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et auxquels les Sarrasins avaient crevé les yeux. Mais il est démontré que cette création remonte à une époque antérieure et que le pieux monarque donna, en réalité, un commencement d’organisation et accorda certains privilèges à tme association d’aveugles déjà existante. Dès le XI' siècle, il y avait une confrérie pour les aveugles qui possédait, avant 1250, un terrain situé à peu près sur l’emplacement actuel de la rue de Rohan. Le roi saint Louis acheta pour elle un terrain voisin et chargea, en 1254, Eudes de Montreuil de reconstruire la maison. En 1269, saint Louis donna aux Quinze-Yingts une rente annuelle et perpétuelle de 30 livres parisis « ad o-pus polagny). Par la même lettre, il décida que le nombre des Quinze- Vingts (trois cents aveugles) serait toujours maintenu complet, et que l’administration de l’hospice était confiée au grand aumônier du roi avec droit absolu, pour lui et ses successeurs, de nommer aux places vacantes. En 1779, les Quinze-Vingts furent transférés dans l’ancien Hôtel des Mousquetaires noirs, où ils se trouvent encore (28 j rue de Charenton). Un décret de 1790 mit les frais d’entretien de cet établissement à la charge de l’État ; par un autre décret de l’année suivante, sa gestion fut remise à lautorité séculière. Replacé, pendant la Restauration, sous la direction du grand aumônier, il est rentré, après 1830, dans les attributions du ministère de l’Intérieur.
Dans son état actuel, la maison des Quinze-Vingts, contient un chiffre fixe de 300 aveugles, pensionnaires internes de l’un et de l’autre sexe pouvant occuper, chacun avec sa famille, un logement particulier, et recevant, de plus, une distribution gratuite et quotidienne de 623 grammes de pain ainsi qu’un secours journalier de 1 fr. 50 centimes. A cette rétribution en argent, vient s’ajouter un supplément si l’aveugle est marié ou s’il a des enfants au dessous de 14 ans. Là ne se borne pas l’action charitable de cet établissement; il accorde, en outre, à 1,730 aveugles externes des pensions annuelles et viagères de 100, 150 et 200 francs.
Toutes les nominations, soit à l’internat, soit aux pensions d’externes, sont faites par le ministre de l’Intérieur.
Pour être admis à participer aux secours annuels, il faut : 1“ Justifier de sa qualité de français ; 2“ produire son acte de naissance et être âgé de 21 ans au moins (le grand nombre de candidats en instance ne permet pas, toutefois, de secourir les aveugles ayant leur trentième année) ; 3” être atteint d’une cécité complète et incurable attestée par la production d un certificat délivré, dans les départements, par un médecin désiré par le préfet ou sous-préfet du domicile du pétitionnaire. A Paris, le postulant peut se présenter, pour obtenir ce certificat, à la visite du médecin en chef des Quinze-Vingts, qui a lieu dans 1 étabbssement tous les jours de la semaine, à 1 exception du vendredi et des jours fériés, de 1 heure a heures; 4° être dans un état d’indigence cons te par une déclaration du maire du domicile.
L admission à l’internat n’est prononcée qu’en faveur d aveugles ^és de quarante ans au minimum e qui, ayant fait successivement partie des deux Classes de pensionnaires externes à 100 et 150 francs se trouvent, au moment de la demande, dans la
classe des pensionnaires externes à 200 francs. Pour l’internat, comme pour les secours annuels, les choix ont lieu parmi les aveugles dispersés sur toute l’étendue du territoire.
Désireux d’ajouter encore à son antique renommée, en se constituant le répartiteur de nouveaux bienfaits, l’établissement national des Quinze-Vingts, sous la direction active et intelligente de M. Pépbau, s’est adjoint récemment deux importantes fondations : la Clinique nationale ophtalmologique et la Société nationale d’assistance pour les avev^ gles travailleurs.
La Clinique nationale ophtalmologique a pour but de donner gratuitement des soins préventifs aux indigents de l’un et de l’autre sexe, français ou naturalisés, menacés de cécité. Cette clinique hospitabse dans ses chambres ceux dont l'affection nécessite un traitement particulier, et qui sont porteurs d’uû certificat médical attestant leur maladie et d’un certificat d’indigence délivré par le maire de leur domicile. Des dispositions ont été arrêtées par les compagnies de chemins de fer pour le transport, à prix réduit, des malades indigents autorisés à se. faire traiter à la Clinique nationale.
Quant à la Société d’assistance pour les aveugles travailleurs, son but est de soustraire à la mendicité le plus grand nombre possible de ces infortunés, en leur assurant des moyens de travail et de secours suffisants. Cette Société, dont les statuts ont été approuvés le 4 août 1881, a ouvert, le l'”' octobre dernier, sa première école enfantine d’aveugles ; elle a voulu ainsi assurer, dans la limite de ses moyens., d’action, les prescriptions de la nouvelle loi sur l’enseignement primaire, et faciliter la tâche de l’Institution nationale des Jeunes Aveugles et des autres établissements charitables qui donnent à ces déshérités le bienfait de l’éducation et de l’instruction. Cettê école reçoit tous les enfants de 5 à 10 ans qui lui sont confiés. Le prix de la pension est de 500 francs par an et celui du trousseau de 300 francs.
Institution nationale des Jeunes Aveugles. — Les généreuses tentatives, successivement faites en vue de tirer parti de l’intelligence de l’aveugle, ont eu pour résultat de démontrer que le toucher est pour lui ce que l’œil est pour le voyant. Les doigts de l’a- ■ veugle touchent, mais son âme sent, et les impressions qu’il reçoit sont d’autant plus vives qu’elles ne se succèdent pas avec rapidité. D’où cette réflexion de Diderot dans sa lettre sur les aveugles : « Les sensations que l’aveugle prend par le toucher sont, . pour ainsi dire, le moule de toutes ses idées, et je ne serais pas surpris qu’après une profonde méditation il eût les doigts aussi fatigués que nous avons la tête ».
C’est dans la constatation même de ces derniers faits que repose l’idée fondamentale des procédés en usage pour apprendre à l’aveugle à lire par le toucher, comme le voyant apprend à lire par la vue. Aux signes ordinaires en relief, dont Valentin Haûy fut l’inventeur, vers 1784, furent plus tard substitués des signes particuliers ou système d’écriture au moyen de points saillants imaginés par Rarbier et ; perfectionnés par Eraillé.
j L’Institut des Jeunes Aveugles fut fondé en 1791 et organisé par un décret du 10 thermidor an III.