‹ Dictionnaire populaire de médecine usuelle. tome 2Chapitre 4 sur 289 · HAM · texte numérisé non relu

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formation chez ceux qui reconnaissent du premier coup d’œil les personnes qu’ils n’ont pas vues depuis longtemps. J’offre moi-même un exemple très frappant de l’absence de cette faculté ; il m’a toujours été impossible de reconnaître, après un intervalle de quelques années, les gens avec lesquels je m’étais trouvé journellement en rapport, et quant à ceux que je n’ai vus que deux ou trois fois, du jour au lendemain, ils sont pour moi comme des étrangers ; ce qui ne laisse pas d’amener des situations parfois très désagréables. En ce qui concerne les localités, je n’ai jamais pu me représenter nettement les anciens quartiers de Paris, aujourd’hui démolis; je ne parle que de ceux que j’ai bien connus. Pour compléter mon observation, je dois ajouter que je jouis d’une bonne mémoire, au sens ordinaire du mot, et que je retiens, par exemple, l’adresse des individus avec autant de facilité que j’oublie leurs physionomies.

Quoi qu’il en soit, il est bien certain que l’hallucination ne peut pas être exclusivement psychique, c’est-à-dire, en prenant le mot dans le sens scientifique, bornée au rappel de l’objet dans le centre de perception, dans les cellules de l’écorce. Tant que les choses en restent là, vous pouvez bien avoir dans l’esprit une idée très vive de l’objet dont vous évoquez l’image ; vous n'avez pas de sensation, et par conséquent pas d' hallucination. Il faut absolument pour que celle-ci se produise, un trouble dans le centre de sensation. J’ajoute immédiatement que, dans un grand nombre de cas, M. Luys a trouvé des altérations des couches optiques et des régions de l’écorce. On comprend très bien qu’un ébranlement de ce centre par une lésion chronique ou passagère, le fasse vibrer et suscite j un phénomène identique à celui qui est produit par l’excitant normal, puisqu’aussi bien, en dernière analyse, et nous en avons ici une nouvelle preuve, la pensée n’est qu’une forme du mouvement.

Le nerf lui-même et son épanouissement peuvent jouer un rôle actif dans la production des hallucinations. Cela est prouvé par des faits nombreux dans lesquels le trouble mental coïncide avec l’altération d’un organe des sens; tel le fait, rapporté par Despine, d’une jeune fille atteinte d’ulcération de la cornée et qui, pendant toute la durée de la kératite, vit une statue en plâtre de la Vierge, etc.

On conçoit très bien qu’un ébranlement anormal soit ainsi transmis au centre de sensation : Jolly, en faisant passer un courant électrique à travers les oreilles des malades, a pu déterminer des hallucinations véritables ; le patient entendait non seulement des bruits vagues, mais encore des paroles, de courtes phrases [Archiv fur Psychiatrie, 1871).

Mais l’intervention du nerf n’est nullement constante, et n’est en aucune façon, d’ailleurs, indispensable, puisqu’enfin, il n’y a pas d’objet positif à percevoir. Le phénomène essentiel se passe, je le répète, à la fois dans le centre de sensation, dans le bout central des nerfs ( sinnhirn ) et dans les cellules de l’écorce, dans le centre d’idéation. Sous ce rapport il est très intéressant de mettre en regard de la précédente théorie la formule fameuse de Berkeley et de l’école idéaliste, esse estpercipi

(être, c’est être perçu) qui présente le monde objectif, l’univers entier, comme une immense hallucination.

Les hallucinations peuvent se rencontrer dans toutes les altérations passagères ou chroniques, congestives, inflammatoires des centres de sensation. On les trouve dans un grand nombre de maladies mentales, dans la mélancolie, les monomalies diverses et surtout le délire des persécutions; aussi dans les névroses, dans l’hystérie surtout, dans l’épilepsie, la chorée, etc.; dans l’empoisonnement, par certaines substances, telles que la belladone, le hachisch, la jusquiame, l’opium; dans l’ischémie cérébrale, par l’action irritante du sang altéré; dans l’hypérémie, par l’excitation que produit l’excès de l’afflux sanguin; chez les gens à tempérament nerveux prononcé, à propos desquels on a créé les mots bien inutiles de nervosisme, névropathe, etc. La simple irritation fonctionnelle peut provoquer des hallucinations, comme cela se voit dans les phénomènes de suggestion observés sur ces individus quand ils sont hynoptisés.

