‹ Dictionnaire populaire de médecine usuelle d'hygiène publique et privéeChapitre 226 sur 238 · GEM · texte numérisé non relu

GEM

GEN

jasmin jaune ou sauvage, est un arbuste sarnienteux, grimpant, de la l^amiUc des logoniacées, qui croit dans l'Amérique du Nord, dans la Virginie, la Floride, le Mexique. La racine qui renl'erme un principe actif, la gelsemine, qui est un poison violent du système moteur, a été depuis longtemps expérimentée dans ces pays, ainsi qu’en Angleterre et en .Allemagne, contre les névralgies, mais avec des résultats tellement variables que la vertu antinévralgique de ce médicament, à peu près inusité eu France, est loin d’être encore réellement établie. En effet, tandis qu’entre les mains de certains médecins le gelsemium amenait la diminution des douleurs névralgiques, elle restait complètement inefficace contre ces douleurs entre les mains de certains autres médecins, et déterminait de véritables empoisonnements. Ainsi, le savant médecin allemand O. Berger, a écrit, en 1876, dans le Berliner Klinische Wochens, qu’ayant traité de nombreux cas de névralgie par le gelsemium sous forme d’extrait aqueux a la dose de 10 à 50 centigrammes, il n’en a obtenu dans la grande majorité des cas qu’un effet nul, et rarement la diminution de la douleur. De son côté, le médecin anglais H. Wolfe, rapporte dans le British médical Journal de 1881, qu’ayant pris lui-même 60 centigrannnes de gelsemine pour se guérir d’une névralgie faciale, et n’en obtenant aucun effet, il avala une seconde dose au bout d’une demi-heure, et que quelques minutes après, il fut pris de somnolence extrême, d’abattement, de vertiges, de frissons, de vomissements, de contraction de la pupille, en un mot qu'il ressentit tous les jihénomènes de l’empoisonnement par le gelsemium, qui ne disparurent qu'au bout de plusieurs heures et grâce à des soins spéciaux. Le cas du D' Wolfe est loin d’être le seul : on trouve plusieurs observations d’empoisonnement par le gelsemium sempervirens dans divers journaux de. médecine, entre antres dans le Boston médical and surg. journal de 1876 et dans le Philadelphie médical Times de 1882. En présence de faits semblables, nous ne saurions trop déconseiller l’emploi du gelsemium sempervirens qui, du reste, ainsi que nous l’avons dit plus haut, est très peu usité en France. D' Paul labarthe.

GELURE (V. Froidure.)

GEMME. — On donne le nom de gemme à la substance oléo-résineuse, semi-liquide, visqueuse, transparente, d’une couleur jaune verdâtre, d’une saveur amère, qui découle spontanément de la tige du pin maritime, lorsqu’on pratique des incisions dans l’épaisseur de son écorce et de son bois. Elle contient à peu près 12 p. 100 d’huile e.ssentielle, qu elle peut rendre par la distillation. 11 reste alors une matière solide, sèche, n'sineuse, à laquelle on donne le nom A'arcanson. Sous l’influence de l’oxydation, l’huile essentielle de la gemme se transforme en acide pinique et en acide pimarique, ainsi que l’a démontré le chimiste Laurent.

Introduite dans les voies digestives, la gemme produit des effets qui participent à la fois des propriétés de l’huile essentielle et de la substance rési-

neuse. Elle stimule légèrement le système nerveux et cette stimulation s’accompagne toujours d’un accroissement d’activité de la circulation, de la respiration et des fonctions de la peau.

La partie résineuse s’oxyde dans le sang, et est rejetée par la voie urinaire, en faisant subir aux organes éliniinateurs une action décongestionnante et anti-catarrhale qui soulage et guérit les affections de la vessie et des reins; en même temps l’huile essentiedle est rejetée par les poumons et par les pores de la peau, modifiant ainsi très rapidement les sécrétions dans la bronchite chronique, la toux, le catarrhe, l’asthme, la phthisie pulmonaire, et rendant les plus grands services dans le traitement du catarrhe des parties génitales chez les femmes.

