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portent donc sur des anonymes. Or, personne ne conteste plus aujourd’hui la relation intime entre la structure du cerveau et les fonctions de cet organe. Mais la psychologie scientifique, destinée à jeter { tant de lumière sur toutes les sciences sociales, ne y pourra faire de progrès sérieux tant qu’il sera im- ;i possible d’étudier scientifiquement le cerveau des i' personnalités connues, soit par leurs actes et leurs f œuvres, soit par les renseignements fournis par S eux et par leurs familles. Au point de vue des fa- i milles, l’intérêt n’en est pas moins grand. De quelle ! utilité ne serait-il pas pour elles d'avoir, à la mort i de chacun de leurs membres, un procès-verbal d’autopsie scientifique? Les enfants, les parents du décédé, ainsi avertis des affections héréditaires qui les menacent, pourraient se mettre en garde contre . elles. On arriverait par là à constituer une hygiène ■ préventive, encore à l’état embryonnaire ».
Je pense que ce court exposé suffira pour porter la conviction parmi les lecteurs du Dictionnaire, et pour en engager un grand nombre à faire partie de cette société si éminemment pratique et utile.
D'' Paul Labarthe.
AVANT-BRAS. — Anatomie. — L’avant-bras, si justement appelé par Galien « le manche de la ; main », est cette partie du membre supérieur com- ■ prise entre le coude et le poignet. Il a la forme d’un i cône tronqué, arrondi chez la femme et l’enfant, et aplati d’avant en arrière chez l’homme vigoureux.
— Son squelette se compose de deux os, le radius, en dehors, dont l’extrémité inférieure correspond au pouce, et le cubitus, en dedans, dont la même extrémité se termine du côté du petit doigt. — Les muscles de l’avant-bras sont au nombre de vingt, répartis en trois régions : antérieure, externe et postérieure. Les muscles de la région antérieure sont ; le rond pronateur, qui tourne le radius en dedans et concourt à la flexion de l’avant-bras sur le bras ; le grand patmaire ou radial antérieur qui ; fléchit la main sur l’avant-bras; le petit palmaire, I qui fléchit aussi la main sur l’avant-bras; le cubital antérieur qui fléchit encore la main sur l’avantbras et incline la main du côté du radius ; le fié- j chisseur superficiel et le fléchisseur profond des doigts; le long fléchisseur propre du pouce qui, de plus, est opposant ; le carré pronateur qui porte la main dans la pronation. Les muscles de la région EXTERNE sont ; le long supinateur qui concourt au mouvement de pronation et fléchit de plus l’avantbras sur le bras; le premier et le second radial externe, qui étendent la main sur l’avant-bras, l’inclinent sur son bord radial et concourent à la '■ flexion de l’avant-bras sur le bras ; le court supinateur qui tourne le radius en dehors, et porte par conséquent l’avant-bras dans la supination. Les muscles de la région postérieure sont : Y extenseur commun des doigts; Y extenseur propre du petit doigt; le cubital postérieur qui est extenseur de la main et la porte dans l’adduction, h’anconé qui étend l’avant-bras sur le bras, et le fait aussi tourner en dedans; le long abducteur du pouce; le court extenseur du pouce; le long extenseur du pouce; enfin V extenseur propre de l'index. — Les artères de l’avant-bras sont : la cubitale qui suit assez exac- j
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tementla direction du cubitus; X-Aradiale qui côtoie le côté interne de l’avant-bras, et devient tout à fait superficielle à sa partie inférieure (ce qui fait que
Fig. 1-29.
Muscles de^ la'fcgion antérieure de l’avant-bras (couche superficielle). — A. Biceps brachial. — B. Tendon du biceps.— C. Triceps brachial. — D. Brachial antérieur. — E. Long supinateur. — F. G. Premier et deuxième radial externe. — H. Long abducteur du pouce. — 1. Long fléchisseur du pouce.
— J. Rond pronateur. — K. Grand palmaire. — L Petit palmaire. — M. Fléchisseur superficiel. — N. Cubital antérieur.
— O. Muscles de l’éminence hypothénar. — P. Muscles de l'éminence thénar.
Fig. 130.
Muscles de la région postérieure de l’avant-bras. —1. Muscle anconé. — 2. Court supinateur. — 3,3 Second radial externe. — 4 Cubital postérieur. — 5. Aponévrose anti-brachiale. — 6. Extenseur propre du petit doigt. — 7. Tendon du premier radial externe. — 8. Long abducteur du pouce. — 9. Court extenseur. — 10. Long extenseur. — 11. Extenseur propre de l'index. — 12. Muscles interosseux.
c’est sur elle qu'on tâte le pouls); les interosseuses. Quant aux veines, elles sont plus nombreuses que les artères; les principales sont les cubitales, les médianes et les radiales. Enfin les nerfs de l’avantbras sont : le cubital en dedans, le radial en dehors
DlCTlOX.NAIRE POPL'LAIRE DE MÉDECLVE USUELLE.
et le médian au "milieu. ''La pea^ qui recouvre l’avan t-bras*èst[mobile, glàbré7 Wanche"ënissëch'ëz l’enfant et la femme, mais rec 6 u verte chez l’homme d’un duvet plus ou) moins "“épais~’à~sâ~sùrfacë externe.
Fractures de l’avant-bras. — On donne ce nom âüx fractures qui siègent sur les deux os de l’avantbras;} dans les cas où un seul os est atteint, on dit qu’il y a fracture du cubitus ou du radius. Nous traiterons ces dernières aux mots cubitus et radius
Fig. 131.
Fracture incomplète des deux ps de l’avant-bras.
Fig. 132.
Fracture complète des deux os de l’avantbras, avec écartement des fragments.
et nous ne nous occuperons ici que des fractures de l’avant-bras proprement dites.
Les fractures de l’avant-bras peuvent être complètes ou incomplètes, simples ou compliquées, uniques ou multiples, siéger au même niveau sur les deux os, ou à un niveau différent sur chacun d’eux. Le plus souvent, la fracture se produit à la partie moyenne, plus rarement au tiers inférieur, et plus rarement encore au tiers supérieur. Dans certains cas, la fracture n’est accompagnée d’aucun écartement; dans certains autres, les fragments inférieurs sont inclinés sur les supérieurs et forment un angle saillant en avant et en arrière. Dans le plu.“ grand nombre de cas, les deux fragments du radius se rapprochent du cubitus et tendent à combler 1 espace interosseux : aussi, la masse musculaire repoussée en avant et en arrière, donne à l’avantbras, aplati d ordinaire d’avant en arrière, une forme cylindrique.
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Les fractures de l’avant-bras sont le plus souvent le résultat d’une cause immédiate, telle qu’un coup,
Fig. 133.
Appareil de Dumesnil pour les fractures de l’avant-bras.
une chute, une roue de voiture. Elles sont très rarement dues à une cause indirecte.
