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Maigaiene, sur chaque bord du bec-de-lièvre, on avive en taillant un mince lambeau de haut en bas. Chaque lambeau représente une languette adhérant par sa partie la plus inférieure au moyen d un petit pédicule. On rapproche, d’une part, les bords saignants du bec-de-lièvre, qu’on maintient par la suture puis on affronte par leur surface saignante les lambeaux qu’on avait renversés ; on les réunit a leur
palais ou sur la voûte palatine, il faudra avoir re, cours aux divers procédés autoplaptiques employés en pareil cas. Lorsque la complication consiste dans la saillie en avant du tubercule osseux formé par les os incisifs, il faudra réséquer ce tubercule ou le laisser en place, selon les circonstances. Le plus souvent, on le résèque. Dans tous les cas, il faut conserver le plus de parties molles qu’il est possible de le faire. D' J--A. Fort.
Opération du bec-de-lièvre simple par lé procédé du professeur Malgaigne.
base par deux points de suture, et l’on excise leur partie terminale.
Quel que soit le procédé employé, il s’agit de maintenir en contact les bords de la plaie d’une manière convenable.
On peut affronter les surfaces' saignantes au
Fig. 167.
Opération du bec-de-lièvre double. — Incision.
moyen d’aiguilles ou d’épingles sur lesquelles on fait la suture entortillée, ou au moyen de la suture entrecoupée avec des fils cirés ou des fils métalliques. Dans tous les cas, il faut éviter l’inflammation, l’étranglement des bords de la plaie par la suture, ainsi que la déchirure des tissus. Pour cela,
Fig. 168.
Opération du bec-de-lièvre double. — Sutures.
on doit prendre la précaution de faire passer les épingles ou les aiguilles, qui traversent toute l’épaisseur de la lèvre, à une certaine distance du bord saignant, et de ne pas trop serrer les fils. Dans l’application du point de suture le plus rapproché du bord libre de la lèvre, il faut avoir soin de faire saillir légèrement les deux angles qui réunissent ce bord libre aux bords du bec-de-hèvre. On doit enlever de bonne heure les aiguilles, épingles ou fils ; généralement au bout de vingt-quatre heures.
Quant au traitement dubec-de-liè\Te compliqué, si la complication porte seulement sur le voile du
BÉCHIQÜES. — Nom donné aux médicaments qui ont pour propriété de calmer la toux, parmi lesquels nous citerons principalement les racine de réglisse, de tussilage, de guimauve; les fleurs de guimauve, de mauve, de violette, de bouillon blanc ; les dattes, les amandes, les jujubes, les raisins secs, les figues, etc. Ces divers médicaments se prennent en infusions ou en décoctions. On en fait aussi des sirops, des pâtes et des pastilles. P. L.
BÉGAIEMENT. — Le bégaiement est une difficulté de parler qui se présente tantôt au commencement, tantôt au milieu, 'à tantôt la fin des mots, et qui est ordinairement accompagnée de grimaces. Cette difficulté est caractérisée, soit par un arrêt brusque dans l’émission de la parole, soit par la répétition convulsive, plus ou moins fréquente, d’une même syllabe.
D’une façon générale, on peut dire que le bégaiement est le résultat d’une émotion violente quelconque, d’une impression cérébrale vive et inattendue. Cet ébranlement nerveux est ressenti d’autant plus vivement qu’il frappe d’ordinaire de très jeunes organismes. Le bégaiement n’apparaît, en effet, que dans la première enfance, et il est très rare de le voir débuter passé la douzième année;
La cause déterminante du bégaiement est souvent une peur, une chute, un coup violent sur la tête. Exemple : un enfant de quatre ans, en se penchant à la fenêtre, perd l’équilibre et tombe d’un premier étage; on le relève légèrement meurtri, mais il lui est absolument impossible de parler, sur le moment, tant le saisissement a été grand. Le lendemain, la
parole lui revient, mais . il bégaye. Un enfant
de dix ans est poursuivi dans la rue, par un gros chien; l’enfant fuit, se blottit dans un coin de mur et reste là, terrifié par les aboiements'du chien qui veut lui sauter dessus. On vient au secours de l’enfant, on le rassure, il se calme peu à peu. Il raconte l’incident, mais on constate que sa parole est hésitante; on met cette hésitation sur le compte du trouble momentané où se trouve l’enfant, mais l’hésitation se maintient, s’accentue, il bégaye, etc., etc.
Il n’y a pas que les émotions violentes qui puissent causer le bégaiement, et nombre d’enfants deviennent bègues par imitation. La chose se passe souvent de la manière suivante : un petit espiègle se ^ moque d’un serviteur, d’un voisin, d’un camarade i atteint de bégaiement, en contrefaisant sa manière j de parler, tant et si bien qu’au bout de fort peu de ' temps cette habitude est devenue pour lui absolument naturelle. Dans d’autres cas, l’imitation se produit involontairement par la fréquentation de personnes bègues.
La question du sexe n’est pas indifférente dans la
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production du bégaiement. Et bien que nous n’ayons que peu d’éléments d appréciation, il est possible d affirmer cependant que le bégaiement est notablement plus fréquent dans le sexe masculin que dans le sexe féminin; Dans ma pratique personnelle, je n’ai trouvé qu’un dixième de femmes bègues sur 3,000 observations environ.
Quant à la fréquence du bégaiement chez les hommes, il est facile de l’établir, au moins pour une certaine catégorie de la population masculine. Il résulte du dépouillement des procès verbaux des conseils de révision pour le recrutement de l’armée, que le nombre des conscrits exemptés pour cause de bégaiement a été de 24,695 sur 3,500,000 examinés pendant la période trentenaire de 1850 à 1880.
La carte ci-dessous indique la répartition géographique du bégaiement en France et nous montre du premier coup d’œil que les départements du Sud-est et du Nord-ouest sont les plus atteints, tandis que
Fig. 169.
Carte du bégaiement en France.
ceux de l’Est en comptent beaucoup moins. C’est ainsi que les départements de la Seine, de Meurthe-et- Moselle, de la Marne, du Nord, des Ardennes, etc., comptent 2 réformés pour cause de bégaiement sur 1,000 conscrits examinés, tandis que le Var en compte 15, le Finistère 16, la Manche 17, les Côtesdu-Nord 18, la Haute-Saône 19, le Lot 20, les Basses- Alpes 22 et les Bouches-du-Rhône 25.
Le bégaiement suit la marche du nervosisme, H tend constamment à augmenter.
