V.MAKi BRIE
probable que ce symbole b été créé par suite du verset d'un psaume où il es! dil : a Ma jeunesse sera renouvelée comme celle de l'aigle; renovabilur ut aquilœ, juventu* mea. «
Alpha et oméga. — Ces deux lettres, dont L'une est la première et l'autre la dernière de l'alphabei grec, symbolisent la vie terrestre <iui a un commencement et une lin ; elles symbolisent aussi Dieu, qui est le commencemenl et la fin de toutes choses.
Ancre. — Symbole de l'espérance. On voit fréquemment parmi les symboles chrétiens une ancre accostée de deux poissons. Les archéologues sont loin d'être (raccord sur le sens de ce symbole; quelques-uns le considèrent comme l'espérance dans des existences nouvelles; d'autres, comme l'emblème de la fidélité conjugale; et cependant on a retrouvé des poissons séparés par une ancre sur des tombeaux de personnes censées vierges, ce qui exclurait toute idée de mariage.
AXCRE NAUTIQUE. — Voy. DAUPHIN.
Ane. — Emblème de la patience et de la sobriété, mais aussi de la paresse et de l'entêtement.
Aviron. — Symbole de l'effort que le chrétien doit faire pour vivre honnêtement dans cette vie, afin d'acquérir la vie éternelle.
Fig. 1. — Pesée îles âmes.
Balance. — La balance symbolise le jugement dernier, parce que ce jour-là les âmes seront jugées suivant leurs actes; les balances représenteraient donc la pesée des
âmes, comme on le voit souvent sur lec reliefs, notamment dan- le tympan du portail de l'église d'Anton (fig. i).
Basilic. Symbole du génie du mal et de la débauche. Ce* □ animal fantastique qui a la tête, le col et la poitrine du coq greffés mr le corps d'un lézardàhuit pattes. Vincent de ais le définit ainsi : ■■ Hàbet caudam vl coluher, rmduum vero œrporis utgallu»; il a la partie antérieure du corps comme un coq, <-t se termine par une queue comme un serpent. » Ce monstre serait sorti d'un œuf de couvé par un crapaud. Sa vue M.M|,. causait la mort de l'homme-: mais ri celui-ci l'apercevait le premier, il n'avait rien à craindre du basilic. Il était un moyen de se défaire de cet animal : c'était de lui présenter un miroir: s'il s'y regardait, son regard seul le foudroyait lui-même.
Bélier. — Symbole du Yerbe, qui signifie aussi force créatrice. (Voy. ce terme dans notre Diction. (Varchèol.) Souvent on confond ce symbole avec Y agneau; le bélier guide par sa voix le troupeau dont il est le chef.
Bouc. — Le bouc symbolise Jésus- Christ, qui, bien (pie pur et sans péché, se chargea des impuretés et des péchés du monde. Dans le sens tropologique, cet animal symbolise les passions sensuelles.
Cextaure. ■ — Le centaure symbolise la rapidité de l'existence, la force des instincts, et particulièrement l'adultère.
Cerf. — Cet animal symbolise des idées morales assez diverses : on le considère tantôt comme le symbole du Christ, des apôtres, des fidèles, des docteurs et des pénitents; le cerf est également l'emblème du baptême, parce que cet animal ne peut voir de l'eau sans s'y désaltérer et même sans s'y plonger : tel était le désir des nouveaux chrétiens à l'égard du baptême, après lequel ils devaient aspirer ardemment avant de recevoir ce sacrement.
Chauve-souris. — Emblème de l'idolâtrie et de l'ignorance, qui fuit la lumière de la science.
Cheval. — Le cheval symbolise à la fois les hommes simples et confiants soumis a la volonté de Dieu , comme le cheval est sou-
YMAIGERIE.
mis aux volontés de son maître ; ainsi que les instincts grossiers et les appétits matériels, les vices, enfin l'adultère.
Chèvre. — Symbole de la vie contemplative et de l'ubiquité du regard de Dieu.
Chimère. — Cet animal, à la fois chèvre et lion, symbolise, en même temps que la ruse, les mystères chrétiens.
Colombe. — Symbole de la pureté, de la candeur, de l'humilité, de la charité et delà prudence ; la colombe symbolise également le Saint-Esprit. Quand on voit sur des tombeaux des colombes avec un rameau d'olivier au bec, cette représentation signifie : paix à l'âme fidèle qui repose dans ce tombeau ; elle remplace la formule requiescat inpace. — Deux colombes buvant dans une même coupe, ce qui se voit très souvent, symbolisent la douceur et les vertus chrétiennes.
Coq. — Symbole de la vigilance. Quand il figure sur les tombeaux, il indique l'espérance et la résurrection.
Dauphin. — Emblème de la vélocité, de la diligence, de l'amour; on trouve souvent le dauphin enlacé à une ancre ; les premiers chrétiens portaient souvent ces deux signes réunis sur un anneau : c'est ce qu'on nomme ancre nautique (àyxupa vauxixr,) , mais on ignore la signification exacte de ces signes; sont-ils même un symbole ?
