GONIOMÈTRE
On donne ce nom, en anthropologie, à un instrument spécial destiné à mesurer Vangle facial (V. ce mot) sur le vivant comme sur le .squelette, et à construire le triangle facial comme Cuvier. Le goniomètre du professeur Broca (fig. 346) se compose de deux tiges AO , AC, fixées à angle droit. Une troisième tige II, parallèle à AO se meut, en coulisse sur la pièce trans-.
versale AC. Les deux branches parallèles AO et II sont graduées, et sur elles se meuvent les deux tourillons auriculaires O que l’on introduit dans les conduits auditifs. En A s’articule en charnière une branche montante AB, sur laq^uelle monte et descend parallèlement à elle-même la tige exploratrice BF. Celle-ci étant appliquée sur Te point susnasal F, pendant que le milieu de. la branche AI est appliquée sur le point sous-nasal D, la branche montante marque sur le cadran l’ouverture
arbre eleve qui croît dans l’ïle de Ceylan , dans la
Garcinia moreila, fournissant
la gomme-gutte. Fig. 546. — Goniomètre du professeur Broca.
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de l’angle facial OAB. En outre, les longueurs OA et OB, lues sur les tiges correspontiantes qui sont graduées, permettent de conduire sur le papier le triangle facial de Cuvier OBA. A l’exception du cadran qui est en cuivre, toutes les pièces du goniomètre de Broca sont en bois. p. l.
GONORRHÉE. — Vieux mot employé comme synonyme de Blennorrhagie (V. ce mot). p. l.
GORGE. — Mot par lequel le vulgaire désigne la région de Y isthme du gosier et du pharynx (V. ces mots). On emploie aussi le mot gorge dans le langue familier comme synonyme de mamelles, p. l.
GORGERET. — On donne ce nom à des instruments chirurgicaux, creusés enferme de gorge ou de canal étroit, dont on se sert dans l’opération de la taille et de la fistule à l’anus, pour faciliter le maniement du bistouri et en guider la pointe. p. l.
GOSIER (ISTHME Bü). — (V. Isthme.)
GOUDRON MINÉRAL. — (V. Coaltar.)
GOUDRON VÉGÉTAL. — Le goudron végétal est un produit résineux qu’on obtient en brûlant les pins et les sapins qui ne peuvent plus fournir de la térébenthine. Il se présente sous l’aspect d’un liquide épais, gluant, d’une couleur brun noir, d’une odeur très forte sui generis, d’une saveur âcre, désagréable. Il se compose de colophane, d’une résine empyreumatique, d’une huile térébenthinée, ainsi que d’un certain nombre de produits pyrogénés dont le plus important est la créosote. Il est très peu soluble dans l’eau, mais se dissout facilement dans l’alcool, l’éther, les huiles fixes et volatiles. Cette composition du goudron étant connue, il est facile de déduire à l’avance le rôle qu’il doit jouer en thérapeutique. Ce produit, en etfet, ayant beaucoup de points d’analogie avec la térébenthine, ses propriétés médicales se rapprochent complète-, ’ ment de celles qu’on attribue à ce précieux agent, avec la seule différence que l’irritation qu’il développe sur les organes intérieurs offre une moins grande intensité. Aussi le prescrit-on comme anticatarrhal dans les cystites et les bronchites chroniques, lors même qu’elles se compliqueraient d’un léger processus inflammatoire. Son élimination a lieu parles canaux bronchiques, les voies urinaires et les glandes sudoripares. En traversant les premiers de ces canaux, le goudron calme la toux, diminue la sécrétion des mucosités ; son action sur les seconds a pour efiet d’augmenter la quantité d’urine et de tarir les dépôts muco-purulents qu’elle peut renfermer ; par les troisièmes, s’exhale avec la sueur une odeur de goudron caractéristique qui se retrouve également dans les autres produits sécrétés. •
Mais ce ne sont pas là les seuls effets du médicament en question; Par son goût frais, âcre et légèrement amer, le goudron apaise la soif, stimule l’appétit, facilite la digestion, etc. Il possède aussi un faible degré, d’astringence qui se fait sentir sur lés capillaires pulmonaires et rénaux au point de le
rendre un bon moyen curatif contre les hémoptysies et les hématuries diverses. Si nous ajoutons à cela ses propriétés antiseptiques et ses vertus modificatrices sur les fonctions de la peau dans certaines maladies cutanées, nous aurons le tableau complet de ses nombreuses indications.
Son mode d’administration est assez variable, mais l’eau de. goudron, à l’intérieur et à l’extérieur, est la préparation à laquelle on a recours le plus souvent. Un moyen facile d’obtenir instantanément une eau de goudron véritablement efficace et toujours exactement titrée, consiste à faire usage du goudron Freyssinge ou du goudron Le Beuf (V. ces mots), deux liqueurs concentrées qui, malgré les procédés différents employés pour leur fabrication, sont bien incontestablement, de l’aveu de tout le corps médical, les deux meilleures que l’on rencontre dans le commerce.
On peut encore administrer le goudron à l’intérieur sous forme d’inhalations. Divers appareils ont été fabriqués dans ce but : un des plus ingénieux dans sa simplicité, et des plus commodes à employer, est celui qu’on appelle le pneumophile (V. ce mot).
