‹ Dictionnaire populaire de médecine usuelle d'hygiène publique et privéeChapitre 92 sur 238 · GA F · texte numérisé non relu

GA F

pas tous les jours des hommes quitter leur maison de bon malin après avoir mangé un morceau à la hâte, sc rendre à la ville voisine pour affaires, prendre simplement une tasse de café et ne rentrer que le soir à l'heure du dîner, sans qu’aucun besoin impérieux do satisfaire leur appélit se soit présenté pendant ce long espace de temps.

Dans ces dernières années, l’usage du café a pris une si grande extension qu’on peut le considérer comme faisant partie intégrante de notre alimentation. Dans les grands centres de population le pauvre prend son café aussi bien que le riche ; et, avec jiisb' raison, car cette boisson parfumée vient en aide aux digestions laborieuses, facilite les travaux du corps aussi bien que ceux de l'esprit, préserve l’économie de l’atteinte des miasmes putrides qui sont sans cesse en effervescence dans les citées populeuses. En temps d’épidémie, l’infusion du café, à l’instar des liqueurs alcooliques, prise le matin et à doses élevées, constitue un préservatif tellement efficace que le gouvernement l’a adopté pour les armées en campagne.

Le bon café étant le plus agréable et l’un des meilleurs excitants que l’on connaisse, on conçoit aisément que la thérapeutique ait cherché à en retirer son profit dans maintes circonstances. L’une des premières maladies traitées avantageusement par le café sont les fièvres intermittentes. Pouqueville raconte que les habitants de la Morée les guérissent infailliblement avec un mélange de café et du suc de citron. Cet effet pourrait s’expliquer par la propriété qu’auraient de liantes doses de caféine de ralentir les mouvements du cœur et d’abaisser la température. Avouons pourtant que l’action du sulfate de quinine lui est de beaucoup supérieure. Les céphalalgies, les migraines, surtout celles qui surviennent après le repas, sont journellement traitées et guéries par cet agent. ,

Si, comme nous l’avons dit ailleurs, le café diminue l’urée et l’acide urique, en faisant prendre cette boisson aromatique à des goutteux et â des calculeux nous devons soulager leur affection, c’est ce qui est arrivé en effet, et l’on avait le droit de s’y attendre, car la gravelle et la goutte sont inconnues en Turquie, aux .Vntilles, dans les colonies où l’on prend le café à toutes les heures de la journée. Il faut du reste supprimer la bonne chère si l’on veut que le médicament conserve toute son efficacité.

On a encore vanté le café contre l’asthme, la coqueluche, la fièvre lypho’ide, le choléra, la hernie étranglée; ce qu’on peut dire de plus certain à ce sujet, c’est que ce remède est véritablement utile dans toutes les maladies caractérisées par la prostration, la somnolence, la stupeur, le coma, et qu’il est conlre-indi(jué contre l’insomnie, l’ataxie, l’hypochondrie et le nervosisme. Le café au lait pris le matin à jeun est un toni-nutritif excellent dans l’anémie, la chlorose, les convalescences longues, mais il a l’inconvénient de provoquer des pertes blanches chez les femmes qui en abusent.

11 est encore un autre cas où le café rend les plus signalés services, c’est dans l’empoisonnement par l’opium et les autres narcotiques. Quatre à cinq gouttes de laudanum pris par la bouche ou en lavements suffisent pour plonger des enfants, même

d’un certain âge, dans un coma stertoreux des plus effrayants; 10 ou 20 centigrammes d’extrait théba’ique donnés d’emblée causent souvent à la personne qui les a ingérés un assoupissement mortel. De fortes doses d’émétique sont incapables de provoquer des vomissements et avec lui l’expulsion du poison; il n’y a pas de temps à perdre, l’infusion de café noir donnée à des proportions très élevées triomphera de la torpeur dangereuse qui accable le malade et le ramènera promptement à la santé et à la vie.

Qu’il soit cru ou vert, qu’il soit brûlé ou noir, le café peut se manger en grains ou se prendre en poudre à la dose de 1 à 2 grammes par jour ; mais il est rarement utilisé de cette manière. Le plus souvent on se sert du café torréfié et moulu que l’on emploie en infusion aqueuse. Cette infusion, préparée par lixiviation, se boit généralement seule avec ou sans sucre, chaude ou froide; d’autres fois, elle se mêle à d’autres produits médicamenteux fades, amers, désagréables à prendre, pour en masquer le mauvais goût : huile de ricin, sulfate de quinine, sulfate de magnésie, etc. Dans tous ces cas, le café sert de véhicule et de correctif, comme il sert de véhicule et de correctif pour un bon nombre d’autres médicaments.

La caféine donnée à la dose de 20 centigrammes à 1 gramme par jour en poudre, potion, pilules, lavements, n’offre pas les avantages du café et est par cela même peu employée, malgré les bons effets qu’en auraient retiré certains praticiens dans la migraines, les névralgies, les fièvres intermittentes.

!)'■ Marc Camboulives.

Falsifications du café. — On ne compte plus, tant leur nombre est considérable, les falsifications diverses dont le café est chaque jour l’objet. Ces falsifications peuvent porter : — 1. Sun le café ex GUAiNs; — IL Scr. le café torréfié en grains; — III. Sur le café moulu en poudre; — IV. Enfin sur

Page 1