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qui a rendu depuis à la pratique chirurgicale d’inappréciables services. Jusqu’ici, il a été employé en France d’une façon presque exclusive, et c’est lui que nous prendrons comme type, pour les descriptions des effets de la médication anesthésique.
De l’administration du chloroforme et de ses effets. — Nous étudierons successivement : 1“ les précautions à prendre dans l’emploi du chloroforme ; 2“ son action ; 3“ les accidents et les moyens d’y porter remède.
1° Pkécautions a phendre dans l’administhation DU CHLOROFOUME. — En raison des dangers, de la mort même qu’on trouve, quoique bien rarement, dans l’administration du chloroforme, le chirurgien doit s’entourer des précautions les plus minutieuses, de façon à mettre toutes les chances de son côté.
En général, il n'y a pas de contre-indications
absolues à tirer de l’état du sujet. Les femmes et les vieillards supportent très bien le chloroforme, les enfants mieux que les adultes. Les affections organiques du poumon et du cœur, l’alcoolisme, ne doivent pas arrêter le chirurgien, à moins d’une disposition syncopale prononcée; l’anévrisme de l’aorte et des gros vaisseaux du cou est une contre-indication. De même les cachexies avec anémie profonde.
L’anesthésie une fois décidée, la première chose à faire est de s’assurer de la pureté de la substance. (V. chloroforme.) Nous indiquerons seulement ici un procédé très simple, qui consiste à en projeter une goutte dans l’eau. En agitant, cette goutte qui est allée au fond, se divise, comme le mercure, en petits globules transparents, si le chloroforme est pur, opaques et troubles dans le cas contraire. Le malade doit être à jeun : sous ce rapport il est bon de ne pas opérer trop tard dans la matinée. Il sera couché, sur le dos, autant que possible, la tête au niveau du reste du corps, afin d’éviter la syncope. La chambre devra être suffisamment vaste et aérée.
Le meilleur moyen de donner le chloroforme et le plus simple, consiste à en imbiber une compresse, qu’on place sur le nez du malade et sur laquelle le liquide est venu peu à peu, au fur et à mesure des besoins. On peut aussi employer un cornet analogue à celui qui est représenté par la figure 83. Un aide doit prendre le pouls et surveiller la respiration, en examinant la façon dont se fait la dilatation de la poitrine. Lorsque le ventre est découvert, les mouvements de l’ombilic suffisent à renseigner l’observateur.
2° Action du chloroforme. — Elle comprend deux périodes bien distinctes : une période à'excitation et une période à' état ou d’anesthésie proprement dite.
La période A' excitation se manifeste très vite. Après quelques inhalations, le malade éprouve une sensation de chatouillement à la luette : il y a quelquefois de la toux. Puis la face rougit, le pouls et la respiration s’accélèrent, en même temps que le patient commence à rêvasser et à s’agiter d’une façon désordonnée. Ces phénomènes sont surtout marqués et prolongés chez les ivrognes : en général, ils disparaissent vite et font place à la période d’état ou de paralysie.
La période de paralysie se traduit par les caractères suivants : sommeil et résolution musculaire ; le malade est complètement immobile et insensible. C’est dire que l’anesthésie est entière, comprenant ainsi ce qu’on a voulu désigner sous le nom A'analgésif' (insensibilité à la douleur) : l’intelligence et par conséquent la volonté sont complètement annihilées. Les mouvements réflexes finissent aussi par disparaître.. La pupille d’abord contractée se dilate plus tard; la face est pâle; la circulation et la respiration se ralentissent, et la température du corps s’abaisse. Alors, le chirurgien peut tailler à son aise ; il pourrait littéralement couper le malade en morceaux sans que celui-ci en ait conscience. L’administration du chloroforme a été suspendue, mais à la moindre indication, aussitôt que se décèle la plus petite apparence d’agitation, on verse de nouveau quelques gouttes sur la compresse pour la porter sur le nez du malade, et le calme se rétablit aussitôt. On peut ainsi entretenir l’anesthésie une demieheure, une heure même, dans les cas où l’opération l’exige.
Lorsque tout est terminé, on réveille le malade qui revient à lui plus ou moins vite, selon que le sommeil a duré plus ou moins longtemps. La sensibilité reparaît d’abord, puis l’intelligence, et il se manifeste une sorte d’agitation de retour, beaucoup moins prononcée, d’ailleurs, que celle du début.
Que si l’on demande maintenant quel est le mécanisme en vertu duquel se produisent ces phénomènes, nous répondrons que le chloroforme, absorbé en nature, exerce une action spéciale sur les centres nerveux. La première période s’accompagne d’une congestion cérébrale, d’une turgescence manifeste. Mais tout change au moment où se produit l’abolition des fonctions du système nerveux. Le sommeil anesthésique co'incide, comme le sommeil normal, avec une anémie du cerveau, avec cette différence que cette anémie est poussée ici à sa limite extrême. Ce fait, établi d’abord par le docteur Hammond (de New-York), et Durham (de Londres), a été confirmé,
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pour le chloroforme surtout, par nous {Nouvelles recherches sur la congestion cérébrale, 1868). D’autres observateurs, Sanson, Ackernian, ont montré que l'acide carbonique exerce une action analogue, et que l’asphyxie coïncide alors avec un état anémique de la substance cérébrale. Les centres circulatoire et respiratoire, dans le bulbe, sont atteints, comme le reste, d’où le danger de l’anesthésie, comme nous le verrons plus loin.
3° Des accidents produits par le chloroforme et DE LEUR traitement. — Il y en a un terrible, l’accident irrémédiable et dont on ne revient pas : la mort. On a pu voir, par la description précédente, que toutes les fonctions des centres nerveux étaient suspendues par le fait de l’anémie centrale, comme cela s’observe dans l'asphyxie, au moins pendant un certain laps de temps, les organes delà vie végétative, cœur, poumons, continuent à fonctionner. L’utérus conserve sa contractilité propre, ce qui a permis d’employer si utilement le chloroforme dans les accouchements. Que si l'on prolonge l’inhalation dans
les expériences sur les animaux, ces organes mêmes finissent par être atteints et la mort arrive par syncope ou par asphyxie.
Malheureusement, chez l’homme, dans des cas d’ailleurs fort rares, on voit le cœur ou le poumon très rapidement atteints. Après quelques inhalations, le malade manifeste les signes de l’angoisse et de l’agitation la plus vive, fait effort pour repousser les aides et se débarrasser du chloroforme, quelquefois pousse un cri : « J'étouffe! Je meurs I » et succombe en effet, souvent en moins d’une minute.
« On affirme, dit notre savant ami le professeur Benjamin Anger, dans un Traité de ■pathologie chirurgicale, qui doit être publié bientôt, et dont il nous a obligeamment communiqué le manuscrit, on affirme que ce ne sont pas les anesthésiques qui tuent, mais bien la façon mauvaise dont on s’y prend pour les administrer. C’est là une opinion qui ne nous paraît pas soutenable, en dépit de l’autorité de M. Sédillot et de son grand talent Dans quelques cas, l’action du chloroforme a paru lente et progressive; puis le malade s’est endormi, et peu à peu les battements du cœur ont diminué de fréquence ainsi que les mouvements respiratoires, pour cesser enfin complètement. Mais ce n’est pas le cas ordinaire. Le plus souvent, les malades paraissent avoir été emportés subitement, sidérés avant d’avoir aspiré une dose notable de l’anesthésique : tout allait bien, l’inhalation marchait d’une manière régulière, quand tout à coup le malade pâlit, le cœur cesse de battre et la poitrine . de se dilater.
« Le fait le plus remarquable, en ce genre, est celui qui fut observé par le professeur Richet, à l’hôpital Saint-Louis, le 13 janvier 1838. 11 s’agissait d’un individu atteint de luxation de l'épaule : la résolution musculaire avait été obtenue à l’aide du chloroforme et la réduction effectuée, tout semblait aller le mieux du monde quand tout à coup l’interne s'écria : « Le pouls ces.se de battre! » La respiration continuait cependant, mais elle s’éteignit rapidement, et malgré tous les soins et tous les efforts on ne put rappeler le malade à la vie. »
La mort arrive le plus souvent par syncope, c’està-dire par arrêt primitif des battements du cœur, phénomène qui est parfaitement en rapport avec la théorie de l'action physiologique du chloroforme exposée plus haut. Cependant la mort peut se produire aussi par asphyxie, nous entendons par arrêt primitif des mouvements respiratoires (syncope respiratoire), toujours sous l’influence de l'anémie cérébrale, et par paralysie consécutive des nerfs qui président à la respiration. Souvent le pouls et les mouvements respiratoires s’arrêtent en même temps.
Dans le cas où ces terribles accidents se produisent, il faut, en même temps qu’on ouvre les fenêtres, ne pas hésiter à agir comme Nélaton qui, dans un cas de syncope grave, fit renverser complètement le malade la tète en bas. Aussitôt qu’on le remettait dans la position horizontale, le pouls et la respiration s’arrêtaient de nouveau, pour reparaître dès que l'inversion était produite. Il fallut recommencer trois fois cette manœuvre, qui, enfin, réussit. Il y a là un fait thérapeutique d’un extrême intérêt et en même temps la confirmation de la théorie qui explique l’anesthésie par l’anémie cérébrale.
Dans d’autres cas on doit s’attacher surtout à ranimer la respiration, soit par des pressions alternatives sur la poitrine, soit par l’insufflation de
Fig. 84. — Pince destinée à attirer la langue au dehors.
bouche à bouche. Il faut aussi attirer an dehors la langue, qui par son poids tend à retomber en arrière et à produire la suffocation. Dans un ou deux cas, la trachéotomie pratiquée immédiatement paraît avoir sauvé le malade. L’électrisation des nerfs phéniques peut aussi être tentée. On applique un des rhéophores au creux de l’estomac, l’autre le long du bord externe du muscle sterno-masto'idien. On cite un fait dans lequel l’inhalation de quelques gouttes de nitrite d’amyle aurait rappelé le malade à la vie.