L’usage externe de l’eau de goudron reçoit de fréquentes applications ; comme antiseptique sur les plaies de mauvaise nature, en lotion contre le pityriasis du cuir chevelu, en injections contre les écoulements chroniques de l’oreille, du vagin et de l’urèthre. Les fumigations goudronnées se font : tantôt à froid, en plaçant dans la chambre du malade une assiette remplie de goudron liquide; tantôt à chaud, en mettant quelques charbons ardents dans un réchaud et appliquant par-dessus une casserole avec du goudron. Celui-ci doit être maintenu à une température peu élevée et toujours au-dessous de l’ébullition, afin d’éviter la formation de l’acide pyroligneux qui, par sa vaporisation, viendrait irriter les voies aériennes et produirait un effet contraire à celui qu’on s’est proposé d’obtenir. A ces conditions, c’est un remède efficace contre les catarrhes et les progrès de la tuberculisation pulmonaire. Enfin la pommade et le glycéré de goudron guérissent souvent très vite l’herpès circiné, le psoriasis, l’impétigo, le lichen et l’eczéma, en applications topiques deux fois par jour.
Rappelons en terminant que le goudron entre dans la préparation des Gouttes Livoniennes (V. ce mot) préparées par Trouette-Perret.
D' M.4.RC. CAMBOÜLR'ES.
GODET. — Nom vulgaire de VArum (V. ce mot).
GOUJON. — Le goujon est un petit poisson de rivière, long de .15 à 16 centimètres en moyenne, au corps allongé, au dos arrondi et couvert d’écailles verdâtres avec taches noires, au ventre plat et argenté, qui aime les eaux pures et les fonds sablonneux de nos rivières, à chair nourrissante, savoureuse et délicate, avec lequel on fait d’excellente friture, mais qui, comme tout ce qui est frit, ne convient guère aux convalescents. p. l.
GOULARD (EAH DE). — L’eau de Goulard, appelée aussi eau blanche, eau de Saturne, est une eau végéto-minérale composée de :
Sous-acétate de plomb liquide. 15 grammes
Eau distillée . 1000 —
Alcoolat de vulnéraire . 60 —
que l’on emploie à l’extérieur, en fomentations et en lotions, contre les inflammations superficielles de la peau, les contusions, les meurtrissures, etc.
GOURME. — Sous le nom de gourme, on doit entendre une série de symptômes propres à l’enfance, caractérisés par un état fluxionnaire de la peau et des muqueuses, sans tendance à 1 ulcération ni à la destruction des tissus. Cette alfection qui joue un si grand rôle dans la pathologie infantile, et qui, au point de vue doctrinal, mériterait une longue description, porte différentes dénominations dans le public: tour à tour, et suivant les provinces, la gourme a été désignée sous le nom de croûtes de lait, de teigne humide, de pseudo-teigne de chapeau, etc.
Le mot de gourme a été emprunté vraisemblablement à la pathologie animale, dans laquelle on l’emploie pour désigner diverses éruptions de la tête, avec jetage, que l’on rencontre si fréquemment chez les jeunes chevaux, et qui, quelquefois, n’est autre que la variole du cheval /horse-pox, d’après Bouley). -
La gourme est une affection d’une extrême fréquence ; elle débute le plus habituellement en , même temps que se fait le travail de la dentition, c’est-à-dire à partir du cinquième ou septième mois ; elle peut persister fort longtemps, car quelquefois, malgré les soins les plus attentifs, il n’est pas rare de constater sa persistance pendant un an environ. La lésion anatomique est variable ; tantôt elle porte uniquement sur l’épiderme , et est alors constituée par une sécrétion épidermique exagérée; cela s’observe surtout au cuir chevelu qui est alors recouvert de lamelles épidermiques plus ou moins épaisses , noirâtres , desséchées , adhérentes au derme sous jacent. Tantôt l’éruption débute par un simple érythème, qui existe au niveau des joues (feux de dents) cet érythème envahit la couche superficielle du derme, provoque une sensation de chaleur de cuisson, de démangeaisons violentes, le jeune enfant ne. pouvant résistera la sensation excorie ces régions, et bientôt alors elles deviennent le siège d’une sécrétion fort abondante de sérosité (lymphe) qui se concrète et est représentée ensuite par des croûtes jaunâtres, raelliformes, plus ou moins adhérentes. Il n’est pas rare d’observer la face entière (le menton restant parfois seul indemne) recouverte de ces croûtes; c’est à peine si l’enfant peut entr’ouvrir les paupières; les orifices des fosses nasales sont eux-mêmes rétrécis, obstrués , par des croûtes qui peuvent mettre obstacle à la ' succion et, par suite, à l’alimentation.
La gourme peut donc occuper toute la face, mais elle peut même envahir les orifices des organes des sens, elle peut envahir le conduit auditif externe, se propager à la face muqueuse des paupières, et même à la conjonctive oculaire, elle peut enfin pénétrer assez loin dans l’intérieur des fosses nasales.
C’est dans ces formes confluentes, que l’on peut
observer toute une série de complications redouta blés, car elles mettent enjeu les organes des se^' et surtout l’audition ou la vue. ’
De plus elles peuvent entraîner une lésion dp<! ganglions lymphatiques de la région cervicale ou mastoïdienne, par suite de l’inflammation nrona^z»
par les vaisseaux lymphatiques ; il n’est pas rare d’observer, à l’hôpital comme en ville, de jeunes enfants encore à la mamelle, atteints de ganglions lymphatiques en pleine voie de suppuration et chez lesquels il est nécessaire de procéder à des débridements qui seront plus tard marqués par des cicatrices blanchâtres absolument indélébiles.- Je suis également porté, et cela avec nombre d’auteurs, à considérer, dans certains cas, la calvitie survenant prématurément dans l’âge adulté comme une des conséquences tardives d’une éruption de gourme ayant persisté longtemps au niveau du cuir chevelu.
