AZY
eide azotique ou nitrique n’est pas très fréquent et dans presque tous les cas observés il était le résultat d'un suicide.
Aussitôt après son ingestion,- l’acide azotique détermine une série d’accidents caractéristiques. On constate tout d’abord sur les lèvres des tacbes jaunes ocrées ; la bouche est blanchâtre, la langue tuméfiée et jaune citron. Le malade éprouve la sensation d’atroces brûlures dans la bouche et la gorge, une irritation très vive du tube digestif accompagnée de violentes douleurs épigastriques et abdominales; puis surviennent des vomissements sanguinolents et glaireux, mélangés, dans les cas graves, de débris de muqueuse gastrique et œsophagienne ; des envies fréquentes d’uriner avec ténesme vésical; une soif ardente. Le malheureux empoisonné est dans un état d’angoisse extrême, son pouls est petit, fréquent, irrégulier; il est abattu, le délire s’empare de lui et fait redouter une mort prochaine.
Le traitement de l’empoisonnement par l’acide azotique consiste tout d’abord à faire vomir le malade ; à lui faire boire ensuite une grande quantité d’eau albumineuse ou d’eau mélangée de 20 à 30 grammes de magnésie calcinée ou de craie délayée ; ou bien à lui faire avaler une solution de bicarbonate de soude, afin de neutraliser l’acide et de lui enlever ainsi sa propriété caustique. Contre les douleurs vives, on administre les préparations d’opium. Puis, le médecin institue le traitement des lésions produites par la substance toxique sur les divers organes.
Hygiène professionnelle. — La fabrication de l’acide azotique est accompagnée d’un abondant dégagement de vapeurs nitreuses qui exercent sur les ouvriers une action délétère. Ceux-ci sont atteints d’accès de toux convulsive, de sufibeation, de bronchites graves, de corysas intenses et d’ophthalmies. On observe encore chez eux des vomissements et des symptômes de gastrite aiguë. Aussi la fabrication de l’acide azotique est-elle comprise dans la troisième classé des industries insalubres, et la loi de 1875 interdit d’y employer les enfants.
Le meilleur moyen d’éviter tous les accidents que nous venons d’énumérer, consiste à condenser avec soin les vapeurs nitreuses dans une série de bom- ■ i)onnes remplies de pierre ponce humectée, d’après la méthode de MM. Plisson et Devers, puis à ventiler
les ateliers d’une façon constante à l’aide d’une ch minée, haute d’au moins 40 mètres, avec laqupji' sont aussi mis en communication les appareils condensation.' ®
L’acide azotique est employé par les bijoutiers les graveurs à Veau forte, les doreurs, les orfèm-^ les, joailliers, etc. Les ouvriers qui sont employés dans les fabriques d' acide sulfurique-, d'acide arsenique, de nitro-benzine, etc., sont aussi exposés aux vapeurs d’acide azotique (V. ces mots). *, D-- pacl Labarthb.
AZOTURIE. — Nom donné à un état pathologique, spécial dans lequel les urines contiennent une bien plus grande quantité d’un principe azoté, appelé urée, qu’à l’état normal. L’azoturie est un symptôme du diabète et de la polyurie (V. ces mots), p. l.
AZYGOS. — Nom donné par les anatomistes à deux veines, l’une considérable, la grande veine azygos, qui est située à droite et en avant de la colonne vertébrale, s’étend des premières vertèbreslombaires à la troisième vertébré dorsale et fait communiquer la veine cave inférieure avec la veinecave supérieure dans laquelle elle se jette; l’autre, la petite veine azygos, qui tire son origine des veines vertébro-lombaires et se jette dans la grande veine • azygos, en se portant de bas en haut sur la partie latérale gauche de la colonne vertébrale. P. l
AZYME. — Le pain azyme, connu plus communément sous le nom de pain à chanter, hostie, oublie,, est une pâte faite avec de la farine cuite sans levain, et disposée en feuilles minces, destinées à masquer le goût de certains médicaments, principalement les poudres, et à faciliter leur administration: Pour seservir du pain azyme, on mouille légèrement sa surface avec un peu de salive, afin de le ramollir, puis on verse dans son centre la poudre à avaler, on replie les bords sur la poudre, de façon à la couvrir entièrement, on place le bol ainsi obtenu sur la langue et on l’avale par un mouvement rapide de déglutition. Il est utile, de boire, aussitôt après, une gorgée d’eau pour faciliter sa descente dans l’estomac. En 1872, un pharmacien distingué de Paris, M. Limousin a eu l’ingénieuse idée de fabriquer avec du pain azynae des cachets médicamenteux, très commodes, appelés Cachets médicamenteux Limousin (V: ce mot). -D' Paul Labarthe.
