‹ Dictionnaire populaire de médecine usuelle. tome 2Chapitre 3 sur 289 · H AL · texte numérisé non relu

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^^eTogemenfdoit être grand, bien aéré, visité par le soleil; cette dernière condition est importante surtout pour la chambre à coucher. Celle-ci doit cuber au moins quinze mètres cubes et posséder une cheminée ou une porte toujours ouverte, sous peine de devenir un tombeau. Les fenetres doivent occuper le cinquième de l’appartement a eclairer

Les rideaux et les tapis, réceptacles de tous les miasmes, devront être bannis de toute chambre a coucher; les murs seront vernis, susceptibles de lavages, et le plancher ciré pour résister à Imprégnation miasmatique.

L’humidité, si nuisible aux fonctions de la peau, sera chassée de tout logement digne de ce nom, a l’aide de grands feux de cheminées, qui sont en même temps un puissant moyen de ventilation. D’autre part, le corps, humain a besoin de vapeur d’eau, et on peut, s’il en est besoin, en introduire dans l’air des appartements, soit en plaçant aux fenêtres des plantes grimpantes ou des linges imbibés d’eau, ou bien (si c’est en hiver) en faisant évaporer l’eau dans un vase.

On ne doit pas avoir de poêles en fonte dans les chambres à coucher, d’où toutes les combustions, qui produisent de l’acide carbonique et vicient l’air, doivent être proscrites; c’est pour cela qu’il faut éloigner les animaux qui absorbent l’air des chambres, et y émettent des émanations nuisibles. C’est pour cela aussi qu’on doit chasser pendant la nuit les plantes des appartements; tous les jours la négligence de ce précepte entraîne les plus tristes accidents.

Enfin , dans les appartements pourvus de. gaz d’éclairage, on veillera soigneusement à ce qu’il ne se produise pas d’infiltrations. Si 1 on songe, en effet, que c’est à ces infiltrations surtout qu’est dû le dépérissement des arbres de nos boulevards, on imagine facilement leur action délétère sur l’organisme humain. Dr E. Monin.

HACHISCH. — (V. Chanvre indien.)

HALEINE. — L’haleine est un mélange gazeux qui sort des poumons pendant le mouvement qu’on est convenu d’appeler aspiration. L’organe sécréteur est le poumon.

L’haleine ne contient pas seulement le produit de la sécrétion du poumon ; ce produit se mélange à la portion d’air restée dans le poumon et n’ayant pas été absorbée.

La température de l’haleine est en rapport avec la durée du séjour de l’air dans le poumon. Lorsque les mouvements de l’absorption et de la sécrétion pulmonaire se succèdent rapidement, l’haleine est moins chaude ; si, au contraire, ils s’effectuent très lentement, l’haleine s’échauffe au point d’atteindre presque la température du corps, 36 à 37°.

M. Gïéhaut a prouvé que, par une température extérieure de + 22°, à 17 mouvements thoraciques par minute, la température de l’haleine est de 35° 3. A ce degré, les produits gazeux du poumon sont saturés d’eau. A — 6°, la température de l’haleine n’est plus que de 29° 8 (Valentin).

L’haleine pure n’a pas d’odeur, comme on peut s’en assurer sur l’enfant et sur quelques personnes. Mais chez l’adulte et surtout chez le vieillard, il est exceptionnel de ne point constater l’odeur fade, ou fétide, de l’haleine. Cette odeur tient à des causes diverses, et celle-ci peuvent prendre leur source dans le sang, le poumon, ou dans les conduits excréteurs de la sécrétion pulmonaire.

Les causes ayant leur source dans le sang sont assez nombreuses. Le poumon ayant pour fonction d’extraire du sang tous les principes volatils, on comprend que l’haleine aura une odeur toutes les fois qu’on introduira dans le sang, par l’absorption intestinale ou autrement, une substance volatilisable. Généralement, cette odeur est passagère et fort variable. Tout le monde connaît l’haleine vineuse des ivrognes, l’haleine fétide des personnes qui ont mangé de l’ail ou de l’oignon. Une perle d’éther, un peu de chloroforme absorbé par l’inhalation communique à l’haleine une odeur spéciale, et toujours cette odeur est due à un corps qui s’évapore à la surface sécrétante du poumon. Autant de variétés de substances odorantes et volatiles introduites dans le sang, autant de variétés d’odeur et d’haleine. .

L’haleine prend souvent une mauvaise odeur par suite de la résorption intérieure de matières organiques produites par les maladies, les lésions organiques, et principalement celles de l’intestin, le diabète, la fièvre typhoïde, les fièvres éruptives. Toutes les fois que des plaies, des ulcères .sont recouverts de pus ou „ de sanie purulente, il se tait une absorption à la surface de la plaie, et 1 haleine acquiert de l’odeur. .

