‹ Dictionnaire populaire de médecine usuelle d'hygiène publique et privéeChapitre 164 sur 238 · DIE · texte numérisé non relu

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ment des tubercules, etc.; par contre, certaines maladies aiguës ont pu modifier des diathèses, exemples : éruptions dartreuses guéries par une fièvre, une phlegmasie, faiblesse habituelle disparaissant après une fièvre typhoïde.

Il est tout aussi intéressant de rechercher l’influence exercée par les diathèses sur la marche et la terminaison des maladies aiguës. Or une diathèse paraît être indifférente à la marche d’une maladie générale et exerce une fâcheuse influence sur les maladies caractérisées par des déterminations locales : ainsi, que le choléra ou la fièvre typho’ide vienne à se développer sur un rhumatisant, un scrofuleux, la maladie intercurrente suivra son cours; mais qu'une bronchite éclate chez un individu atteint de la diathèse tuberculeuse, elle va bien vite la réveiller.

Verneuil s’est surtout occupé de rechercher le degré d’influence que pouvait exercer une diathèse préexistante sur les effets du traumatisme, et il est arrivé aux conclusions suivantes : chez les alcooliques, les traumatismes prédisposent au delirium tremens, l’érysipèle traumatique serait plus fréquent chez les herpétiques et les rhumatisants, les amputations et résections sont très dangereuses chez les tuberculeux, chez les diabétiques ; et cependant les amputations pour lésions traumatiques accidentelles sont infiniment plus graves que celles provoquées par des lésions anciennes. D" Léon Moynac.

DIGROTE. — On donne ce nom au ■pouls qui semble battre deux fois sous le doigt (V. Pouls), p. l.

DIGTAMNE. — On désigne sous ce nom deux plantes: — 1“ le Dictamne blanc, appelé aussi, /"miuieZ/e, plante herbacée de la famille des rutacées qui croît en Asie et dans l’Europe méridionale et qu’on cultive en France dans nos jardins à cause de la beauté de ses grandes fleurs blanches ou roses et veinées de rose foncé, disposées en grappes terminales de cymes unipares, extrêmement odorantes. La médecine utilise quelquefois la racine du dictamne blanc comme vermifuge et sudorifique ; — 2“ le Dictamne de Crète ou origan, petite plante de la famille des labiées, très commune en Crète, et cultivée dans nos jardins, dont les sommités fleuries qui possèdent une odeur très forte et très agréable, étaient employées jadis comme emménagogue et comme vulnéraire, et entrent dans la confection du Diascordium et de la Thériaque. p. l.

DIDYMITE. — (V. Orchite.)

DIEPPE (BAINS DE MER DE). — Dieppe est une ville de 20,000 habitants, sous-préfecture du département de la Seine-Inférieure, située sur la Manche, entre deux rangées de collines ocreuses, qui forment à droite et à gauche de hautes falaises blanches. On y trouve une plage très vaste, mais à fond de galet, un bel établissement de bains de mer chauds, de bains d’eau douce, une installation hydrothérapique très complète et un casino très élégant. p. L.

DIÉRÈSE. — On donne ce nom en chirurgie à

l’ensemble des divers procédés opératoires employés pour diviser les tissus. p. p.

DIÈTE. — Ce mot pris quelquefois comme synonyme d’a6^<^He)^ce, est surtout employé en médecine pour désigner le régime , aussi bien chez l’homme sain que chez l’homme malade (V. Régime).

DIÉTÉTIQUE. — On donne ce nom à l’ensemble des règles à suivre dans l’hygiène alimentaire. La diététique n’est donc que la diète mise en pratique.

DIFFLÜENT. - Qualificatif a employer pour désigner les tissus qui dans certains états pathologiques, deviennent assez mous pour donner à la palpation la sensation d'un liquide. p. l.

DIFFORMITÉ. — On donne ce nom à un vice de conformation extérieure congénital ou accidentel des diverses parties du corps, qu’on guérit ou qu’on atténue par des opérations chirurgicales ou à l’aide d’appareils orthopédiques. p. l.

DIFFUS. — Qualificatif donné en chirurgie à une tumeur, à un phlegmon qui, au lieu d’être circonscrits, tendent au contraire à fuser et à s’étaler vers les parties voisines. p. l.

DIGASTRIQUE. — On donne ce nom, en anatomie, aux muscles qui sont formés de deux portions charnues, de deux faisceaux de fibres musculaires réunis par une portion tendineuse intermédiaire.

On donne plus particulièrement le nom de digastrique ;à un muscle de la région sus-hyoïdienne, situé obliquement à la partie supérieure et latérale du cou, qui s’insère en avant, dans la fosse digastrique du maxillaire inférieur, et en arrière dans la rainure digastrique de l’apophyse masto'ïde de l’os temporal. 11 abaisse la mâchoire inférieure, ou élève l’os hyoïde, il est aussi extenseur de la tête sur la colonne vertébrale. P. L.

DIGESTIBLE. — On appelle ainsi les aliments qui sont de facile digestion. p. L.

DIGESTIF. — Qualificatif employé pour désigner ce qui a rapport à la digestion.

On nomme appareil digestif, l’ensemble des organes qui concourent à l’acte de la digestion (V. ce mot).

On donne le nom de médicaments digestifs aux divers agents qui sont aptes à favoriser la digestion, tels que le ■vin, Valcool et les liqueurs, à petites doses, les amers, le thé, le café, l'acide chlorhydrique, la pepsine, la pancréatine, la diastase, le bicarbonate de soude, etc. (V. ces mots).

DIGESTION. — La digestion a pour but de transformer les substances alimentaires en deux parties : l’une nutritive, le chyle, qui renouvelle le sang et par suite reconstitue nos organes; l’autre, impropre

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à la mitrilion, les excréments, qui forment le résidu (le la digestion et sont expulsés au dehors.

La transformation des aliments en chyle s’opère par l’appareil digestif. Celui-ci se compose d’un long tube d’environ tO mètres, appelé canal digestif et de plusieurs organes glandulaires annexes, des-

Fig. 382.

Appareil digestif de l’homme.

A. Bouche. — B. Langue. — C. Fosses nasales. — D. Voile du palais. — E. Pharynx. — F. Epiglotte. — G. Trachée. — H. Œsophage. — I. Grosse tubérosité de l’estomac. — J. Estomac ouvert à sa partie antérieure. — K. Petite courbure de l’estomac. — L. Pylore. — M. Duodénum, deuxième portion. N. Orifice par lequel la bile et le suc pancréatique coulent dans le duodénum. — O. Vésicule biliaire. — P. Pancréas. — Q. Intestin grêle. — R. Extrémité inférieure de l’intestin grêle.— S. Valvule iléo-cæcale entre l’intestin grêle et le gros intestin. — T. Appendice iléo-cæcal. — U. Côlon ascendant. — V. Côlon transverse. — X. Côlon descendant. — Y. Côlon iliaque. — Z. Rectum.

tinés à verser dans ce canal le produit de leur sécrétion. Les diverses parties constitutives du canal digestif de l’homme comprennent de haut en bas : 1“ la bouche ; 2° le 'pharynx ; 3“ V œsophage ; 4" l’ejtomac; b° l’intestin grêle-; 6° le gros intestin. Les organes annexes sont : 1“ les glandes salivaires, 2° les amygdales ; 3° le foie ; 4” la rate ; o° le pancréas. A l'exception de la bouche, des glandes sali-

vaires, du pharynx, des amygdales et de l’œsophage, toutes les parties et dépendances du tube digestif sont contenues dans le ventre ou abdomen. Les parois du tube digestif sont formées de trois tuniques superposées ; une interne ou muqueuse, qui renferme des glandules dont le produit de sécrétion est destiné à lubrifier la surface libre de cette membrane ; une externe ou musculaire, qui favorise la progression des aliments; et une moyenne ou celluleuse, qui sert à unir les deux autres tuniques. La portion abdominale du tube digestif est revêtue d’une quatrième enveloppe qui est de nature séreuse et n’est autre que le péritoine.

Les divers actes de la digestion sont : la préhension des aliments, la mastication, Vinsalwation, la déglutition, la chymification ou digestion stomacale, la chylification ou digestion intestinale, la digestion dans le gros intestin et la défécation.

1° Préhension des aliments. — Pour saisir les aliments solides, l’homme se sert des mains.

La préhension des substances liquides s’etfectue en faisant le vide dans la bouche où la pression atmosphérique suffit alors pour les faire pénétrer.

Dans la succion, qui permet aux jeunes enfants d’extraire le lait du sein de leur mère, la sortie de ce liquide est favorisée, d’un côté par l’effet du vide, et de l’autre par les pressions répétées des lèvres et de la langue qui se moulent sur le mamelon.

Il est encore une façon de boire dite à la régalade, fort usitée chez les cultivateurs et les ouvriers du Midi, qui consiste à porter fortement la tête en arrière et à laisser tomber le liquide d’une certaine hauteur au fond de la bouche, toute grande ouverte.

2" Mastication. — Les dents, par suite des contractions des muscles masticateurs , s'acquittent seules de cette tâche. Les contractions de ces muscles sont très énergiques ; elles ont permis à Cynégire, à la bataille de Salamine, de saisir, dit-on , avec les dents la galère ennemie. On a vu, à Paris, une jeune femme, miss Léona Dare, qui tenait entre ses dents un trapèze sur lequel un gymnaste faisait des exercices de souplesse.

Les incisives coupent, les canines déchirent et les molaires broient.

A chaque mouvement de mastication, la mâchoire inférieure, qui seule est mobile, s'applique énergiquement sur la supérieure, à la façon du marteau sur l’enclume.

L’insuffisance de la mastication est une cause fréquenle de maladies d'estomac chez les personnes qui ont de mauvaises dents ou qui mettent trop de précipitation à manger.

On a donc eu raison de comparer une bouche sans dents à un moulin sans meules. Aussi les personnes édentées devront-elles faire usage d’un râtelier. Cet appareil prothétique est non seulement utile à la santé, mais il conserve la régularité des traits et facilite l'articulation des sons.