On a beaucoup discuté sur la question de savoir si les hallucinés devaient toujours être considérés comme des aliénés. Le problème ne doit pas se poser ainsi. On a établi à l’article Folie (V. ce mot) qu’il n’y avait pas de démarcation tranchée, absolue entre les fous et les gens raisonnables; ici, comme en toutes choses, manque la transition brusque. Évidemment on ne dira pas d’un homme sain d’esprit sous tous les autres rapports, et ayant conscience de ces hallucinations, qu’il est aliéné ; mais alors, dira-t-on de Jeanne d’Àrc quelle était folle, étant admis qu’élle n’avait nullement conscience de la non réalité de ses visions ? Je renvoie pour l’étude de ces graves problèmes aux mots Criminalité et Responsabilité. A. Regnard.

HAMAMELIS VIRGINICA. — On donne ce nom à un arbuste de la famille des berbéridées, originaire de l’Amérique du Nord, introduit dès 1736 par Collinson en Europe, où on la cultive assez souvent dans les parcs et les jardins, dont l’écorce, verruqueuse à sa surface externe, d’un brun foncé tacheté de nombreuses .plaques grises, unie à sa surface interne* d’un jaune pâle ou un peu rougeâtre, douée d’une saveur astringente et amère très prononcée, est la seule partie usitée en médecine.

L’hamamelis virginica constitue un bon hémostatique que les médecins américains et anglais utilisent dans les diverses hémorrhagies (hémoptysie, épistaxis, hémorrhagies utérines, etc.). Nos confrères du Nouveau-Monde l’emploient surtout pour la cure des hétnorrhoïdes et des varices. En France, malgré plusieurs observations de malades atteints de l’une ou de l’autre de ces deux infirmités qui ont été guéris par l’usage interne et externe de ce médicament, observations publiées par le DrMusson dans le Journal de thérapeutique de 1883 ; par le Dr Tison, dans le Conseiller médical de 1883 et 1884, et par quelques autres médecins dans divers recueils périodiques, l’Hamamelis virginica n'a pas encore pris place dans notre arsenal thérapeutique.

L’écorce d’hamamelis s’emploie à l’intérieur sous forme d’extrait fluide, à la dose de trois à cinq cuil-

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lerées à café par jour, ou sous forme d’extrait alcoolique sec, à la dosede 5 à 10 centigrammes avant chaque repas. Pour l’usage externe, on préparé une pommade renfermant de 3 à 5 grammes d’extrait sec par 30 grammes d’axonge, et des suppositoires contenant chacun 5 centigrammes d’extrait sec.

Dr Paul Labarthe.

HANCHE. — Anatomie. — La hanche est cette partie du membre inférieur qui correspond à l’épaule. Limitée supérieurement par le contour de l’os iliaque en arrière, et en avant par l’arcade crurale, elle l’est inférieurement par un pli de la fesse et par une ligne artificielle qui conti-

Fig. 589. — Articulation de la hanche ouverte par la partie externe, pour montrer le col‘ du fémur.

nuerait en dedans le pli de la fesse et viendrait horizontalement se terminer à deux ou trois travers de doigt au-dessous du grand trochanter, sur le bord externe du membre. Ses formes sont absolument différentes dans les deux sexes. Plus développée chez la femme , doublée d’un tissu adipeux très abondant qui en adoucit les angles et donne plus de grâce à ses contours , elle traduit, ainsi conformée, le développement interne du bassin et l’aptitude à la gestation et à la maternité. Aussi la statuaire antique s’arrête-t-elle avec complaisance sur les lignes que l’on trouve reproduites avec une remarquable pureté chez les Vénus de nos musées et dans toutes les vieilles peintures de femmes nues.

