Livre à la plus douce tutelle Sou enfant jadis délaissé
La crèche a son double but non moins moral que social : Secours à Cenfance qu’elle protège contre les étreintes de la mort ; — Aide à la mère pour qu’elle puisse gagner le pain de chaque jour, en lui assurant la liberté des heures de travail, sans que la famille ait à souffrir de séparations prolongées, san altérer par suite les liens familiaux :
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- La plupart des crèches exigent, pour l'admission des enfants, une rétribution dite maternelle, qui, à Paris, est généralement de 20 centimes pour un enfant et, dans les départements, de 10 centimes. Quelques-unes sont entièrement gratuites.
Organisation administrative. — Ces institutions charitables sont régies par un règlement approuvé, le 30 juin 1862, par le ministre de l’intérieur, et dont voici les principales dispositions.
Les enfants sont reçus à la crèche peu après la naissance et jusqu’à ce qu’ils soient en âge d’entrer à la salle d’asile. Ils ne peuvent y être gardés pendant la nuit.
Les enfants sevrés seront séparés autant que possibles de ceux qui ne le sont pas.
La saUe ou les salles affectées à la garde des enfants doivent contenir au moins huit mètres cubes d’air par chaque enfant. Elles doivent être éclairées par des fenêtres qui se correspondent, à châssis mobiles, en tout ou partie, ou offrir des renouvellements d’air artificiels.
Toute crèche doit être pourvue d’un promenoir à ciel découvert, ou au moins d’une cour, d’un balcon ou d’une terrasse.
Nulle crèche ne peut être ouverte avant que le préfet dans les départements, le préfet de police à Paris, ait fait constater qu’eUe réunit les conditions de salubrité ci-dessus prescrites. L’arrêté préfectoral qui en autorisera l’ouverture fixera le nombre d’enfants qui pourront y être réunis.
Les crèches sont exclusivement tenues par des femmes.
On ne doit admettre à la crèche que des enfants en état de santé et qui ont été vacciné ou dont les parents consentent à ce qu’üs le soient dans le plus bref délai. Un médecin doit la visiter chaque jour.
Avantages de la crèche. — La crèche a le grand avantage de favoriser l’allaitement maternel, tout en permettant à la mère de ne pas abandonner son travail. La crèche fait, de plus, office d’école de la maternité, puisque la mère y apprend, par de sages conseils qui lui sont donnés, comment elle doit soigner son enfant. Ces institutions préservent donc un grand nombre d’enfants de la mort comme aussi d’infirmités ou de maladies incurables. A l’appui de cette affirmation, nous citerons quelques faits : le congrès d’hygiène tenu à Bruxelles en 1876 a émis un vœu en faveur de la propagation des crèches, qu’il considère comme l’un des moyens les plus propres à réduire la mortalité infantile. Le même vœu a été formulé par le congrès international de la proteêtion de l’enfance qui s’est réuni, à Paris, en 1883. De son côté, le D' Alexandre Mac’Cook Weir, de Nottingham, dans un ouvrage publié sous le titre de « Plaidoyer your les nourrissons et pour les jeunes délinquants », demande que des crèches-écoles gardiennes, calquées sur le modèle de celles qui existent en Belgique, soient créées en Angleterre sous la sanction et sous le contrôle du gouvernement. Ces établissements, ajoute-t-il, prépareraient les enfants à une vie laborieuse et utile au lieu de les former pour le crime. En outre, ils tendraient à détrmre l’ignorance des lois de l’hygiène, si générale aujourd’hui. En améliorant l’alimentation, les vêtements, l’éducation des enfants, ils seraient le pro¬
phylactique par excellence de la mortalité qui leg décime.
Critiques dirigées contre la crèche. — Malgré sa réelle utilité et son caractère essentiellement moralisateur, la crèche, véritable auxiliaire de la famille, a compté de nombreux détracteurs; mais toute idée nouvelle ne rencontre-t-elle pas des obstacles ? Plus cette idée est réalisable, plus elle doit servir l’intérêt général, plus forte et plus persistante n’est-elle pas l’opposition ?
Une seule objection qui soit sérieuse est celle qui reproche à la crèche de propager les maladies de l'enfance, en raison même de l’agglomération des enfants.
Cette critique eut un tel retentissement que, dès le 13 mai 1863 (neuf ans après la fondation de la première crèche), le ministre de l’intérieur se fit un devoir de saisir officiellement de son examen le Conseil d’hygiène publique et de salubrité du département de la Seine. Ce ministre voulut s’entourer des renseignements les plus précis et des éléments d’appréciation les plus incontestables.