Lorsqu’on injecte directement dans l’estomac des liquides alimentaires, la bouche exécute aussitôt des mouvements de mastication. Cette remarque prouve l’étroite corrélation qui existe entre les actes de la digestion.

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3“ Insalivation. — Cet acte digestif s’accomplit, comme le précédent, dans la bouche. Il consiste à imprégner et à enduire de salive les aliments broyés par les dents. On verra au mot Salive le rôle mécanique et chimique de ce liquide. Nous rappellerons seulement que, par l’intermédiaire de la ptyaline ou diastase salivaire qu’elle contient, la salive partage avec le suc pancréatique, mais à un degré moindre, le pouvoir de transformer les aliments féculents en dextrine, puis en glucose.

4° Déglutition. — L’ensemble des phénomènes qui accompagnent le passage des aliments de la bouche dans l’estomac comprend l’acte de la déglutition. Ce passage s’effectue en trois temps qui se succèdent rapidement. Dans le premier temps, les aliments, réunis en une masse plus ou moins volumineuse que l’on appelle bol alimentaire , sont dirigés vers l’isthme du gosier par la langue, qui fait « gros dos » de la pointe à la base. Dans le second temps, le pharynx subit un raccourcissement général qui lui permet de s’appliquer sur le bol alimentaire, de le saisir et de l’entraîner dans l’œsophage. La rapidité de ce temps est telle que Boerhaave le considérait comme une véritable convulsion. Ce mouvement n’est pas volontaire; il est d’ordre purement réflexe, et toute excitation inflammatoire ou mécanique des bords de l’isthme du gosier le provoquera instantanément. De là la difficulté que l’on éprouve à examiner la gorge chez certaines personnes ; de là les mouvements fréquents de la déglutition qui accompagnent les angines; de là enfin le danger des gageures qui consistent à dissimuler dans la cavité buccale des objets d’une grande longueur, tels que fourchette, couteau, porte-plume, etc.

Après avoir franchi l’isthme du gosier, les aliments tendraient à refluer dans les fosses nasales et à s'introduire dans le larynx si, d’un côté, le voile du palais, en se relevant, ne fermait pas toute communication entre la bouche et les fosses nasales, et si, d’un autre côté, le larynx, entraîné par le mouvement ascensionnel du pharynx, ne faisait pas basculer sous la base de la langue l’épiglotte qu’elle applique sur l’ouverture laryngée. Lorsque cette soupape membraneuse reste levée, par suite d’un rire intempestif ou d’une inspiration mal combinée, les parcelles alimentaires s’introduisent dans les voies respiratoires et provoquent des accès de suffocation qui peuvent entraîner la mort. On dit alors communément qu’on « s’énoue » ou qu’on « avale de travers ». Ces accidents sont fréquents chez les vieillards, par suite de l’ossification de l’épiglotte qui, ayant perdu son élasticité, n’exécute plus régulièrement ses mouvements de bascule. Cependant l’absence de cette soupape membraneuse n’empêche pas la déglutition de s’effectuer librement, et dans ce cas c’est, comme nous l’avons déjà dit, la base de la langue qui ferme l’entrée des voies respiratoires. Ainsi le général Murat reçut à la bataille d’Aboukir une balle qui lui coupa la partie flottante de l’épiglotte qu’il expectora aussitôt, et cette mutilation ne gêna en rien les mouvements de la déglutition.

Si, pendant l’accomplissement de cet acte, le voile du palais reste abaissé par suite ou de paralysie, ou d'un accès de rire, les parcelles alimentaires

refluent par les fosses nasales et provoquent l’éter nument : c’est ce que l’on appelle vulgairement « faire du vin de Nazareth ».

Enfin, dans le troisième temps de la déglutition, le bol alimentaire s’engage dans l’œsophage et est entraîné par les contractions de ses parois jusque dans l’estomac. L’action de la pesanteur agit très peu dans ce mouvement de progression à l’intérieur du canal œsophagien, car un grand nombre d’animaux l’exécutent la tête inclinée vers le sol. Tout le monde a vu des saltimbanques boire et manger la tête en bas.

Nous répétons les mouvements de déglutition une douzaine de fois par minute pour avaler notre salive. Cet acte s’accomplissant à notre insu, il est dangereux de garder entre les lèvres des aiguilles ou des épingles qui peuvent être avalées à la moindre distraction. La présence d’un liquide salivaire ou autre dans la bouche facilite l’exercice de la déglutition. De là la difficulté d’avaler une poudre quelconque comme la farine et de faire coup sur coup plusieurs mouvements de déglutition à vide; de là aussi l’impossibilité presque absolue de la déglutition des gaz. Cependant Gosse, de Genève, Bichat et d’autres physiologistes, voulant étudier les difi'érentes phases de la digestion stomacale, sollicitaient le vomissement à volonté en avalant une certaine quantité d'air. C’est par le même procédé qu’un certain soldat, dont Magendie raconte l’iiistoire, arrivait à simuler unetympanite de l’estomac.

Comme nous venons de le voir, l’habitude permet d’arriver à pratiquer cette déglutition gazeuse, mais généralement il est difficile d’obtenir ce résultat. Il ne faut donc pas croire que la fumée de cigarette pénètre dans l’estomac, chez ceux qui hument la fumée ; elle s’engage dans les bronches au moment de l’inspiration et elle en sort à l’expiration suivante.

5° Digestion stomacale ou chymification. — Après avoir traversé l’œsophage, la masse alimenlaire franchit le cardia et pénètre dans l’estomac. Elle est aussitôt pétrie par les fibres musculaires de cet organe et elle y séjourne jusqu’à ce qu’elle ait été transformée, par le suc gastrique, en une pâte rosée et grisâtre, constituant le chyme.

M. Réclam a démontré expérimentalement l’action des contractions de l’estomac, en ouvrant cet organe chez un chien auquel il venait de donner du lait. On voyait à la surface du liquide coagulé des sillons déterminés par l’impression des fibres contractiles de cet organe.

Le suc gastrique, nous le savons, n’a aucune action sur les féculents ni sur les matières grasses qui peuvent séjourner dans l’estomac sans être sensiblement altéi’és. Les aliments azotés ou albuminoïdes sont seuls attaqués par le ferment du suc gastrique, la pepsine, qui les transforme en une substance soluble et assimilable appelée peplone. Quant aux liquides, ils sont en grande jmrtie absorbés par l’estomac.

Les aliments séjournent dans l’estomac pendant un temps qui varie avec. la nature des aliments, l’énergie des contractions stomacales et l’activité de sécrétion du suc gastrique. La tranquillité de l’esprit et l’exercice musculaire favorisent ces deux

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dernières conditions. Tissot a en raison de dire que l'hoinme qui pense le plus est celui qui digère le plus mal, et celui qui pense le moins est celui qui digère le mieux. « liien mâcher et bien marcher, disait d'autre part Bocquillon, médecin de ITlôtel- Dieu, sont les deux plus grands secrets que je connaisse pour vivre longtemps. » De même Chomel assurait qu’ « on digère autant avec les jambes qu’avec son estomac. »

Cependant la sieste ou méridienne , après le repas, ne saurait entraver la digestion, pourvu que ce repos soit de courte durée, ainsi que le recommande ce précepte de TÉcole de Salerne : Sit brevis aut nullus tibi somnus meridianus.

Nous savons d’ailleurs que les repas portent naturellement au sommeil. Cette tendance se montre chez l’enfant nouveau-né , qui s’endort aussitôt après avoir pris le sein. Et même, si l’on en croit l’expérience suivante, attribuée à un empereur romain, après le repas le sommeil semble plus favorable à la digestion que l'exercice. Ce prince cruel donna un déjeuner copieux à trois esclaves de même âge et de même taille ; puis il fit promener l’un, lire l’autre et dormir le troisième. Quelques heures après, il les fit mettre à mort, et en ouvrant leur estomac, on vit que chez l’esclave qui avait fait sa sieste, la digestion était beaucoup plus avancée que chez les autres. Ces exemples de vivisection étaient assez fréquents dans l’antiquité.

La durée moyenne du séjour des aliments dans l’estomac est de quatre heures; mais la digestion stomacale est surtout active pendant la première moitié de ce temps ; aussi ne doit-on pratiquer la saignée ni prendre de bains dans les deux heures qui suivent l’ingestion des aliments. 11 est quelquefois utile en médecine légale de déterminer le degré de digestion. C’est ainsi que le professeur Oré, de Bordeaux, a fait acquitter un jeune homme poursuivi pour meurtre d’une jeune fille, en établissant que le crime avait été commis cinq ou six heures après le repas du soir. Or l’accusé pouvait prouver qu’il était à cette heure loin du lieu du crime.

La digestion stomacale terminée, la pâte chymeuse est évacuée dans l’intestin grêle par le pylore, non pas progressivement comme on le croyait, mais en bloc, ainsi que l’a prouvé M. Charles Richet.

6» Digestion intestinale ou chylification. — Les aliments chymifiés franchissent le pylore, s’engagent dans l’intestin grêle et parcourent successivement les trois portions de ce canal. A leur passage dans le duodénum , ils s’imprègnent de bile et de suc pancréatique. Ces deux liquides ont pour effet de compléter l’action de la salive sur les féculents et celle du sac gastrique sur les aliments azotés. De plus ils concourent à émulsionner les graisses, c’est-à-dire à les diviser en particules très fines, susceptibles d’être absorbées par les parois de l’intestin.

Le suc intestinal peut être considéré comme l’agent auxiliaire de tous les autres liquides de la digestion, c’est-à-dire qu’il complète l’élaboration des substances alimentaires qui ont échappé à l’action de ces derniers. 11 jouit donc de la propriété d’émulsionner les corps gras, de transformer les fécu-

lents en glucose et les aliments azotés en peptone ou en albuminose. C’est à l’ensemble de ces produits assimilables que l’on donne le nom de chyle.

Les chylifères ou vaisseaux lymphatiques de l’intestin et les ramifications de la veine porte, contenus dans les villosités intestinales, sont chargés d’absorber le chyle qui baigne ces petits prolongements charnus. Les chylifères transportent tous les éléments du chyle dans un canal placé le long de la colonne vertébrale, le canal thoracique, qui luimême les dirige ensuite au point de réunion des veines jugulaires interne et sous-clavière du côté gauche.