Le bégaiement débute quelquefois brusquement , à la suite d’une de ces émotions violentes comme je viens d’en citer quelques exemples, mais, en général, il ne vient que graduellement. C’est d abord un peu d’hésitation de la parole, un bredouillement, puis le mal s’aggrave et au bout de quelque temps c’est un véritable bégaiement.
L examen attentif d’un bègue révèle toujours 1 existence de troubles respiratoires plus ou moins accentués.
Les uns parlent pendant l’inspiration, à la manière des ventriloques, les autres pendant l’expiration, mais avec cette différence notable dans le fonctionnement normal, c’est qu’avant de parler, ils laissent échapper, soit par la bouche, soit par le nez,
une certaine quantité d’air. De telle sorte que la provision d’air étant épuisée lorsque le moment est venu d’articuler les sons, ils sont dans l’impossibilité matérielle absolue de le faire.
Les troubles de la respiration sont de beaucoup les plus importants, mais ce ne sont pas les seuls observés. 11 y a encore les troubles de motilité : agitation convulsive ou au contraire, contracture tétanique des lèvres, de la langue, mouvements choréiformes des muscles du visage. Le bégaiement le plus grave est celui qui se produit pendant l’inspiration avec déperdition anticipée d’air dans le nez.
On bégaie ordinairement moins dans la lecture que dans la conversation, moins sur les voyelles que sur les consonnes, beaucoup moins au milieu des mots qu’au commencement.
Il y a deux choses qui frappent toujours les personnes qui ne sont pas habituées à voir des bègues et les bègues eux-mêmes, c’est : 1° l’intermittence du bégaiement; 2“ sa disparition complète dans le chant. Et pourtant on ne peut trouver un seul bègue chez lequel la difficulté de parler soit absolument la même, tous les jours et à toute heure du jour ; l’intermittence du bégaiement est donc la règle.
C’est également la règle que de voir le bégaiement disparaître, complètement, dans le chant. Ce fait seul suffit pour affirmer d’une manière irréfutable, que le bégaiement n’est pas dû a une lésion organique quelconque. Une lésion anatomique ne pourrait exister dans la parole ordinaire et disparaître dans la parole chantée.
Qu’est- ce donc que le bégaiement, quelle en est la nature? Est-ce seulement un défaut de prononciation ? est-ce une maladie ? est-ce une infirmité ?
Le bégaiement tientà la fois de l’infirmité par ladifficulté et souvent même l’impossibilité pour celui qui en est atteint d’exercer la fonction vocale ; de la maladie par l’intermittence de ses manifestations et la subjectivité de certains de ses caractères ; il tient enfin des défauts de prononciation, en ce que, comme eux, il est souvent localisé dans certaines combioaisonslinguistiques et que la pratique simple et naturelle des procédés ordinaires de l’articulation suffit, comme on le verra tout à l’heure, pour le faire entièrement disparaître à jamais.
Le bégaiement n’est donc pas le résultat d’une lésion organique, mais c’est la conséquence d’un trouble fonctionnel causé par un manque de concordance entre différents appareils qui doivent agir de concert. Or, nous l’avons vu, c’est précisément dans une sorte de manque de synchronisme que résident les troubles que nous avons notés chez les bègues. Celui-ci veut parler lorsqu’il n’a pas d’air dans la poitrine; celui-là laisse échapper, par le nez, la plus grande partie de l’air qui devrait passer normalement par la bouche ; cet autre veut parler pendant l’inspiration; cet autre enfin, ouvre la bouche pour parler, puis tout à coup, il est saisi de crainte, renonce à la parole, change sa phrase et finalement reste la bouche béante.
En d’autres termes, lorsque le cerveau est disposé à commander, les organes phonateurs ne sont pas prêts à obéir et réciproquement.
Je viens de montrer que le bégaiement pro-
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vient d’un désaccord entre la pensée et la volonté et leurs manifestations verbales. Il s ensuu qu’une méthode de traitement doit avoir principalement pour but de rétablir l’harmonie dans le fonctionnement des organes. Tel est le but de la meth
^ Pour éviter le dangereux écueil de parler de nousmême et d'être à la fois juge et partie dans notre propre cause, nous empruntons 1 expose de "otre méthode à un rapport fait en 1874 par 1 Academie de médecine, sur la demande de M. le Prefet de la
^Te^’rapporteur, M. le docteur E. Moutard-Martin,
médecin de l’Hôtel-Dieu, s’exprime ainsi :
« Voyons en quoi consiste la métiiode Chervin.
« Nous avons établi que le trouble de la fonction respiratoire au moment de la phonation constituait un des éléments principaux du bégaiement ainsi que l’état choréique de l’appareil musculaire qui concourt à l’articulation des mots. Le l)ut de la méthode doit donc consister à régulariser la respiration dans ses deux temps, à protonger l’expiration de manière à permettre l’articulation d une phrase entière sans arrêt, à combattre l’état choréique de l’appareil musculaire, et enfin à enseigner les positions normales de la langue et des lèvres, les degrés d’ouverture de la bouche dans la prononciation des lettres, des syllabes et des phrases. Comme complément enfin, elle enseigne à donner aux phrases le ton et l’expression.
« Les bègues ne bégaient pas en chantant ; c’est que le chant est une gymnastique de la respiration et des organes de la phonation qui sont soutenus et guidés par le rhythme. C’est la gymnastique qui constitue la base du traitement de M. Chervin. Gymnastique respiratoire d’abord, puis gymnastique musculaire ; or, la gymnastique est un des traitements les plus efficaces de là chorée.
« Après- un silence complet, qui doit précéder le traitement, pour laisser reposer les organes et rompre les habitudes vicieuses, le traitement débute par des exercices de respiration, suivis d’exercices de prononciation des voyelles, qui commencent à proprement parler la gymnastique des organes de la phonation articulée, et c’est alors que commence aussi la démonstration des positions que doivent oceuper la langue et les lèvres, la forme que doit prendre la bouche dans l’émission de chaque lettre fie l’alphabet. A ces premiers exercices, succèdent les assemblages de lettres, voyelles et consonnes, dans les différentes positions respectives qu’elles peuvent occuper; enfin, les mots et les phrases avec l’intonation et l’expression qu’elles comportent.
« La base de ces exercices est l’imitation. Le professeur exécute tout ce qu’il demande, respire avec ses élèves, émet des sons avec eux, prononce les phrases qu’ils répètent en même temps que lui. Il est pour eux l’instrument qui guide et qui soutient le chanteur.
