‹ Dictionnaire populaire de médecine usuelle. tome 1Chapitre 73 sur 206 · CURATIF · texte numérisé non relu

CURATIF

Préventif. — Existe-t-il un traitement préventif? autrement dit, en prenant certaines précautions, un individu peut-il, sans danger de contagion, avoir des rapports avec une femme malade ou se trouvant dans une des conditions qui la mettent à même de lui donner la chaudepisse ? Plusieurs auteurs l’ont cru.

Fallope, qui vivait au milieu du XVP siècle, est le premier auteur dans lequel on trouve trace de ce traitement. « Je pense, dit-il, n’avoir rien fait, si je ne vous apprends les moyens dont on peut se préserver des maladies vénériennes, après qu’on s’est abandonné aux charmes d’une femme, car j’ai toujours été d’avis qû’il y a des remèdes pour cela.»

Et, entre autres remèdes, il préféré un petit linge trempé dans une décoction de différents remèdes vulnéraires et astringents, tirés du gaïac et du mercure, en applications sur les parties génitales aussitôt après le coït, ou introduits d’emblée dans le canal. « J’ai fait, ajoute-t-il, l’expérience sur plus de 100,000 hommes, et je prends Dieu à témoin que, par ce moyen, tous ont ôté préservés ». Je ne conseille pas à mes lecteurs de s’y fier, et je crois qu’on peut dire de ce médecin... Quandoq^ue bonus dormitat... Fallopus !

Presque à la même époque Agathus, — voulant • être aussi bon que son nom, — chercha aussi un remède préventif et ajouta aux linges de FaUope l’usage d’un parfum mercuriel.

Vinrent ensuite de nombreux charlatans qui se firent des rentes en exploitant la crédulité publique.

En 1772, Guilbert de Préval inventa une « ouu phagédénique admirable » composée d’eau distillée, d’eau de chaux, d’alcool, de sublimé et de vulné-

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raire qu’il vendait la bagatelle d’un louis. Il demanda au Parleinent de l’expérimenter. Celui-ci refusa La Faculté s’émut, on nomma une commission qui répandit : « Nous ne voulons pas fraterniser avec cet homme parce qu’il se déshonore tous les jours, parce que, fauteur de libertinage, il en est l’instigateur; parce que, homme sans mœurs, sans probité, fripon et infànje, trompant ses concitoyens, il les précipite dans des maladies honteuses, dont les malheurs trop connus prouvent que son remède n’est pas curatif. Notre cause est donc celle des mœurs, celle du salut publie. Qu’il soit expulsé. »

Toute cette grande rigueur n’empêcha pas un des membres de la Faculté de conseiller, deux ans plus tard, l’ammoniaque étendu d’eau.

Hunter a préconisé l’eau de chaux ou une légère solution de potasse caustique. Coster a mis en avant les injections chlorurées.

Certains auteurs contemporains ont cru aussi à un traitement préventif et ont donné des formules ; mais, en somme, il n'y a pas de traitement réellement préventif de la blennorrhagie, il n’y a . que certaines règles générales à suivre, que je crois devoir résumer ici.

Éviter les rapprochements sexuels, surtout avec les femmes de rencontre, après un bon repas et après de copieuses libations, en dépit du vieil adage : Sine Baccho friget Venus ; — ne pas uriner avant lé coït et résister aux envies fréquentes, que l’attente du moment convoité donne d’ordinaire; — laver sa verge avant d’approcher la femme et l’enduire ensuite d’un corps gras,- de cold-cream, par exemple, qui a le double avantage de faciliter le glissement et d’isoler jusqu’à un certain point les muqueuses; certains, pour l’affranchir, aiment mieux la mettre sous enveloppe, suivant la pittoresque expression de Diday, et font usage du condom (V. ce mot), plus connu sous le nom de capote anglaise-, c’est là une excellente précaution dont je suis très partisan. — Faire laver la femme avant de lui offrir ses hommages, pour débarrasser son vagin des mucosités qui, par un séjour prolongé, peuvent acquérir une âpreté suffisante pour enflammer l’urèthre ; — être très prompt dans le coït, car l’amour prudent doit être alerte ; oublier qu’une femme célèbre a défini l’amour un égdisme à deux, et avoir présente à l’esprit la variante de Ricord l'amour est un égdisme à... un, et dire ; Chacun pour soi; en conséquence, éjaculer le plus tôt possible, et si la jouissance suprême vient chez vous plus vite que chez votre compagne... ne pas l’attendre, éjaculer intus aut extra, — canoniquement ou non, — mais éjaculer à tout prix, et ne pas croire qu’en n’éjaculant pas on se préserve de la contagion, comme cette maîtresse dont parle Ricord, qui s’étonnait d’avoir rendu malade son amant, « attendu, disaitelle, qu’il ne concluait pas ». Il faut donc éjaculer, car l’éjaculation constitue une véritable injection d’arrière en avant qui chasse hors du canal les mucosités impures que le coït a pu y introduire. — Ne pas coïter à de courts intervalles, car, à moins de vigueur exceptionnelle, il faudra limer, et, comme le dit spiritueUement Diday, « le même autel qui est xesté intact après un premier sacrifice s’échauffe.

s’embrase par la répétition et devient un foyer d’incendie, — surtout dans les cas de flueurs blanches-,, si communes dans les villes ; — se retirer aussitôt après l’éjaculation, ne pas s’endormir dans les^ délices de Capoue... mais profiter au contraire decette tristesse qui suit le coït, omne animal post cditum triste, pour se laver bien vite les partiesavec de l’eau ordinaire additionnée d’une eau detoUette quelconque, et mieux de quelques gouttes de phénol Bobœuf ou de vinaigre de Pennés. — Lesablutions finies, uriner vite, en ayant soin de pincer le prépuce et d’intercepter ainsi le jet de tempsà autre, pour chasser avec plus de force les sécrétions morbides qui auraient pu s’introduire dans lecanal. — Enfin, pratiquer une injection d’eau pureou très légèrement coupée; mais surtout se garder défaire des injections astringentes ou caustiques, qui,, à l’irritation produite par l’éréthisme de la verge, viennent ajouter celle produite par l’application du médicament, et facilitent ainsi le développement del’inflammation.

Abortif. — Mais je suppose qu’on n’ait pas pris; toutes les précautions que je viens d’indiquer, ou bien qu’eUes aient été insuffisantes,, et que la blennorragie se déclare. Peut-on l’empècher de se développer? peut-on la tuer sur place dès sa naissance?' Plusieurs auteurs sont d’avis qu’on doit essayer, et le traitement abortif qu’ils proposent consiste, soit à faire des injections caustiques, presques toutes à base de nitrate d’argent, dont les proportions varient de 20 centigrammes à Is'jSO pour 30 grammes d’eau,, soit à porter directement un crayon de nitrate d’argent sur la muqueuse de la partie antérieure du canal de l’urèthre, jusqu’au niveau de la fosse naviculaire. Ce traitement est seulement applicable tout à fait au début de la maladie, dans les deux ou trois premiers jours , avant que l’écoulement paraisse. Or, comme c’est précisément l’écoulement qui constitue la première preuve certaine de l’existence de la blennorrhagie, on voit combien peu est applicable la méthode abortive. Appliquée plus tard, lorsque l’écoulement est déjà bien caractérisé et la maladie dans sa période de progrès, elle est complètement inutile, puisqu’elle n’arrête pas l’évolution de la blennhorragie, et, de plus, elle est très dangereuse, dansl’immense majorité des cas, quatre-vingt-dix-huit fois sur cent. En effet, les injections caustiques pratiquées à cette période déterminent des accidentssérieux tels que douleurs violentes insupportables, augmentation de l’inflamma.tion, pissement de sang, abcès uréthraux, cystite du col, dysurie, orchite, etc.

Rationnel. — Dès que l’état inflammatoire est franchement déclaré, il faut commencer à instituer un traitement rationnel qui réponde aux différentes périodes de la maladie.

Pendant la période aiguë, le traitement doit êtresimplement palliatif, ainsi que le dit notre maître- Ricord, et avec lui tous les médecins qui s’occupent de pathologie vénérienne. Il se résume à ceci.

Les malades feront usage d’un suspensoir ou d’un caleçon de bain ; ils s’abstiendront de tout rapport sexuel et fuiront toutes les causes d’excitation, telles que la fréquentation des femmes, le théâtre, les lectures et les conversations érotiques ou pornographiques.

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Ils éviteront les marches prolongées, le gymnase, l’escrime, l’équitation, la chasse, en un mot tous les ■exercices fatigants.

Ils ne changeront rien à leurs habitudes de régime, mais ils éviteront les repas copieux, les plats trop épicés et les asperges, dans la saison. Je ne vois aucune raison pour proscrire le vin rouge aux repas, le café et le thé à dose modérée. Mais je suis opposé à ce qu’ils boivent du vin blanc, surtout du •champagne, des alcools et de la bière. Aux hlennorrhagiens anémiques et lymphatiques, je recommande même une nourriture tonique et substantielle et, dans certains cas, les préparations de fer et de quinquina. Bon nombre me demandent s’ils peuvent fumer. Je n’y vois aucun inconvénient.

Enfin, je recommande toujours à mes malades -les soins de propreté les plus minutieux, et je n’oublie jamais de les prévenir du danger qu’il y aurait pour eux à porter par inadvertance sur les yeux leurs doigts souillés d’une goutte de pus blennhorrhagique, une opthalmie particulièrement grave pouvant être la conséquence de cette imprudence.

Voilà pour la partie hygiénique du traitement palliatif. Quant à la partie médicale de ce traite- ■ment, voici en quoi elle consiste.

Les malades prendront tous les deux ou trois jours 4es bains tièdes simples ou alcalins ; ils se tiendront le ventre toujours libre à l’aide de laxatifs salins, •sulfate de magnésie, eau de Rubinat, etc., de préférence aux drastiques (rhubarbe, aloès), qui congestionnent le rectum et les veines hémorrhoïdales.