Une commission de sept membres — formée de MM. Devergie, médecin de l’hôpital Saint-Louis, Guérard, médecin de l’Hôtel-Dieu, Boutron, membre de l’Académie de médecine, le D' Flandin, Soubeyran, professeur à l’Académie de médecine, Trébuchet et Vernois, médecin de l’hôpital Necker, ce dernier rapporteur — fut chargée de visiter, personnelle- . ment, toutes les crèches situées dans le département de la Seine. .
Ce conseil demanda, en outre, aux commissions spéciales d’hygiène instituées dans les arrondissements, un rapport sur l’état de chaque crèche depuis sa fondation.
C’est dans ces renseignements, recueillis avec le plus grand soin et rapprochés de ses propres investigations, que le Conseil d’hygiène publique et de salubrité a puisé les éléments de sa réponse. Le rapport de M. le D' Vernois fut adopté à l’unanimité par le Conseil, après mûre délibération.
L’examen du Conseil devait porter sur les points suivants. :
1“ Les locaux affectés aux crèches sont-ils insalubres ?
Réponse : « En général, les locaux occupés par les crèches sont salubres ; quelques-uns sont même, sous ce rapport,' admirablement disposés ;
2“ V agglomération des enfants en bas âge leur est-elle nuisible ?
Réponse : « Toutes les conditions d’espace, d’aération et de propreté se trouvant réunies, et elles le sont presque toujours, on peut affirmer que l’agglomération dans les crèches n’est pas nuisible aux enfants qui y sont admis ;
3" La transition du chaud au froid qui a lieu, matin et soir, pour apporter l'enfant à la crèche et le ramener chez sa mère, est-elle dangereuse ?
Réponse : « Cette transition n’est pas dangereuse, ni en principe, ni en fait ;
4“ Le développement d'affections contagieuses estil à craindre ?
Réponse ; « Le développement d’affections contagieuses n’est pas à craindre dans les crèches, puisqu’on n’y admet aucun malade et que les enfants
sont visités, chaque fois, à leur arrivée, par un médecin. U n’y a donc pas à redouter plus pour les crèches que pour d’autres établissements qu’eUes puissent, par elles-mêmes ou pour des causes liées au contact ou rassemblement des enfants, devenir ^ foyer de contagion ;
5» Existe-t-il -pour les enfants une institution préférable à la crèche ?
^ Réponse : « Si l’on ne considère que le côté pratique de la question, on peut répondre immédiatement qu’aujourd’hui, dans le département de la Seine, il n’y a pas d’établissements plus utiles que les crèches aux enfants des mères qui ne peuvent vivre que de leurs propres bras. 11 n’y a eu qu’une' voix dans la Commission pour reconnaître, en principe, l’utilité des crèches. »
La nécessité de la crèche se trouve donc plus qu’affirmée, comme on le voit, par les déclarations de la science médicale.
Situation actuelle de l’institution. — Le nombre de crèches qui fonctionnent actuellement est de 180 pour la France et l’Algérie. Le département de la Seine en compte 50, dont 33 à Paris et 17 dans la banlieue.
On peut évaluer à près de douze cent mille le total des journées de présence, produites par les enfants qui fréquentent annuellement les crèches, et à huit cent mille francs environ le chiffre des dépenses effectuées pour ses œuvres, dans l’intérêt de leurs pupilles.
Quelques-unes des plus importantes de ces institutions ont été reconnues comme établissements d’utilité publique.
Les subsides des villes et des départements, les dons de la charité privée, constituent les principales ressources des crèches. Le ministre de l’intérieur, sous le contrôle duquel sont placées ces œuvres, accorde des subventions à celles qui lui paraissent dignes de sa sollicitude, d’après l’examen de leurs comptes annuels.
On a longtemps discuté la question de savoir s’il convenait d’accueillir dans lés crèches les enfants 7iés hors mariage.
La règle qui semble avoir prévalu à cet égard est celle qui fait dépendre l’admission de l’enfant de la bonne conduite de la mère. Notre sentiment personnel est conforme à une large application donnée à ce principe. 11 ne faut pas perdre de vue que la malheureuse qui implore en faveur de son enfant témoigne ainsi de son amour maternel et qu’elle devient, par suite, digne d’intérêt et de commisération. Cette hospitalité accordée à son nourrisson sera certainement pour elle un appui moral des plus précieux pour l’encourager à racheter sa faute. Repousser l’enfant naturel serait un acte contraire au principe immuable de la solidarité humaine.
^ La plupart des crèches de Paris sont ouvertes à cinq heures du matin et fermées à huit heures et demie du soir. 11 est très important que le règlement intérieur de chaque crèche fasse concorder les heures d’ouverture et de fermeture avec celles des ateliers du voisinage ; autrement le principal but de 1 institution ne serait pas atteint.
