‹ Dictionnaire populaire de médecine usuelle. tome 1Chapitre 19 sur 206 · B8 AGO · texte numérisé non relu

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blême de la chasteté dans l’antiquité (aYvu;, chaste). Cette plante, et principalement son fruit, ont été jadis prônés comme jouissant de fortes propriétés antiaphrodisiaques. On peut lire dans Pline, que pendant les fêtes de Gérés, les belles Athéniennes vouées au célibat, paraient leurs couches d’Agnus Castus pour en éloigner les rêves voluptueux. Le D' Fonssagrives a lu dans Eustache et Matheus Sylvaticus, que les lits d’Agnus Castus ont été en usage dans certains couvents d’hommes. Aujourd’hui cette plante est tombée dans l’oubli et l’on ne croit plus à ses vertus, malgré Arnaud de Villeneuve qui prétend qu’il suffisait pour « apaiser les aiguillons de la chair, » de porter dans sa poche un simple couteau dont le manche était fait avec du bois d’Agnus Castus. D' Paul Labarthe.

AGONIE. — Ce mot vient, dit-on, de aytiv, combat, et il implique la lutte suprême de la vie contre la mort. Et là-dessus, la plupart des auteurs s’en vont en guerre, faisant ressortir la fausseté de l’idée, plus théâtrale que médicale, affirmant qu’il n’y a pas de lutte, puisque l’organisme est terrassé et la mort victorieuse, etc., etc.

• La vérité — qu’il faut pourtant établir, même contre Littré et l’Académie — est que le mot « agonie », ayant pour racine aytiv, vient de l’italien agonia : ce que l’on savait. Mais ce qu’on n’avait pas assez remarqué, c’est que l’italien agonia est le mot grec àyuvta, qui prit très vite la Signification de crainte^ düangoisse, « comme celle qui vous saisit avant d’aller au combat ». Le dictionnaire italien d’Alberti (édition de 1828) définit Y agonia : « l’angoisse, l’anxiété née d’une crainte excessive, et à proprement parler cette torture qu’on éprouve à l’approche de la mort.» Peu importe que dans des éditions récentes, on retrouve l’erreur accréditée depuis : c’est ici le véritable sens, auquel est venue se substituer depuis quelque temps l’idée de combat. « L’àywvta, dit Aristote, c’est la crainte qui vous saisit au moment d’entreprendre quelque œuvre sérieuse. » Là est l’idée réellement contenue, au point de vue étymologique, dans l’expression moderne : l’agonie, c’est la terreur et l’angoisse qui étreignent le commun des hommes au moment d’entreprendre le grand voyage et d’aller visiter, comme dit Hamlet :

The undiscover'd country from nhore boum

No traveller retums :

« Le pays inconnu d’où l’on n’a jamais vu revenir un voyageur. » Comme cela s’observe quelquefois, et contrairement au cas ordinairè, c’est le sens figuré, abstrait, qui s’est appliqué plus tard à un fait positif et concret. C’est ce fait qu’il faut maintenant étudier, après avoir montré que l’étymologie véritable était parfaitement logique et rationnelle.

L’agonie n’est nullement définie, jusqu’ici, au point de vue physiologique el médical. Un grand nombre de médecins ont pris le mot dans le sens où le public l’entend quelquefois et ont décrit sous ce titre Pasphyxie avec perte complète de connaissance qui termine un certain nombre de maladies, toutes ces descriptions étant d’ailleurs très récentes ;

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car ni en grec, ni en latin, on ne trouve de mot propre et particulier comme synonyme de celui-ci. D’autres savants, non moins autorisés, tout en posant en principe la perte absolue de connaissance, ne manquent pas de raconter ensuite comment tel sens se conserve, comment certains malades manifestent avec éclat leur intelligence, etc., etc. En somme, on a été chercher le mot dans le langage commun, et après s’être fourvoyé complètement au sujet de son étymologie, on n’est pas arrivé à lui donner une signification précise, véritablement scientifique.

