Porc jouant de la vielle à archet
aussi, bien souvent, quand ils voyaient passer un moine dans des conditions bouffonnes, ils eu faisaient un croquis qu'ils reproduisaient ensuite sur leurs ymaiges. Nous devons ajouter aussi que les moines n'étaient pas les seuls au moyen âge à porter le froc à capuchon ; les
hommes de la campagne et les pauvres habitants des villes avaient un costume analogue.
Quelques antiquaires ont cru voir dans un des nombreux bas-reliefs du portail des Libraires de la cathédrale de Rouen (fig. ;5), dans un moine avec la tête et le corps d'un pourceau qui joue de la vielle à archet, une satire contre l'intempérance bien connue des moines. Nous serions porté à croire que la satire est plutôt dirigée contre l'intempérance non moins célèbre des ménestrels. Ce n'est pas que nous voulions excuser la lubricité des moines d'alors, qui s'est perpétuée jusqu'au milieu du xvii" siècle dans la personne de Mathurin Picard, directeur d'un couvent de religieuses de Rouen (1 ) ; mais nous pensons que dans la caricature que nous mettons sous les yeus de nos lecteurs le personnage est plutôt un ménestrel qu'un moine. Nous ferons remarquer également combien dans cette ymaigerie (fig. 3) la position des doigts, aussi bien de la main qui tient l'archet que de celle qui travaille sur les cordes, est parfaitement indiquée. L'original de la figure de ce médaillon est aujourd'hui bien fruste ; nous avons pu le reproduire grâce à un moulage qui nous a été communiqué par M. Smyth.
Monstres hybrides. — Ces monstres symbolisent des idées fort complexes; ils expriment, en général , les vertus et les vices inhérents à chacun des animaux qui concourent à la formation du monstre hybride, qui a presque toujours une signification dans l'iconographie chrétienne.
Noix. — Symbole de la perfection. La noix est aussi un des symboles du Christ. Certains Pères de l'Église, notamment saint Augustin et son contemporain saint Paulin, expliquent d'une façon bien subtile, selon nous, ce dernier symbolisme, en disant que la noix a dans son corps trois substances : le Irou, la coquille, et Y amande; le brou représente la chair; la coquille les os , et l'amande l'âme ; d'où saint Augustin tire cette conclusion : « Le brou de
(1) Voir à ce sujet r/Z/àVoiVe de Madeleine Bavent, relîgieuse au monastère Saint-Louia de Louviers, par le K. P. Desmarets, 1 vol. in-12, 1G52.
YMAIGERIE.
la noix signifie la chair du Sauveur, laquelle a eu en soi l'âpretL- et ramertume de la passion ; l'amande montre la douceur intérieure de la Divinité, qui fournit la nourriture et remplit l'office de la lumière ; quant à la coquille, elle représente le bois de la croix qui, par son interposition, a séparé notre âme de notre corps, mais qui aussi a réuni, par l'imposition du bois sacré, les choses terrestres et célestes, i (S. Aug., Serm. de temp. doin. (tut. NaiiiK)
Obscena. — Les sujets obscènes qu'on voit en si grand nombre sur les bas-reliefs qui décorent les façades des édifices religieux seraient, suivant l'opinion de divers archéologues , la personnification des vices, des passions et des
Fig. 4. — Coq à bu U: dy lu
péchés. Us seraient là, dit de Cauniont (.1 héccd. d'archéoL), a pour avertir les fidèles qu'ils doivent entrer dans le temple le cœur pur, et laisser à l'extérieur toutes les jiassions qui souillent l'âme. » Selon d'autres antiquaires, ces représentations n'auraient aucune signification et ne seraient que des ornements créés par te caprice des ymaigiers. Les figures grotesques et les obscena en particulier déplaisaient à certains Pères de l'Église. Voici ce qu'écrit à leur sujet saint Bernard (lettre à Guillaume, abbé de Saint-Thierry, apud Mabillon, i/iter opéra sancti Bernardi, cap. XII, n" 2y , t. I, p. 5;ï, Paris, 1G90) : « A quoi bon tous ces monstres grotesques en peinture et en sculpture ? A quoi sert une telle difformité, ou cette beauté difforme? Que signifient ces singes immondes, ces lions furieux, ces centaures monstrueux, etc., etc.? »
Oiseaux. — Les oiseaux, suivant leurs espèces et leurs formes vraies ou fantastiques, symbolisent des vertus ou des vices divers ; en général, les palmipèdes sont l'emblème du baptême, parce que ces oiseaux sont aquatiques. Notre figure 4 montre un buste de femme avec un corps de coq ; cette figure est tirée d'une stalle de la cathédrale de Eouen. Notre figure .5 montre un oiseau avec la tête d'une femme et les pattes d'un animal ; cette figure est une reproduction d'une sculpture du portail des Libraires de la cathédrale de Rouen. (Nous avons donné ce Portail à ce
. — Oiseau à tùte de femme.