Parmi les symptômes de fractures complètes de l’avant-bras, signalons tout d’abord la douleur qui suit immédiatement l’accident, douleur qui augmente lorsque le blessé veut faire exécuter au mem-
Fig. 134.
Appareil de Nélaton pour les fractures de l’avant-bras
bre des mouvements de pronation et de supination, et qui se fait sentir dans un point du membre où l’œil constate une difformité manifeste. Cette difformité consiste en une courbure, soit en avant, soit en arrière, et en une dépression correspondante des bords
Fig. 135.
Appareil de Nélaton modifié, pour les fractures de l’avant-bras.
radial et cubital. Si l’on essaye avec une main de faire exécuter à l’avant-bras les mouvements de pronation et de supination, en tenant de l’autre
l’extrémité supérieure du radius, on constate que ces mouvements ne se communiquent pas à l’articulation radio-cubitale, et qu’ils s’arrêtent au niveau de la difformité, où on constate facilement une mobilité anormale et de la crépitation.
Le traitement des fractures de l’avant-bras est simple. On fait d’abord la réduction de la fracture, à l’aide de tractions sur les doigts flécliis, tandis qu’un aide fait la contre-extension du coude. On met ensuite l’avant-bras dans la supination, puis, pour refouler les muscles vers l’espace interosseux et écarter les fragments, on place sur la face palmaire et sur la face dorsale'^une compresse graduée assez épaisse, ou un long bouchon qu’un aide maintient, pendant que le chirurgien applique par dessus deux attelles de la largeur du membre. Le tout est maintenu à l’aide de bandes de diachylon, ou mieux d’un bandage roulé (fig. 122, 123, 124). Il faut avoir bien soin de ne pas trop comprimer le membre pour ne pas avoir d'œdème ni de gangrène, et ne pas rester sourd aux plaintes du blessé, s’il accuse une douleur vive, mais aussitôt desserrer l’appareil. Enfin, l’avant-bras est maintenu par une écharpe. Il est prudent de recommander au blessé de garder les doigts dans la demiflexion pour éviter les raideurs ultérieures dans les mouvements de la main.
Les fractures de l’avant-hras se consolident généralement dans l’espace de trente à quarante jours.
Luxations de l’avant-bras. — Elles peuvent se produire de l’avant-bras sur le bras (V. Coude) ou de l’avant-bras sur la main (V. Poignet).
D'' Paul Labarthe.
AVELINE. — (V. Noisette).
AVEUGLES (ASSISTANCE publique DES). — D’après les renseignements que fournit la statistique, les aveugles de France étaient en 1876 au nombre de 31,631, dont 25,000 en état d’indigence.
Dans l’antiquité, les aveugles considérés comme des êtres absolument inutiles à la société, étaient abandonnés à eux-mêmes, n’ayant d’autre espoir que d’obtenir de la pitié publique quelques lambeaux pour se couvrir, un grabat pour se reposer. Un immense progrès a donc été réalisé en faveur de ceux qui sont privés de la vue, puisque deux grands établissements, classés au nombre des établissements généraux de bienfaisance, ont aujourd’hui pour destination spéciale de leur venir en aide. L’un de ces établissements, l’hospice national des Quinze-Vingts, est une maison de secours et de retraite pour ces déshérités ; l’autre, l’Institution nationale des Jeunes Aveugles, a pour objet de leur assurer les bienfaits de l’instruction.
Hospice national des Quinze-Vingts. — Cette antique maison est le doyen et le plus populaire de tous les établissements généraux de bienfaisance. La légende en attribue la fondation à saint Louis, qui voulut ainsi donner asile à 300 (quinze-vingts), chevaliers qui le suivirent dans la première croisade
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(“t aiix([iicls les Sarrasins avaient crevé les yeux. Mais il est démontré que cette création remonte à une époque antérieure et que le pieux monarque donna, en réalité, un commencement d’organisation et accorda certains privilèges à une association d’aveugles déjà existante. Dès le XI' siècle, il y avait une coii/rérift pour les aveugles qui possédait, avant 1250, un terrain situé à peu près sur l’em- [)lacement actuel de la rue de Rohan. Le roi saint Louis acheta pour elle un terrain voisin et chargea, en 12o-i, Eudes de Montreuil de reconstruire la maison. En 1269, saint Louis donna aux Quinze-Vingts une rente annuelle et perpétuelle de JO livres ])ai‘isis «ad optis po/agii>\ Parla même lettre, il décida que le nombre des Quinze-Vingts (trois cents aveugles) serait toujours maintenu complet, et que radministration de riios})ice était confiée au gnind aumônier du roi avec droit absolu, pour lui et ses successeurs, de nommer aux places vacantes. En 1779, les Quinze-Vingts furent transférés dans l’ancien Hôtel des Mousquetaires noirs, où ils se trouvent encore (28, rue de CharentonJ. Un décret de 1790 mit les frais d'entretien de cet établissement à la charge de l'Etat ; par un autre décret de l’année suivante, sa gestion fut remise à l autorité séculière. Replacé, pendant la Restauration, sous la direction du grand aumônier, il est rentré, après 1830, dans les attributions du ministère de l'Intérieur.
Dans son état actuel, la maison des Quinze-Vingts, contient un cliiffre fixe de 300 aveugles, pensionnaires internes de l'un et de l'autre sexe pouvant occuper, chacun avec sa famille, un logement particulier, et recevant, de pins, une distribution gratuite et quotidienne de 623 grammes de pain ainsi qn’un secours journalier de 1 fr. 50 centimes. A cette rétribution en argent, vient s’ajouter un supplément si l’aveugle est marié ou s'il a des enfants au dessous de 14 ans. Là ne se borne pas l’action charitable de cet établissement ; il accorde, en outre, à 1,750 aveugles externes des pensions annuelles et viagères de 100, 150 et 200 francs.
Toutes les nominations, soit à l'internat, soit aux pensions d'externes, sont faites par le ministre de l'Intérieur.
Pour être admis à participer aux secours annuels, il faut : 1° Justifier de sa qualité de français ; 2° produire son acte de naissance et être âgé de 21 ans au moins (le grand nombre de candidats en instance ne permet pas, toutefois, de secourir les aveugles avant leur trentième année) ; 3° être atteint d’une cécité complète et incurable attestée par la production d'un certificat délivré, dans les départements, par un médecin désigné par le préfet ou sous-préfet du domicile du pétitionnaire. A Paris, le postulant peut se présenter, pour obtenir ce certificat, à la visite du médecin en chef des Quinze-Vingts, qui a lieu dans l'établissement tous les jours de la semaine, à l’exception du vendredi et des jours fériés, de 1 heure à 3 heures ; 4“ être dans un état d’indigence constaté par une déclaration du maire du domicile.