M. Lagasse, pharmacien distingué de Bordeaux, qui a fait de nombreuses études sur les produits du pin maritime, est parvenu à emprisonner le gemme à l’état de nature dans de petites capsules, et à en rendre ainsi l’emploi très facile. Ces capsules sont parfaitement tolérées par l’estomac et ne lui imposent aucune fatigue, elles agissent puissamment sur toutes les affections catarrhales .sans altérer à aucun degré les organes. Elles se prescrivent à la dosé de quatre à six par jour, deux ou trois avant chaque repas.

Pour l’usage externe, M. Lagasse a émulsionné la gemme, à l’aide du quillaya saponaria, qui contient en abondance de la saponine, et a obtenu la gemme sapnnmée, produit d’apparence laiteuse, d’une odeur agréable et pénétrante, qui possède des propriétés antiseptiques et désinfectantes énergiques. La gomme saponinée appliquée sur les plaies les déterge , en diminue promptement la suppuration et accélère singulièrement leur cicatrisation. Elle trouve aussi son indication formelle dans le traitement des vaginites, des leucorrhées, des ulcérations de l’utérus, des méirites, dans h; pansement du cancer utérin, etc. ( V. Lagasse [capsules de] et Lagasse [gemme saponinée de]).

rc' C. Sarban.

GENCI’VES. — On donne ce nom, en anatomie, à un épaississement très consistant de la muqueuse buccale, qui recouvre les arcades dentaires, adhère fortement au pourtour du collet des dents et se prolonge entre elles.

Les gencives peuvent subir des contusions et des arrachements dans le cours des diverses opérations qui se pratiquent sur les dents. Elles peuvent aussi s’enflammer (V. Gingivite) ; enfin, elles peuvent être le siège de tumeurs qui ont reçu le nom d'épulis{\. ce mot). f. L.

GÉNÉRATION. — 11 faut entendre par génération l’ensemble des fonctions destinées à la reproduction de l’espèce : accouplement, Jécondalion, grossesse, accouchement (V. ces mots). P. L.

GENÉVRIER. — Le genévrier commun, ou juniperus commuais de Linné, est un arbrisseau de la famille des conifères, croissant abondamment en France dans les bois ainsi que dans les terrains secs et arides. Son fruit, globuleux, pi-

GEN

GEN

riforme, de couleur bleue ou noirâtre à la niaturité, est désigné sous le nom de baie de genièvre. Il contient de la résine, de la cire, du sucre et une huile volatile qui lui donne une saveur aromatique amère assez agréable. C'est un excitant des premières voies et un modificateur des sécrétions r il a une action spéciale sur les reins et provoque une diurèse plus ou moins abondante; de là son emploi rationnel dans la gravelle, les coliques néphrétiques, les catarrhes chroniques de la vessie, les calculs biliaires, les coliques hépatiques et la goutte. Les maladies du cœur compliquées d’ascite, d’anasarque ou de toute autre hydropisie peuvent aussi être améliorées par ce médicament.

Le genévrier oxycèdre, ou juniperus oxycedrus, fournit, par un procédé mixte de distillation et de combustion de ses baies et de son bois, l’huile de genévrier qui fait la base des capsules de Yial et entre dans la composition des pilules benzoïques de Rocher.

A l’extérieur, les baies de genièvre servent à faire, mises sur des charbons ardents, dans une bassinoire ou tout autre appareil équivalent, des fumigations excitantes qu’on , recommande dans les douleurs rhumatismales, le lombago, la courbature et les (Bdèmes partiels.

On fait aussi, avec les baies de genièvre infusées dans l’eau et fermentées, un vin d’où l’on retire par distillation une eau-de-vie très inférieure, consommée sur place par les habitants des montagnes qui en récoltent de grandes quantités.

D' Mauc. Camboulives.

GÉNITAL (APPAREIL). — L’appareil génital est constitué par l’ensemble des organes qui concourent à l’acte complexe de la génération. Cet appareil diffère nécessairement chez l’homme et chez la femme.