« La durée du traitementpar la méthode de M. Chervin est très courte, et votre Commission a été surprise des résultats obtenus en aussi peu de temps ; il faut ajouter toutefois que si le cours ne dure que vingt jours, ces vingt journées sont bien remplies.
M. Chervin tient ses élèves depuis huit heures cl^ matin jusqu’à six heures du soir; il leur donne quatre heures de leçons par jour, et, pendant quel, ques jours, ils doivent garder un silence complet afin de ne pas retomber dans leurs habitudes vicieuses.
(( La courte durée du traitement constitue un des caractères principaux de la méthode. Elle offre un avantage très grand, c’est que, si les élèves se fati. guent un peu, par une grande assiduité continue pendant vingt jours, ils n’ont pas le temps de se décourager, ils voient leurs progrès, ils les sentent, et l’espoir d’être prochainement délivrés d’une fâcheuse infirmité les maintient.
« Mais les rechutes ne sont-elles pas plus à craindre après un traitement d’aussi courte durée? Votre Commission a pu voir un certain nombre d’anciens élèves de M. Chervin, guéris depuis plusieurs années, parlant parfaitement et sans hésitation.
cc M. Chervin commençait un cours le 6 juillet dernier (1874); vos commissaires se sont fait présenter tous les élèves qui devaient suivre ce cours, et ont constaté leur état avant tout traitement. Nous avons observé et interrogé seize malades présentant tous les degrés du bégaiement et même de simples vices de prononciation; l’âge variait de neuf à trente ans; toutes les conditions sociales étaient représentées, et, suivant la loi commune, il n’y avait que deux élèves du sexe féminin. Parmi les hommes; deux avaient été réformés pour cause de bégaiement. Une jeune fille de dix-huit ans, porteuse de pain, avait cette forme de bégaiement que l’on a appelé muet.
« Nous avons assisté à plusieurs leçons, et le dernier jour nous avons revu et interrogé chacun des élèves qui avaient suivi le cours ; ils étaient restés quinze.
« Sur les quinze, quatorze parlaient couramment, facilement, avec expression, mais quelques-uns en rhythmant les mots et les phrases. Une des deux femmes, quoioue très améliorée, n’étajt pas encore guérie; mais elle est alsacienne, elle comprend difficilement le français et ne sait pas lire; ce qui complique- le traitement.
(c Vendredi dernier, 21 août, nous avons revu sept de ces élèves, dont le cours est terminé depuis un mois, parmi eux l’alsacienne dont nous venons de parler et dont l’état s’est notablement amélioré ; la porteuse de pain, qui était muette, elles cinq autres parlaient absolument bien. Les sept autres ont répondu par écrit qu’ils étaient guéris et satisfaits.
« Ces résultats, très concluants, sont complètement confirmés par ceux qui sont consignés dans de nombreux rapports faits par des Commissions médicales, et quelquefois médicales et pédagogiques, sur les cours de M. Chervin, à Lyon, à Bordeaux, Marseille, au Mans, à Bruxelles, etc.
« En présence des faits dont elle a été témoin, votre Commission vous propose de répondre à M. 1® Préfet :
1° Qu’au point de vue scientifique, la méthode de traitement des bègues de M. Chervin est rationnelle;
2° Qu’elle produit des résultats très remarquâblés, et qu’elle peut rendre des services signalés;
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3° Qu’un de ses avantages importants est la promptitude des résultats qui paraissent se maintenir, comme la Commission l’a constaté sur un certain nombre de sujets ;
4° Qu’il y a lieu de l’encourager et de l’aider dans le bien qu’elle est appelée à accomplir.
Ces conclusions, mises successivement auT voix, \ ont été adoptées. » i
Nous n’ajouterons rien à ces lignes. La prudence, , l’impartialité et l’autorité qui sont la caractéristique de tous les .travaux de l’Académie, nous dispense d’insister sur la valeur de l’appréciation qu’elle a portée, en connaissance de cause, sur la méthode Chervin. Nous dirons seulement que le ConseE de santé des Armées, la Société de médecine de Lyon, de Marseille, etc., et d’une manière générale, les 39 commissions pédago^ques ou médicales, qui ont été officiellement chargées d’examiner la méthode Chervin, concluent absolument comme l’Académie . de médecine.
La guérison certaine du bégaiement et de tous les autres défauts de prononciation (Voir Blésité), est donc aujourd’hui un fait acquis à la science.
D' Chervin,
Directeur de l’Institution des Bègues de Paris, Lauréat de l’Institut de France.
BEIGNETS. — Les beignets, qu’ils soient soufflés, aux fruits, au riz ou à la cervelle, ne conviennent qu’aux estomacs sains et robustes. Les malades, les convalescents, les gastralgiques et les diabétiques doivent s’en abstenir. P. L.
BELLADONE. — La belladone est une plante vivace, de la famille des solanées, qu’on trouve sur les bords des bois et des chemins, le long des vieux murs et des décombres; sa tige est cylindrique, herbacée, haute de 1 mètre à 1 mètre 30 centimètres ;
Fig. 170.
■fige de belladone avec ges feuilles, ses fleurs et ses fruits.
ses feuiUes sont alternes, grandes, ovales et d’un vert foncé ; ses fleurs sont axillaires, pendantes, d’un rouge vineux; ses fruits forment des baies arrondies à deux loges, de la grosseur et de la couleur d une petite cerise noire. Cette ressemblance a donné heu à des méprises graves qui ont été la cause de plusieurs empoisonnements. Pourtant, il est facile
de distinguer ces deux fruits, car tandis que la baie de la belladone est munie à sa base d’un calice persistant et renferme dans son intérieur une cloison avec un grand nombre de petites graines dans chaque loge, la drupe de la cerise est unilobulaire, à calice caduc et à un seul noyau.
Parmi les diverses parties de la plante usitées en médecine, on utilise de préférence les feuilles et les racines ; on emploie aussi parfois les fruits et les tiges, mais d’une façon beaucoup plus rare.
Toutes ces parties de la plante sont toxiques, cependant il est constaté que la racine est deux fois plus active que les feuilles. Ces quatre parties , prises indifféremment, renferment, selon Brandes, dans leur composition, de la gomme, de 1 amidon, de la matière colorante, du ligneux, quelques sels et surtout du malate acide d’atropine qui en est le principe actif. Plus tard Lübekind en a isolé un autre alcaloïde, la belladonine, et Richter y a découvert l’acide airopique, voisin de l’acide benzoïque.