Quant aux ramifications de la veine porte, à l’exception de la graisse, elles conduisent tout les autres matériaux du chyle à l’intérieur du foie, qui les déverse dans la veine cave inférieure, par l’intermédiaire des veines sus-hépatiques.

Introduit par deux voies différentes dans le torrent circulatoire, le chyle se mélange au sang et contribue à sa formation.

L’absorption du chyle dans l’intestin se fait par imbibition et non par succion, comme on l’enseignait autrefois. Elle est favorisée par les contractions intestinales qui brassent, sans cesse, les aliments chylifiés. Les exercices musculaires agissent de la même façon, et l’on sait que Louis XIV mit en vogue le billard parce que ce jeu lui fut conseillé pour « régulariser ses digestions. »

7“ Digestion dans le grand intestin. — Après s’être dépouillés dans l’intestin grêle de la plus grande partie de leurs produits nutritifs, les aliments passent dans le cæcum par la valvule iléocæcale, puis ils parcourent successivement le côlon ascendant, le côlon transverse, le côlon descendant et viennent s’accumuler dans le côlon iliaque. De ce réservoir, ils s’engagent dans le rectum, où leur présence provoque, par action réflexe, les contractions de la tunique musculeuse de cet intestin et donnent lieu aux « envies » d’aller à la garderobe.

A leur passage dans le gros intestin, les aliments contiennent encore une certaine quantité de cbyle qu’ils abandonnent à l’absorption peu active des parois de ce canal. Ils prennent en outre de la consistance et acquièrent une odeur d’autant plus forte que l’alimentation est plus azotée. Aussi les excréments des herbivores répandent-ils une odeur moins désagréable que ceux des carnivores.

L’odeur pénétrante que prennent les excréments dans le gros intestin se communique aux parois de ce canal. De là le goût particulier des andouilles faites avec le gros boyau du porc et que Henri IV appelait le « goût de terroir. «

L’expulsion des matières fécales est désignée sous le ternie de défécation. Cet acte peut être considéré comme un vomissement inférieur ; il s’exécute, en effet, par un mécanisme analogue à celui qui détermine le vomissement ordinaire, c’est-àdire sous l’influence des contractions simultanées du rectum, du diaphragme et des parois abdominales. La position accroupie est plus favorable à l’accomplissement de cet acte que la station assise ou couchée et elle expose moins que ces dernières aux herniei.

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Le résidu de la digestion comprend deux parties ; d’un côté, les secrétions du tube digestif qui composent exclusivement les selles des individus soumis à l’abstinence complète et qui forment les selles vertes des enfants nouveaux-nés atteints d’enléro-colite, et de l’autre, les matières impropres à l’absorption, comme l’épisperme des végétaux, l’enveloppe celluleuse des pois, des lentilles, des haricots et des grains de raisin; les ligneux, tels que le chiendent, les féculents crus, les ligaments, les huiles de nature végétale et enfin les os.

L’examen des excréments fournit parfois d’utiles renseignements à la justice. L’assassin Billouis, dit Tambour, avait laissé dans la chambre de sa victime des excréments où l’on remarqua des enveloppes de haricots. Or il fut prouvé qu’il avait, le jour de son crime, mangé des haricots de même nature que ceux que l’on venait de retrouver. Ce fait suffit pour établir sa culpabilité et Billouis fut condamné à mort par le jury de Vienne.

Quelquefois les selles renferment du sang ; s’il conserve son aspect rutilant, il provient généralement du gros intestin, comme dans la dyssenterie, les hémorrhoides, les polypes du rectum; tandis qu’une coloration noirâtre est un symptôme d’une lésion des voies digestives supérieures. Ce flux sanguin évacué par l'anus a reçu le nom de mélœna.

Les préparations ferrugineuses, le charbon et le sous-nitrate de bismuth donnent aussi aux selles une coloration noirâtre plus ou moins foncée. Le safran et la rhubarbe les colorent en jaune.

Si la masse alimentaire ingérée est trop considérable ou la sécrétion des sucs intestinaux insuffisante, par suite de troubles fonctionnels locaux ou généraux, une certaine quantité d'aliments se retrouvent dans les selles à demi- digérés. C’est ce qui caractérise la lienterie. Cette affection justifie pleinement le dicton : « On est nourri par ce qu’on digère et non par ce qu’on mange. »

Résumé de la digestion. — 1“ digestion des aliments. — Sous l'influence de la ptyaline qu’elle renferme, la salive convertit, dans la bouche, une partie des matières féculentes (amidon) en glucose.

Dans l’estomac, le suc gastrique, grâce à la pepsine, transforme les composés albuminoïdes ou azotés (chair des animaux, fibrine, albumine) en peptone. Les substances albuminoïdes digérées forment, avec les substances grasses intactes et les féculents qui ont déjà subi une élaboration partielle, une pâte semi-liquide appelée chyme.

Au niveau du duodénum, la bile et le suc pancréatique émulsionnent les corps gras et attaquent les matières azotées que le suc gastrique a épargnées. Le suc pancréatique transforme, de plus, en glucose les féculents qui ont échappé à l’action de la salive. Le produit de la digestion duodénale a reçu le nom de chyle.

Enfin, dans les autres portions de l’intestin grêle, tous les aliments féculents azotés ou gras qui ont échappé à l’action de la salive, du suc gastrique, de la bile et du suc pancréatique, sont finalement digérés par le suc intestinal.

Le chyle, ce produit définitif de la digestion, est

absorbé par les chylifères et les veines de l’intestin, qui le déversent dans le torrent circulatoire, pour être distribué ensuite à tous les tissus de l’économie.

Quant au résidu de la digestion, il est expulsé au dehors par le gros intestin.

2° Digestion des boissons. — Les boissons sont en grande partie absorbées par les veines de l’estomac et passent directement dans le sang, dont elles augmentent la fluidité et le volume ; puis elles sont éliminées de l’organisme par la transpiration cutanée, l’exhalation pulmonaire et la sécrétion urinaire.

Une faible partie des boissons aide à la confection du chyme et n’est absorbée que dans l’intestin grêle avec le chyle.

L’absorption des liquides est très rapide, surtout à jeun. Ainsi, en mélangeant une certaine dose de ferrocyanure de potassium aux boissons, on peut constater la présence de cette substance dans la vessie, une minute après son ingestion, si celle-ci a lieu onze heures après le repas, et seulement au bout de trente minutes, si elle a été ingérée aussitôt après le repas terminé.

La rapidité que mettent certaines substances à passer dans les urines avait fait penser, autrefois, qu’il existait une communication entre l’estomac et la vessie. Or nous savons que ces deux organes n’ont aucun rapport entre eux et que de l’estomac les liquides passent dans le système sanguin et de là dans les reins. D"- g. Witkowski.

DIGITALE. — La digitale pourprée est un genre de plantes de la famille des scrofulariées, ainsi appelées parce que leur corolle ressemble plus ou moins à un doigt de gant ou à un dé à coudre : de là les noms de digitale, doigt de Notre-Dame, gant de Notre-Dame, donnés à cette plante bisannuelle, que l’on trouve dans les terrains sablonneux et que l’on cultive dans les jardins autant pour son bel aspect que pour son utilité médicale.

Cette magnifique espèce de nos régions tempérées offre une tige cylindrique, haute de 30 centimètres à 1 mètre. Les fleurs, disposées en un long épi terminal, sont pendantes, pédonculées, grandes, d’un rose pourpre tacheté de noir à l’intérieur. Les fruits sont des capsules biloculaires bivalves, contenant des graines nombreuses, brunes et petites. Les feuilles alternes, ovales, oblongues, crénelées, ont une couleur d’un brun verdâtre en dessus, d’un blanc cotonneux en dessous, leur odeur est forte, leur saveur amère et leur composition très complexe, mal déterminée, malgré le grand nombre de travaux dont elles ont été l’objet. En effet, elles contiennenten outre du principe bien connu, \Oi. digitaline, d’autres principes moins bien étudiés, tels que la digitalose, le digitalin, les acides digitalique, antirrhinique, digitaléique, tannique, de l’amidon, du sucre, de la pectine, de la matière albuminoïde, de la matière colorante rouge, de la chlorophylle, de l’huile volatile, du ligneux (llomolle et Quevenne).

La digitale n’a été inscrite pour la première fois dans les pharmacopées de Londres et de Paris qu’en 1721, et encore à partir de ce moment elle a joué un

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rôle tout à fait éphémère jusqu’en 1788, époque à laquelle un célèbre médecin anglais, nommé Withéring, en retira d'immenses avantages contre les hydropisies. Son ami Cullcn fit connaître quelques années après, ses effets si remarquables sur la circulation et donna à ce médicament le nom impropre A’ opium du cœur. Dès lors, l’étude de la digitale fut l'objet de recberebes incessantes. Chaque médecin

Fig. 383. — Digitale pourprée.

tint à honneur d’apporter son concours à l’édifice qui se construisait. Kinglake reconnut à la digitale la propriété, non seulement de ralentir les mouvements du cœur, mais encore d’en augmenter la force et l’énergie. Macdonald précisa mieux son action sur le pouls. Vacca Berlingbiéri en fit le premier des diurétiques. Murray et Bayle compulsèrent les travaux faits sur cette matière et réunirent le tout en un faisceau commun. Enfin, dans le courant de ce siècle, Dickinson, Bouchardat, Trousseau, Homolle et Quevenne, Vulpian, Nativelle, ont complété l’étude de ce médicament qui laisse encore bien des points obscurs à élucider.

Effets. — Suivant qu’on l’emploie à doses faibles ou à doses élevées, la diaitale produit des effets tout à fait différents. De petites doses ne déterminent aucun dérangement sur la muqueuse gastrique, elles sont lentement absorbées et n’agissent qu’au bout de 24 à 36 heures. Après ce laps de temps, on

observe le ralentissement des battements du cœur, la régularité du pouls avec augmentation dans la tension artérielle, la diminution des mouvements respiratoires accompagnée de la diminution de l'urée, de l'abaissement de la température et de l’accroissement de la diurèse, tous phénomènes solidaires les uns des autres.

