très soluble dans l’alcool et l’éther, peu soluble dans l’eau, d’une odeur forte et désagéable, d’une saveur âcre, brûlante et caustique, que Reichenbach a retiré, en 1832, du goudron de bois par distillation.

Effets. — Appliquée sur la peau, la créosote détermine une cuisson légère et de la rubéfaction. Appliquée sur la peau dépouillée de son épiderme ou sur les muqueuses, elle agit comme caustique, attaque les tissus et les blanchit un peu à la façon du nitrate d’argent et les desquamme.

La créosote jouit de la propriété de coaguler l’albumine et de conserver les matières animales après la mort. Elle tue rapidement et à faible dose les organismes inférieurs et s’oppose aussi à la fermentation putride.

La créosote est donc astringente, caustique,'antiseptique et antiputride.

Administrée à l’intérieur, ses effets varient suivant les doses. A doses faibles et diluées, la créosote ne donne qu’une sensation passagère de chaleur dans l’œsophage et l’estomac, avec odeur et saveur désagréables. A doses élevées, ces effets sont plus accusés ; on observe de plus des nausées, des vomissements, des vertiges, de la céphalalgie, de la diarrhée, des envies fréquentes d’uriner, etc. Enfin,

si on l’administre à dose massive, aux accidents déjà énumérés, viennent s’ajouter des troubles des organes des sens, des contractures des muscles, un ralentissement du cœur, de la dyspnée, de la suffocation, la cessation des mouvements circulatoires, l’impossibilité de la déglutition, de l’hypersécrétion bronchique, et l’asphyxie au milieu des convulsions.

Usages. — La créosote est utilisée comme remède externe et comme remède interne.

A l’extérieur, on l’a appliquée comme hémostatique pour arrêter les hémorrhagies consécutives aux blessures, les épistaxis, le sang des piqûres de sangsues. On l’a aussi appliquée au pansement des plaies, des ulcères simples et gangréneux. On l’a conseillée contre certaines maladies de peau, eczéma humide, impétigo, prurigo, etc., contre la gale, les teignes, etc., sous forme de pommade,

Axonge 30 grammes

Créosote I à 6 grammes

suivant les cas. On l’a encore etnployée contre les verrues et les tumeurs érectiles. Enfin, tout le monde sait que la créosote est journellement employée pour calmer les douleurs de la carie dentaire et pour guérir cette affection, en appliquant dans le trou de la carie un petit tampon de coton trempé dans la solution suivante :

Créosote 1 gramme

Alcool 10 grammes

De toutes les applications externes de la créosote, cette dernière est même la seule qui soit restée dans la pratique courante.

A l’intérieur, on a conseillé la créosote, à la dose d’une ou deux gouttes dans un demi-verre d’eau sucrée avant les repas, aux individus atteints de dyspepsie atonique ; et à la dose de 2 à 5 gouttes contre la diarrhée et la dyssenterie. Ce médicament a été conseillé aussi contre les vomissements qui surviennent pendant la grossesse, dansl’hystérie, la phthisie, le choléra, à la dose de une à deux gouttes toutes les deux heures. MM. Pécholier, Morache et Gaube, se basant sur les propriétés antiseptiques et antifermentescibles de la créosole l’ont préconisée contre la fièvre typhoïde, et ont retiré de bons effets de son administration simultanée par la bouche et en lavements.

Mais les affections contre lesquelles la créosote est aujourd’hui administrée le plus fréquemment et avec le plus de succès, sont les affections de l’appareil respiratoire, bronchite chronique et phthisie pulmonaire. Déjà en 1833, Reichenbach avait expérimenté la créosote contre la phthisie avec succès, et après lui Granjean, Niguet, Rampold et Werbeeck avaient proclamé l’influence remarquable qu’exerçait ce médicament sur cette terrible maladie. Mais ce sont surtout les expériences entreprises en 1877 par Gimbert de Cannes et le professeur Bouchard qui ont contribué à vulgariser son emploi. 11 résulte de ces expériences que la créosote du hêtre, après 8 à. 15 jours de traitement, diminue l’expectoration, calme la toux, apaise la fièvre, augmente l’appétit, relève les forces, supprime parfois et complètement les sueurs nocturnes si fatigantes, et

GRE

GRÉ

oo3

redonnent au malade l’embonpoint qu’il avait perdu. Les râles qu’on entendait dans la poitrine disparaissent et font place à un bruit respiratoire, mais plus ou moins rude, dû à l’induration cicatricielle du tissu pulmonaire malade. Cette amélioration persiste et il y a rarement un retour offensif de la maladie si l’on a soin de ne pas suspendre trop tôt le traitement.