Démon. — Génie du mal, esprit qui s'est révélé au premier homme, d'après la religion chrétienne, sous la forme d'un serpent ; les ymaigiers l'ont souvent reproduit ainsi. M. Alfred Maury, dans son Histoire des religions, nous dit que les Pères de l'Église ont donné aux démons les mêmes caractères que ceux que l'on rencontre chez les platoniciens, et cet auteur ajoute avec le savoir qui le caractérise :
Ces écrivains (les Pères de l'Eglise) puisent dans les livres des Grecs; ils empruntent leurs paroles, ils s'arment de leur autorité, ils partagent toutes leurs superstitions, et c'est en se référant à Platon qu'ils déclarent l'univers livré au culte des démons, d'êtres méchants et pervers qui inondent l'atmosphère, entrent dans le corps humain, parlent par les oracles, suggèrent les pensées mauvais* les actions coupables, habitent enfin dans l'idole
que le vulgaire prend pour l'image de la Divinité , et se nourrissent du sang des victimes et de la fumée des sacrifices.
Et M. Maury ajoute encore (nous ne faisons que l'analyse de ce passage) : Tandis que les chrétiens réservent aux diables, confondus avec les démons, tous les caractères des démons du néo-platonisme, ils appliquent aux anges ce que les philosophes avaient rapporté au rôle bienfaisant des démons. Ils en font même des génies psychopompes qui président à la distribution et à la formation des âmes. L'héritage de Platon passa donc entièrement dans les dogmes chrétiens, qui firent de sa démonologie une arme puissante pour renverser complètement le polythéisme dont elle avait déjà ébranlé la base. — L'ymaigerie reproduit souvent le démon sous des formes qui rappellent tantôt les reptiles, tantôt le dragon ou même le crocodile.
Dragon. — Cet animal symbolise souvent le démon, le diable. C'est un reptile ailé, aux replis tortueux, qui emprunte des pattes tantôt au cheval ou au lion ; quelquefois il est armé des serres d'un oiseau de proie, de griffes puissantes : sa tête et son corps sont hérissés de crêtes aiguillonnées ; il fascine et foudroie de son regard ; sa gueule vomit des flammes; il empeste l'air de son haleine fétide. Cet animal fantastique est également tiré de la mythologie païenne ; le jardin des Hespérides, la toison d'or, la fontaine de Castalie, étaient gardés par des dragons. — Dans certains monuments romano-bvzantins où sont représentés des dragons, cet animal est l'emblème de la peste , de la famine et du poison ; il est aussi donné comme attribut à saint Jacques le Majeur, à saint Philippe l'apôtre, à saint Victor, à saint Patrice, ainsi qu'aux deux saintes Marguerite et Marthe; mais on nomme plutôt le dragon de cette dernière sainie la Tarasquc, d'où le nom de Tarascon (Bouches-du-Rhône) , donné à une ville de France qui est placée s. ms le patronage de suinte Marthe. Du l'esté, suivant les villes • ni localités, le nom du dragon est variable; ainsi mi le Qomme la Lézarde, à Provins; la Gargouille, à Rouen ; le Gravuilhj , à Metz ;
v.mah;i;i:m;.
la (Irand' Ghmile ou la Bonne-Sainte-Vermine, à Poitiers.
Gargouille. — Ce tenue est Bynonyme de Dragon. (Voy. ci-dessus.)
Griiton. — Cet animal fantastique, au corps <le lion ailé, à la tête d'aigle, symbolise, quand il est pris en bonne part, le Sauveur; en mauvaise part, le démon et les hypocrites. Au mot Griffon, dans le second volume (pi. XLIX), le lecteur peut voir un magnifique type reproduit d'après la frise (zoophore) du temple d'Antonin et de Faustine, à Rome.
Gui vue. — Cet animal fantastique, dont nous avons décrit la forme au mot WrVRE (voy. ce mot à son rang dans le corps de l'ouvrage), est une sorte de dragon; il symbolise donc le démon ou le diable. On dit aussi wivre et givre.
Harpies. — Femmes aux allures étranges qui symbolisent le démon et le repentir. Il existe également des harpies en forme d'oiseaux.
Hibou. — Symbole du Christ, le nycticorax des bestiaires latins, le nicarace du bestiaire divin de Guillaume, le trouvère normand. Chez les Athéniens, le hibou était le symbole de la prudence et de la sagesse, l'oiseau de Minerve Athénée.
Hippo-centaure. — Cet animal, moitié cheval et moitié homme, symbolise les instincts grossiers et brutaux, la dégradation la plus abjecte où puisse précipiter la débauche.
Hippo-cerf. — Cet être fantastique est, comme l'indique son nom, moitié cheval et moitié cerf ; il personnifie l'homme pusillanime qui se jette sans réflexion dans des voies incertaines et qui se désole bientôt de s'y être engagé.
Hirondelle. — Le symbolisme chrétien a fait de ce charmant oiseau l'emblème de l'orgueil et de la conversion.
Licorne ou unicorne. — Symbole de la chasteté et de la puissance.
Laurier. — Emblème de la victoire et de la gloire.