Anesthésie par l’éther. — Employé avant le chloroforme, l’éther jouit encore d’une grande vogue en Amérique ; chez nous, il n’est plus guère employé que par les chirurgiens de l’école de Lyon. Ses effets peuvent être assimilés à ceux du chloroforme, avec cette différence que la période prodro-
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mique ou d’excitation se prolonge d’une façon démesurée, dépassant parfois vingt minutes. La mort peut survenir aussi d’une taçon subite dans le cours de l’anesthésie.
Anesthésie par le protoxyde d’azote. — Le protoxyde d’azote ou gaz hilarant, est employé sur une vaste échelle par les dentistes, surtout par les dentistes américains. Il présente un double avantage ; la rapidité avec laquelle le malade est endormi et la rapidité plus grande encore avec laquelle il se réveille. Malheureusement, le docteur Krishaber a constaté l’altération non moins prompte du rythme des battements du cœur. D’ailleurs, il ne peut suppléer l’oxygène, et employé pur, il tend à produire rapidement l’asphyxie. De fait, on avait eu aussi des morts à déplorer.
Dans ces derniers temps, M. Paul Bert eut l’idée d’administrer le gaz sous pression et mélangé à l’oxygène, de façon à ce que le protoxyde d’azote fut introduit en quantité suffisante et en même temps que l’oxygène.
Les expériences instituées dans les appareils à air comprimé (Voir Aérolhérapie) réussirent pleinement. En quelques secondes, on obtint une anesthésie parfaite, suivie d’un réveil facile et rapide. Le seul inconvénient est la nécessité, pour les aides et pour l’opérateur, de séjourner, eux aussi, dans l’air comprimé ; cela ne saurait constituer un obstacle sérieux. 11 y a donc là une importante innovation, mais il faut encore du temps, et de nombreuses expériences pour démontrer l’innocuité parfaite du procédé et supplanter le chloroforme.
Anesthésie par l’hypnotisme, l’alcool, le chloral, le chlorhydrate de morphine. — L’ hypnotisme (V. ce mot), a été essayé comme agent anesthésique, mais sans grand succès. L'alcool ingéré produit aussi l’insensibilité et on a pu opérer des individus « ivres-morts », selon l’expression vulgaire et très juste, sans qu’ils s’aperçussent de rien ; mais jusqu’ici l’alcool n’a pas pris place comme agent anesthésique chirurgical. Quant aux injections de chloral dans les veines, c’est une pratique dont le danger semble aujourd’hui démontré, malheureusement, car on a pu obtenir ainsi l’insensibilité pour trois heures et plus. Sous ce rapport, signalons un procédé beaucoup plus inoffensif, consistant à administrer simultanément le clorhydrate de morphine par la méthode endermique et le chlorof orme en inhalation. On peut obtenir ainsi, sans recourir à de nouvelles doses de chloroforme, une anesthésie de longue durée.
Anesthésie locale. — Enfin, dans le cas où il s’agi d’opérations rapides, pratiquées sur des surfaces circonscrites, on se trouve bien de l’emploi de Yanesthésie locale, qui ne fait courir aucun risque. L’agent unique est ici le froid, soit qu’on l’applique en nature, sous forme d’un mélange de sel et de glace, dans l’opération de .l’ongle incarné par exemple, soit qu’on produise le refroidissement par évaporation, en se servant de l’éther, pulvérisé ou non, du sulfure de carbone ou de l’acide carbonique, ce dernier agent étant le plus infidèle. On a employé aussi l’électricité dans l’avnlsion des dents, la vérité est que dans ce cas la douleur causée par l’arrachement d’une molaire est reiTiplacée 'par
celle que produit le courant électrique. On conçoit d’ailleurs que l’emploi des anesthésiques locaux doit être extrêmement limitée.
Des services rendus par l’anesthésie provoquée. — Si nous nous reportons à notre définition de l’anesthésie, il sera facile de voir que les agents décrits plus haut n’y répondent pas d’une façon parfaite. Car c’est non seulement la sensibilité, mais encore l’intelligence et le mouvement, toutes les grandes
Fig. 83. — Appareil de Richardson pour l’anesthésie locale.
fonctions du système nerveux qui se trouvent abolies pendant leur administration. En un mot, on a là une variété d’agents narcotiques, plutôt que spécialement anesthésiques , et le malheur est précisément que dans un certain nombre de cas, d’ailleurs extrêmement rares, non seulement les fonctions de la vie animale, mais celles de la vie végétative, la mobilité du cœur, des muscles de la respiration, se trouvent atteintes et la mort arrive. L’anesthésique idéal serait celui qui abolirait uniquement la sensibilité, en laissant intactes toutes les autres fonctions.
Mais comme il n’y a rien d’absolu, pas même en chirurgie, il faut se contenter de ce que l’on a, et rester convaincu qu’en dépit d’attaques périodiquement renouvelées, le chloroforme est un agent merveilleux, rendant aux malades et aux chirurgiens d’incomparables services. On a présenté, à propos des cas de morts, les statistiques les plus étonnantes. C’est ainsi qu’un journal de Chicago, cité par M. Rottenstein {Traité d' Anesthésie chirurgicale, p. 389), annonce un mort par le chloroforme, sur 2,723 cas, et pas un seul décès par le protoxyde d’azote, sur 73,000 cas! Il faut remarquer d’abord, que pour ce dernier gaz, il s’agit presque toujours de l’avulsion d’une dent, opération pratiquée en un clin d’œil et lorsque le patient a senti à peine l’influence de l’anesthésique, conditions excellentes, assurément, mais qui ne peuvent se réaliser dans une opération de hernie étranglée, par exemple. D’autre part, à ces chiffres fatidiques, nous opposerons ceux de Robert qui, surplus de 25,000 opérés, durant la campagne de Crimée, n’a observé que deux morts à la suite de l’administration du chloroforme.
Nous n’insisterons pas sur les services rendus dans les accouchements, dans les luxations,
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grâce à la suppression de la contractilité musculaire; nous plaçant au point de vue le plus général nous dirons qu’en supprimant la douleur et même aussi la conscience, le chloroforme fait disparaître en partie l'effroi légitime qui torture les malades à la perspective d'une grande opération. La pusillanimité ne dépend pas de la volonté de l'individu en somme. Vous pouvez d'ailleurs être très courageux et déplorer le moment où le chirurgien taillera dans vos chairs vives et sciera vos os pour vous enlever un membre tout entier. Le chloroforme a seul réalisé jusqu’ici l'idéal du sto'i'cien, qui nie l’existence de la douleur. D'autre part, le chirurgien n'étant gêné ni par les cris, ni par l'agitation du patient, peut donner son attention entière à l'œuvre parfois si difficile, si délicate qu'il s'est donné la tâche d'accomplir. Qu'il y ait des dangers à redouter, nul ne peut le nier, mais cela rentre dans les calculs de chance et de probabilité. Or, il n'y a pas plus de risque à courir en se soumettant à l'action du chloroforme, qu'à traverser le boulevard au coin de la rue Montmartre ou au carrefour de l'Opéra. La possibilité d'étre écrasé par une voiture n'empêche pas les gens sensés de sortir de chez eux. Telle est la conclusion générale à laquelle nous étions depuis longtemps arrivé, conclusion confirmée en somme par la discussion qui a eu lieu à l'.âcadémie de médecine dans les premiers mois de l'année 1882. A. Regnard.
ANÉVRISME. — Non donné en chirurgie à une tumeur pulsatile, complètement ou incomplètement réductible, constituée par du sang artériel contenu dans une poche en communication elle-même avec une artère. Un anévrisme comprend quatre éléments fondamentaux; 1° une poche ou sac; 2“ du sang artériel ; 3° une artère; 4“ un orifice faisant communiquer l'artère et le sac.
On divise les anévrismes en deux grandes classes : les anévrismes spontanés et les anévrismes trau-
M.ATIQUES.
Les anévrismes spontanés ou de cause interne, sont ceux qui se développent lentement, sans l'intervention d'une violence extérieure, dans la grande majorité des cas.
Les anévrismes traumatiques sont ceux dont une blessure a été le point de départ. Ils sont ‘primitifs s’ils surviennent aussitôt après la blessure ou si le sang s'infiltre au lieu de se réunir autour de l’artère et de former un dépôt ; ils sont consécutifs lorsqu’ils se montrent plus tard et sous la forme d’un kyste ou d’une tumeur bien limitée. Enfin, lorsque l'artère blessée s’ouvre sur le côté dans une veine, on dit qu’il y a alors un anévrisme artério-veineux.
Les anévrismes n’affectent pas également toutes les artères. Voici, par ordre de fréquence, celles qui en sont le siège: l'artère aorte thoracique, l’artère poplitée, l'artère fémorale, l’artère aorte abdominale, les artère.s carotides, les artères sous-clavières, les artères axillaires, etc.
Les anévrismes sont infiniment rares avant l'âge adulte ; les enfants n’en sont presque jamais atteints. On les rencontre surtout de 30 à 40 ans et plus fréquemment chez l’homme que chez la femme, ce qui tient sans doute aux travaux plus rudes et aux efforts plus fréquents que les hommes sont obligés
de faire. Quelques auteurs ont prétendu que certaines professions, celles qui exigent la flexion permanente d'un membre, jouent un grand rôle dans la production des anévrismes. C’est ainsi que les chirurgiens expliquent la fréquence des anévrismes de l'artère poplitée chez les cochers, les rémouleurs, les cordonniers, les jockeys, etc. L’influence du climat et des races est incontestable ; les anévrismes sont plus fréquents en Angleterre et aux États-Unis qu’ailleurs, et, aux États-Unis, ils sont rares chez les nègres et les blancs qui y sont fixés depuis longtemps, tandis qu’ils sont très communs chez les émigrants d’Angleterre et d’Irlande.