Les docteurs Hugues, Bravet, Cadier, Ernest Labbée, les professeurs Brouardel, Maurice Raynard, Berlioz, Dujardin-Beaumetz et un grand nombre de médecins, ont employé et emploient la créosote avec le meme succès. Ajoutons que la créosote donne aussi d’excellents résultats dans les catarrhes bronchiques chroniques.

La dose quotidienne à laquelle on doit administrer la créosote dans les affections de l’appareil respiratoire, est de 40 à 60 centigrammes. Mais il faut toujours avoir recours à la créosote vraie de hêtre, absolument pure. Les capsules Dartois, les gouttes Livoniennes , la solution Pautauberge , la glycérine créosotée de Ca<i//o7i,sontd’excellentes préparations, irréprochables au point de vue de la créosote employée et de son dosage exact et rigoureux. Aussi les médecins les prescrivent-ils de préférence aux créosotes impures du commerce.

Empoisonnement. — En présence d’un empoisonnement par la créosote, facile à reconnaître par l’odeur spéciale qui se dégage de la bouche du malade et par les symptômes qu’il présente et qui ont été énumérés plus haut, il faut tout d’abord administrer un vomitif, puis faire avaler au malade une quantité d’eau albumineuse destinée à neutraliser le poison, la créosote ayant la propriété de coaguler l’albumine, ainsi que nous l’avons dit; enfin calmer l’irritation des voies digestives au moyen des émollients et des calmants. D' Padl Labarthe.

CRÉPITATION. — Nom donné par les chirurgiens au bruit spécial produit par les deux fragments d’un os fracturé, lorsqu’on les frotte l’un contre l’autre.

CRESSON. — Le cresson, vulgairement appelé cresson de fontaine, est une plante vivace qui croît spontanément sur les bords des ruisseaux d’eau vive et que l’on cultive dans des cressonnières. Les premières cressonnières qui aient été établies en France, sont celtes de Saint-Léonard, dans la vallée de la Nonette, entre Sentis et Chantilly. Le cresson renferme, d’après Chatin, une huile volatile sulfoazotée, un extrait amer, de l’iode, du fer, des phosphates, etc. Les feuilles et les tiges fraîches sont ^ parties de la plante généralement employées.

k. peine introduites dans la bouche et soumises à la mastication, les feuilles de cresson y développent une saveur piquante et amère caractéristiques, en même temps qu’un afflux de salive considérable. L’estomac est heureusement influencé par leur présence, la sécrétion du suc gastrique augmente, l’appétit s'accroît, la température s’élève, surtout au moment de leur absorption, jusqu’au moment de leur élimination par les divers éraonctoires naturels.

Il suit de laque le cresson est un stimulant et un Dictio.xnaire popcuire de médeclne usuelle.

stomachique avantageux. Son usage prolongé finit par transformer à la longue la constitution de l’individu. Le cresson agit alors comme altérant et dépuratif.

.\insi le cresson ne se mange pas seulement en salade, il se prescrit encore sous forme de suc ou de sirop. Le suc pris à la dose de 100 à 200 grammes par jour, seul ou assaisonné de sel et de quelques gouttes de vinaigre, convient aux sujets lymphatiques, scorbutiques ou goitreux ; le sirop s’emploie dans les maladies des voies urinaires, les catarrhes des bronches et aux différents degrés de la phthisie pulmonaire où il produit parfois de bons résultats.

M. Maître, pharmacien, ancien interne des hôpitaux, prépare sous le nom decre^^on Maître un jus de cresson concentré et iodé, d’une belle coloration verte, qui n’est pas désagréable au goût et peut être supporté par les personnes les plus délicates.

Disons enfin que le suc de cresson entre dans la composition du vin et du sirop anti-scorbutique.

D' Marc. Camuoulives.

Fig. ;t36. — Cresson.

CRÊTE. — Nom donné en anatomie à des saillies plus ou moins accusées qui existent sur les os : crête du tibia, crête du cubitus, crête iliaque, etc.