Appareil génital de l’homme. — L’appareil génital de l’homme est composé : 1° des testicules qui (daborent le sperme ; 2“ de divers conduits (épididyme, canaux déférents, conduits éjaculateurs, canal de l'urèthre), destinés à porter le sperme à l’extérieur ; 3" des vésicules séminales, qui servent de réservoir au sperme; 4° du pénis ou verge, qui, devenu tendu et rigide par l’érection au moment de l’accouplement, sert de tuteur au canal de l’urèlbre pour le diriger dans le vagin pendant la copulation ou cdit, dont ['éjaculation du sperme est le terme final (V. Testicule, Sperme, Épididyme, Canal déférent, Conduit éjaculateur. Urèthre, 'Vésicule séminales, Verge, Érection, Copulation, Coït , Éjaculation).

Appareil génital de la femme. — L’appareil génital de la femme est composé de plusieurs organes divisés en deux groupes : 1“ les organes génitaux externes dont l'ensemble constitue la vulve ; 2" les organes génitaux internes qui sont : le vagin, I’mtérus ou matrice, les trompes de Fallope ou oviductes et les ovaires (V. Vulve, Vagin, Utérus, Trompe de Fallope, Ovaires). P. l.

GENOU. — Anatomie. — On donne le nom de genou à la jonction de la cuisse et de la jambe. Son squelette est donc formé par l’extrémité infé-

rieure du fémur, par l’extrémité supérieure du tibia et par la face postérieure de la rotule. Les extrétnités du fémur et du tibia présentent des surfaces articulaires qui sont : 1® du côté du fémur, une trochlée articulaire plus large du côté externe, des condyles revêtus de cartilage jusqu’à ce que sur sa face postérieure, et séparés en arrière par l’échancrure intercondylienne; 2“ du côté de la rotule, une face articulaire plus large en dehors de la crête ; 3° du côté du tibia, deux cavités gléno’ides séparées par un tubercule ou épine du tibia, en avant et en arrière duquel il existe une facette rugueuse triangulaire pour les insertions ligamenteuses.

Les moyens d’union sont : 1“ quatre ligaments principaux extérieurs (un antérieur, un postérieur, deux latéraux); 2“ deux ligaments accessoires extérieurs (ligaments de la rotule); 3° quatre ligaments intérieurs (ligaments croisés et disques semi-lunaires). On trouve dans le genou une grande synoviale, la plus grande des synoviales, qui tapisse h's ligaments latéraux, et se porte ensuite en arrière pour tapisser le ligament postérieur.

Les mouvements de l’articulation du genou sont au nombre de quatre : t” la flexion, qui est déterminée par les muscles biceps, demi-tendineux, demimembraneux, poplité, et accessoirement par les muscles jumeaux; 2" l’extension, déterminée par le triceps et le tenseur du fascia lata; 3“ la rotation en dedans, qui est déterminée, quand la jambe est demifléchie,par les muscles de la patte d’oie, couturier, droit interne, et demi-tendineux; 4“ la rotation en dehors qui se produit quand la jambe est demifléchie par le biceps.

Fractures du genou. — (V. fractures de la rotule, fractures de l’exli-émité inférieure du fémur, fracture de Va jambe.)

Luxations du genou. — Les luxations du genou comprennent les luxations de la rotule et les luxations DU TIBIA.

Luxations de la rotule. — Les luxations de la rotule sont rares. On les divise en luxation en dehors, liLxation en dedans, et luxation verticale.

1° Luxation en dehors. — Elle peut êire complète ou incomplète. La luxation complète est causée par un choc sur le côté interne de la rotule, lorsque le triceps n’est pas contracté, soit que la jambe soit étendue, le pied reposant à terre, soit que le sujet soit debout.

La rotule se porte en dehors ; la surface articulaire repose sur la face externe du condyle externe; le triceps et le tendon rotulien sont déviés en dehors.

Les symptômes ne peuvent être méconnus; il existe un creux en avant, et une saillie formée par la rotule en dehors; la jambe est étendue, quelquefois un peu fléchie; les mouvements spontanés sont impossibles, les mouvements communiqués difficiles et très douloureux.

La .féduclion est facile à obtenir : on met le membre dans l’extension forcée., et l’on repousse la rotule en dedans avec les pouces.

Dans la luxation incomplète, l’os est un peu déplacé en dehors, le bord externe de la rotuje fait saillie en dehors, le bord interne est déprimé.

GEN

GEN

I^a ciuise est une violence extérieure agissant de dedans en deliors; on a invoqué, à tort probablement, la coniraclion musculaire.