On a encore signalé comme ayant une influence sur la production des anévrismes , l'hypertrophie ou épaisseur trop grande des parois du ventricule gauche du cœur ; la courbure des artères ; le voisinage du cœur, parce que les troncs artériels situés à son voisinage ont des parois relativement plus minces et par suite plus facilement dilatables que celles des artères d’un moyen calibre ; la situation superficielle des artères qui les expose facilement à des contusions ; le voisinage d’une articulation ; l’usage immodéré des vins et des alcools; l'abus des plaisirs vénériens ; la syphilis constitutionnelle ; la diathèse rhumatismale; les violentes émotions morales. Enfin les coups, les efforts violents, une extension brusque d’un membre, peuvent déterminer la production d’un anévrisme, en admettant toutefois une altération antérieure des parois des artères.
Avant d’aller plus loin, et pour bien faire comprendre la formation des anévrismes, rappelons en quelques mots comment sont constituées les artères (V. Artère). Les artères sont constituées par trois tubes concentriques ou plutôt par trois tuniques superposées : 1“ la tunique interne ou séreuse qui est immédiatement en contact avec le sang; 2° la tunique interne ou fibro-celluleuse ; 3° la tunique moyenne ou élastique, épaisse, placée entre les deux précédentes. Ces trois enveloppes différentes de structure et de composition peuvent se dilater ensemble ou bien, il peut arriver que l’une cède lorsque les autres se laissent détendre.
Les anévrismes se développent brusquement ou lentement. Dans le premier cas, ainsi que le dit fort bien notre savant collaborateur et ami le professeur agrégé Fano, c’est à la suite d’un effort violent, d’une contusion ; les tuniques externes, en général altérées par l’infiltration calcaire ou granulograisseuse, cèdent à l’effort exercé par le malade et se déchirent ; l’externe seule résiste et se dilate sous l’influence de la pression latérale exercée par le sang. Dans le second cas, la tunique interne est lentement perforée par un travail ulcératif qui est la conséquence des dépôts de la matière graisseuse; les fibres de la tunique moyenne sont éraillées à leur tour, et le sang s’insinue sous la tunique moyenne sous la forme d’une ecchymose. Plus tard, l’ulcération des tuniques augmente d'étendue, ce qui permet à une quantité plus considérable de sang de distendre la tunique celluleuse ; il se forme ainsi, au bout d'un certain temps, une poche plus ou moins large, compressible, pulsative, adossée à l’artère et communiquant avec elle par une ouverture
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généralement plus étroite que le corps de la tumeur. . . Quelquefois l’anévrisme se forme d’une autre manière : les trois tuniques artérielles se dilatent et forment une tumeur qui reste stationnaire ; puis, à l’occasion d’un effort, les deux tuniques internes se rompent; la tunique externe seule résiste à la pression du sang, se dilate et forme une tumeur d’un volume plus considérable.
Comme configuration les anévrismes présentent plusieurs variétés : l’anévrisme craiériforme, dans lequel l’orifice de communication du sac avec l’artère est plus large que le sac lui-même (fig. 86, A); l’anévrisme sacciforme, dans lequel l’orifice de
communication du sac avec l’artère est très étroit (fig. 86. B); l’anévrisme fusiforme, dans lequel le sac est placé sur le trajet même de l’artère et dans son axe (fig. 86, C) ; enfin, l’anévrisme disséquant dans lequel la tunique celluleuse est décollée et disséquée par le sang dans une certaine étendue , avec deux communications entre le sac et l’artère (fig. 86, D).
En s’éloignant de l’époque de sa formation, l’anévrisme subit des modifications dans toutes ses parties constitutives.
Le sac s’épaissit et les organes qui l’entourent sont refoulés, comprimés ou soulevés. L’orifice de communication entre le sac et l’ar- 86. tère est en général
A, anévrisme cratériforme. — B, ané- irrégulier, ses bords
J vrisme sacciforme.— C, anévrisme sont flottants, fran-
' gés, déchirés. Le
sang qui distend le sac ne reste pas liquide ; il se coagule en partie et les caillots qui résultent de cette coagulation sont les uns consistants, solides et résistants et ont reçu le nom de caillots actifs-, les autres noirs, friables, mous et ont reçu le nom de callots passifs. La situation et le calibre des artères d’un membre atteint d’anévrisme, sont aussi modifiés, les artères qui aboutissent au sac sont oblitérées au niveau de leur embouchure par des caillots et leurs branches sont dilatées et anastomosées avec les autres branches collatérales qui, du reste, sont toutes augmentées de volume.
L’anévrisme se présente sous la forme d’une tumeur, souvent indolente et sans altération de couleur de la peau qui la recouvre, assez nettement circonscrite, siégeant au niveau d'une artère, souple.
molle, élastique, fluctuante, animée de battements isochrones au pouls.
Si on applique les doigts sur la tumeur, on constate des mouvements saccadés en rapport avec ceux du pouls. Elle se dilate également dans tous les sens en même temps que les artères se dilatent, et ce mouvement de dilatation est suivi d’un mouvement de retrait correspondant au mouvement analogue des artères. Au moment de la dilatation de l’anévrisme, les doigts perçoivent de plus, dans certains cas, une sorte de tressaillement des parois de la tumeur, qu’on appelle frémissement vibratoire.
A l’auscultation, l’oreille perçoit un bruit de souffle, intermittent, un peu plus long que le silence qui le suit, variable selon les dimensions de l’ouverture de communication entre le sac et l’artère.
Si on comprime l’artère située entre le cœur et l’anévrisme , la tumeur s’affaisse plus ou moins complètement; si, au contraire, on comprime l’artère entre la tumeur et les petites artères capillaires, le volume de la tumeur augmente.
L’anévrisme exerce son influence fâcheuse et des effets variables sur les organes voisins qui l’entourent, qui sont refoulés. Les veines et les vaisseaux lymphatiques sont tiraillés , déplacés, comprimés, quelquefois même oblitérés, et alors il y a refroidissement du membre, œdème de la peau et dilatation des veines superficielles. Les nerfs sont aussi tiraillés, comprimés, aplatis, ce qui détermine des douleurs vives dans le membre, de l’engourdissement, et parfois même des phénomènes de paralysie. Les muscles et les os enfin peuvent aussi êtré affectés dans leur forme et leur structure.
Les anévrismes restent quelquefois stationnaires. Dans certains cas, ils peuvent guérir spontanément, sans l’intervention de l’art, par un mécanisme qui n’est pas toujours le même. La guérison peut être le résultat du dépôt successif de caillots fibrineux dans le sac qui se rétrécit et finit par s’oblitérer; elle peut aussi survenir à la suite de l’inflammation modérée de la poche anévrismale, qui produit la coagulation fibrineuse des caillots sanguins. Mais, abandonnés à eux-mêmes, les anévrismes finissent le plus souvent par se rompre et entraîner la mort.
Coimnent a lieu la rupture d'un anévrisme? elle peut se faire de cinq manières différentes très bien résumées par notre ami et collaborateur, le D' J. -A. Fort : 1° la poche se rompt brusquement, et le sang s’épanche dans le tissu cellulaire sous-cutané ou dans une cavité close, plèvre, péritoine, ou dans une cavité muqueuse, trachée, œsophage; dans presque tous les cas, la mort suit de près la rupture de la tumeur; la peau est généralement intacte ; 2" la peau est comprimée par la tumeur; elle s’amincit, s’ulcère, et la moindre violence extérieure suffit pour faire éclater la poche ; 3° la peau comprimée devient le siège d’une eschare, à la chute de laquelle l’anévrisme est ouvert ; 4“ il se fait un petit pertuis au sommet de la tumeur; il s’écoule un peu de sang et l’hémorragie s’arrête; au bout de quelque temps, ces phénomènes se renouvellent jusqu’à ce qu’une rupture définitive survienne; 5° enfin, on voit quelquefois un abcès apparaître entre la peau et la tumeur ; il s’ouvre du côté de la
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peau, mais le sac, aminci par la suppuration, se déchire, et il se fait une hémorragie.
D’après ce qui précède on voit que les anévrismes sont des affections très graves contre lesquelles il faut absolument instituer, dès le début, un traitement curatif. Ce traitement, qui est surtout chirurgical, comprend un grand nombre de moyens dont le but est d’amener l'oblitération du sac, soit par la déposition de caillots actifs, soit par la coagulation du sang en masse, ou bien de détruire l’anévrisme en détruisant le sac. Tous ces moyens peuvent rentrer dans les quatre méthodes suivantes : 1° coagulation DU SANG contenu DANS L’aNÉVIUSME EN AG1SS.ANT SUR l’artère MALADE; 2° COAGULATION INDI-
Fig. 87. — Compresseur de Nélaton pour l’artère aorte. — A, gouttière. — C, arc métallique. — D, compresseur élastique supporté par une tige. E, pas de vis servant à modifier la longueur. — G, vis réglant le mouvement latéral. — F, vis réglant le mouvement suivant l'axe du corps. — 1, H, pelotes de diverses formes.
RECTE DU SANG EN AGISSANT SUR LE SAC ANÉVRISMAL ET A SON niveau: 3“ COAGULATION DIRECTE DU SANG CONTENU DANS l’ANÉVRISME ; 4“ DESTRUCTION CHIRUR- GICALE DU SAC ANÉVRISM.U..