BACILLE. — (Voyez Microbe, Vibrion).
BACTÉRIE. — (Voyez Microbe, Vibrion).
BADIANE. — (Voyez Anis étoilé).
BADIGEONNAGE. — Nom donné à une méthode thérapeutique, qui consiste à étendre sur une partie de la peau ou d’une membrane muqueuse, à l’aide d’un pinceau, une substance médicamenteuse quelquefois demi-solide, mais le plus souvent liquide, soit dans le but de soustraire cette partie au contact de l’air, ou d’exercer sur elle une certaine compression, comme lorsqu’on fait un badigeonnage au collodion ; soit pour produire une action révulsive sur la peau, comme lorsqu’on la badigeonne à la teinture d’iode ; soit enfin pour modifier une surface cutanée ou muqueuse, malade ou ulcérée, p. l.
BAGNÈRES-DE-BIGORRE (eaux minérales de). — (V. Bigarre).
BAGNËRES-DE-LUCHON (eadx minérales de) — (V. Buchon).
BAGNOLES (eadx minérales de). — Bagnoles est un village de l'Orne, situé à 25 kilomètres d’Alençon, dont les eaux minérales, d’une température de 27“, faiblement sulfureuses, sont employées contre les rhumatismes, certaines affections gastro-intestinales, et certaines paralysies.
Outre ses eaux sulfureuses. Bagnoles possède aussi deux sources ferrugineuses faibles, qui ne sont presque pas utüisées. P. l.
BAGNOLS (EAUX MINÉRALES DE). — Bagnols est un petit village de la Lozère, à 20 kilomètres de Mende, dont les eaux sulfurées sodiques thermales sont employer dans les affections rhumatismales, les affections dartreuses et scrofuleuses,, les affections chroniques de l’appareil respiratoire. p. l.
baignoire (Voyez
BAILLEMENT. — Nom donné par les physiolo¬
gistes à une inspiration longue, graduelle, lente, souvent indépendante de la volonté, accompagnée d’un écartement considérable des mâchoires, et suivie d’une expiration également longue et lente et plus ou moins bruyante. Pendant le bâillement, le bord libre du voile du palais est appliqué contre la paroi postérieure du pharynx ; il ferme ainsi les voies nasales à la sortie de l’air, et celui-ci ne sort plus que par la bouche. Le voile du palais se tend dès le commencement, du bâillement, au moment où la bouche se referme. Le lecteur peut faciiement sentir sur lui-même ce mouvement convulsif; il peut aussi le constater de visu, en bâillant devant une glace, tandis qu’il déprime légèrement sa langue.
On considère en général le bâillement comme un acte instinctif occasionné par un embarras de la respiration, ou un ralentissement survenu dans cette fonction, et qui semble avoir comme conséquence directe d’introduire dans les poumons une plus grande quantité d’air.
Le bâillement peut survenir dans des conditions diverses. Ainsi, lès modifications qu’éprouve la respiration en passant de la veille au sommeil et réciproquement, excitent le bâillement quand on est sur le point de s’endormir et lorsqu’on s’éveille. Les femmes sujettes aux attaques de nerfs, bâillent presque toujours au commencement et à la fin de l’accès. L’ennui, le désœuvrement, la faim, les digestions laborieuses, les malaises, les états morbides de nature spasmodique, la fatigue, déterminent le bâillement. Enfin, chacun, sait que l’imitation et le souvenir peuvent, aussi provoquer le bâillement, surtout chez les femmes et les enfants ; d’où le proverbe : Un bon bâilleur en fait bâiller deux.
Chez certains individus, le bâillement se produit d’une façon si opiniâtre que sa répétition fréquente constitue une véritable infirmité. Pour s’empêcher de bâiller, certains médecins conseillent de retenir quelque temps la respiration ; d’autres, au contraire, recommandent de faire une grande inspiration. Chez une jeune fille atteinte de bâülement en quelque sorte incoercible, Ballenand eut recours à deux vomitifs, à la suite desquels l’infirmité disparut complètement. Enfin, le bâillement peut dans certains cas déterminer une luxation de la mâchoire infé-
BAI
BAI
rîeure, et cette luxation une fois produite chez un individu peut récidiver plusieurs fois (Y. Mâchoire). D’où encore ce vieux dicton : Bâiller à se désarticuler la mâchoire. D' Paul Labarthe.
