RIDEAU
Du rideau dans les théâtres. — Xous n'avons pas à parler ici de la banne on toile qu'on tendait an-dessus des théâtres et des amphithéâtres, du Velaeium (voy. ce mot), mais du rideau que nous nommons toile, et les Romains aulwa, aulœum, siparium. C'était une toile brodée ou peinte sur laquelle on voyait des personnages, comme nous le précise très bien un passage d'Ovide que nous allons bientôt citer. Chez les anciens, quand le spectacle allait commencer, on ne levait pas comme chez nous le rideau, on le baissait ; il restait alors ployé sur la partie antérieure du proscenium , ou bien il s'enroulait autour d'un cylindre caché dans une canalisation , une sorte de large caniveau en briquetage situé au devant de la scène, comme le petit théâtre de Pompéi en montre un exemple ; ou bien encore il descendait dans Yhyposcenium par une trappe pratiquée dans le proscenium. Dans l'antiquité, on employait donc trois moyens pour faire disparaître le rideau au commencement du spectacle; ceci est incontestable. Ovide (Mètam., III, v. 3 et 5) nous fournit une preuve du rideau sortant de Yhyposcenium : « Ainsi , quand le rideau du théâtre se lève , dit cet auteur, les figures ont l'habitude de se dresser, de montrer d'abord le visage , puis peu à peu les autres parties du corps paraissent tout entières , et leurs pieds se posent sur le plancher inférieur (1). » Le passage cité en note prouve aussi qu'il y avait sur la toile des personnages peints ou brodés. Après l'acte ou la pièce, on levait donc le rideau, d'où l'expression aùlcea tolluntur d'Ovide ; tandis qu'au commencement du spectacle, on disait aulcca premuntur. (Horace, Ep., II, i, 189. Cf. Apul., Met., X, p. 232.)
On employait encore, dans les théâtres antiques, un rideau qu'on nommait siparium, et qui a fourni l'occasion à de nombreuses discussions. Certains archéologues n'ont vu dans le siparium qu'un paravent ; d'autres, une toile qui ne servait exclusivement que pour la co-
(1) Sic ubi tolluntur festis aulœa theatris,
Surgere signa soient jn-i mu mque ostendere vultum ; Calera paulatim , placidoque educta tenore Tolapatent, imoque pedes in margineponwU. (Ovide, ni supra.)
médie, tandis que Yauluum était réservé uniquement pour la tragédie. Or Apulée, que nous allons citer bientôt, dit que ces deux rideaux servaient au même instant ; Y aulœum était baissé sous la scène (sulductum) quand commençait la pièce, tandis que le siparium était plié (complication), et ce dernier terme revient plusieurs fois dans le récit d'Apulée. (Met, I, p. 7; X, p. 232). Cette double manœuvre a lieu au moment où l'on va jouer le ballet du Jugement de Paris ; on peut donc supposer avec apparence de raison que le siparium était destiné à cacher la scène inférieure, sur laquelle paraissaient les mimes et les danseurs, scène qui, dans les grands théâtres de l'époque macédonienne, se trouvait dans la partie de l'orchestre située entre le devant de la véritable scène (proscenium) et l'autel de Bacchus (thymele). (Cf. Muller, Histoire de la littérature grecque, I, p. 299.) (Voy. Velarium.)
Dans nos théâtres modernes, le rideau, qu'on nomme aussi la toile, s'élève au-dessus de l'avant-scène et va se perdre dans les combles ; il se double en deux parties, et il est entouré d'un rideau fixe qui sert à fermer complètement l'ouverture de la scène : ce rideau fixe se nomme manteau d'Arlequin. Le rideau dans les théâtres modernes fonctionne fort bien et ferme hermétiquement, trop hermétiquement même, car nous trouvons qu'on devrait laisser dans certaines parties des ouvertures pour permettre la ventilation, même quand le rideau est baissé. Ces ouvertures pourraient être heureusement dissimulées dans la peinture de la toile, qui serait remplacée dans ces ouvertures par du canevas sur lequel pourraient être peints des sujets simulant un œil-de-bœuf, une balustrade, une baie quelconque. Mais si le rideau fonctionne bien, il présente de graves inconvénients, et les nombreux problèmes qu'il soulève sont loin d'être résolus jusqu'ici. L'ouverture de la scène, en effet, doit être large, pour permettre à de nombreux spectateurs de saisir l'ensemble des décorations scéniques; on est donc obligé de donner au rideau beaucoup d'élévation.
Du reste, comment décorer l'espace vide qui le surmonterait, en supposant un rideau carré,