1“ COAGULATION DU SANG CO.NTENU DANS l’aNÉVRISME EN AGISSANT SUR l’artère MALADE. — Cette méthode comprend : la ligature et la compression.
La ligature peut être faite, d’après le procédé d’Anel, au-dessus de la tumeur anévrismale, ou bien au-dessous, d’après le procédé de Brasdor. Ces deux procédés, quoique ayant été suivis de résultats heureux, exposent cependant à une série d’accidents très graves (inflammation du sac, gangrène, hémorragies, récidive de l’anévrisme), aussi doiventils être réservés pour des cas tout à fait spéciaux et restreints.
La compression faite au-dessus de la tumeur peut être continue, intermittente, interrompue, totale, partielle, graduelle et alternative, suivant les cas ; elle se pratique soit au moyen d’une simple bande Dictionnaire populaire de Médecine usuelle.
roulée soutenant des compresses placées sur le trajet de l'artère malade; soit à l’aide d’instruments plus ou moins compliqués, tels que ceux de Nélaton, de Broca, de Mathieu, etc. ; soit enfin à l’aide des doigts.
La compression à l’aide des appareils est simple et facile : on place le membre, siège de l’anévrisme, dans la gouttière, on ajuste chaque armature de telle sorte que la pelote corresponde exactement à l’artère à comprimer, et on tourne l’armature qui fait mouvoir la pelote jusqu’à ce qu’on ait obtenu le degré de compression voulu.
Quant à la compression à l’aide des doigts, elle est aussi très simple: on s’assure tout d’abord de
Fig. 88. — Compresseur de Broca. — A, gouttière matelassée. — D, Brisure établie à la partie supérieure des arcs métalliques. — F, tige supportant les compresseurs mobiles dans la gouttière qui termine les arcs latéraux. — G, vis réglant la pression des pelotes E.
la position de l’artère à comprimer, puis on applique sur celle-ci un ou plusieurs doigts et on appuie plus ou moins, selon le degré de compression que l’on veut obtenir.
Dans tous les cas, on doit continuer la compression jusqu’à ce que les battements de la tumeur anévrismale aient complètement cessé, et il est même prudent de la continuer quelque temps après.
La compression, ainsi que l’a écrit fort justement le professeur Broca, est la méthode de traitement qui se rapproche le plus des procédés naturels de guérison spontanée. C’est celle qui a donné les plus beaux succès, celle qui expose le moins aux accidents. Elle tient à bon droit le premier rang et la raison de cette supériorité, dirons-nous avec le professeur Richet, est moins encore dans son innocuité que dans son efficacité.
2° Coagulation indirecte du sang en agissant sur
LE SAC ANÉVRISMAL ET A SON NIVEAU. — NoUS dirOllS
peu de chose de cette méthode qui comprend les réfrigérents, les astringents, les moxas appliqués sur l’anévrisme malade, la flexion forcée du membre où siège la tumeur, et la malaxation du sac anévrismal, parce qu’elle est aujourd’hui à peu près abandonnée.
3° Coagulation directe du sang contenu dans l’anévrisme. — Cette méthode comprend Yacupuncture, Yélectro-puncture , la caloripuncture, et les injections coagulantes.
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V acupuncture, qui consiste à enfoncer des aiguilles dans le sac et à les y laisser à demeure pendant vingt-quatre ou quarante-huit heures, est une mauvaise méthode, imaginée par Velpeau, qui est complètement abandonnée.
L'électro-puncture ou galvano-puncture, qui se pratique en traversant la tumeur avec de petites aiguilles dans lesquelles on fait passer un courant
électrique plus ou moins fort, a donne un certain nombre de succès, surtout avec des courants faibles et des séances courtes et espacées. Si on emploie des courants trop intenses, on s’expose à des accidents graves, tels que hémorragies, eschares, etc.
La calori-puncture, qui consiste à faire pénétrer dans le sac anévrismal des aiguilles rougies au feu, n’a été employé qu’une fois, et l’opéré succomba.
Quant aux injections coagulan/es à l’aide du perchlorure de fer, dont nous sommes redevables au D" Pravaz, voici comment on les pratique : on comprime d’abord l’artère au-dessus et au-dessous de l’anévrisme, pour empêcher la diffusion du liquide injecté et faciliter la coagulation rapide du sang de la tumeur, puis on injecte dans celle-ci une solution de perchlorure de fer à 20“ à l’aide d’une seringue de Pravaz. Le procédé des injections coagulantes est surtout applicable aux petits anévrismes et à ceux qui sont situés profondément.
4° Destruction chirurgicale du sac anévrismal. — Cette méthode comprend trois procédés : l’incision,
aujourd’hui abandonnée, qui consiste à lier l’artère au-dessus et au-dessous de la tumeur anévrismale, à ouvrir celle-ci, à la débarrasser des caillots sanguins qu’elle renferme et à la faire suppurer; Vexlirpation, qui a été pratiquée seulement deux fois, et enfin la cautérisation à l’aide du fer rouge ou des caustiques, abandonnée aussi depuis longtemps à cause des dangers très graves qu’elle présente.
Tel est l’ensemble des méthodes et procédés qui constituent le traitement chirurgical des anévrismes. Mais certains anévrismes, ceux de la crosse de l’aorte, entre autres, sont inaccessibles au traitement chirurgical. Dans ces cas, Valsalva a proposé un traitement médical qui lui a réussi quelquefois et qui consiste à soumettre les malades à des saignées répétées, à un repos absolu, à la privation d’aliments solides, et à l’administration de la digitale, qui exerce une action manifeste sur le cœur dont elle ralentit les battements. Pour faire sentir tous les inconvénients attachés à un pareil traitement , nous ferons simplement remarquer avec notre éminent ami et collaborateur Fano que cette méthode, enlevant au sang sa plasticité, met ce liquide dans des conditions défavorables pour la coagulation du sang, et comme lui nous ne conseillerons l’emploi de la méthode de Valsalva qu’en désespoir de cause. D' Paul Lauarthe.
ANFRACTUOSITÉ. — Nom donné aux enfoncements sinueux qu’on observe à la surface du cerveau et qui séparent ses circonvolutions. (V. Cerveau.)
ANGÉLIQUE. — L’angélique appartient au genre archangélique de la famille des ombellifères.
C’est une belle plante herbacée, vivace, cultivée dans les jardins et recherchée à cause de son odeur et de sa saveur aromatiques. Toutes les parties de la plante jouissent de cette propriété, mais la tige plus que les autres. Aussi est-ce cette dernière que l’on emploie dans la confiserie, qui en fait un fréquent usage.
Elle est peu usitée en médecine ; on ne l’emploie guère que pour masquer la saveur désagréable de certains médicaments; elle est stomachique et carminative et Trousseau a constaté ses bons effets dans l’anorexie, la dyspepsie, la flatulence, dans tous les cas en un mot où l’estomac a besoin d’être stimulé.
Comme nous l’avons déjà dit, c’est la tige dont l’emploi est le plus répandu, surtout dans la confiserie à cause de sa saveur et de son parfum agréable. Pour la confire, on la coupe de la longueur voulue, on la met dans l’eau presque bouillante et on laisse infuser une heure, après quoi on enlève l’épiderme et les grosses fibres. On la fait alors bouillir jusqu’à ce qu’elle soit suffisamment blanchie et tendre ; on la fait égoutter et on la jette dans un sirop bouillant cuit à 30°. Après quelques bouillons on laisse refroidir, et le lendemain on sépare le sirop que l’on fait bouillir de nouveau et dans lequel on remet les liges d’angélique ; on renouvelle cette opération deux fois; enfin, pour la dernière fois, il faut cuire le sirop à 30°, laisser jeter quel-
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ques bouillons et retirer du feu. Après douze heures, on fait égoutter les tiges et on les fait sécher à l'étuve.
On fait avec l’angélique une liqueur très agréable et d’une préparation très facile, dont voici la formule :
Semences d’angélique 30 grammes.
Tiges d’angélique récentes 30 —
Amandes amères, émondées, concassées 60 —
Sucre blanc. 1,500 —
Alcool à 60°. . . .' 6 litres.
Eau 1 —
On laisse macérer le tout pendant huit jours et on filtre.
L’angélique entre dans la composition de plusieurs liqueurs parmi lesquelles nous citerons la Chartreuse, le Raspait, le Vespetro, etc.
D’’ Paul Labarthe.
ANGINES. — On désigne sous le nom d’angine toutes les affections douloureuses de la gorge, qu'elles soient le fait d’une inflammation pure et simple déterminée par une variation brusque de la température, ou le résultat d’inflammations résultant d’une diathèse herpétique, arthritique ou autre, ou bien encore l’expression de l’évolution de maladies telles que les fièvres éruptives, la tuberculose, la syphilis, la scrofule.
Nous allons donc passer en revue ces différentes angines, dont les symptômes sont bien différents et qui nécessitent des traitements particuliers.
Angine catarrhale. — Comme toutes les muqueuses, la muqueuse de la bouche, du pharynx, du voile du palais, de la gorge en un mot, est susceptible de s’enflammer sous l’influence d'un simple refroidissement. C’est à cette inflammation que l’on donne le nom d'angine catarrhale.
Le froid, avons-nous dit, est presque toujours la cause de la maladie; cependant elle peut encore se développer sous l'influence d'un irritant direct de la muqueuse, tel que l’absorption de vapeurs ou de poussières irritantes.
On la voit encore survenir chez certaines personnes atteintes d’une affection curieuse, désignée sous le nom de fièvre de foin, maladie qui paraît être un véritable catarrhe nerveux de toutes les muqueuses et principalement de celles qui tapissent les voies aériennes supérieures.