En etfet, arrêtons-nous un instant sur chacun d’eux. Le ralentissement du cœur est tellement constant que la digitale a été regardée comme un médicament cardiaque par excellence. Les pulsations qui étaient au|jaravant à 120, 130, peuvent descendre à 60, 45 et même 32 par minute sous rinfluence de 25 à 30 centigrammes de poudre de digitale donnés par jour et continués pendant une semaine. Le patient ne s’habitue pas à ce remède. On doit le prescrire pendant longtemps aux mêmes proportions ou le diminuer même pour éviter l’accumulation d’action de la substance dont les effets s’accroissent

et se continuent deux ou trois jours après la cessation du médicament. Mais en même temps que le cœur se ralentit, la pression artérielle augmente ; le pouls devient plus régulier, plus fort, plus résistant; les vaisseaux diminuent de calibre par la contraction des fibres lisses de leur parois ; le sang se trouve plus comprimé, plus retenu dans ses parcours. Aussi dirais-je, avec Gubler, que la digitale n’est pas un hyposthénisant de la circulation centrale, mais plutôt un régulateur et un tonique ; elle

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est moins l’opium du cœur qu'elle n’en est le quinquina (Bouillaud). Cependant ce ralentissement du cœur donne lieu à des phénomènes chimiques de la nutrition moins actifs: l’urée diminue, la température s’abaisse, les urines sont sécrétées en plus grande abondance, le mouvement fébrile s’abaisse et se résout, ce qui rend la digitale donnée à faibles doses à la fois sédative, diurétique, controstimulante et hémostatique.

11 n’en est pas de même des doses élevées, elles communiquent à ce médicament une action tout à fait contraire. On observe alors la précipitation et l’irrégularité des battements du cœur, la rapidité des mouvements respiratoires, l’élévation de la température et la suppression des urines. Des doses toxi. ques constituent un poison violent qui purge, fait vomir et tue en arrêtant la circulation et paralysant les fibres musculaires du cœur et des vaisseaux.

Usages. — La digitale est un de nos médicaments indigènes les plus précieux et les plus généralement employés. On pourrait dire jusqu’à un certain point qu’elle est le spécifique des maladies organiques et non organiques du cœur. Toutefois à cet égard il est nécessaire d’établir des distinctions. S’agit-il d’un rétrécissement soit aortique, soit mitral, caractérisé par un bruit de souffle rude, la petitesse et l’irrégularité du pouls, la stase veineuse et l'hydropisie, la digitale rendra les plus grands services ; elle augmentera l’énergie des contractions cardiaques, tout en ralentissant ces mêmes contractions, régularisera les battements du cœur et lui donnera une nouvelle force pour vaincre l’obstacle qui s’oppose au libre passage du sang à travers les orifices rétrécis. S’agitil, au contraire, d’une insuffisance aortique ou mitrale avec un bruit de souffle doux, sans troubles notables de la circulation capillaire et du pouls, la digitale sera nuisible en ce sens que par les contractions énergiques qu’elle imprimera au cœur elle aura la propriété de faire refluer le sang par l’orifice dilaté plutôt que de le faire passer par l’orifice à l’état normal. Enfin, s’agit-il d’un rétrécissement avec insuffisance concomitante, la digitale sera utile ou nuisible suivant que l’une ou l’autre de ces lésions prédominera. Toutefois, les rétrécissements valvulaires étant infiniment plus communs et toujours plus graves que les insuffisances, à cause de l’obstacle qu’ils apportent à la régularité de la circulation et de l’hypertrophie cardiaque progressive suivie tôt ou tard d’une hydropisie générale qu’ils entraînent après eux, on conçoit que la digitale doive être prescrite avec succès dans la plupart des maladies du cœur.

Mais il faut se garder de la mettre à profit dans les cas de dégénérescence graisseuse ou d’anévrismes, parce qu’au lieu de calmer le cœur et de diminuer les chances de rupture de cet organe ou des gros vaisseaux, elle les augmenterait par son action tonique. Quant aux maladies non organiques du cœur, telles que: aff'ections nerveuses, palpitations cardiaques, angine de poitrine, ces maladies étant dues à l’anémie, à des troubles gastriques, seront mieux traitées par les ferrugineux, les analeptiques, les amers que par la digitale qui, si elle est prescrite, sera toujours puissamment aidée de leur précieux concours.

Partant de celte théorie incontestable que la digitale modère la chaleur, pousse aux urines et ralentit les mouvements circulatoires, un grand nombre de praticiens ont employé cette substance dans le traitement des fièvres (fièvre puerpérale, fièvre typhoïde, fièvres éruptives) et des maladies aiguës (pneumonie , pleurésie, rhumatisme articulaire) comme contro-stimulante ; dans le traitement des hydropisies (anasarque , ascite , épanchements séreux) comme diurétique. C’est d’après les mêmes données qu’on l’a utilisée parfois dans les hémorrhagies aiguës actives et surtout dans les métrorrhagies comme excitateur des fibres lisses des petits vaisseaux. Enfin, dans ces derniers temps, son usage s’est étendu au traitement du délirium tremens, de l’incontinence d’urine et de la spermatorrhée.

L’administration de la digitale doit être surveillée avec attention ; car, à dose trop forte ou trop longtemps continuée, elle est sujette à produire des phénomènes d’intolérance fort sérieux. La pondre, la tisane et le sirop sont les trois modes les plus généralement employés, mais ce sont en somme de mauvaises préparations, qui ne sont jamais identiques, dont le dosage varie sans cesse dans chaque pharmacie, la quantité du principe actif variant dans chaque plante suivant son âge, le terrain où elle a poussé, le moment de sa récolte, le plus ou moins de soin apporté à sa dessiccation et à sa conservation. Aussi leur préférons-nous, avec Bouillaud, Bouchardat, Gubler et la généralité des médecins, la digitaline (V. ce mot).

Mais si la digitale est fréquemment employée à l’intérieur, elle offre aussi un usage assez suivi en applications topiques. Ainsi la teinture, le cérat et la pommade servent à faire des frictions sur les parois des cavités splanchniques affectées d’épanchement séreux et sur les membres infiltrés. Trousseau s’est toujours bien trouvé de l’emploi d’une forte décoction de digitale en fomentations. Le savant professeur en imbibait des linges qu'il appliquait sur le ventre et qu’il recouvrait de toile cirée pour empêcher l’évaporation. Par ce moyen il évitait l’action irritante de la digitale sur l’estomac et obtenait en même temps une abondante diurèse. On peut se servir aussi de l’emplâtre à l’extrait de digitale, il rendra quelques services en applications locales comme faiblement résolutif des œdèmes partiels. D' Marc. Camdoülives.

Empoisonnement par la digitale. — L’empoisonnement par la digitale ne se produit guère que par accident. Parfois cette plante a été prise pour le bouillon blanc ou grande consolide. D’autres fois, l’empoisonnement résultait de l’emploi imprudent de doses trop fortes.

La digitale est vénéneuse sous toutes les formes.

« Celles qui ont le plus d’activité, dit Tardieu, sont le suc frais de la plante et la décoction ou l’infusion des feuilles; 2 grammes 1/2 de feuilles en infusion ont amené la mort. La poudre a déterminé des accidents graves, chez un enfant de dix ans, à la dose de b centigrammes; chez les adultes, à la dose de 1,2 et 3 grammes. L’extrait, à une dose moindre, a fait périr une femme qui avait pris 4 cuillerées d’une potion de loO grammes qui con-

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tenait 1 gramme d'extrait de digitale; enfin, pour la teinture, elle a produit un empoisonnement des plus violents, mais non mortel, à la dose de 5 grammes, une cuillerée à café; et la mort même à 2o grammes ».

Itriand et Chaudé résument ainsi les symptômes de rempoisonneinent par la digitale : « Malaise, vomissements répétés glaireux et verdâtres ; vertiges, éblouissements, troubles de la vue et de l’ouïe; pâleur extrême, prostration complète; le pouls, qui, dans les premières heures, avait été rapide, désordonné et violent, s’affaiblit, se ralentit et tombe à cinquante et même à quarante-huit pulsations à la minute. La respiration devient suspirieuse, et une diarrhée abondante et cholérique s’établit le plus souvent ».

La mort n’est pas toujours la terminaison certaine de l’empoisonnement par la digitale. 11 résulte d’un relevé de 28 cas, publié en 1865 par le D* Decroix, que plus des deux tiers ont eu une issue favorable.

Lorsque le malade doit guérir, au bout d’une période qui varie de 2 à o jours, les vomissements s’arrêtent, le déliré s’apaise, la sécrétion de l’urine se rétablit, la peau redevient chaude, la respiration régulière et le pouls reprend ses caractères normaux. Mais les douleurs d'estomac, les maux de tête, les vertiges persistent pendant un temps plus ou moins long ; les forces du malade ne reviennent que lentement, sa vue reste longtemps troublée; ou constate par l’auscultation un bruit de souffle chloro-anémique à la base du cœur et des gros vaisseaux. Enfin, au bout d’un temps variable selon les cas, les malades se rétablissent complètement, sans conserver aucune trace d’empoisonnement.

Le traitement de l’empoisonnement par la digitale consiste tout d’abord à évacuer le poison en provoquant les vomissements au moyen d’émétique ou d’ipécacuanha ; dans l'intervalle des vomissements, on administre la solution suivante :

Tannin 5 grammes

Eau tiède 250 —

par petites tasses, ou bien à défaut de tannin, une décoction de quinquina, d’écorce de chêne, de roses de Provins, ou de Cachou, ün combat l’affaiblissement et le. ralentissement de la circulation par des frictions seches, aromatiques et alcooliques, le collapsus par l’administration du café, et la douleur par des sinapismes au creux de l’estomac ou par de la morphine. O' Paul Labahtuc.