L’haleine prend une odeur ammoniacale dans les maladies des voies urinaires qui- s’accompagnen d’une altération de l’urine. Elle prend, une odeur de matière fécale dans certains cas d’obstruction intestinale, etc., etc.

Les causes ayant leur source dans le poumon sont moins nombreuses, mais elles, persistent pendant longtemps et rendent fort pénible la cohabitation avec certaines personnes. Dans ces cas,.l odeur de l’haleine est due au mélange de gaz teü es avec les produits de la sécrétion pulmonaire, es ce que l’on observe chez les malades atteints phthisie pulmonaire avec cavernes et de grangrene pulmonaire. Dans la gangrène, une portion u poumon est en décomposition, en putrilage, les ga^ fétides passent par les petites bronches qui com^ muniquent avec le foyer gangréneux. Dans les cavernes, il y a presque toujours quelques, points la paroi en gangrène ou une putréfaction des iquides qui y sont contenus.

Parmi les causes qui prennent leur source dan les voies aériennes, je citerai les inflammation chroniques de la muqueuse des bronches, de ^ trachée, du larynx et des fosses nasales, la dua ation des bronches, qui s’accompagne de broncni

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chronique et présente quelquefois des gangrènes partielles des parois, la bronchite chronique, la trachéite, les laryngites, la carie des cartilages du larynx, toutes lésions s’accompagnent d’une sécrétion muco-purulente plus ou moins abondante. Dans toutes ces lésions, la sécrétion morbide donne naissance à des émanations plus ou moins fétides qui se mêlent aux produits de la sécrétion gazeuse du poumon.

A la partie supérieure des voies aériennes, les cavités buccale et nasale sont le point de départ fréquent de la fétidité de l’haleine.

Le corysa chronique avec suppuration, la carie des os qui forment les parois des fosses nasales exhalent une odeur extrêmement fétide qu’on dé- . signe sous le nom de punais ou d ’ozène. C’est généralement des personnes affectées d’ozène que le vulgaire dit qu’ellés « tuent les mouches à quinze pas ». Il est certain que le voisinage de ces personnes est insupportable.

En dehors des maladies, la cavité buccale est peut-être le point où l’haleine contracte le plus fréquemment de l’aigreur ou de la fétidité. On reconnaît que celle-ci vient de la cavité buccale à ce que les produits de la sécrétion du poumon passant par les fosses nasales n’ont aucune odeur. Mais lorsque la bouche s’ouvre pour livrer passage aux produits gazeux, aussitôt l’haleine acquiert de la fétidité. Celle-ci est due quelquefois à la carie dentaire, mais le plus souvent à la putréfaction de j matières organiques, animales principalement, qui ont séjourné entre les dents et qui ont subi un commencement de fermentation ammoniacale. Les cellules épithéliales macérées, le mucus et la salive altérés par l’air, de même que l’enduit pâteux qui se forme autour de la couronne des dents, concourent à augmenter la fétidité de l’haleine. Cette fétidité est surtout prononcée le matin, lorsque la fermentation buccale s’est faite pendant toute la nuit. La muqueuse buccale est alors acide.

Dans les cas où l’haleine prend sa fétidité dans la cavité buccale, cette fétidité disparaît au moment du repas et pendant un certain temps après, parce que les causes de la fétidité sont précipitées dans l’estomac avec les aliments. s

Je dirai, puisque j’en ai l’occasion, qu il n y a rien à tenter pour combattre la fétidité de 1 haleine lorsque celle-ci dépend de lésions des voies aériennés ou du poumon. Lorsque la cause vient du sang, il n’y a qu’à surveiller l’alimentation et à ne point ingérer des substances dont les principes volatils peuvent donner à l’haleine une odeur désagréable. Quant à la fétidité buccale de l’haleine, des soins

hygiéniques la préviennent; il suffit de debarrasser les intervalles des dents des parcelles de matière animale qui y sont restées apres le repas, et de donner à la bouche, après chaque repas, les soins que son hygiène réclame, c’est-à-dire avoir recours aux gargarismes acidulés, aux pastilles deDethan au chlorate de potasse ; aux pastilles de Vigier au borate de soude ; aux pastilles de menthe a 0 ,

de cachou, etc. .....

Si l’haleine de l’enfant est rarement tetiûe, su est agréable de prendre un baiser sur les evres roses d’un baby, c’est que les tissus sont jeunes.

c’est que les muqueuses ne sont pas encore usées.