Dans la journée, ils boiront beaucoup. Plusieurs me diront : Mais plus on boit, plus on pisse, et comme chaque fois que j’urine, je souffre atrocement, j’aime mieux ne pas boire. Ces malades sont dans l’erreur : plus on boit, plus on pisse, c’est vrai, -mais aussi plus les urines sont aqueuses, moins elles -sont âcres, irritantes, et, par suite, douloureuses quand elles traversent le canal enflammé. Aux repas, ils couperont leur vin avec de l’eau de Saint- Galmier (source Badoit) ou de l’eau de goudron préparée avec du goudron Frey singe ; dans la journée, ils continueront à boire plusieurs verres d’eau de ■goudron additionnée de sirop de cerises, ou mieux de sirop de tolu.

Si la chaudepisse est cordée, s’il y a de la dysurie prononcée, il faut mettre quinze à vingt sangsues, au périnée, et non aux aines ou sur la verge au niveau de la corde, ainsi que le conseillent mal à propos quelques médecins.

- Contre les douleurs permanentes, je ne suis pas partisan des injections calmantes opiacées; je préfère de beaucoup les frictions avec la pommade belladonée ou les suppositoires belladonés, ou encore les injections hypodermiques de morphine.

Pour empêcher les érections, on a proposé le camphre, la jusquiame, le lupulin. Ce sont là des remèdes incertains et souvent inefficaces. Pourquoi donc y avoir recours lorsque nous avons ces deux anti-aphrodisiaques merveilleux, le bromure de potassium et le bromure de camphre, dont l’action est toujours constante et certaine, si on a recours à des préparations telles que le sirop de Laroze au bromure de potassium ou les capsules du D’ Clin au bromure de camphre.

Lorsque, grâce à ces divers moyens, la blenn rhagie est passée à l’état subaigu, lorsque la micf”*^' et les érections sont moins douloureuses, lorém^ l’écoulement a perdu sa couleur verdâtre et vient jaune ; en un mot, lorsque les phénom^' inflammatoires entrent dans la période de décroi^ sance, mais alors seulement, il faut instituer { traitement cMmfî/ proprement dit, celui qui est de ^ tiné à supprimer et à faire disparaître l’écoulemenr et, avec lui, la blennhorragie. ’

On a préconisé dans ce but certains médicaments administrés à l’intérieur et des injections uréthrales Les médicaments internes les plus usités sont lé copahu, le cubèbe, le santal et lé kava. Je n’en dirai ici qu’un simple mot, un article spécial étant consacré à chacun d’eux dans ce dictionnaire.

Le copahu, le plus ancien en date, jouit d’une efficacité incontestable ; il présente malheureusement plusieurs inconvénients. A haute dose, il occasionne des nausées, des renvois désagréables, des vomissements, des crampes d’estomac et de la diarrhée. Son usage prolongé peut déterminer une éruption à la peau accompagnée de démangeaisons. Enfin il communique à Fhaleine,’ à la sueur et aux urines une odeur pénétrante caractéristique qui révèle à l’entourage une affection qu’on a toujours intérêt à cacher. Ces inconvénients se montrent surtout lorsque le copahu n’est pas de premier choix et lorsqu’il est administré sous forme d’opiat, de bols, ou de cet horrible breuvage qui a nom potion Chopart, et qui a certainement guéri moins de chaudepisses qu’elle n’a déterminé de gastralgies. Lorsqu’on administre le copahu dans les enveloppes de gluten, imaginées par Raquin et approuvées par l’Académie de médecine, la plupart de ces inconvénients sont les uns supprimés, les autres sensiblement atténués, la couche de gluten qui enveloppe le médicament permettant à celui-ci de traverser intact l’estomac, puisqu’elle n’est attaquée et dissoute que dans l’intestin. Mais l’odeur copahique persiste encore dans les urines assez prononcée, sauf lorsqu’on administre le copahu sous forme de copahivate de soude. Cette dernière préparation, en effet, ne transmet que très faiblement aux urines l’odeur du gopahu.

Le -cubèbe, qui a besoin d’être administré à plus haute dose que le copahu pour produire le même résultat, offre les mêmes inconvénients que lui, mais à un degré moindre ; et ces inconvénients sont aussi sensiblement diminués lorsqu’on l’administre enrobé dans du gluten, d’après le procédé de Raquin.

Le santal, expérimenté par Panas, Simonnet, Durand et plusieurs autres médecins, donne aussi de très bons résultats, mais ces résultats sont subordonnés à la plus ou moins grande pureté du santal employé.

Quant au kava, le dernier en date, et que je me fais un honneur d’avoir introduit d’une manière définitive dans la thérapeutique de la blennorrhagie, c’est aussi un médicament très efficace, agréable' à prendre, apéritif, très diurétique, n’occasionnant aucun renvoi, ne communiquant aucune odeur auï urines, et dont les effets semblent d'autant manifestes qu'il est administré dans la période lO>

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plus aigue de la maladie, ainsi que cela résulte des nombreuses expériences auxquelles je me suis livré depuis 1882, et qui ont été de tous points conformatives de celles des professeurs Gubler, Fonssagrives, Féris, et des docteurs Édouard Dupouy, Kuzent,

Frensch et Kesteven.

Bref, chaque médecin a sa préférence marquée pour l’un ou pour l’autre de ces médicaments. Les uns sont pour le copahu, les autres pour le cubèbe. Certains administrent le cubèbe et le copahu combinés ; ceux-ci ont recours au santal ; ceux-là, enfin, au kaTO. Quel que soit le médicament adopté, il est de la plus haute importance de se tenir en garde contre les innombrables fraudes dont ils sont chaque jour l’objet, et de n’employer que des produits de premier choix et des préparations irréprochables comme pureté et comme dosage. Pour le copahu et le cubèbe, c’est aux Capsules de Raquin approuvées par l’Académie qu’on doit donner la préférence. Elles contiennent chacune 50 centigrammes de substance active et s’administrent à la dose quotidienne de 3 à 18, en trois fois, selon les cas. Pour le santal, le plus pur et le mieux préparé est le Santal Midy, en petites capsules rondes, dosées à 20 centigrammes, dont on administre de 10 à 12 par jour, en trois fois. Quant au kava, le lecteur me permettra bien, je pense, de lui recommander le Kava Labarthe, en petites pilules de 25 centigrammes, couvertes d’une légère couche de sucre, -.préparées sous mon contrôle par M. Rocher, mon savant coUaborateur. Mon kava se prend à la dose de 8 à 15 pilules par jour, en trois fois.

Sous l’influence de ces médicaments, et dans un temps qui varie suivant les individus et suivant l’intensité de la maladie, les douleurs cessent, l’émission des urines se fait plus facilement, l’écoulement diminue de purulence et de quantité. Il devient jaune, jaunâtre, et bientôt il n'est plus qu’opalin et réduit à un simple suintement. Quel que soit le médicament employé, je ne saurais trop recommander aux malades d’en continuer l’usage, non seulement tant que persiste l’écoulement, si faible soit-il, mais encore pendant une huitaine de jours au moins, à partir de sa disparition complète, mais en diminuant chaque jour les doses ingérées.

D’une manière générale, je ne suis pas un partisan fanatique des injections uréthrales dans le traitement de la blennorrhagie, je suis même l’ennemi de la plupart d’entre eUes. L’injection au suif aie de zinc; — l’injection au sulfate de zinc associé à Y extrait de saturne {acétate de plomb) et additionnée de quelques gouttes de laudanum, qui est l’injection habituellement donnée par les pharmaciens, si fréquemment consultés par des blennorrhagiens que, malgré leur incompétence absolue, presque tous finissent par se prendre sérieusement pour des thérapeutistes éminents en matière vénérienne ; — l’injection au sulfate de cuivre; — l’injection à la pierre divine, qui n’est autre chose qu’un mélange de sulfate de cuivre, d’alun et de nitrate de potasse ; — l’injection au perchlorure de fer, etc., sont toutes de mauvaises injections, peu actives, déterminant une vive douleur dans l’urèthre, du ténesme vésical, delà difficulté d’uriner, dans maintes circonstances, des orchites. En outre, la plupart Dictioxkaire popüiaibe de Médecine usuelle.

d entre elles donnent a la muqueuse du canal une coloration spéciale et laissent sur la chemise des taches indélébiles, révélatrices de la maladie.

Les injections au sous-nitrate de bismuth dites isolantes, si fort vantées jadis, sont aussi de mauvaises injections. Elles occasionnent des accidents en se solidifiant dans le canal, en l’obstruant et souvent en Y écorchant « J’ai vu, dit le . professeur Rollet à propos de ces injections, des malades être pris tout à coup de difficultés d’uriner et rendra avec effort des concrétions de bismuth, sortes tampons formés par le résidu des injections avec les mucosités du canal. »

Les injections astringentes au tannin, au cachou, au ratanhia, au kino, etc., ne sont pas meilleures ; elles provoquent souvent du ténesme vésical, et, comme la plupart des injections caustiques, elles laissent sur la chemise des taches qui trahissent le malade. On doit donc en rejeter l’emploi, d’autant que leur action siccative sur la muqueuse est faihle et inconstante.

Est-ce à dire que je sois ennemi absolu des injections dans le traitement de la blennorrhagie ? Non, certes. Lorsque, grâce à un traitement interne bien ordonné, l’écoulement se trouve réduit à un simple suintement, presque incolore, mais alors seulement, je suis d’avis qu’on peut avoir recours à quelques injections très faiblement caustiques ou simplement anticatarrhales et antiseptiques, pour hâter sa disparition.

Deux injections, par jour, une le matin et une le soir après avoir uriné, avec la solution suivante :

Nitrate d’argent . . 0,05 centigr.

Eau distillée . 100 grammes,

qui est très faiblement caustique et pour ainsi dire pas douloureuse, ou mieux avec celle-ci : '

Acide borique . Ià3 grammes.

Eau distillée . 100 grammes,

tout à fait indolore et simplement antiseptique et anticatarrhale, m’ont toujours donné d’excellents résultats, et jamais jusqu’ici, dans ma pratique déjà longue, je n’ai observé d’accidents à la suite de leur administration.