BAIN. — Le bain est l’immersion plus ou moins prolongée du corps, en totalité ou en partie, dans un milieu liquide, solide ou gazeux. Mais dans f mense majorité des cas on désigne de ce nom 1 immersion dans un liquide de composition et de température variables. . , A •
L’immersion générale- du corps constitue le bain entier-, l’immersion partieUe constitue, suivant la partie immergée ; le demi-bain, le bain de siege, le manuluve, le pédiluve, etc.
Les bains remontent à la plus haute antiquité et ont été employés par tous les peuples anciens et modernes au double point de vue de Lhygiene et du traitement des maladies. Ils ont subi des modifications en rapport avec le climat, la température, les milieux et les besoins à satisfaire. Aux temps anciens le bain était déjà entouré d’un grand luxe et de recherches de tout genre ainsi que nous le prouvent les descriptions des poètes grecs ; ce luxe ne fit que croître chez les Romains qui le poussèrent à un degré extrême. La peinture, la sculpture, les mosaïques embellissaient les Thermes dont les dimensions étaient parfois gigantesques : 3,000 personnes, dit-on, pouvaient se baigner dans les thermes de Garacalla.
Moïse, Mahomet, avaient ajouté une sanction religieuse à l’indication hygiénique du bain. Le christianisme au contraire proscrivit les bains qui penfiant tout le moyen âge disparaissent presque en tant qu’usage général. Les croisés rapportèrent d’Orient l’habitude des bains; mais ce n’est que depuis deux siècles à peine que les pratiques balnéaires ont été répandues véritablement.
Les bains, avons- nous dit, se divisent en bains liquides, solides et gazeux. Si nous suivons la classification d’Ossian Henry, nous voyons que les bains liquides se divisent en : bains simples qui comprennent les bains d’eau douce (pluie, rivière, source, puits) et les bains d’eau salée (eau de mer, eaux minérales naturelles ou artificielles) — e,i bains composés ou médicamenteux. Ces derniers comprennent les bains aromatiques (plantes aromatiques, vin, alcool) — les bains excitants (moutarde) — les bains émollients (son, amidon, fécule, petit lait et lait), les bains fortifiants (gélatine, huile, sang, bouillon, etc.),
Les bains solides se divisent en bains solides proprement dits (sable, cendre, amidon) et bains demiliquides (boues minérales, marcs de raisins, d’olives, fumier).
Les bains gazeux sont secs (air sec, chaud, comprimé, mercuriels, sulfureux, iodés, résineux, etc.) ou humides (vapeur simple ou chargée de principes médicamenteux).
De tous ces bains les plus importants sont naturellement les bains d’eau simple qui sont de deux ordres :
1° Les bains en équilibre avec les fonctions de l’organisme. Ceux-là sont plus spécialèment du ressort de l’hygiène et constituent lesbains de propreté ;
2° Les bains non équilibrés qui agissent par dation, par froid ou par chaud et remplissent ains^ un but médical.
L’étude des bains d’eau simple comporte de nombreuses questions relatives à la température, la durée, les effets physiologiques, les indications Nous ne pouvons ici que les résumer rapidement' Malgré les variétés individuelles dépandant des habitudes, de l’âge, du sexe, de la constitution, on doit considérer que de 10“ à 20“ le bain est froU de 20“ à frais, de 28“ à 33“ tiède, de 33“ à 40» chaud, de 40“ à 43“ très chaud. Les effets physiologiques varient naturellement avec la température.
Bains froids. — Pour comprendre l’action dû bain froid, il faut se rappeler quels sont les effets du froid modéré sur l’organisme.
Le froid agit sur la sensibilité tactile en déterminant une impression douloureuse qui, lorsque le froid est vif, peut aller jusqu’à l’anesthésie. L’insensibilité persiste un certain temps après la cessation de l’action du froid, ce qui permet de frictionner la peau avec des linges rudes sans que le patient en ressente de la douleur. L’immersion dans l’eau froide est moins désagréable si l’on entre dans l’eau rapidement que si l’on y entre lentement et progressivement, parce que dans le premier cas la sensation est généralisée et par conséquent moins distinctement perçue.
La tolérance pour le froid s’établit progressivement après la première impression; ce phénomène trouve son explication dans la diminution de la conductibilité des impressions par suite de l’abaissement de la température des nerfs, fait mis en relief par les belles expériences d’Helmoltz.