CRÊTES DE COQ. — (V. Végétations.)

CRÉTIN. — Avec Baillarger nous définirons le crétin, un être physiquement, et intellectuellement dégénéré, trapu, osseux, le plus souvent maigre, parfois bouffi, œdématié, et toujours difforme. Sa complexion chétive, lourde et épaisse, dénote un développement général dans le sens de la charpente. Son teint est ordinairement d’un blanc livide, comme crétacé ; d’autres fois, il a l’aspect terne et brun, rappelant celui des pellagreux, d’où le nom de marron qu’on lui donne dans certaines contrées. Chez les individus œdématiés, la peau est jaunâtre et tachée ; elle est chez tous particulièrement rugueuse, dépourvue d’élasticité et très peu sensible. Cet aspect s’accentue rapidement avec les années, les transitions de l’àge étant à peine marquées; le crétin paraît passer en effet presque tout d'un coup de l’enfance à la vieillesse; des rides apparaissent prématurément et donnent à l’individu l’aspect vieillot et décrépit longtemps avant l’âge. La tête du crétin est volumineuse, de forme irrégulière et développée surtout dans le sens de la largeur. Les cheveux sont épais, la plupart du temps très fournis, courts, tombent rarement et ne blanchissent jamais. La figure est stupide, indolente et bestiale ; le cou est très gros et très court et affecté de goître; le thorax est déformé, l’abdomen très gros et ballonné. Les

CRI

CRI

parties génitales très développées chez les demi-crétins sont rudimentaires chez les vrais crétins; enfin, les membres supérieurs et inférieurs sont extrêmement courts ou, au contraire, extrêmement longs, mais toujours disproportionnés. Quant aux facultés intellectuelles, elles sont complètement atrophiées, surtout chez la femme. p. l.

CRÉTINISME. — (V. GoHre.)

CREVASSE. — (V. Gerçures.)

CRICOÏDE. — Nom donné en anatomie au plus inférieur des cartilages du larynx (V. ce mot). p. l.

CRIMINALITÉ. — Qualité de ce qui est criminel, selon la définition donnée par le dictionnaire de l’Académie. Je n’ai pas à traiter ici des actes, c’està-dire des crimes et des délits considérés au point de vue de la classification, de la procédure, etc.; c’est l'affaire des jurisconsultes. Mais j’ai le droit et le devoir de m’occuper des personnes, c’est-à-dire des criminels; c’est décidément, et de plus en plus, l’affaire des physiologistes et des médecins. « Pour toutes les personnes familières avec l’étude du système nerveux central, dit très bien le docteur Daily, la criminalité et la folie constituent deux manifestations spéciales de la déchéance organique, héréditaire ou acquise ». Depuis le jour où ce savant distingué publiait cette note dans le dictionnaire de Littré et Robin (13® édition, 1873), des travaux nombreux et importants sont venus donner à ces idées une précision et une certitude qui ne laissent rien à désirer. Le temps est venu de formuler cette doctrine d’une façon dogmatique et d’ouvrir ainsi à la philanthropie éclairée et bien entendue des horizons nouveaux.

« Mens sana in corpore sano », tel est l'axiome qu’il faut avoir sans cesse présent à la pensée dans le cours de ces études, en se rappelant de plus que le « corps » est représenté, ici, surtout par le cerveau, organe nécessaire et incontesté des facultés intellectuelles et morales. Or, qui de nous, en visitant une prison ou un bagne, a pu se défendre d’un sentiment de dégoût, plus encore que d’horreur, à la vue des misérables, justement réduits, par la société, au plus dur et au plus honteux esclavage? Mais, en général, on rapporte ce sentiment, moins au physique des prisonniers qu’à leur moral : on se figure, à part les exceptions trop frappantes, que l'idée du crime commis les fait surtout paraître ignobles à nos yeux.