11 faut prendre l’expression « agonie » dans son sens le plus large et dire que c’est Y état d/'S moribonds, commençant d’ordinaire avec le ralentissement de la circulation périphérique. Peu importe les cas d’agonisants ou soi-disant tels rappelés à la vie : c’était une fausse agonie, une asphyxie non mortelle.

Il y a des ce.s de morts subites dans lesquelles l’agonie fait complètement défaut : ces hommes favorisés s’en vont de vie à trépas sans passer par la transition terrible, par l’état de moribond. Tel fut le sort de Diderot. Malade depuis quelque temps, il paraissait aller mieux : il s’était mis à table et venait de dîner. « Il prit un abricot, raconte sa fille ma mère voulut l’empêcher de manger ce fruit. — « Mais quel diable de mal veux-tu que cela me fasse?» — Il le mangea, appuya son coude sur la table pour prendre quelques cerises en compote, toussa légèrement. Ma mère lui fit une question ; comme il gardait le silence, elle leva la tête, le regarda : il n’était plus. » De pareilles morts arrivent par l’intermédiaire de la syncope, ordinairement dans les affections du cœur et des gros vaisseaux, comme c’était le cas chez le grand philosophe, affligé d’une hypertrophie compliquée d’un épanchement pleural. La mort subite, sans agonie, se voit aussi dans les grands traumatismes, dans les apoplexies cérébra les ou pulmonaires avec épanchement énorme, etc.

Mais le plus souvent, à la suite des maladies chroniques ou aiguës, l’agonie — le temps pendant lequel se manifestent les signes précurseurs de la mort — se prolonge pendant des heures, quelquefois, quoique rarement, pendant des jours.

Cela s’annonce souvent par des gestes automatiques : le malade ramasse ses couvertures, agite les mains; souvent, quand l’intelligence est conservée, il repousse aucontraire les draps qui le couvrent, comme s’il étouffait. Puis on voit, quand l’instant fatal est proche, les sjouptômes de la dernière maladie se compliquer de l’anéantissement progressif de toutes les fonctions. Dans le cas même où il ne s’agit pas d’une affection cérébrale, les sensations disparaissent successivement. C’est d’abord Yodorat, puis le goût, la vue; souvent les mourants se plaignent d’un nuage, d un brouillard qui s’étend devant leurs yeux, ou s’écrient, comme Gœthe : « De la lumière! » Voiiie persiste plus longtemps. La sensibilité de la conjonctive disparaît la dernière : la perte du mouvement réflexe des paupières annonce la mort. Vintelhyence s’éteint par degrés : les perceptions deviennent de plus en plus obtuses, et le patient paraît indifférent à ce qui l’entoure. Il se produit une anesthésie relative, de sorte que le moribond souffre

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moins et accuse parfois un soulagement trompeur. Dans certains cas, la conscience persiste jusqu’à la fin, quoique avec des obscurcissements passagers : cela se voit surtout lorsque le cerveau est intact, chez les âmes fortement trempées, chez ceux qui ont cultivé spécialement leurs facultés cérébrales. Le plus souvent le délire survient, et, d’une façon générale, il ne faut pas attacher d’importance aux déclarations , promesses et soi-disant conversions des mourants : dans cet état troublé de la conscience, au milieu de l’affaissement des facultés, il n’y a pas à tenir compte de ces défaillances qui, parfois, donnent un démenti à toute une vie. Ces défaillances jsont rares, hâtons-nous de le dire, même dans ces moments-là, chez les hommes d’intelligence et de conviction ; au sein du délire même, il y a persistance des idées habituelles, et parfois il échappe au moribond des mots remarquables, des appréciations exactes et caractéristiques qui ne manquent pas d’impressionner vivement les assistants : comme lorsque Armand Carrel, en proie aux hallucinations de la fièvre suscitée par la péritonite qui l’emportait, s’écria quelques instants avant d’expirer : « La France, peut-être, se souviendra de moi ! » Ce sont des faits de ce genre qui ont fait croire au don de seconde vue et de prophétie attribué aux mourants {vaticinatio morientium) : dans la plupart des cas, il s’agit de conceptions délirantes et d’hallucinations que le public ignorant a prises au sérieux.