Pour tout ce qui concerne l’hygiène de la crèche, 1 alimentation et les soins à donner aux enfants,
les médecins devront toujours être consultés. Ce sont la, en effet, des questions très importantes au point de. vue de la santé de l’enfant.
Nous pensons que l’enfant devrait être gardé temporairement, nuit et jour, à la crèche, dans certains cas exceptionnels, et notamment lorsque la mère est malade soit à l’hôpital, soit même à domicile.
Nécessité de la propagation des crèches. — Il serait à désirer que des crèches fussent établies partout où la création en serait jugée nécessaire. Ce vœu, à la fois patriotique et humanitaire, a été formulé par M. Alphonse Karr dans une étude sur l’institution des crèches, insérée au Moniteur universel, . dont nous reproduisons l’extrait qui suit : « Il importe que les crèches soient assez multipliées pour ne manquer nulle part à aucun enfant ayant besoin d’y être admis. L’enfant aUaité par sa mère et soigné à la crèche, passant de la crèche à l’asile, de rasüe à l’école primaire, de l’école primaire à l’atelier, suivi partout par la tutelle toute maternelle de la patrie, de la société, deviendrait un ouvrier honnête, instruit, sobre, habile, laborieux, utile, heureux, aimé. »
Comme je l’ai dit, la propagation des crèches est lente parce que de telles créations ont été, jusqu’ici, laissées à l’initiative privée qui dispose rarement des moyens d’actions indispensables pour en assurer la réalisation. Le développement si nécessaire de l’institution ne pourrait donc être obtenu que si les villes entraient dans la voie de fondation -de crèches municipales, à l’exemple de ce qui vient d’être fait à Saint-Étienne, où la municipalité n’a pas hésité à s’imposer de lourds sacrifices pour doter ce centre industriel de huit crèches, dont cinq sont déjà ouvertes et reçoivent près de cent enfants.
Les crèches municipales pourraient être facilement installées dans un local dépendant de la commune, et il serait pourvu à leur entretien par le budget communal aidé des subventions de l’État. Il s’agit, en effet, d’une œuvre essentiellement communale, puisque la crèche se substitue, dans une mesure assez large, à l’action du bureau de bienfaisance en facilitant le travail des mères, en affermissant la santé des enfants. Par les services qu’elles rendent, les crèches méritent, au premier chef, de devenir des établissements publics communaux.
Le développement de l’institution des crèches est un moyen de faire obstacle à la dépopulation de la France, qui provient, suivant la triste parole de Michelet, de ce que «le berceau est, pour un nombre énorme d’enfants, un petit moment de lumière entre la nuit et la mort. » Tmgvkt de Beaumont.
CRÉMASTER. — Nom donné à la quatrième des enveloppes qui forment les bourses ou scrotum, et dont Faction consiste à soulever les testicules et à les rapprocher de l’anneau inguinal (V. Scrotum).
CRÉMATION. — Parmi les questions d’hygiène publique qui se rattachent à la meilleure installation possible des cimetières, ü n’en est pas de plus importante que celle de la destruction des
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corps par le feu. Les appareils modernes permettent d’obtenir l’incinération complète en moins de 2 heures, en réduisant à une poignée de cendres, de 2 à 3 kilog., le poids initial d’un corps de moyenne taille (de 45 à 50 kilog.). Voulant exposer la question dans son ensemble, nous allons passer très rapidement en revue : la raison d’être de la crémation ; son historique : les objections qu’on lui oppose ; les procédés techniques ; l’avenir prochain qui lui est réservé.
Sa raison d’être. — A toutes les époques de l’histoire, et chez tous les peuples civilisés, les hygiénistes et les législateurs se sont préoccupés de ce terrible point d’interrogation : Que faire des morts? La terre étant le réservoir commun des sources de la vie, par une loi inéluctable de la nature, tout ce qui a vécu doit mourir, et tout ce qui meurt doit se transformer en nouveaux principes de vie. L’enterrement des corps s’est tout d’abord imposé comme une exigence fatale de cette métamorphose, car on espérait, par ce moyen, rendre à la terre les phosphates, les carbonates, et tous les éléments fécondants que contenaient ces cadavres.
Plus tard, pour combattre l’insalubrité de l’air des cimetières, et de l’eau potable qui les traversent, l’homme a tenté de soustraire sa dépouille mortelle à la loi de décomposition lente et putrive des corps, et d’obtenir d’une manière plus rapide, au moyen des procédés de la crémation, les produits gazeux et solides , indispensables à la vie des plantes comme à celle des animaux.