C’est une erreur : le « physique » des criminels « endurcis » est réellement ignoble dans la grande majorité des cas; et lorsque cette ignominie, cette difformité n’apparaît pas à la surface, soyez sûr que presque toujours, sinon toujours, elle existe dans leur cerveau. Le docteur A. Knecht ayant examiné 1,214 condamnés (pour vol, surtout; quelques incendiaires, meurtriers, etc.) renfermés dans la prison de Waldheim (Saxe), a constaté des anomalies physiques, des infirmités et difformités, sur 579 d’entre eux, soit une proportion de 48 p. 100. Et chez 130 seulement, l'anomalie était unique; chez 449 autres, il y en avait deux ou un plus grand nombre à la

fois. Comme particularités, on peut signaler 118 cas d'asymétrie du crâne, 23 hydrocéphales, 32 cas de prognathisme. 11 y avait 20 idiots avérés, 41 faibles d'esprit. D’ailleurs, les difformités et vices de conformation dénotent, dans un certain nombre de cas, un état anormal des centres nerveux (A//. Zeifschrift fur Psychiatrie, 1883). Siffredi trouva sur 80 jeunes détenus (criminels mineurs) enfermés dans la maison de correction « La Generala », 48 individus atteints de difformités ou de vices de conformation divers {Archivio di Psichiatria, 1882).

Pénétrant plus avant, le D® Bordier, professeur à l’école d’anthropologie, a examiné avec un soin et une attention qu’on ne saurait trop louer, une série de 36 crânes d’assassins décapités pour leurs crimes. Sur presque tous, il a trouvé la région pariétale considérablement développée aux dépens de la région frontale. « Or, cette portion de l'encéphale (sous-jacente à la région pariétale) nous intéresse ici particulièrement, écrit le judicieux observateur. C’est là que se trouvent les centres moteurs, à la partie supérieure des circonvolutions frontale et pariétale ascendante ; c’est là que se trouvent le lobule paracentral avec les cellules géantes de Diéters, lobule que Mierzeyenski a vu atrophié chez un microcéphale apathique, hypertrophié, au contraire, chez les agités. » [Etudes anthropologiques sur une série de crânes d'assassins, 1881.) Ces caractères, l’extrême développement de la courbe sous-cérébrale, la réduction de la courbe frontale, sont ceux que l’on a pu reconstituer comme propres aux hommes sauvages des temps préhistoriques, contemporains du Mammouth et de l’ours des cavernes ; ils reparaîtraient chez les assassins en vertu d'une sorte d’atavisme et comme par l'effet d’un retour à la barbarie des temps primitifs. Le D'' Bordier a constaté de plus, dans un certain nombre de cas, des altérations pathologiques, acquises (surtout l’ostéoporose, l’ossification prématurée des sutures, etc.), ce qui laisse un certain champ à la thérapeutique et à l’hygiène.

Mais il fallait aller plus loin, et, dans le cas même où aucun indice extérieur, aucune irrégularité apparente ne faisait pressentir l’existence d’une anomalie siégeant dans le cerveau, rechercher si cet organe était véritablement intact et normal. C’est ce qu’a fait Benedikt, de Vienne, et il est arrivé aux résultats les plus précis. A côté du type normal du cerveau, quant aux circonvolutions, lesquelles sont séparées, d’ordinaire, les unes des autres par des sortes de ponts ou plis de passage, il a reconnu l’existence d’un type anormal qu’il caractérise de la façon suivante : « Si l’on se figure les anfractuosités cérébrales comme autant de ruisseaux, un corps flottant pourrait, dans ce cas, passer de l’une d’elles à presque toutes les autres. » Du reste, entre le type des scissures normales et celui des scissures confluentes on peut observer les transitions les plus variées. Dans une étude approfondie qu’il a faite des cerveaux d" 19 criminels (Vienne, 1879), ce type anormal n’a jamais fait défaut. De plus, dans un grand nombrt; de cas, les hémisphères cérébraux n’arrivaient pas à recouvrir complètement le cervelet, détail anatomique d’un caractère essentiellement bestial.

CRI

CRI

Ces faits si graves, quant à leurs conséquences, ont été continués par l'illustre et regretté professeur Broca, dans son examen du cerveau de l’assassin Prévost. Ils ont été constatés aussi sur l’encéphale de Menesclou, sans parler du ramollissement généralisé dont l’organe de la pensée était atteint chez cet individu. {Bullelin de la Société d'anthropologie, 1880, p. 233 et 578).