Le plus souvent, l’angine catarrhale est consécutive au catarrhe nasal ou coryza, et l’inflammation se propage au pharynx par sa paroi postérieure et par le voile du palais.
Les symptômes de l’angine catarrhale ou catarrhe simple de la gorge sont trop connus de tous pour .qu’ils nous arrêtent longtemps.
Le malade accuse au début un simple malaise s’accompagnant de lourdeur de tète et très rarement d’un mouvement fébrile. En même temps, apparaît une légère difficulté de la déglutition, bien plus sensib’e quand il veut avaler la salive que lorsqu’il déglutit des aliments, l.e besoin d’avaler la salive est beaucoup plus fréquent qu’à l’état normal, ce qui doit être attribué à la présence, dans le pliarynx.
d’une certaine quantité de mucus clair et visqueux sécrété par la muqueuse enflammée.
Si on examine la gorge, on trouve une teinte rouge foncée de la muqueuse plus marquée au niveau des piliers du voile du palais et de la base de la luette ; en même temps, sur le voile du palais, on trouve un semis de petites vésicules transparentes d’herpès, semis qui donne à la muqueuse un aspect chagriné. Quelquefois, on remarque de petits points blanchâtres sur les amygdales, qui le plus souvent, se trouvent être légèrement tuméfiées.
Le diagnostic de l’affection se fait donc le plus facilement du monde, surtout si le malade est atteint en même temps de coryza. Le rôle du médecin devra surtout être de chercher si l’angine catarrhale n’est pas le début ou la manifestation initiale d’une diathèse quelconque, telle que l’herpès, l’arthritisme, ou d’une fièvre éruptive (scarlatine, rougeole, fièvre typhoïde), ou d'une maladie constitutionnelle (tuberculose, syphilis, scrofule). Lorsque l’on sera bien assuré qu’aucune de ces causes n’existe, le traitement sera des plus simples.
11 est indiqué de débarrasser le plus tôt possible les voies digestives et, pour cela, de prescrire de préférence des purgatifs alcalins répétés et peu énergiques. Nous conseillons de prendre le matin à jeun, pendant trois jours consécutifs, un verre à bordeaux d’eau de Rubinat, ou 30 grammes de sulfate de magnésie.
On se trouvera bien de gargarismes émollients d’eau de guimauve et de pavot, enfin de sucer quelques pastilles astringentes au rhatania ou au cachou, au chlorate de potasse (pastilles de Deihan), au chlorate de potasse et au goudron (pastilles de Patangié), au borate de soude (pastilles de Yigier), etc.
Si le catarrhe pharyngien s’accompagne de fièvre, et n’est que l'expression d’un état général appelé fièvre catarrhale, état que l’on trouve souvent d’une façon épidémique aux renouvellements de saison, il est indiqué de donner au malade un éméto-cathartique ainsi formulé :
Ipéca 1 gr. 50 centigr.
Tartre stibié 0 10 —
Divisez en trois paquets, à prendre de quart d’heure en quart d’heure, dans une tasse d’eau tiède.
Angine herpétique aiguë. — On donne le nom d’angine herpétique aiguë à une inflammation aiguë de la muqueuse du pharynx caractérisée par la présence d’une éruption confluente de vésicules d’herpès et s’accompagnant d’un état fébrile assez prononcé.
Le début de la maladie est brusque. Une fièvre assez intense ouvre la scène et est caractérisée par un frisson. Le malade ressent dans la gorge une sensation de sécheresse qui détermine une soif prononcée.
La déglutition devient difficile; la voix un peu nasonnée.
Sentiment de courbature générale.
Si on examine la gorge dès le premier jour, voici ce que l’on remarque. La muqueuse en est rouge foncé, luisante et comme tendue. Elle est recouverte
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d’un enduit visqueux, transparent. Dès le deuxième jour, apparaissent les vésicules d’herpès plus ou moins confluentes, appréciables surtout sur le voile du palais. Les amygdales, la luette sont tuméfiées, et au troisième jour se recouvrent d’exsudats blanchâtres. On dirait les amygdales recouvertes de crème. Ce sont des débris d’épithélium et du mucus qui donnent cette teinte particulière. Si au moyen d’un pinceau ou avec un gargarisme, on enlève les produits de la sécrétion, on trouve la n)uqueuse sous-jacente érodée par places. Ces érosions sont arrondies et non saignantes. Dès le quatrième jour, les symptômes généraux disparaissent, la déglutition devient moins douloureuse, et vers le septième jour la guérison est obtenue.
Cette affection ne peut être confondue qu’avec les angines qui précèdent et accompagnent les fièvres éruptives. Le médecin sera donc fixé dès le troisième jour. Elle peut être encore confondue avec l’angine commune, mais dans ce dernier cas, l’état général grave du malade, l'épaisseur des fausses membranes sur les amygdales, le développement des ganglions du cou, la possibilité d’une contagion, suffiront pour établir le diagnostic.
Le traitement est le même à peu de chose près, que pour l’angine catarrhale simple avec laquelle on la confond souvent.
Cependant on devra faire des applications astringentes sur les amygdales (poudre d’alun) ou mieux encore les badigeonner avec la solution suivante :
Nitrate d’argent 1 gramme
Eau distillée 20 —
En raison de la facilité avec laquelle cette affection peut revenir, chez les herpétiques, on se trouvera bien de prescrire l’arsenic pendant un certain temps, sous forme de liqueur de Fowler ou de Pearson, à la dose de dix gouttes chaque jour.
Nous insistons sur ce point, car l’angine herpétique aiguë souvent répétée, passe facilement à l’état chronique et constitue la maladie bien connue sous le nom d'angine granuleuse.
Angine granuleuse ou herpétique chronique. — Pour nous, l'angine granuleuse n’est autre chose que la forme chronique de l’angine herpétique.
Le plus souvent, c’est après une série de poussées aiguës qu’apparaît la maladie qui peut cependant, dès le début, revêtir la forme chronique. Dans ce dernier cas, on observe toujours qu’elle se développe chez les personnes qui, d’une façon ou d'une autre, sont exposées à des irritations permanentes de la muqueuse pharyngée.
C'est ainsi qu’on la trouve de préférence chez les personnes qui abusent de la parole (avocats, médecins, prédicateurs, professeurs). Les Anglais appellent cette affection la maladie des clergimen. Les irritants chimiques de la muqueuse contribuent aussi beaucoup à la développer, et on la rencontre souvent chez les fumeurs invétérés, les buveurs, etc.
L’angine granuleuse est caractérisée par le développement anormal des glandes de la paroi postérieure du pharynx et de la muqueuse du voile du palais.
Les symptômes qui la caractérisent varient selon l’époque à laquelle on l’observe.
En général, voici comment les choses se passent. Après une série d’angines herpétiques aiguës, le malade conserve dans la gorge une sensation d’ardeur, de gêne, qui lui fait croire qu’il a en permanence un corps étranger au fond de la gorge. Cette sensation est entretenue par la présence de mucosités visqueuses et gluantes qui ne se détachent qu’avec la plus grande difficulté. Quelquefois, c’est la luette elle-même qui donne cette sensation. En effet, après une série d’inflammations successives, ce petit appendice devient flasque, sa muqueuse est relâchée, hypertrophiée, et s’infiltre avec la plus grande facilité. Dans ces cas, ce petit organe pend et se colle sur la face dorsale de la langue d’où le malade est obligé de la décoller à chaque instant par un mouvement de hemmage caractéristique de l’affection qui nous occupe.
Au début, on ne trouve absolument aucun autre symptôme que ceux que nous venons de signaler.
Plus tard, surviennent des symptômes fonction, nels ; la déglutition se trouve être gênée et un peu douloureuse, la voix s’altère et devient sourde et même rauque, ce qui tient le plus souvent à ce que la maladie gagne du côté du larynx, dans lequel peuvent se développer des granulations analogues à celles que l'on trouve dans le pharynx.
Cependant, il faut le reconnaître, presque toujours l’altération de la voix est due à l’épaississement de la muqueuse du voile du palais et à la présence des mucosités pharyngées. La sensibilité de l’ou'îe peut elle-même être atteinte. Dans ces cas, on trouve des granulations remontant la paroi postérieure du fond du pharynx et envahissant la muqueuse qui tapisse l’entrée des trompes d’Eustache.
Tels sont les symptômes qui permettront de reconnaître l’angine granuleuse.
L’examen de la gorge offre encore des signes caractéristiques. Si on examine cet organe, on trouve la muqueuse rouge, légèrement épaissie ; les piliers du voile du palais sont épaissis, la luette très longue ne se relève que très incomplètement, sa pointe flasque et molle se colle aux piliers ou ne peut être séparée de la base de la langue que par une expiration brusque. Quelquefois cette extrémité atteint même l'épiglotte.
Mais ce qui caractérise surtout l’affection, ce sont les granulations que l’on trouve sur la paroi postérieure du pharynx.
Ces granulations, plus ou moins nombreuses, selon l’intensité de la maladie, ne sont autre chose que les glandules de la muqueuse qui se sont hypertrophiées sous l’influence de congestions et d’irritations successives et prolongées.
Elles sont plus ou moins nombreuses, avons-nous dit, il est juste aussi d’ajouter qu’elles sont plus ou moins volumineuses. Elles varient de la grosseur d’une tête d'épingle à celle d’un pois. Elles sont arrondies, presque toujours rouges, quelquefois jaunâtres. La muqueuse sur laquelle elles se sont développées est presque toujours sillonnée de vaisseaux dilatés, quelquefois très sèche et luisante, quelquefois striée de mucosités demi -solides, jaunâtres, piquetées de noir. Cependant, bien plus sou-
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vent la muqueuse est recouverte de mucosités claires, transparentes, ne se détachant que difficilement. Ces différences d'aspect ont conduit les Anglais à décrire deux formes dans cette maladie, une forme exsudative et une forme hypertrophique. Les différences ne sont pas assez tranchées pour que nous adoptions cette division ; nous serions plutôt portés à admettre une forme sèche et une forme exsudative.