mot. planche LXYL — Voy., dans le présent article, les divers oiseaux décrits à leur rang, cotumhe, coq, hitimi , paon, phénix, etc., etc.)
Phénix. — Le phénix, qui se consume en concentrant dans son corps les rayons solaires et qui renaît ensuite de ses cendres, représente Jésus-Christ mourant sur la croix et ressuseitantle troisième jour ; c'est donc, comme le paon, un symbole de résuiTCction.
Palme. — .Symbole du martyre; aussi la palme du martyre est un terme usuel dans la liturgie romaine.
Paon. — Symbole de la résurrection, parce que chaque année, à la fin de l'automne, cet oiseau perd ses plumes et qu'au printemps il lui en pousse de nouvelles. — Saint Augustin considère aussi le paon comme le symbole de l'immortahté, parce que, du temps de l'évcque d'Hippone, on supposait bien à turc
YMAIGERIE,
que la chair de cet animal était incorruptible. {De Civ. Dei, xxii, 4.)
Pavot. — Cette ]ilante, dont la graine fournit une liqueur, une huile soporifique, est le symbole de la mort ; aussi retrouve-t-on souvent le pavot représenté sur des tombeaux concurremment avec des torches renversées.
PÉLICAN. — Un des symboles de Jésus- Christ. — Le pélican est aussi considéré comme le symbole de l'amour paterne], parce que des auteiu's, A. de Musset entre autres, ont écrit que le pélican se perçait les flancs pour nourrir ses enfants de son propre sang, ce qui est faux.
Porc. — Cet animal svmbolise la gour-
- Bas-relief de la catbétlrale de Rouen, portail des Libraires.
mandise et la luxure. Notre figure 3 montre un porc qui joue de la vielle cà archet. Notre figure 6 fait voir un monstre avec une tête, des pieds et une queue de porc ; il appuie sa tête sur sa main gauclie, taudis que sa main droite repose sur sa hauche. Cette sculpture est tirée du portail des Libraires de la cathédrale de Rouen. Xe serait-ce point une satire contre les jjhilosophes ?
Sagittaire. — Sorte de centaure qui, à l'aide d'un arc, lancedesflèches (fig. 7). Il symbolise le Dieu vengeur qui punit tardivement peut-être, mais avecl'instantanéité delafoudre.
Salamandre. — Reptile qui ressemblait au dragon et qui symbolise le feu, parce qu'on supposait que la salamandre vivait au milieu des flammes.
Sanglier. — Voy. ci-dessus Porc ; car l'iconographie chrétienne ne paraît pas avoir établi une distinction symbolique entre ces deux animaux.
Serpent. — Symbole du mal. La Vierge est représentée souvent écrasant la tête du serpent.
Singe. — Symbole de la malignité, de la méchanceté, de l'orgueil stupide et de l'avance.
Sirène. — Femme dont le corps se termine en queue de poisson ou d'un animal aquatique. Souvent le corps des sirènes est terminé par une double queue; ce monstre symbolise les trois concupiscences ; il est aussi considéré comme l'emblème de la volupté.
Fig. 7. — Sagittaire.
Stryge. — Sorte de lutin, de méphistophélès à figure caustique ou grimaçante ; il symbolise le mal ; c'est une des formes que prend le diable pour nuire aux mortels. Un stryge bien connu est celui qui décore l'angle de l'une des tours de Notre-Dame de Paris, qu'une eau-forte de Méryon, souvent^ reproduite, a rendu aujourd'hui populaire.
Truie. — La truie symbolise le mal, l'impureté, la gourmandise et la fécondité.
Unicorne. — Voy. Licorne.
Vices. — Les vices sont symbolisés nonseulement par les animaux, bouc, basilic, griffon, porc, serpent, vipère, etc., mais encore par des personnages dont l'attitude, l'action, la manière d'être, caractérisent le vice spécial à ces personnages, hommes ou femmes. C'est
YMAIGIER.