Déjà en 1878, Césare Lombroso, professeur de médecine légale à PUniversité de Turin, publiait sous le titre de L'üoino delinquenle (Le Criminel), un ouvrage considérable, basé sur l’étude approfondie de faits nombreux, et dans lequel il arrivait, sauf quelques différences de détail, aux mêmes conclusions que Benedikt, Broca et Bordier. Pour lui, « le prognathisme, l’abondance des cheveux crépus, la barbe clairsemée, la couleur souvent très brune de la peau, l’oxycéphali, l’obliquité des yeux, la petitesse du crâne, le développement des mâchoires et la saillie des pommettes, le front fuyant, le volume exagéré des oreilles, les ressemblances entre les deux sexes, la faiblesse musculaire relative, sont autant de faits qui s’ajoutent aux caractères nécroscopiques pour rapprocher le criminel européen de l’homme austral ou mongolique » (p. 66).

Mais on ne s’est pas contenté de remonter aux types imparfaits et primitifs de l’espèce humaine : on a voulu aller au delà. Instruits par la grande doctrine de l’Évolution, qui s’applique à la nature entière et à ses manifestations infinies, les savants contemporains se sont demandé si les traces de la criminalité ne se retrouveraient pas chez les animaux mêmes, et leurs travaux ont abouti à une conclusion affirmative.

En 1883, et presque en même temps que Lombroso, le docteur A. Lacassagne, professeur de médecine légale à la Faculté de Lyon, publiait un intéressant travail sur la Criminalité chez les animaux. Estimant, comme le judicieux Charles Leroy, que « la morale des loups pourrait bien éclairer celle des hommes » , il se proposait d’étudier scientifiquement « certains actes délictueux des animaux, afin de les comparer aux actes semblables commis parles homme; et punis parles lois. C’est, disait-il, une étude de Psychologie criminelle comparée. » Sans insistei sur les abeilles voleuses, étudiées par Buchner dans son livre si curieux {La vie psychique des bête , Paris, Reinwald, 1883), sur les serins qui tuent leurs femelles, cassent leurs œufs pour les manger ou massacrent leurs petits quand ils leur ont permis de sortir de la coquille (Buffon), je me bornerai au fait caractéristique suivant ; « Un chien de l’Ecole vétérinaire d’Alfort, obligé de partager les débris des dissections avec un porc, le prit en telle aversion, qu’un jour, étant parvenu à briser la chaîne qui l’attachait, il se précipita sur ce pachyderme, le tua net, lui ouvrit le ventre et lui déchira les oreilles. » (Lacassagne, Soc,civ.,p. 17). Dans un ouvrage tout récent (Z’Omicidio in rapporte alla scienza, etc.)E. Feri'i résume ainsi son opinion sur la matière : «De même que la vie matérielle de l'homme dans ses manifestations normales, n’apparaît que comme la copie et le développement successif de la vie matérielle des ani-

maux, de même les actes criminels, qui ne sont chez lui qu’une manifestation anormale de la vie matérielle, ne sont que la reproduction et le développement de la criminalité animale. »

Il est impossible de résumer ici toutes les découvertes dont la science s’est enrichie, à cet égard, dans ces. cinq ou six dernières années, d’analyser les travaux de Flesch, de Paul Moreau, etc. C’est un fait acquis, désormais, que les criminels sont dans l’immense majorité des cas, de véritables monstres au point de vue de la conformation de leur cerveau; ce sont des « brutes », dans toute la force du terme, et des plus féroces, incapables, comme le disait déjà Ferrus en 1830, « de peser très judicieusement le bien .et le mal, et dès lors, de se pénétrer parfaitement des conditions morales de l’état social, et de se soumettre, avec connaissance de cause, aux lois sur lesquelles il est assis. »

Les métaphysiciens ont jeté les hauts cris en déclarant qu’on supprimait ainsi la responsabilité, qu’on excusait le crime et que le monde allait devenir la proie des voleurs et des assassins. D’autre part, des penseurs plus émancipés ont répondu a qu’il ne s’agissait pas de justice, mais d’utilité sociale ; » que peu importait, d’ailleurs, la fatalité, du crime, tout individu qui tue étant bon à tuer, comme la vipère qu’on écrase quand elle vous mord.