La gourme est-elle contagieuse? Non, quoiqu’on en ait dit ; seulement dans la classe pauvre où la promiscuité des enfants existe forcément, il n’est pas rare d’observer que dans une même famille, plusieurs jeunes enfants sont envahis simultanément par la gourme ; la malpropreté fait apparaître rapidement les poux de tête ; si l’enfant est prédisposé par son tempérament lymphatique, les éruptions de la face et du cuir chevelu ne tarderont p as à se montrer et la contagion de la gourme ne sera pour rien dans cette évolution morbide.
Quelles sont les 'causes de la gourme ? — Elles sont multiples; mais en première ligne, il faut mettre le tempérament lymphatique et la diathèse scrofuleuse ; la gourme, comme l’a démontré l’illustre dermatologiste de l’hôpital Saint-Louis, Bazin, est la première manifestation de la scrofule et du lymphatisme, c’est une scrofulide exsudative bénigne.
Le travail de la dentition est la cause occasionnelle, mais le lymphatisme ou la scrofule sont la cause déterminante, primordiale. D’autres causes secondaires favorisent cependant l’apparition de ces formes éruptives qui peuvent être variables, érythémateuses, eczémateuses ou impétigineuses ; c’est ainsi que la gourme est plus fréquente chez les enfants élevés au biberon ; elle est plus souvent observée chez les enfants dont les nourrices font des écarts de régime (abus de café, de poissons, de vin pur, de boissons fermentées, etc.) La gourme enfin s’observe assez fréquemment chez des enfants dont les ascendants sont atteints d’aftections herpétiques (eczéma, psoriasis).
Quoiqu en dise le vulgaire, la gourme doit être traitée activement, car, ainsi que je l’ai démontré, si 1 éruption est abandonnée à. elle-même elle peut guérir spontanément sans avoir de cicatrices, mais elle expose à des accidents d’une haute gravité, ophthalnues rebelles, coryzas persistants, otites, adénites, suppurations sous-cutanées, etc.
Une des premières conditions pour obtenir cette guérison, sera de s’assurer de l’état de santé de la nourrice et de surveiller son alimentation (diminuer les viandes saignantes, les boissons, lui faire boire de la biere pendant les repas, etc.). Si l’enfant est eleve au biberon, il sera nécessaire de couper le
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lait avec 4es eaux alcalines, et quelquefois même on devra confier l’enfant au sein d’une nourrice. Il sera nécessaire d’appliquer divers topiques pour diminuer l’irritation de la peau, et dans ce cas nous conseillons de modifier fréquemment les médicaments employés ; tour à tour il faudra recourir aux lotions émollientes ou astringentes , utiliser les cataplasmes appliqués à froid de fécule de pomme de terre ; le glycérolë d’amidon et de bismuth, la vaséline, le beurre de cacao, ' seront d’un grand service ; les poudres elles-mêmes modéreront beaucoup l’inflammation, poudre de fécule de pomme de terre, de lycopode, poudre de talc, etc.
Sur le cuir chevelu, pour faire tomber les croûtes plus rapidement, on pourra de temps à autre, se servir d’une calotte de caoutchouc vulcanisée. Enfin, il sera utile de donner assez fréquemment à l’enfant de légers révulsifs sur l’intestin, tels que le sirop de chiêorée, la manne, ou une cuillerée d’huile de ricin. En agissant ainsi le médecin devra faire usage de toute son autorité, car il aura à lutter dans les familles, contre toutes les théories humorales qui considèrent la gourme « comme un mal nécessaire et qu’il faut savoir respecter. »
D' E. Landriedx,
Ancien Chef de clinique de la Faculté, Médecin des hôpitaux.
GOUT. — Le goût est de sens qui nous fait percevoir les saveurs, et la gustation est la fonction par laquelle l’appareil du goût reçoit l’impression des saveurs (V. ce mot). Ce sens est très développé chez l’homme.
La langue est l’agent principal, mais non exclusif dû goût. Les parties qui limitent Yisthme du gosier jouissent aussi, bien qu’à un moindre degré, de la faculté de percevoir.
Toutes les parties de la langue ne sont pas également sensibles aux impressions gustatives : la base, la pointe et les bords, par exemple, possèdent ce privilège, tandis que le dos et la face inférieure de cet organe semblent en être dépourvus. Mais c’est surtout à la base de la langue que la sensation gustative est le plus développée. Cette topographie du goût explique la persistance de ce sens chez les individus en apparence privés de langue, et chez ceux qui ont subi une mutilation, même étendue, de cet organe.
Les physiologistes ont remarqué que certaines saveurs impressionnent plus ou moins vivement le sens du goût, alors qu’elles sont perçues par l’une ou l’autre région de la langue : les saveurs amères, par exemple, sont à peine sensibles à la pointe et sont très nettes à la base ; le contraire a lieu pour les saveurs acides et salées. Il est même des substances qui offrent une saveur différente suivant leur point de contact avec l’organe du goût ; ainsi le nitre ou salpêtre et le sulfate de soude présentent une amertume prononcéé à la base, tandis qu’ils paraissent, le premier, acide, et l’autre, salé, à la pointe.
Les substances acides peuvent agir sur les extrémités des nerfs du goût sans l’intermédiaire de la langue, et, de même qu’il est possible de provoquer le vomissement en administrant l’émétique par une
autre voie que le tube digestif, de même en injectant du lait dans les veines d’un chien, Claude Bernard a démontré que cet animal se pourléchait comme s’il venait de laper un liquide agréable. Claude Bernard a fait une épreuve complémentaire en injectant dans le torrent circulatoire d’un chien une dissolution étendue d’extrait de coloquinte, et peu après, l’animal a manifesté son dégoût par des mouvements de gueule caractéristiques. Nous savons aussi que chez l’homme un lavement médicamenteux donne lieu à des sensations gustatives qui varient avec les substances administrées; de même une application de teinture d’iode sur une partie quelconque, du corps produit souvent un goût d’iode plus ou moins prononcé dans la bouche; enfin dans la jaunisse, la salive a. l’amertume de la hile.