DIGITALINE. — Principe actif de la digitale, la digitaline se présente sous la forme d'une poudre blanche, inodore, d’une excessive amertume, presque complètement insoluble dans l’eau et dans l’éther, mais soluble, au contraire, en toutes proportions dans l’alcool et surtout dans le chloroforme. C’est une substance ternaire, neutre, qu’Homolle et Uuevenne ont obtenue les premiers à l’etat amorphe, mais qui est susceptible de prendre la forme cristallisée, ainsi que l’a démontré le D‘ Blaquart, en 1872, dans sa thèse sur la digitaline, couronnée par la Faculté.

La digitaline d’Homolle et CJuevenne est consi- DiCTioN.VAinn popul.mhe i'E Médeci.ne usuelle.

dérée comme cent fois plus active que la poudre de digitale elle-même. En effet, 10 à 20 centigrammes de poudre correspondent à 1 ou 2 milligrammes de digitaline llomolle.

La digitaline jouit de toutes les propriétés de la digitale; elle est sédative, diurétique, contro-stimulante et hémotastique ; elle doit se prescrire absolument dans les mêmes circonstances morbides que cette dernière, c’est-à-dire surtout contre les maladies du cœur et les hydropisies. Mise sous forme de petits granules très exactement dosés à 1 milligramme et ne renfermant que la substance active unie à du sucre, comme l’ont fait llomolle et Quévenne, elle offre le triple avantage d’un dosage sûr et facile, d’une administration commode, d’une conservation indéfinie. 0“^ Makc. camboulives.

Empoisonnement par la digitaline. — Les empoisonnements par la digitaline sont très rares, quelques-uns ont été la conséquence de l’administration de ce médicament à des doses trop fortes; d’autres ont été le résultat de tentatives de suicide. Le plus célèbre, celui commis en 1864 par le médecin homœopathe Lapommerais sur la veuve De Pauw, a été le résultat d’un crime. La digitaline peut occasionner la mort à la dose de 25, 30, 40, 50 milligrammes.

Voici, d’après le professeur Tardieu, le tableau de» symptômes de l’empoisonnement par la digitaline. « Une heure après l'ingestion d’une quantité de digitaline qui dépasse les doses médicamenteuses, les effets du poison se font sentir par un malaise considérable, des vertiges, des bouffées de chaleur qui montent à la tète, des nausées, de la céphalalgie, quelquefois des frissons, des sueurs froides, des alternatives de chaud et de froid, et des troubles de la vue. Puis une anxiété précordiale, une douleur épigastrique surviennent, et bientôt des vomissements éclatent, précédés d’efforts considérables et extrêmement pénibles. Us sont toujours très violents et répétés, accompagnés ou suivis de selles liquides. Les moindres mouvements les ramènent en même temps que des vertige-; et des étourdissements. La respiration est oppressée. Le pouls, d’abord fort et fréquent, diminue et s’abaisse en quelques heures de 20 ou 30 pulsations ; il reste parfois plein, vibrant, irrégulier. Les malades tombent très vite dans un anéantisssement extrême et sont dans l’impossibilité de remuer ou d’émettre un son ; les yeux leur semblent plus gros et prêts à s’échapper de l’orbite, et l’on constate en réalité une double exophthalmie très apparente, avec dilatation de la pupille; il y a dans les membres des contractions spasmodiques. La peau est froide, le pouls s’affaiblit et devient petit, faible, intermittent, par moments presque impossible à sentir. La douleur de tête persiste. Les urines sont supprimées. Des crampes, des douleurs aiguës dans les membres ou le long du rachis, arrachent des cris aux malades. Ils sont souvent tourmentés par des hallucinations.

« Cet état persiste pendant deux ou trois jours ; les vomissements s’éloignent, la langue est chargée., rouge à la pointe, l’estomac douloureux, le ventre rétracté; la céphalalgie est toujours très violente. Les nuits sont agitées, l’insomnie complète. Mais

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peu à peu ces symptômes vont en s’atténuant, le pouls se relève, mais il reste encore intermittent et ne revient que lenlement à son chiffre et à son rhythme ordinaire ; la voix réparait, la sécrétion urinaire longlemps suspendue se rétablit, l’urine est rouge et fétide. La couleur et la chaleur de la peau redeviennent normales ; ce retour de toutes les fonctions se confirme, et la guérison est obtenue dans un espace de temps qui varie de dix jours à trois semaines. Mais, à la suite, on voit les individus conserver une grande faiblesse, un bruit de souffle au premier temps du cœur et un certain degré d’exophtbalmie. »

Le traitement de l'empoisonnement par la digitaline est le même que celui de l'empoisonnement par la digitale. D'' Paul Labarthe.

DILATATEUR. — Nom donné par les anatomistes à certains muscles qui en se contractant dilatent les cavités aux parois destpielles ils sont insérés. — Les chirurgiens donnent le nom de dilatateur à des instruments dont il se servent pour dilater ou agrandir des orifices naturels ou accidentels trop étroits. Les bougies, les mèches de charpie, l’éponge préparée, les tiges de laminaria, etc., sont des dilatateurs. Les instruments à branches ordinairement parallèles et pouvant s’écarter sous l'influence d’un mécanisme spécial, pas-de-vis ou autre, sont aussi appelés dilatateurs.

DILATATION. — On désigne sous ce nom, en physique, l’augmentation de volume d’un corps. — En chirurgie, on appelle dilatation une méthode opératoire destinée à agrandir ou à rétablir une cavité ou un canal. La dilatation chirurgicale peut être brusque, forcée, lente et progressive, permanente. Elle est applicable aux rétrécissements de l’urèthre, du rectum, de l’orifice utérin. p. l.

DINARD (BAINS DE MER DE). — Diiiai’d est un charmant petit village situé à 4 kilomètres de Saint- Malo, dont il n’est séparé que parla petite. baie formée par l’embouchure de la Rance. On y trouve deux plages à fond de sable, situées, l’une du côté de la pleine mer, près du Casino, l’autre du côté de Saint-Servan, dans la baie ravissante qui reçoit les eaux de la Rance. p. l.

DIOSCORIDES (GRANULES DE). — Les granules de Dioscorides sont de petits granules contenant chacun un milligramme d'acide arsénieux (V. Arsenic).

DIPHTHÉRIE ou DIPHTHÉRITE. — On désigne indistinctement par l’un ou l'autre de ces deux mots — créés par le célèbre Bretonneau à qui nous devons un immortel ouvrage sur cette terrible affection — une maladie aiguë spécifique par excellence, contagieuse de sa nature, caractérisée anatomiquement par une exsudation fibrineuse membraniforme qui se développe sur les muqueuses ou sur la peau dénudée de son épiderme, en montrant une préférence marquée pour le pharynx, les amygdales, les canaux aériens, le larynx surtout.

Ces/ausses membranes, ainsi que l’a démontré le professeur Laboulbène dans ses remarquables Recherches cliniques et anatomiques sur les affections pseudo-membraneuses (Paris, 1851), sont essentiellement constituées par de la fibrine et de jeunes cellules. Elles sont d’un blanc nacré caractéristiqué, plus ou moins épaisses, très fortement adhérentes à la muqueuse du pharynx et de la portion sus-giottique du larynx, dont elles s’arrachent très difficilement, peu adhérentes au contraire à la muqueuse de la portion sous-gloltique du larynx, à celle de la trachée et des bronches où on les trouve souvent sous forme de tubes membraneux demi-flottants, dont elle se détache facilement. La muqueuse sous-jacente, qui saigne lorsqu’on arrache les fausses membranes, est simplement rouge, mamelonnée et infiltrée dans la diphthérite légère ; dans les cas graves, dans les diphthérites interstitielles ou profondes, la muqueuse est épaisse, ramollie, ulcérée et parfois presque gangréneuse.

La diphthérite est une maladie primitivement locale et qui souvent reste locale. Lorsqu’elle siège sur les amygdales et le pharynx, elle porte le nom à' angine couenneuse, d’angine diphlhénliqueiy . Angine) ; lorsqu'elle siège sur le larynx, elle prend le nom de croup, de Laryngite diphtktntique, laryngite pseudo- membraneuse (V. Laryngite) ; lorsqu’elle siège sur les gencives, elle est appelée stomatite ulcéro- membraneuse (V. Stomatite), etc. Mais, angine, laryngite, stomatite, n'indiquent qu’une variété de siège, la cause est toujours unique.

D’abord locale, la diphthérite peut se généraliser par la résorption de ses produits, et alors elle occasionne soit la formation d'autres fausses membranes sur divers points du corps, soit la résorption diphthériûque et la mort.

Quelle est l’étiologie de la diphthérite? — La diphthérite est une maladie de l’enfance. On l’observe rarement dans la première année ; elle est un peu plus fréquente dans le cours de la seconde, mais c’est surtout sur les enfants de deux à huit ou neuf ans qu’elle sévit. Au delà de cet âge, elle devient de moins en moins fréquente, et elle s’observe rarement chez l’adulte.

Cette maladie semble s’attaquer aussj bien aux enfants robustes et forts qu’aux enfants chétifs et faibles, surtout lorsqu’elle est primitive. Rillet et Barthez prétendent, et je suis assez de leur avis, que les enfants lymphatiques sont plus souvent victimes de la diphthérie. Lorsque celle-ci règne épidémiquement, elle atteint dès le début les enfants pauvres ; mais, lorsque l'épidémie est dans son plein, elle frappe indistinctement les enfants pauvres et les enfants aisés.

Certaines maladies ont une influence manifeste sur le développement de la diphthérie. Ainsi on la voit survenir dans le cours de la rougeole et de la scarlatine, plus rarement dans celui de la coqueluche et de la fièvre typhoïde. Dans ces cas, on dit que la diphthérie est secondaire. Cette forme est très fréquente dans les hôpitaux d'enfants.

Beaucoup de personnes croient que les enfants atteints une première fois de diphthérie sont à l’a-

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bri d’une nouvelle attaque. Il est bon de les prévenir que la (lipbtbérie peut très bien récidiver.

On rencontre la dipbthéric sous tous les climats et dans toutes les saisons. On l’observe surtout dans le nord de rAlleinagne, en Hollande, dans le Daneinarck, en Angleterre et dans le nord de la France. On l’observe aussi depuis qiiebiues années en Suisse et en Italie, deux pays qui étaient autrefois indemnes. Aujourd’hui, la diphtbérie est devenue endémique dans presque toutes les grandes villes des pays que nous venons de citer. A Paris, elle est endémique depuis lSd6, et le nombre des victimes qu’elle y fait augmente tous les ans, principalement pendant les saisons froides, humides.