Les uns et les autres se trompent : les métaphysiciens par ignorance pure, les questions de philosophie scientifique leur étant complètement étrangères, — les autres, 'pour avoir méconnu les principes les plus élémentaires de la politique. Toutes les personnes familières avec les écrits des maîtres, avec Aristote, Hobbes, Spinoza, Beccaria, savent que la justice, selon l’expression du plus grand d’entre eux, c’est précisément l'utilité sociale, l'intérêt général (Aristote, Po/tL, III, 7). Elle commence avec la Société civile, née peu à peu, non d’un contrat, mais de la nature des choses; elle n’a pas de place en dehors de l’État. Le premier droit, le premier devoir du corps social, ;c’est en effet de se conserver. « Les peines qui ne sont pas indispensables au salut public, dit Beccaria, sont injustes de leur nature ; et les peines sont d’autant plus justes que la sécurité de tous est plus inviolable et plus sacrée, en même temps que la liberté est plus grande. »

D’autre part, tout individu est responsable des dommages occasionnés par son fait, quelle que soit la cause intérieure ou externe, qui a déterminé sa volonté. Qu’un aliéné commette un meurtre, et immédiatement on l’enferme dans une variété particulière et plus confortable de prison, appelée « asile » où on le retient et où l'on devrait, dans tous les cas, selon moi, le retenir pour le reste de ses jours.

L’assassin ordinaire, criminel par nécessité, — dans le cas où il est atteint, comme c’est le fait habituel, d’un vice de conformation cérébrale, héréditaire ou acquis, — subit un sort analogue, ou même parfois moins dur, quand on l’envoie cultiver le sol de quelque colonie lointaine. Quelquefois, tous les jours plus rarement à mesure que nous nous éloignons de la bai'barie primitive, on le pend ou on le coupe en deux; il y a un siècle environ, on le faisait mourir à petit feu sur la roue, en lui brisant

CRI

CRI

li's membres, etc., etc. Quelque horribles et répugnants que paraissent à un homme véritablement civilisé tous ces procédés d’un autre âge, la guillotine comprise, s’il était prouvé que la peine de mort eût une efficacité quelconque au point de vue de la diminution des crimes, c’est-à-dire de la préservation sociale, il faudrait, tout en gémissant, consentir à la conserver. Mais comme les faits sont en contradiction formelle avec cette manière de voir, comme d’autre part, les vices de l’organisation sociale sont responsables, pour une part, de la genèse des criminels, il importe de renoncer au plus vite, à massacrer officiellement et de sangfroid, des misérables, pour la plupart, dignes de pitié au moins autant que d’horreur et de dégoût.

« Dans quelques siècles, dit le grand philosophe, Louis Buchner, alors que l’humanité sera devenue meilleure, plus sage et plus heureuse, on considérera les procès criminels de notre époque avec le même sentiment que celui qui nous est inspiré aujourd’hui par les condamnations de sorciers et par les jugements de l’inquisition au moyen âge. >> [Force et matière, trad. A. Regnard, Paris, 1884). Ces réserves faites, pour ce qui concerne la peine de mort, on voit qu’en dépit des apparences et des théories les plus contradictoires, la société, très pratiquement et très justement, retranche de son sein en les enfermant, les aliénés nuisibles comme les criminels.

Quoi qu’il en soit, étant donné l’état actuel de la science et les faits acquis, je crois devoir formuler les propositions suivantes :

1» Dans l’immense majorité des cas, le cerveau et le crâne des criminels sont atypiques (Benedikt), plus ou moins éloignés du type normal. Cette a/ypie prédispose aux troubles intellecluels, à l’épilepsie et aux anomalies psychophysiques de toute sorte, ou bien elle est le signe d’une maladie du cerveau ;

2° Le droit de punir repose sur le principe primordial qui est la base et la condition sine quanon de la société civile, sur la justice, c'est-à-dire sur l’intérêt général ;

3® Quelle que soit la part de la société actuelle [criminalité acquise, par défaut d’instruction, milieux dépravés, misère, etc.) et des générations antérieures [criminalité héréditaire) dans la genèse et la fabrication des criminels, la responsabilité immédiate doit être naturellement attribuée à celui qui cause le dommage ;

4» A part les cas de légitime défense tout meurtrier doit être mis hors d’état de nuire et enfermé impitoyablement pour le reste de ses jours. Les anomalies cérébrales, la folie, l'ivresse, la colère, etc., ne sont pas des excuses ;

5® Les voleurs incorrigibles, et en général tous les récidivistes doivent être enfermés aussi pour un temps indéterminé, et en définitive, assez longtemps pour qu’une observation attentive permette de constater une amélioration sérieuse et durable. Une telle amélioration pourra s’observer sur les individus pervertis par suite de la misère, d’une mauvaise éducation ; on l’espérerait en vain chez les malheureux venus au monde avec un vice de conformation du cerveau, qui les rend à jamais impropres à com-

prendre et à remplir les devoirs inspirés par la vie sociale.