Le pût a sur les autres sens l’avantage d’être le premier à se manifester et le dernier à disparaître, ce qui explique la gourmandise des enfants et la recherche des plaisirs de la lahle dans la vieillesse.
Tandis que le sens deV odorat (V. ce mot) est impressionné parles molécules d’une ténuité extrême, puisque les corps d’où elles émanent ne diminuent pas sensiblement de poids après plusieurs années d’usage, le sens du goût, au contraire, ne peut être stimulé qu’à l’aide d’une quantité relativement considérable de substance sapide : c’est ainsi qu’une solution ne paraîtra ni sucrée ni salée ; si, pour 1,000 grammes d’eau, elle ne contient pas plus de 10 grammes de sucre ou de 10 grammes de sel. Le caractère de l’eau potable est de ne contenir que 3 grammes de matières salines pour 1,000 grammes de véhicule ; au-dessus de cette quantité, les sels dissous donnent à Teau une saveur plus ou moins désagréable. Les saveurs amères sont, de toutes, les plus pénétrantes; car pour dissimuler l’amertume d’un gramme d’extrait de coloquinte, il faut au moins 5,000 grammes de liquide, et 100,000 pour la même dose de sulfate de quinine.
Le goût développe des impressions sensorielles variables selon les personnes; chez les unes, ce sens est très borné ; chez d’autres, au contraire, il acquiert une finesse remarquable. C’est ainsi qu’à Rome, si l’on en croit Brillat-Savarin, certains gourmets désignaient, au goût, l’endroit précis du Tibre où avait été pêché le poisson qui leur était servi, et que d’autres, non moins habiles , savaient reconnaître si les figues qui avaient engraissé les foies d’oie étaient fraîches ou sèches. Il paraît que Néron, au dire de Juvénal, reconnaissait au goût si les huîtres avaient été nourries à Circéi dans le Latium, ou dans le lac Lucrin en Campanie, ou sur les bancs de Rutupiœ en Angleterre, De nos jours, on rencontre des amateurs de gibier qui distinguent nettement la cuisse sur laquelle la perdrix s’appuie en dormant, et il n’est pas rare de trouver des dégustateurs qui indiquent non seulement le terroir du vin, mais encore le vignoble qui l’a fourni et l’année de sa récolte. On ne parvient à une délicatesse aussi exquise du goût que par un exercice attentif et soutenu de ce sens.
Une excitation trop intense du sens du goût peut diminuer et même suspendre, au moins temporairement, la perception des impressions sapides; c’est
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ainsi que les aliments trop chauds perdent toute la Certains actes de mortification accomplis nar « saveur qu’on leur trouve lorsqu’ils sont refroidis, prit de pemtence donnent aussi, lieu à des nervo^ ■
et qu’il est très bon de prendre les médicaments sions du goût. Tel est le ca^s d’Élisabeth de Honffi-i^' '
désagréables, comme l’huile de ricin, entre deux qui buvait l’eau avec laquelle elle venait, de W’
rasades d’eau-de-vie. De même un gargarisme astnn- les pieds des malheureux, et celui de cette autrp
gent de ratanhia ou de tannin, prive pendant quel- sainte qui léchait les ulcères les plus repoussants
que temps de la faculté gustative. Le goût est, comme les autres sens, sujet à des
Si l’excition est permanente, comme lorsqu’on illusions et à des hallucinations. Ces troubles par-
fait abus des liqueurs alcooliques ou du tabac à ticuliers se rencontrent chez les personnes atteintes
fumer, ou lorsqu’on recherche, les mets fortement de névroses ou de maladies mentales : c’est ainsi
épicés, le sens du goût s’émousse graduellement et que certains aliénés prennent pour du sucre pulvé-
he peut plus être impressionné que par des exci- risé le sulfate de quinine, dont l’amertume est si
tants très énergiques. prononcée, et que d’autres, croyant leurs aliments
Il est des substances qui ont une saveur plus empoisonnés, se laissent mourir de faim. C’est ce
complète lorsqu’elles sont goûtées après certaines qui arriva à Charles Vil, craignant une tentative
àutres : c’est ainsi que la noix et le fromage font criminelle de la part de son fils,
ressortir le goût du vin. Le sens de l’odorat est, pour ainsi dire, un annexe
La sensibilité gustativé peut être modifiée par les de celui du goût. Brillat-Savarin pense que ces deux
tnaladies : elle peut être affaiblie par l’embarras sens n’en xorment qu’un seul « dont l’un .est le la-
gastrique, l’érysipèle, le diabète, etc. Plusieurs mé- boratoire et l’autre la cheminée ». Le même auteur
dicaments paralysent aussi le goût, à savoir : l’aco- ajoute : « On ne mange rien sans le sentir avec plus
hiV, la belladone, l’opium et le bromure de potas- ou moins de réflexion ; et, pour les aliments incon-
sium, mais ce dernier exerce surtout son action nus, le nez fait toujours fonction de sentinelle avansür la sensibilité du voile du palais. cée qui crie : Qui va là ? Un gourmand ‘ assis de-
' Les défectuosités du goût se rencontrent à des de- vant un bon plat dont il respire les émanations et
grés variables dans les maladies qui donnent à la dans lequel il plonge déjà sa fourchette, en sent
salive un goût spécial, provenant de certaines sub- d’avance le goût exquis; l’idée de la saveur attendue
stances, éliminées par les glandes salivaires, aini équivaut à la sensation de la saveur présente, de
qu’on l’observe dans le diabète, la jaunisse et les même qü’une personne chatouilleuse que l’on me-
ihtoxicatiôns saturnine, mercurielle et indique. nace de chatouiller et qui voit la main s’approcher La chlorose et la folie occasionnent souvent une d’elle, imagine si fortement sa sensation prochaine dépravation du goût que l’on désigne sous le nom qu’elle a des attaques de nerfs, tes mêmes attaques de pma, qui signifie en latin, pie. Ce nom lui a été que si la sensation avait lieu. » donné par assimilation aux goûts dépravés de cet L’odorat intervient surtout dans l’appréciation oiseau. Le pica est caractérisé par la recherche de des saveurs aromatiques et spiritueuses : c’est poursubstances non comestibles, telles que le charbon, quoi le fumet des viandes et le bouquet des vins le plâtre, :1a terre, les poux, les araignées, les ma- disparaissent dès que l’on se bouche le nez ou tières fécales, des croûtes arrachées à des varioleux, qu’un coryza plus ou moins intense nous prive l’uriue, l’encre, etc. momentanément de l’olfaction.