Historique. — Chez les peuples de l’aiitiquité, l’incinération constituait un honne'ur suprême rendu aux héros et aux grands hommes (Homère).
Les Étrusques et les premiers habiiants du Latium incinéraient leurs cadavres (Virgile).
Les Germains livraient aux flammes les corps de leurs illustres chefs (Tacite).
Les Hébreux ont incontestablement connu et pratiqué la crémation (Livre des Rois).
Les Romains commencèrent par incinérer leurs morts, mais pendant la période de décadence de l’Empire, les cérémonies funèbres se modifièrent comme toutes les autres institutions politiques et sociales.
Au moment de l’apparition du Christianisme, les premiers fidèles déposaient leurs cadavres dans les catacombes, mais au V® siècle, les Pères de l’Église repoussèrent l’incinération parce que les Païens y attachaient l’idée de la purification corporelle et morale.
Pendant de longs siècles, l’incinération, reléguée dans, les coutumes de l’extrême Orient, n’arriva à la connaissance de l’Europe civilisée que par les récits des voyageurs ; mais un vaste mouvement d’opinion, en sa faveur, se fit en France vers la fin du XVIII* siècle, lorsque se posa la grande question des sépultares nationales. A ce moment, le conseil des Cinq-Cents ne rejeta qu’à une faible majorité la loi qui admettait la liberté du choix entre l’inhumation et la crémation.
En 1800, le comte Frochot, préfet de police, l’autorisait en ces termes : « Les derniers soins à rendre aux dépouilles humaines sont un acte religieux.
dont la puissance publique ne pourrait prescrire le mode, sans violer le principe de la liberté de« opinions. » ®
Toutefois, il faut arriver aux années 1870-1871 pour voir, dans toute l’Europe, le réveil de la ré forme hygiénique de la crémation.
Cest en Allemagne qu’ont été opérées les pre mieres incinérations sous le contrôle scientifique et avec des appareils perfectionnés (Crématoire de Gotha, système Siemens).
L’Italie, qui avait agité la question de la réforme dans les Congrès scientifiques de Florence, de Rome et de Turin, obtenait bientôt, dans son Code sanitaire l’insertion d’une clause en faveur de la crémation facultative, et c’est en janvier 1876 qu’avait lieu, à Milan, celle du baron Albert Keller, au moyen du procédé PoUi-Clericetti. Actuellement des crématoires sont installés à Lodi, Crémone, Venise, Padoue, Ronie, et il n’y a pas de semaines où l’on ne voie fonctionner les 2 fours crématoires du cimetière monumental de Milan.
Aux États-Unis on compte, à cette heure, trois centres d’incinération, dont le premier créé par le docteur Lemoyne, est situé à SaUows-Hills, près de Washington.
En Angleterre, sous la puissante initiative de sir Henry Thompson, a été inauguré le crématorium de Woking (Surrey), construit sur les plans de Gorini et de William Lassie.
La Belgique préconise, avec MM. Kuborn et Jacques, un système d’incinération, par voitures roulantes, applicable aux animaux morts d’affection contagieuses, et aux grandes agglomérations de cadavres à la suite des grandes batailles. ,
En Suisse, en Autriche, en Hollande, dans les pays Scandinaves, ont été organisées des sociétés de crémation ayant pour but de poursuivre légalement sa réalisation.
La France , un moment distancée par les nations voisines, tend à prendre sa place d’avant-garde. De vaillants publicistes ont pris en main le drapeau de la réforme, et leurs aspirations ont trouvé un puissant écho au sein du Conseil municipal de Paris par l’organe de MM. Ilérold, Cadet, de Hérédia, Morin, Level, etc. « Nous autres. Français, écrivait naguère ce dernier, nous sommes ainsi faits : les idées, ce pollen de l’intelligence que nous semons dans le monde entier, germent chez les autres peuples, et nous reviennent avec une substitution de paternité. »
Ajoutons ici qu’un projet de loi autorisant la crémation facultative, présenté à la Chambre des députés par M. P. Casimir Périer, dans la séance du 8 avril 1882, a déjà été l’objet d’un rapport favorable de la commission parlementaire et n’attend plus que les honneurs de la discussion publique.
Voici le projet de M. Casimir Périer :
Alt. 14a — Tout citoyen pourra, par acte de dernière Tolonté, décider que son corps sera soumis a la crémation, au lieu d’être inhumé dans les conditions usitées jusqu’à ce jour. A défaut de l’expression de la volonté personnelle, toute famüle ou toutes personnes qualifiées à cet effet, auront le droit de faire procéder a la crémation du corps de la personne décédée.
Art. 2. — En cas d’opposition fondée sur quelque motif