Quant à la manière de pratiquer ces injections et au choix de l’instrument, comme c’est là une opération très délicate, qui demande à être faite avec précaution jiour éviter toute sorte d’accidents, je prie le lecteur de se reporter au mot injection.

En terminant cet article, déjà trop long, je recommanderai aux malades la patience, la persévérance et, par dessus tout, le régime hygiénique rigoureux jusqu’au bout, tel que je l’ai indiqué plus haut, s’il veut arriver à se débarrasser rapidement et complètement de cette maladie, et s’il ne veut pas la voir dégénérer en hlennorrhée (V. ce mot).

D'" Paul Labarthe,

Ex-médecin des vénériens militaires et du Dispensaire de salubrité, Professeur de Syphiligraphie et de Chirurgie urinaire à l’École pratique de la Faculté.

BLENNORRHÉE. — La blennorrhée, appelée aussi blennorrhagie chronique, uréthrite chronique,

chaudepisse chronique, suintement uréthral, goutte militaire, etc., est une inflammation chronique de la muqueuse uréthrale, caractérisée par un suintement muco-purulent peu abondant, plutôt que par un véritable écoulement, qui, dans le plus grand nombre des cas, succède à la blennorrhagie, mais ^ peut aussi se montrer sans elle.

Il résulte de cette définition que le symptôme le plus caractéristique de la blerinorrhée, c’est l’écoulement. Celui-ci est tantôt d’un blanc laiteux, tantôt d’un blanc jaunâtre, plus ou moins visqueux et filant. Son abondance varie suivant les individus et l’ancienneté de l’affection. De temps en temps dans la journée, certains malades remarquent une grosse goutte de muco-pus à l’orifice du méat, qui, déposée sur la chemise, forme une tache blanchâtre, semblable à celle que ferait de la gomme, avec une teinte jaunâtre à son centre. Chez d’autres, ces gouttes font défaut dans la journée et c’est seulement le matin, au réveil, qu’ils en aperçoivent une, encore faut-il pour la constater presser le canal d’arrière en avant pour la faire sortir. Si les malades urinent en se levant, cette goutte est chassée par l’urine, au début de la miction, elle se désagrège, et forme dans le vase comme de petits filaments blanchâtres, assez semblables à de petits vers, qui nagent dans le liquide et, peu à peu, vont se déposer au fond.

En général, les malades n’éprouvent aucune douleur, à peine une légère sensation de chaleur en urinant. Ils ressentent de temps à autre un chatouillement au niveau du gland ou dans un point du canal plus ou moins voisin du périnée. Dans certains cas, ce sont de véritables élancements dans le méat et un sentiment de pesanteur et de chaleur vive au périnée.

. Ils urinent plus souvent que d’habitude, et lorsque le besoin de la miction se fait sentir, ce qui a lieu surtout à la fin des repas, il est si impérieux, qu’il faut le satisfaire immédiatement et à tout prix.

« Combien de fois, disait avec raison, le D’’ Phillips, des hommes du monde, étant en soirée, à une table de jeu, par exemple, ne portent-ils pas subitement la main à la verge pour presser le gland, afin de faire cesser les inquiétudes? Bientôt une chaleur vive parcourt toute la partie courbe du canal et un besoin irrésistible d’uriner se fait sentir. » Chez le plus grand nombre, le jet d’urine se bifurque ou se divise en deux colonnes, s’entrecroisant de différentes manières, et donnant souvent lieu à un jet en spirale, ce qui fait dire aux malades eux-mêmes qu’ils pissent en tire-bouchon.

Les chatouillements dont nous venons de parler, déterminent des érections fréquentes qui ne sont pas douloureuses, mais portent les malades à accomplir l’acte vénérien. S’ils se livrent au coït, l’éjaculation détermine un chatouillement plutôt pénible qu’agréable. Le sperme, au lieu d’être lancé avec vigueur, ne sort qu’en bavant et goutte à goutte, ou il reflue vers la vessie. Dans certains cas la liqueur séminale est teintée de sang. Si les malades, dans la crainte d’aggraver leur mal, s’abstiennent du coït, les érections deviennent de plus en plus fréquentes, surtout la nuit, et s’accompagnent de pollutions nocturnes, qui se produisent à

des intervalles de plus en plus rapprochés et peu vent dégénérer en spermatorrhée ou pertes sémi' nales.

En même temps se montrent des accidents du côté de l’appareil digestif, tels que dyspepsie, gastralgie, constipation.

Chez les individus qui sont malades depuis longtemps, survient un état mental particulier. La tristesse les envahit, ils sont inquiets, mélancoliques ils songent sans cesse à leur mal, se persuadent qu’ils ne guériront jamais; dévorent tous les traités spéciaux; courent tous les cabinets des médecins spécialistes et surtout, hélas ! toutes les boutiques borgnes des nombreux charlatans dont les noms tapissent l’intérieur des urinoirs publics ; changent tous les jours de médication ; et, comme ils ne guérissent pas, au contraire, ils prennent les femmes en dégoût, vivent retirés, seuls, et arrivent à l’hypocondrie. On en voit même, fort heureusement en petit nombre, finir par le suicide! Ce qui avait fait dire à Ricord, qu’un bon nosographe devrait classer la blennorrhée parmi les affections mentales (V. Uréthromane).

Quelles sont les causes de la blennorrhée? — Parmi les causes prédisposantes, je citerai l’anémie, le lymphatisme, l’épuisement prématuré. La diathèse scrofuleuse prédispose aussi à la blennorrhée, car, en enlevant aux muqueuses, à celle de l’urèthre comme aux autres, leur tonicité et leur vitalité, elle prolonge indéfiniment les flux catarrhaux de ces membranes. Les diathèses herpétique, rhumatismale et goutteuse peuvent aussi faciliter le passage d’un écoulement de l’état aigu à l’état chronique et l’entretenir dans ce second état.

Parmi les causes occasionnelles, je signalerai tout d’abord la blennorrhagie aiguë soignée à tort et à travers, d’une façon irrationnelle et intempestive, ainsi que cela arrive très souvent, ou bien encore abandonnée à elle-même lorsqu’elle est réduite à un simple suintement, ce que font beaucoup de malades, qui, tout heureux de ne plus souffrir, se moquent de ce suintement et le traitent par le mépris, suivant leur expression.

Le retour trop précipité à un régime excitant,^ aux boissons alcooliques, et surtout à la bière; des érections répétées ; le coït pratiqué trop tôt après la disparition de l’écoulement, sans laisser à la guérison le temps de se confirmer, sont autant de causes qui peuvent engendrer la blennorrhée, car elles congestionnent les organes génitaux, les irritent et entretiennent le suintement d’une manière indefinie.

Enfin, bon nombre de malades entretiennent euxmêmes l’écoulement chronique par la manoeuvre suivante : ils se tiraillent la verge à tout instant et pressent la face inférieure du canal, avec leurs doigts, d’arrière en avant, pour se rendre compte si la sécrétion muco-purulente persiste chez eux. D’autres arrivent au même résultat par le régime absolument débilitant qu’ils s’obstinent à suivre, se privant de toute nourriture tonique, ne buvant jamais ni vin, ni café, malgré les conseils des mé^ decins, persuadés que seul il les guérira !

Mais en dehors de ces causes prédisposantes et occasionnelles, il en est une plus sérieuse, pl’i*

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oxave et plus générale, à laquelle doivent être attribuées la plupart des blennorrhées, Je veux parler des rétrécissements de l’urèthre. C’est surtout à Désormeaux que revient le mérite d’avoir montré la haute importance de cette cause. Ce chirurgien, à l’aide d’un instrument spécial, appelé Endoscope (v. ce mot), qui permet à l’œil de voir dans le canal et jusque dans la vessie, est arrivé à préciser exactement la cause ordinaire de la maladie, son siège et les lésions qui la caractérisent.

Où siège la blennorrhée? — Quelquefois à la fosse naviculaire, le plus souvent dans la région profonde de l’urèthre, à 12 ou 13 centimètres, dans la région bulbo-membraneuse , entre la bulbe, et le col de la vessie qui est en quelque sorte le point confluent des voies urinaires et génitales où vient se concentrer l’inflammation qui produit l’écoulement.

D’ailleurs, pour bien se rendre compte du point particulier du canal où siège le plus fréquemment la blennorrhée, il suffit de savoir où siègent les rétrécissements, puisque la blennorrhée a sa cause la plus fréquente dans ces derniers. Or, sur un relevé de 208 rétrécissements observés dans ma pratique personnelle, et dont 165 avaient occasionné des blennorrhées, j’en ai trouvé :

141 au niveau de la courbure sous-pubienne dans la région membraneuse ;

42 au niveau des deux tiers supérieurs de la région spongieuse ;

23 au commencement de la portion spongieuse en partant du méat.

La région membraneuse de l’urèthre est donc le lieu d’élection des lésions de la blennorrhée.

Quelles sont les lésions qui caractérisent la blennorrhée? — Nous les connaissons très bien, grâce aux recherches endoscopiques de Désormeaux.

En passant à l’état chronique, la blennorrhée se fixe dans la région bulbo-membraneuse de l’urèthre, et la muqueuse de la partie malade, d’abord simplement dépolie, devient bientôt inégale ; ces irrégularités augmentent, se multiplient et finissent par former des saillies arrondies, hémisphériques, qui ne sont autres que des granulations. A ce moment, le point malade offre une surface d’un rouge foncé, inégale, parsemée de granulations rondes, quelquefois un peu éloignées les unes des autres, d’autrefois juxtaposées de façon qu’elles couvrent toute la surface malade. La muqueuse, dans ce point, oflre l’aspect d’une mûre, aussi bien pour la couleur que pour l’aspect granuleux. Les granulations varient depuis un grain de moutarde jusqu’à la grosseur d’un grain de millet ou, un peu plus rarement, d’un petit grain de chènevis; les plus petites paraissent de formation plus récente. Elles occupent d’ordinaire une étendue de 2 à 4 centimètres, elles persistent pendant très longtemps.