Citons un exemple frappant de la perversion du La corrélation sympathique des fonctions du goût goût, celui des géopkages de la Nouvelle-Calé- et de l’odorat est si intense que, pour avaler une donie qui niangent des morceaux de terre pour ■ substance désagréable, on se pince instinctivement âpaisèr leur faim; Celui àes polyphages^ tels que r le nez. Ace propos, disons que Tolfactionn’a au- BijBü, ce garçon de ménagerie qui mangeait les | cune action sur les impressions réellement gustadébrls de dissections ; André Basile, forçat dé la ; tives, telles que le doux et l’amer. Il est donc inubiiiourme de Brest, dans l’estomac duqüel on trouva ; tile , comme le font certaines personnes, de se après sa naort, cinquante-deux corps étrangers, tels j boucher le nez pourprendre de l’eau de Sedlitz, par qûé des fragniénts. dé verre, une pipe, un briquet, ; exemple. Quant aux saveurs salées, .alcalines et bine cuiller en bois, un couteau avec sa lame, etc. ; | acides; on pense qu’elles dépendent de la sensibilité Jacques, de Falaise, qui se montrait dans les foires ! tactile de l’organe du goût. . d' G. tviikowski. et absorbait tout ce qu’il plaisait au public de lui i
offrir : çaüioux, bouchons, couleuvres, souris, oi- ; GOUTTE. — En pharmacologie, on appelle goutte seàux vivants, . etc. ; Tarare qui, d’après Percy et ; la petite quantité de liquide qui Se détache sous Laurent, mangea un jour, à l’hôpital de Sultzen, ' foripe d’un globule sphérique, du bord d’un flacon 45 livres de cataplasme, plus 10 livres de farine de : inclihé doucement. Plusieurs médicaments très àcmoutarde préparée au Vinaigré ét. devant servir à ; tifs sont prescrits sous forme de gouttes. Pour que l’application des sinapismes. ! cèlles-ci soient dosées exactement, ji faut toujours
Citons encore l’exemple du sergent Bertrand qui, se servir d’un compte-goutte (V. ce mot). Le poids '.en 1848, exhumait les cadavres des cimetières et > d’une goutte varie suivant la pesanteur spécifique raàchônnait leur chair. Un autre, mentionné par du liquide. On trouvera au mot compte-goutte un iè D- Berthollet, violait les sépultures pour dévorer : tableau indiquant combien il faut de gouttes des les intestins des . morts, tout enrespéctant les autres ■ médicaments liquides les plus employés pour faire parties. ' . / ' . ^ j ungramme.
; L’anthrôpophagîé 'ést àüssî, unè perversion du: On donne encore le nom de gouttes à certains
gbûti ■ .. . . . . • médicaments qu’on prescrit'sous fOrme-de goûttéS’
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entre autres les gouttes amères de Baume, à base de fève de Saint-Ignace, préparées d’après la véritable formule de Baumé,par son successeur Gigon, qu’on emploie à la dose de 3 à 9 avant les repas, comme apéritives et stimulantes et dans les dyspepsies gastro-intestinales flatulentes. P. l."
goutte. — La goutte est une maladie constitutionnelle, Caractérisée principalement : par la présence constante d’acide urique et d’urate de soude en excès dans le sang ; par un gonflement excessivement douloureux des Orteils et des petites articulations, se produisant par accès, ef suivi à la longue de déformations et de dépôts calcaires ou tophus, à base d’acide urique; enfin, par des lésions viscérales diverses dont les plus fréquentes sont la gravelle et la dyspepsie.
Quelle est l’étiologie de la goutte?— La goutte peut être héréditaire ou acquise.
La goutte héréditaire est excessivement fréquente : il résulte des statistiques de plusieurs auteurs, entre autres Scudamore, Gairdner et Garrod, qu’elle l’est dans plus de la moitié des cas.
La goutte acquise reconnaît pour cause toutes celles qui tendent à augmenter la production d’acide urique dans l’organisme et à diminuer sa combustion ou son élimination. Ces causes peuvent tenir au régime alimentaire et à l’hygiène individuelle.
Ainsi les boissons fermentées exercent sur la production de la goutte une influence très grande ; si grande, que Garrod se demande si l’homme privé de ces boissons eut jamais eu la goutte. Et il place en première ligne, le porto, le kérès et le madère, « d’autant, ajoute-t-il, que ceux qui font de ces vins un usage habituel peuvent se procurer en même temps d’autres jouissances et en particulier le luxe de la table, circonstances additionnelles bien propres à aider au développement de la goutte. « Viennent ensuite, toujours d’après Garrod, les bières fortes, le porter, le stout, et les bières amères ordinaires que Tood avait déjà appelées « l’aliment par excellence de la goutte. » Parmi les vins français, il faut citer en première ligne le Bourgogne et le Champagne:
Notre orteil est ton but, adversaire divin.