Effets. —Donnée àl’intérieur à des doses thérapeutiques, la belladone est un précieux sédatif contre la plupart des affections nerveuses caractérisées par une douleur intense ou des mouvements désordonnés. Son passage à travers les voies digestives s’annonce par un peu de sécheresse à la gorge, une légère constriction du pharynx, de la soif, de la diarrhée ; puis elle est absorbée et passe dans le torrent circulatoire dont elle diminue la fréquence du pouls et produit rabaissement de la température. Sous son influence la pupille se dilate et le cerveau congestionné tend à reprendre son état normal. Son élimination s’effectue par nos principaux émonctoires qu’elle a la propriété d’amoindrir dans leurs sécrétions. Des doses plus élevées produisent la difficulté de parler, une sécheresse de la gorge plus intense, une soif plus vive, une diarrhée plus persistante, des nausées, des vertiges, des éblouissements, la dilatation plus grande de la pupille, la confusion de la vue, un délire troublé par des hallucinations pénibles ou des paroles incohérentes et le relâchement de tous les sphincters. Des doses toxiques amènent la stupeur, la prostration, la dilatation excessive du champ papillaire, l’arrêt de toutes les sécrétions, le collapsus, le coma, le refroidissement et la mort. Lorsque les symptômes de l’empoisonnement n’ont pas été portés trop loin le malade revient l’apidement à lui en repassant par toutes les phases du narcotisme.
On voit, d’après ce court exposé physiologique, que la belladone diffère de l’opium en ce que pendant que celui-ci détermine de la pesanteur de tête, de l’embarras gastrique, de la constipation, un sommeil profond, le resserrement de la pupille, la congestion cérébrale, celle-là occasionne la sécheresse
Fig. 171.
Coupe de la fleur de la
belladone.
Fig 172.
Coupe du fruit de la belladone.
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de la gorge, la soif, la diarrhée, un sommeil tourmenté par des rêves pénibles, la dilatation de la pupille, l'anémie cérébrale et la dimüiulion de toutes les sécrétions. Les enfants et les vieillards la supportent mieux que l'opium par la raison qu elle n’a pas de tendance à faire afflue]’ le sang vers le cerveau, tendance si préjudiciable â ces deux âges extrêmes de la vie humaine.
Tels sont les principaux effets de la belladone prise à l’intérieur. Employée en applications topiques, elle provoquera des sécrétions abondantes qu’on doit attribuer tout simplement a un effet d irritation locale, comme le ferait un in-itant mécanique ou chimique quelconque. Ainsi 1 extrait de beUadone appliqué sous forme de pommade autour des sphincters d’une muqueuse (anus, col utérin) aura non seulement le pouvoir de les dilater, mais encore d’activer la sécrétion des glandes comprises sur toute la circonférence de l’anneau ponstricteur. Ainsi, son principe actif, l’atropine, instillé dans l’œil à la dose de quelques gouttes aura la propriété de dilater la pupille en même temps que de faire naître le larmoiement.
Usages.— 11 n’est peutrêtre pas de médicaments qui aient reçu un plus grand nombre d’applications médicales que la belladone. Eb effet, cette plante est si souvent employée comme stupéfiante, anodine, sédative, antispasmodique, mydriatique et calmante qu’il n’existe pour ainsi dire pas de maladie nerveuse qu’elle ne combatte avec un certain succès. Mais elle agit surtout d’une manière particuliérement efficace contre les spasmes, les névroses, les névralgies, les toux opiniâtres, les coqueluches, l’asthme, l’incontinence nocturne d'urine, l’épilepsie, l’éclampsiè, l’hystérie, la chorée, les convulsions, les coliques hépatiques, néphrétiques, la colique de plomb, les arthrites, le rhumatisme, la goutte, les maladies des yeux, la salivation , la constipation, la coarctation des sphincters et les vomissements de la grossesse. Dans toutes ces maladies la belladone rend de très grands services pourvu qu’elle soit prescrite à des doses modérées, car dans le cas contraire elle devient un poison narcotico-âcre dangereux qu’il importe de manier avec beaucoup de prudence.
Des divers modes d’administration de la belladone les uns sont plus employés que les autres ; nous allons les étudier séparément *
L’infusion des feuilles est une assez bonne préparation, mais peu usitée à l’intérieur. 11 ne faut pas dépasser la dose de 30 centigrammes à 1 gramme par litre si l’on veut éviter les accidents de narcotisme. Si l’infusion est destinée à des Injections, lotions ou fomentations, 20 à 30 grammes seront nécessaires.
La poudre faite depuis peu avec les racines ou les feuilles récemment séchées constitue un médicament 'sur l’efficacité duquel il est permis (âe compter. EUe se donne en paquets, ou mieux incorporée dans une masse pilulaire à la dose de 2 à 13 et jusqu’à 30 centigrammes, suivant la constitution ' médicale de l'individu. Elle agit admirablement bien contre l’incontinence nocturne des enfants ou des adolescents, à la dose de 1 à 2 centigrammes de poudre pour 1/2 à 1 centigramme d’extrait en une
pilule prise tous les soirs jusqu’à cessation du ni,' nomène morbide. Si la guérison ne survient pas bout de quelques jours, c’est que le remède pas assez fort et qu’il faut en augmenter les dos^*^ pour en finir avec ce dérangement incommode.
Nous n’avons pas en la belladone une arme au • sûre contre l’épilepsie, et Trousseau n’en a obte^ de bons effets qu'en l’administrant pendant desinn” et même des années. Aussi, son usage contre cett* maladie est entièrement abandonné et, à l’époqn*^ actuelle, de l’aveu de la grande majorité des pratf ciens, le bromure de potassium est considéré pregl que comme le spécifique de l’épilepsie; il réussit ordinairement, pourvu qu’il soit pris à d’assez hautes doses et continué pendant un temps suffisamment long.
Quant aux extraits, ce sont les préparations les plus usitées. On en prépare de plusieurs sortes avec la belladone dont les principaux sont : l’extrait avec le suc dépuré, l’extrait avec le suc non dépuré, l’extrait aqueux, l’extrait alcoolique. Le premier ou extrait officinal, et le dernier ou extrait alcoolique sont les seuls constamment prescrits; les deu.x autres sont à peu près mis de côté. Us se donnent à l’intérieur en pilules ou en potion à la dose de 1 à 10 centigrammes; ils servent aussi pour l’usage externe à la préparation des collyres, lavements, cataplasmes, cérats, pommades, glycérés, frictions, onguents mercuriels belladonés, liniments, emplâtres, suppositoires, pois médicamenteux.