Les anatomistes divisent la hanche en trois régions secondaires : l’une antérieure, la région de l’aine ou inguino-crurale; l’autre postérieure, la région fessière; l’autre interne,. la région ischiopubienne. Toutes les parties molles qui constituent ces trois régions reposent sur l’os crural qu’elles embrassent dans toute son étendue, depuis la symphyse pubienne jusqu’à l’articulation sacro-coxale, depuis la crête iliaque jusqu’à la tubérosité ischiatique; au centre de la hanche se trouve le fémur et l’articulation coxo-fémorale, sur laquelle nous voulons

nous arrêter un instant. Du côté de l’os coxal, la surface articulaire est représentée par une cavité cotyloïde irrégulièrement arrondie, et dont le fond est "rugueux et percé de petits trous qui laissent passer des vaisseaux pour la nutrition de la partie supérieure du fémur.

Le bord du sourcil cotyloïdien présente des sinuosités étudiées par Malgaigne, et importantes à connaître au point de vue de la direction que prend la tête du fémur quand elle sort de la cavité dans des luxations de la hanche. On y remarque trois éminences ou saillies séparées par trois dépressions ou échancrures, l’une des éminences est supérieure et antérieure ; la seconde antérieure et inférieure, et la troisième postérieure et inférieure.

A l’état frais, le sourcil cotyloïdien donne attache à un fibro-cartilage prismatique, triangulaire, inséré par sa base au pourtour de là cavité qu’il tend à niveler, et tapissé en dedans d’une lame cartilagineuse qui fait suite à celle qui tapisse la surface osseuse.

Du côté du fémur (V. ce mot), la surface articulaire est représentée par la tète et le col fémoral.

Les moyens à l’aide desquels les surfaces articulaires sont assemblées et maintenues, sont une capsule fibreuse tapissée par une synoviale, le ligament rond qui s’étend d’une dépression située sur la tête fémorale au bord de l’échancrure signalée dans la cavité cotyloïde, et destinée à laisser passer les vaisseaux qui, par ce ligament, se rendent au fémur. Enfin les surfaces sont encore maintenues en contact par les muscles de la région et par la pression atmosphérique, le vide étant parfait à l’état normal entre la tête fémorale et sa cavité.

La démonstration de cette vérité établie par les frères Weber est assez simple.

Sur un cadavre dont les membres inférieurs sont pendants, on coupe circulairement tous les muscles qui entourent la racine de la cuisse, puis on incise avec précaution et circulairement la capsule; le membre, quoique dépourvu de toutes ses attaches, soit musculaires, soit ligamenteuses, continue à rester au tronc, ce qui prouve déjà que ce ne sont ni les muscles, ni la capsule, qui retiennent dans l’articulation la tête du fémur. Si l’on perfore alors avec une vrille le fond de la cavité cotyloïde, à l’instant même où quelques bulles d’air s’insinuent dans

l’articulation, le membre se détache et tombe, suspendu seulement par le ligament rond, impuissant à le retenir dans la cavité articulaire. Cette expérience démontre sans réplique que la pression atmosphérique suffit seule à soutenir le poids du membre inférieur et à maintenir en contact parfait les surfaces articulaires. Mais il est encore un autre moyen de prouver que telle est bien la cause réelle de ce phénomène, c’est de boucher la perforation avec le doigt et de replacer la tête dans la cavité cotyloïde : un claquement particulier se fait entendre, et le phénomène du vide s’étant reproduit, le membre se trouve de nouveau suspendu; puis dès qu’on laisse l’air rentrer dans la cavité articulaire, le fémur se détache.

Pathologie. — La hanche est fréquemment le siège de lésions traumatiques et inflammatoires.

