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V. Blépharite et Conjonctivite). ü’’ A. G. de G

BLÉPHARO-PHIMOSIS. — Rétrécissoinent de l’ouverture palpébrale par rapprochement des angles des paupières. Cette affection est le plus souvent due aux rétractions cicatricielles qui suivent les (’onjonctivites diphtériques ou granuleuses, et les cautérisations trop énergiques de la muqueuse oculaire et palpébrale. Elle provoque une diminution parfois si considérable de la fente palpébrale (|ue le contact du globe et des cornées étant plus intime, devient irritant au suprême degré autant pour la muqueuse que pour la cornée. Il en résulte des kératites rebelles dues à une sorte d’usure du tissu, et des conjonctivites d'autant plus interminables qu'on ne peut en apprécier exactement l’étendue, puisqu’on ne peut plus renverser les paupières.

Le blépharo-phiinosis est utilement combattu par une opération à laquelle on a donné le nom de cantlioplastie et qui consiste à fendre, à l’aide de ciseaux droits, la commissure externe de l’œil et par trois points de suture à réunir la muqueuse palpébrale à la peau, de façon à empêcher la réunion des tissus entassés, par conséquent, la récidive. Le point du milieu limite l’étendue de la fente et les deux latéraux provoquent la cicatrisation de la plaie faite aux paupières supérieure et inférieure. D' A. Gillet dk Grand,mont.

BLÉPHAROPTOSE. — Chute de la paupière supérieure, désignée aussi sous le nom de ptosis, due généralement à une paralysie du muscle releveur. Dans ce cas, on y remédie en atténuant par une .opération spéciale l’antagoniste ou muscle orbiculaire. Si cette blépharoptosc est le résultat d’un relâchement des téguments, l’opération a pour but d’exciser uu pli de la peau et de faciliter ainsi l’élévation de la paupière.

Cette maladie qui donne au patient l’aspect d’un homme endormi, est parfois si prononcée que la pupille est cachée par la paupière supérieure et que la vue ne peut être rendue ipie si le voile palpébral est soulevé. L’une, des affections dans laquelle on rencontre le jilus souvent le ptosis est l’ataxie locomotrice, lorsque la paralysie a porté sur les muscles animes par la troisième paire. J’ai vu des ataxiques qui, pour se conduire, étaient contraints de coller la paupière supérieure au sourcil. La blépharoptose se rencontre à un faible degré dans les conjonctivites chroniques; elle est due à l’épaississement de la conjonctive, elle est surtout appréciable le soir. Dans l’ophtalmie granuleuse, l'affection beaucoup plus prononcée, donne aux malades un aspect caractéristique qni permet au praticien

de porter un diagnostic précis à distance. Bref, le ptosis est toujours une maladie sérieuse contre laquelle on ne saurait trop se hâter d’agir dès qu’on en a reconnu la cause et l’origine.

D' A. Gillet de Grandmont.

BLEPHAROSPASME. — Spasme des paupières qui tantôt demeurent sans cesse fermées (spasme tonique), tantôt s’ouvrent et se ferment incessamment (spasme clonique). Cette affection reconnaît pour cause soit une irritation dont le siège se trouve dans les paupières ou sur le globe, soit une névrose. Dans le premier cas, le traitement s’adressera à l’affection aiguë; dans le second, on aura recours à divers moyens dont le plus efficace est la névrotomie ou l’élongation de la branche nerveuse (o“ paire) qui semble être le siège de la névrite.

L’origine du blépharospasme est souvent la photophobie, principalement chez les enfants, aussi devra-t-on au début des maladies oculaires qui entraînent la crainte de la lumière, s’attacher à combattre cette photophobie par les lotions froides sur les paupières, le collyre d’atropine, les onctions d’onguent napolitain belladoné autour des orbites, les injections sous-cutanées de chlorhydrate de morphine ou les courants continus. Lorsque ces moyens resteront sans effet, on aura recours aux opérations dont nous parlions plus haut, non toutefois sans s’être assuré que ces spasmes ne proviennent pas d’une dent malade dont l’avulsion ferait cesser toute trace de blépharospasme.

D'' Gillet de Grandmont.

