ÉMÉ
faut qu’on ait eu affaire à des sujets éminemment prédisposés pour que 5 à 13 centigrammes puissent produire de pareils accidents.
Quoi qu’il en soit, 30 centigrammes à 1 gramme d’émétique, pris à doses fractionnées et distribuées dans le courant de la journée, déterminent bien parfois, le premier jour, quelques rares vomissements et quelques selles diarrhéiques chez les sujets atteints de pneumonie, mais ces désordres momentanés s’arrêtent bien vite d’eux-mêmes, il y a tolérance du médicament, ce qui ne veut pas dire immunité, attendu que d'autres symptômes témoignent de son influence dépressive sur l’économie. En effet, le tartre stibié est absorbé et passe dans la circulation où il produit des effets généraux, tels que le ralentissement du pouls, la diminution des mouvements respiratoires, l’abaissement de la température, l’affaiblissement de la contractilité musculaire, et d’autres symptômes qu’on est convenu d’appeler en langage médical le contro-stimulisme. Le composé antimonial est ensuite éliminé par nos divers émonctoires et se retrouve dans la bile, les urines, le mucus bronchique et les sueurs; ce qui nous explique, d’une part, les bons effets des antimoniaux contre le catarrhe pulmonaire, et, d’autre part, les éruptions qui se produisent quelquefois à la peau, à la suite de l’administration prolongée de ces médicaments.
En définitive, le tartre stibié, pris à l’intérieur, a une quadruple action thérapeutique suivant les doses auxquelles on le fait prendre et son mode d’administration ; il est tour à tour vomitif, purgatif, expectorant et contro-stimulant.
Usages. — L’émétique en applications topiques sur la poitrine, est un révulsif efficace contre les bronchites, les catarrhes, les névralgies, les pleurésies et les pneumonies chroniques ainsi qu’à toutes les périodes de la phthisie; en applications sur l’abdomen, un utile résolutif des gastrites, des hépatites, des cystites et des néphrites chroniques; en frictions le long de la colonne vertébrale, un puissant moyen dérivatif contre la carie osseuse, le ramollissement et la méningo-myélite ; en onctions autour d’une articulation malade, un bon irritant substitutif dans les hydarlhroses, les arthrites chroniques et les tumeurs blanches.
L’émétique est le vomitif le plus communément employé pour les adultes. 11 se donne de 3 à 13 centigrammes au plus, à intervalles très rapprochés, de manière à accumuler les effets. Généralement le malade le prend en trois fois, dans un demi -verre d’eau chaque fois, et de dix en dix minutes de distance. On favorise le vomissement, dès qu’il commence, par l’administration de l’eau tiède. Souvent les deux premières prises sont suffisantes, il est inutile d’avoir recours à la troisième. Plus souvent encore, on mêle 1 gramme 50 centigrammes d’ipéca à 5 centigrammes d’émétique qu’on prescrit de la même manière ; on obtient ainsi un meilleur résultat. Ce vomitif, pris seul ou mêlé d’ipéca, est tous les jours employé, et avec le plus grand succès, au début d’un grand nombre de maladies et surtout dans l’embarras gastrique, la fièvre bilieuse, le premier septénaire de la fièvre typhoïde pour dégager les premières voies du bol
alimentaire qui les irrite. Il est très employé aussi dans les catarrhes bronchiques, l’angine couenneuse, le croup, l’amygdalite suppurée, pour débarrasser ces conduits des matières muqueuses, plastiques ou purulentes qui les obstruent. Enfin le tartre stibié est le seul vomitif véritablement efficace dans les intoxications On le fait avaler à la dose de 10 à 20 centigrammes dans un verre d’eau, pris tout seul et en une seule fois. Les vomissements de la substance toxique suivent immédiatement son ingestion, accompagnée parfois d’effets purgatifs qui ne peuvent qu’être salutaires. Dans le cas où quelques restes du poison n’auraient pu être expulsés, il faut administrer tout de suite un médicament capable de le neutraliser.
Quand on veut obtenir l’effet purgatif du tartre stibié, on prescrit des doses faibles, et à intervalles éloignés, pour permettre au médicament de traverser l’estomac et d’agir seulement sur l’intestin; on fait dissoudre 3 centigrammes d’émétique dans un litre de tisane d’orge, de chiendent, de bouillon d’herbes ou de petit lait et on le fait prendre au malade par quarts de verre, d’heure en heure, dans le courant de la journée. Oh a alors l’émétique en lavage qu’on prescrit utilement dans la constipation opiniâtre, la gastrite, l’entérite, la dysenterie. 11 est nécessaire quelquefois de provoquer en même temps des vomissements et desselles; pour cela, on associe le tartrate double de potasse et d’antimoine à un sel neutre purgatif, tel que le sulfate de soude. On mêle 3 à 10 centigrammes du premier sel à 13 grammes du second, on fait dissoudre dans un demi-litre de tisane de chicorée et l’on fait boire par verres tous les quarts d’heure. Cet éméto-cathartique est préférable dans quelques cas à l’émétique en lavage, surtout lorsqu’on a besoin d’un puissant effet dérivatif.
Les propriétés expectorantes du tartre stibié sont assez peu souvent mises en usage contre la bronchite, la laryngite et les affections pulmonaires. On le donne alors aux petites doses de i à 5 centigrammes par jour dans un looch ou dans une potion gommeuse. Le keianès, l oxydc blanc d’antimoine et l’ipéca doivent lui être prclérés dans la plupart des circonstances qui réclament son emploi.
Mais il est d’autres conditions morbides où la prescription du tartre stibié à hautes doses est devenue d’un usage excessivement fréquent, j’oserai même dire beaucoup trop fréquent : c’est dans la pneumonie aiguë, la pleuro et la broncho-pneumonie, la bronchite capillaire. On a même étendu son emploi, avec des chances très variables de succès, au traitement du rhumatisme articulaire aigu, des pleurésies, des bronchites, des hémorrhagies pulmonaires, des catarrhes suffocants, des chorées, des phléhites, des hépatites, des méningites et généralement à toutes les phlegmasies fébriles. Sans doute, l’emétique, à l’instar de la digitale et du sulfate de quinine, est un décongestionnant et par cela même un hémostatique d’une certaine valeur. Mais va-t-il agir toujours avec la même efficacité dans toutes sortes de phlegmasies aiguës, d’hémorrhagies internes ? N’avons-nous pas pour chacune de ces maladies des agents qui lui sont supérieurs ? L’expérience a parlé hautement en faveur de cette