En même temps l’eau froide abaisse la température du corps qui, d’après les expériences de Currie, ne peut dépasser certaines limites.
Il est arrivé à faire descendre la température du corps à 29“,44; mais ce point représente l’extrême limite qu’on ne peut atteindre sans danger de mort. Il va sans dire que certaines parties du corps, la main, par exemple, peuvent être ramenées à une température beaucoup plus basse.
L’activité des combustions respiratoires est d’autant plus grande que la température à laquelle lé corps est soumise est plus basse; mais il ne faut pas en conclure qu’il y ait pour cela amélioration des mouvements respiratoires ; ceux-ci sont au contraire ralentis dans le bain froid, seulement les respirations sont plus amples et plus profondes. En même temps la circulation est ralentie, le pouls didiminue de fréquence. Il est vrai que dès le début de l’application froide, les battements du cœur s’accélèrent, mais ils se ralentissent bientôt et deviennent d’autant moins fréquents que la température de l’eau est plus basse. Ce double effet est dù à une action réflexe.
La pâleur de la peau qui se produit sous l’influence du froid est due à une contraction des vaisseaux capiUaires. Lorsque l’abaissement de température continue d’agir, la pâleur de la peau cesse et fait place à une rougeur qui indique une stagnation du sang dans les vaisseaux. Cette stagnation nous paraît être plutôt le résultat d’une action réflexe que I de la moindre flexibilité des globules sanguins ou de
BAI
BAI
l’épaississement de la partie liquide du sang, ainsi que le voudraient quelques auteurs. La contractilité musculaire est en même temps diminuée.
L’eau froide appliquée sur la peau agit sûr tous les viscères en déterminant des actions réflexes dans toutes les régions innervées par le grand sympathique.
Les effets réflexes ne se limitent pas seulement à la circulation et à la respiration, aux mouvements péristaltiques du tube digestif et au réveil des contractions dans les voies génito-urinaires; leur action est plus étendue ; par eux les phénomènes d’absorption et de sécrétion sont modifiés, la nutrition devient plus active et l’échange de matières plus accéléré. Nous entrerons dans le détail de ces phénomènes à l’article Hydrothérapie.
Après être sorti du bain froid la réaction se fait plus ou moins rapidement, suivant l’état des forces du malade ; alors le pouls se développe et il survient un sentiment de bien-être général, accompagné d’une chaleur plus ou moins ^ûve sur toute la surface du corps. Cette réaction peut du reste être facilitée par la friction, le massage, l’exercice et l’élévation de la température du milieu dans lequel eUe se fait.
Nous voyons donc que le bain froid sera surtout tonique ou excitant chez les sujets dont la faiblesse paraît due à une torpeur générale ou une concentration des forces. Chez eux, il augmentera l’énergie du cœur et des artères, et, par suite, de toutes les fonctions de la vie animale. Plus prolongé, il sera tempérant et sédatif, en enlevant une partie du stimulus propre des nerfs. Dans certains désordres du système nerveux, le bain agira en produisant une excitation ou une sédation particulière; enfin, appliqué prudemment et localisé parfois, il sera révulsif ou répercusif quand un organe particulier est menacé de congestion ou d’hémorragie.
Les bains froids conviennent aux sujets mous et lymphatiques, dans le rachitisme, la scrofule, l’ostéomalacie, dans les leucorrhées opiniâtres, les écoulements chroniques et rebelles, l’incontinence d’urine, les pollutions nocturnes. Ils donnent aussi de bons résultats dans les ulcérations inflammatoires de l’utérus. On les a employé pour faciliter l’apparition des règles chez les jeunes fiUes chlorotiques. Mais les plus grands effets des bains froids sont obtenus dans le traitement des névroses, chorée, hystérie, tétanos.
On les emploie aussi dans la manie, la mélancolie, l’hy-pochondrie et même dans certaines formes de l’ataxie locomotrice. Enfin, nous devons mentionner leur emploi dans les phlegmasies aiguës ei dans les fièvres avec élévation considérable de h ^mpérature. Il suffit de rappeler le beau travail d( Mamice Reynaud sur le traitement du rhumatismf cérébral par les bains froids et la généralisation d{ i emploi de ces mêmes bains dans la fièvre typhoïde, ~ ^ donnent une impression anague a ceRe du bain froid, mais moindre. Ils ni instituent guère qu’un moyen hygiénique qui se O ner^e de plus en plus pendant la beUe saison nam iroid tempère la chaleur, calme la soif pen ant la saison chaude ; il fortifie les constitution! faibles et délicates.