Lièvre. — Symbole de la course rapide de la vie. On le retrouve assez fréquemment reproduit sur les monuments de l'antiquité
chrél ienne, tels que lampes, piern pierres sépulcral s, etc.
Limaçon. — Symbole de la | t de
la résurrection.
Lion. — Symbole de la force, de la lance et de la noblesse, parce que animal est réputé dormir les yeux ouv< ce qu'Alciat (Embl., V) exprime nettement dans le distique .suivant :
Est leo, std custos , i
Templorum idcirco ponitur ante forts.
i ("est un lion, mais un gardien, parce qu'il dort les yeux ouverts; c'est pourquoi on le place devant les grandes portes des temp
En plaçant des lions devant la porte du temples, le christianisme ne faisait, du i qu'imiter l'antiquité dans les âges les pins reculés, puisque nous voyons en Égypl palais et les temples précédés par des avenues peuplées de statues de lions et de sphinx. Salomon fit également sculpter, à l'exempl Égyptiens, des lions pour placer devant le temple de Jérusalem.
Loup. — Cet animal symbolise le démon:
il est aussi l'emblème de la cruauté et de la colère.
Lyre. — Cet instrument symbolise les âmes sensibles, qu'un rien fait vibrer. On le voit quelquefois représenté sur des pierres sépulcrales renfermant les corps de jeunes filles.
Manicore ou manicora. — Symbole de la triple concupiscence, de la violence des tentations et des insinuations perfides. Cet animal hybride, à tête humaine, au corps globuleux, avec des pattes, se termine en queue de serpent. Notre figure 2 montre une manicore qui se trouve sur le portail des Libraires à la cathédrale de Rouen, si riche en yinaigerie du moyen âge. — A Souvigny, la manicore est un quadrupède à tête de femme coiffée d'une sorte de bonnet phrygien. Ce monstre se retrouve assez fréquemment sur les bas-reliefs des églises romano-byzantines.
Moines. — Dans les bas-reliefs des édifices de l'époque ogivale, surtout aux xi\" et xv siècles, on voit des moines et des hommes dans des tuniques à capuchon qui ont des figures
YMAIGERIE.
grotesques et qui se trouvent souvent dans des poses plus qu'équivoques.
Bien des archéologues ont vu dans ces charges, dans ces caricatures, l'antagonisme des
Fig.
Manieore ou manicor.i.
laïques et du clergé séculier contre le clergé régulier. Nous ne le pensons pas ; nous supposons simplement que les ymaigiers aimaient, comme tous les artistes , à plaisanter et à rire ;
Fig. 3. — Porc jouant de la vielle à archet.
aussi, bien souvent, quand ils voyaient passer
un moine dans des conditions bouffonnes, ils en faisaient un croquis qu'ils reproduisaient ensuite sur leurs ymaiges. Nous devons ajouter aussi que les moines n'étaient pas les seuls au moyen âge à porter le froc à, capuchon; les
hommes de la campagne et les pauvres habitants des villes avaient un costume analogue.
Quelques antiquaires ont cru voir dans un des nombreux bas-reliefs du portail des Libraires de la cathédrale de Rouen (fig. 3), dans un moine avec la tête et le corps d'un pouiceau qui joue de la vielle à archet, une satire contre l'intempérance bien connue des moines. Nous serions porté à croire que la satire est plutôt dirigée contre l'intempérance non moins célèbre des ménestrels. Ce n'est pas que nous voulions excuser la lubricité des moines d'aloi's, qui s'est perpétuée jusqu'au milieu du xvne siècle dans la personne de Mathurin Picard, directeur d'un couvent de religieuses de Rouen (1) ; mais nous pensons que dans la caricature que nous mettons sous les yeux de nos lecteurs le personnage est plutôt un ménestrel qu'un moine. Nous ferons remarquer également combien dans cette ymaigerie (fig. 3) la position des doigts, aussi bien de la main qui tient l'archet que de celle qui travaille sur les cordes, est parfaitement indiquée. L'original de la figure de ce médaillon est aujourd'hui bien fruste ; nous avons pu le reproduire grâce à un moulage qui nous a été communiqué par M. Smyth.
Monstres eybeides. — Ces monstres symbolisent des idées fort complexes ; ils expriment, en général, les vertus et les vices inhérents à chacun des animaux qui concourent à la formation du monstre hybride, qui a presque toujours une signification dans l'icouographie chrétienne.
Noix. — Symbole de la perfection. La noix est aussi un des symboles du Christ. Certains Pères de l'Eglise, notamment saint Augustin et son contemporain saint Paulin, expliquent d'une façon bien subtile, selon nous, ce dernier symbolisme, en disant que la noix a dans son corps trois substances : le prou, la coquille, et Y amande; le brou représente la chair; la, coquille les os, et l'amande l'âme; d'où saint, Augustin tire cette conclusion : «. Le brou de
(1) Voir à ce sujet l'Histoire de Madeleine Bavent, religieuse au monastère Saint-Louis de Louviers, par le 1!. P. Desmaxets, i vol. in-12, 1(!5'2.