Les symptômes sont ; extension du membre, saillie du bord externe de la rotule, difficulté des mouvements.

La réduction est moins facile que dans le cas de luxation complète, parce que, dit Malgaigne, le bord interne est enclavé au milieu du tissu cellulo-adipeux tuméfié du creux sus-condylien. Ce chirurgien conseillait de fléchir brusquement la jambe, afin d’arriver à une réduction complète.

2° Luxation en dedans. — Elle est très rare. La luxation complète n’est pas admise par la plupart des auteurs, qui ne reconnaissent que la luxation incomplète. La partie interne de la rotule fait en dedans une saillie anormale.

3° Luxation verticale. — On a vu, dans des cas rares, la rotule se luxer de champ, de telle façon ((ue l’un des bords de la rotule regarde en avant, tandis que l'autre se loge dans la rainure de la poulie inter-condylienne.

La déformation du genou est facile à saisir ; il est saillant en avant, déprimé sur les côtés. Le membre est dans l’extension ; la flexion est ordinairement très difficile et très douloureuse. La réduction est quelquefois difficile. Pour y arriver, on conseille de fléchir la cuisse, d'étendre la jambe, et de soulever la rotule, pour la placer dans la position naturelle ; si l'on ne réussit pas, on peut essayer de la flexion brusque, comme dans la luxation incomplète en dehors.

Luxations du tibia. — On en distingue quatre espèces ; les luxations en avant, en arrière, en dedans et en dehors. La luxation du tibia par rotation n’est pas bien démontrée, pas plus que la possibilité de la luxation des fibro-cartilages inter-articulaires.

1“ Luxation en avant. — Elle peut être complète ou incomplète. Elle est déterminée par des violences extérieures, repous,sant directement la partie supérieure de la jambe en avant, ou la partie inférieure de la cuisse en arrière, le membre étant dans l’extension.

Dans la luxation complète, les cavités glénoïdes du tibia passent en avant des condyles dn fémur, où elles forment une tumeur ; la rotule regarde en avant et en haut; il y a raccourcissement du membre qui est dans l'extension ; les ligaments latéraux et postérieur, ainsi que le muscle poplité, sont ordinairement déchirés.

Cette luxation se complique fréquemment de plaies articulaires, de rupture ou de compression des vaisseaux, d’où cessation des battements artériels et possibilité de gangrène, œdème du pied et de la jambe.

Dans la luxation incomplète , les symptômes sont les mêmes, mais moins accusés ; les complications s'observent rarement; ceci lient au déjilacement incomplet des surfaces articulaires; les condyles du fémur reposent sur la partie postérieure des cavités glénoïdes du tibia.

Pour le traitement, il faut réduire ces luxations, à moins qu’il n’existe une des complications que nous venons de mentionner et qui nécessitent Dictionnaire populaire de Médecine usuelle.

l’amputation. Au bout de deux à trois semaines, on fera exécuter des mouvements à l’articulation, afin d’éviter les inconvénients d’une immobilisation prolongée.

2“ Luxation en arrière. — Les luxations complètes sont admises, d’après les résultats de l’expérimentation sur le cadavre ; il n’en existe pas d’exemple bien authentique dans la science. 11 n’en est pas de même des luxations incomplètes, dans lesquelles les condyles du fémur reposent sur la partie antérieure des cavités glénoïdes, les ligaments postérieur et latéraux étant déchirés.

Ces luxations se produisent sous l'influence d’une chute ou d’un choc portant sur la partie antérieure et supérieure du tibia, la jambe étant demi-tléchie.

La jambe paraît raccourcie ; mais ce raccourcissement n’est pas réel ; la rotule regarde en bas et en avant ; le n^embre est étendu ou un peu fléchi ; on constate une saillie antérieure formée par les condyles du fémur, et une saillie postérieure par l’extrémité supérieure du tibia.

Les complications et le traitement sont les mêmes que pour les luxations en avant.

3° Luxation en d/'dans. — La luxation en dedans se produit sous l’influence d’une impulsion énergique sur la partie inférieure et interne du fémur, ou en sens inverse, sur la partie supérieure du tibia, l’os continu étant fixe. Dans cette luxation, le condyle interne est en contact avec la cavité gléno'ide externe, le condyle et la cavité glénoïde opposés étant libres cf formant une tumeur interne et une tumeur externe. Les mouvements .sont impossibles.