Jusqu’ici tout s’est passé assez tranquillement; mais la scène change quand se produisent les dernières manifestations de la motilüé, surtout dans l’appareil de la res'piralion. Celle-ci devient longue, inégale, suspicieuse, s’entremêle parfois de soupirs et de hoquets. En même temps, les mucosités accumulées dans les grosses bronches, qui ne peuvent plus s’en débarrasser, donnent lieu à ce râle caractéristique et sinistre — le râle des agonisants. Le froid, d’abord manifeste aux extrémités, monte de plus en plus. Les battements du cœur s’affaiblissent, le pouls est petit, irrégulier, parfois d’une extrême fréquence. Le ralentissement de la petite circulation, l’entrée de plus en plus difficile de l’air, accélèrent la production des phénomènes d’asphyxie ; le sang noir ou veineux tend à prédominer partout, d’où la décoloration, puis la teinte livide de la peau, manifeste surtout au visage. En même temps, l’affaissement des muscles contribue à donner à la physionomie cette apparence misérable et de profonde angoisse connue sous le nom de fades hippocratica, d’après le grand médecin qui l’a si bien décrite : « Yeux caves, nez effilé, tempes affaissées, oreilles froides, peau tendue et aride. » (Hippocrate, Pronostic, 2.)

La température dans certaines maladies s’abaisse de 1/2 à 1°, souvent plus dans le choléra : dans l’inanition on l’a vu tomber à 30°. Dans le tétanos au contraire et dans la scarlatine, le rhumatisme articulaire aigu, etc., le thermomètre monte souvent jusqu’à 44“, exceptionnellement il s’est élevé à 44“,75. Cependant, au milieu de toutes ces péripéties l’œuvre de mort va son train : la fin approche. L’œsophage cesse de se contracter et les liquides introduits, tombent dans l’estomac comme dans un vase inerte : parfois le patient constate lui-même l’impossibilité de boire et d’avaler. Souvent l’intelligence a com¬

plètement disparu : étendu sur le dos, la bouche béante, les yeux ouverts mais sans regards, la face livide, agitée par les ronflements du râle, le moribond a perdu tout rapport avec le monde extérieur. Le nez est froid, une sueur froide couvre le corps et c’est une haleine froide qui vous arrive au visage, quand vous vous penchez sur lui' pour un dernier adieu. 11 est dans cet état indéfinissable et le plus, navrant de tous — ne méritant pas encore le nom de cadavre, mais ayant perdu pour vous les qualités essentielles de l’être vivant. En un mot, et pour employer les termes techniques, la vie animale, celle du cerveau et de l’intelligence est éteinte : il ne reste plus que la vie locale des organes, ou végétative. Parfois, il se produit immédiatement avant la fin, quelques convulsions des muscles de la face et du cou, qui ramènent les épaules en avant et semblent vouloir tirer tout le corps en haut, les yeux se convulsent, les mâchoires s’écartent largement, une dernière expiration plus ou moins bruyante se fait entendre: le moribond a rendu le dernier soupir. (Le dernier souffle àvepioç, anima, d’où on fait « rendre l’âme ».) Tout n’est pas encore fini, le cœur continue de battre, quoique bien faiblement, comme il bat encore sur une table quand on l’a arraché de la poitrine d’un animal vivant. C’est pour cela qu’on le qualifie de ultimum moriens. Mais en réalité c’est le cerveau, le bulbe surtout qui régit les phénomènes ultimes : c’est de lui que tout dépend, et sous ce rapport on a quelque raison d’affirmer que la vie s’éteint avec la dernière expiration. (V. Mort.)