Quelques-unes de ces préparations présentent une importance supérieure; de ce nombre sont : le cataplasme calmant, l’onguent napolitain belladoné et la pommade. Le cataplasme calmant se prépare avec de la mie de pain et de l’eau en quantité suffisante de chaque; on fait cuirè, on ajoute 40 à 100 grammes d’alcool camphré, puis on étend pardessus une couche de bouillie faite avec 10 grammes d’extrait de belladone, o grammes d’extrait d’opium et 10 grammes de camphre en poudre. Ce cataplasme doit être tellement épais qu’il conserve sur la table la forme du vase dans lequel on Ta fait cuire. Cette condition est de rigueur. On l’applique sur le point douloureux, on l’enveloppe de flanelle et de taffetas ciré. On le laisse en place huit à dix jours jusqu’au moment où il commencerait à s’altérer. Par ce moyen Trousseau a pu calmer les douleurs atroces de la goutte, de l’arthritis aigu, des tumeurs blanches, des inflammations très graves du genou et des autres articulations superficielles qui avaient amené des déformations. L’onguent napolitain belladoné, étendu en couches épaisses sur l’abdomen, est un précieux calmant résolutif dans la métropéritonite, la péritonite, l’étranglement herniaire. Enfin la pommade à l’extrait de belladone est très souvent employée en onctions dans le traitement des hémorrhoïdes et en frictions contre les douleurs névralgiques, surtout les douleurs sus-orbitaires. Portée avec le doigt sur le col utérin ou sur le sphincter anal, elle en opère la dilatation d’une manière infaillible.
Inutile maintenant de m’arrêter sur la description du sirop, de la teinture, de l’alcoolature et des pastilles de belladone dont l’usage est assez restreint.
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Mais les feuilles de belladone ne se prescrivent pas seulement à l’intérieur en infusion et à. l’extérieur pour des injections, lotions, fomentations, lavements, collyres et cataplasmes calmants, elles servent à préparer encore avec d’autres feuilles narcotiques la pommade populéum et le baume tranquille {Y. ces mots). Pliées et bouillies avec de l’huile d’olive, les feuilles de belladone forment une huile de belladone qu’on met quelquefois dans les liniments calmants.
Rarement on s'est servi de feuilles de belladone mêlées avec d’autres solanées vireuses pour en faire des fumigations à cause de leur faible efficacité et des dangers qui peuvent suivre leur aspiration par les voies respiratoires ; il n’en est pas de même de l’inhalation des produits gazeux et des vapeurs qui se dégagent lorsqu’on fume les feuilles de belladone et de datura, parce qu’alors on limite à l’avance la quantité de narcotique à employer soit qu’on s’en serve sous forme de cigares ou de cigarettes (cigares Barrai, cigarettes Gicquel, etc.), dont on avale la fumée. Dans les deux cas le remède est très usité et souverainement utile contre les accès d’asthme. D'' Marc. Camboülives.
Empoisonnement par la belladone. — Les empoisonnements par la belladone sont presque toujours accidentels et le résultat d’une erreur. Tantôt ce sont des enfants qui s’empoisonnent en mangeant les fruits de cette plante, que leur couleur noirâtre et leur goût peuvent faire prendre pour des cerises. C’est ainsi qu’en 1773, quatorze enfants de la Pitié s’empoisonnèrent dans le jardin du Roi. Tous les médecins connaissent la fameuse observation, rapportée par Gaultier de Claubry, de plus cent soixante soldats qui s’empoisonnèrent le 14 septembre 1813, en mangeant des baies de belladone dans les environs de Pirna.
L’empoisonnement par l’atropine peut arriver lorsqu’on a l’imprudence de laisser des collyres préparés avec cette substance à côté d’autres fioles renfermant d’autres médicaments, à la portée des malades, surtout de ceux qui, par suite d’une maladie des yeux, les ont bandés.
Au début de l’empoisonnement, il faut évacuer le poison à l’aide de la pompe gastrique ou en administrant le vomitif suivant :
Émétique . 10 centigrammes,
Eau . 123 grammes,
OU bien encore cet autre :
Poudre d’ipéca . 2 grammes,
Eau . 123 grammes,
à prendre en trois fois, à dix minutes d’intervalle. Puis, on donne un purgatif salin, 30 grammes de sulfate de magnésie, par exemple, dans un demilitre d eau. Enfin, après les vomitifs et les purgatifs, lorsque le danger est à peu près conjuré, on fait prendre au malade du tannin, du café, du thé ou des boissons alcooliques qui agissent comme éliminateurs et diurétiques.
Autrefois, on administrait de l’opium parce qu’on croyait à un antagonisme entre ce médicament et la
DlCnOXÎfAIBE POPULAIRE DE MÉDECINE USUELLE.
belladone. Mais comme cet antagonisme n’est rien moins que démontré, on y a renoncé. Aujourd’hui, quelques médecins administrent Vézérine, qu’ils prétendent jouir réellement des propriétés antagonistes attribuées jadis à l’opium. Les expériences n’ont pas encore suffisamment établi ce nouvel antagonisme pour que nous préconisions l’ézérine, et nous conseillons de s’en tenir à la médication indiquée plus haut. D' Paul Labarthe.
BELLEVILLE (eaiix minérales de). — Ces eaux , découvertes à BelleviUe, dans le 20« arrondissement de Paris, contiennent, par litre, l'",82 de sulfate de chaux et 0®%30 de sulfate de magnésie , et appartiennent à la classe des eaux sulfatées calciques froides. Limpides au sortir delà source, elles se décomposent et se troublent au contact de l’air, et, malgré le nouveau nom qu’on leur a donné dans ces dernières années. Eaux de V Atlas, elles sont fort peu ehaployées et sont destinées à retomber dans l’oubli comme celles de Batignolles et celles qui jaillirent jadis de la rue de Vendôme, en plein Marais et à quelques mètres du boulevard du Temple, parce que leur sulfuration est due à la décomposition des détritus animaux et végétaux déposés et accumulés depuis des siècles dans le sein des terrains qu’elles traversent. P. L.