L’admission à l’internat n’est prononcée qu’en faveur d’aveugles âgés de quarante ans au minimum et qui, ayant fait successivement partie des deux classes de pensionnaires externes à 100 et 150 francs se trouvent, au moment de la demande, dans la
classe des pensionnaires externes à 200 francs. Pour l’internat, comme pour les secours annuels, les choix ont lieu parmi les aveugles dispersés sur toute l’étendue du territoire.
Désireux d’ajouter encore à son antique renommée, en se constituant le répartiteur de nouveaux bienfaits, l’établissement national des Quinze-Vingts, sous la direction active et intelligente de M. Péphau , s’est adjoint récemment deux importantes fondations : la Clinique nationale ophtalmologique et la Société nationale d'assistance pour les aveugles travail leurs.
La Clinique nationale ophtalmologique a pour but de donner gratuitement des soins préventifs aux indigents de l’un et de l’autre sexe, français ou naturalisés, menacés de cécité. Cette clinique hospitalise dans ses chambres ceux dont l'affection nécessite un traitement particulier, et qui sont porteurs d’un certificat médical attestant leur maladie et d’un certificat d’indigence délivré par le maire de leur domicile. Des dispositions ont été arrêtées par les compagnies de chemins de fer pour le transport, à prix réduit, des malades indigents autorisés à se faire trait(M' à la Clinique nationale.
Quant à la Société di assistance pour les aveugles travailleurs, son but est de soustraire à la mendicité le plus grand nombre possible de ces infortunés, en leur assurant des moyens de travail et de secours suffisants. Cette Société, dont les statuts ont été approuvés le 4 août 1881, a ouvert, le 1" octobre dernier, sa première école enfantyie d’aveugles; elle a voulu ainsi assurer, dans la limite de ses moyens d’action, les prescriptions de la nouvelle loi sur l’enseignement primaire, et faciliter la tâche de l’Institution nationale des Jeunes Aveugles et des autres établissements charitables qui donnent à ces déshérités le bienfait de l’éducation et de l’instruction. Cette école reçoit tous les enfants de 5 à 10 ans qui lui sont confiés. Le prix de la pension est de 500 francs par an et celui du trousseau de 300 francs.
Institution nationale des Jeunes Aveugles. — Les généreuses tentatives, successivement faites en vue de tirer parti de l’intelligence de l’aveugle, ont eu pour résultat de démontrer que le toucher est pour lui ce que l’œil est pour le voyant. Les doigts de l’aveugle touchent, mais son àme sent, et les impressions qu’il reçoit sont d’autant plus vives qu’elles ne se succèdent pas avec rapidité. D’où cette réfle.xion de Diderot dans sa lettre sur les aveugles : « Les sensations que l’aveugle prend par le toucher sont, pour ainsi dire, le moule de toutes ses idées, et je ne serais pas surpris qu’après une profonde méditation il eût les doigts aussi fatigués que nous avons la tète ».
C’est dans la constatation même de ces derniers faits que repose l'idée fondamentale des procédés en usage pour apprendre à l'aveugle à lire par le toucher, comme le voyant apprend à lire par la vue. Aux signes ordinaires en relief, dont Valentin Haüy fut l’inventeur, vers 1784, furent plus tard substitués des signes particuliers ou système d’écriture au moyen de points saillants imaginés par Barbier et perfectionnés par Braille.
L’Institut des Jeunes Aveugles fut fondé en 1791 et organisé par un décret du 10 thermidor an III.
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Placé d'abord dans les bâtiments des Célestins, on le transféra successivement dans la maison des filles Sainte-Catherine, rue des Lombards, — aux Quinze- Vingts, — dans l’ancien séminaire de Saint-Firmin, au collège des Bons-Enfants, rue Saint-Victor, enfin dans les locaux qu’il occupe actuellement, 56, boulevard des Invalides. Le gouvernement, au moyen d’une subvention accordée à l'institution, y entretient un certain nombre d’élèves à titre de boursiers. Le chiffre des bourses a été fixé à cent vingt à répartir, autant que possible, par demi-bourses.
Les demandes d’admission gratuite doivent être adressées au ministre de l’Intérieur, accompagnées : t“ de l’acte de naissance de l’enfant ; 2° d’un certificat de médecin, dûment légalisé, constatant que la cécité est complète et ne paraît pas curable, que l’enfant a été vacciné avec succès, qu’il n’est point épileptique, qu’il n’est ni affecté d’aucune maladie contagieuse, ni atteint de scrofules au second degré, qu'il jouit de la plénitude de ses facultés intellectuelles et qu’il est apte à touS’ les travaux dont les jeunes aveugles sont capables ; 3“ d’un certificat du maire attestant que les parents ne peuvent subvenir aux frais de l’éducation de leur enfant ; 4'’ d'un extrait du rôle des contributions délivré par le percepteur.
Indépendamment des boursiers de l’État, on admet dans l’institution des élèves boursiers des départements, des villes et des administrations hospitalières. Le prix de ces bourses est de 600 francs par an. Les pensionnaires des familles y sont également reçus moyennant un prix annuel^Sb pension fixé à 1,000 francs, à moins d’une réduction qui ne peut être accordée que par le ministre de l'Intérieur. Quant au paiement du trousseau, montant à 320 fr., il est toujours à la charge des parents et doit être effectué avant l’entrée des enfants dans l’établissement. La garantie de ce versement est à énoncer dans la demande d’admission.
Les enfants ne peuvent être placés dans l’établissement des Jeunes Aveugles avant l’âge de 10 ans révolus ni après 13 ans. Le cours des études comprend l’enseignement intellectuel (lecture, écriture, géographie, histoire, mathématiques, etc. ), l’enseignement professionnel donné dans des ateliers spéciaux, car il est reconnu que l’aveugle est apte, sinon à toutes, du moins à la plupart des professions industrielles, et l’enseignement musical. L’aveugle ayant une vocation innée pour la musique, et le sens de l’oiiïe pouvant acquérir en lui un très grand développement, l’art musical, en même temps qu’il apporte un adoucissement réel à son infirmité, présente pour lui le moyen le plus précieux d’assurer son existence, .\ussi le gouvernement se préoccupe-t-il, avec raison, de développer cet enseignement. Un grand nombre d’anciens élèves de l’institution de Paris sont pourvus d’emplois fructueux d’organiste, et notre Conservatoire national de musique a déjà décerné plusieurs fois scs liantes récompenses à des pupilles de cet établissement.
Un comité, dit de patronage et de secours, s’occupe de placer les élèves à leur sortie de l’institution et vient en aide à ceux qui sont pauvres.
Il existe aussi en France un certain nombre d’établissements départementaux ou privés, destinés à
pourvoir à l’instruction des enfants atteints de cécité. Trigant de Beaumont.