Le système des convicts (ou forçats) tel qu’il fonctionne en Angleterre, semble infiniment préférable, au point de vue des résultats obtenus, à celui de la transportation ;

6® C’est un immense malheur que d’appartenir à une famille de criminels ou d’aliénés. Il n’y a point là de préjugé, mais le résultat d’une répulsion trop justifiée, puisque l’individu qui entre dans une pareille famille est exposé à procréer des descendants affectés de ces désastreuses infirmités, — le crime et la folie, — que l’on voit souvent alterner, du reste, dans une même lignée. Voilà des faits qu’on ne saurait trop porter à la connaissance du public, en attendant le jour où l’État trouvera le moyen d’interdire le mariage aux rejetons de ces familles. C’est là un des grands problèmes de l’avenir, et de sa solution — beaucoup plus encore que de l'éducation généralisée, qui, pourtant produira de bons effets — dépend la diminution considérable des crimes et des cas de folie;

7® Le sentiment de la pitié, beaucoup plus que celui de la haine, doit dominer à l’égard des criminels, comme il domine déjà envers les aliénés, qui d’ailleurs, sont parfois aussi réellement méchants que les premiers ;

8® Il y a lieu de construire dès maintenant des asiles sur le modèle de celui de Broadmor, en Angleterre, pour les aliénés criminels; les maisons de cet ordre constituent un progrès considérable, en ce qu’elles marquent l’acheminement nécessaire vers ces asiles de l’avenir, destinés à remplacer les prisons et les « manicomes », et qui renfermeront au même titre, ceux que nous considérons aujourd’hui tantôt comme des aliénés et tantôt comme des criminels (V. Folie et Responsabilité).

A. Regnard.

CRINIERS. — Hygiène professionnelle. — Les criniers et les brossiers sont exposés à un certain nombre d’inconvénients pendant les diverses manipulation qu’ils font subir au crin.

Les criniers qui apprêtent le crin, le battent, le lavent, le peignent, sont exposés à l’action des poussières pendant le battage, on rencontre souvent chez eux des furoncles et des anthrax ; ils sont aussi exposés aux émanations putrides provenant des buées qui se dégagent des chaudières pendant le lavage. Ceux qui le peignent présentent, ainsi que l’ont constaté Tardieu et Vernois, un gonflement et une rougeur limitée siégeant à la face dorsale et au niveau du quatrième et cinquième métacarpiens de la main droite.

Les brossiers, pour travailler le crin, les [réunissent en faisceaux qu’ils frottent vivement entre leurs mains, puis ils les introduisent dans les trous du dos en bois, et lorsque ces trous sont remplis, ils coulent sur le dos de la brosse une couche de cire ou de colle-forte chaude, de façon à y faire adhérer solidement les crins dont ils égalisent ensuite soigneusement les extrémités avec de torts ciseaux. Le frottement des faisceaux donne lieu à un dégagement de poussières qui irritent la peau et les voies respiratoires et prédisposent à la phthisie, ainsi que

CRI

GRO

le prouve une statistique de L. Hirl, de Breslau, qui sur 100 brossiers malades a observé 49 phthisiques. L’ébarbage occasionne des durillons aux doigts et parfois, d'après Vernois, de la contracture du médius et de l'annulaire.

Les criniers et les brossiers feront donc bien de se servir, dans les ateliers, de masques respirateurs destinés à empêcher la pénétration des poussières <lans les voies aériennes. D' Paul Labauthe.

CRISE. — On donne le nom de crise aux phénomènes morbides, qu’on observe fréquemment dans le cours des maladies, avant leur guérison ou aux approches de la mort, et qui coïncident tantôt avec une issue favorable, tantôt avec une terminaison fatale. Dans le premier cas, la crise est dite salutaire-, dans le second, fatale. p. l.