L'angine granuleuse s’accompagne presque toujours de symptômes généraux qui, au premier abord, ne semblent avoir aucune relation avec l’affection pharyngée.
Les malades sont presque tous dyspeptiques ; quelques-uns sont atteints d'une constipation opiniâtre, d'autres ont des migraines fréquentes ; presque tous présentent des symptômes d'hypochondrie; presque tous aussi présentent d'autres manifestations herpétiques, telles que des dartres furfuracées , papuleuses, squameuses, etc.
Il sera toujours facile de reconnaître l'angine granuleuse aux signes que nous venons de passer en revue. Il
Tous les efforts du médecin doivent tendre a modifier la nature de la muqueuse et à détruire les granulations.
Cette destruction peut se faire avec des caustiques chimiques plus ou moins énergiques, tels que le nitrate d’argent, la pâte de 'Vienne, le sulfate de cuivre. Lorsque les granulations sont peu volumineuses , nous conseillons de les piquer avec un crayon de nitrate d’argent taillé en pointe.
Lorsqu’elles sont de la grosseur d’une lentille, nous préférons les détruire, soit avec le thermo-cautère, soit avec le galvano-cautère. Nous donnons la préférence à ce dernier qui donne des brûlures dont la réaction est moins vive.
Nous conseillons de ne pas cautériser plus de cinq à six granulations dans la même séance. Lorsque l’on aura affaire à la forme dite exsudative, on se trouvera bien d’applications topiques faites chaque jour par le malade lui-même, avec la mixture suivante :
Teinture d'iode. . . 6 lodure de potas. . . I Glycérine 6
n’est guère de maladie avec laquelle on puisse la confondre. Signalons toutefois la tuberculose miliaire du pharynx.
Cette affection est si rare, les symptômes en sont si distincts
Fig. 90.
Coupe antéro postérieure de la face et du cou. — Région de l’isthme du gosier. — A. Cloison des fosses nasales. — B. Coupe de l’os maxillaire supérieur. — C. Canal palatin intérieur. — D. Coupe du voile du palais.
— E. Glande de nuck. — F. Amygdale. — G. Cou]ie du muscle génioglosse. — H, Luette. — I. Tissu graisseux situé entre les deux muscles génio-glosses. — J. Tendon d’insertion du muscle génio-glosse. — K. Os maxillaire inférieur. — L Muscle génio-hyoïdien. — M. Coupe de l’épiglotte. — N. Coupe du muscle mylo-hyoïdien. — 0. Coupe de l'os hyoïde.
— P Bourse séreuse rétro-hyoïdienne. — Q. Membrane thyro-hyoïdienne. — R. Coupe du muscle aryténoïdien. — S Corde vocale supérieure. — T. Ventricule du larynx. — ÜV. Coupe de l’os cricoïde à la partie supérieure.
— X. Coupe de la partie antérieure de l’os cricoïde. — a. Arc antérieur de la vertèbre atlas. — e. Cavillon delà trompe d'Eustache. — f. Ouverture du sinus sphénoïdal.
OU avec :
Nitrate d’argent Eau distillée. .
gr.
Dans la forme sèche, on fera des badigeonnages fréquents du pharynx avec de l’huile d’amande douce et tous les jours une onction du pharynx avec :
Huile de oade ... 6 gr.
Huile d’am. douces. 6 —
et s’accompagnent d’un état général tellement grave, qu’il nous suffit de la signaler.
Le pronostic de l’angine granuleustt n’est nullement sérieux pour les gens chez qui une pureté complète île l’organe vocal n’est pas indispensable. 11 est au contraire très sérieux pour les chanteurs et les comédiens qui perdent très rapidement le velouté de la voix. 11 est encore sérieux pour les avocats et les prédicateurs ; car, chez eux, la maladie étant intense, la fatigue vocale se produit facilement. Le traitement doit être local et général.
Angine rhumatismale. — Angine goutteuse. — La première de ces angines se rencontre, ainsi que son nom l’indique, chez les rhumatisants invétérés. Elle est caractérisée par une douleur vive, une gêne considérable de la déglutition, qui apparaissent subitement et disparaissent de même.
C’est à peine si on trouve dans ces cas un peu de rougeur de la muqueuse. Il s’agit simplement de douleurs rhumatismales limitées aux muscles du voile du palais. En général, après la disparition de l’angine apparaissent d’autres douleurs rhumatis-
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males. Le traitement est celui du rhumatisme en général.
Nous avons eu l’occasion d’observer, chez des goutteux, dos angines aiguës, ou, pour mieux dire, de véritables accès de goutte du pharynx. Ces angines n’offrent rien de particulier à noter.
Angine gangreneuse. — Cette affection est extrêmement rare, et Bretonneau la regardait comme une forme grave de l'angine diphtérique Trousseau et Gubler ont démontré qu'il s'agissait, dans ces ras, d'une angine dont les caractères bien tranchés faisaient une maladie à part résultant d’une altération du sang, maladie non contagieuse, ce qui la sépare franchement de la diphtérie.
Cette maladie se rencontre aussi bien chez les enfants que chez les grandes personnes, mais surtout chez des sujets affaiblis, soit par une maladie longue, soit par des privations de toutes natures.
Dès son début, et avant que les désordres ne soient très profonds, le malade tombe dans un état (le faiblesse extrême, bien que les douleurs ne soient pas très vives. La marche de la maladie est rapide, et dès le deuxième ou le troisième jour le coma survient.
Si on examine le pharynx, on trouve sur le voile du palais quelques taches livides qui s’excorient, deviennent noirâtres et forment une eschare analogue à celles que l’on trouve sur les membres dans les cas de gangrène par arrêt de la circulation. Ces taches s’étendent, envahissent souvent les joues, la paroi postérieure du pharynx, le larynx, où elles déterminent des œdèmes. Lorsque les eschares tombent, on trouve les muscles sous-jacents à nu, quelquefois détruits.
Dès le début de la maladie, l'haleine du malade revêt une odeur gangreneuse caractéristique, odeur tellement fétide et si pénétrante, qu'en entrant dans la chambre du malade, le médecin peut faire le diagnostic.
A mesure que la maladie fait des progrès, l’état général du malade devient de plus en plus mauvais.
La température s’abaisse; le pouls se ralentit ; Gubler l’a vu tomber à 16 pulsations par minute.
La mort survient en général du huitième au dixième jour.
Le pronostic, on le voit, est donc extrêmement grave, et c’est à peine si on cite quelques guérisons.
Le traitement devra consister localement en injections phéniquées souvent répétées, en cautérisations énergiques sur les points mortifiés, cautérisations soit au fer rouge, soit à l’acide chlorhydrique fumant.
Le traitement général devra primer le traitement local. On administrera du sulfate de quinine {capsules de sulfate de quiniue Lepelleiier) le vin de Seguin, de l’extrait mou de quinquina, du perchlorure de fer (cinq gouttes toutes les heures dans une potion gommeuse).
11 est indiqué aussi d’alimenter le malade ou de lui faire prendre des lavements nutritifs s’il ne peut avaler.
Angine couenneuse. — Cette affection désignée encore sous le nom ^angine pseudo-membraneuse et de diphtérite pharyngienne est caractérisée par
l’apparition de fausses membranes qui envahissent successivement les amygdales, le voile du palais, le larynx souvent et même tout l’arbre aérien et le tube digestif.
Quoique en général propre à l’enfance, il n’est pas rare de voir cette affection atteindre les grandes personnes. Le plus souvent, elle règne à l’état épidémique et atteint indistinctement des personnes fortes et vigoureuses et celles qui sont affaiblies par des privations ou par une maladie antérieure.
Le début de l’affection est insidieux et ne provoque le plus souvent que des symptômes si bénins ^ qu’ils passent inaperçus. |
Le plus souvent, voici comment les choses se pas- j sent chez les enfants. Pendant quelques jours, ils se plaignent d’un coryza plus ou moins gênant et s’accompagnant d’un peu de fièvre.
Bientôt, ils se plaignent d’une légère douleur de gorge qui coïncide avec le développement, quelquefois très considérable, des glandes sous-maxillaires et parotidiennes. Si on examine le pharynx, on trouve une ou plusieurs taches blanches légèrement jaunâtres. A partir de ce moment, la marche de la maladie est rapide. Les fausses membranes se développent avec rapidité, tapissant les amygdales, la paroi postérieure du pharynx, le voile du palais. Elles sont épaisses, très adhérentes aux parties sousjacentes, jaunâtres, quelquefois striées de sang.
Elles ont en un mot l’aspect d’une couenne, ce qui a valu son nom à l’angine dont nous nous occupons. La déglutition devient de plus en plus difficile, la respiration est gênée, même dans les cas où le larynx n’est pas envahi. Dans ce dernier cas, l’asphyxie ne tarde pas à survenir; on a affaire dans ce cas au croup, dont nous n’avons pas à nous occuper
Les ganglions du cou deviennent de plus en plus volumineux, ce qui contribue à augmenter les douleurs accusées par les malades.
L’état général, qui tout à fait au début paraissait n’être que faiblement atteint, se déprime de plus en plus ; la fièvre est intense et s’accompagne presque toujours de délire. La soif est très vive, l’appétit est nul. Bientôt, le coma survient et le malade meurt misérablement. Lorsque la terminaison est heureuse, vers le huitième jour de la maladie, on remarque que les fausses membranes se détachent avec plus de facilité, qu’elles se reproduisent plus lentement, et surtout qu’elles sont moins épaisses.