4" Luxation en dehors. — C’est l’inverse pour les causes et les rapports anatomiques.

Dans toutes ces luxations, si elles sont complètes, on fait l'extension sur la partie inférieure de la jambe ou sur le pied, et la contre-extension sur le bassin. La coaptation se fait comme dans le cas de luxation incomplète; le chirurgien embrasse le genou des deux mains, et refoule avec les deux pouces la partie saillante vers le point qu’elle devrait occuper.

Tumeur blanche du genou. — (V. Tumeur blanche.) D'' J.- A. Fort.

GENS DE LETTRES. — Hygiène professionnelle.

— Les professions libérales sont loin d’ètre, par elles-mêmes, un obstacle à la vie et à la santé. Les esprits supérieurs, surtout dans les sciences, atteignent souvent un âge avancé, après avoir vécu une vie dépourvue de maladies et d'infirmités. G. Delaunay affirme même que les gens intelligents vivent plus que les autres, les savants et les écrivains plus que les agriculteurs et les rentiers. D’après lui, la moyenne de vie des académiciens est de 71 ans 5 mois. Ce fait brutal (s’il est vrai) ne vaut-il pas cent fois mieux, pour eux, qu’une immortalité souvent aléatoire.

Toutefois, la stimulation de la pensée entraîne souvent avec elle l'irritation nerveuse, l’hypocondrie et la prédisposition aux afl'ections cérébrales; pendant que l’inactivité physique entraîne la goutte, les calculs du foie et des reins, l'obésité, les hémorrho'ïdes. Ces prédispositions morbides

io«

GEN

GEN

sont d’autant plus graves chez les gens de lettres qu’ils prennent souvent la maladie pour une entité imaginaire, fuient la médecine et les médecins et se traitent par le mépris: «A quoi bon me soigner?

Et d’ailleurs, en ai-je le temps, docteur? Et puis, avez-vous la prétention de me faire croire à la médecine, vous n’y croyez point vous-même?»

Un organe qui prélude souvent à la détérioration organique chez l’homme de lettres, c’est l’estomac, qui devient capricieux et personnel, recherche les mets nuisibles et indigestes, et devient un tyran réfractaire à toutes les lois bromatologiques que l’hygiène pourrait lui dicter. Souvent aussi, et principalement sous l’influence des veilles et des travaux prolongés, sous l’influence de l’abus des excitants et des alcooliques (l’homme de lettres succombe facilement, hélas ! à leur funeste mirage), les mouvements du cœur deviennent irréguliers, et leur trouble retentit sur le cerveau et les poumons congestionnés. Cette action des travaux intellectuels sur l’organe central de la circulation, est surtout remarquable lorsque les passions politiques viennent ajouter aux fatigants travaux de cabinet leurs poignantes émotions et leurs désillusionnantes réalités.

On comprend alors facilement qu’au milieu de tous ces troubles dans le « trépied vital », l’économie se détériore promptement et se détraque à l’occasion des moindres actes morbides. D’autre part, la stimulation extrême de la pensée affaiblit singulièrement les facultés viriles. On l’a dit en un proverbe espagnol : le savant ne peut lutter en amour contre le muletier. Aussi peut-on voir des hommes de génie, comme Newton, mourir vierges à quatre-vingts ans. Ce qui prouve que Minerve n’aime pas Vénus, et peut être que le génie n’est qu’une névrose.

Notre place est limitée: exposons donc sans phrases l’hygiène des professions libérales. Pas de travaux exagérés ni prolongés outre mesure : la fatigue cérébrale trace la limite où il faut s’arrêter; cette fatigue se traduit souvent par la migraine, qui punit l’homme de lettres par où il a péché. Eviter le travail après les repas, pour ne pas troubler la digestion, et pendant la nuit, dont on ne saurait impunément faire le jour. Dégime uniforme: pas d’aliments spéciaux. Eviter également la diète et les excès de nourriture, observer dans les repas la plus grande régularité possible. L’usage des boissons alcooliques doit être fort restreint : un vin tonique aux repas doit suffire. Quant au café, il faut en user comme Fontenelle et Voltaire, mais ne pas en abuser comme Balzac : car, après l’excitation temporaire que produit l’infusion intellectuelle par excellence, survient bientôt la dépression cérébrale : la mémoire s’affaisse ensuite et les facultés solides de l’intellect font rapidement naufrage. Nous en dirons autant du tabac, dont l’abus nuit certainement aux gens de lettres.