AVOINE. — L’avoine, que l’on range parmi les céréales, est produite par Vavena saiiva, de la famille des graminées, tribu des avenacées. Cette plante croît dans beaucoup de pays et les espèces en sont nombreuses.
La plus universellement cultivée est l’avoine commune, plante annuelle, dont les fleurs sont en panicules, à l’extrémifé d’un chaume long de 75 à 80 centimètres environ et dont les grains allongés, sillonnés dans leur longeur, sont enveloppés d’écailles florales nommées balles. Cette espèce comprend plusieurs variétés dont les principales sont l’avoine noire, l’avoine blanche, l’avoine de Hongrie, l’avoine courte et l’avoine nue. Ces différentes variétés sont cultivées pour le grain, d’autres le sont pour le fourrage, comme l’avoine fromentale et l’avoine dorée, qui constitue le finfoin de Paris.
Deux sortes sont nuisibles à la culture et les paysans ont beaucoup de peine à en débarrasser leurs champs ; ce sont la folle avoine et l’avoine à chapelets.
L’avoine est principalement employée à la nourriture des chevaux. Elle est plus nourrissante que le foin et possède des propriétés excitantes utiles à ces animaux dans les climats tempérés.
Sa composition chimique a été déterminée par M. Boussingault, comme il suit :
Gluten et albumine (matières azotées). . 11.9
.4midon 61.5
Matières grasses 5.5
Ligneux et cellulose 4.1
Substances minérales 3
Eau 14
Comme on le voit, la proportion des matières azotées est assez importante ; si l’on ajoute à cela le fer et le pliosphate de chaux compris parmi les substances minérales qu’elle contient, l'avoine peut être considérée comme un aliment complet et fortifiant ; aussi s’en sert-on dans quelques pays, et notamment dans l’Écosse et l’Irlande pour la nourriture de l’homme. En Bretagne on fait un pain avec la farine d’avoine mélangée avec celle de seigle et de froment.
La bouillie de farine d’avoine constitue un bon aliment pour les convalescents et les enfants en bas âge. Elle rend service aux nourrices qui n’ont pas assez de lait ; elle peut être très utile aussi au moment du sevrage.
En médecine proprement dite on n’emploie l’avoine que rarement, comme adoucissant et léger diurétique, sous forme de tisane, qui se prépare avec l’avoine décortiquée, appelée gruau. On trouve dans le commerce deux sortes de gruau : relui de Paris ou de Noisiel, dont le grain est entier, et celui de Bretagne dont le grain est grossièrement concassé.
Les balles ou écailles florales du grain d’avoine
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servent souvent à faire pour les enfants des paillasses très douces et très sèches.
Alfred Chardon, Ph'".
AVORTEMENT. — On désigne sous ce nom l’expulsion du produit de la conception à une époque de la grossesse où ce produit n’est pas encore viable (Voy. ce mot), c’est-à-dire avant la fin du septième mois de la vie intra-utérine.
Dans le langage vulgaire, l’avortement est plus fréiiuemment appelé fausse couche et quelquefois blessure. La première de ces deux dénominations s’adresse plus spécialement aux cas où l’avortement a lieu spontanément, la seconde étant réservée à l’avortement déterminé par une cause accidentelle, comme une chute, un coup, etc.
L'avortement a été divisé en trois espèces par , Guillemot, suivant l’époque où il se produit. Ainsi il appelle avortement ovulaire celui qui a lieu dans les vingt premiers jours di' la grossesse; embryonnaire celui qui a lieu dans le deuxième et le troi- 1 sième mois: enfin /a?/a/, l’expulsion du fœtus du I troisième au septième mois. Ces divisions sont importantes, car les phénomènes de l’avortement,
I comme nous le verrons plus tard, ne sont pas les mêmes quand cet accident se produit quinze jours, par exemple, après la fécondation, ou à une époque assez rapprochée de la viabilité.
L’avortement est beaucoup plus fréquent dans les deux premiers mois de la grossesse que plus tard, ce qui est facile à expliquer par la disposition des membranes de \æ.uf (Voy. ce mot) et par la congestion de l’utérus qui, chez un certain nombre de femmes, continue à se produire périodiquement malgré la gestation. Quant à déterminer si les fœtus abortifs du sexe masculin sont plus fréquents que les fœtus du sexe féminin, je dirai que les opinions sont très partagées à ce sujet; ce qui est assez facile à comprendre, étant donnée la difficulté dans les deux premiers mois de la grossesse, de reconnaitre le sexe de l’enfant, à moins d’y prêter une attention excessive (Voy. .Sea-e).
Variétés et causes de l’avortement. — L’avortement peut être spont.ané, accidentel ou piîovoqcé. L’avortement spontané est celui qui se produit en dehors de toute violence extérieure et qui reconnaît plus particulièrement pour causes, soit l’état général de la mère, soit une maladie de l’œuf. L'avortement accidentel est, au contraire, le résultat soit d’une chute, soit d’un coup, soit de fatigues excessives. Enfin l’avortement est dit provoqué quand il est le résultat de manœuvres criminelles, comme cela a lieu malheureusement trop fréquemment, ou bien sollicité par l’accoucheur dans des cas bien déterminés, et dans le but de protéger la vie de la mère.
Causes de l’avorteme.nt spontané. — Elles peuvent provenir : 1® du père-, 2° de la mère-, 3® de l'œuf.
1° \.' influence du père sur la production de l’avortement peut paraître, au premier abord, difficile à établir. Cependant il n’est pas douteux que des hommes âgés ou affaiblis par des maladies ou des excès de tous genres peuvent émettre un germe d une vitalité insuffisante pour parcourir toute la durée de la grossesse. On a vu en effet des femmes
mariées à des hommes d’une constitution ainsi ébranlée, avorter plusieurs fois de suite, puis devenues veuves, et remariées avec des hommes bien portants, conduire leurs grossesses jusqu’à terme en donnant naissance à des enfants régulièrement constitués. Mais où l’influence du père se fait tout particulièrement sentir, c’est quand il est atteint de syphilis. Les exemples aujourd’hui sont fréquents, et je pourrais dire qu’il ne se passe pas d’années où je ne sois appelé à observer des cas de ce genre. Non seulement quand le père présente encore des signes de la syphilis, mais même lorsqu’il a contracté cette maladie plusieurs années auparavant et qu’il s’est insuffisamment soigné, il peut émettre un germe contaminé qui se développera néanmoins quelque temps, mais qui ne franchira qu’avec peine le terme de la viabilité, si tant est qu’il y arrive.
2® Quant à l’influence de la jnère nous avons déjà dit que les femmes pléthoriques, qui ont d’habitude des règles abondantes sont très exposées à avorter dans les premiers mois de la grossesse. Il semble, en effet, que la périodicité delà congestion utérine ne disparaisse pas complètement par l’établissement de la gestation et qu’elle continue à s’exercer au moins pendant les premiers mois. Pour peu qu’il s’ajoute aux époques correspondantes aux périodes cataméniales une fatigue exagérée, les secousses violentes de la toux ou toute autre cause, l’avortement se produit.