Bains tièdes. — Ses effets sont infiniment moindres, et comme la température de l’eau est voisine de celle du corps, ce bain, quand U. s’applique à un sujet bien portant, ne fait point varier les principales fonctions de l’économie. Il n’agit que sur la peau qu’il baigne, dont il relâche les fibres contractiles et ouvre les pores. Au sortir du bain, on jouit d’un sentiment agréable de fraîcheur avec augmentation de l’appétit. Il n’est ni tonique ni débilitant; c’est le vrai bain hygiénique. Il nettoie la surface du corps, facilite les fonctions de la peau et repose les membres fatigués.
On le conseille avec avantage dans la plupart des affections vésiculeuses, papuleuses, squameuses et pustuleuses de la peau; dans la convalescence des fièvres éruptives, dans certaines fièvres et notamment dans la fièvre puerpérale. On l’emploie aussi avec succès dans la péritonite, dans l’étranglement interne ou externe, dans la blennorrhagie aiguë, enfin et surtout dans presque tout le groupe des névroses : hystérie, hypochondrie, aliénation mentale, convulsions, éclampsie.
Bains chauds. — Dès son entrée dans le bain, le malade est affecté d’une chaleur vive; la peau
Fig 137.
Baignoire avec appareil mobile pour chauffer l’eau d’un grand bain en 43 minutes, avec du charbon de bois (système Walter Lécuyer).
rougit, le visage s’enflamme; non seulement la partie du corps qui est au-dessus de l’eau transpire, mais, selon toute probabilité, il doit en être de même pour toute la partie immergée, attendu que la chaleur humide provoque la sueur et que la pression de l’eau est insuffisante pour en empêcher la sortie de la paroi cutanée. Le pouls, qui d’abord est fréquent et élevé, le devient de plus en plus, puis s’affaiblit et devient irrégulier, en même temps que surviennent des palpitations et des étourdissements. 11 faut alors cesser l’application. Le malade reprend peu à peu son état antérieur, mais se trouve très faible et l’on peut constater qu’il a perdu de son poids dans le bain.
Les bains chauds et très chauds sont prescrits toutes les fois qu’il devient nécessaire de déterminer une forte excitation à la peau. Ainsi, dans le rhumatisme chronique, les entérites, la période algide du choléra, les fièvres éruptives pour provoquer l’éruption ou pour la rappeler.
Nous devons ici indiquer rapidement la question de l’absorption cutanée dans le bain. Maret, Madden, Kœthler, Seguin, ont fait diverses expériences à ce sujet, mais c’est surtout M. Kûhn (de Nieder-
BAI
BAI
bronn) qui a démontré que l'absorption dépendait de la température du bain. Le bain sollicite le mouvement des liquides de l’extérieur vers l’intérieur quand il est frais; il provoque l’exhalation quand il est chaud. La température indifférente constitue la limite où l’ahsorption cesse et où l’exhàlation commence.
■ Pour M. WiUemin « l’ahsorption de l’eau, dans les hains simples ou diversement minéralisés est mise hors de doute par des pesées exactes faites avant et après le hain. Ces pesées ont montré qu’à la sortie d’un hain tiède de 30 à 45 minutes de durée, le poids du corps reste le plus souvent stationnaire ; dans le tiers environ des cas, il subit une faible diminution qui est généralement très^ inférieure au poids que le sujet perd dans le même temps à l’air libre. L’augmentation absolue de poids à la suite d’un bain est plus rare et faible aussi. L’analyse chimique démontre que dans un bain tiède, l’exhalation cutanée continue à se faire. L’absorption de l’eau ne semble influencée ni par la composition, ni par , la densité du liquide employé ».
n y a néanmoins des opinions contraires. Le pro¬
Fig. 138.