BELLINI (vm de). — Le vin de Bellini est un vin médicamenteux très connu et très répandu , dans lequel le quinquina se trouve associé au Colombo, ayant tous les deux pour excipient le vin de Palernie. Parmi les diverses et nombreuses espèces de quinquina, c’est le quinquina jaune royal du Pérou ou Calimya qui a été choisi à cause de sa très grande richesse en principes actifs. Quant au Colombo, M. Dethan, qui prépare le vin de Bellini, le fait venir, directement et en grande quantité de l’île Ceylan, afin fi’é.viter la fraude si commune qui .consiste à substituer au vrai Colombo une variété' de gentiane très fréqueminent vendue par bon nombre de droguistes et de pharmaciens peu scrupuleux sous le nom de faux Colombo. Le vin de Palerme, dont tous les gourmets se plaisent a vanter le bouquet et la saveur, a été choisi de préférénce au Madère, d’abord parce que le commerce ne livre guère aujourd’hui que des Madères fabriqués de toute pièce, ensuite, parce que le Palerme possède un principe amer qui n’est pas sans avantage, puisqu’il imprime une agréable stimulation aux voies digestives.
Nous ne croyons pas devoir nous arrêter ici sur lès propriétés stimulantes, toniques, fébrifuges et reconstituantes du quinquina et du colombe, nous dirons seulement que l’adjonction du colombe au quinquina augmente les propriétés de ce dernier, sans en augmenter l’astringence, car, la racine de Colombo ne contient que des principes toniques amers et est tout à fait exempte de principes astringents.
Le vin de Bellini est donc un vin puissamment tonique, apéritif, stimulant, fébrifuge et stomachique ; il se prête fort bien à tous les emplois qui sont faits généralement de ce genre de préparation, soit comme agent hygiénique, destiné
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aux individus affaiblis, soit comme agent thérapeutique contre les affections de l’appareil digestif (inappétence, gastralgie, dyspepsie, fausses digestions, diarrhée et dysenterie chroniques), les fièvres intermittentes et notamment les fièvres des marais, l’anémie, la chlorose, l’aménorrhée, les pertes blanches ; il convient aussi dans les convalescences des maladies aiguës.
Rigoureusement titré et toujours identique à luimême, le vin de Bellini est particulièrement agréable à boire. Il se prend de préférence au moment des repas et à des doses qui varient depuis un verre à liqueur jusqu’à un verre à Bordeaux, suivant l’âge et les cas. Dans les affections des voies digestives, on peut le prendre à toute heure de la journée, au moment où les maux d’estomac se font sentir.
D'" G. Sarran.
BÉNIN, BÉNIGNE. — Qualificatif employé en médecine pour désigner une maladie qui n’a pas de gravité et qui suit une marche régulière dans son évolution. Les chirurgiens s’en servent aussi pour caractériser certaines variétés de tumeurs, de bonne nature, c’est-à-dire qui n’ont aucune tendance à envahir les tissus voisins, ou à récidiver lorsqu’on les a extirpées. p. L.
BENJOIN. — Le benjoin est un baume qui dé- j coule d’incisions faites au tronc d’une espèce d’aliboufier, le styrax benjoin, qui croît à Sumatra, à Java et dans l’Amérique méridionale. On en distingue deux sortes dans le commerce; le benjoin en larmes et le benjoin en sortes. Le premier ou benjoin amygdaloïde est en larmes ovoïdes, blanchâtres, agglomérées dans une pâte luisante un peu foncée ; le second est en masses solides, moins pures, d’une teinte brunâtre presque uniforme. Jeté sur des charbons ardents, le benjoin brûle et répand une fumée épaisse, blanche, d’une odeur très agréable qui n’est autre chose que de l’acide benzoïque. C’est cet acide qui entre dans la composition du benjoin avec l’huile volatile et la résine et qui lui donne une odeur suave en même temps qu’une saveur aromatique un peu acidulé.
L’action de ce baume est analogue à celle des autres balsamiques, mais plus irritante. Aussi le prescrit-on rarement à l’intérieur dans les catarrhes du larynx et des bronches, et encore faut-il qu’ils soient purement chroniques, sans qu’il existe la moindre contre-indication soit du côté de l’estomac, soit du côté des organes pulmonaires. La préparation la meilleure est le sirop qu’on fait prendre à la dose de 30 à 60 grammes par jour. La poudre prise de 1 à 2 grammes dans du pain azyme, la teinture donnée à la même dose dans une potion sont loin d’avoir la même valeur thérapeutique.
Mais si la poudre et la teinture sont rarement employées à l’intérieur, on s’en sert un peu plus souvent pour l’usage externe. Ainsi le benjoin pulvérisé projeté sur des charbons ardents dégage des vapeurs d’acide benzoïque trop irritantes en inhalations contre les catarrhes broncho-laryngés, tandis que cette vapeur dirigée par un appareil particulier et reçue sur un morceau de flanelle est très utile en frictions dans les douleurs rhumatismales, névral¬
giques et autres. La teinture alcoolique de benini est également très efficace contre les gerçures mamelon ; elle est préférable au cérat de cacao en ce que, étendue avec un pinceau sur les points crevassés, elle forme une sorte d’enduit isolant capable de produire une cicatrisation rapide. En effet, cette préparation appliquée sur le sein toutes les foisqug l’enfant a têté amène la guérison au bout de quel, ques jours ; elle cause une légère cuisson en attendant que le liquide se sèche ; puis sans essuyer on fait têter l’enfant et l’on applique une nouvelle couche jusqu’à guérison complète. Trousseau s’est bien trouvé d’injections faites avec la teinture de benjoin pure ou coupée d’eau par moitié dans les otorrhées purulentes survenant chez les enfants qui avaient été atteints de fièvres éruptives. Enfin, la teinture de benjoin, versée goutte à goutte dans l’eau pure, forme un liquide blanc opaque nommé lait virginal, très employé comme cosmétique par les dames élégantes. Le benjoin entre dans l’huile balsamique, les cigarettes de benjoin, le baume du Commandeur, les clous fumants, l’encens d’église et plusieurs parfums. D' Marc Camboulives.
BENOITE. — La benoîte, vulgairement appelée herbe de Saint-Benoît, herbe bénite, gariot, grippe, est une plante herbacée de la famille des rosacées, de 50 à 60 centimètres de hauteur, à fleurs jaunes terminales, s’épanouissant en juin et juillet, qu’on rencontre un peu partout, en France, dans les lieux ombragés et humides, dans les bois et sur leur lisière, le long des haies et des murs. Sa racine, grosse comme un crayon ordinaire, de couleur brune, d’une saveur astringente et amère due à l’huile essentielle et au tannin qu’eUe renferme, exhalant une odeur de girofle- très marquée, est seule utilisée en médecine. On l’emploie, sous forme de poudre, comme stomachique et stimulante des fonctions nutritives, comme astringente dans la diarrhée et la dyssenterie, et en décoctions pour faire des injections vaginales astringentes. Certains médecins allemands ont voulu attribuer à la racine de benoîte une action fébrifuge supérieure à celle du quinquina, mais l’expérience a complètement démenti leurs assertions. D' Paul l.abarthe.