Qu’y a-t-il à faire en face d’un patient à l’agonie ? On a dit qu’il fallait tenter de l’arracher à la mort, que dans certains cas on avait réussi, etc. . Certes, dans les grands traumatismes, dans les terminaisons brusques des affections aiguës et dans d’autres cas encore, il faut tenter le possible, chez les enfants surtout, à l’aide des sinapismes, des bains sinapisés et autres moyens analogues.

Mais dans la plupart des cas, le rôle du médecin et des assistants, rôle encore très beau, doit se borner à raffermir le courage du malade, pour faciliter d’autant ce triste passage. Je ne saurais approuver la mode anglaise, qui consiste à informer le moribond — et parfois longtemps d’avance — du sort irrévocable qui l’attend. Sans doute, il faut s’enquérir d’abord auprès des intéressés, savoir si les affaires du malade sont arrangées ou non et y pourvoir en conséquence. On est même autorisé dans certains cas graves à prolonger l’agonie, à retarder la mort de quelques minutes à l’aide d’excitations plus ou moins violentes (marteau plongé dans l’eau bouillante et appliqué sur la peau, cautérisation, etc.).

A part ces faits d’ordre absolument exceptionnel, il faut au contraire entretenir le mourant dans les espérances auxquelles il s’accroche, comme le noyé aux herbes que sa main rencontre. C’est là qu'il est beau de mentir avec assurance, et de faire entrevoir une guérison possible : et nul n’est plus autorisé que le médecin, qui doit rester en même temps absolument impassible, car sur ses traits, le mourant fait effort pour lire l’arrêt réel. D’ailleurs, le passage n’est vraiment facile, ne s’accomplit avec dignité que pour les hommes qui ont su se délivrer par le travail et l’éducation, de la croyance générale hjéré-

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ditaire à la vie posthume. Le philosophe digne de ce nom, celui qui s’est affranchi de ces terreurs de vieille femme, qui sait que selon la belle expression du poète, mourir c’est dormir — to dïe, to sleep ! — celui-là, comme le sage des temps antiques, jette un dernier et triste regard sur la vie, sur le soleil, sur ses proches et sur ses amis, et tranquillement, avec des regrets parfois, mais toujours sans crainte, s’en va dans l’éternelle paix.

La terreur est au contraire — et souvent il n’y a pas de remèdes — pour célui qui, nourri des superstitions religieuses ou métaphysiques , est toujours plein d’angoisse au sujet de cette âme chimérique, qu’il croit devoir lui survivre.

Comme si la mort vraie Laissait un autre lui, debout quoique gisant Vivre mort et se voir et se pleurer absent !

(Lucrèce, traduct. d’André Lefèvre.)

Rien de plus instructif, sous ce rapport, que la mort de Lope de Vega, illustre auteur de plus de deux mille drames et comédies, grand poète, et avec cela familier de la sainte inquisition, prêtre, disant sa messe tous les matins. J’ai décrit ailleurs (A. Regnard, De Vathéïsme, p. 105 sq.), l’agonie terrible de ce fidèle, d’après le récit de son ami et biographe xMontalvard. « La veille de sa mort, dit ce dernier, Lope de Vega me dit qu’il donnerait volontiers tous les applaudissements dont on l’avait comblé, pour une bonne action de plus à son actif : et se tournant vers un Christ en croix, il le supplia avec des larmes ferventes de lui pardonner les moments qu’il avait employés en actions profanes, lorsqu’il aurait pu les consacrer à des œuvres pieuses ; il avait consacré une grande partie de sa vie à écrire des autos sacr amentales, des histoires sacrées, des livres de piété, des éloges des saints et des louanges de la très sainte Vierge et du bambino, et pourtant il aurait voulu ne s’être jamais livré à aucune autre occupation. Il se remit entre les mains de Dieu, lui promitdene plus l’offenser jamais, quand bien même il vivrait encore de longues années, confessa qu’il était le plus grand pécheur qu’on ait jamais vu dans le monde, fit un acte de contrition dans lequel il entrait plus de larmes que de paroles, appela les saints à son aide et invoqua la compassion de la très sacrée Vierge d’Atocha » . La nuit vint très mau¬