Abandonnées à elles-mêmes, ces granulations finissent bien par guérir, mais en laissant après elles une lésion qui ne disparaîtra pas plus que ne disparaît la cicatrice qui succède à une plaie.

Il est évident, ainsi que le dit, avec raison, Désormeaux, que les granulations ne peuvent pas exister sans entretenir une inflammation sourde dans la muqueuse uréthrale et les tissus sousjacents ; de là le gonflement de ses parties et, par

suite, un rétrécissement du calibre de l’urèthre, qui, d’abord à peine sensible, augmente graduellement par l’infiltration de lymphe plastique dans les tissus. A la longue cette lymphe plastique s’organise, des éléments fibreux nouveaux s’y développent, ainsi que des fibres élastiques qui s’ajoutent aux éléments fibreux primitifs déjà rétractés par l'inflammation, il en résulte un tissu de cicatrice, ou plutôt un véritable tissu inodulaire qui prend la place des tissus nouveaux. Les granulations ellesmêmes finissent par être détruites par résorption, par ulcération, puis aussi peut-être parce que le travail qu’elles déterminent autour d’ elles oblitérant les vaisseaux, amène leur atrophie. A mesure qu’eUes disparaissent, la muqueuse elle-même, dont elles ont atteint la structure, prend l’aspect d’un tissu cicatriciel, comme les couches sous-jacentes. Alors, la blennorrhée est finie, elle a terminé son évolution, et fait place à un rétrécissement inodulaire. De teUe sorte que la blennorrhée qui a été occasionnée par un rétrécissement devient à son tour cause d’un autre rétrécissement bien plus grave que le premier. (V. Rétrécissement).

Quelle est la gravité de la blennorrhée? — De tout ce qui précède, il est aisé de conclure que la blennorrhée est une maladie grave au point de vue local et ai point de vue général, et qu’il importe par censé ment de lui opposer, dès le début, un traitement rationnel et énergique.

Quel e:t le traitement de la blennorrhée? Avant d’instituer aucun traitement, il faut tout d’abord s’assurer du siège exact de la maladie. Pour cela il faut faire l’exploration du canal, le plus minutieusement possible, à l’aide de Yendoscope ou d’une bougie à olive.

Pour l’exploration endoscopique, on fait coucher le malade sur son lit si on l’examine chez lui, sur le fauteuil à opérations urinaires, si l’examen a lieu dans le cabinet du médecin, dans la position ordinaire du cathétérisme (V. ce mot). Puis on introduit doucement et lentement la sonde de l’endoscope, préalablement huilée, jusqu’à l’extrémité de la partie profonde du canal ; on adapte ensuite l’endoscope sur elle et on procède à l’exploration en retirant lentement la sonde jusqu’à ce que l’œil rencontre le siège du mal. Lorsque celui-ci a été bien observé, bien reconnu, bien précisé, on retire complètement la sonde.

Si on explore le canal à l’aide d’une bougie à olive ou à boule, le malade étant placé comme précédemment, on commence avec une bougie correspondant au numéro 19 ou 20 de la libère Cbarrière qui représente le calibre ordinaire du canal. Après l’avoir soigneusement, enduite de cérat ou d’huile, on l’introduit doucement, sans .'secousse, avec le plus de légèreté .possible. Tant que la bougie parcourt des parties saines, le malade n’accuse pas de douleur, tout au plus un chatouillement et une légère sensation de chaleur. Mais lorsqu’on arrive au point malade, siège des granulations, en même temps que le chirurgien constate une résistance, le malade accuse une douleur vive qui s’augmente si on cherche à faire pénétrer la bougie plus avant. A ce moment, le chirurgien lâche la verge du malade qui revient sur eUe-même, ü marque avec

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l’ongle le point de la bougie qui touche au méat, puis il la retire, et la distance de ce point à l’olive indique à quelle profondeur dans le canal siège la lésion.

La constatation du rétrécissement faite, il faut encore se rendre compte du calibre du canal au point rétréci. Pour cela, le chirurgien pratique le cathétérisme successivement avec des bougies à olives de calibre de plus en plus petit, jusqu’à ce qu’il arrive à franchir le rétrécissement, sans exercer une trop forte pression. La grosseur de l’olive qui a franchi le rétrécissement, donne le calibre de celui-ci. Il n’est pas rare que l’olive de la bougie retirée, ramène à son collet un peu de muco-pus blanchâtre ou rosé, preuve manifeste de l’inflammation du canal avec altération au point rétréci.

Une fois le diognostic bien établi, il ne reste plus qu’à instituer le traitement, en prévenant le malade des conséquences graves que peut avoir son mal s’il ne guérit pas, et en ajoutant qu’une condition essentielle, sine quâ non, de la guérison, c’est la persévérance dans la cure.

L’hygiène joue un rôle très important dans la cure de la blennorrhée. Tout d’abord je recommande aux malades un régime tonique et reconstituant : bonne nourriture, viandes noires, légumes verts, sauf les asperges, bon vin rouge aux repas, café une fois par jour, deux fois même; mais je leur interdis le vin blanc, les liqueurs et surtout la bière.

Quelques médecins proscrivent d’une manière absolue le coït, même le plus modéré, prétendant .qu’il suffit d’une seule infraction à cette règle pendant le traitement pour faire perdre le fruit de la cure et ramener le mal à soa état primitif. Je ne suis pas de cet avis et mon rigorisme sur ce chapitre n’est pas aussi absolu. J’ai constaté, au contraire, que des relations sexuelles, sagement ménagées et raisonnablement espacées, donnent maintes fois d’excellents résultats, et, dans tous les cas, ont toujours l’avantage d’agir sur le moral des malades, que leur maladie et une abstinence absolue contribuent à plonger dans la tristesse et le découragement.

J’examine ensuite la santé générale des malades, car nous avons vu que certaines diathèses influent d’unê façon évidente sur la maladie, et si je constate un état diathésique, je le combats autant que possible par un traitement approprié. Aux anémiques, aux lymphatiques et aux scrofuleux je donne les ferrugineux, le quinquina, l’iode, l’hydrothérapie, les bains sulfureux, les bains de mer. Aux herpétiques, de l’arsenic et les purgatifs légers ; aux rhumatisants et aux goutteux, les purgatifs salins, les boissons et les bains alcalins, etc.

Enfin, j’institue le traitement de la blennorrhée elle-même.

La médication que j’ai conseillée contre la blennorrhagie, à son déclin, est assez souvent d’un emploi utile dans la blennorrhée de date très récente. C’est la plus simple, la plus inoffensive, et c’est par elle qu’il convient de débuter. On administre donc les capsules de Raquin, le santal Midy ou le kava Labarthe, et, ainsi que l’a fait remarquer avec raison Ricord, les effets obtenus seront d’autant plus

avantageux qu’on les administrera à petites doses d'une façon soutenue.

Contre les blennorrhées un peu anciennes moyens sont insuffisants. ' ’ ®

On a proposé de les remplacer par des injection de toutes sortes : or, je le déclare, d’accordavec la plu part des spécialistes, toutes les injections sont mau vaises dans tous les cas. En effet, si elles sont béni'gnes, elles sont aussi sans effet. Si elles sont actives* caustiques, siccatives ou isolantes, elles déterminent de vives douleurs et des accidents sérieux , tels que ténesme vésical, cystite, uréthrorrhagie, orchite, etc.de plus, elles agissent toujours sur la partie antérieure du canal qui est saine, et n’atteignent pas une fois sur cent la partie profonde de l’urèthre siège du mal. Ce fait est absolument démontré par l’expérience, et tout le monde peut le vérifier : si on fait une injection avec la seringue à injections ordinaire, contenant 5 à 10 centimètres cubes de liquide, celui-ci ne pénètre guère que jusqu’à 5 à 8 centimètres de profondeur; or, c’est là la partie saine du canal , et le siège de la blennorrhée se trouve toujours à 12 ou 15 centimètres de profondeur. On peut donc dire ici que plus l’injection employée est active,- plus ses effets sont désastreux, puisqu’elle rend malade la partie saine du canal, et est sans aucune action sur la partie malade. Par suite, plus on prend d’injections, moins on guérit, et plus on a de rétrécissements. Je repousse donc les injections caustiques, astringentes, siccatives, isolantes, d’une façon absolue.

On a essayé, il y a quelques années, mais sans succès , de remplacer les injections par des bougies médicamenteuses, principalement par les bougies porte-remède Reynal. Ces porte -remède sont tout simplement des bougies longues de 12 à 16 centimètres, et d’une épaisseur variable entre 2 et 5 millimètres, faites avec de la gélatine et de la glycérine. Ce mélange, auquel on associe différentes substances caustiques ou astringentes, sulfate de zinc, tannin, ratanhia, etc., est fait dans des proportions telles, que les bougies obtenues sont dures et rigides. Ces porte-remèdes sont des espèces d’injections solides qui ont sur les injections liquides l’avantage d’agir sur la partie malade, mais qui ont aussi l’inconvénient très grave d’agir sur les parties saines du canal. De plus, ces porte-remèdes sont d’une introduction difficile, ils se cassent facilement et peuvent produire des écorchures dans le canal. Leur présence détermine des douleurs vives, une sensation de brûlure, du ténesme et une telle envie d’uriner que le malade n’y résiste pas, et qu’en vidant sa vessie, il les expulse. J’ajoute que les porte-remèdes sont très difficiles à maintenir dans l’urèthre, d’où le moindre spasme, la moindre contraction les expulse au dehors, malgré la calotte en caoutchouc dont on a proposé de recouvrir tout le gland pour les maintenir. Enfin , ces porte-remèdes ne fondent pas avant une heure et demie ou deux heures de séjour dans le canal, ce qui nécessite un temps égal de repos et d’immobilité horizontale de la part des malades. Je les repousse donc d’une façon aussi absolue que les injections.

Le traitement véritablement efficace de la blennorrhée ancienne, le seul vraiment curatif, consiste

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dans la dilatation temporaire progressive, à l’aide de bougies en gomme d’abord, de cathéters en métal ensuite, suivie d’instillations ou d’irrigations uréthrales, combinées avec l’administration du copahu, du santal ou du kava.