Baignoire avec appareil mobile posé sur une planche au bout de la baignoire, lorsque le bain est chauffé. L’eau contenue dans le double corps de l’appareil mobile sert à chauffer le linge et à réchauffer le bain (système Walter-Lécuyer).
fesseur Lœschner, de Prague, entre autres, a nié l’absorption cutanée et assigné le rôle thérapeutique dans l’emploi des bains minéralisés, à l’inhalation pulmonaire. A deux reprises, la Société d’hydrologie a entendu le rapport d’une commission chargée d’élucider ce problème ; les recherches de M. Lâurès invoquées par cette commission, tendent à la négative. D’un autre côté, M. Homolle avait signalé l’alcalisation et la diminution de densité des urines au sortir du bain simple; c’était également la conclusion de M. Sergent dans uné thèse inaugurale soutenue devant la Faculté de Paris en 1862; or, une thèse soutenue devant la même Faculté' par M. Hébert en 1861, a fourni des conclusions diamétralement opposées. M. Jamin a fait à Néris des recherches, qui n'ont pas encore résolu la question. Nous croyons,- avec M. le professeur Béclard, que ces divergences ne prouvent nullement contre le pouvoir absorbant de la peau, mais que l’élément de température d’une part et de l’autre les variations qui peuvent survenir dans l’évaporation pulmonaire, pendant la durée du bain, méritent non seulement d’être prises en considération, mais
doivent prédominer dans les recherches entreprises pour éclairer ce point de physiologie.
Bains partiels. — Ce sont des immersions localisées à telle ou telle partie du corps, dont l’action générale est proportionnelle à l’étendue de la partie immergée et à l’importance de cette partie au point de vue du réseau nerveux. Dans certains cas, l’actron indirecte du bain partiel se manifeste dans les régions non immergées, qui ont avec la première d’étroites sympathies.
Les bains partiels.s’emploient à toutes les températures comme excitants locaux, comme dérivatifs et comme révulsifs. Nous allons passer en revue les bains partiels les plus employés.
Demi-bain. — On s’en sert rarement en France. Le malade est couché dans une baignoire ordinaire dans laquelle on verse de l’eau froide jusqu’à une hauteur de 30 à 40 centimètres. La tête et la poitrine sont lavées avec de l’eau froide pendant la durée du bain, afin que les parties non immergées prennent part à la soustraction de calorique. En même temps les membres inférieurs sont vigoureusement frottés dans l’eau. A la sortie du bain, qui ne peut être que de courte durée, le malade favorise la réaction par l’exercice ou en se plaçant dans un lit préalablement chauffé. Lorsqu’on mt augmenter l’effet excitant produit par le bain froid, on commence par chauffer le malade au moyen de la douche chaude dirigée sur la partie inférieure du corps ou par des maiUotS;
Le demi-bain peut . remplacer le bain entier quand on veut soustraire à l’organisme moins de calorique et quand le malade ne peut supporter la pression exercée par l’eau sur le thorax; il peut être substitué au bain de siège quand le malade éprouve des difficultés à plier les jambes et à se placer, par conséquent, dans la baignoire spéciale ; il peut enfin être un utile adjuvant dans certaines parties des membres inférieurs.
Bains de siège. — On les administre dans des baignoires circulaires en zinc ou en cuivre, munies
Fig. m
Baignoire pour hain de siège à effet d’eau (système Walter-Lécuyer).
d’un dossier servant d’appui au malade, ou dans des baquets de même forme-renfermant de l’eau en quantité suffisante pour que le niveau s’élève Jus-
BAI
BAI
qu’au milieu de l’abdomen. Le bain de siège peut être à eau courante ou à eau dormante. Dans le premier cas, on se sert d’un vase à double fond en zinc ou en cuivre, percé sur son enveloppe interne d’me ou plusieurs rangées de trous dont les axes convergent vers le centre du bassin. L’eau s’échappe en autant de jets qui frappent le malade dès qu’on ouvre le robinet. Un trou pratiqué au fond du bassin donne issue au liquide qui se renouvelle incessamment.
Les effets des bains de siège à eau dormante sont semblables à ceux que produit l’immersion générale dans les mêmes conditions de température et
sique très prononcée : ce procédé opératoire est contre-indiqué chez les sujets qui ont de la tendance aux hémorrhoïdès ou aux hémorrhagies des organes pelviens.
Le bain de siège à eau tempérée agit localement à la façon du bain entier, à égalité de température. Son action sédative est mise à profit dans certaines excitations des organes du bassin. En résumé, le bain de siège par l’action qu’il exerce sur la tonicité et l’énergie des organes génito-urinaires est indiqué contre les affections anciennes et atoniques de ces organes. Mais il ne convient pas quand il existe des phénomènes ou des complications du côté du cœur.