Les femmes qui habitent les lieux élevés, les montagnes, celles qui logent dans des chambres malsaines, basses, humides, sont exposées aux avortements successifs.
Les maladies aiguës, la fièvre typhoïde, la pneumonie, mais principalement les fièvres éruptives, la variole, la rougeole, la scarlatine, déterminent très souvent l’avortement. Mais c’est encore la syphilis que l’on doit considérer, parmi les maladies de la mère, comme le Licteur le plus important de l’avortement (V. Syphilis).
Parmi les autres maladies de la mère qui peuvent déterminer l’avortement, nous citerons l’intoxication saturnine, l’albuminurie, les affections organiques du cœur, ladiathè.se cancéreuse, la phtisie, etc.
Les affections aiguës ou chroniques de la matrice, les tumeurs développées dans ses parois ou dans sa cavité, les ulcérations, les déchirures du col utérin, certaines déviations, comme la rétroversion, la retroflexlon, l’antéversion ou l’antéflexion, sont des causes d’avortement. De même les obstacles au développement de ruterus, comme les tumeurs abdominales et plus particulièrement les kystes de l’ovaire, les adhérences que l’utérus a pu contracter avec les organes voisins dans le cours d’une péritonite antérieure, l’usage immodéré du corset, l’étroitesse extrême du détroit supérieur, comme chez certaines femmes atteintes d’ostéomalacie, sont aussi des causes d’avortement.
Enfin certaines femmes qui, pour des causes diverses ou par suite d’une extrême irritabilité de l’utérus, ont fait d’abord une ou deux fausses couches successives, arrivent difficilement dans les grossesses suivante-;, non seulement à gagner le terme de la gestation, mais encore à franchir l’époque où se sont produits les avortements antérieurs. Il faut, pour y parvenir, le repos absolu et des soins
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extrêmes et quelquefois même toutes les précautions prises n’empêchent pas les avortements de se répéter. On leur donne dans ce cas, le nom de 'périodiques.
3® Influence de Vœitf. — Nous comprendrons sous le nom A'æuf (Voyez ce mot) non-seulement les membranes et le placenta, mais encore le liquide amniotique et le fœtus lui même,
L’hydropisie de l’amnios, les altérations fibreuses ou fibro-graisseuse ou calcaire, vésiculaire du placenta, la brièveté du cordon ombilical, sont des causes d’avortement. La présence de deux ou de plusieurs enfants dans la matrice, par le développement exagéré qu’ils produisent, peuvent conduire à l’avortement, quoique le plus souvent la déplétion de l’iitérus, dans les grossesses gémellaires, n’ait lieu qu’à une époque plus avancée de la gestation et par conséquent en dehors des limites que nous avons fixées à l’avortement.
Toutes les maladies qui peuvent atteindre le fœtus et causer sa mort, comme la péritonite, les fièvres éruptives et plus particulièrement la variole, dont on a pu quelquefois trouver les traces sur le corps de l'enfant au moment de sa naissance ; l’hydrocéphalie, l’hydroracbie, l’ascite, conduisent à l’avortement; les maladies de la mère qui peuvent se communiquer au fœtus, et enfin la cause qui agit le plus fréquemment, comme nous avons déjà dit, la syphilis.
Causes de l’.avoutement accidentel. — Elles sont bien plus nombreuses encore que celles de l’avortement spontané, surtout si l’on admet comme facteurs de cet accident, avec quelques auteurs, toutes les commotions morales ou physiques que la femme peut ressentir. Il est certain que des femmes qui avortent parce qu’elles voient un objet répugnant, ou parce qu’elles entendent un bruit insolite auquel elles ne s’attendaient pas, doivent être considérées comme de véritables névropathes presque incapables de conduire une grossesse à son terme normal.
Les chutes, les coups, les contusions violentes, peuvent provoquer une hémorragie qui déterminera l’avortement, ou entraîner la mort du fœtus qui sera, plus ou moins longtemps après, expulsé comme un corps étranger. Mais il ne faudrait pas croire que les plus grands traumatismes entraînent toujours l’avortement. Une femme enceinte peut tomber dans la rue, une voiture lui passer sur la jambe et la briser, l’amputation du membre être pratiquée sans que la grossesse soit arrêtée dans son cours.
Les annales de la science sont remplies d’exemples semblables.
Une course en voiture dans des rues mal pavées, un voyage un peu long en chemin de fer, l’usage prolongé de la machine à coudre, le coït trop souvent répété, peuvent déterminer l’avortement.
La saignée qui était généralement employée autrefois chez les femmes enceintes, et qui aujourd’hui peut encore rendre des services quand on la pratique chez certaines femmes pléthoriques qui éprouvent ces congestions utérines périodiques dont nous avons déjà parlé, a pu, dans certains cas, causer l’avortement. Le professeur Dubois racontait dans son cours qu’une jeune femme du quartier Latin, présentant tous les signes de cette conges-
tion utérine, était venue une première fois le trouver et qu’une saignée lui avait été faite. Presque aussitôt une syncope survint, les mouvements de l’enfant cessèrent et une fausse couche eut lieu quelques jours après. Mise en goût par ce nouveau procédé d’avortement, cette même femme : revint une seconde fois et sans se faire reconnaître, I obtint, sous les mêmes prétextes, qu’on lui fit une saignée. Les mêmes pliénomènes se produisirent et eurent le môme résultat. Elle se présenta au profes- ' seur une troisième fois, mais elle fut reconnue et dut chercher ailleurs un praticien moins clairvoyant.
De i.’avoutement puovoQuÉ,je ne dirai rien ici. Les manœuvres illicites auxquelles certaines femmes se livrent et leur conséquence seront étudiées en traitant la question légale de l’avortement. Quant aux causes qui dans certains cas peuvent conduire le médecin à provoquer l’avortement, elles se réduisent à une seule ; l’étroitesse extrême du bassin, ne permettant pas non seulement d’obtenir par les voies naturelles un enfant arrivé au terme de la grossesse, mais encore d’espérer, par l’accouchement prématuré, de faire naître un produit viable. Encore ajouterai-je que les progrès de la chirurgie obstétricale sont tels, que l’avortement provoqué deviendra de plus en plus rare (Voy. Dystocie, Opération césai'ienné) .