Pour pratiquer la dilatation, on introduit successivement dans le canal des bougies en gomme de calibre croissant, en commençant par une bougie d’un numéro correspondant au calibre du canal au point malade, calibre qui a été donné par la bougie à boule exploratrice. Je suppose, par exemple, que le canal n’ait livré passage qu’à une bougie à boule correspondant au n” 14 de la filière Charrière, je commence par introduire une bougie en gomme n“ 14 que je laisse quatre ou cinq minutes dans le canal, et que je remplace par une seconde bougie n® 15 que j’y laisse pendant le même temps. Le lendemain ou tous les deux jours, si le malade est trop sensible, j’introduis le n“ 15, puis le n“ 16 et ainsi de suite à chaque séance, j’introduis le numéro de la séance précédente et un numéro supérieur. Au bout de- quelques séances — quatre à six en moyennne, — je remplace les bougies en gomme par les cathéters en étain de Béniqué avec lesquels je continue graduellement la dilatation jusqu’à ce que celle-ci soit complète, ce qui se reconnaît lorsque le cathéter est également serré dans toute l’étendue du canal. A ce moment, je n’arrête pas brusquement les séances de dilatation, mais je les continue pendant quelques jours, en introduisant chaque fois les deux derniers numéros.

Cette dilatation agit comme modificateur. Et le travail physiologique déterminé par le contact des instruments s’étend non seulement à la surface de la muqueuse uréthrale, mais à toute l’épaisseur des parois du canal. C’est au sein même des produits pathologiques, comme le dit fort bien le professeur Guyon, que s’opèrent les modifications interstitielles qui vont profondément changer leurs propriétés et parallèlement déterminer des .modifications dans leur structure.

L’introduction des bougies et des cathéters n’est ni douloureuse ni dangereuse, mais à la condition formelle d’être pratiquée par un chirurgien à la main légère et exercée. Je ne saurais donc trop prévenir les malades qui seraient tentés de s’introduire eux-mêmes des bougies et à plus forte raison des cathéters, qu’ils s’exposent à une série d’accidents dont les moindres sont des fausses routes à travers le rétrécissement, des orchites déterminées par le choc du bec des instruments contre l’orifice des canaux éjaculateurs, des excursions à travers la prostate, etc., sans compter les accès de fièvre urineuse quiles compliquent souvent.

Dans bon nombre de cas, la dilatation temporaire et progressive suffit à eUe seule pour tarir l’écoulement, en faisant disparaître le rétrécissement et les granulations. Il arrive cependant que, malgré la dilatation, le suintement blennorrhéique persiste. J’ai recours alors à l’excellent procédé si justement recommandé par le professeur Guyon et qui, comme à lui, m’a donné d’excellents résultats : je veux parler des instillations uréthrales, qu’il faut bien se garder de confondre avec les injections.

Pour les pratiquer, une bougie exploratrice à olive perforée, d’une grosseur correspondant aux numéros 18 à 21 de la filière Charrière, et une seringue de Pravaz pouvant contenir quelques grammes de liquide et munie d’une canule conique à pas de vis extérieur, sont nécessaires. Après avoir introduit la bougie dans le canal jusqu’à la partie profonde où siège la lésion, on visse à son extrémité libre la canule delà seringue préalablement chargée du liquide médicamenteux et amorcée, puis on pousse le nombre de gouttes que l’on juge convenable d’instiller. Celles-ci ne quitteront pas la région où on les a déposées ; elles ne descendront pas vehs la vessie, retenues qu’elles sont par le sphincter du col normalement formé ; elles ne retourneront pas non plus vers la partie antérieure du canal, puisque celui-ci est bouché par la boule de la bougie que l’on ne retire qu’au bout de quatre ou cinq minutes, lorsque l’effet désiré est obtenu. L’action du liquide est donc bien réellement limitée à la portion du canal qu’on a voulu atteindre. J’emploie d’ordinaire la solution suivante :

Nitrate d’argent. ... O gr. 50 k 1 gramme,

Eau distillée . . 30 grammes.

et, pas plus que M. Guyon, je n’ai jamais observé de saignement, de dysurie ou de rétention d’urine, encore moins d’accès fébrile. A peine si les malades accusent une légère cuisson, très supportable, qui disparaît assez vite.

Dans certains cas, au lieu d’avoir recours aux instillations, je pratique l’irrigation de l’urèthre. Pour cela, je me sers d’une sonde en gomme, à l’extrémité de laquelle j’ai fait visser une olive en platine, au dessous du renflement de laquelle j’ai fait percer très obliquement d’avant en arrière trois petits trous, de manière que le liquide poussé par le piston revient vers le méat. J’introduis cette sonde jusqu’au delà du point malade, je visse sur son extrémité libre ouverte en petit entonnoir, la,canule conique d’une seringue contenant 150 grammes de la solution médicamenteuse et préalablement amorcée, puis je pratique l’irrigation de l’urèthre en poussant lentement le piston. Le liquide, arrivé à l’olive de la sonde, ressort par les trois trous et revient en avant sortir par le méat, après avoir lavé toute la muqueuse du canal. La solution que j’emploie d’une manière exclusive est la suivante :

Acide borique. . 2 à 4 grammes,

Eau distillée . . 150 grammes.

L’acide borique agit comme modificateur antiseptique et anticatafrhal, et a l’immense avantage de n’être nullement caustique, de ne jamais provoquer la moindre petite douleur, même à haute dose, enfin, de donner des résultats remarquables et généralement rapides.

Concurremment aux instillations ou aux irrigations uréthrales, on administre les capsules Raquin, le santal Midy ou le kava Labarthe, mais à petites doses, et on continue leur usage pendant quelques jours après la disparition complète du suintement, en diminuant chaque joim les doses ingérées.

Grâce à ce traitement suivi avec patience, exactitude et persévérance, on arrive à guérir très bien les blennorrhées, même les plus rebelles.

D" Paul Labalthe.

BLÉPHARITE. — Sous ce nom que l’on fait suivre ordinairement du qualificatif ciliaire, on désigne une affection dont le siège principal est le bord libre des paupières. On reconnaît à cette maladie ' trois formes différentes qui peuvent être considérées comme trois périodes d’un même état pathologique.

1° Blépharite ciliaire simple. — Elle n’entraîne aucune altération grave des cils. Elle est caractérisé par une rougeur plus ou moins prononcée du bord libre des paupières. De fines pellicules peu adhérentes au début entourent la base des cils, ceux-ci tombent aisément, surtout au moindre frottement que rend impérieux une démangeaison, une cuisson et même un sentiment de brûlure que fait naître tout effort soutenu de vision, le séjour dans la fumée, l’exposition à la lumière vive ou au vent un peu frais. L’affection peut conserver son caractère bénin, niais elle s’aggrave souvent aussi et l’on assiste à la seconde période de la maladie ou seconde forme ;

2° Blépharite ciliaire hypertrophique. — Cette affection est caractérisée par une inflammation grave des follicules pileux et une infiltration du derme qui supporte les cils. 11 résulte de cet état pathologique que de petits boutons d’acné se développent à la base des cils, et laissent échapper leur contenu qui, en se desséchant, agglutine les cils en pinceau et forme à leur base des croûtes plus, ou moins friables lesquelles cachent de petites exulcérations encore superficielles. Gênés dans leur développement par l’inflammation des follicules pileux, les cils tombent et sont remplacés par d’autres plus fins, décolorés et frisés. Le gonflement du bord ciliaire amène l’induration et la déformation de la paupière et par là la déviation des follicules et des cils qui peuvent venir frotter le globe {trichiasis). Le voile palpébral se déverse en dehors, son bord tranchant s’arrondit, la muqueuse exposée à l’air se cutise peu à peu, d’où il résulte que le globe n’étant plus protégé, pleure d’abord et s’enflamme ensuite ; mais cette forme déjà bien grave peut s’aggraver encore et l’on observe alors la 3' période ;

3“ Blépharite ulcéreuse. — Dans celle-ci on assiste à la destruction suppurative des follicules ciliaires, causée par la . rétention des produits de sécrétion glandulaires par obstruction des orifices d’excrétion. Un encroûtement général recouvre le bord des paupières. Si on le détache, les cils déjà déformés sont emportés et à la place qu’ils occupaient se voient des ulcérations profondes et saignantes. Les paupières se raccourcissent, se déjettent en dehors (eetropion), les points lacrymaux n’étant plus au contact du globe ne peuvent plus absorber les larmes, l’œil pleure et s’enflamme, un abcès du canal lacrymal peut se développer ; les cils de plus en plus grêles tombent pour ne plus reparaître (madorosis) et l’on a alors sous les yeux ces êtres à aspect repoussant par leurs paupières rouges, tuméfiées, purulentes ou sanguinolentes.

qui redoutent la lumière à cause des doulen qu’elle leur cause et la vue de leurs semblable* parce qu’ils savent qu’ils sont pour eux un objet de dégoût.

Cette affection se rencontre principalement chez les personnes lymphatiques, disposées à l’eczéma ou sujettes à l'acné. Les gens qui prennent peu de soins de propreté en sont souvent affectés, c’est chez eux que l’on a rencontré dans les follicules pileux un champignon analogue à l’achorion du favus. Si la blépharite est unilatérale on devra porter son attention sur les voies lacrymales. Nous savons déjà que l’apparition de la blépharite ciliaire est dûe souvent à des efforts de vision, à un séjour prolongé dans une salle fortement éclairée ou trop enfumée.

Il résulte de ces notions que le traitement variera suivant que l’origine de la maladie se rencontrera;

1“ Dans une altération des cils ;

2° Dans la présence d’une conjonctivite ;

3" Dans une lésion des voies lacrymales ( Y. Conjonctiviie et Voies lacrymales).