BLEPHAROPLASTIE. — C’est cette branche de la chirurgie qui a pour objet la restauration des paupières au moyen de téguments empruntés au voisinage. Souvent, en effet, les paupières ont été détruites dans une plus ou moins grande étendue, soit par la gangrène causée par une pustule maligne, par un phlegmon grave des paupières, par une briilure, par une ulcération syphilitique, par un lupus, soit par une blessure provenant d’une arme à feu ou de la projection d’un corps contondant, soit par un cancroïde, l’une des tumeurs les plus fréquentes des voiles palpébraux. Quoiqu’il en soit, l’œil privé de son organe de protection, est fatalement voué a une destruction plus ou moins prompte, le plus souvent accompagnée de souffrances cruelles.

La chirurgie intervient utilement dans ces cas, eu faisant une paupière à l’aide de la peau prise à la tempe, sur le front, le nez ou la joue. Pour cela, après avoir excisé la tumeur, l’ulcération palpébrale ou la cicatrice, on taille dans la peau du voisinage un lambeau plus grand d’environ 2 millimètres en tous sens que la portion détruite, afin d’éviter la rétraction de la peau, et on le détache en le laissant toutefois adhérent par sa base, afin qu’il reste en communication avec la circulation générale ; puis le déviant de sa position normale par une sorte de torsion du pédicule, on vient l’appliquer au lieu et place de la perte de substance et on l’y fixe au moyen de sutures entortillées. Bien des procédés ont été imaginés ; ils portent le nom d’autoplastie par torsion, par glissement, etc. Aujourd’hui que

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les avantages de la greffe dermique ou transplantation des fragments cutanés détaches sont bien connus, depuis les travaux de Reverdin, on a souvent recours à cette méthode, soit que l’on emprunte les tissus à l’une des parties du corps du malade lui-

Fig. 177.

Blépharoplastie par la méthode de Blasiiis.

même (V. AutoplasHe), ou d’une personne étrangère, ou même à un animal (V. Greffe animale). Les figures 177 et 178 représentent la blépharoplastie par la méthode de Blasius. La figure 177 représente un cancroïde (a) qui a envahi la pau-

Blépharoplastie par la méthode de Blasius.

pière inférieure. La courbe qu’on y remarque limite l’étendue de peau qui sera excisée, et fixe les dimensions du lambeau (6) destiné à la restauration. Ce lambeau, pris sur la portion latérale du nez, sera incliné jusqu’à ce qu’il vienne prendre la place de la paupière enlevée. La figure 178 représente le lambeau (6) mis en place et fixé par six points de suture, et montre le rapprochement des téguments opéré par quatre sutures entortillées (cccc), dans le but d’éviter un déplacement cicatriciel. A ce point de vue, la méthode de Blasius a été un grand progrès sur cellcjs de ses prédécesseurs.

La figure 17Ô représente une opération de blépharoplastie par le procédé de’ Diefifenbach, qui consiste à limiter dans un triangle* dont la base touche le bord ciliaire de la paupière, toute la portion malade et à exciser ce fragment entamé, tandis qu’on taille dans le voisinage un lambeau quadrangulaire que l’on détache en totalité (peau, tissu conjonctif sous dermique, vaisseaux, nerfs) des parties profondes, en le laissant toutefois adhérer, par sa base, à la peau de la joue, et qu’on fait glisser jusqu’à ce qu’il prenne la place du lambeau excisé; des points

de suture représentés sur la figure suivante (fig. 180) indiquent le moyen de rapprocher les tissus et de les fixer, soit au bord ciliaire, soit à la joue. Il reste après cette restauration une plaie triangulaire qu’il

Blépharoplastie par le procédé de Dieffembach.

faudra cicatriser ultérieurement, ce qui n’a pas lieu dans le procédé de Blasius décrit plus haut.

Une foule d’autres procédés, différant les uns des autres par la forme du lambeau, ont été ima^nés;

Blépharoplastie par le procédé de Dieffembach.

mais il est une règle générale qu’on ne doit point perdre de vue, à savoir qu’il faut conserver absolument tout ce qui ne doit pas être fatalement sacrifié. On comprend, à ce point de vue, quel soin le chirurgien doit prendre pour ménager, lorsque cela est possible, toute la muqueuse et le bord des cils.

