‹ Dictionnaire raisonné d'architecture et des sciences et arts qui s'y rattachent (volume 2)Chapitre 69 sur 238 · ROMAINE · texte numérisé non relu

ROMAINE

nombre d'artistes continuèreni les travaux commencés.

Antonin le Pieux termina le grand amphithéâtre de Capoue et, d'après Pansanias (H, 29), il fit exécuter de grands travaux a Epidaure. A Borne, il érigea un temple en L'honneur de sa femme Patœtine; on peut encore 7oir une partie de la cella de ce sanctuaire, ainsi que sou politique hexastyle, découvert en 1807, et qui porte l'inscription : Divo Antonino etdivœ FauslinœezS. C, parce qu'Antonin y fut déifié après sa mort. L'église San Lorenzo in Miranda esc construite sur une partie de l'emplacement de ce temple. Sur la route de Civita Vecchia, Antonin s'éleva un palais et une villa à Lanuvium. Un des auteurs de Y Histoire Auguste, Oapitolin (trad. de Baudement, 1 vol. in-8°, Paris, 1815), nous donne la nomenclature des monuments qu'Antonin construisit ou restaura dans Piome, en Italie ou dans les provinces. C'est sous Antonin et son successeur Marc-Aurèle que fut érigé en Syrie le grand temple du Soleil à Héliopolis (Baalbeck). Ce temple périptère et décastyle mesure environ 91 mètres de longueur sur 50"',30 de large. Au mot Chambranle, le lecteur peut voir un beau fragment de la porte de ce temple et se faire une idée de sa riche décoration. (Cf. R. Wood, the Riiins of Batbeck, otherivise Hetiopolis, 1 vol. in-fol, London, 1757.)

Marc-Aurèle construisit peu de monuments, il s'occupait surtout de sciences et de philosophie ; il éleva seulement un temple à Faustiue, un arc de triomphe et une colonne pour perpétuer le souvenir de ses victoires sur les Marcomans et autres peuplades germaniques. Cette colonne, qu'on nomme Automne, mais qu'il serait mieux d'appeler colonne Aurèlienne, ne mesure que 29m,G0 de hauteur ; elle se compose, outre le chapiteau et la base, de 28 morceaux de marbre sculptés en bas-relief comme à la colonne Trajane ; un escalier intérieur conduit au sommet. Cette colonne, située place Colonna, entre la poste et le Corso, est aujourd'hui surmontée (fait assez bizarre) de Ja statue de saint Paul.

Après les Antonins, l'architecture tombe dans une complète décadence, et cela dans

aCHITBCTUEB).

presque tout'- l'étendue de l'empire; il nous faut excepter cependant une partie des Gaules, qui possédaieni encore des artistes grecs. Ainsi, dans le midi de la France, il existe des restes d'antiquités de la période gallo-romaine qui, bien qu'appartenant à l'époque Antonine, sont remarquables : tels sont les ponts île Saint-Remy et de- Saint-Chamas, Tare de triomphe d'I 'range, celui de Cavaillon, le pont

Fig. 15. — Amphithéâtre de Nimes (galerie du rez-de-chaussée).

du Gard, l'amphithéâtre, dont notre figure 15 montre une vue des galeries inférieures, le temple dit ta Maison-Carrée à Ximes, dont nous avons donné I'Extablement à ce mot (planche XXXI).

Xous ne connaissons que fort peu de monuments élevés sous les empereurs Commode, Pertinax et Julianus ; des auteurs anciens nous ont seulement appris que Commode fit construire de fort beaux thermes. Sous Septime-Sévère,

ROMAIXE (architecture).

les arts reprennent faveur ; ce prince construit un Septizonioi (voy. ce mot), dont il restait encore trois étages sous Sixte-Quint, qui les fit abattre pour employer les colonnes à la construction du Vatican. Ce monument, dont il reste un stylobate, s'élevait à l'angle méridional du Palatin. Ce prince éleva aussi de magnifiques thermes, un temple à Bacchus et un autre à Hercule. Pour perpétuer le souvenir de ses victoires sur les Perses, il érigea un arc de triomphe qui existe encore dans un assez bon état de conservation à l'extrémité du forum romain, au pied du Capitule. Cet arc, d'une forme lourde et massive, surchargé de moulures et de sculptures , montre l'état de décadence dans lequel était tombée l'architec-

Fig. 1G. — Panthéon d'Agrippi, à r.ome.

turc romaine à cette épeque. On EuppoÊe que Septime-Sévère fit restaurer le panthéon d'Agrippa (fig. 16), le temple de Jupiter Stator, celui de la Concorde, ainsi que le portique d'Octavk' : mais on peut lui reprocher d'avoir démoli des thermes, des théâtres, ainsi que les superbes fortifications de Byzance. — Caracalla construisit des thermes magnifiques, décorés avec profusion de marbres, de mosaïques et de colonnes superbes; les imposantes ruines de ce monument excitent encore aujourd'hui la surprise et l'admiration. La construction en est en tous points très remarquable ; les murs et les arcades sont en briques, et tout le monument était revêtu de marbre. Eutrope (VI I [ ) nous apprend que ces thermes renfermaient seize cents sièges de marbre poli. Caracalla rl'va dans diverses villes des temples à Isis.