vaise, passée dans les transes et les inquiétudes : ses amis, ses protecteurs, tous sont là réunis autour de ce pitoyable moribond! un confesseur s’efforce d’adoucir les transes du terrible passage. Enfin « au milieu du bruit des psaumes divins, des litanies sacrées, des pieuses oraisons, des conseils catholiques, des actes d’espérance, des professions de foi, des acclamations chrétiennes, des exhortations onctueuses et des tendres lamentations — les yeux fixés au ciel, sa bouche sur le crucifix et son âme vers Dieu, il expira au son du nom très doux de Jésus et de ^ Maria, que tous les assistants répétèrent en chœur. »

Quelles tortures èt quelle fin d’un grand homme ! Voilà comment meurent les croyants.

A. Regnard.

AGORAPHOBIE. — Sorte de folie dans laquelle le

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malade a peur de se trouver devant un espace vide, place, pont, etc, 1'*

AÏ. — Velpeau a désigné par ce mot l’inflammation aiguë des gaines tendineuses, se basant sur ce fait que la douleur déterminée par cette inflammation est souvent assez forte pour arracher au malade l’exclamation d’aï/ et cette dénomination, toute figurée qu’elle soit, est restée dans la pratique.

Observée par Desault, bien décrite par Boyer, c’est surtout aux leçons de Velpeau qu’on doit la description et l’étude la plus complète de cette singulière affection.

C’est le plus souvent à la suite de mouvements plus ou moins violents que se manifeste l’inflammation des gaines synoviales tendineuses, ou encore consécutivement à un traumatisme.

Une des causes les plus fréquemment constatées, c’est, sans contredit, la contraction musculaire pour ainsi dire incessante que nécessite l’exercice de certaines professions, la violence de cette contraction n’étant presque rien à côté de sa continuité presque constante. C’est ainsi qu’on constate l’aï chez des pianistes, après un exercice prolongé au piano ; chez les maîtres d’armes et les professeurs de gymnastique ; chez les débardeurs, chez les déménageurs ; chez les moissonneurs, qui sont forcés de saisir et de serrer vigoureusement les gerbes de blé pour les botteler ; chez les menuisiers, et aussi chez les blanchisseuses, qui développent constamment une certaine force pour tordre leur linge; en un mot chaque fois que des mouvements rapides et prolongés sont imprimés aux muscles extenseurs ou fléchisseurs des doigts et finissent, par un frottement continu, à enflammer les gaines tendineuses.

Les deux premiers signes sont la douleur et la crépitation qu’on perçoit en un point où le tendon glisse dans sa gaine synoviale. Cette crépitation est toujours perçue dans le même point, et seulement quand on fait exécuter des mouvements qui font glisser le tendon dans sa gaine. Elle est fine, comme soyeuse, et la meilleure comparaison qu’on puisse établir est le bruit qu’on détermine en écrasant de l’amidon ; c’est une sorte de froissement doux. Quant à la douleur, elle est vive, ainsi que nous l’avons dit, et assez vive même pour arracher au malade cette exclamation d’aï ! qui a permis à Velpeau de caractériser l’affection qui nous occupe.

Dans un certain nombre de cas, on trouve aussi en outre de ces deux signes typiques un peu de gonflement sur le trajet de la gaine synoviale, une légère rougeur de la peau à ce niveau et de la chaleur.

Le siège le plus fréquent de la synovite tendineuse est la partie antérieure de l’avant-bras et la région du poignet. On la rencontre également à la jambe, et alors c’est principalement dans les tendons des fléchisseurs du gros orteil, du muscle jambier antérieur, et aussi dans ceux des péroniers latéraux.

Le plus souvent, le liquide se résorbe, et la maladie se termine assez promptement. La crépitation diminue peu à peu ; il en est de même de la douleur, et dans 1 espace de quinze jours, les parties sont revenues à leur état normal. Mais il ne faut pas croire que le malade puisse encore se servir li-

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brement du membre attaqué; il faut quelquefois qu’il attende des mois, et j’ajoute qu’une première attaque prédispose à des récidives.