Les personnes disposées à la blépharite doivent vivre dans un air pur et frais, porter des verres fumés ou bleutés et bombés en forme de coquille afin de mieux abriter les yeux contre les rayons du soleil et l’action des vents. Ils éviteront un travail excessif et le séjour dans les estaminets, les usines et les laboratoires d’où se dégagent des vapeurs irritantes. Ils éviteront les écarts de régime, chercheront à combattre leur tempérament lymphatique par un régime approprié. La première condition dé guérison est une exquise propreté des cils, qui seront lavés matin et soir avec de l’eau bien chaude de façon à détacher aisément les croûtes sans arracher ies cils, l’adjonction de quelques gouttes d’acide phénique sera d’un puissant secours comme antiseptique et cicatrisant. Après ces lava- I ges on saupoudrera avec avantage le bord des cils, bien séché préalablement, avec de la poudre de calomel. Si l’altération des cils a commencé,, on aura recours aux frictions sur la marge des paupières avec les pommades :

Précipité blanc . 5 centigrammes.

Vaseline . 5 grammes.

ou bien :

Oxyde rouge d’hydrargyre .... 25 centigrammes.

Vaseline. . . 5 grammes.

Mais à ces préparations nous préférons de beaucoup la suivante ;

lodo-chlorure d’hydrargyre. ... 5 centigrammes. Vaseline. . . 5 grammes.

Toute blépharite, même à la seconde période, est rapidement modifiée par les lotions chaudes antiseptiques, les frictions du bord ciliaire répétées une seule fois par jour avec la pommade ci-dessus et l’usage de la poudre de calomel. L’on ne tarde pas à voir les exulcérations disparaître et les cils repousser avec une vigueur qu’on ne leur connaissait plus. On sait que l’évolution du cil est d’environ

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cent jours, c’est donc le temps sur lequel ü faudra compter pour la restauration d’une paupière atteinte de blépharite ciliaire hypertrophique, avec alopécie déjà prononcée. D'’ Gillet de Grandmont,

Chirurgien-oculiste adjoint des Maisons d’éducation de la Légion d’honneur.

BLÉPHARO- CONJONCTIVITE. — Inflammation simultamée de la conjonctive du globe de l’œil et de celle qui tapisse la face interne des paupières (V. Blépharite et Conjonctivite). D'’ a., g. de g.

BLÈPHARO-PHIMOSIS. — Rétrécissement de l’ouverture palpébrale par rapprochement des angles des paupières. Cette affection est le plus souvent due aux rétractions cicatricielles qui suivent les conjonctivites diphtériques ou granuleuses, et les cautérisations trop énergiques de la muqueuse oculaire et palpébrale. Elle provoque une diminution parfois si considérable de la fente palpébrale que le contact du globe et des cornées étant plus intime, devient irritant au suprême degré autant pour la muqueuse que pour la cornée. Il en résulte des kératites rebelles dues à une sorte d’usure du tissu, et des conjonctivites d’autant plus interminables qu’on ne peut en , apprécier exactement l’étendue, puisqu’on ne peut plus renverser les paupières. -

Le blépharo-phimosis est utilement combattu par une opération à laquelle on a donné le nom de canthoplastie et qui consiste à fendre, à l’aide de ciseaux droits, la commissure externe de l’œil et par trois points de suture à réunir la muqueuse palpébrale à la peau, de façon à empêcher la réunion des tissus entassés, par conséquent, la récidive.. Le point du milieu limite l’étendue de la fente et les deux latéraux provoquent la cicatrisation de la plaie faite aux paupières supérieure et inférieure. D>- A. Gillet de Grandmont.

BLÉPHAROPTOSE. — Chute de la paupière supérieure, désignée aussi sous le nom de ptosis, due généralement à une paralysie du muscle releveur. Dans ce cas, on y remédie en atténuant par une opération spéciale l’antagoniste ou muscle orbiculaire. Si cette blépharoptose est le résultat d’un relâchement des téguments, l’opération a pour but d’exciser un pli de la peau et de faciliter ainsi l’élévation de la paupière.

Cette maladie qui donne au patient l’aspect d’un homme endormi, est parfois si prononcée que la pupille est cachée par la paupière supérieure et que la vue ne peut être rendue que si le voile palpébral est soulevé. L’une des affections dans laquelle on rencontre le plus souvent le ptosis est l’ataxie locomotrice, lorsque la paralysie a porté sur les muscles animés par la troisième paire. J’ai vu des ataxiques qui, pour se conduire, étaient contraints de coller la paupière supérieure au sourcil. La blépharoptose se rencontre à un faible degré dans les conjonctivites chroniques; elle est due à l’épaississement de la conjonctive, elle est surtout appréciable le soir. Dans l’ophtalmie granuleuse, l’affection beaucoup plus prononcée, donne aux malades un aspect caractéristique qni permet au praticien

de porter un diagnostic précis à distance. Bref, le ptosis est toujours une maladie sérieuse contre laquelle on ne saurait trop se’hâter d’agir dès qu’on en a reconnu la cause et l’origine.

D' A. Gillet de Grandmont.

BLÊFHAROSPASME. — Spasme des paupières qui tantôt demeurent sans cesse fermées (spasme tonique), tantôt s’ouvrent et se ferment incessamment (spasme clonique). Cette affection reconnaît pour cause soit une irritation dont le siège se trouve dans les paupières ou sur le globe, soit une névrose. Dans le premier cas, le traitement s’adressera à l’affection aiguë; dans le second, on aura recours à divers moyens dont le plus efficace est la névrotomie ou l’élongation de la branche nerveuse (S® paire) qui semble être le siège de la névrite.

L’origine du blépharospasme est souvent la photophobie, principalement chez les enfants, aussi devra-t-on au début des maladies oculaires qui entraînent la crainte de la lumière, s’attacher à combattre cette photophobie par les lotions froides sur les paupières, le collyre d’atropine, les onctions d’onguent napolitain belladoné autour des orbites, les injections sous-cutanées de chlorhydrate de morphine ou les courants continus. Lorsque ces moyens resteront sans effet, on aura recours aux opérations dont nous parlions plus haut, non toutefois sans s’être assuré que ces spasmes ne proviennent pas d’une dent malade dont l’avulsion ferait cesser toute trace de blépharospasme.

D’’ Gillet de Grandmont.

BLÉPHAROPLASTIE. — C’est cette branche de la chirurgie qui a pour objet la restauration des paupières au moyen de téguments empruntés au voisinage. Souvent, en effet, les paupières ont été détruites dans une plus ou moins grande étendue, soit par la gangrène causée par une pustule maligne, par un phlegmon grave des paupières, par une brûlure, par une ulcération syphilitique, par un lupus, soit par une blessure provenant d’üne arme à feu ou de la projection d’un corps contondant, soit par un cancroïde, l’une des tumeurs les plus fréquentes des voiles palpébraux. Quoiqu’il en soit, l’œil privé de son organe de protection, est fatalement voué a une destruction plus ou moins prompte, le plus souvent accompagnée de souffrances cruelles.

La chirurgie intervient utilement dans ces cas, en faisant une paupière à l’aide de la peau prise à la tempe, sur le front, le nez ou la joue. Pour cela, après avoir excisé la tumeur, l’ulcération palpébrale ou la cicatrice, on taille dans la peau du voisinage un lambeau plus grand d’environ 2 miUimètres en , tous sens que la portion détruite, afin d’éviter la rétraction de la peau, et on le détache en le laissant toutefois adhérent par sa base, afin qu’il reste en communication avec la circulation générale; puis le déviant de sa position normale par une sorte de torsion du pédicule, on vient l’appliquer au heu et place de la perte de substance et on l’y fixe au moyen de sutures entortillées. Bien des procédés ont été imaginés ; ils portent le nom d’autoplastie par torsion, par ghssement, etc. Aujourd’hui que

les avantages de la greffe dermique ou transplantation des fragments cutanés détachés sont bien connus, depuis les travaux de Reverdin, on a souvent recours à cette méthode, soit que l’on emprunte les tissus à l’une des parties du corps du malade lui-

Fig. 177.

Blépharoplastie par la méthode de Blasius.

même (V. Autoplastié), ou d’une personne étrangère, ou même à un animal (V. Greffe animale). Les figures 177 et 178 représentent la blépharoplastie par la méthode de Blasius. La figure 177 représente un cancroïde (o) qui a envahi la pau¬

Fig. 178.

Blépharoplastie par la méthode de Blasius.

pière inférieure. La courbe qu’on y remarque limite l’étendue de peau qui sera excisée, et fixe les dimensions du lambeau (6) destiné à la restauration. Ce lambeau, pris sur la portion latérale du nez, sera incliné jusqu’à ce qu’il vienne prendre la place de la paupière enlevée. La figure 178 représente le lambeau (6) mis en place et fixé par six points de suture, et montre le rapprochement des téguments opéré par quatre sutures entortillées (cccc), dans le but d’éviter un déplacement cicatriciel. A ce point de vue, la méthode de Blasius a été un grand progrès sur celles de ses prédécesseurs.

La figure 179 représente une opération de blépharoplastie par le procédé de Dieffenbach, qui consiste à limiter dans un triangle dont la base touche le bord ciliaire de la paupière, toute la portion malade et à exciser ce fragment entamé, tandis qu’on taille dans le voisinage un lambeau quadrangulaire que l’on détache en totalité (peau, tissu conjonctif sous dermique, vaisseaux, nerfs) des parties profondes, en le laissant toutefois adhérer, par sa base, à la pea.u de la joue, et qu’on fait glisser jusqu’à ce qu’il prenne la place du lambeau excisé; des points

de suture représentés sur la figure suivante (fie. 4 indiquent le moyen de rapprocher les tissus et de l fixer, soit au bord ciliaire, soit à la joue. R resf après cette restauration une plaie triangulaire qu’fi

Fig. 179.

Blépharoplastie par le procédé de Dieffembach.

faudra cicatriser ultérieurement, ce qui n’a pas lieu dans le procédé de Blasius décrit plus haut.

Une foule d’autres procédés, différant les uns des autres par la forme du lambeau, ont été imaginés;

Fig. 180.

Blépharoplastie par le procédé de Dieffembach.

mais il est une règle générale qu’on ne doit point perdre de vue, à savoir qu’il faut, conserver absolument tout ce qui ne doit pas être fatalement sacrifié. On comprend, à ce point de vue, quel soin le chirurgien doit prendre pour ménager, lorsque cela est possible, toute la muqueuse et le bord des cils.

