‹ Dictionnaire populaire de médecine usuelle. tome 1Chapitre 72 sur 206 · BLA · texte numérisé non relu

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propre à modifier heureusement certaines atfections de la peau du visage, telles que la couperose et les eczémas chroniques. D' marc. Camboülives.

BISTORTE. — Cette plante, appelée aussi serpentaire .mâle, est une herbe vivace de la famille des polygonées, que l’on trouve en France, surtout dans les endroits humides, et qui doit son nom à la double courbure de sa racine deux fois repliée sur elle-même. C’est précisément cette racine, très riche en tannin, qui est employée en médecine sous forme d’infusions et de décoctions contre certaines diarrhées et certaines hémorrhagies passives. Les paysans mangent quelquefois à la manière des épinards, les feuilles de bistorte jeunes et tendres; dans certaines contrées de la France, on utilise les • graines pour engraisser la volaille, ëa?- p. L.

“"bistouri, — On appelle ainsi de petits couteaux dont la lame est tantôt fixe sur le manche et tantôt se replie sur lui, qui servent journellement en chirurgie, soit pour ouvrir des abcès, soit pour débrider les tumeurs, aviver les parties moUes qu’on veut réunir par l’autoplastie, etc. On fait des bistouris à lames droites , pointues , boutonnées, courbes avec tranchant concave ou convexe, appropriées en un mot aux diverses opérations pour lesquelles on doit les employer. p. l.

BITUME. — Hygiène publique. — On donne le nom de bitume de Judée ou asphalte, à une matière combustible solide qui se trouve dans le centre de la terre et qu’on emploie beaucoup dans les constructions , principalement pour le dallage des trottoirs, et pour rendre les planches et le papier imperméables. Quel que soit l’usage auquel on le destine, il faut d’abord le ramollir dans de grandes chaudières, et pendant cette opération il se dégage d’abondantes et épaisses vapeurs, contenant une huile volatile, tenant en dissolution du gaz ammoniac, de l’azote et de l’acide sulfureux. Ces vapeurs très âcres et d’une odeur empyreumatique, incommodent beaucoup les ouvriers, mais ne sont pas dangereuses pour eux. Elles peuvent cependant nuire d’une manière indirecte aux personnes délicates et nerveuses, mais seulement, ainsi que l’a fait remarquer Parent Duchâtelet, par une action analogue à celle que déterminent une foule de corps répandant une odeur désagréable ou même agréable, comme le musc qui fait mal à tant de personnes. A ces inconvénients, il faut ajouter le danger continuel d’incendie, principalement dans les ateliers où se préparent les planches et les papiers bitumés. Aussi les fabriques de bitume ont- - elles été rangées dans la deuxième classe des établissements insalubres et dangereux. p. l.

BLANC DE BALEINE. — Le blanc de baleine, appelé encore cétine ou spermacéti, est une substance solide, blanche, onctueuse, qu’on retire des ' vastes cavités cloisonnées, situées en avant du front des cachalots. Jadis employé en médecine comme adoucissant dans la diarrhée, le blanc de baleine ne sert plus guère aujourd’hui qu’à la préparation du • fard et du. cold-cream (V. ces mots). P. p.

BLANC DE CÉRUSE. — (Voyez Céruse.)

BLANC D’ŒUF. — (Voyez Albumine, Œuf.)

BLANC DE ZINC. — (Voyez Oxyde de zinc.)

BLANCARD (pilules de). — Les pilules de Blancard que tout le monde connaît au moins de nom tant est grande leur réputation, sont des pilules dans lesquelles l’iode et le fer, ces deux médicaments de grande valeur, journellement employés se trouvent très heureusement combinés sous forme de protoiodure de fer.