La diphthérite est-elle contagieuse? — On ne peut nier la contagion de la diphthérite. Elle peut être directe ou indirecte.

G est surtout le corps médical qui fournit les faits les plus probants et les plus précis de la contagion directe et immédiate. Et d’abord celui du D' Ilerpin, de Tours. En 1841 , tandis qu’il cautérisait la gorge d’un enfant atteint de diphthérite, ce médecin reçut dans la narine des débris de fausse membrane, lancés dans un effort de toux. «Quelques heures plus lard, dit-il, enchifrènement du côté gauche, voix nasillarde, puis, tout à coup, angine pharyngienne douloureuse, insomnie nocturne, extrême, malaise;... le lendemain, les deux amydgdales et la luette étaient complètement enveloppées d’une incrustation blanche (vingt-six cautérisations). Trois fois, un dé de fausses membranes qui emboîtait la luette se détache et se reproduit, etc. » Un autre fait est celui de Valleix, médecin de la Pitié. En voici le récit par le professeur Trousseau, dans sa Clinique médicale de l' Hôtel-Dieu. « Valleix donnait ses soins à une enfant atteinte d’angine couenneuse; cette affection n’avait rien de très grave et guérit... En examinant un jour la gorge, Valleix reçut dans sa bouche un peu de salive lancée dans un effort de toux; il gagna la maladie. Le lendemain, s.ur toutes ses amygdales, il constatait l’existence d’une petite concrétion pelliculaire; survint un léger mouvement de fièvre; au bout de quelques heures, les amygdales, la luette, étaient recouvertes de fausses meinbranes. bientôt une sécrétion abondante d’un liquide séreux s écoulait du nez; les ganglions du col, le tissu cellulaire de cette région, de la partie inférieure de la mâchoire, se tuméfiaient considérablement; il y eut du délire, et, en quarante-huit heures, Valleix mourait. » Un troisième fait est celui de .M. lUache, le fils du savant médecin des Enfants. Ce mallieureux jeune homme contracta la diphthérite dans des circonstances analogues, et mourut. Nous pourrions citer encore bien d’autres faits, sans quitter le corps médical; mais ceux que nous venons de rapporter sont assez concluants pour prouver la réalité de la contagion direte de la diphthérite.

La contagion peut aussi se faire par des plaies ser\ant de voie d’introduction au principe morbide, par des piqûres laites par des instruments tranchants souillés de matière contagieuse. Ainsi il existe plusieurs faiis authentiques, entre autres ceux cités par Bergeron, Th. Ililler et O. Weber, de médecins qui, s’étant blessés au doigt, en prati-

quant la trachéotomie sur des individus atteints de diphthérite, ont été pris quelques jours après de cette terrible maladie. Cependant Trousseau et Peter ont nié cette contagion directe par inoculation, se fondant sur des inoculations négatives faites parce dernier sur lui-même, en se frictionnant les gencives et l’arrière-gorge avec des fausses membranes. Mais, ce fait négatif, heureusement pour son courageux auteur, ne détruit en rien les faits positifs précédents.

Quant à la contagion indirecte ou médiate, celle qui se fait dans les salles d’hôpitaux mal isolées, dans une môme maison de chambre à chambre, de lit à lit, elle est réelle et de beaucoup la plus fréquente, il est impossible de le nier. Mais comment s’accomplit-ello ?

Quel est l’agent de contagion ? — Jusqu’à ce jour, il faut avouer que nous l’ignorons d’une façon absolue, malgré les nombreuses recherches entreprises par plusieurs médecins, notamment par Nassiloff, Classen, Marcuse, Elbcrth et Ilueter, Tommasi, Wood, Cornil, Oerthel, Talamon. Tous ces messieurs, imbus des idées de Pasteur qui fait jouer au parasitisme un rôle capital dans la genèse des maladies, se sont mis à la recherche du parasite, champignon ou microbe de la diphthérite. Tous ont constaté la présence de micrococcus dans les fausses membranes, le sang et les différents organes des malades. M. Talamon aurait même réussi à extraire des fausses membranes diphthéritiques un microbe spécial qu’il a cultivé d’après les procédés de Pasteur, et dans le Progrès médical du 25 juin 1881, il annonce qu’avec le liquide de culture il a pu reproduire les fausses membranes et les lésions de la diphthérite chez des grenouilles, des lapins et des’chats, et que par la culture de ces fausses membranes obtenues par l’inoculation, il a pu reproduire le microbe primitif.

Quels sont le début, la marche et la terminaison de la diphthérite ? — La diphthérite débute ordinairement par un malaise, accompagné d un léger mouvement de fièvre, d’un sentiment de courbature. Le malade éprouve un pou de gêne dans la gorge; mais cette gêne s’accompagne de si peu de douleur que c’est à peine s’il s’en plaint. Comme le dit avec justes raisons le docteur Cadier, dans cette maladie tout semble se passer un peu en silence, et lorsque pour la première fois l’on examine la gorge du malade, on peut déjà constater l’existence de fausses membranes assez étendues , qui présentent une certaine épaisseur et de l’adhérence. La formation de ces fausses membranes est très rapide, ainsi que leur extension, et s’accompagne d’un engorgement douloureux des ganglions sousmaxillaires. Dans les cas graves, ces fausses membranes acquièrent une épaisseur assez considérable et lorsqu’on les arrache elles repullulent avec plus de rapidité, et ont une tendance à envahir la paroi postérieure du pharynx, le larynx, la trachée et lès bronches. Elles se propagent aussi dans les fosses nasales et déterminent des épistaxis et du larmoiement. Dans certains cas, elles peuvent même envahir le grand angle de l’œil; la conjonctive tout entière s’injecte, les paupières se tuméfient et une sécrétion jaune abondante s’établit. Le

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malade respire alors difficilement et présente avec la dyspnée, des troubles digestifs, de l'inappétence, de la diarrhée, des vomissements parfois incoercibles. Quelquefois des hémorrbagies se produisent par le nez, la bouche, l’aniTs; Peter en a môme observé à la peau. La température s'abaisse, le ■pouls devient petit, lent, déprcssible; peu à peu le faciès s'altère, la peau devient cyanosée, l'abattement s'accentue, le coma survient a\ec ou sans délire, et peu à peu, sous l’influenre delà résorption des produits formés sur les surfaces malades, la diphthérite, qui est devenue générale, entraîne la mort du malade. Dans certains cas, la marche de la diphthérite est si rapide qu’elle peut tuer le malade en quelques heures.

La diphthérie ne présente pas toujours une telle gravité. Dans bon mombre de cas elle reste bénigne, les symptômes sont alors peu accusés, les fausses membranes restent localisées, très nettement circonscrites, et la maladie se termine en quinze ou vingt jours, en moyenne, sans accident sérieux. Dans d’autres cas un peu plus graves, la guérison survient, mais il se produit pendant la convalescence des paralysies diphthéritiques du voile du palais et du pharynx, qui s'accompagnent de nasonnement et entraînent la difficulté dans la déglutition ; quelquefois la paralysie peut atteindre d’autres organes, elle peut même se généraliser. Dans la grande majorité des cas, les paralysies guérissent après un temps qui peut varier de quelques jours à plusieurs mois. La paralysie limitée à la gorge, au voile du palais est habituellement fugace et ne dure que quelques jours.

La diphthérite est généralement assez facile à reconnaître pour le médecin. Toutefois nous croyons devoir leur rappeler le passage suivant de Trousseau, que toutes les personnes qui liront cet article feront bien de retenir: « l.orsque vous verrez un enfant soutirant depuis peu de jours d’un peu de malaise avec un mouvement fébrile insignifiant, ne sachant vous dire de lui-même où il souffre, portez tout de suite voire attention du côté de la gorge, abaissez la langue de façon à bien voir jusqu'au fond du pharynx et, dans un grand nombre de circonstances, vous verrez que ce malaise annonçait le début de la diphthérie, vous trouverez des concrétions pseudo-membraneuses sur les amygdales ou sur le voile du palais. »

Quel est le traitement de la diphthérite ? — 11 y a un demi-siècle on avait souvent recours à la saignée et aux applications de sangsues dans le traitement de la diphthérite. On y a i énoncé depuis que Trousseau a écrit ; « Une longue expérience m’a démontré que cette médication était non seulement inutile, mais qu’encore elle était essentiellement nuisible dans une maladie de nature septique, susceptible de jeter l’économie dans un état de prostration considérable, alors même qu’aucune cause de débilitation n’est intervenue. )>

l.atour, Desessarts, Portai avaient aussi vanté les dérivatifs et les révulsifs. Bretonneau et Trousseau les repoussèrent avec énergie, comme douloureux d’abord, puis comme affaiblissant et épuisant

inutilement les malades; enfin, comme fournissant à la diphthérie un terrain nouveau parfaitement préparé pour sa propagation et sa généralisation.

Les vomitifs sont prescrits par la presque généralité di's médecins pour faciliter l’expulsion des fausses membranes.

Mais la principale préoccupation du médecin en présence d’un cas de diphthérite est sans contredit de chercher à détruire sur place les fausses membranes dès leur apparition, et d’empêcher leur reproduction et leur propagation ; d’éviter enfin que la maladie se généralise. Plusieurs médications ont été proposées pour atteindre ce but.

Bretonneau a préconisé l’acide chlorhydrique ; Trousseau donnait la préférence au nitrate d’argent; mais tous deux recommandaient de faire des cautérisations énergiques et répétées. Bon nombre de médecins qui ont encore recours à ces deux topiques administrent en même temps à l’intérieur l’acide phénique sous la forme du sirop phénique de Yial, et n’ont qu’à s’en louer.

D’autres, à l’exemple de Chaussier, en 1819, Ilund, West, en 1846, Blache et Isambert, en 1856, ont préconisé le chlorate de potasse en topique. On peut l’appliquer topiquement et, de plus Tadministrer à l'intérieur à la dose de 4 à 5 grammes par jour. Les paslilles de Dethan permettent de le faire prendre sous une forme agréable.