Il faut choisir pour travailler le moment où l’on est le mieux disposé au travail. Le cabinet renfermera un air pur, ni chaud, ni froid ; l’aération atténue les dangers de la vie sédentaire. En dehors de cette vie on recherchera l’exercice actif.

les grands arbres, la culture, le canotage, l’équitation, l’escrime, la natation. Quand la noire hypocondrie envahira le cerveau, l’homme de lettres cherchera immédiatement une diversion et un dél'ivatif dans les distractions du voyage, des eaux minérales, des bains de mer, et surtout dans la fréquentation des gens gais, n’engendrant pas le spleen, et contrebalançant heureusement la lypémanie, ce poison des professions intellectuelles. Fuir l’ennui et la solitude, voilà une thérapeutique morale active! Mais l’hygiène est là pour commander de fuir aussi l’excès contraire, et d’éviter les grandes émotions, surtout celles du jeu et de l’amour. Ayons toujours devant nos yeux la légende du divin Sanzio qui, après quelques nuits d’excès avec la Fornarina, tomba malade, et mourut à la fleur de l’âge.

On voit, par cette courte ébauche, le rôle

important de l’hygiène dans les professions libérales. L’hygiène guide et soutient l’homme de lettres dans sa lutte quotidienne; lutte réelle et effective, dans laquelle la physiologie nous montre une énorme déperdition de forces organiques et surtout d’influx nerveux. C’est ce que le Koran veut exprimer lorsqu’il dit: «Au jugement dernier, l’encre de l’écrivain aura le même poids poui' Allah que le sang du guerrier. » D' E. monin.

GENTIANE. — La gentiane jaune est une plante indigène de la famille des gentianées que l’on trouve particulièrement dans les Alpes, les Pyrénées, les Cévennes, le Puy-de-Dôme, la Côte-d’Or, les Vosges et les prairies des montagnes. Elle a une

Fig. .S3f). — Gentiane.

tige haute de 1 mètre environ, droite, cylindrique, et d’un vert pâle ; des feuilles opposées, sessiles, larges à la base et pointues au sommet; des fleurs nombreuses, jaunes, disposées en faisceau, profondément découpées; un fruit conoïde, muni de graines arrondies. La racine, la seule partie de la plante usitée en médecine, est très longue, grosse comme le pouce, simple ou plus souvent ramifiée en nombreuses radicules, d’un jaune noirâtre en dehors, d’un jaune foncé en dedans, d’une texture

GEN

GEN

spongieuse, d’une saveur très amère, d’une odeur forte et désagréable. L’analyse y a démontré une huile odorante, un principe amer, le gentianin, du sucre, de la gomme et des sels.

Suivant que l’on emploie la racine fraîche ou desséchée, les eflèts physiologiques de la gentiane ne sont pas les mêmes. Fraîche, cette racine renferme un principe odorant, volatil, qui lui communique des qualités narcotiques et en quelque sorte toxiques, démontrées par les observations de Planche, de Buchner et de quelques autres. Desséchée et privée de son huile aromatique, elle jouit d’une amertume franche, de propriétés toniques prononcées. Elle laisse dans la bouche un goût amer persistant. L’estomac est stimulé au point que la sécrétion du suc gastrique est augmentée dans des portions notables. Cet organe digère plus vite, le besoin d’aliments devient plus impérieux, la paresse des voies digestives diminue avec une rapidité surprenante. Puis, le tube intestinal, à son tour, convenablement lubréflé, se contracte d’une façon assez intense pour vaincre la constipation, mais en même temps assez régulière pour mettre un terme à la diarrhée De là le médicament est en partie absorbé et porte son action tonique sur l’économie entière sur laquelle il agit en redonnant de l’énergie à tous les rouages de notre organisme. La gentianine est ensuite éliminée par l’urine et la sueur qu’elle modifie légèrement en leur communiquant sa saveur amère.