Ce n’était pas chose facile, car le protoiodure de fer, outre qu’il est doué d’une saveur styp tique désagréable, est un composé instable, très difficile à obtenir pur, qui se décompose à l’air et à l’humidité, de telle sorte que, peu à peu, l’iode se sépare du fer par l’évaporation, si bien que les médicaments préparés avec ce sel ne se conservent pas. Et cependant, en raison de la grande valeur thérapeutique de l’iodure de fer, comme le faisait remarquer le professeur Trousseau : « il était important de pouvoir obtenir des pilules d’iodure de fer inaltérables à l’action de l’air et de l’humidité, sans odeur ni saveur de fer et d’iode, et susceptibles de se conserver indéfiniment. M. Blancard a réussi à atteindre ce but. » Cet habile pharmacien, ancien interne des hôpitaux, est arrivé après de nombreux essais, à obtenir ce résultat à l’aide d’un procédé ingénieux qui reçut d’emblée l’approbation de l’Académie de médecine, en 1850, à la suite du rapport des professeurs Guibourt et Le Canu, procédé que leurs collègues les professeurs Mialhe, Orfila, Bouchardat, Trousseau, etc., sont unanimes à proclamer le meilleur. Le professeur Mialhe, entre autres, dont personne ne récusera la haute compétence pharmaceutique, écrit dans son Traité de chimie appliquée à la physiologie et à la thérapeutique : « de tous lés moyens présentés jusqu’à ce jour pour administrer l’iodure ferreux à l’état de pureté, le meilleur selon nous, est celui qui a été indiqué par M. Blancard. »

Pour conserver indéfiniment les pilules d’iodure de fer, M. Blancard roule celles-ci dans de la poudre de fer, afin d’empêcher leur oxydation pendant qu’on les prépare; puis il les enduit d’une sorte de vernis spécial résino-balsamique. Cette couche translucide et odorante, préserve du contact de l’air l’iodure et le maintient dans un état d’intégrité parfaite. TJn mince cachet d’argent fixé au bouchon dans l’intérieur du flacon, décèle la moindre altération des pilules et rend le contrôle facile, l’évaporation d’une parcelle d’iode suffisant à colorer l’argent.

Les pilules de Blancard qui contiennent chacune 0'^05 d’iodure de fer et O^^OI de fer porphyrisé fixé à la surface, le tout recouvert d’une couche résino-balsamique dont le poids ne dépasse pas 3 milligrammes, conviennent spécialement dans les nombreuses affections que détermine la diathèse scrofuleuse, dans la chlorose, la leucorrhée, l’aménorrhée, l’anémie, le lymphatisme, dans la syphilis constitutionnelle, etc. On peut les prendre soit le matin au réveil et le soir en se couchant, soit au déjeuner et au dîner dans une cuillerée de potage'

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ou un peu d’eau. La première semaine, on en prend 2 le matin et 2 le soir ; la seconde semaine 2 le matin et 3 le soir, la troisième semaine, 3 le matin et 3 le soir, et on continue cette dose jusqu’à guérison. D' P--L- Tarride.

blanchisseuses. — Hygiène professionneUe.

— Les blanchisseuses sont exposées à l’humidité, à l’action alternative du chaud et du froid, à des attitudes et à des mouvements professionnels spéciaux, enfin à l’action d’un certain nombre de substances dangereuses à divers degrés.

L’humidité est, sans contredit, l’atmosphère habituelle dans laquelle vivent les femmes qui blanchissent le linge. Aussi rencontre-t-on chez elles beaucoup d’affections inflammatoires de l’appareil respiratoire, bronchites, angines, laryngites, pneumonies; beaucoup de rhumatismes articulaires et musculaires aigus et chroniques; enfin, un assez ■ grand nombre de diarrhées catarrhales, de néphrites albumineuses et de troubles de la menstruation, surtout l’aménorrhée.

Les eaux de lessive aux sels de potasse, aux chlorures, à l’eau de javelle ou hypochlorite de soude, exercent une action locale irritante sur la peau des mains, elles occasionnent des gerçures et des excoriations, très douloureuses et très rebelles, surtout lorsqu’elles existent dans l’intervalle des doigts ou à la face dorsale des mains. Quant aux émanations de ces eaux de lessive et de l’eau de javelle, elles provoquent de l’irritation des bronches et de la toux.

Le linge sale peut aussi occasionner par simple contact des maladies virulentes et contagieuses, telles que variole, syphilis, fièvre typhoïde, etc. C’est ainsi que la mortalité des blanchisseuses est très grande en temps d’épidémie. Il résulte de statistiques dressées par Griesinger que la fièvre typhoïde est très fréquente chez les blanchisseuses des hôpitaux.

Certains corps étrangers oubh'és dans les linges sales, principalement des épingles ou des aiguilles, peuvent déterminer non seulement des piqûres, mais des accidents inflammatoires consécutifs, tels que panaris, phlegmons, etc.