CRISPATION. — Nom donné souvent aux mouvements spasmodiques que l’on observe chez les hystériques. P. p.

CRISTALLIN. — On donne ee nom à un corps transparent, solide, en forme de lentille bi-convexe, d’un diamètre de 10 millimètres chez l’adulte et d’une épaisseur variable entre 5 et G millimètres,

Fig. 337.

Coupe antéro-postérieure de l’œil. — 11. Cristallin. — 1. Sclérotique divisée, dont les lambeaux sont écartés. — 2. Coupe antéro-postérieure du cristallin. — 3. Coupe de l’iris. — ■l. Canal de Schlemm. — 5. Procès ciliaires choroïdiens. — 6,6. Vasa vorticosa de la choroïde. 7. Muscle ciliaire. — 8. Nerfs ciliaires. — il. Rétine. — 10. Corps vitré.

qui est situé dans l’œil, en arrière de l’iris, entre l'humeur aqueuse qui baigne sa face antérieure, et en avant du corps vitré dans lequel il e-t comme enchâssé. 11 est maintenu dans cette position par la zône ciliaire dont les libres l’unissent au corps vitré et à la choroïde.

Le cristallin constitue avec le muscle ciliaire qui est destiné à modifier ses courbures, l’organe de l'accommodation (V. ce mot). 11 sert à augmenter la

convergence des rayons lumineux qui pénètrent dans l’œil et à faire que cette convergence se fasse toujours sur la rétine. Lorsque le crislallin perd sa transparence et devient opaque, il a produit une affection qui a reçu le nom de cataracte ("V. ce mot). P. L.

CRISTALLINE. — On donne ce nom à de petites éruptions vésiculeuses, herpétiques, qui se produisent sur le prépuce et le gland, sur les grandes et les petites lèvres, ou au pourtour de l’anus, p. l.

CRITIQUE (AGE). — (V. Ménopause.)

CROCHU. — Nom donné au quatrième os de la seconde rangée du carpe (V. ce mot). p. l.

CROISIC (BAINS DE MER Dü). — Le Croisic est un port de mer de 5,000 habitants, situé à 27 kilomètres de Saint-Nazaire, à l’extrémité de la presqu’île de Batz, qui possède une plage de sable fin et d’une inclinaison très faible, dominée par une jetée sur laquelle s’élève l’établissement de bains. On utilise au Croisic les eaux mères des marais salins des environs qui fournissent par an plus de 12 millions de kilos de sel au commerce. p. l.

CROISSANCE. — On donne ce nom au développement progressif du corps surtout en longueur {y . Accroissement, Taille). p. L.

CROTON TIGLIUM. - Le croton tiglium est un arbrisseau exotique de la famille des euphorbiacées, qui croît principalement à Ceylan, aux Moluques et sur les côtes de Malabar. Son fruit, la seule partie de la plante employée en médecine, se présente sous la forme d’une capsule ovo'ide, jaunâtre, de la grosseur d’une noisette, traversée sur la^ circonférence par trois sillons longitudinaux se séparant à leur maturité en trois coques monospermes, déhiscentes , fournissant chacune une graine oblongue, presque quadrangulaire, d’un roux noirâtre, avec double enveloppe cassante et amande blanche, huileuse, d’une saveur âcre et brûlante. Ces semences, différemment désignées sous les noms de graines de croton, graines de Tilly, graines des Moluques, petits pignons d’Inde, suivant leur diverse provenance, renferment dans leur composition de l’acide crotonique, de l’huile volatile, de l’huile fixe, de la résine et d’autres principes de moindre valeur.

Traitées par le broiement et l’expression, elles fournissent une huile limpide, d’un jaune plus ou moins foncé, dont l’odeur est nauséeuse, désagréable et la saveur d’une excessive âcreté, c’est l’huile de croton. Elle est insoluble dans l’eau, soluble dans l’alcool, l’éther, les huiles fixes. Elle constitue l’un des produits végétaux les plus irritants et les plus corrosifs.

Sa vapeur forte provoque du côté des narines la rougeur de la membrane pituitaire, en même temps qu’elle détermine, du côté des yeux, l’inflammation de la muqueuse conjonctivale. Mais l’intensité topique du remède se fait encore plus vivement sentir en frictions sur la peau, puisque quelques gouttes

GUB

Page 1