Dans un mémoire adressé à r.àcadémie des sciences en 1860, .\ubrun a rapporté plusieurs guérisons obtenues par l’application topique et l’administration à l'intérieur du perchlorure de fer à hautes doses.

Bouchut emploie des douches locales de coaltar saporiiné I e Beuf (coaltar 1 partie, eau 2 à 7 parties), faites toutes les deux heures, jour et nuit, selon la gravité du mal, avec un irrigateur ou une seringue. «Depuis dix ans, écrivait en 18761e savant médecin de l’hôpital des Enfants, dans la Gazette des hôpitaux , ]& n’emploie pas d’autres moyens à l’hôpital. L’enfant ouvre la bouche en s’inclinant, avec une cuvette sous le menton, et le liquide injecté avec force sort sans jamais pénétrer dans les voies aériennes. Ce moyen vaut mieux que les eaux phéniquées que j’ai employées comparativement. »

. Depuis, Bouchut, en 1879, et après lui Rosbach,en 1 883, ont expérimenté la solution de papaïne Trouette- Perret en applications locales, et tous deux ont obtenu la digestion des fausses membranes chez plusieurs petits malades atteints de diphthérie laryngée, et par suite leur guérison.

« Le vinaigre de Penses, étendu de deux tiers d’eau, écrit en 1881, M. Jules Simon, médecin de l’hôpital des Enfants, m’a rendu de véritables services dans la diphthérie, en attouchements sur la gorge. »

De son côté, le D"' Brochard, dont le nom fait autorité dans la pathologie enfantile, a obtenu d'excellents résultats avec les applications topiques de Phénol- liobænf.

Ludwig et Von Becker préconisent la neurine c[ui d’après eux, à un pouvoir dissolvant remarquable sur les fausses membranes.

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Warren emploie contre la diphthérie, la formule suivante, que nous reproduisons d’après le Répertoire de Pharmacie (1881) ;

Glycérine “0 grammes

Ghiorate de potasse 10 —

Thymol 0,02 ccniig.

Bisulfate de qumiiie 2 grammes

Cognac 230 —

qu’il administre à la dose d’une cuillerée à dessert toutes les heures ou toutes les deux heures pour les enfants de 2 à 5 ans, et d’une cuillerée à soupe pour les enfants plus âgés.

La pilocarpine a été proposée en 1881 par Guttmann, d’après la formule suivante :

Pilocarpine muriatique 0,02 à 0,0.3 centig.

Pepsine 1 à 2 grammes

Acide chlorhydrique 2 à 3 gouttes

Eau 80 à 220 grammes

à la dose d'une cuilh rée à café ou à bouche, suivant qu'il s’agit d’enfants ou d’adultes. Ce médecin prétend que la pilocarpine agit avec une très grande efficacité et une très grande sûreté. Elle favorise par l'abondante salivation qui se produit, le détachement des fausses membranes qui sont plus molles, moins adhérentes et faciles à enlever. Mais, d’après .-Vrchambault, qui l’a expérimentée en 1882 à l’hôpitai des Enfants, la pilocarpine augmente la sécrétion bronchique dans de telles proportions quelle peut devenir fâcheuse en déterminant un encombrement des petites bronches ; de plus, même lorsqu’on l’associe à un traitement tonique, elle déprime les forces du malades, à un point tel que la plupart tombent dans le collapsus et s’éteignent lentement sans convulsions. Avec Archambault, il faut donc rejeter l’emploi de la pilocarpine dans la diphthérie, puisque ses avantages ne contrebalancent pas ses inconvénients.

En 1882, un médecin de Saint-Germain, le docteur Lamarre, a rapporté plusieurs observations de diphthérite guérie par l’huile de pétrole, appliquée en badigeonnages sur les fausses membranes et administrée en même temps à l’intérieur à la dose de 12 à 13 grammes. L’huile de pétrole détruit, il est vrai, les fausses membranes, mais Archambault a constaté que dans les cas graves elles se reproduisaient, et que la marche de la maladie n’était pas modifiée.

Enfin, au commencement de 1884, le D" Delthil, de Nogent-sur-Marne, a communiqué à l’Académie de .Médecine, un traitement qui lui a donné les meilleurs résultats dans plusieurs cas. Voici en quoi il consiste : on allume dans la chambre du malade un mélange d’essence de térébenthine et de goudron de gaz qui donne lieu à un dégagement de fumées très intenses qui jouissent de la propriété de ramollir et de dissoudre les fausses membranes, lesquelles sont ensuite expulsées sous forme de sécrétions catarrhales. L’amélioration, dit l’auteur, s'obtient rapidement, mais il faut prolonger les fumigations pendant plus ou moins longtemps suivant la gravité des cas.

A en croire leurs auteurs, chacun des différents traitements que nous venons d’énumérer, serait un véritable spécifique. Malheureusement rien

n’est moins vrai. Certes, nous convenons volontiers que tous ces traitements ont donné des guérisons de diphthérite, mais aucun n’est un véritable spécifique, et celui-ci est encore à trouver, il faut avoir le courage de le dire.

Quel que soit le mode de traitement local et général adopté, il ne faut pas oublier de lui adjoindre une médication tonique et stimulante. Si, pendant la convalescence, la paralysie diphthéritique se montrait, il faudrait avoir recours à la strychnine, aux bains sulfureux, à l’hydrothérapie, à l’électrisation.

Si malgré tous les moyens employés, la diphthérite faisait des progrès, si les fau.sses membranes gagnant le larynx, la trachée et les bronches menaçaient le malade d’asphyxie, il n’y aurait plus comme ressource suprême qu’à avoir recours à l’opération de la trachéotomie (V. ce mot).

D' A.-L. Labarthe, père.

DIPLOÉ. — On donne ce nom, en anatomie, à la couche de tissu osseux spongieux qui se trouve dans l’épaisseur des os plats et principalement entre les deux tables des os du crâne. p. l.

DIPLOPIE. — Nom donné par les oculistes à un trouble du sens de la vue qui fait que les objets qu’on rgarde parai-sent doubles. F^a diplopie peut être binoculaire ou monocu'aire. Dans la première variété qui est bien plus fréquente que la seconde, le malade voit les objets doubles lorsqu’il les regarde avec les deux yeux ; cette diplopie cesse si le malade ferme un œil. Dans la seconde, le malade voit les objets doubles, même s’il les regarde d’un seul œil. La diplopie binoculaire est due à un défaut de convergence des axes optiques des deux yeux qui ne se rencontrent plus sur l’objet fixé, comme cela devrait être normalement. Elle est un symptôme des paralysies des muscles de l’œil, du strabisme, et de certaines autres aft’ections. La diplopie monoculaire peut être le résultat d’une lésion du cristallin, d’une ulcération de la cornée, etc. P. L.

DIPSOMANIE. — La dipsomanie est une forme de déliré partiel, caractérisée pnr une impulsion irrésistible à faire abus de boissons alcooliques. Cette impulsion se produit sons forme d’accès, d’abord éloignés, puis plus fréquents, avec tendance à devenir journaliers.

11 ne faut pas confondre le dipsomane avec l’ivrogne. Celui-ci trouve dans le vin et les liqueurs alcooliques un attrait; il s’enivre en con)pagnie, avec des amis, en causant, en chantant, en parlant beaucoup; l’autre est un malade qui absorbe de l’alcool, à un moment donné, sans se préoccuper de son nom, de sa qualité, de son arôme ; absinthe, bitter, eau-de-vie, chartreuse, ou au besoin de l’éther, de l’alcool camphré ou de l’alcool dans lequel macèrent depuis longtemps des pièces anatomiques , cela s’est vu.

Il boit seul, rarement dans les débits, de préférence dans sa chambre. Si personne ne se trouve près de lui pour l’en empêcher, il boit jusqu’à ce que l’intoxication alcoolique soit complète, jusqu’à

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ce qu’il tombe à terre, ou que, poursuivi par des hallucinations terrifiantes, il ait accompli une tentalive de suicide, ou qu'il se soit livré à un acte criminel : vol, meurtre, incendie, viol, attentat à la pudeur.

Au début de la maladie, quand l’accès est passé, le malade revient à peu près à son état normal, et le plus souvent il a horreur des boissons alcooliques. Dans cette période d’intermittence, il travaille, reprend ses relations et il est difficile de reconnaître l'affection dont il est atteint. Mais, progressivement, son caractère se modifie, son système nerveux s’altère, ses fondions physiologiques deviennent irrégulières, ses sens s’émoussent, ses facultés intellectuelles et morales s’amoindrissent. La névrose devient vésanique, le délire partiel se transforme en démence.

L’accès de dipsomanie est toujours annoncé par une période prodromique , pendant laquelle le malade tombe dans la tristesse, n’est plus communicatif, fuit la société. Ses traits prennent un caractère de dureté et de souffrance particulier; il a de la dyspepsie, de l’anxiété précordiale, de la céphalalgie. Comme l’aurait dit Trousseau, l’organisme semble méditer son accès, il a conscience du résultat fatal contre lequel en vain il essaie de lutter.

La dipsomanie est presque toujours héréditaire; c’est une maladie moderne engendrée par l’alcoolisme et l’hystérie. Son caractère impulsif lui donne môme une certaine analogie avec les névroses convulsives. Les femmes y sont sujettes autant que les hommes, principalement en Angleterre. A Londres, on voit des femmes du peuple, s’alcooliser cyniquement, dans les pnblic-house. Dans les classes aristocratiques, elles boivent en cachette ; elles ont dans leurs armoires, dans leurs poches, du gin, du brandy, du whiskey, dans des fioles de pharmacie, à parfumerie et à eau de Cologne.

On voit aussi des dipsomanes, en France, dans la haute bourgeoisie. Il ne faut pas les chercher parmi ces bons vivants dont la coloration du nez et de la figure est un aveu loyal de leurs habitudes régulièrement alcooliques. Le dipsomane du grand monde est un lype à part: c’est un être sérieux, grave, impassible, dont l'atlitude est trop correcte et dont la physionomie immobile est un problème pour beaucoup de personnes. Mais, observez ce qu’il y a de vague et d’incertain dans son regard, de gaucherie dans sa démarche et son maintien. Les aliénistes ne s’y trompent pas; ils savent à quelle époque ils l’auront comme pensionnaire.