Signes et symptômes de l’avortement. — Sauf dans les cas où l’avortement est le résultat d’une violence extérieure, il est rare que la femme ne soit pas avertie par quelques signes particuliers de l’imminence de cet accident. Dans le premier mois de la grossesse, dans ce que nous avons appelé ■ l’avortement ovulaire, l’œuf est généralement expulsé en entier, ses adhérences à la matrice sont alors assez faibles pour être facilement détruites, et il est chassé recouvert de sang, et accompagné de caillots qui masquent sa présence à des yeux non exercés. Les femmes n’éprouvent guère que les phénomènes un peu exagérés d’une menstrua- l' tion ordinaire, et les douleurs plus fortes qu’elles fli ressentent leur paraissent d’autant plus légitimes, qu’ayant eu un retard, elles s’imaginent qu’il doit s’écouler plus de sang que d’habitude.
Quand la grossesse est plus avancée, les symptômes de l’avortement sont plus tranchés. Dans la période embryonnaire, du deuxième au troisième mois, il est rare que les femmes n’éprouvent pas d’abord des douleurs plus ou moins vives dans les reins, une pesanteur dans le bas-ventre, des envies fréquentes d’uriner, une sorte d’embarras général de toute la région abdominale, des envies de vomir plus douloureuses, une tension des seins.
A ces phénomènes généraux s’ajoute un écoulement par les parties génitales, d’abord rosé, puis rousseâtre et enfin du sang pur. Quand on examine directement l’utérus avec le doigt, on trouve cet , organe dur, tendu, abaissé dans le bassin. Le col li est diminué de longueur, plus ou moins entr’ouvert, suivant que la femme a eu ou n’a pas encore eu d’enfants. Si rien ne vient suspendre ce travail commençant ou si les moyens employés n’ont pas de succès, on ne tarde pas à voir les douleurs lom- !■ baires augmenter d’intensité et prendre le type |i intermittent particulier aux contractions utérines» ■
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En môme temps l'écoulement sanguin augmente, peut même présenter le caractère d’une véritable hémorragie. Le col utérin après s’être effacé complètement s’ouvre peu à peu, et le doigt pénètre a travers l’anneau rigide formé par l’orifice, jusque sur les membranes de l’œuf qui, à cette période, ont un aspect rugueux caractéristique.
Rien qu’arrivé à ce degré, l’avortement puisse encore être efficacement combattu, il est plus fréquent de voir le travail continuer, et après des douleurs \iolentes, une perte sanguine souvent considérable, l’œuf être définitivement expulsé. Dans ces circonstances la fausse couche a une marche extrêmement irrégulière. L’avortement peut se faire au bout de quelques heures; il peut, au contraire, ne s’accomplir que dans l’espace de 4, fi ou 8 jours et même davantage. L’écoulement sanguin, d’abord modéré, peut s’arrêter pins ou moins longtemps, puis reprendre avec plus d’abondance après quelques jours de suspension, avant d’arriver au type hémorragique qui précède de quelque temps la terminaison finale.
Dans quehpies cas, le premier écoulement est constitué par un liquide clair, à peine teinté en rose. Ce sont les eavix de l’amnios qui s’échappent après la rupture de l’œuf. Souvent cet écoulement liquide précède d’assez longtemps les premières douleurs expulsives. Mais quelles que soient les précautions que l’on fasse prendre à la femme, l’avortement est inévitable ; ce n’est qu’une question de temps. Toutefois, il faut avoir soin de ne pas confondre l’écoulement du liquide amniotique avec une simple hydrorrhée (V. ce mot). Si au contraire l’œuf ne se décliire que pendant le travail de l’avortement, vous voyez presque aussitôt après cet écoulement liquide le fœtus expulsé, puis le travail se suspend plus ou moins longtemps. Cet événement est un des plus à redouter dans le cours de la fausse couche, car l’hémorragie continue, étant entretenue par la présence des membranes de l’œuf qui, à cette époque, a contracté des adhérences assez fortes avec la surface interne de l’utérus pour ne pas être facilement détruites. Si cette situation dure plusieurs jours, la vie de la mère est fortement en danger, d'abord parce que la prolongation de l’hémorragie peut lui être fatale, ensuite parce que l’air extérieur pouvant pénétrer jusque dans la matrice, détermine la putréfaction des enveloppes du Detus et du placenta et la malade peut succomber à l’absorption de ces produits septiques. C’est pour cette raison que les avortements criminels qui se pratiquent généralement à cette période ont si souvent une issue fatale.
Quand le fœtus meurt dans le sein maternel, les signes de l’avortement qui en seront la conséquence, sont les suivants ; d’abord troubles généraux, inappétence, frissons plus ou moins prolongés, refroidissement des extrémités, palpitations, mais surtout gonflement des seins d’où peut s’écouler un peu de sérosité, puis flaccidité des mamelles un ou deux jours après. En même temps, pesanteur dans le ventre, principalement vers l’anus et le pubis. L’avortement suivra, avec les symptômes que nous avons rapportés plus haut, plus ou moins longtemps après la mort de l’enfant. Souvent il débute
huit à quinze jours après, mais j’ai vu quelquefois l’œuf rester dans la matrice pendant plusieurs mois. La même série de phénomènes accompagnera l’expulsion de cet œuf mort; il sera chassé soit restant entier, soit en deux périodes, la première comprenant la sortie des eaux de l’amnios et du fœtus, la seconde celle des membranes et du placenta. Si la mort de l’enfant remonte à une date un peu éloignée, l’hémorragie est moins à craindre que nous l’avons dit précédemment. La rétention de cet œuf mort, mais entier, dans l’utérus n’offre aucun danger pour la mère. La pénétration de l’air extérieur ne pouvant avoir lieu, il n’y aura pas de putréfaction. Le fœtus se macérera au milieu du liquide amniotique qui l’environne.
Quand l’enfant meurt dans ces deux périodes ovulaire ou embryonnaire, il peut arriver que le placenta, constitué alors par la majeure partie de la surface de l’œuf, continue à végéter et ne soit expulsé que longtemps après, au bout même de fdusieurs années, comme j’en ai observé un cas. Cela forme ce qu’on a appelé une môle (Voyez ce mot).
Dans la troisième forme de l’avortement, auquel on a donné le nom de fœtal, les symptômes sont les mêmes que ceux que nous venons d’indiquer; mais plus la grossesse se rapprochera du sixième mois, plus l’avortement ressemblera à un véritable accouchement. 11 n’y a donc pas lieu d’y insister davantage. Toutefois, il ne faut pas oublier que les douleurs sont plus vives dans l’avortement. La marche du travail est plus lente, plus irrégulière, ce qui s’explique facilement par ce fait que la matrice n’a pas alors subi les modifications qui ne sont, en général, accomplies qu’à la fin de la gestation. L’écoulement sanguin est beaucoup plus considérable, l’hémorragie accompagne souvent les premières douleurs et se continue quelquefois pendant toute la durée du travail de la fausse couche, et elle peut prendre des proportions inquiétantes si Tœuf se rompt dans la première partie du travail, avant que l’orifice utérin ait acquis une étendue suffisante pour laisser facilement passer les annexes du fœtus qui sont, à cette période, beaucoup plus volumineuses que le fœtus lui-même.