Les vieux tissus, les vieilles parois des cavités aérienne et buccale sont couvertes de détritus, les glandes rejettent de vieux produits de sécrétion qui s’altèrent au contact de l’air. On peut considérer comme exceptionnelle une baleine sans odeur après 45 ans.

L’baleine des grands fumeurs est rarement exempte d’odeur, et l’origine de celle-ci est toujours dans la bouche. Est-elle due à un dépôt quelconque par la fumée de tabac ? C’est probable.

L’estomac n’a aucune influence sur l’odeur de l’haleine, comme quelques personnes se l’imaginent. Il est vrai que de temps en temps l’estomac peut se débarrasser de gaz odorants, mais ceux-ci traversent l’œsophage et ne sortent pas en même temps que les produits de sécrétion pulmonaire.

Il ne faudrait pas croire, à l’exemple de certaines personnes, qu’on peut empêcher l’odeur de l’ail, ou d’une autre substance odorante absorbée, en mâchant certaines plantes, comme l’oseille. Il faudrait, pour détruire l’odeur, faire absorber à l’intestin une substance qui détruirait dans le sang le principe volatil de l’ail ; mais on n’en connaît pas.

Dr J.-Â. Fort.

HALLUCINATIONS. — Dans le langage ordinaire, on désigne volontiers sous le nom d’hallucinés les gens qui ont des visions; pour les hommes de science, le mot hallucination exprime une idée analogue, avec cette . différence, toutefois, que le trouble peut porter non seulement sur la vue, mais sur un sens quelconque ou sur plusieurs à la -fois. #

Qu’on le remarque bien, d’ailleurs les hallucinés proprement dits voient des objets absents, entendent des bruits chimériques, tout aussi nettement que nous pouvons percevoir des objets ou des bruits réels. Interrogée par ces juges sur la question de savoir si elle a vu saint Michel, et ses anges carporaliter et realiter, Jeanne dArc répond : « Je les ai vus avec les yeux de mon corps tout comme je vous vois ». Comme on lui demande à quoi elle reconnaît le sexe des personnages qui lui apparaissent, elle dit sans hésiter : « ad voces ipsarum, au timbre de leur voix». La pucelle a des hallucinations non seulement de la vue et de l’ouïe, mais encore du toucher : elle a senti sainte Catherine et sainte Marguerite, puisqu’elle les a embrassées toutes les deux : amplexata est ambas (Procès de Jeanne d’Arc, passim).

Il ne s’agit donc pas de pures rêveries, comme le croient les gens du monde, d’images analogues à celles que l’on évoque, par exemple, en pensant à un être cher et absent. L’halluciné est absolument convaincu de la réalité du phénomène. Un physiologiste éminent, Burdach, qui a souffert de cette affection, disait : « On a dans l’œil la même sensation que si un objet extérieur se trouvait placé devant cet œil ouvert et vivant». Cela est si vrai, la sensation est si réelle, que les malheureuses hystériques qu’autrefois on brûlait par milliers comme sorcières, confessaient souvent, et de leur plein gré, leur prétendu crime. Elle avaient été au sabbat; elles avaient vu le diable, d’ordinaire, én

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nnp s’il V paraît en homme, c’est

forme de bouc. « Jr*eniéj rouge et flam-

un homme gehen , sQrt d.une fournaise ;

ï0yaDtp Ef dont la forme ne parait qu’à demi,

homme efface^ nQn articuiée, morfondue,

ave.c ^muérieuse, bruyante et effroyable. » (Lancre, ^iTdXmentvnence des démons et des mauvazs ta 610 De même, les saints et bienheureux aT\\ ont eu des visions ne sont pas tous des ^P0®" tTurs Marie Aiacoque voyait très bien le Christ Srlui poser sur la tète sa propre couronne d evines; c’est là un genre d’hallucination très commun dans l’histoire des mystiques extatiques.

Avec cette étonnante pénétration qui est le propre du génie, Shakespeare a décrit dans Mo^Me phénomène de l’hallucination, aussi nettemen que pourrait le faire le plus habile aliemste. Sur le point d’assassiner Duncan, le héros u manche vision très claire d’un poignard, dont le manche est tourné vers lui. Il veut le saisir : « Je ne te tiens pas et pourtant, je te vois encore. N es-tu donc pas, fatale vision, sensible au toucher comme à la vue, ou n’es-tu qu’un poignard imaginaire (a dagger of the mind), la fausse création d un cer-