D' A. Gillet de Grandmont.

BLÉSITÉ. — On désigne sous le nom générique de blésité, une foule de défauts de prononciation constitués, soit par la substitution d’une consonne à une autre, soit par l’altération de la prononciation d’une consonne. Le plus souvent, les deux cas sont réunis. Par extension, on peut aussi donner le nom de blésité à la prononciation vicieuse de certains sons voyelles : in pour un, un pour eu, etc.

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Les variétés de la blésité peuvent se rattacher à l’un des deux groupes suivants : t” blésité portant sur les consonnes soufflées z. s, j, ch; 2° blésité portant sur une quelconque des autres consonnes.

La blésité portant sur les consonnes soufflées est de beaucoup la plus fréquente. On distingue le zézaiement ou substitution de z à j (zoulou pour joujou, zeudi pour jeudi); le sessayement ou substitution de s à ch (i eval pour cheval, sien pour chien) ; le jotacisme ou substitution du j au z (amu/ement pour amusement, prÿon pour prison); le chuintement .ou substitution de ch à s (cÆac pour sac, cAoupe pour soupe). Le zézaiement et le sessayement sont pour ainsi dire à l’état endémique en Provence et en Gascogne, tandis que le jotacisme et le chuintement sont presque le parler habituel des paysans de l’Auvergne.

La substitution des consonnes les unes aux autres varie à l’infini, de telle sorte qu’il est impossible de donner, à chacun de ces défauts, un nom spécial : En voici cependant quelques exemples : i^ounou pour loulou, Carcassonne pour Carcassonne, Cucre pour sucre, tiarçon pour garçon, Canif pour canif, etc., etc.

Assez souvent la substitution n’existe pas, il n’y a qu’une sorte de déformation de la consonne. Cette déformation est simple chez ceux, par exemple, qui parlent du bout de la langue ou qui grasseyent. Chez d’autres, elle est compliquée d’un sifflement -^qui accompagne l’émission de la consonne ou qui est produit par l’adjonction d’une sorte d’U mouillée : JCCoujCCou ou î/CCouî/CCôu pour joujou ; chCCien pour chien ; amusCCement pour amusement. Lorsque l’adjonction de ces II mouillées se fait à la consonne S, il n’y a plus seulement déformation, il y a encore substitution du son ch et on entend alors pincAyCCon pour pinson.

Il arrive quelquefois que la blésité n’est caractérisée ni par une substitution, ni par une déformation d’une consonne, mais par sa suppression complète. C’est encore sur les soufflées que porte généralement cette variété. Exemple : Es inq evaux ont olis, au lieu de : Ces cinq chevaux sont jolis.

La blésité est un défaut très répandu, surtout dans le sexe féminin. Elle a le très grand inconvénient de donner à ceux qui en sont atteints, un air de niaiserie qui expose fort au ridicule.

11 n’est donc pas inutile de dire que la blésité, de même que tous les autres défauts de prononciation, peut être rapidement et entièrement corrigée. Elle provient, non d’un défaut organique de la langue trop courte ou trop épaisse selon les uns, ou de l’implantation vicieuse des dents selon les autres, mais bien d’une fausse manœuvre de la langue dans l’articulation de la consonne. Dès lors, il suffit pour faire disparaître ce que l’articulation contient de défectueux, d’enseigner au sujet la position normale que doit occuper la langue pour la formation de la consonne; c’est l’affaire d’une quinzaine de jours de leçons. Aucun appareil, aucun truc n’est nécessaire pour cela ; comme pour le bégaiement (voir ce mot) c’est à la physiologie qu’il faut faire appel.

D' Chek\in,

Directeur de l’Institution des Bègues de Paris, Lauréat de l’Institut de France.

BLESSËS (secours a donner aux). — Nous ne croyons pouvoir mieux faire que de reproduire les instructions suivantes, rédigées sur ce sujet par le conseil d’hygiène et de salubrité du département de la Seine :

Lorsqu’une personne est trouvée blessée sur la voie publique, les premiers soins à donner consistent :

1° A relever le blessé avec précaution et à le conduire ou à le transporter sur un brancard dans le lieu le plus rapproché où il puisse être secouru ;

2" Si le médecin tarde a arriver et s'il paraît y avoir du danger, on coupe s’il est nécessaire les vêtements avec des ciseaux, puis on lave la blessure, avec une éponge ou du linge imbibé d’eau fraîche, pour la. débarrasser du sang ou des corps étrangers qui peuvent la souiller.

3" S’il n’y a qu’une simple coupure et que le sang soit arrêté, on doit rapprocher les bords de la plaie et les maintenir en cet état en la couvrant d’un morceau de taffetas gommé, dit taffetas d’Angleterre, ou de bandelettes de sparadrap qu’on aura pris soin de passer devant une bougie allumée ou au-dessus de charbons ardents pour les ramollir et les rendre coUantes.

4® En cas de contusion ou de bosses, il faut appliquer sur la partie des compresses imbibées d’eau fraîche avec addition d’extrait de Saturne (15 à 20 gouttes par verre), à défaut d’extrait de Saturne, on peut se servir de sel marin. Ces compresses seront maintenues en place au moyen d’un mouchoir ou de tout autre bandage, médiocrement serré, et on les arrosera fréquemment afin de les maintenir humides.

5“ S'il y a perte de sang abondante ou hémorrhagie par une- plaie, on devra chercher à l’arrêter en appliquant sur cette plaie, soit des morceaux d’amadou, soit des gâteaux de charpie, soutenus au moyen de la main, d’un mouchoir ou de tout autre bandage qui comprime médiocrement, sans exagération. Si le sang s’échappe par un jet rouge, écarlate, saccadé, et que le blessé soit pâle, défaillant, menacé de mourir par hémorrhagie, il importe d’exercer de suite, avec les doigts, une forte compression sur l’endroit d’où part le sang. Cette compression sera remplacée ensuite par un tampon d’amadou, de charpie ou de linge, appliqué sur la plaie ou au-dessus d’elle, et maintenu par une bande assez serrée, sans l’être cependant au point d’étrangler le membre.

6“ Si le blessé crache ou vomit le sang, il faut le placer sur le dos ou sur le côté correspondant à la blessure, la tête et la poitrine élevées, doucement soutenues, et lui faire prendre, par petites gorgées, de l’eau fraîche. Les plaies qui peuvent exister à l’extérieur et qui fournissent aussi du sang, seront fermées au moyen d’un linge fin posé sur elles, et d’un gâteau de charpie surmonté de compresses et d’un bandage. Des compresses trempées dans de l’eau fraîche pourront, en outre, être appliquées sur la poitrine ou le creux de l’estomac.

7“ Dans le cas de brûlure, il faut conserver et replacer, avec le plus grand soin, les parties d’épiderme soulevées ou en partie arrachées. On percera les cloques ou ampoules avec une épingle et on en

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fera sortir le liquide. On couvrira ensuite la partie brûlée d’un linge fin enduit de ccrat ou trempé dans de l’huile d’amandes douces, et l’on placera, par-dessus ce linge, des compresses imbibées d’eau fraîche, que l’on arrosera fréquemment.

8° Dans le cas de foulure ou d'entorse, il faut plonger, s’il est possible, la partie blessée dans un vase rempli d’eau fraîche et l’y maintenir pendant longtemps, en renouvelant l’eau à mesure qu’elle s’échauffe. Si la partie ne peut être plongée dans l’eau, il faut la couvrir ou l’envelopper de compresses imbibées d’eau, que l’on entretiendra fraîche au moyen d’un arrosement continuel.

9° Dans le cas de luxation ou de déboîtement, il faut éviter avec le plus grand soin de faire exécuter, au membre malade, aucun mouvement brusque et étendu, on se contentera de soutenir et de placer ce membre dans la position qui occasionne le. moins de douleur au blessé, et l’on attendra ainsi l’arrivée du chirurgien.

10“ Dans le cas de fracture, il faut éviter plus encore que dans le cas de luxation, d’imprimer au membre blessé aucun mouvement inutile. Pendant le transport du blessé, on doit le porter ou le soutenir avec la plus grande précaution.

S’il s’agit du bras, de l’avant-bras ou de la main, on rapprochera doucement le membre du corps, et on le soutiendra avec une écharpe, dans la position qui sera la moins pénible pour le blessé. Si le mal I existe à la cuisse ou à la jambe, il faudra, après avoir placé doucement le blessé sur un brancard ou sur un lit, étendre avec précaution le membre fracturé sur un oreiller, et l’y maintenir à l’aide de deux ou trois rubans, suffisamment serrés pardessus l’oreiller. On peut aussi, à défaut de ce moyen, rapprocher le membre blessé à côté du membre sain et les unir ensemble dans toute leur longueur, sans trop les serrer, mais de manière que le membre sain soutienne l’autre et prévienne le dérangement de la fracture. Un point important est de soutenir le pied et de l’empêcher de tomber au dedans ou au dehors.

11“ Dans le cas de syncope ou de perte de connaissance, il faut d’abord desserrer les vêtements, enlever ou relâcher tous les liens qui peuvent comprimer le cou, la poitrine ou le ventre. On couchera ensuite, le blessé horizontalement, la tête médiocrement élevée, et l’on, s’efforcera de le ranimer au moyen de fortes aspersions d’eau fraîche sur le visage, de frictions sur les tempes ou autour du nez avec: du vinaigre. On pourra passer un flacon d’ammoniaque sous les narines, sans l’y laisser séjourner. On fera des frictions sur la région du cœur avec de l’alcool camphré ou tout autre liqueur spiritueuse. Ces secours doivent quelquefois être prolongés longtemps, avant de produire le rappel à la vie. Si le blessé a perdu beaucoup de sang, et s’il est froid, il faut pratiquer sur tout le corps des frictions avec de la flanelle, le couvrir avec soin et réchauffer son lit. Lorsque la syncope Commencé à se dissiper et que le blessé reprend ses facultés, on peut lui faire avaler de l’eau sucrée avec quelques gouttes d’eau spiritueuse. Lorsque la perte de connaissance est accompagnée de blessures considérables au crâne, il faut se contenter

de placer le blessé dans la situation la plus c mode, la tête médiocrement soulevée, maintenirT chaleur du corps, surtout des pieds, et attend ^ l’arrivée du médecin.