Dans cette période, un des signes de la mort de l’enfant est la cessation des mouvements actifs qui sont habituellement perçus par la mère vers le quatrième mois. La tension des mamelles d’abord et leur flaccidité ensuite ne manque presque jat)iais après cet événement. C’est également pendant cette période et dans les mois qui suivent, que succom- ]3ent en général, les fœtus atteints de syphilis.
11 est inutile d’ajouter que les enfants nés vivants à la suite d’un avortement ne tardent pas à succomber, le développement de leurs organes étant encore trop imparfait pour qu’ils puissent participer à la vie extra-utérine.
Pour l’avortement dans le cas de grossesse gémellaire (Voyez ce mot).
Traitement. — Le premier devoir du médecin devant une menace d’avortement, est de faire tous ses efforts pour arrêter le travail commencé et permettre à la grossesse de poursuivre son cours. Quel que soit l’àge de la gestation et les phéno-
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mènes observés, le repos au lit constitue la première indication à remplir; de petits lavements opiacés, contenant dix à quinze gouttes de laudanum de Sydenham, et qu’on répétera deux, trois et même quatre fois dans les vingt-quatre heures, feront diminuer d’abord et cesser ensuite les contractions utérines, ainsi que les douleurs lombaires et l’hémorragie qui en dépendent. Quant à la saignée, qui peut rendre quelques services chez certaines femmes, dont les époques menstruelles sont d’habitude très abondantes et qui, malgré la grossesse, continuent à être périodiquement tourmentées par le molimen hémorragique, il conviendra d’être très sobre de ce procédé, qui n’est presque plus employé aujourd'hui et dont l’application fait souvent assez peur aux malades, pour que le remède produise plus de mal que de bien. C’est encore le repos au lit, ordonné chaque mois à la date qui répond aux époques menstruelles, les lavements laudanisés et des cataplasmes tièdes sur le ventre, qui m’ont le plus souvent réussi, dans des cas semblables.
Tant que l’œuf est intact, même si le col est effacé, entr’ouvert, si le doigt arrive directement sur les membranes, si l’écoulement sanguin a été d’une certaine abondance, il faut essayer d’arrêter l’avortement et j’ai vu quelquefois dans des cas qui semblaient désespérés, arriver à un bon résultat par l’usage des moyens préventifs que je viens d’indiquer.
Chez les femmes qui ont déjà fait une ou plusieurs fausses couches à une époque presque toujours la même, le repos au lit depuis la première suspension des règles jusqu’à une période postérieure à celle où les avortements ont eu lieu, est indispensable. En même temps, il faut surveiller d’autant plus la malade qu’on approche davantage du moment où l’utérus a pris l’habitude de se débarrasser de son contenu, afin d’être tout prêt à combattre les premiers symptômes de fausse couche. Je n’ai pas besoin d’ajouter que dans les cas où l’on sait et même dans ceux où l’on soupçonne que la syphilis a été le premier facteur des avortements successifs, la femme doit être, dès le début d’une nouvelle grossesse, soumise à un traitement antisyphilitique.
D’une manière générale, toute femme qui, pour une raison ou pour une autre, craint de faire une fausse couche, devra éviter les fatigues, les voyages en voiture et en chemin de fer, les excitations de toutes espèces. Elle gardera le plus possible le repos au lit, elle se soumettra à un régime simple et même les efforts pour aller à la garde-robe devront être évités, en faisant usage tous les jours ou tous les deux jours de lavements émollients.
Quand malgré tous les moyens employés, le travail de l’avortement continue, tous les efforts du médecin doivent tendre, au moins dans les quatre premiers mois de la grossesse, à éviter que l’œuf se déchire. On peut poser comme règle absolue, que dans l’avortement, la rupture des membranes ne devra jamais être pratiquée artificiellement, quelle que soit la présentation du fœtus. En effet, si l’on peut obtenir, en ménageant la poche des eaux, en pratiquant le toucher vaginal le moins possible.
que l’œuf reste entier, on est à l’abri des hémorragies consécutives causées par la rétention d’une portion de l’œuf dans l’utérus et de la résorption putride qui en est quelquefois la conséquence. Mais si, malgré toutes les précautions, l’œuf se déchire, les eaux de l’amnios et le fœtus sont rapidement expulsés, et il ne reste plus dans la matrice que les enveloppes de l’œuf et le placenta qui est relativement très étendu à cette époque de la grossesse (V. Œuf, Placenta). Les deux grands dangers dans ce cas sont d’abord l'hémorragie, ensuite la putréfaction des annexes du fœtus et la septicémie qui en découle. Contre l’hémorragie on emploiera les moyens généraux comme la position horizontale, les boissons froides, l’application sur le bas du ventre et sur le haut des cuisses de serviettes trempées dans l’eau froide; mais quelquefois ces moyens ne suffisent pas et il faut alors recourir au tamponnement (V. ce mot). C’est principalement dans les quatre ou cinq premiers mois de la grossesse que ce procédé peut être employé: plus tard, comme je l’ai déjà dit, l’avortement se rapproche beaucoup de l’accouchement prématuré et la délivrance doit s’opérer de même.
Contre la septicémie, il faudra avoir soin de pratiquer le toucher vaginal le moins possible. Les mains de l’opérateur devront toujours avoir été lavées dans de l’eau légèrement coupée de Phénol Bobœuf o\\ de Vinaigre de Pennes uni tout attouchement de sa part. Des injections vaginales d’eau semblablement coupée seront faites plusieurs fois par jour. Enfin, aux premiers symptômes de putréfaction des annexes restées dans l’utérus, il ne faudra pas hésiter à pratiquer les injections intrautérines avec un liquide antiseptique.
Quant aux moyens propres à réveiller les contractions utérines, dans ce cas, tels que le seigle ergoté et les apiilications d’éponge préparée dans le col utérin, je les repousse absolument comme plus préjudiciables qu’utiles (V. Seigle ergoté, Éponge préparée).
Les femmes, à la suite d’un avortement, devront se soigner absolument comme après un accouchement à terme, avec plus de rigueur même, s’il est possible, afin d’éviter, qu'à une grossesse suivante, un pareil événement se renouvelle. D' Ant. de Soyre.
AVORTEMENT CRIMINEL. — Médecine légale. —
Et d'abord voici les articles principaux du Code qui traitent de l’avortement criminel :
Code pénal, art. 317. — Quiconque par aliments, breuvages, médicaments, violences ou par tout autre moyen, aura procuré l’avortement d’une femme enceinte, soit qu’elle y ait consenti ou non, sera puni de la réclusion.
La même peine sera prononeée contre la femme qui se sera procuré l'avortement à elle-même ou qui aura consenti à faire usage des moyens k elle indiqués ou administrés à cet ell'et, si l’ avortement s’en est suivi.