On y peut observer : des abcès chauds, des abcès

froids symptomatiques de lésions fémorales on articulaires , des contusions, — (celles-ci, lorsqu'elles sont profondes, peuvent facilement donner lè change et faire croire par exemple à une luxation ou à une fracture du col; quelques jours de repos suffiront ordinairement pour lever les doutes), — des arthrites rhumatismales, traumatiques, etc.

On peut aussi, bien que rarement, observer 1 entorse de la hanche.

Mais les lésions les plus fréquentes de la région sont, sans contredit, constituées par les tumeurs blanches (V . Coxalgie), les fractures du col (Y. Fémur), et par les luxations.

Luxations de la hanche. — Elles sont rares en raison de la profondeur de la cavité cotyloïde, de la solidité de la capsule, de la force des muscles pelviens, et chez les gens âgés, de la facilité avec laquelle se brise le col du fémur.

Aussi trois conditions sont-elles nécessaires pour leur production. Il faut :

1* Une force énorme;

2° Que son action s’exerce sur une très large surface;

3° Que le col du fémur soit très résistant.

Ces conditions se trouvent réunies chez les charretiers, les meuniers, etc., qui se trouvent renversés, roulés sous leurs voitures, ou surpris par un éboulement.

Nous avons parlé des trois dépressions que l’on

Luxation ilio-isehiatique ou iliaque.

1. Cavité cotyloïde abandonnée par la tête du fémur. — 2. Tête du fémur qui est venue se placer dans la fosse iliaque externe; elle peut occuper un point plus ou moins élevé de cette fosse ♦ et même descendre assez bas pour se trouver placée au niveau de la grande échancrure Sciatique. — 3. Fosse iliaque externe. — 4. Fémur qui, par suite de luxation, a été porté dans la rotation en dedans.

observe sur le sourcil cotyloïdien. Si la tête du fémur sort de la cavité par la postérieure, elle va se loger dans la fosse iliaque externe où elle occupe une situation plus ou moins élevée suivant le degré de flexion de la cuisse et la luxation est dite ilioischiatique. Dans ce cas la fesse est volumineuse,

le haut de la cuisse tassé, le pli fessier est élevé ; ü en est de même, chez la femme, de la grande lèvre correspondante. Par le toucher on constate dans la fosse iliaque externe une saillie volumineuse qui partage les mouvements imprimés au fémur. Le grand trochanter est plus saillant, déplacé, projeté en arrière.

La cuisse est portée dans la rotation en dedans, de telle sorte que le condyle externe devient antérieur, et le condyle interne se dirige en arrière ; elle est placée en même temps dans une abduction forcée. La cuisse présente un raccourcissement très notable.

Si la tête du fémur au contraire sort par la dépression antérieure et supérieure ou ilio -pubienne l’attitude de la cuisse est exactement l’opposé de ce qu’elle est dans la variété précédente, le membre est porté dans l’abduction et la réduction en dehors, de telle sorte que le condyle interne devient antérieur, etc. En même temps la cuisse est portée dans l’extension.

Fig. 591.

Luxation ischio-pubienne ou ovalaire.

1. Cavité cotyloïde abandonnée par la tête du fémur. — 2. Tête du fémur qui est venue se placer dans la fosse ovalaire. — 3. Fosse iliaque externe. — 4. Fémur qui, par suite de la luxation, a été porté dans la rotation en dehors.

Le pli de l’aine est soulevé par le relief que forme la tête du fémur déplacé, le pli fessier est effacé et la fesse aplatie : par le toucher on peut constater la présence de la tête du fémur dans le pli de l’aine et l’affaissement du grand trochanter.

Les variations de longueur du membre n’offrent que peu d’importance dans cette luxation, car la tête du fémur peut être plus ou moins élevée, et par suite le membre plus ou moins raccourci. Les mouvements actifs sont impossibles ; mais on peut exagérer l’abduction et la rotation en dehors.

Si la tête de fémur enfin sort par la troisième dépression, la luxation est dite ischio-pubienne ou ovalaire. Cette variété offre à peu près le même type que la précédente; la cuisse est portée dans l’abduction et la rotation en dehors ; elle est allongée, la

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