Et constamment, hélas ! tu nous vaincs dans la lutte :
Ce qu’Hugo dit de l’eau peut se dire du vin :
— Perle avant de tomber, et goutte — après la chute !
Le cidre, bu en trop grande quantité, peut aussi aider au développement de la goutte.
Voilà pour les boissons fermentées. Quant aux boissons distillées, il semble qu’elles soient impuissantes à engendrer la disposition goutteuse, car la goutte est très rare en Russie, en Irlande, én Écosse, dans l’Allemagne du nord, pays où l’on consoname d’énormes quantités d’eaux-de-vie de toute nature.
Quant aux aliments, nous dirons avec Lécorché : « qu’une alimentation trop azotée d’une part, une alimentation trop épicée d’autre part, telles sont les deux conditions qui favorisent le développement de la goutte. » En effet, l’abus de la viande, très riche en principes azotés, agit en produisant dans le sang un excès d’acide urique et nous avons vu, en comlaençant, que c’est de cet acide que dérivent toutes
les manifestations goutteuses. D’autre part l’excès d’assaisonnement, détermine une irritation chronique de l’estomac et du foie, et nous savons que c’est par ces dèux organes que se déroule tout le fil de la diathèse uri(fue.
Aussi les hommes politiques, les hommes de lettres, les magistrats, les médecins, sont-ils fréquemment atteints de la goutte, la gourmandise ayant de tout temps été regardée comme leur péché mignon.
Les habitudes sédentaires ont aussi une influence incontestable sur la production de la goutte; il en est de même de l’abus des travaux intellectuels, et Sydenham a eu raison lorsqu’il a écrit.: Articulais, hicce morbus qitod mihi aliis que solatio esse possit, sapientes plures interemü quamfatuos; ce qui veut dire qu’il se console d’être goutteux en pensant que la goutte sévit davantage sur les gens d’esprit que sur les imbéciles. L’abus des plaisirs vénériens prédispose également à cette terrible affection et Hippocrate en avait déjà fait l’observation, car il a écrit : Eunuchi non laborant podagra, les eunuques ne souffrent pas de la goutte.
Très exceptionnelle dans l’enfance, puisque Trousseau ne l’a observée qu’une fois chez un enfant de six ans, et Debout chez quelques enfants de 10 à 15 ans, la goutte ne se montre guère avant 25 ans ou 30 ans lorsqu’elle est héréditaire, et c’est de 30 à 50 ans qu’elle est la plus fréquente. Elle est excessivement rare chez la femme, puisque, dans une statistique faite par l’Académie de médecine et portant sur 80 cas, on comptait 78 hommes et seulement 2 femmes. Cependant à Rome, à l’époque de la décadence et de la plus immense débauche, les femmes, qui dépassaient en luxure tous les dév bordements possibles des hommes, furent frappées de goutte en masse, ainsi que le constate Sénèque dans ses lettres.
Disons enfin, pour en finir avec l’étiologie que, très fréquente en Angleterre , moins fréquente en France, beaucoup moins en A.llemagne et en Russie, la goutte est très rare en Écosse, en Irlande, en Espagne et en Italie, et presque inconnue dans les pays chauds.
Quelles sont les variétés de la goutte ? — Avec la plupart des auteurs, nous diviserons la goutte en : 1“ goutte articulaire aigwè ; 2“ goutte articulaire chronique; 3® goutte irrégulière ou anomale.
1“ Goutte articulaire aiguë. — La goutte articulaire aiguë ou franche est constituée par des attaques d’une durée moyenne, de dix à quinze jours, séparées par des intervalles plus ou moins longs, pendant lesquels le malade jouit en général d’une bonne santé.
D’ordinaire, la première attaque de goutte aiguë s’annonce par quelques signes prodromiques auxquels on ne fait généralement pas assez attention. Le malade qui couve son attaque devient morose, susceptible, rageur et coléreux ; il accuse de la pe- , sauteur de tête et se plaint de ne pouvoir travailler; son appareil digestif fonctionne mal; il a de la dyspepsie flatulente, . . . enfin l’attaque de goutte éclate.
Voici, empruntée presque en entier à l’admirable Traité de la goutte de Sydenham, l’iUustre goût-
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teux, la description de l’attaque de goutte aiguë : L’attaque de goutte aiguë débute brusquement, en général les douleurs apparaissent pendant la nuit. Vers deux heures du matin le malade est réveillé par une douleur qui se fait sentir dans l’un des gros orteils, quelquefois aussi au cou-de-pied ; cette douleur ressemble à celle qui accompagne la dislocation des os, avec la sensation d’une eau tiède répandue sur la partie malade; bientôt après, il survient une fièvre légère. La douleur, d’abord supportable, augmente peu à ‘peu ; vers le soir elle parvient à son plus haut degré ; etle ressemble tantôt à une tension violente ou à un arrachement des ligaments, tantôt à celle que cause la morsure d’un chien, ou encore à celle qui est produite par une violente compression. La partie malade est sensible à ce point que le poids même des couvertures est insupportable; les veines sont gonflées, saillantes; le malade fait mille efforts infructueux pour trouver une position qui diminue ses souffrances. La douleur ne cesse que vers les deux ou trois heures du matin, après avoir duré vingt-quatre heures ; alors le malade éprouve tout à coup un soulagement qu’il attribue à la position dans laquelle il est parvenu à mettre la partie souffrante; il lui prend ensuite une douce moiteur et il se laisse aller au sommeil. A son réveil, la douleur est encore fort diminuée.; la partie malade est tuméfiée, la peau présente à ce niveau uhe teinte rouge, violacée, et pendant quelques jours il reste de la douleur qui augmente le soir et diminue le matin; peu de jours après l’autre pied se prend à son tour, d’autres articulations peuvent aussi devenir douloureuses. Chez les sujets vigoureux, l’attaque de goutte ne dure que douze on quatorze jours; chez les vieillards et chez les sujets affaiblis par des attaques antérieures, elle peut se prolonger pendant deux mois et plus. Lorsque l’attaque est finie, la tuméfaction du pied se dissipe, et il survient, particulièrement au niveau des orteils des démangeaisons insupportables et l’épiderme s’exfolie.