Indépendamment de l’hydrothérapie , qui fait partie du traitement de toutes les affections du système nerveux, il n’y a guère que la strychnine qui soit indiquée dans la thérapeutique de la dipsomanie. Mais dans la plupart des cas, il faut considérer le pronostic comme extrêmement défavorable et se contenter de séquestrer ces malades.

D' Edmo.xd Dupouy.

DISPENSAIRE. — Ce mot est employé quelquefois comme synonyme de pharmacopée, Ae formulaire, de codex. — Il sert aussi à désigner les élablissemenis de bienfaisance, créés par les bureaux de bienfaisance, où on donne gratuitement aux indigents des

soins médicaux et des médicaments, et les cliniques spéciales dans lesquelles, en dehors de toute intervention administrative , et à leurs frais, des médecins donnent, gratuitement où à peu près, des consultations et des médicaments aux malades indigents. — Enfin on donne le nom de Dispensaire de salubrité à un service spécial de la préfecture de police, qui a pour objet de soumettre les filles publiques à des visites corporelles, pour s’assurer qu’elles ne sont pas atteintes de maladies vénériennes. Ce service est fait par des médecins spéciaux (V. Salubrité, Prostitution). p, l.

DISSECTION. — On donne ce nom à une opération qui consiste à diviser méthodiquement et à mettre à découvert les différentes parties du corps, afin d’en étudier les formes, les rapports, la structure.

Il faut ne pas vouloir réfléchir un seul instant pour oser dire que la dissection des cadavres humains n’est pas absolument indispensable pour l’étude de la médecine. Et cependant, il a fallu bien des siècles, avant que ceux qui se destinaient à la carrière médicale, aient pu surmonter les obstacles créés par les croyances religieuses et les préjugés populaires. En effet, ce n’est qu’au XI V‘ siècle, que fut pratiquée pour la première fois la dissection d’un cadavre humain. En 1316, le médecin italien Mundini de Luzzi, professeur à Bologne, disséqua publiquement deux cadavres de femmes et publia peu de temps après une description du corps humain, faite d'après nature. Soixante ans plus tard, en 1376, les premières dissections furent faites en France, à l’Ecole de médecine de Montpellier, et c’est seulement un siècle après, en 1478, qu’il fut permis aux étudiants de l’Ecole de Daris de disséquer des cadavres. Aujourd’hui il existe dans toutes les facultés et écoles de médecine des amphithéâtres de dissection dans lesquels on met à leur disposition les cadavres des individus morts dans les hôpitaux et qui n’ont pas été réclamés par les parents ou les amis. A Paris, outre les amphithéâtres de la faculté, les élèves ont encore l’amphithéâtre de Clamart qui appartient à l’administration de l’Assistance publique et qui est réservé aux élèves internes et externes des hôpitaux. b-- Paul Labarthe.

DISSIMULATION. — [V. Simulation.)

DISSOLUTION. — On donne ce nom au passage d’un corps solide à l’état liquide sous l’influence d’un liquide dissolvant. P. L.

DISSOL'VANT. — On donne ce nom aux liquides qui ont la propriété de dissoudre les corps. Les principaux dissolvants sont l’eau, l’alcool, l’éther, l’huile et les acides. P. L.

DISTILLATION. — Par distillation, on entend une opération qui a pour but de séparer, à l’aide de la chaleur et dans des vases clos, les parties volatilisées d’un corps des parties solides qui lui sont associées. Elle est fondée sur la propriété qu’ont les vapeurs produites par une température élevée de se condenser par une basse température. D’où il s’en-

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suit qu’il n’y a, sauf de rares exceptions, que les liquides volatils et tes substances contenant des produits susceptibles de se volatiliser qu’on puisse souniettre à celte operation.

L'alamhic et la cornue sont les deux appareils employés pour obtenir les eaux distillées, les alcoolats et les essences.

Distillation à l’alambic. — Ordinairement, la distillation se pratique dans les pharmacies à l’aide d’un appareil appelé alambic. 11 se compose de trois pièces principales : la cucurbite, le chapiteau et le serpentin, et de plusieurs autres acces.soires : le fourneau, le bain-marie, la cuve ou réfrigérant, les deux tuyaux, dont l'un conduit l’eau froide dans la cuve, l’autre permet à l’eau chaude de sortir au dehors, enfin les deux vases destinés à recevoir : le premier, le produit de la distillation; le second, l’eau chaude de la distillation.

La cucurbite ou chaudière dans laquelle se place la matière à distiller est un vase cylindrique en cuivre étamé, renflé à sa partie supérieure, et destiné à être en rapport direct avec l’action immédiate du feu. Le chapiteau, de même métal, s’emboîte dans la cucurbite. Sa forme est celle d’un dôme aplati. Sur un de ses côtés est soudé un large conduit légèrement incliné de haut en bas, et coudé à angle droit k l’extrémité opposée. Cet instrument sert à recueillir et à conduire les vapeurs. La troisième pièce, adaptée à la précédente, est nommée serpentin, à cause de sa forme; c’est un tube cylindrique en étain, contourné en spirale, et placé dans une cuve dont l'eau se renouvelle sans cesse ; il est destiné à condenser la vapeur et à la transformer en liquide.

Parmi les instruments accessoires, on compte : le fourneau sur lequel s’ajjpuie le renflement supérieur de la cucurbite. A la partie inférieure et médiane de celui-ci est creusé un foyer disposé de façon à ce que les flammes puissent entourer toute la circonférence de la chaudière; par ce moyen, la température de la substance à distiller contenue dans l'intérieur est toujours la même, et l'opération se termine beaucoup plus vite. Le bain-marie est une .seconde cucurbite en étain, contenue dans la cucurbite ordinaire, préalablement remplie d’eau en quantité telle que l'introduction du bain-marie ne puisse la faire déborder. Cette seconde cucurbite est indispensable pour la distillation des liquides très volatils, que la distillation à la cucurbite ordinaire pourrait altérer. Elle s'adapte supérieurement au chapiteau, et les vapeurs légères qui s’échappent de son intérieur le traversent, comme dans le cas précédent, pour venir se condenser dans le serpentin. La cuve ou réfrigérant consiste en un grand tonneau de bois ou de métal, complètement rempli d’eau, et destiné à recevoir la troisième pièce de l’alambic. Elle est percée de trois ouvertures, dont l’une donne accès au tuyau du serpentin, l’autre au tuyau de l’eau froide, et l’autre au tuyau de l’eau chaude. Ces deux derniers tuyaux sont différemment disposés à la circonférence extérieure du réfrigérant. I.e tuyau destiné à maintenir dans la cuve un courant constant d’eau froide commence, évasé en entonnoir, au-dessus de la partie supérieure de la cuve, pour pénétrer par sa partie inférieure, où

l’eau froide qu’il fournit prend la place de l’eau chaude, réchauffée parle serpentin, et devenue par cela même pins légère que celle-ci. I.e tuyau d’eau chaude part, au contraire, de la partie supérieure, et enlève au fur et à mesure le trop-plein qui tendrait à s’y accumuler. Des deux vases qui reçoivent, l’un l’eau chaude, l’autre le produit de la distillation, il n’y a que le dernier qui mérite quelque considération particulière. Il doit être ouvert ou fermé, de tel métal ou de tel autre, suivant la nature du liquide qu’il aura à contenir.

Distillation à la cornue. — Cette opération ressemble beaucoup à celle de la distillation à l’alambic. Pour celle-là comme pour celui-ci il faut chauffer l’appareil avec un fourneau, condenser les vapeurs avec de l’eau froide, recevoir le liquide dans un récipient approprié. La cornue est un vase de verre, de grès, de porcelaine ou de métal d’une forme ovoïde recourbée et allongée. Elle présente à considérer suivant sa longueur trois parties essentielles; la panse, la voûte et le col. La panse est la partie renflée dans laquelle sont contenues les matières à distiller; elle sert aux mêmes usages que la cucurbite d'un alambic. La voûte et le col correspondent au chapiteau et remplissent aussi les mêmes fonctions.

Mais la cornue seule n’est pas suffisante pour opérer la distillation, il faut ajouter à son col un appareil de réfrigération qui varie un peu avec la substance qu’on a à traiter. On emploie ordinairement une allonge et un ballon récipient tubulé qui a le double avantage de favoriser la condensation des vapeurs et de porter dans une cheminée d’appel les gaz incoercibles, à odeur délétère qui se dégagent parfois dans le cours de certaines distillations. Pour refroidir le ballon, on le plonge dans un vase contenant de l'eau froide, de la glace ou un mélange réfrigérant. On peut encore faire tomber un filet d’eau très froide sur la surface du récipient préalablement recouvert d’un morceau de toile, afin que le liquide en abaisse également la température sur toute la circonférence. Mais cela ne suffit pas quand on a à distiller des liquides d'une condensation difficile, ou quand on veut dissoudre des gaz dans l’eau, on utilise alors un appareil formé par une suite de flacons à trois tubulures et connu sous le nom d’appareil de Woolf.

Le chauffage de la cornue s’opère à feu nu, au bain de sable ou au bain-marie. Le cbauffage à feu nu se pratiiiue en faisant reposer la panse de l’instrument sur un triangle de fer dont les angles s'appuient sur les bords d’un fourneau. Le cliauffage au bain de sable s’exécute en mettant la cornue dans une chaudière de tôle conteuant une couche de grès pulvéri.sé. On obtient ainsi une distillation lente, mais constante par suite de la température toujours égale communiquée au liquide à distiller par le sable chaud qui l’environne de toutes parts. Dans la chauffage au bain-marie l’opération se fait de même, avec la différence que le sable est remplacé par de l’eau et que la cornue est fixée solidement sur un rond de fer au fond de la chaudière; de cette manière le mouvement d’ébullition opéré par le bain-marie ne déplace pas la cornue et ne la fait point surnager.

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