BENZINE. — On donne ce nom, en chimie, à une substance obtenue pour la première fois en 1825, par Faraday, par la distillation de la houille et des schistes bitumineux, et fabriquée en grand dans l’industrie, d’après les travaux de Pelouze, en 1855. C’est un liquide très mobile, limpide et incolore, d’une odeur particulière forte et pénétrante, fort peu soluble dans l’eau, très soluble dans l’éther et l’alcool, se solidifiant par le froid, très inflammable à toutes les températures, brûlant avec une flamme très éclairante lorsqu’on le mélange à deux volumes d’alcool à 90° (il constitue alors ce qu’on appelle le yaz liquide ou gazogène).
La benzine jouit de la propriété de dissoudre facilement les résines, les essences, la cire, les matières grasses fixes (ce qui lui a valu un si grand succès dans l’industrie du dégraissage des étoffes), la quinine, la cantharidine, l’iode, le soufre et le phosphore.
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La benzine a reçu (juelcjues applications therapeutiuues. Elle constitue un parasiticide excellent, et d’après les expériences du professeur Reynal, de l’école vétérinaire d’Alfort, eUe agit mieux sur les parasites des animaux que l’onguent mercuriel et l’essence de térébenthine. Le docteur Lambert, de Poissy, a guéri des individus galeux depuis des mois entiers, avec deux ou trois frictions de pommade à la benzine, d’après la formule suivante :
Benzine . 30 grammes.
Axonge . 123 grammes.
suiries d’un bain terminal. Son efficacité est aussi très remarquable contre les pediculi pubis.
Les professeurs Nothnagel et Rossbach ont administré avec succès la benzine à l’intérieur contre les vomissements. Quelques médecins l’ont aussi administrée en inhalations et en émulsions dans la coqueluche, mais avec des résultats variables et très inconstants. Enfin, on a essayé la benzine contre la trichinose mais sans succès , puisque malgré son administration par la bouche en capsules, et par l’anus émulsionnée en lavements, les trichines continuaient à vivre dans le tube intestinal. Rappelons pour mémoire, en terminant, qu’en 1848, le professeur Simpson, d’Edimbourg, essaya d’obtenir l’anesthésie par la benzine en inhalations, mais y renonça à cause de son infériorité marquée sur l’éther et le chloroforme.
Nitro-benzine. — Combinée avec l’acide azotique, la benzine forme le nitro-benzine, substance huileuse, de couleur ambrée, à saveur douceâtre et à odeur d’amandes amères, peu soluble dans l’eau, soluble dans l’éther et l’alcool, très employée dans l’industrie des parfumeurs pour aromatiser les savons et les pommades, sous les noms d'essence d’amandes amères artificielle et d'essence de mirbane. Le professeur Réveil l’avait jadis employée avec succès comme désinfectant ou du moins pour masquer les mauvaises odeurs. La nitro-benzine est sans usage en médecine.
Hygiène professionnelle. — Les ouvriers employés à la fabrication de la benzine et de la nitrobenzine, sont exposés à une série d’accidents qui ont été décrits au mot aniline (V. ce mot).
Paul Labarthe.
BENZOâTE. — On donne ce nom en chimie aux sels qui résultent de la combinaison de l’acide benzoïque avec une base. Les plus usités en médecine sont le benzoate de lithine et le benzoate de soude {y. Lithine, Soude).
BENZOÏQUE (ACIDE). — On donne ce nom en chimie au produit actif du benjoin qui se présente sous la forme de paillettes blanches ou d’aiguilles brillantes nacrées, transparentes et incolores, d’une odeur balsamique agréable, d’une saveur chaude, acerbe et im peu âcre, presque pas soluble dans 1 eau froide, très peu soluble dans l’eau bouillante et très soluble dans l’ éther, l’alcool, les essences et les huiles fixes.
L acide benzoïque, administré à l’intérieur, détermme dans l’arrière-gorge et l’estomac une sensation de chaleur âcre ; ü stimule la circulation, élève
la température et est éliminé par les reins. On le retrouve dans les urines métamorphosé en acide hippurique (V. ce mot), ainsi que l’ont constaté Wohler, Keller et Ura. D’après Garrod, l’acide benzoïque se transforme en acide hippurique en décomposant l’acide urique des urines. Ainsi, ce savant clinicien ainsi que le professeur Bouchardat ont constaté que des urines qui, par le refroidissement, laissaient déposer de l’acide urique et des urates, ne donnaient plus de dépôt après l’administration de 1 gramme d’acide benzoïque dans un litre d’eau. Aussi Garrod considère-t-il ce médicament comme un des agents les plus précieux dans la diathèse urique et l’a-t-il préconisé avec succès ainsi que le professeur Bouchardat et bon nombre de médecins contre la goutte, le rhumatisme et la gravelle urique. D’un autre côté, les urines devenant très acides sous l’influence de l’acide benzoïque, ce médicament se recommande encore dans la diathèse phosphatique. On l’emploie avec succès chez les individus dont les urines sont alcalines ou ammoniacales. Sous son influence, les urines deviendraient acides et les calculs de phosphates-ammoniaco-magnésien, les calculs de phosphate de chaux et de magnésie qui se seraient formés dans la vessie, se dissoudraient rapidement.
L’acide benzoïque s’administre à la dose de 50 centigrammes à 1 gramme et même 2 grammes par vingt-quatre heures, suivant les cas, soit en dissolution, soit en pilules. Nous donnons la préférence à cette dernière forme et nous avons recours hahttuellement aux pilules benzoïques de Rocher, qui constituent, à tous les points de vue, une excellente préparation. D*- Paul Labarthe.