D' A. Gillet de Grandbont.

BLÉSITÉ. — On désigne sous le nom générique de blésité, une foule de défauts de prononciation constitués, soit par la substitution d’une consonne à une autre, soit par l’altération delà prononciation d’une consonne. Le plus souvent, les deux cas sont réunis. Par extension, on peut aussi donner le nom de blésité à la prononciation vicieuse, de certains sons voyelles : in pour un, un pour eu, etc.

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Los variétés de la blésité peuvent se rattacher à l'un des deux grou])es suivants : t" blésité portant sur les consonnes souillées z. s, j, ch; 2“ blésité portant sur une quelconque des autres consonnes.

I.a blésité portant sur les consonnes soufflées est de beaucoup la plus fréquente. Ou distingue le zézaiement ou substitution de z à j (roiizou pour joujou, reudi pour jeudi); le sessayement ou substitution de s à cii(jeval pour cheval, ^ien pour chien) ; le jotacisme ou substitution du j au z (amu)ement pour amusement, prÿon pour prison); le chuintement ou substitution de ch à s (c/tac pour sac, c/ioupe pour soupe). Le zézaiement et le sessayement sont j)Our ainsi dire à l’état endémique en Provence et en Gascogne, tandis que le jotacisme et le chuintement sont presque le parler habituel des paysans de r.Auvergne.

La substitution des consonnes les unes aux autres varie à l'infini, de telle sorte qu’il est impossible de donner, à chacun de ces défauts, un nom spécial : En voici cependant quelques exemples : iVounou pour loulou, /ar/assonne pour Carcassonne, /ucre pour sucre, darçon pour garçon, /anif pour canif, etc., etc.

.\ssez souvent la substitution n’existe pas, il n’y a qu'une sorte de déformation de la consonne. Cette déformation est simple chez ceux, par exemple, qui parlent du bout de la langue ou qui grasseyent. Chez d'autres, elle est compliquée d'un sifflement qui accompagne l'émission de la consonne ou qui est produit par l’adjonction d’une sorte d’il mouillée : J//ouj//ou ou yllouyllon pour joujou ; ch//ien pour chien ; amusZ/ement pour amusement. Lorsque l'adjonction de ces II mouillées se fait à la consonne S, il n'y a plus seulement déformation, il y a encore substitution du son ch et on entend alors pinc/!?/ZZon pour pinson.

Il arrive quelquefois que la blésité n'est caractérisée ni par une substitution, ni par une déformation d’une consonne, mais par sa suppression complète. C’est encore sur les soufflées que porte généralement cette variété. Exemple : Es inq evaux ont olis, au lieu de : Ces cinq chevaux sont jolis.

La blésité est un défaut très répandu, surtout dans le se.xe féminin. Elle a le très grand inconvé- ■Yiient de donner à ceux qui en sont atteints, un air de niaiserie qui expose fort au ridicule.

Il n’est donc pas inutile de dire que la blésité, de même que tous les autres défauts de prononciation, peut être rapidement et entièrement corrigée. Elle provient, non d’un défaut organique de la langue trop courte ou trop épaisse selon les uns, ou de l’implantation vicieuse des dents selon les autres, mais bien d’une fausse manœuvre de la languo<dans l’articulation de la consonne. Dès lors, il suffit pour !l . faire disparaître ce que l’articulation contient de défectueux, d’enseigner au sujet la position normale ' que doit occuper la langue pour la formation de la ^ consonne; c’est l’affaire d’une quinzaine de jours de 1 leçons. .Vueun appareil, aucun truc n’est nécessaire pour cela ; comme pour le bégaiement (voir ce mot) c’est à la i)hysiolo'|:ie qu'il faut faire appel.

\ n*' CHERVIN,

„ Directeur de l’instiiution des lègues de Paris,

Lauréat de l'Iustitut de France.

Dictionnaire populaire de Médecine osSelle.