Fig. 140. — Appareil de Dupont pour transporter les malades de leur lit dans la baignoire.
de durée. A une application courte et froide correspond une excitation des organes soumis au contact de l’eau ; à une application longue et tempérée correspond un apaisement de ces mênaes organes. Il est bon d’ajouter que l’action de ces bains ne se limite pas toujours au lieu d’application. Elle peut s’étendre plus loin et produire des effets dérivatifs ou sympathiques parfois très utiles.
Dans les bains de siège à eau courante, si l’eau est froide et l’application de courte durée, on réveille l’énergie des organes en activant la circulation. Si la durée du bain est prolongée, on obtiendra une action révulsive à la peau. On ne peut guère avec le bain de siège à eau courante froide avoir . que des effets excitants, révulsifs ou révolutifs; mais si l’on élève la température de l’eau, on peut multiplier les effets et rendre de grands services dans certaines maladies des organes génito-urinaires. On obtient ainsi : le bain de siège alternatif qui cons^te en application alternative d’eau chaude et d eau froide à intervalles courts et égaux. Son action excitante et révulsive très marquée le fait préférer au bain de siège froid à eau courante quand ceim-ci est mal supporté, — et le bain de siège écossais, qm consiste dans une application prolongée d eau chaude suivie d’une courte application d’un cornet deau froide utile pour vaincre certaines douleurs rebelles à cause de son action analgé-
DlCHOîfNilRE POPULAIRE DE MÉDECIKE USUELLE.
Comme agent dérivatif et de dérivation, il est utile contre les engorgements anciens des organes contenus dans l’abdomen et contre les congestions de la tête ou de la gorge. Par ces effets analgésiques il peut être utilisé contre les phénomènes douloureux qui siègent dans les régions où il est appliqué. Enfin par son action sédative ou antiphlogistique il combat elficacement certaines maladies de l’urètre et les inflammations aiguës de la vessie.
Bains de jambes. —Comme le demi-bain, dont il est un diminutif, il produit une dérivation puissante et peut être utilisé pour décongestionner les organes supérieurs et ceux qui sont contenus dans la cavité abdominale. On l’a vu réussir, dans certaines formes de goutte et de rhumatisme siégeant aux extrémités. Employé comme agent antiphlogistique ou de sédation, on doit s’abstenir de toute espèce de frictions, se servir d’eau modérément froide, 15 à 20°, et prolonger l’application assez longtemps pour éteindre tout mouvement de réaction.
Bains de pieds. — Ce sont des immersions limitées aux pieds et administrées dans des baquets spéciaux où pénètre de l’eau à ime température variable. On distingue des bains de pieds froids à eau dormarde ou courante et des bains de pieds chauds \ également à eau dormante ou courante. j Bain de pieds froid à eau dormante. — Les pied
sont placés dans un baquet où l’eau s’élève à 10 ou
âs
BAI
BAI
15 centimètres. Si l’application est de courte durée elle produit un effet excitant qui peut se transformer en un effet dérivatif, si on favorise le mouvement de réaction par des frictions énergiques sur les pieds durant l’immersion. Si l’application est prolongée elle peut produire des effets sédatifs ou antiphlogistiques, selon le degré de température de l’eau.
Bain de pieds à eau courante. — On se sert d un baquet en bois ou en métal, percé de trous nombreux et construit de façon à présenter un plan incliné destiné à faciliter l’écoulement de l’eau. Les effets de ce bain spécial ressemblent à ceux du précèdent, seulement ils sont plus accentués, plus puissants et plus prompts. Au surplus, il faut noter une action spéciale, action de nature réflexe, qui se manifeste dans les mollets, dans les cuisses et dans tous les organes du bassin lorsque les jets d’eau froide sont dirigés sur la plante des pieds. Ce bain peut être utile dans l’atonie des intestins et de la vessie, dans l’hématurie et surtout dans la ménorrhagie.
Bain de pieds chaud à eau dormante et à eau . courante. — Bain de pieds écossais. — Bain de pieds alternatif.— Les pédiluves chauds, tels qu’ils sont employés chaque jour, ont relativement peu de valeur. Sans doute le bain de pieds chaud appelle le sang aux extrémités inférieures, mais ses effets s’effacent promptement et il n’est pas rare d’observer après . son administration des phénomènes d’excitation du côté de la tête. Dans tous les cas, les effets du pédilüve chaud sont sinon incertains, du moins très passagers. Pour rendre leur action plus durable, plus efficace, il faut faire succéder au courant d’eau chaude un courant d’eau froide. Le bain de pieds écossais est ba^é sur ce principe et consiste en un courant prolongé d’eau chaude immédiatement suivi d’un courant rapide d’eau froide. Le pédilüve écossais a des effets dérivatifs puissants qui peuvent être utilisés dans la congestion pulmonaire et cérébrale. Il rend des services dans l’aménorrhée, la dysménorrhée, et possède des effets analgésiques incontestables. Il agit même en déterminant des actions réflexes qui peuvent rendre de grands services dans certaines maladies du système nerveux.