BERBERIS. — Le berberis, vulgairement appelé épine-vinette, est un arbuste épineux de la famille des berbéridées, très commun en France, où on le rencontre dans les lieux incultes, le long des haies, au bord des chemins. Ses fruits oblongs, lisses, d’un beau rouge quand ils sont mûrs, d’une saveur acide assez agréable qui les rapproche de ceux du groseiller, servent à faire un sirop qui est rafraîchissant et diurétique , grâce à l’acide citrique et l’acide malique qu’ils renferment. De l’écorce de sa racine qui est très amère,
M. Buchner a extrait une substance pafti- CTÜière, appelée berbérine, qui cristaUise en prismes soyeux aiguillés, d’une couleur jaune, d’une saveur très amère, peu soluble à froid dans l’eau et l’alcool, plus soluble dans ces liquides bouillants, insoluble dans l’éther et qu’on considéra longtemps à tort comme, étant le principe actif de cet arbrisseau. Ce n’est qu’après une
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longue série de recherches faites sous la direction du professeur Piorry que M. Moulin est arrivé à isoler tous les principes actifs contenus seulement dans la seconde écorce de la racine. Sous le nom de Berberis- Moulin, il a préparé une liqueur qui renferme tous ces principes actifs, et avec laquelle ont été faites toutes les expériences de Piorry dans son service de la Charité en 1863 et plus tard à l’Hôtel-Dieu.
De ces nombreuses expériences et des observations publiées dans les divers journaux de médecine et, pour la plupart, communiquées à l’Académie de médecine, il résulte que le berberis possède une action manifeste sur l’atonie des organes digestifs. mais jouit surtout de propriétés fébrifuges incontestables, si bien que sa principale indication est dans les fièvres intermittentes, dans les fièvres produites par le séjour prolongé dans les pays chauds et humides, bas et marécageux. Sous l’influence de deux cuillerées à soupe de berberis- Moulin, Piorry a vu la rate diminuer rapidement en quelques minutes chez les individus atteints de fièvres intermittentes. En peu de temps les phénomènes fébriles s’apaisent, le pouls tombe, la chaleur diminue, et si le médicament a été donné au premier accès, il n’est pas rare de voir la fièvre disparaître sans retour. Il est bon, cependant, d’en prendre encore deux cuillerées pendant quelques jours. Du reste, dans certaines localités, les paysans atteints de fièvre font usage d’une décoction d’écorce de berberis pour s’en débarrasser. D' c. Sarran.
BERCEAU. — On appelle ainsi le lit des enfants du premier âge. La forme en est indiquée par le mot, même, mais cette forme varie beaucoup suivant les pays. En France, on fait généralement usage des berceaux de treillis en osier et de ceux à tringles en fer montés sur un pied, le premier en bois, le second en métal, haut d’environ un mètre. Quelle que soit la forme du berceau, il importe qu’il ne soit pas plpîn, c’est-à-dire que si le pourtour est en vannerie, en bois, ou en fer, il est indispensable que des jours y soient ménagés, afin que les miasmes provenant des déjections de l’enfant ne s’y trouvent pas emprisonnés, et le berceau de fer est préférable à celui d’osier, parce qu’il préserve des punaises.
Quel que soit le berceau, sa literie reste la même : deux paillassons ou sacs de toile remplis de balle d’avoine ou de varech ou bien encore de feuilles de fougère, mais pas trop bourrés afin que l’enfant puisse y être placé assez profondément, et qu’on aura soin de faire sécher chaque fois qu’ils seront mouillés par l’urine, et de renouveler tous les mois; une couche en toile pour recouvrir les paillassons ; un feutre dit absorbant placé par-dessus pour empêcher l’urine de pénétrer dans les paillassons, ou bien une toile imperméable destinée au même usage ; un petit oreiller- demi-circulaire rempli de balle d’avoine, ou mieux de crin, de grosseur moyenne afin que l’enfant n’ait la tête ni trop basse, ni trop haute et par suite ne se trouve pas incommodé ; enfin des couvertures en laine ou en coton, suivant la saison et la température de la chambre, mais toujours très légères. Les couvertures de piqué ouaté sont préférables à l’édredon. Quant à la ques¬
tion des rideaux elle est diversement jugée ; certai médecins sont pour, d’autres contre. Nous croyon^ qu’il y a avantage pour l’enfant à avoir des rideau^ à son berceau, à la condition qu’ils soient légers en mousseline, par exemple (V. Nouveau-nés). ’
' D'' A.-L. Labarthe, père.
BERCK-SUR-MER (bains de mer de). — Berck est un petit village du Pas-de-Calais, situé à quatre kilomètres de Vorton, connu comme station de bains de mer, depuis que l’administration de l’As, sistance publique de Paris y a fait construire un magnifique hôpital pour les enfants scrofuleux qu’elle recueillait avant dans ses hospices. Il serait à désirer, vu les résultats merveilleux obtenus, que l’État fit construire plusieurs établissements analogues sur différents points de nos côtes françaises. La santé publique et l’amélioration de la mce y gagneraient. P. l
BERGAMOTE. — On appelle ainsi une variété d’oranger ressemblant beaucoup à l’oranger amer cultivée d’abord à Bergame, qui fournit une huilé essentielle d’une odeur suave, très employée dans la parfumerie. Cette essence est sans usage en médecine. Cependant un certain nombre de médecins l’ont introduite, depuis quelques années, dans un Uniment dont voici la formule :
Essence de bergamote . . 5 grammes.
Essence de menthe . 5 grammes,
Camphre . 2 grammes.
Huile de ricin fraîche . 100 grammes,
qu’ils recommandent en frictions sur le sein, deux ou trois fois par jour, aux nourrices qui veulent faire passer leur lait. p. l.
BERLUE. — On donne ce nom à une hallucination passagère ou permanente de la vue, sans que l’œil présente aucune modification apparente, qui fait que l’on croit voir des objets que l’on n’a réellement pas devant les yeux : mouches volantes, toiles d’araignée, flocons de neige, etc. Ce phénomène se produit souvent au début de l’amaurose; il est quelquefois un signe précurseur d’apoplexie, p. b.
BERTHÉ (SIROP ET PATE DE). — Le sirop et la pâte de Berthé sont deux préparations pharmaceutiques à la codéine pure. Ce qui a poussé ce savant pharmacien à spécialiser ces deux produits qui portent son nom, ce sont les fréquentes sophistications de la codéine, à laquelle certains industriels peu scrupuleux substituent des doses plus ou moins variables de chlorhydrate de morphine, ainsi que cela résuRe d’un rapport authentique des professeurs Réveil, Chevallier et O. Henry. Ces messieurs ont constaté, en outre, que sur lob échantillons, dits de Codéine et vendus comme tels, soumis à leur analyse, 23 n’en contenaient pas un atome !
Or, ainsi qu’on le verra aux articles consacrés à la codéine et à la morphine, ces deux principaux dérivés de l’opium, tandis que le sommeil produit par la morphine est agité et qu’au réveil les malades ont la tête chaude, les paupières pesantes, et se plaignent d’engourdissement et d’accablement.