Les attitudes et les mouvements professionnels, de leur côté, provoquent une série d’accidents variés. C’est ainsi qu’on a observé chez celles qui travaillent debout des ulcères et des varices des membres inférieurs; des bourses séreuses audévant de la rotule et des hygromas du genou, chez celles qui ont l’habitude de travailler à genoux. Plusieurs présentent une rétraction des doigts de la main droite qui rend l’extension complète impossible, et qui est ■due à la préhension du battoir; un bourrelet transversal calleux de la paume de la main gauche qui tient la planche sur laquelle elles battent le linge, bourrelet prononcé surtout à la base du quatrième •et du cinquième doigt. Le docteur Espagne, dans son intéressant travail sur l’hygiène des blanchisseuses, publié dans le Montpellier médical en 1864, dit avoir rencontré assez souvent sur l’avant-bras ■droit des blanchisseuses lavant au baquet, deux callosités qui, dans certains cas, acquièrent le volume d’un demi-œuf de poule et, sous la peau qui leur

correspond, il a constate une bourse séreuse accidentelle volumineuse et fluctuante pouvant, dans certains cas, devenir le siège d’un hygromaet ’même d’une véritable inflammation suppurative.

Pour obvier à tous ces inconvénients professionnels, les blanchisseuses feront bien de suivre un certain nombre de prescriptions prophylactiques, dont voici les principales : — ne jamais laver pendant les époques menstruelles ; — avoir toujours le ventre protégé par une large ceinture de flanelle ; — faire usage d’un tablier en toile cirée ; — garantir les avantbras avec des manchettes également en toile cirée, maintenues au-dessus des poignets à l’aide de cordons élastiques; — tenir les pieds chauds dans des sabots imperméables ; — placer sous les genoux et les coudes des coussinets et des paillassons; — examiner avec soin le linge sale avant de le mettre à la lessive pour le débarrasser des épingles ou aiguilles ; — ne pas faire usage de solutions trop concentrées d’eau de javelle; — enfin garantir leur dos et leurs épaules avec une toile cirée avant de les charger de de linge mouillé, ou si elles n’ont pas pris cette précaution, changer de vêtement sitôt rentrées chez elles (y. Lavoirs publies). D' Paul Labarthe.

BLENNORRHAGIE. — La blennorrhagie, appelée encore gonorrhée uréthrite, coulante, ^ chaudepisse, échawffement chez l’homme, et vulvite ou vaginite chez la femme, etc., est une affection aiguë, inflammatoire, siégeant principalement sur la membrane muqueuse du canal de l’urèthre, mais pouvant atteindre d’autres muqueuses, telles que la muqueuse vaginale, rectale, oculaire, et ayant pour caractère principal, la sécrétion d’un muco-pus contagieux plus ou moins abondant.

La blennorrhagie est aussi vieille que le monde et ses parchemins sont au moins aussi anciens que Moïse, car nous lisons dans la Bible que le peuple hébreux, — tout peuple de Dieu qu’il fût alors, — eut parfaitement la chaudepisse.

Nous n’étudierons dans cet article que la blennorrhagie chez l’homme, renvoyant aux motsm^iniie et vulvite l’étude de la blennorrhagie chez la femme.

La blennorrhagie est incontestablement la plus fréquente de toutes les maladies vénériennes qui affligent l’homme. Cela n’a rien de surprenant si l’on songe à la multiplicité et à la variété des causes qui peuvent la produire. Quelles sont ces causes? Et d’abord la contagion. 11 est évident que la blennorrhagie engendre la blennorrhagie : inutile d’insister sur ce fait, démontré péremptoirement par l’expérience et par les faits cliniques.

Toutes les causes qui déterminent une irritation plus ou moins grande de l’urèthre peuvent donner naissance à cette maladie.

Les érections prolongées non suivies de coït peuvent produire une blennorrhagie. Amédée Latour a rapporté dans V Union médicale la curieuse observation d’un médecin de 30 ans qui, ayant passé une journée presque entière avec ime jeune et jolie femme ^’il aimait, et étant resté dans un état d’excitation sans intermittence depuis 10. heures du matin jusqu’à? heures du soir, faisant de vains efforts pour vaincre la résistance de cette femme dont

la vertu ne succomba pas, fut pris trois jours après d’une blennorrhagie des plus violentes, des plus douloureuses et qui dura 40 jours. Or ce médecin vivait dans la continence depuis plus de six semaines et ses derniers rapports sexuels n’étaient pas suspects.