BLESSÉS (SECODHS a donner aux). —Nous ne croyons pouvoir mieux faire que de reproduire les instructions suivantes, rédigées sur ce sujet par le conseil d’hygiène et de salubrité du département de la Seine :

Lorsqu’une personne est trouvée blessée sur la voie publique, les premiers soins à donner consistent :

1“ A relever le blessé avec précaution et à le conduire ou à le transporter sur un brancard dans le lieu le plus rapproché où il puisse être secouru ;

2" Si le médecin tarde à arriver et s’il paraît y» avoir du danger, on coupe s’il est nécessaire les vêtements avec des ciseaux, puis on lave la Idessure, avec une éponge ou du linge imbibé d’eau fraîche, pour la débarrasser du sang ou des corps étrangers qui peuvent la souiller.

3" S’il n’y a qu’une simple coupure et que le sang soit arrêté, on doit rapprocher les bords de la plaie et les maintenir en cet état en la couvrant d’un morceau de taffetas gommé, dit taffetas d’Angleterre, ou de bandelettes de sparadrap qu’on aura pris soin de passer devant une bougie allumée ou au-dessus de charbons ardents pour les ramollir et les rendre collantes.

4“ En cas de contusion ou de bosses, il faut appliquer sur la partie des compresses imbibées d’eau fraîche avec addition d’extrait de Saturne (15 à 20 gouttes par verre), à défaut d’extrait de Saturne, on peut se servir de sel marin. Ces compresses seront maintenues en place au moyen d’un mouchoir ou de tout autre bandage, médiocrement serré, et on les arrosera fréquemment afin de les maintenir humides.

5“ S'il y a perte de sang abondante ou hémorrhagie par une plaie, on devra chercher à l'arrêter en appliquant sur cette plaie, soit des morceaux d’amadou, soit des gâteaux de charpie, soutenus au moyen de la main, d’un mouchoir ou de tout autre l)andage qui comprime médiocrement, sans exagération. Si le sang s’échappe par un jet rouge, écarlate, saccadé, et que le blessé soit pâle, défaillant, menacé de mourir par hémorrhagie, il importe d’exercer de suite, avec les doigts, une forte compression sur l’endroit d’où part le sang. Cette compression sera remplacée ensuite par un tampon d’amadou, de charpie ou de linge, appliqué sur la plaie ou au-dessus d’elle, et maintenu par une bande assez serrée, sans l’être cependant au point d’étrangler le membre.

6" Si le blessé crache ou vomit le sang, il faut le placer sur le dos ou j>ur le côté correspondant à la blessure, la tête et la poitrine élevées, doucement soutenues, et lui faire prendre, par petites gorgées, de l’eau fraîche. Les plaies qui peuvent exister à l’extérieur et qui fournissent aussi du sang, seront fermées au moyen d’un linge fin posé sur elles, et d’un gâteau de charpie surmonté de compresses et d’un bandage. Des compresses trempées dans de l’eau fraîche pourront, en outre, être appliquées sur la poitrine ou le creux de l’estomac.

7“ Dans le cas de brûlure, il faut conserver et replacer, avec le plus grand soin, les parties d’épiderme soulevées ou en partie arrachées. On percera les cloques ou ampoules avec une épingle et on en

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fera sortir le liquide. On couvrira ensuite la partie brûlée d’un linge fin enduit de cérat ou trempé dans de l’huile d’amandes douces, et l’on placera, par-dessus ce linge, des compresses imbibées d’eau fraîche, que l’on arrosera fréquemment.

8” Dans le cas de foulure ou d'entorse, il faut plonger, s’il est possible, la partie blessée dans un vase rempli d’eau fraîclie et l’y maintenir pendant longtemps, en renouvelant l’eau à mesure qu’elle s’échauffe. Si la partie ne peut être plongée dans l’eau, il faut la couvrir ou l’envelopper de compresses imbibées d’eau, que l’on entretiendra fraîche an moyen d’un arrosement continuel.

9“ Dans le cas de luxation ou de déboitement, il faut éviter avec le plus grand soin de faire exécuter, au membre malade, aucun mouvement brusque et étendu, on se contentera de soutenir et de placer ce membre dans la position qui occasionne le moins de douleur au blessé, et l’on attendra ainsi l’arrivée du chirurgien.