Bientôt, une -fois détachées, elles ne se reproduisent plus, et on se trouve en présence d’ulcérations superficielles qui guérissent en ne laissant aucune cicatrice.
Cette affection peut être confondue avec l’angine herpétique aiguë ou angine couenneuse commune, et avec l’angine gangreneuse que nous venons de décrire.
L’exsudât blanchâtre de l’angine herpétique, ex- u sudal qui ne prend jamais l’apparence d’une mem- || brane, ne peut en imposer au médecin exercé. De 3 plus, les symptômes généraux sont loin, nous i l’avons vu, d’atteindre la gravité qu’ils revêtent dans ; l’angine couenneuse. Les ganglions sous-maxillaires ne se développent pas, enfin la maladie n’est pas contagieuse.
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Dans l’angine gangreneuse, les escharres qui au début pouvaient faire croire à une dyphtérite, prennent bientôt une couleur noirâtre, caractéristique. De plus, ainsi (pie nous l avons vu, l’odeur seule suffit pour établir le diagnostic.
Le pronostic de l’angine couenneuse est extrêmement grave.
I.es guérisons sont rares avant l’âge de trois ans. Passé cet âge, elles sont un peu plus fréquentes, toutefois quand le mal n’envahit pas le larynx. A partir de l'âge de vingt ans, la terminaison fatale de cette sorte d’angine est presque la règle.
Même dans les cas où l'affection se termine favorablement, il ne faut pas perdre de vue que la convalescence présente encore des dangers. Nous avons vu survenir des morts subites dues très probablement à des troubles cardiaques. Robinson a démontré (pie dans beaucoup de cas d’angines couenneuses, il se produisait des endocardites qui peuvent être le point de départ d’embolies ou tout au moins de lésions valvulaires définitives. Une complication bien plus fréquente de la maladie, c’est l’apparition de paralysies, soit du voile du palais, soit (le î’œsophage, soit d’un ou de plusieurs membres. Ces paralysies entraînent souvent des atrophies musculaires qui laissent le malade infirme.
Tous les traitements, tous les médicaments ont été employés contre cette redoutable maladie. Il serait trop long, ici, de les passer en revue, nous nous I contenterons de dire celui auquel nous donnons la préférence.
Au début, faire vomir le malade après avoir pra- ; tiqué une cautérisation avec le percblorure de fer.
Continuer les cautérisations toutes les deux heures, tantôt avec la teinture d’iode, tantôt avec le percblorure dè fer.
Aussi souvent que possible, faire des irrigations nasales et des injections buccales avec la solution
Acide phénique O gr. 50
Eau 250 — •
Gargarismes avec de l’eau de chaux et du chlorate de potasse ou bien : pastilles de Dethan, pastilles de Palangié, pastilles de Vigier, etc.
Toutes les deux heures donner au malade, si c’est un enfant, une cuillerée de sirop de cubèbe ou mieux de saccharure de cubèbe de Delpech. Si c’est une grande personne, des cachets médicamentaux de poivre de cubèbe jusqu’à 4 grammes ou mieux les capsules iie Raguiu au cubèbe.
Extrait mou de quinquina. Tisane alcoolisée avec du kircji.
Les malades devront être tenus dans une pièce saturée de vapeur d’eau et devront être nourris le plus possible.
Pendant la convalescence, s’il survient des paralysies, elles devront être soignées immédiatement par l’électricité.
Angines diathésiques. — Les angines diathésiques sont de nature syphilitique, tuberculeuse, scrofuleuse.
Nous n’avons pas ici à faire la description de ces angines qui constituent une phase de la maladie dont elles ne sont que l’expression. 11 nous suffira
de dire qu’elles sont toujours constituées par des ulcérations plus ou moins profondes de la muqueuse, ulcérations qui en général revêtent des caractères assez nets pour qu’il soit facile d’en établir la nature.
Ce que nous venons de dire à propos des angines diathésiques, s’applique aussi aux angines éruptives de la scarlatine, de la rougeole, de la variole, de la fièvre typho'ide, de l’érysipèle. Ces angines seront décrites avec les maladies dont elles sont un symptôme. D" G. Poyet.
ANGINE DE POITRINE. — [Angor pectoris, Cardialgie, Siernalgie, Syncope angineuse, etc). C’est une affection doulourense, paroxystique, survenant par accès ; la douleur a pour siège la région soussternale à gauche, d’où elle irradie à la paroi thoracique et au membre supérieur du même côté ; elle s’accompagne d’un sentiment tout spécial de suffocation et d’angoisse. Cette maladie singulière n’a été étudiée que depuis 1768, époque à laquelle un médecin de Besançon, nommé Rouguon, fit connaître l’affection étrange à laquelle avait succombé un ancien capitaine de cavalerie habitant cette ville. La même année l’Anglais Ileberden lui donna le nom sous lequel elle est encore connue ; il est regrettable que l’usage n’ait pas substitué le terme d'angoisse, traduction plus fidèle du latin angor, à celui d'angine, qui est pris ici dans un sens tout à fait exceptionnel, le mot angine voulant dire habituellement une affection de l’isthme du gosier.
Quoi qu’il en soit, voici quel est à peu près l’aspect d’une attaque d’angine de poitrine.
En pleine santé, souvent à l’occasion d’un exercice un peu forcé, qu’il s’agisse de monter un escalier ou de gravir une légère pente en marchant contre le vent, d’autres fois après un repas un peu copieux, mais parfois aussi sans aucune cause appréciable, au milieu d’une conversation, une douleur est ressentie tout à coup dans la région du cœur, le long du bord gauche du sternum, douleur poignante, constrictive, angoissante, sur la nature de laquelle les expressions des malades eux-mêmes varient peu : ce sont des griffes de fer, qui leur déchirent la poitrine (Laennec), c’est un étau qui les étreint. Cette douteur s'irradie en divers sens vers le cou, l’épigastre et le membre supérieur gauche, jusqu’à la main et aux deux derniers doigts. Le patient, immobilisé dans la situation que son occupation lui imposait, ne peut ni parler, ni bouger, mais sa connaissance est entière. Sur son visage pâle, contracté et couvert d’une sueur froide, se lit la conviction terrifiante d’une mort inévitable et prochaine. Car il éprouve, a dit Ileberden, la sensation « d’nne pause universelle et interne des opérations de la nature, » expression solennelle comme l'inoubliable tableau que nous peignent les auteurs avec des nuances diverses La mort peut être immédiate ; elle est le plus souvent foudroyante, et, dans les cas fatals, il est exceptionnel qu’une souffrance, variable dans sa durée de quelques minutes à une demiheure, précède la syncope ultime. Dans les cas non mortels, au bout de quelques secondes ou de quelques minutes, la douleur et 1 angoisse diminuent, le visage se colore d'une vive rougeur, et la crise est
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parfois marquée par un impérieux besoin d’évacuer une urine abondante et limpide, des éructations gazeuses, des vomituritions ou le gonflement d’un testicule. Enfin l’orage est dissipé ; à part une grande lassitude et la crainte qui les domine encore, on croirait les malades rendus à un état de santé parfait. Tel est le type classique des paroxysmes d’angine de poitrine ; il est susceptible de nombreuses modifications, suivant l’intensité et les irradiations de la douleur et suivant l’état des fonctions de l’organisme pendant l’accès. Ainsi la douleur peut s’étendre vers les deux bras, remonter vers la mâchoire; elle peut débuter par un point de la périphérie et remonter vers la région du sternum à la façon de cette sensation prémonitoire de l’attaque qui porte le nom d’aura.
Les mouvements respiratoires ne sont pas habituellement modifiés, c’est à peine si leur nombre est augmenté, et c’est là un signe important pour différencier l’angine de poitrine d’avec les accès de dyspnée tenant à une maladie des poumons ou du cœur, d’avec la dyspnée de l’asthme par exemple. En effet, dans l’angine de poitrine, le fait dominant est la douleur, tandis que l’anxiété et l’angoisse qui accompagnent les accès d’asthme sont le résultat du manque d’air, de la sensation d’asphyxie imminente. Il est très utile d’être renseigné sur l’état du pouls pendant l’accès angineux; d’ordinaire, en effet, et dans les cas dont l'issue doit être favorable, le pouls peut être accéléré, mais il conserve son rythme et sa régularité, les battements du cœur sont normaux également, plus ou moins rapides, mais réguliers. Dans certains cas, au contraire, le pouls est intermittent, inégal, irrégulier ; le cœur bat aussi d’une manière désordonnée, 120, 130 fois à la minute, puis surviennent des intermittences, un ralentissement considérable et des modifications dans le timbre des bruits perçus à l’auscultation.
Les fonctions du tube digestif restent en bien des cas dans un état d’intégrité absolu ; on a pu observer d’autres fois des symptômes gastriques très accusés, flatulences, vomissements, dilatation de l’estomac. On a signalé aussi des accès incomplets, des formes frustes dans lesquelles la douleur est peu accentuée, presque nulle, mais qui se traduisent par une sensation d’angoisse inexprimable et un état syncopal capable d’amener la mort.
Nous ne saurions entrer ici dans le détail des Ihéories nombreuses qu’a soulevées la nature de ces singuliers accès, si effrayants toujours et si souvent mortels. Contentons-nous de dire que les idées les j)lus en faveur aujourd’hui en font une affection des nerfs du cœur, de cet inextricable réseau de filets nerveux qui entoure les gros vaisseaux de la base du cœur: ce serait une névralgie du plexus cardiaque. Mais cette névralgie serait liée dans un grand nombre de cas à une inflammation des filets nerveux et non plus seulement à leur congestion ou à leur ébranlement dynamique; c’est ce qui arrive dans les maladies organiques du cœur ou des gros vaisseaux, notamment de l’aorte. 11 y aurait alors névrite et non plus seulement névralgie du plexus cardiaque. L’examen des cas dans lesquels apparaît l’angine de poitrine démontre avec évidence la douille manière d’être de cette affection.