Le coït non suivi d’éjaculation, les retards apportés par certains raffinés dans l’éjaculation, le coït entre gens sains répété à de courts intervalles, surtout si les organes sont disproportionnés, peuvent occasionner une uréthrite, et nombre de sujets ne doivent leur maladie qu a ces causes.

Cette coutume, aussi déplorable que dégoûtante, qui tend à remplacer de plus en plus le coït normal par le coït buccal et que bon nombre de ceux qui s’y livrent croient devoir les préserver de la blennorrhagie, peut aussi déterminer cette maladie. J’ai encore présent à l’esprit le cas d’un de mes clients, âgé de 27 ans, vierge de tout coït normal, mais très partisan du coït buccal, qui vint me consulter pour une blennorrhagie survenue à la suite de trois de ces coïts anormaux dans une seule nuit, blennorrhagie qui dura plus de deux mois et se compliqua d’une orchite simple.

La masturbation poussée à l’excès, ainsi que je l’ai observé sur plusieurs jeunes collégiens, et ainsi que l’a observé le docteur Bazin dans les asiles sur des aliénés idiots, peut déterminer de véritables uréthrites.

Le sang des menstrues et le flux blanc qui leur succède sont aussi regardés par la plupart des médecins comme pouvant donner une chaudepisse, ' malgré les dénégations de M. Alph. Guérin, qui objecte que ce' ne seraient pas les individus fréquentant les filles qui attraperaient ainsi la chaudepisse, mais bien les gens mariés, avec leurs femmes. Je , répondrai à M. Guérin que le mari s’abstient généralement de voir sa femme pendant les périodes menstruelles, que beaucoup de ménages même font, alors lit à part, qu’enfin madame résiste presque toujours aux ardeurs du mari lorsque celles-ci viennent à se produire malencontreusement à ce moment. Les filles, au contraire, qui ont besoin de leur triste métier pour vivre, ne peuvent pas chômer pendant leurs règles, les dissimulent au moment où l’homme les approche, soit par un lavage préalable, soit par une éponge ou un tampon placé directement sur le col de la matrice au fond du vagin.

Les lochies des femmes récemment accouchées ont été aussi accusées de donner des uréthrites, par les professeurs Depaul, Pajot et Robin, entre autres, qui ont constaté dans ce liquide la présence de globules muqueux et purulents. Il faut donc s’abstenir du coït avec une femme accouchée depuis peu de temps, pendant une période que Depaul fixait à un mois.

Les flueurs blanches peuvent aussi devenir une cause de blennorrhagie chez les individus qui se livrent au coït avec une femme atteinte de cette infirmité si commune, surtout dans les villes, où, sur dix femmes, huit au moins sont atteintes de leucorrhée.

Les écoulements produits par le catarrhe utérin, les ulcérations du col, les engorgements de l’utérus

le cancer de cet organe, peuvent aussi détermin des uréthrites.

Le cathétérisme est aussi une cause fréquent d’écoulement uréthral; de même la présence d’un^ sonde à demeure et l’introduction de corps étran^er^ dans le canal dans un but inavouable. ^ ^

L’abus des alcools, des vins blancs et surtout d la bière, prédisposent singulièrement ceux qui s’v livrent, à la blennorrhagie. ^

Certaines conformations de la verge, telles que l’hypospadias, le phimosis, un méat largement ouvert, sont autant de dispositions qui rendent le développement de la blennorrhagie plus facile ét plus fréquent.

Citons enfin, pour finir, l’influence manifeste du tempérament. Il est reconnu de tous les médecins spécialistes qu’un individu en puissance d’une diathèse herpétique, scrofuleuse, goutteuse ou rhumatismale, a bien plus de chance d’attraper un écoulement à la suite de rapprochements sexuels qui laisseraient indemne un homme exempt de ces états diathésiques.

En somme, lorsqu’on remonte à l’origine et aux causes déterminantes des blennorrhagies les mieux caractérisées, on ne trouve pas souvent de blennorrhagie, mais des excès de coït, de boissons, un écoulement pathologique de la femme, etc. Il est donc parfaitement conforme à l’observation de dire que très souvent les femmes donnent la chaudepisse sans l’avoir.