Dans certains cas, heureusement fort rares, l’inflammation persiste, quoi qu’on fasse, et la suppuration ne tarde pas à s’établir. On voit alors une série de petits abcès se former sur le trajet de la gaine malade ; le pus amincit, puis finit par perforer la gaine, et un phlegmon diffus peut en être la conséquence. La chose la plus heureuse qu’on puisse encore espérer dans ces cas redoutables, c’est l’exfoliation du tendon et l’impossibilité absolue où désormais il se trouvera de remplir ses fonctions normales.

Le diagnostic est chose facile, car l’emphysème sous-cutané, l’épanchement sanguin et une fracture avec lesquels on pourrait de prime abord confondre cette affection, présentent, surtout au point de vue de leurs causes, des caractères assez tranchés, pour qu’une erreur ne soit pas de longue durée. •

. Comme traitement, c’est principalement au repos qu’il faudra s’adresser, car il est indispensable que le membre malade n’exerce plus aucun des mouvements qui avaient déterminé l’inflammation des gaines tendineuses. Les cataplasmes arrosés de quelques gouttes de laudanum, sont très utiles au début pour diminuer l’inflammation et calmer la douleur. On y ajoutera une légère compression obtenue par un bandage roulé et l’application de quelques résolutifs. Les vésicatoires volants répétés produisent d’excellents résultats.

S’il y avait menace de suppuration, on ne devrait pas tarder à inciser largement pour empêcher le pus de fuser dans les gaines et de provoquer l’établissement d’un 'phlegmon diffus. (V. ce mot.)

D'' Albert Bergeron. i

AIDE.' — Nom donné aux personnes qui aident le ; chirurgien dans une opération. Dans la plupart des ' opérations, un ou plusieurs aides sont toujours nécessaires. Le D'' A. Després, dans son Dictionnaire de -Thérapeutique, a très bien résumé les qualités qui constituent un bon aide. Il est très important, dit-il, que ceux-ci aient présents à l’esprit : qu’ils ne doivent pas s’occuper de l’opération; qu’ils sont, avant tout, destinés à accomplir une manœuvre à laquelle^ ils apporteront leur attention entière, et qu’ils n’ont pas à s’inquiéter des accidents qui se présentent. Le chirurgien doit avoir sa liberté d’action et il est inutile de lui donner des conseils au moment où il opère. Seuls, les aides qui n’ont pas un rôle important, tel que la compression d’une artère, l’élévation d’une paupière, ou le maintien dune tumeur par une érigne, pourront, sans demander avis à l’opérateur, appliquer un doigt, par exemple, sur une artère qui donnerait du sang, tendre la peau afin qu’elle ne soit point coupée pendant la dissection d’une tumeur. Eu égard aux details de ce genre, ajoute M. Després, l’intelligence d un aide est un véritable soulagement pour le chirurgien. Mais, quel que soit le mérite du premier, il ne doit jamais aller au delà des instructions du second. p. l.

AIGRE. — Qualificatif donné à toute substance qui exerce une impression désagréable, soit sur l’organe du goût en l’affectant à la manière des acides, soit sur celui de l’odorat en produisant sur lui le même effet.

C’est ainsi qu’on dit saveur aigre, liquide aigre, odeur aigre. P. L.

AIGREMOINE. — Plante de la famille des rosacées, appelée encore eupatoria, eupatoire, vivace, donnant des tiges dures et chevelues de 50 à 60 centimètres, terminées par de petites fleurs jaunes en grappe dressée, d’une odeur aromatique assez agréable. Très commune dans les pays à climats tempérés, on la trouve en France dans les bois, dans les prés et au bord des chemins où elle pousse en grande quantité. L’aigremoine a une saveur amère et astringente due à une huile essentielle et au tannin qu’elle renferme. Très employée autrefois en cataplasmes et en fomentations, elle entre encore dans la composition de Fig. 52. - Sommité fleurie i^Eau vulnéraire. On fait l’aigremome.

avec ses feuilles des infusions pour gargarismes contre les inflammations de l’arrière-bouche et des amygdales. L’aigremoine est même encore recommandée aux chanteurs. Quelques médecins ont donné la poudre de sa racine dans les diarrhées chroniques, à la dose de 1 à 2 grammes. Toutefois, aujourd’hui,’ l’aigremoine est peu usitée. D" Paul Labarthe.