10” Dans le cas de fracture, il faut éviter plus encore que dans le cas de luxation, d’imprimer au membre blessé aucun mouvement inutile. Pendant le transport du blessé, on doit le porter ou le soutenir avec la plus grande précaution.

S’il s’agit du bras, de l’avaut-bras ou de la main, on rapprochera doucement le membre du corps, et on le soutiendra avec une écharpe, dans la position qui sera la moins pénible pour le ble.ssé. Si le mal existe à la cuisse ou a la jaiiibe, il faudra, après avoir placé doucement Iq blessé sur un brancard ou sur un lit, étendre avec précaution le membre fracturé sur un oreiller, et l'y maintenir à l’aide de deux ou trois rubans, suffisamment serrés pardessus l’oreiller. On peut aussi, à défaut de ce moyen, rapprocher le membre blessé à côté du membre sain et les unir ensemble dans toute leur longueur, sans trop les serrer, mais de manière que le membre sain soutienne l’autre et prévienne le dérangement de la fracture. Un point important est de soulenir le pied et de l’empêcher de tomber au dedans ou au dehors.

i l" Dans le cas de syncope ou de perte de connaissance, il faut d abord desserrer les vêtements, enlever ou relâcher tous les liens qui peuvent comprimer le cou, la poitrine ou le ventre. On couchera ensuite le blessé horizontalement, la tête médiocrement élevée, et l’on s’efforcera de le ranimer au moyen de^ fortes aspersions d’eau fraîche sur le visage, de frictions sur les^ tempes on autour du nez avec du vinaigre. On pourra passer un flacon d ammoniaque sous les narines, sans l’y laisser séjourner. On fera des frictions sur la région du cœur avec de l’alcool camphré ou tout autre liqueur spiritueuse. Ces secoiu's doivent quelquefois être prolongés longtemps, avant de produire le l’appel à la \ ie. Si le blessé a perdu beaucoup de sang, et s il est froid, il faut pratiquer sur tout le corps, des frictions avec de la flanelle, le couvrir avec soin et réchaufler son lit. Lors([ue la syncope conuuence a se dissiper et que le blessé reprend ses facultés, on peut lui faire avaler de l’eau sucrée avec quelques gouttes d’eau .spiritueuse. Lorsque la perte de connaissance est accompagnée de blessures considérables au crâne, il faut se contenter

de placer le blessé dans la situation la plus commode, la tête médiocrement soulevée, maintenir la chaleur du corps, surtout des pieds, et attendre l’arrivée du médecin.

Si le blessé est dans un état d’ivresse qui paraisse dangereux par l’agitation extrême qu’il excite ou par l’anéantissement profond des forces qu’il détermine, ou peut lui faire prendre par gorgées, à quelques minutes d’intervalle, un verre d’eau légèrement sucrée, avec addition de 10 à 15 gouttes d’ammoniaque. Si l’on peut se procurer de l’acétate d’ammoniaque, cette substance, à la dose de 20 à 25 gouttes, devra être préférée à l’ammoniaque. L’administration de l’une ou de l’autre de ces préparations pourra être répétée une fois, s’il en est besoin.

Il importe de se rappeler qu’un nombre trop grand de personnes autour des individus blessés ou autres qui ont besoin des secours est toujours nuisible. P. L.

BLESSURE. — Chirurgie. — Dans son acception chirurgicale, le mot blessure est synonyme de plaie et comprend toutes les solutions de continuité, toutes les lésions locales survenant spontanément ou se développant à la suite d’une violence extérieure. (V. Plaie).

Médecine légale. — En médecine légale, le mot a une acception beaucoup plus étendue : il comprend non-seulement les contusions, les fractures, les brûlures, les commotions et toutes les plaies en général, mais encore certaines maladies internes; c’est ainsi que dans l’arrêt du 8 décembre 1859, prononcé par le tribunal de Lyon, l’inoculation de la syphilis a été considérée comme une blessure volontaire.

Et d’abord, voici les articles principaux de notre code relatif aux blessures.