Pour en finir avec les causes qui peuvent déterminer cette affection, qu’on me permette de reproduire la fameuse Recette pour attrap/r la chaudepisse, de mon illustre maître et ami Ricord, où se trouvent spirituellement résumées les principales « Prenez une femme lymphatique, pâle, blonde plutôt que brune, aussi fortement leucorrhéique que vous pourrez la rencontrer, dînez de compagnie, débutez par des huîtres et continuez par des asperges, buvez sec et beaucoup ; vins blancs, champagne, café, liqueurs, tout cela est bon. Dansez à la suite de votre repas et faites danser votre compagne ; échauffez-vous bien et ingérez force bière dans la soirée ; la nuit venue, conduisezvous vaillamment ; deux ou trois rapports ne sont pas de trop, et mieux vaut davantage ; au réveil n’oubliez pas de prendre un bain chaud et prolongé ; ne négligez pas non plus de prendre une injection; ce programme rempli consciencieusement, si vous n'avez pas la chaudepisse, c’est qu’un Dieu vous protège. »

Maintenant que nous connaissons les causes de la blennorrhagie, étudions la pathogénie de cette affection.

Comment débute la blennorrhagie et quelle est sa marche? — La blennorrhagie ne se montre pas imnuédiatement après le coït suspect. Ce n’est ordinairement que le lendemain ou le . surlendemain, quelquefois soixante heures, plus rarement cinq, six et même sept jours après qu’elle annonce son début par. une sensation particulière, assezsemblable à un chatouillement, à une titillation plutôt agréable que désagréable, siégeant sur le méat où sur tout le gland. Ce chatouillement dans certains cas est assez fort pour obliger le malade à,

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se gratter la verge. Celle-ci est un peu plus dure que d’habitude et dans un état de semi-érection.. Les lèvres du méat deviennent rouges, leurs bords se tuméfient et s’agglutinent. Si on presse entre les doigts l’extrémité du canal, on voit apparaître une goutte de mucosité filante, d’un blanc gris sale. Si on recueille cette goutte sur la chemise, elle laisse une tache qui ressemble à une solution de gomme, mais un examen un peu attentif permet d’apercevoir à son centre une partie légèrement colorée en jaune clair, dû à la présence de quelques globules de pus. Si le malade urine, il éprouve une sensation de chaleur gênante dans la partie antérieure du canal, au niveau de la fosse naviculaire. Peu à peu, le suintement augmente et devient un véritable écoulement, jaunâtre d’abord, puis franchement jaune et purulent : la chaudepisse est net- . tement déclarée et reste encore limitée à la fosse vasiculaire.

Dans la seconde période, dite de progrès, qui commence au sixième jour de l’écoulement, les phénomènes observés dans la période de début augmentent tous les jours d’intensité. Le gland se tend davantage, et devient rouge, turgescent et luisant, le méat est comme boursouflé; ses lèvres gonflées se renversent au dehors et présentent souvent de petites excoriations. L’écoulement devient de plus en plus abondant, et passe du jaune foncé au vert; il est phlegmoneux et parfois strié de sang, et répand une odeur nauséabonde que Morgagny a comparé à celle de la morue avancée. Il est quelquefois si abondant qu’il tombe goutte à goutte d’une façon presque continue, et si épais qu’il empèse la chemise presque à la façon du sperme. La douleur, précédemment .locabsée à la partie antérieure du canal, s’étend à la région du bulbe et du périnée. Le canal de l’urèthre se dessine en rebef à la face inférieure de la verge et donne au doigt la sensation d’un cordon dur, noueux. Ces nodosités sont dues à l’état inflammatoire des glandes de Littré qui sécrètent du mucopus. Le jet de l’urine est diminuée dans son calibre et dans son intensité. Chaque miction s’accompagne de douleurs telles que le malade se retient d’uriner et ne s’y résoud qu’à la dernière extrémité. Il compare ses souffrances à celles qu’il ressentirait s’il pissait des lames de rasoir. Cette douleur persiste pendant tout le temps de la miction et se prolonge encore quelques minutes après, en s’irradiant quelquefois dans tout* le bas-ventre et le haut des cuisses. Dans ces cas, la marche et même la station debout deviennent impossibles. Enfin, pendant cette période, les érections, sous la plus légère influence, se produisent plus fréquentes qu’à l’état normal. Elles sont très pénibles, surtout la nuit, et empêchent souvent le malade de dormir ou le réveillent s’il sommeillait, et constituent un de ses plus grands tourments. Dans certains cas, le canal trop enflammé perd sa propriété d’extension, ne peut plus se prêter dans toute son étendue au même développement que les corps caverneux,, et c.etfe distension inégale détermine une incurvation de la verge, à concavité inférieure plus ou moins prononcée, dans laquelle le canal est comme tendu en arc sur les corps caverneux. Les malades disent