AIGREURS. — On appelle ainsi les renvois aigres ou acides qui remontent de l’estomac dans le pharynx et jusque dans la bouche où ils produisent une sensation désagréable et fort incommode. Il est peu d’individus qui n’en aient éprouvé une fois ou l’autre, car il suffit de manger sans appétit, d’avoir une digestion un peu laborieuse, une vive contrariété, un chagrin, de la tristesse, de rabattement, un trouble insolite dans la santé générale pour avoir des aigreurs. Les gros mangeurs et les gens mal nourris y sont très sujets. De même les malades atteints d’anémie, de chlorose, de gastralgie, de dyspepsie, de pyrosis ou fer chaud, d’ulcération simple ou de cancer de l’estomac, de vertige stomacal ; les femmes enceintes et hystériques, etc. Les aigreurs se rencontrent aussi chez les enfants, accompagnées de diarrhée avec selles verdâtres, ce qui dénote chez eux une digestion incomplète du lait ou des aliments. Les aigreurs ne sont donc, en réalité, le plus souvent qu’un symptôme de maladie plutôt qu’une maladie elles-mêmes, puisqu’elles peuvent se former dans un grand nombre de circonstances tout à fait différentes et être le résultat de lésions extrêmement variées.

11 faut combattre les aigreurs au moyen des pas-

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tilles de carbonate de magnésie, de Vichy, quelquefois de sous-nitrate de bismuth ; par les eaux alcalines de Vichy, Fougues, Saint-Galmier, Ghatelguyon, etc., avec le vin aux repas, qui suffisent souvent pour les guérir.

Chez les enfants en nourrice, nous recommanderons plus spécialement l’eau de chaux, à la dose de 15 à 60 grammes dans la journée; 20 à 30 centigrammes de sulfate de magnésie.

On donnera les eaux alcahnes à la nourrice et si malgré tout les aigreurs de l’enfant persistent, il faudra se résoudre à changer de nourrice.

D" A.-L. LABARTHE,père.

AIGU. — Qualificatif donné à des maladies qui parcourent rapidement leurs différentes périodes, par opposition à celles dont la durée totale est très longue. Ainsi on dit rhumatisme articulaire aigu et chronique, bronchite aiguë et chronique, abcès aigu et chronique, etc. P- i*-

AIGUILLES. — On donne ce nom, en chirurgie, à un grand nombre d’instruments en or, argent, platine ou acier, de formes différentes, arrondis, aplatis, triangulaires, droits ou courbes, mais toujours constitués par une tige pointue à l’une de ses extrémités et percée d’un trou à l’autre, destinés à être introduits dans les parties moUes du corps humain, en vue d’y faire une ligature, ou encore d’y séjourner jusqu’à la parfaite réunion des parties divisées qu’ils ont servi à rapprocher. 11 y a les aiguilles à acupuncture^ à ligature, à suture, à cataracte^ etc.' (V. ces mots.)

Les aiguilles à coudre peuvent occasionner de fréquents accidents chez les personnes qui s’en servent. Et d’abord, elles piquent très souvent la paume de la main et surtout les doigts, et ces piqûres peuvent être le point de départ des panaris. 11, y a bon nombre de femmes qui se sont introduit des aiguilles dans le sein. Les ouvrages de médecine sont remplis d’exemples des plus singulières migrations des aiguilles introduites dans l’estomac avec les aliments et sortant, à un monaent donné, par des points du corps très éloignés. Ici, c’est une aiguille avalée par une femme qui vint, encore munie de son^ fil, se faire une issue par un point du bras ; là, c’est une femme qui, ayant avalé une aiguille la rendit un an après, par un abcès qui se développa sur les parois du ventre. Ailleurs, c’est une sorte de fille-pelote, comme l’appelle ingénieusement M. Fonssagrives, qui, éprise de la singulière manie d’avaler des aiguilles, en rendit par tous les points de la peau.