Code pénal. — Art. 309. — Tout individu qui, volontairement, aura fait des blessures ou porté des coups, ou commis toute autre violence ou voie de fait, s’il est résulté de ces sortes de violences une maladie ou incapacité de travail personnel pendant plus de vingt jours, sera puni d’un emprisonnement de deux à cinq ans, et d’une amende de 16 francs à 2,000 francs. Il pourra en outre être privé des droits mentionnés à l’article 42 du Code pénal pendant cinq ans au moins et dix ans au plus, ii compter du jour où il aura subi sa peine. Quand les violence;! ci-dessus exprimées auront été suivies de' mutilations, amputation ou privation de l’usage d’un membre, cécité, perte d’un œil ou autres infirmités ])crmanentes, le coupable sera puni de la réclusion. Si les coups portés ou les blessures faites volontairement, mais sans intention de donner la mort, l'ont pourtant occasionnée, le coupable sera puni de la peine des travaux forcés ii temps.

Art. 310. — Lorsqu’il y aura eu préméditation ou guetapens, la peine sera, si la mort s’en est suivie, celle des travaux forcés il perpétuité; si les violences ont été suivies de mutilation, amputation ou privation de l’usage d’un membre, cécité, perte d’un œil ou autres infirmités permanentes, la . peine sera celle des travaux forcés à temps.

Art. 311. — Lorsque les blessures, ou les coups ou autres voies de fait n’auront occasionné aucune maladie ou incapacité de travail personnel mentionné îi l’article^ 309, le coupable sel'a puni d’un emprisonnement de six jours' k deux ans et d’une amende de 16 francs à 200 francs, ou de l’une de ces deux peines seulement. S’il y a eu préméditation ou guet-apens, l’emprisonnement sera de deux ans k cinq ans et l’amende de SO francs k 300 francs.

Art. 319. — Quiconque, par maladresse, imprudence, inat-

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fiitiuii, négligence ou inobseivation des rfeglenients, aura coiuuiis involoulairement un homicide, ou en aura été involontairement la cause, sera i)uni d’un emprisonnement de trois mois h H ans et d’une amende de ,o0 francs à 600 francs.

Art. 320. — S’il n’est résulté des défauts d’adresse ou de précaution que des blessures ou coups, le coupable sera |)uni de six jours à deux mois d’emprisonnement, et d’une amende lie 16 francs Ji 100 francs, ou de l’une de ces deux peines seulement.

Art. .321. — Le meurtre ainsi que les blessures et les coups sont excusables, s’ils ont été provoqués par des coups ou violences graves envers les personnes.

Art. 322. — Les crimes et délits mentionnés au précédent article, sont également excusables s’ils ont été commis en repoussant pendant le jour l’escalade ou l’effraction des clôtures, murs ou entrée d’une maison, ou d’un appartement habité, ou de leurs dépendances.

Art. 328. — 11 n’y a ni crime ni délit lorsque l’homicide, Il ^ blessures ou les coups étaient commandés par la néces- .^ilé actuelle de la légitime défense de soi-même ou d’autrui.

Code civil. — Art. 1382. — Tout fait quelconque de riiomme qui cause k autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer.

Art. 1383. — Chacun est responsable du dommage qu’il a causé, non seulement par son fait, mais encore par sa négligence ou par son imprudence.

Art. 138i. — On est responsable, non seulement du dommage que l’on cause par son propre fait, mais encore de celui qui est causé pur le fait des personnes dont on doit répondre ou des choses que l'on a sous sa garde.

Cet exposé de la législation montre l’importance do cette branche de la médecine légale qui a rapport aux coups et blessures. La distinction établie par la lui entre ces différents crimes et délits repose, comme l’a dit le professeur lourdes, sur trois bases principales : l'intention, la qualité des personnes et le dommage-intérêt.

La loi n'a pas défini ce qu’on devait entendre par blessure et par coup. « Par l’expression générique des blessures, on doit entendre toute lésion, quel- (jue légère qu’elle soit, ayant pour résultat d’intéresser le corps ou la santé d’un individu. » (Arrêt (lu tribunal de Lyon, 8 et 15 décembre 185!)). Parmi (•(‘S lésions sc placent les plaies, contusions, fractures, brûlures et même l'inoculation de certaines affections virulentes. 11 est assez difficile d’établir jine distinction hanchée entre la blessure et le coup, néanmoins on peut- dire que le coup est un clioc, une violence qui n’a pas causé de blessure.