Si le blessé est dans un état d’ivresse qui paraiss dangereux par l’agitation extrême qu’il excite ou T\a l’anéantissement profond des forces qu’il détermine on peut lui faire prendre par gorgées, à quelques minutes d’intervalle, un verre d’eau légèrement sucrée, avec addition de 10 à 15 gouttes d’ammoniaque. Si l’on peut se procurer de l’acétate d’ammoniaque, cette substance, à la dose de 20 à âo gouttes, devra être préférée à l’ammoniaque. L’administration de l’une ou de l’autre de ces préparations pourra être répétée une fois, s’il en est besoin.

Il importe de se rappeler qu’un nombre trop grand de personnes autour des individus blessés ou autres qui ont besoin des secours est toujours nuisible. P. L.

BLESSURE. — Chirurgie. — Dans son acception chirurgicale, le mot blessure est synonyme de plaie et comprend toutes les solutions de continuité, toutes les lésions locales survenant spontanément ou se développant à la suite d’une violence extérieure. (V. Plaie).

Médecine légale. — En médecine légale, le mot a une acception beaucoup plus étendue ; il. comprend non-seulement les contusions, les fractures, les brûlures, les commotions et toutes les plaies en., général, mais encore certaines maladies internes; c’est ainsi que dans l’arrêt du 8 décembre 1859, prononcé par le tribunal de Lyon, l’inoculation de la syphilis a été considérée comme une blessure volontaire.

Et d’abord, voici les articles principaux de notre code relatif aux blessures.

Gode pénal. — Art. 309. — Tout individu qui, volontairement, aura fait des blessures ou porté des coups, on commis toute autre violence ou voie de fait, s’il est résulté de ces sortes de violences une maladie ou incapacité de travail personnel pendant plus de vingt jours, sera puni d’un emprisonnement de deux à cinq ans, et d’une amende de 16 francs k 2,000 francs. Il pourra en outre être privé des droits mentionnés à l’article 42 du Code pénal pendant cinq ans au moins et dix ans au plus, k compter du jour où il aura subi sa peine. Quand les violences ci-dessus exprimées auront été suivies de mutilations, amputation ou privation de l’usage d’un membre, cécité, perte d’un œil ou autres infirmités permanentes, le coupable sera puni de la réclusion. Si les coups portés ou les blessures faites volontairement, mais sans intention de donner la mort, l’ont pourtant occasionnée, le coupable sera puni de la peine des travaux forcés k temps.

Art. 310. — Lorsqu’il y aura eu préméditation ou gueiapens, la peiné sera, si la mort s’en est suivie, celle des travaux forcés k pei'pétuité ; si les violences ont été suivies de mutilation, amputation ou privation de l’usage d’un membre, cécité, perte d’un œil ou autres infirmités permanentes, m peine sera celle des travaux forcés k temps.

Art. 311. — Lorsque les blessures, ou les coups ou autres voies de fait n’auront occasionné aucune maladie ou incapacité de travail personnel mentionné k l’article 309, le coupable sera puni d’un emprisonnement de six jours k deux ans et d’une amende de 16 francs k 200 francs, ou de l’une de ces deux peines seulement. S’il y a eu préméditation ou guet-apens, l’emprisonnement sera de deux ans k cinq ans et l’amende de 50 francs k 300 francs.

Art. 319. — Quiconque, par maladresse, imprudence, inat-

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ention, négligence ou inobservation des règlements, aura commis involontairement un homicide, ou en aura été involontairement la cause, sera puni d’un emprisonnement de trois mois à 2 ans et d’une amende de 50 francs à 600 francs.

Art. 320, — S’il n’est résulté des défauts d’adresse ou de précaution que des blessures ou coups, le coupable sera puni de six jours à deux mois d’emprisonnement, et d’une amende de 16 francs à 100 francs, ou de l’une de ces deux peines

seulement. -

Art. 321. — Le meurtre ainsi que les blessm-es et les coups sont excusables, s’ils ont été provoqués par des coups ou violences graves envers les personnes.

Art. 322. — Les crimes et délits mentionnés au précédent article, sont également excusables s’ils ont été commis en repoussant pendant le jom- l’escalade ou l’effraction des clôtures, murs ou entrée d’une maison, ou d’un appartement habité, ou de leurs dépendances.

Art. 328. — Il n’y a ni crime ni délit lorsque l’homicide, les blessures ou les coups étaient commandés par la nécessité actuelle de la légitime défense de soi-même ou d’autrui. .

Code crvii.. — Art. 1382. — Tout fait quelconque de l’homme qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer.

Art. 1383. — Chacun est responsable du dommage qu’il a causé, non seulement par son fait, mais encore par sa négligence ou par son imprudence.

Art. 1384. — On est responsable, non seulement du dommage que l’on cause par son propre fait, mais encore de celui qui est causé par le fait des personnes dont on doit répondre ou des choses que l’on a sous sa garde.

Cet exposé de la législation montre l’importance de cette branche de la médecine légale qui a rapport aux coups et blessures. La distinction établie par la loi entre ces différents crimes et délits repose, comme l’a dit le professeur lourdes, sur trois bases principales : l’intention, la qualité des personnes et le dommage-intérêt.

La loi n’a pas défini ce qu’on devait entendre par blessure et par coup. « Par l’expression générique des blessures, on doit entendre toute lésion, quelque légère qu’elle soit, ayant pour résultat d’intéresser le. corps ou la santé d’un individu. » (Arrêt du tribunal de Lyon, 8 et 15 décembre 1859). Parmi ces lésions se placent les plaies, contusions, fractures, brûlures et même l’inoculation de certaines affections virulentes. Il est assez difficile d’établir une distinction hanchée entre la blessure et le coup, néanmoins on peut dire que le coup est un choc, une violence qui n’a pas causé de blessure.

La constatation du dommage matériel qui résulte de l’incapacité de travail, de la perte d’un membre, etc., a une grande importance en médecine légale. Dans les cas de blessures par imprudence, c’est le plus souvent d’après les con.statations du médecin qu’on fixera les dommages à accorder à une personne lésée. Les articles 309 et suivants, qui formulent des peines spéciales lorsqu’il y a eu des infirmités permanentes ou incapacité de travail pendant plus de vingt jours, ouvrent également un champ très vaste à la médecine légale.

Dans les classifications qu’ils ont faites des blessures, les médecins légistes ont dû s’appuyer plutôt sur le degré de gravité que sur la nature même de la lésion. C’est ainsi que, se basant sur notre législation pénale, ils ont divisé les blessures en légères, graves et mortelles. Dans la ‘prerrdère catégorie se plaçaient nécessairement celles qui n’enlraînaient

pas nuQ incapacité de travail de plus de m jours dans la seconde, celles qui occasionnaient une incapacité de travail de plus de 20 jours; et enfin dans la troisième, les blessures qui occasionnaient la mort après une maladie plus ou moins lono-ue.

MM. Briand et Cbaudé ont établi une importante distinction dans la catégorie des blessures graves. Dans un premier genre ils placent les blessures complètement curables et qui ne laissent après leur guérison aucune infirmité ni dérangement de fonctions; dans le second, les blessures incomplètement curables et qui entraînent nécessairement des infirmités permanentes ou temporaires. Cette distinction a une importance capitale, puisque, ainsi que nous l’avons déjà dit plus haut, c’est du plus ou moins de gravité de la blessure que résulte l’application plus O U moins sévère de la loi, ainsi que la fixation des dommages-intérêts.

Tardieu a proposé une marche différente pour la constatation des blessures. « Il nous paraît infiniment plus simple, disait-il, de prendre pour base de l’étude des coups et blessures l’objet de la mission de l’expert défini par les termes mêmes dont se sert le magistrat qui fait appel à ses lumières en le chargeant : l°-de visiter le. blessé et de reconnaître l’état où il se trouve ; 2" de constater la nature et les blessures ; 3“ leurs causes ; 4° les conséquences qu’elles pourront avoir ; ou, en cas de mort, de procéder à l’examen du cadavre, déterminer les causes de la mort et dire si eUe est la suite de blessures ; 5“ d’établir les circonstances dans lesquelles les coups ont été portés. »

Des blessures produites pendant la vie ou après la mort. — Il arrive souvent que l’assassin pour donner le change sur la nature de son crime et entraver l’action de la justice, produit des lésions sur le cadavre avec des instruments à feu ou tranchants, le dépèce ou le précipite dans un puits ou dans tout autre lieu. Il peut arriver dans ce dernier cas, que la chute ait produit des lésions dont l’expert sera appelé à constater la nature.

On verra au mot contusion, que la contusion produit sur le vivant, au bout de quelques heures, une ecchymose, une tache bleue, noire ou rouge livide, due à l’extravasation du sang hors des capillaires. Or, ce phénomène n’a pas lieu sur le cadavre. Si la contusion est faite peu d’heures après la mort, on observe bien une certaine coloration, mais le sang n’est pas infiltré dans le derme et ne forme qu’une couche mince et fluide. Si la contusion a lieu plusieurs heures après la mort, elle neproduit plus sur la peau qu’un peu de sécheresse et un aspect parcheminé.

MM. Briand et Chaudé ont parfaitement décrit l’aspect de la contusion sur le vivant et sur le cadavre ; « Lorsqu’on rencontre une tumeur violacée, soit rénitente, soit fluctuante, mais élastique; lorsque le derme incisé se trouve infiltré de sang dans toute son épaisseur, que les aréoles du tissu cellulaire en sont remplis ou que le fluide est contenu en im foyer, mais que dans l’un ou l’autre cas il est dense, épais, coagulé, ü y a presque certitude que ces lésions ont été faites pendant la vie. Si, au contraire, la peau présente ime coloration j violacée, sans gonflement ou avec gonflement à

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