La racine de gentiane est un de nos meilleurs médicaments toniques indigènes; elle a été surnommée pour cette raison le quinquina des pauvres dont elle possède les propriétés amèi-es, moins l’astringence. Elle est fréquemment employée dans les divers cas morbides auxquels conviennent les amers francs. Ses propriétés fébrifuges et vermifuges sont douteuses; ses propriétés toniques et stomachiques sont mises tous les jours à profit pour stimuler l’appétit, ranimer les forces dans les convalescences difficiles, les dyspepsies torpides, les affections chlorotiques, scrofuleuses, rhumatismales ou goutteuses, dans les névroses en général et les hystéries en particulier. Son amertume est très grande, ce qui fait qu’elle est difficilement supportée par les estomacs délicats Malgré cela, la tisane, l’extrait, le sirop, la teinture et le vin sont des médicaments d'un usage habituel et d’une grande efficacité. A l’extérieur, la racine poreuse sert à dilater les conduits fisluleux; elle peut servir aux mêmes usages que l’éponge ficelée.

Mahc. Camdoulives.

GENU-VALGUM.— Cette ditiormité que l’on connaît dans le vulgaire sous le nom de genou cagneux ou genou en dedans, s’observe à tous les âges, mais surtout dans la première et la seconde enfance; on la voit aussi dans l’âge adulte et môme dans la vieillesse, mais dans ce cas, son origine remonte à peu près toujours à l'enfance.

La dénomination de genou en dedans indique presque suffisamment en quoi consiste la dift'ormité ; l’extrémité inférieure des deux cuisses est, en effet, portée en dedans, c’est-à-dire vers la ligne verticale qui passe par le milieu du corps,

de sorte que les genoux portés l’un vers l’autre tendent à se toucher et quelquefois se touchent réellement. Quelquefois, cependant, la difformité n existe que d’un seul côté. Les pieds ont nécessairement une direction opposée à celle des genoux, ils sont portés en dehors et d’autant plus écartés que la déviation est plus considérable.

Les garçons sont plus exposés que les filles à

cette difformité; on n’a pas donné jusqu’à présent d’explication plausible de cette particularité.

Quelques chirurgiens considèrent la déviation comme un .symptôme constant de rachitisme, mais c’est une erreur ; les cas où elle coïncide avec un rachitisme sont même les plus rares; dans ces cas, le genou en dehors n’existe presque jamais seul; d’autres altérations des os l’accompagnent, l’incurvation des jambes entre autr es, car dans le genu vagum simple, les jambes sont bien déviées en dehors, mais tout d’une pièce ; examinées isolément, elles sont droites, tandis que dans le rachitisme, elles sont plus ou moins courbes dans un sens ou dans l’autre.

Dans l’état de repos, le genu-vagiim n’est pas douloureux et n’a d’inconvénients qu’au point de vue plastique. Il n’en est pas de même au point de vue de la vie active : les longues courses et même la station debout prolongée sont d’autant plus difficiles que la difformité est plus prononcée; aussi est-elle un cas de réforme pour le service militaire. En outre, le corps étant toujours en porte-à-faux, elle dispose aux entorses du cou-de-pied et même à celles plus graves du genou.

Traité par des appareils bien faits et intelligemment appliqués, le genu-valgum est à peu près toujours curable, quand le traitement est commencé

GEN

GER

dans le jeune âge; chez notre père le D‘' V. Duval, nous en avons même vu guérir quelques-uns dans l’âge adulte ; mais les guérisons sont plus rares. Les guérisons par l’application des appareils sont toujours un peu longues à obtenir.

Pour arriver à des guérisons rapides, on a proposé de taire ditférentcs opérations chirurgicales.