D'une part, en effet, nous la trouvons fréquente chez les sujets nerveux, affectés déjà d’une autre névrose bien caractérisée (épilepsie, hystérie, hypochondrie, nervosisme ou névropathie quelconque), chez des gens qui font abus des excitants du système nerveu.x (tabac, thé, café), chez certaines catégories de malades prédisposés par une affection antérieure aux douleurs névralgiques (goutteux, rhumatisants, syphilitiques). Ce genre d’angine de poitrine est appelé angine essentielle ou idiofiathique, ou névralgique; c’est la plus bénigne en général, elle peut apparaître un très grand nombre de fois chez le même malade et guérir, quand l’hygiène est meilleure et par suite d’un traitement bien conduit. Tout autre est l’angine symptomatique d’une maladie organique du cœur et de l’aorte (insuffisance aortique, aortite chronique), c’est l’angine névritique. G est celle-là qui est grave, mortelle : elle ne frappe pas un grand nombre de fois impunément le même sujet. Relativement aux goutteux et aux rhumatisants, il convient de dire que les deux formes d’angine peuvent les atteindre, car ils sont très sujets aux simples névralgies, ils sont fréquemment exposés aussi aux maladies organiques du cœur et des vaisseaux. On doit toujours ausculter soigneusement chez eux l’organe central de la circulation, lorsqu’ils présentent des accès angineux.
L’accès d’angine de poitrine apparaît quelquefois la nuit aussi bien que dans le jour, à la suite d’efforts, de fautes d’hygiène, comme nous l’avons dit plus haut. C’est à cette affection qu’ont succombé Ricard, l’ancien ministre de l’intérieur de la République, Dupanloiip, le chimiste Personne, etc.
La gravité extrême de cette affection doit engager à consulter aussitôt que possible un médecin expérimenté. Celui-ci, après s’étre exactement renseigné sur les antécédents du malade, sur la façon dont les crises se montrent, sur le genre de vie, instituera un traitement variable suivant les cas. Chez les névropathes on proscrira toutes les causes capables de surexciter leur système nerveux, abus des plaisirs, excès sexuels, liqueurs spiritueuses, préoccupations morales. On les soumettra à une hydrothérapie méthodique, mais prudente, surveillée par un homme de Tart; le bromure de potassium {sirop de Laroze au bromure de potassium), les antispasmodiques de toute espèce seront indiqués chez les névropathes. L’arsenic a été recommandé comme tonique du système nerveux. Il faut rigoureusement interdire l’usage du tabac, ce stupéfiant du système nerveux. On a souvent vu la maladie guérir complètement après la cessation de cette habitude. Les causes occasionnelles, telles que repas très copieux, courses contre le vent, ascensions rapides, doivent être évitées. Si l’angine est reconnue symptomatique d’une affection du cœur ou de Taorte, on soignera celle-ci par les moyens appropriés, révulsifs sur la région précordiale (vésicatoires d’.-lZôevpeyrej, cautères, ventouses scarifiées, électrisation).
Au moment de l’accès, le point capital est d’atténuer la douleur, puisqu’il y a lieu de croire que celle-ci est le plus grand danger qui menace le malade, en faisant naître une syncope. On promènera des sinapismes sur le dos et on fera prendre des bains de pieds fortement sinapisés ; un malade
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réussissait toujours a calmer ses accès en suçant de la glace. Cette médication si simple, qui n’expose à aucun accident, peut être utilement employée; malheureusement elle est presque toujours insuffisante. 11 faut alors avoir recours aux inhalations de chloroforme, ou de nitrite d’amyle, à l’emploi du chloral hydraté, soit par la bouche (chloral perlé Limousin), soit en lavement selon la formule suivante :
Chloral hydraté 2 à 5 grammes.
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soit encore aux préparations de valériane {valérianate d'ammoninque de Fierlot), d'aconitine [pilules de Moussette). Mais lorsque la crise est très violente, il faut instituer une thérapeutique d’urgence, et, pour conjurer le péril imminent, pour parer à l’atrocité de la douleur et à la syncope possible, nous croyons que le meilleur moyen est d’injecter sous la peau de la région précordiale, avec une seringue de Pravaz, de 15 milligrammes à 2 centigrammes de chlorhydrate de morphine, suivant l’intensité de la douleur et de l’angoisse. Cette injection a le grand avantage de donner le sommeil et d’amener un soulagement immédiat.
Dans l’intervalle des accès d’angine de poitrine, et pour éviter qu’il s’en produise de nouveaux, les malades devront suivre la diète végétale et lactée, s’abstenir de fumer et de priser, prendre de l’arsenic et des ferrugineux, éviter enfin toutes les causes physiques ou morales pouvant agir sur le système nerveux.
Disons en terminant que l’angine de poitrine est bien plus fréquente chez l’homme que chez la femme, et n’atteint le plus souvent que les personnes qui sont déjà parvenues à la cinquantaine. On l’a cependant observée chez des individus de moins de 40 ans. On l’a même rencontrée chez des enfants, mais d’une manière tout à fait exceptionnelle.
D'’ A.-L. Labarthe, père.
ANGIOLEUCITE. — (V. Lymphangite.)
ANGIOLOGIE. — Partie de l’anatomie qui s’occupe de l’étude des vaisseaux, veines et artères.
ANGIOME. — (V. Tumeur érectile.)
ANGLE FACIAL. — L’angle facial est le résultat de la mesure d’inclinaison de la ligne faciale qui varie dans les races humaines. La ligne faciale imaginée par Camper se construit fictivement de la racine du nez (ou point sus-nasal) au bord inférieur de la sous-cloison du nez (ou point sous-nasal). L’angle que fait cette ligne avec le plan horizontal, c’est-à-dire avec une autre ligne tirée du point sousnasal à l’orifice externe de l’oreille, le sujet étant debout, regardant directement devant lui, est l’angle facial. On le mesure à l’aide de l’instrument de Broca, le goniomètre. (V. ce mot.) U'A. dureau.
ANGOISSE. — Nom donné à un sentiment particulier de resserrement à la poitrine ayant son intensité la plus vive à la région épigastrique, et accompagné d’une difficulté très grande dans la respiration. (V. A.nxiélë), P, L.
ANGUILLE. — Poisson du genre des murènes, vivant dans l’eau douce, d’une longueur variant de 0.30 à 1 mètre, dont la forme rappelle celle du serpent et dont la peau, verdâtre et brune en dessus, est d’un joli blanc argenté en dessous. L’anguille a une chair riche en principes nutritifs, mais il faut pour bien la digérer la manger pelée, car sa peau contient une grande quantité de graisse, substance d’une digestion toujours laborieuse. P. L.
ANGULAIRE. — Qualificatif donné par les anatomistes à un certain nombre d’organes, soit à cause de leur forme, soit à cause de leur situation. Ainsi : — on donne le nom dénrlère et de veine angulaire à la terminaison de l’artère faciale et à la veine qui l’accompagne au niveau de la racine du nez, tout près de l’angle interne de l’œil; — on donne le nom de dents angulaires aux canines dont la forme est angulaire et qui correspondent aux angles ou aux commissures des lèvres ; — on donne le nom de muscle angulaire de V omoplate à un muscle qui s’insère d’une part aux apophyses transverses de l’atlas, de l’axis et des deux ou trois premières vertèbres cervicales, d’autre parta l’angle supérieur de l’omoplate et au bord spinal situé au dessus de l’épine de cet os, et dont l’action consiste à élever l’angle supérieur de l’omoplate et par conséquent à abaisser le moignon sur l’épaule ; — on donne enfin le nom de mrf angulaire à un filet nerveux venant du nerf maxillaire inférieur et passant près de l’angle interne de l’œil.
D"- Paul Labarthe.
ANGUSTURE. — On trouve dans le commerce deux écorces auxquelles on donne ce nom et qui quelquefois sont mélangées. Il est très important de savoir les distinguer, car l’une d’elles est très vénéneuse. On les appelle Y angusture vraie et Vangusture fausse.
L’angustüre vraie est fournie par le çalipea cusparia ou officinalis, delà famille des rutacées, tribu des cuspariées. C’est un arbre puissant qui croît en Amérique et forme des forêts sur le bord de l’Orénoque. Son écorce est grise à l’extérieur, d’un jaune brunâtre à l’intérieur, d’une odeur forte et un peu nauséeuse, d’une saveur très amère et laissant sur la langue une sensation d’àcreté ; sa poudre est d’un beau jaune orange. Elle nous arrive en morceaux de 0'",15 à 0",20 de long, de 0“’,02 à d’épaisseur, amincis sur les bords, presque plats ou très légèrement cintrés.
Elle contient une huile volatile, une résine, de la gomme, de l’amidon et un principe cristallisable nommé cusparin, soluble dans l’alcool absolu. Elle est tonique, fébrifuge et antidysentcrique; mais son usage est presque abandonné, soit à cause de son peu de valeur thérapeutique, soit à cause de la difficulté qu’on éprouve à la distinguer de la fausse, qui est très dangereuse.
La FAUSSE ANGUSTURE est l’écorce du strychnos nux voniico (loganiacées) ; elle contient de la strychnine et de la brucine, ce qui la rend très vénéneuse.
Divers caractères extérieurs la distinguent de la vraie. D’abord à l’extérieur elle est plus rugueuse, grise avec des tons de rouille ; elle est plus épaisse,