La fièvre, que Bouchard a appelée fi'evre goutteuse, accompagne l’accès, entraînant de la soif, de l’anorexie, de la constipation. Les urines sont rares, troubles, très rouges, chargées d’acide urique et d’urates, parfois légèrement albumineuses, la miction s’accompagne d’une sensation de cuisson plus (iu moins vive.
Lorsque l’attaque est terminée, tout rentre peu à peu dans l’ordre : les articulations reprennent leurs mouvements, mais leur souplesse ne redevient complète qu’au bout de plusieurs jours, quelque fois plusieurs semaines; le malade retrouve ses forces’ en même temps que son appétit, et son état général devient excellent, meilleur même qu’avant l’accès.
Une première attaque de goutte reste rarement isolée. La diathèse goutteuse peut bien sommeiller pendant plus ou moins longtemps, quelques mois ou quelques années, grâce à un régime approprié et à une hygiène rigoureuse; mais, chez bon nombre d’individus, de nouvelles attaques peuvent se produire au bout de quelques semaines à peine sous l’influence d’une excès de table, d’une indigestion, d’un refroidissement, d’une émotion, ou
encore d’une violence extérieure, d’un choc d’ entorse, ou même simplement d’une chaussnî'^ trop étroite.
Ces nouvelles attaques, en se rapprqphant au» mentent de durée et en même temps diminuent d’intensité. Elles envahissent plusieurs articulations* celles-ci subissent des déformations; des dénôu tophacés se forment sur leur pourtour, et tout cela aboutit à la goutte chronique.
Goutte articulaire chronique. — La goutte chronique n’atteint en général que les gens âgés. Elle est caractérisée par des attaques plus ou moins franches, de longue durée, ne laissant jamais les malades complètement libres dans leurs intervalles. Un grand nombre d’articulations sont envahies! Celles-ci se déforment, grâce à des dépôts tophacés qui se produisent autour d’elle ; chez plusieurs malades, ces dépôts se forment, non seulement autour des articulations, niais encore dans les bourses séreuses de ces articulations qui se déforment et s’ankilosent, et parfois jusque dans le tissu cellulaire des membres.
Les iophiis, constitués par des concrétions d’urate de soude, d’urate et de phosphate de chaux, durs, blanchâtres, non douloureux à la pression, si ce n’est pendant les accès, prennent la formé de petites tumeurs bosselées, irrégulières dont le volume varie de celui d’un petit pois à celui d’une noisette ; ils se déposent de préférence aux mains, symétriquement de chaque côté des articulations des doigts ; ils peuvent atteindra aussi la peau qui, alors, rougit, s’arnaincit, s’ulcère' et donne issue à une matière ayant l’aspect de la couleur blanche à l’huile, ainsi qu’à des fragments durs de ces dépôts calcaires. Trousseau a donné la dénomination aussi ingénieuse que pittoresque de gravelle de la peau à cette élimination des concrétions tophacées à travers les ulcérations cutanées.
En dehors des lésions locales dont nous venons de parler, la goutte chronique exerce sur la plupart des fonctions et sur l’état général un retentissement fâcheux. Les malades ont des troubles gastriques, de la dyspepsie, des hémorrhoïdes, des douleurs hépatiques et néphrétiques; ils digèrent mal, s’anémient, s’affaiblissent; leur caractère change ; ils deviennent tristes, maussades, acariâtres, grincheux, insupportables à eux-mêmes et aux autres. Leurs urines sont abondantes, pâles, assez souvent abumineuses, et les proportions d’acide urique qu’elles contiennent sont sensiblement diminuées.
Goutte irrégulière ou anomale. — La goutte, dans 1 intervalle de ses attaques articulaires , peut faire explosion sur différents organes, sans qu’on puisse préciser sous quelle influence ; sur les reins, eUe détermine les néphrites albumineuses ; sur les bronches, elle donne lieu à un catarrhe chronique; sur le cœur, elle affecte les gros vaisseaux et la membrane séreuse qui tapisse les cavités internes; sur le cerveau, eUe amène des congestions et des hémorrhagies cérébrales; quelquefois, enfin, eUe peut se transformer en névroses comme l’asthme, la sciatique, l’angine de poitrine. 11 est facUe de comprendre, d’après cela, combien la goutte régulière qui se fixe sur les articulations est préférable
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à la goutte irrégulière qui frappe les organes les plus fragiles et les plus essentiels de la vie. La première est douloureuse, elle paralyse les articulations; la seconde est fatalement dangereuse et amène toujours brusquement, à un moment donné, une terminaison funeste. C’est ce qu’on appelle la gmdte remontée. ‘ ^
Quel est le traitement de la goutte? — Il comprend : A. le traitement de l’accès de goutte aiguë franche; — B. le traitement de la goutte chronique; — C. le traitement de la diathèse goutteuse.
A. Traitement de l’accès de goutte aiguë franche. — Plusieurs modifications ont été proposées contre l’accès de goutte aiguë franche ; 1“ les antiphlogistiques locaux ; 2“ les analgésiques ; 3° les médicaments dérivatifs ; 4“ les nrédicaments arthritiques.