Jules Guérin, le remarquable auteur de tant de beaux travaux sur l’orthopédie, considérant cette déviation du genou comme une dépendance de la rétraction musculaire, et ayant démontré par un grand nombre de faits qu’elle est souvent causée par la rétraction du muscle fascia lata, du muscle biceps et du ligament latéral interne, isolée ou collective, Jules Guérin, disons-nous, a formulé un traitement chirurgical du genu-valgum qui consiste à pratiquer, selon les cas, tantôt la section isolée de ce ligament, tantôt la section de ce liga-

Fig. 538. — Appareil du D’’ Jules Guérin.

ment jointe à celle du biceps et du tenseur du fascia lata. Grâce â un ingénieux appareil, de son invention, gouttière articulée latéralement, dépendant du système de flexion, il est arrivé, la section souscutanée des muscles et ligaments ayant été faites, à redresser le genou complètement et presque instantanément.

Quelques chirurgiens, pour arriver au même but, ont proposé de rompre les os (osféoclasie) et de les redresser ensuite , ou bien d’enlever du côté interne des tibias une portion d’os en forme de coin (osléuiomie) qui permet (dans l'opinion de ceux qui pratiquent cette opération), le redressement immédiat des os ; nous ne saurions adopter ces deux opérations, d’abord, parce qu’elles sont loin d’être toujours couronnées de succès, ensuite parce qu’elles constituent des violences qui ne sont pas sans danger, et, enfin parce que, à l’aide de l’application rationnelle de bons appareils,

on peut arriver assez souvent sans s’exposer à aucun accident, à de meilleurs résultats.

D' Emile Düval,

Médecin en chef de l’Etablissement orthopédique de la nie du Dôme, rédacteur en chef de Lu Médecine coiitemporaire.

GERÇURES. — Les gerçures sont des fentes ou crevasses superficielles qui surviennent sur la peau ou sur l’origine des membranes muqueuses, principalement aux lèvres, au mains et aux seins des femmes qui allaitent.

Les gerçures des lèvres se produisent lorsqu’on reste longtemps exposé à un vent froid ; lorsqu’on a pris la fâcheuse habitude de sans cesse passer sa langue sur les lèvres pour les entretenir humides, et principalement lorsqu’on les racle avec les ongles ou qu’on les pince avec les dents, pour enlever les petits lambeaux d’épiderme qui s'en détachent. Ue légères frictions 3 ou 4 fois par jour avec un corps gras, cérat, pommade rosat, pommade de concombre ou beurre de cacao, suffisent pour venir à bout de ces crevasses d’une manière assez prompte. Bon nombre de personnes préfèrent recouvrir la partie gercée avec un morceau de taffetas Marinier.

Les gerçures des mains se produisent à la suite de froids rigoureux, ou lorsqu’après les avoir lavées, on les essuie incomplètement et qu’on les approche du feu ; ou encore lorsqu’on fait usage de savons corrosifs comme le savon noir par exemple. On les guérit en se lavant les mains avec de l’eau de son, de guimauve ou d’amidon, et en se frottant ensuite avec un peu de glycérine qu’on aura soin de ne pas essuyer, ou avec un mélange par parties égales de cire vierge et d’huile d'olives fondues ensemble ; dans ce dernier cas on pourra mettre et conserver pendant la nuit des vieux gants très larges, qui maintiendront le corps gras en contact avec la peau, ce qui hâtera la guérison.

Les gerçures du sein, surtout chez les femmes qui allaitent pour la première fois, sont assez fréquentes. Elles siègent principalement au mamelon et sont occasionnées, le plus souvent, par les tiraillements que l’enfant exerce sur le bout du sein lorsqu’il tête. Ces gerçures sont excessivement douloureuses, principalement pendant la succion, el chez certaines femmes elles acquièrent de telles proportions en étendue et en profondeur, qu’elles entourent complètement le bout du sein et entraînent sa chute.

Pour guérir ces gerçures, la femme devra faire usage d'un bout de sein artificiel en caoutchouc durci ou en ivoire ramolli , pour donner à téter à l’enfant, ou bien, comme le conseille Legroux, collei’ sur le mamelon un morceau de taffetas Marinier percé de trous, et maintenu fixé à l’aide d’une couche de collodion riciné, qu’elle mouillera avec un peu d’eau sucrée chaque fois que l'enfant voudra prendre le sein.

On peut aussi frictionner le mamelon avec la

pommade suivante :

A.vonge 50 grammes.

Baume du Pérou, liquide. . 5 —

Opium brut 10 centigrammes.

Page 1