Ces observations démontrent l’impunité avec laquelle les organes les plus délicats peuvent être traversés par des aiguilles fines et justifient pleinement l’opération connue sous le nom d!acupuncture (V. ce mot), si en honneur chez les Chinois.

D' A.-L. Labarthe, père.

AIGUILLES (FABRICANTS D’). — Hygiène professionnelle. — La femme, lorsqu’elle enfile une aiguille, ne se doute pas qu’avant d’arriver dans son étui, ce petit instrument a passé par les mains de quatrevingts ouvriers différents, et a subi une foule d’opé¬

rations successives, parmi lesquelles trois principales : Yempointage, le palmage et le marquage déterminent de graves accidents chez les ouvriers qui les pratiquent.

Les meules en grès quartzeux dont on se sert à sec pour faire la pointe de l’aiguille à la main, fournissent une poussière de grès et des particules métalliques produites par le frottement des aiguilles sur la meule, qui volent dans l’air et pénètrent dans l’appareil respiratoire. Le repiquage des meules usées produit encore des poussières. De plus, des étincelles brûlantes produites par l’inflammation des . poussières métalliques jaillissent autour de l’ouvrier. Aussi, les empointeurs qui font la pointe à la main, sont sujets à des brûlures de l’œil, principalement de la cornée et des paupières, et, ce qui est plus grave, à une inflammation continue des bronches et des poumons, due à l’absorption des poussières, inflammation qui se termine par la phtisie pulmonaire. Les èmpointeurs ne peuvent exercer leur métier plus de quinze ans et succombent presque tous à cette terrible maladie.

On a inventé diverses machines destinées à chasser la poussière de grès et à préserver les empointeurs des particules fines d’acier qui s’élèvent pendant l’empointage. Une des plus simples et la meilleure, sans contredit, est celle qu’a imaginé Pastor. Dans cette machine, la meule elle-même est un ventilateur qui entraîne grès et acier. Elle est recouverte d’une enveloppe en tôle ne laissant qu’un passage très étroit pour les aiguilles et portant, en un autre point de sa surface, une plaque de verre à travers laquelle l’ouvrier, à l’abri, peut suivre les progrès de son travail. La chambre vide comprise entre l’enveloppe en tôle et la meule, communique avec un tuyau qui aboutit à une cheminée dans laquelle se précipite un courant d’eau très rapide qui entraîne les poussières de grès et d’acier.

Dans les fabriques où cet appareil préservatif ou tout autre de même nature n’existe pas, les empointeurs devront porter des masques et des respirateurs (V. ces mots) pour se préserver de l’absorption 'des poussières.

Les palmeurs, ceux qui aplatissent les têtes des aiguilles, en rangent vingt à vingt-cinq, en forme d’éventail, entre le pouce et l’index de la main gauche, placent les vingt-cinq têtes sur une enclume métallique et, de la main droite, les frappent de plusieurs coups de marteaux successifs. Leur aplatissement est ainsi fait.

Ce genre de travail est très fatiguant et les ouvriers qui l’exécutent sont sujets à des douleurs de l’épaule et du poignet ; ils ont de la crépitation des tendons des doigts de la main qui porte le marteau, des durillons et des contractures des doigts qui tiennent les aiguilles.

Enfin, les ouvriers qui percent les trous des aiguilles, opération qui nécessite une très grande attention, un coup d’œil très juste, ne tardent pas à avoir les yeux très fatigués et à ressentir des troubles prématurés de la vue qui ne leur permettent guère de continuer leur métier pendant plus de dix ou douze ans. D' Padl Labarthe.

AIGUILLON. — Nom donné par les naturalistes à

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