1“ Antiphlogistiqües locaux, — Parmi les antiphlogistiques locaux, nous citerons les vésicatoires, les sangsues, le froid.
Les vésicatoires ont été préconisés par Garrod et Charcot comme un moyen efficace pour enrayer l’inflammation goutteuse et d’un emploi inoffensif, pourvu qu’ils soient de petites dimensions.
Les sangsues appliquées sur les articulations envahies par la goutte aiguë sont un moyen efficace, 1 mais dont nous ne sommes pas trop partisan, à cause de la rigidité plus ou moins prononcée de l’articulation qui suit leur application.
Quant au froid, sous forme de compresses imbibées d’eau froide, ou sous forme de glace pilée, il est incontestable qu’il calme sensiblement les douleurs, mais son application est parfois suivie d’accidents graves qui nous font rejeter son emploi.
2“ Analgésiques. — Parmi les médicaments analgésiques préconisés contre les douleurs terribles de la goutte, nous citerons l’opium, la belladone, la morphine et la quinine. L’opium a l’inconvénient de diminuer l’activité sécrétoire, aussi la belladone est-elle préférable, ainsi que le dit Garrod. Quant à nous, avec plusieurs médecins, nous conseillons plutôt les injections hypodermiques de morphine pratiquées /oc<» do/' n/z, qui arrêtent presque instantanément les douleurs articulaires. La quinine, administrée sous la forme si commode des c:>psules de quinine Pelletier, rend aussi de très grands services comme analgésique, mais son effet est moins rapide que celui des injections hypodermiques de morphine.
3° Médicaments déiuyatifs. — Quelques médecins sont partisans d’administrer des purgatifs dans l’attaque de goutte aiguë. Pour nous et pour la grande majorité, ils sont absolument contre-indiqués, les uns., comme le d’t avec raison le D-- Souligoux, parce qu’ils ne peuvent que faire dériver de son évolution normale l’inflammation goutteuse de la jointure envahie, les autres, comme exposant à des accidents d’intoxication dues à l’insuffisance des fonctions éliminatrices du rein, chez les goutteux frappés de néphrite chronique atrophique.
4“ Médicaments arthritiques. — Le colchique ,1e salicylale de soude, le carbonate de lithine, tels sont les principaux médicaments arthritiques, dont l’efficacité contre la douleur des accès de goutte est de beaucoup la plus remarquable. Le colchique peut être administré seul sous forme de teinture, ou bien sous forme de drop anti-youlteax Boubée, Dictionnaire popduihe be Médecine dsdelle.
dont il fait la base ; le salicylate de soude sous forme de solution du Clin ; la lithine sous forme de carbonate de lithine effervescent de Le Perdriel (V. ces mots).
B. Traitement de la goutte chronique. — Dans la goutte chronique, c’est aux médicaments déjà employés contre la goutte aiguë qu’on doit s’adresser, lorsque des excurbations douloureuses surviendront du côté des articulations.
C. Traitement de la diathèse goutteuse. — « On ne saurait mettre en doute, dit Garrod, la grande importance de l’hygiène et d’un régime sagement réglé pour prévenir le retour des accès de goutte chronique, » et il ajoute qu’il ne manque pas d’exemples de goutteux qui ont été débarrassés de leurs attaques à partir du jour, où, tombés dans la misère, ils ont été obligés de subvenir à leur existence par un travail soutenu. Notre maître et ami le professeur Germain Sée attribue une influence prépondérante à l’alimentation de luxe dans le développement de la goutte. L’individu en puissance de diathèse goutteuse devra donc suivre ce que nous appellerons un régime mixte, ni trop nourrissant, ni trop débilitant;- ses repas seront réguliers et la quantité d’aliments substantiels proportionnée à sa faculté digestive et à la somme de travail physiqu qu’il fournit chaque jour.
Aliments défendus : — comme viandes, le porc, les volailles, le gibier, les viandes de haut goût ; — comme poissons, les poissons de mer en général (à l’exception de ceux dont la chaires! reconnue de digestion facile), les crustacés (crevettes, homards, langoustes); — comme légumes, les asperges, les tomates, l’oseille et les légumes secs; — corn me fruits lès pommes et les poires; — comme boissons, les vins alcooliques (Madère, Xérès, Porto, Champagne, Bourgogne), les bières fortes telles que les bières anglaises et les bières du nord, toutes les eaux-devie et les liqueurs (kirsch, chartreuse, kummel, etc.).
Aliments permis : — comme viandes, les viandes de boucherie seules, préparées sans sauces et sans aucun raffinement culinaire, mais simplement rôties ou grillées; — comme poissons, tous les poissons d’ea,u douce à volonté, y compris le saumon, quoique Garrod le proscrive, à la condition toutefois de n’en pas manger souvent, les huîtres ; — comme légumes, les épinards, la chicorée, les nkvets, les haricots verts, et en général les légumes verts dits rafraîchissants ; — comme desserts, les prunes, les raisins et autres fruits diurétiques; — comme boissons, les vins blancs ou mieux rouges de Bordeaux, légers, coupés d’eau de Fougues, de Royat, d’Heucheloup, de la Preste, de Saint-Galmier, de Vichy, etc.; les bières légères; le café et le thé, en infusions peu concentrées; enfin, le lait, qui est en même temps un diurétique très puissant et inoffensif et le meilleur sédatif de l’esiomac.
Le goutteux, chaque fois que son mal le laisse tranquille, doit faire beaucoup d’exercice, en plein air autant que possible, des promenades à pied ou à cheval, plutôt qu’en voiturq, chasser pendant la saison, mais toujours sans surmenage et sans aller jusqu’à la fatigue. U se trouvera bien, également, des frictions sèches sur la peau, et dé Fhydrothérapie». D' padl labahthe,
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