La constatation du dommage matériel qui résulte de l'incapacité de travail, de la perte d’un membre, etc., a une grande importance en médecine legale. Dans les cas de blessures par imprudence, c’est le plus souvent d’après les con.statations du médecin qu'on fixera les dommages à actfnrder à une personne lésée. Les articles 309 et suivants, qui formulent des peines spéciales lorsqu'il y a eu des infirmités permanentes ou incapacité de travail pendant plus de vingt jours, ouvrent également un champ très vaste à la médecine légale.

Dans les classifications qu’ils ont faites des blessures, les niédecins légistes ont dû s’appuyer plutôt sur le degré de gravité que sur la nature même de. la lésion. C'est ainsi que, 'se basant sur notre législation pénale, ils ont divi.sé les blessures en légères, graves et mortelles. Dans la prenàère catégorie se plaçaient nécessairement celles qui n’entraînaient

pas aac incapacité de travail de plus de -IQ Jours; dans la seconde, celles qui occasionnaient une incapacité de travail de plus de 20 jours; et enfin, dans la troisième, It^s blessures qui occasionnaient la mort apres une maladie plus ou moins longue.

MM. Briand et Chaudé ont établi une importante distinction dans la catégorie des blessures graves. Dans un premier genre ils jilacent les blessures coniplèlement curables et qui ne laissent après leur guérison aucune infirmité ni dérangement de fonctions: dans le second, les blessures incomplètement curables et qui entraînent nécessairement des infirmités ])ennanentes ou temporaires. Cette distinction a une importance capitale, puisque, ainsi que nous l'avons déjà dit plus haut, c’est du plus ou moins de gravité de la blessure que résulte l’application ]dus ou moins sévère de la loi, ain.si que la fixation des dommages-intérêts.

Tardieu a proposé une marche différente pour la constatation des blessures. « Il nous paraît infiniment plus simple, disait-il, de prendre pour base de l’étude des coups et fdessures l’objet de la mission de l’expert défini par les termes mêmes dont se sert le magistrat qui fait appel à ses lumières en le chargeant : 1" de visiter le blessé et de reconnaître l'état où il se trouve ; 2” de constater la nature et les Itlessures ; 3° leurs causes ; 4° les conséquences qu’elles pourront avoir; ou, en cas de mort, de procéder à Texamen du cadavre, déterminer les causes de la mort et dire si elle est la suite de blessures ; 5'’ d’établir les circonstances dans lesquelles les coups ont été portés. »

Des blessures produites pendant la vie ou après la mort. — Il arrive souvent que l’assassin pour donner le change sur la nature de son crime et entraver l’action de la justice, produit des lésions sur le cadavre avec des instruments à feu ou tranchants, le dépèce ou le précipite dans un puits ou dans tout autre lieu. 11 peut arriver dans ce dernier cas, que la chute ait produit des lésions dont l’expert sera appelé à constater la nature.

On verra au mot contusion, que la contu.sion produit sur le vivant, au bout de quelques heures, une ecchymose, une tache bleue, noire ou rouge livide, due à l’extravasation du sang hors des capillaires. Or, ce phénomène, n’a pas lieu sur le cadavre. Si la contusion est faite peu d'iieures après la mort, on observe Itien une certaine coloration, mais le sang n’est pas infiltré dans le derme et ne forme qu’une couche mince et fluide. Si la contusion a lieu plusieurs lieures après la mort, elle ne produit plus sur la peau qu’un peu de sécheresse et un aspect parcheminé.

MM. Briand et Chaudé ont parfaitement décrit l’aspect de la contusion sur le vivant et sur le cadavre : « Lorsqu’on rencontre une tumeur violacée, soit rénitente, soit fluctuante, mais élastique; lorsque le derme incisé se trouve infiltré de sang dans toute son épaisseur, que les aréoles du tissu cellulaire en sont remplis ou que le fluide est contenu en un foyer, mais que dans l'un ou l'autre cas il est dense, épais, coagulé, il y a presque certitude que -ces lésions ont été faites pendant la vie. Si, au contraire, la peau présente une coloration violacée, sans gonflement ou avec gonflement à

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