alors qu ils ont une chaudepisse cordée. Dans certains cas, la douleur est si \dolente et les souffrances sont si terribles, que des malheureux, poussés à bout, n’hésitent pas pour y mettre un terme, à rompre brutalement la corde en appliquant un vigoureux coup de poing sur leur verge préalablement placée sur un plan résistant. Cette pratique barbare procure, il est vrai, un soulagement presque immédiat; mais elle entraîne une série d’accidents très graves, car en rompant la corde c’est tout simplement le canal qu’on a déchiré et cette rupture, outre une hémorrhagie immédiate, entraîne comme conséquence forcée, un rétrécissement traumatique fibreux cicatriciel. Je ne saurais donc trop recommander à ceux qui seraient tentés de couper la corde, de renoncer à ce remède cent fois pire que le mal.

Chez certains malades, les érections répétées sont suivies d’éjaculation involontaire. Dans ces cas, l’émission du sperme qui ne sort qu’en bavant, est accompagnée d’une sensation extrêmement pénible de déchirement intérieur et suivie parfois de la sortie de quelques gouttes de sang provenant de petites éraillures superficielles qui se sont produites à la surface de la muqueuse uréthrale ; dès ce moment, le malade accuse une douleur vive dans les testicules, au périnée et dans les aines.

Quant aux troubles généraux, ils font heureusement presque toujours défaut. Plusieurs malades, nerveux et impressionnables, éprouvent cependant un malaise général accompagné de douleurs de tête, de manque d’appétit et d’embarras gastrique.

Tels sont les phénomènes qui caractérisent la période de progrès de la blennorrhagie dont la durée varie de 12 à 20 jours suivant les cas. Au bout de ce temps, la maladie a atteint son degré d’intensité le plus élevé; elle reste quelques jours stationnaire, puis les divers symptômes que je viens d’énumérer rétrogradent en perdant de leur intensité. La douleur diminue d’abord ; le malade urine plus abondamment et plus facilement, et la sensation de brûlure pendant et après la miction devient chaque jour moins forte; les érections sont moins pénibles et moins persistantes ; l’éréthisme local diminue, la verge devient moins dure, les petits nœuds d’induration qui existaient le long du canal sont moins prononcés, le gland est moins rouge et moins turgescent, la muqueuse uréthrale moins enflammée ; enfin l’écoulement perd sa couleur verdâtre et redevient successivement verdâtre, jaune, jaunâtre et blanc, c’est-à-dire moins purulent et plus fluide. Il diminue, ne se montre plus d’une façon continue, mais seulement le matin ou par intervalles dans la journée; un peu plus tard, c’est à peine si on peut en recueillir une goutte le matin, avant la miction, en pressant le canal d’arrière en avant.

A ce moment, il peut arriver que, sous l’influence d’un imprudence ou d’un excèSj la blennhorragie revienne à l’état aigu, qu’elle reste stationnaire, devienne chronique et se transforme en blennorrhée (V. ce mot) ou enfin qu’eUe se termine par la gué-. rison.

La blennorrhagie est-elle sujette à des complications ? — Toutes les blennorrhagies n’ont pas la marche régulière que nous venons de décrire. Elles

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sont souvent compliquées d’une série d’accidents -tels que : -phimosis, paraphimosis, pénitis, urélhrorrhagie, uréthropatie, uréthromanie, balanite, pros- .taiite, phlegmon uréthral, orchite, ophthalmie blennorrhagique, rhumatisme blennorrhagique, etc. , qui seront étudiés à leur ordre alphabétique (V. ces mots).