— Macrin fit très peu de constructions. — Héliogabale acheva les thermes de Caracalla et créa d'autres bains publics ; il restaura l'amphithéâtre Flavien, il éleva enfin divers temples en l'honneur du Soleil. — Alexandre-Sévère répara un grand nombre d'édifices, tels que cirques, théâtres, amphithéâtres, etc.; il agrandit si considérablement les thermes de Néron, qu'ils furent nommés thermes d'Alexandre-Sévère; il décora le forum de Nerva d'un grand nombre de statues d'hommes illustres ; enfin il restaura tous les anciens ponts de l'empire, en fit de nouveaux, et donna à toutes les villes qui n'en possédaient pas des greniers et des bains publics. — Au milieu des guerres civiles qui désolèrent l'empire sous Maximin et sous les Gordiens, l'architecture éprouva un temps d'arrêt. La famille des Gordiens ne construisit presque aucun monument ; les historiens parlent bien d'un arc de triomphe, mais il n'en reste aucun vestige. Il faut arriver à Gallien, resté seul maître de l'empire, pour trouver un ou deux édifices dignes d'être mentionnés : c'est, sur le mont Esquilin, un arc de triomphe, construit dans un assez mauvais style corinthien, et une portion de portique sur la voie Flaminienne. Cet empereur avait de grands projets, mais il ne put les mettre à exécution ; il entreprit quelques restaurations sur les monuments détruits par les barbares, et deux architectes byzantins, Cléodamas et Athénœus, suffirent à cette tâche. — Aurélien agrandit l'enceinte de Rome et consacra un temple au Soleil, dont on croit voir des restes sur le mont Quirinal, près des jardins de Salluste. C'est cet empereur qui régla par un édit les honoraires dus aux architectes et aux autres artistes. (Vopiscus, Ep. Aurai. Caïo Basso.) — Il faut arriver aux règnes de Dioclétien et de Constantin pour signaler quelques monuments, sinon de valeur, du moins de quelque importance. Comme il nous reste des ruines des constructions de cette époque, nous pouvons apprécier le caractère et la valeur de l'architecture produite de l'an 284 à l'an 325. C'est d'abord le vaste palais de Dioclétien à Spalatro, l'antique Salona. Il occupait une superficie considérable, puisqu'on y trouvait réunis des hippo-

ROMAINE (AECHITB< ii, .

arômes, des temples, des cirques, en an mot boas les édifices d'une ville. Par Les ruines qui subsistent de ce palais, on peut reconnaître l'état complet de décadence dans lequel était tombée l'arohitecture. Les colonnes ne portent plus d'architraves, mais (]>■< arcades s'élèvent directement du dessus des tailloirs des chapiteaux ou d'une sorte d'entablement cubique porté par la colonne. On voit également dans cette architecture des crossettes bizarres, des colonnes de toute dimension qui ne portent pas de fond, mais directement sur des sortes de consoles ou corbeaux. Enfin toutes les proportions de l'architecture de Salona sont mauvaises, les profils des moulures et des chapiteaux sont maigres, l'ornementation est surchargée et de mauvais goût ; on voit un art en pleine décadence et qui semble avoir atteint son apogée dans le laid. Cependant les monuments de l'époque Constantine dépassent encore, si c'est possible, ce degré de décadence, car la translation du siège de l'empire à Byzance porta le dernier coup aux arts de Rome. — Constantin éleva des thermes à Rome sur le Palatin ; on en pouvait voir des restes au xvc siècle. (Cf. Sadler, pi. 30.) En commémoration de sa victoire sur Maxence , le sénat et le peuple romain lui votèrent un arc de triomphe, qui fut fait avec les matériaux d'un arc de Trajan, auquel on ajouta des bas-reliefs représentant diverses scènes de ses batailles et sa victoire. On. attribue également à Constantin la construction d'un temple à la Concorde, d'un autre à Bacchus et d'un troisième au dieu Faune : ces deux derniers temples étaient circulaires. Il réédifia aussi la basilique bâtie par Maxence, qui fut dès lors dénommée basilique Constantine ; il en subsiste trois arcades colossales non loin de la voie Sacrée. Cet empereur fortifia également la ville et le port d'Ostie, il flanqua les murailles de tours quadrangulaires qui possédaient une galerie intérieure ; mais la plus grande entreprise de ce prince fut la reconstruction de Byzance, qui prit dès lors le nom de Constantinople. Malheureusement, tous les édifices de cette ville furent construits avec tant de hâte que les successeurs de Constantin durent les réédifier, et, ce qui est plus regrettable en-