Les'médecins, chirurgiens et autres officiers de santé, ainsi que les pharmaciens , qui auront indiqué ou administré ces moyens, seront condamnés à la peine des travaux forcés à temps, dans le cas où l'avortement aurait eu heu.
Comme on le voit les articles ci-dessus ne visent que les avortements commencés et restent muets à l’égard des tentatives d’avortements; mais les divers
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arrêts rendus par les cours ont établi à ce sujet une jurisprudence assez singulière. Voici d’après Brianp et Chaude, les conclusions qu’on peut tirer de la jurisprudence actuellement établie : 1° La femme n’est punie que si ravortement a eu lieu et non s’il n’a été que tenté; 2“ tout individu, autre que la femme et les gens de l’art, est puni d’une peine égale, celle de la réclusion, qu’il y ait eu avortement ou seulement tentative; S" les gens de l’art sont punis des travaux forcés s’il y a eu avortement, de la réclusion seulement s’il y a eu tentative; 4* le complice d'une tentative d’avortement n’est pas puni si c’est la femme elle-même qui a tenté de se faire avorter, mais il est puni si l’auteur de la tentative est toute autre personne. 11 n’est pas du reste nécessaire de rappeler ici que, en thèse générale, la t('ntative d'un crime est considérée par la loi comme le crime lui-même.
On donne le nom d’avortement à l’expulsion du fœtus à une époque de la grossesse où il n’est pas encore viable, mais en médecine légale, cette définition peut être modifiée de la manière suivante : l’expulsion prématurée et violemment provoquée du produit de la conception, indépendamment de toutes les circonstances d'âge, de viabilité et même de formation régulière.
Beaucoup de médecins légistes ont pensé que l’avortement ne pouvait donner lieu à des poursuites que lorsqu'il existe un corps de délit. D’autres ont pensé qu’il était dangereux et inutile d’exposer en détail les moj’ens abortifs parce que la malveillance pouvait s’en emparer pour commettre de nouveaux crimes. D’autres enfin, parmi lesquels nous citerons Orfila et Devergie, ont confondu l’avortement avec l’infanticide. Ce sont là des interprétations erronées et qui ont donné lieu à des incertitudes sans nombre. « Que le fœtus soit mort ou vivant, nous dit Tardieu, qu’il ait atteint l’époque de la viabilité ou qu’il soit aux premiers temps de sa formation, ni les conditions physiques, ni les conditions morales de l’avortement ne changent. >> Celte manière de voir est également adoptée par lourdes : « L’élément matériel du crime est constitué par ce fait que la durée normale de la grossesse a été volontairement abrégée indépendamment du produit de la conception. » Il n’est donc pas besoin d’avoir un fœtus sous les yeux pour conclure à l’avortement.
Ce crime est un des plus fréquents parce qu’il est extrêmement facile de le dissimuler, lorsque des accidents graves ou la mort de la /emme ne viennent pas attirer l’attention. Dans les grandes villes il constitue une véritable industrie. En Allemagne, l’avortement est pratiqué sur une grande échelle et les coupables y sont presque sûrs de l’impunité, puisque la condamnation ne peut avoir lieu que s'il existe un corps de délit. En Angleterre, quoique ce crime soit puni de la peine capitale, il y est extrêmement fréquent. A Aew-York, le chiffre des enfants mort-nés et expulsés avant terme prouve la fréquence de l’avortement. Pour une population de 76,770 àrnes en 1803, on ne comptait dans cette ville que 37 enfants mort-nés; en 1849 pour une population de 450,000, le nombre des enfants mortnés s’est élevé à 1,320, c’est-à-dire que, pour une population qui a sextuplé, le nombre des enfants Dictionnaire popcl.ure de Médecine usüeli.e.
morts-nés est devenu trente-sept fois plus considérable.
De 1836 à 1862 la Morgue a reçu 1,098 fœtus qui n’étaient pas à terme et dont 823 étaient âgés de moins de six mois. Sur 288 autopsies, 68 ont fourni des indices d’avortement provoqué. De 1870 à 1877 il y a eu en France 1,071 accusations d’avortement et 2,475 accusés.
Dans le relevé annuel des crimes d’avortement jugés de 1851 à 1853, le chiffre des accusés dépasse des deux tiers celui des accusations, ce qui démontre que le crime d’avortement implique presque toujours trois complices. La proportion des femmes dépasse de beaucoup celle des hommes, mais elle serait encore plus considérable si les hommes de l’art ne venaient si souvent grossir le nombre des accusés du sexe masculin. Il est triste d’avoir à rappeler que sur 604 condamnations prononcées pour avortement, 148 ont été infligées à des sages-femmes et à des médecins, c’est-à-dire près du sixième. « Le crime d’avortement est peutêtre celui de tous dont le médecin doit avoir le plus à cœur d’aider la poursuite, parce que c’est celui de tous qui déshonore et souille le plus souvent la profession médicale. » (Tardieu.)
De 1871 à 1873, les cours d’assises ont jugé 1,031 infanlicides ou tentalives ; 14 condamnations à mort ont été prononcées.
C’est entre le troisième et le cinquième mois que l’avortement criminel e.st le plus souvent provoqué. Cette proposition est tout à fait confirmée par les observations recueillies par Tardieu : 30 dans les trois premiers mois, 39 de trois à six mois et 19 après le sixième mois.
Ces chiffres sont parfaitement en rapport avec les circonstances dans lesquels l’avortement est le plus souvent tenté. Avant trois mois, la femme n’est pas encore certaine d’être enceinte; après le quatrième ou le cinquième mois, les mouvements actifs de l'enfant la font souvent hésiter en lui révélant la gravité du crime.
Nous n’avons pas à nous occuper ici des moyens employés par les criminels pour produire l’avortement. Ils sonf du reste à peu près les mêmes que ceux employés par les médecins lorsque l’avortement est jugé nécessaire avec cette différence que les procédés employés par des mains inhabiles, sont beaucoup plus dangereux.
Constatation médico-légale de l’avortement. — Les circonstances particulières au milieu desquelles s’opère l’avortement criminel le font différer, au point de vue de la symptomatologie et du pronostic, de l’avortement naturel et de l’avortement légalement pratiqué par le chirurgien.
Quant aux symptômes de l’avortement criminel, ils n’ont rien de bien caractéristique. Dans la plupart des cas la femme éprouve, au moment de l’opération ou peu d'instants après, une vive douleur soit dans les reins, soit dans un point de l’abdomen. Une hémorrhagie plus ou moins abondante survient presque immédiatement. On observe ensuite des nausées, des vomissements, un écoulement de sang et de liquide amniotique qui annoncent le commencement du travail.
Il suffit, pour montrer le danger des manœuvres