Le b ‘in de pieds alternatif est constitué par des courants alternatifs d’eau froide et d’eau chaude, qui ont une courte durée et qui frappent les pieds pendant une période de temps à peu près égale. Il a un effet excitant et peut être utilisé dans certaines maladies et notamment dans l’anesthésie plantaire.
Nous bornerons là cet article, remettant à l’article Étuve l’étude des bains de vapeur et de leurs dérivés : les bains russes, les bains turcs, maures et turco-romains. De même les bains minéraux et les bains de mer seront étudiés aux articles Eaux minérales et iVler. D' Beni-Barde.
BAIN DE PENNÉS. — On apelle ainsi, du nom de son inventeur, M. J. A. Pennés, savant pharmacien de Paris, qui a enrichi la thérapeutique de plusieurs préparations précieuses, un bain médicamenteux salin, dans la composition duquel entrent :
Le bromure de potassium, Le sulfate d'alumine
Le chlorure de barium. Le sulfate de fer ’
Le chlorure de calcium, Le sulfate de manganèse
Le fluorure de calcium, La soude bicarbonatée '
Le phosphate sodique, La soude boratée ’
éléments doués de la plus grande énergie, addi tionnés des huiles essentielles suivantes ; ’
Huile essentielle de Lavande,
Huile essentielle de Romarin,
Huile essentielle de Thym,
et le principe actif du Delphinium ou Staphisaigre Pour prendre un bain de Pennés, il faut, au moment de l’employer, verser les sels dans un verre ou un bol rempli d’eau, où on en fait une solution concentrée ; puis, dès qu’on est plongé dans le bain, on se frotte avec Cette solution jusqu’à complète dissolution des sels dans l’eau du bain, dont la température ne dépasse pas 40 centigrades. On se frictionne alors tout le corps pendant un quart d’heure, à l’aide d’une éponge, d’une brosse ou d’un tampon de laine. On reste un autre quart d’heure en repos dans l’eau, et on reprend ces frictions cinq minutes avant de sortir du bain, dont la durée variera entre 30 et 40 minutes, lors même qu’un sentiment de chaleur et de picotements viendrait à se produire.
Si l’on veut substituer les compresses ou les frictions au bain, il suffira de dissoudre le sel de Pennés dans 10 fois son volume d’eau chauffée à 40 degrés centigrades, puis tremper dans la liqueur obtenue le linge qu’on appliquera aussitôt sur le corps, ou bien une éponge avec laquelle on lavera rapidement tout le corps, en se plaçant debout au milieu d’un grand bassin de bois ou de zinc, suivant la méthode anglaise.
« l.orsqu’on fait dissoudre une dose de sel de Pennés, dans un bain chaud, écrivait le docteur Lecointe dans le Bulletin de thérapeutique, la température de l’eau s’abaisse, les sujets qui s’y plongent sentent, au bout de 10 à 12 minutes, là peau qui s’échauffe, et chez quelques-uns, à système dermi- . que très irritable, elle se flagelle de vergetures rouges qui éveillent une cuisson ; le pouls devient large, plein; les sujets accusent un sentiment de turgescence générale, et chez quelques-uns les oreilles tintent ou bourdonnent.
« A la sortie du bain, le pouls se calme, il survient quelquefois une sueur bienfaisante, douce et perlée; d’autres fois, au lieu de sueur, on observe des urines abondantes, claires, limpides. Un sentiment de bien-être s’empare du sujet, la peau devient fraîche, douce au toucher, l’appétit s’éveille et devient impérieux, et la seule expression qui puisse rendre ce qu’on éprouve : c’est une sensation de jeunesse. »
De son côté le professeur Gubler a écrit à propos de ces bains : « J’ai souvent employé les bains de Pennés, et je me suis assuré qu’ils exercent sur lapériphérie cutanée d’abord, et consécutivement sur toute l'économie, une stimulation énergique qui peut être utile dans un grand nombre d’affections. >> Depuis déjà 30 ans, les bains de Pennés sont