VeMaisCl non ! l’hallucination est bien complété et maintenant, sur la lame il distingue des gomtes^de sang « qui n’y étaient pas tout d abord » . Puis • vient avec la scène du meurtre, l’hallucination de l’ouïe; ce n’est pas la voix de la conscience, de Pâme, comme se l’imaginent des critiques superficiels c’est une voix véritablement entendue qui crie à Macbeth les vers fameux : « Sleep ne mené. Macbeth assassine le sommeil, 1 innocent sommeil, etc. ». Et lady Macbeth, une gaillarde, qui n’a pas le cœur blanc, commeson imbécile de mari, le reprend avec violence et lui demande « ce que c’est que cette voix qui criait ainsi )>. Pms dans la scène du banquet, le nouveau roi d Ecosse voit se dresser à sa place vide l’image ensanglantée de Banquo qu’il vient de taire assassiner; en vain, sa femme lui dit tout bas que c’est une chimere, une vision pareille à celle de ce poignard qui semblait le guider vers Duncan. Seul, parmi tous les autres, il continue de voir l’image terrible; il s irrite contre elle, l’apostrôplre violemment jusqu a ce uu’entin elle disparaisse et lui cède la place. # Ainsi, les malheureux hallucinés ont des visions effroyables qui les glacent d’effroi; dans d autres cas, au contraire, il s'agit d’apparitions gracieuses et charmantes, comme chez certaines extatiques. Mais les hallucinations les plus communes sont celles de l’ouïe; les malades entendent des voix qui semblent sortir d’une chambre voisine, des rideaux du lit, d’une armoire, etc. Le plus souvent ces voix sont celles d’ennemis, qui les accablent d injures, et l’ardeur de la conviction est telle,, i Marcé, que bouleversant ce qui l’entoure, le patient cherche par tous les moyens possibles a mettre la main sur ces personnages caches qui l’obsèdent. 11 y a aussi des hallucinations du toucher, du goût, de l’odorat, de la sensibilité generale. ,

Quelle est l’explication d’un phénomène aussi étrange? Comment peut-on voir réellement des

objets qui n’existent pas, entendre des bruits en l’absence d’ondes sonores, etc.? On a beaucoup discuté sur ce sujet, les uns attribuant tout à un trouble de l’âme — de l’âme immatérielle des métaphysiciens, - les autres à un désordre de l’organe sensoriel, à l’élément somatique. M. Baillarger, l’éminent aliéniste qui a rendu tant de services à la pathologie mentale, fit faire un grand pas à la. question en affirmant que, dans la grande majorité des cas, il y avait combinaison de 1 élément psychique avec l’élément sensoriel.

Aujourd’hui, la connaissance positive des conditions qui président à la formation des idées simplifie beaucoup le problème et permet de le résoudre. Il ne s’agit plus de combinaisons d ailleurs incompréhensibles, entre un élément soi-disant immatériel, et un élément matériel: tout se passe dans la substance nerveuse et én dermere analyse,

dans les cellules cérébrales.

Pour comprendre comment se produit une hallucination, il faut connaître, avant tout, le mécanisme de la perception normale, puisque aussi bien, d’après les faits exposés plus haut, et suivant l’expression de M. le professeur Bail, qui résume la définition d’Esquirol : « L’hallucination est une perception sans objet ».

Prenons, par exemple, le sens de la vue. J ai une table devant les yeux. Pour que je la voie, en effet, et qu’il se forme dans mon cerveau une image, une idée, une représentation ( Yorstellung ) de l’objet, il faut un processus qui se complète dans trois stations successives : .... A f

lre station: l’expansion périphérique du nerx, ici, la rétine; . '

2e station : le bout central du nerf, le point du cerveau où il se termine : dans le cas actuel, les couches optiques et les tubercules quadrijumeaux. ,

D’une façon générale, les auteurs allemands désignent sous le nom de sinnhirn, cerveau des sens, centrum sensationis, l’ensemble des, terminaisons centrales des nerfs des sens.

Là, l’excitation physique extérieure, la lumière, qui n’est, après tout, qu’une modalité du mouvement, est transformée en une autre modalité de. mouvement : c’est la sensation simple;

3e station : les cellules grises de la couche centrale (celles du lobe occipital dans notre exemple) où la sensation est transformée en image [centrum ideationis). La représentation, l’idée, limage de la table est alors dans les cellules grises, dans lintel-

^Celîfposé, il est clair que la table une fois hors de la vue, nous pouvons toujours en avoir une idée, une image, mais qui, à part le cas d’hallucination, précisément, n’est pas adéquate à la perception elle-même. Beaucoup de personnes ne parviennent même qu’avec une extrême difficulté, comme la démontré Galton, à se représenter avec exactitude les objets absents. D’autres, au contraire, possèdent au plus haut degré, ce que Gall et Broussais nommaient le sens des localités et le sens de la configuration. Gall, dit Broussais, avait considéré ce dernier comme la mémoire des phy- | sionomies, parce qu’il avait remarqué cette con-

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