core, c'esl que ions ce- édifices furent <-levée avec des matériaux arrachés aux monuments de la plus belle époque de l'architecture romaine, de sorte que des chefs-d'œuvre furent démolis pour créer des monuments sans ait et sans goût. A Constantinople, le non fondateur éleva beaucoup d'églises; parmi les principales, nous nommerons Sainte-Sophie, érigéeen l'honneur de la divine Sagesse, celles de Sainte-Irène, des Saints-Apôtres et de Sainte-Dynamie. A partir de cette époque, l'architecture romaine est morte; un nouveau style des plus mêlés et des plus bizarres apparaît, il reçoit même, suivant les divers pays, plusieurs noms : les uns le nomment style byzantin , romano-byzantin ,• d'autres, style latin. (Voy. IlO.maxe, Architecture.) Une transformation complète s'accomplit, et l'architecture païenne, profane, comme l'ont nommée certains archéologues chrétiens, est remplacée par l'architecture dite sacrée. Hope, dans son histoire de l'architecture (page o.j), explique fort bien cette période de transition. Voici comment s'exprime cet auteur :

Que Constantin, comme on l'a supposé, ait longtemps conservé au fond de l'âme de l'attachement au polythéisme, ou qu'il se soit fait chrétien de bonne foi et sans calcul, ce qui est certain, c'est que sa conversion fut un fait absolument individuel. Comme souverain, il n'osa jamais imposer sa croyance à la généralité de ses sujets. Pendant son règne, le paganisme continua à dominer si exclusivement au cœur de Rome, que toutes ses églises furent bâties dans les faubourgs ou à une certaine distance des murailles. Après lui, l'empereur Julien rétablit, en cette qualité, les rites du paganisme; et Valentinien, que l'on range pourtant parmi les princes chrétiens, éleva dans le Capitule des autels à la Victoire. Les victimes brûlèrent sur les autels des dieux païens jusqu'au règne de Théodose. Ce prince fut le premier qui, en 389 , ordonna que le christianisme serait la religion de l'État, Il chassa les dieux de leurs autels, abolit leurs rites et renversa leurs temples.

Alors naquit un genre tout nouveau d'architecture sacrée. Les difficultés contre lesquelles l'art de bâtir avait eu à lutter avant l'invention de la voûte avaient singulièrement resserré l'enceinte des temples du paganisme.

C'est donc cette époque de transition et

ROMANE (architecture).

toutes les hésitations qui en furent la suite qui ruinèrent si complètement l'architecture qu'il ne fallut pas moins de sept siècles pour constituer un nouveau style, l'art Ogival (voy. ce mot, et, comme complément du présent article, Romane, Architecture , Amphithéâtre, Aqueduc, Basilique, Grec, Art, Théâtre, Temple, Thermes, etc.).

ROMANE (Architecture). — Sous ce terme générique, on désigne un style d'architecture qui embrasse une période plus ou moins

Fig. 1. — Plan restauré de l'atrium de Lorsli.

longue et qui a été employé dans des pays très divers ; aussi ce terme à! architecture romane ne présente à l'esprit rien de fixe, de positif, de bien circonscrit, c'est un terme fort vague. En effet, pour certains archéologues, le roman fleurit aussi bien en Orient qu'en Occident , et il comprend une période qui s'étend depuis la chute de l'empire romain jusqu'à l'avènement de l'architecture du moyen âge, de l'art Ogival (voy. ce mot) , c'est-àdire jusqu'à la fin du xc siècle ou le commencement du XIIe siècle. D'autres archéologues scindent cette période et, suivant le pays dans lequel se développe ce style d'architecture, ils lui donnent divers noms : ils le nomment styte byzantin ou romano-byzantin quand ce style se développe en Orient, et styte latin quand il s'agit de l'Occident ; ils ne réservent ce terme de roman que pour l'art architectural qui a fleuri en Occident depuis le Ve siècle de notre ère jusqu'au xn° ou même qui ne va que du XIe au xne siècle. Ce dernier système, qui paraît le plus logique, est celui qui est aujourd'hui le plus généralement admis par tous les hommes compétents ; mais, pour faire cesser toute équivoque, il serait extrêmement désirable qu'on adoptât pour désigner ce style d'architecture un seul terme, celui de romano-

byzantin, qu'on diviserait, comme l'art ogival, en primaire, secondaire et tertiaire. Nous aurions donc le style romano-byzantin primaire, qui embrasserait la période allant du Ve au xe siècle ; le style romano-byzantin secondaire, qui comprendrait le style s'étendant du Xe au xie siècle ; enfin le romano-byzantin ter-

Élévation de l'atrium de Lorsli.

tiaire irait du xie au xne siècle. Si une~pareille classification était adoptée, il n'y aurait plus de confusion possible ; le titre générique romano-byzantin servirait à désigner le style d'architecture eu question, les épithètes de

Fig. 3. — Chapiteau du pilastre de l'atrium.

primaire, secondaire, tertiaire, désigneraient les époques, et les épithètes de lombarde, rhénane, bourguignone, provençale, auvergnate, désigneraient les localités dans lesquelles aurait pris naissance une des subdivisions de ce style. Historique. — Après les teneurs de l'an

Page 1