Quelle est la durée de la blennorrhagie ? — Rien de plus difficile à préciser. Une blennorrhagie ordinaire dure environ six semaines. Mais cette durée peut être modifiée par le tempérament et les diathèses, par les soins, l’hygiène, le traitement. Tout le monde sait que la première blennorrhagie guérit plus vite que les suivantes.

Où siège la blennorrhagie? — De toutes les autopsies pratiquées sur des individus morts de diverses maladies accidentelles survenues pendant le cours de blennorrhagies à diverses périodes, et des recherches faite parle docteur Désormaux à l’aide d’un appareil spécial nommé endoscope, qui lui a permis d’observer de visu le canal de l’urèthre à chaque période de la chaudepisse, il résulte que la blennorrhagie a pour siège la muqueuse uréthrale. Yers le huitième jour, l’inflammation occupe la moitié antérieure du canal, la muqueuse est d’un rouge intense, dépolie et dépouillée de son épithélium. Plus tard, la lésion présente ' les mêmes caractères, mais remonte plus avant dans l’urèthre et atteint successivement le bulbe, la région membraneuse et la région prostatique.

Quelle est la nature de la blennorrhagie? — Estdeune maladie wrwZenfe, spécifique ou parasitaire?

Certains spécialistes ont cru et croient encore au virus blennorrhagique, et cela semble naturel, à première vue. En effet, la propriété essentielle d’un ■virus est de reproduire chez un individu sain une maladie semblable à celle qui lui a donné naissance (rage, morve, syphilis, etc.). Or, le muco-pus blennorrhagique déposé sur une muqueuse saine, détermine le plus souvent une blennorrhagie qui, à son tour, engendre un muco-pus susceptible de reproduire une blennorrhagie. Mais si on regarde les faits cliniques, si on remonte aux nombreuses causes et aux plus communes delà blennorrhagie, on est forcé de reconnaître que ce prétendu virus manque. Et puis, un virus doit agir sur tout le corps, comme le virus varioleux, syphilitique, etc. Or, le virus blennorrhagique n’agit que sur les muqueuses. La blennorrhagie n’est donc pas une maladie virulente.

Est-eUe spécifique? Pas davantage. En effet, toute maladie spécifique se caractérise par un groupe de symptômes qui en décèle immédiatement la cause unique spéciale. Or, quels que soient les symptômes que présente une blennorrhagie, je défie bien que, d’après leur étude seule, on m’en indique la cause et qu’on me dise, une chaudepisse étant donnée, si elle est occasionnée/par l’abus du coït, ou si la femme qui l’a donnée avait la blennorrhagie, un catarrhe utérin ou ses règles. Quant au prétendu virus granuleux du professeur Thiry, de Bruxelles, il n’existe pas, la clinique le démontre aussi bien que les autopsies : les granulations sont très rares et tout à fait eiceptionnelLes dans la blennorrhagie aiguë.

Quelques médecins ont voulu attribuer à la blen¬

norrhagie une origine parasitaire. Donné, eu jai , a prétendu avoir découvert dans le pus blennorrh ’ gique plusieurs parasites animaux et végétaux 1 1' que le vibrio linolea et le trichomonas. En iSfi^

M. Jousseanne a attribué le développement de 1 blennorrhagie à un végétal microscopique qu’il a an pelé genitalia. En 1879,1e docteur Neisser, deBres lau, a découvert la présence de micrococcus dans l' pus de la blennorrhagie. En 1 880, le docteur Weiss a publié un mémoire sur le microbe de la blennorrhagie. Plus récemment enfin, en 1883, le docteur Eklund, surenchérissant sur ses devanciers, aurait découvert un autre parasite du groupe végétal Védiophyton dectoydes, auquel il attribue un rôle contagieux plus prépondérant que le micrococcus de Neisser. Par la microbiomanie qui court, ou comprend qu’avec la généralité des syphiligraphes je refuse toute spécificité à ces parasites variés, jusqu’à ce que des travaux nouveaux, nombreux et complets, soient venus démontrer d’une façon sérieuse et irréfutable leur rôle spécial dans la production de la blennorrhagie.

La blennorrhagie est donc une simple maladie inflammatoire qu’une foule de causes absolument dénuées de spécificité peuvent faire naître. C’est une maladie locale absolument et entièrement distincte des deux autres maladies vénériennes, le chancre simple et la syphilis:

Quel doit être le traitement de la blennorrhagie?

- — Ce traitement peut être préventif, abortif ou

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