ROMAINE (ARCHITECTURE
la valeur, et chacun se rappelle sans doute Tanecdote de (Mummius rapportée par Velléius Paterculus (1,1 3) qui écrivait cent soixante ans après le général), qui, vainqueur de Corinthe, disait à un entrepreneur, chargé d'emporter les merveilles d'art de cette ville : « Et surtout prenez bien garde de ne rien perdre et de ne rien briser ; sans quoi, je vous obligerai à en refaire d'autres. » Ce récit, qui nous paraît aujourd'hui inconcevable, surtout dans la bouche d'un général en chef, n'est peut-être pas invrai-
semblable. — La quantité très-considérable d'objets d'art de provenance hellénique rapportée aprèsles guerres de Macédoine et la prise de Corinthe donnèrent aux Romains le goût hellénique ; aussi tous les édifices construits après cette époque, c'est-à-dire après l'an 160 av. J.-C, sont des imitations plus ou moins réussies de l'art grec. Dans la plupart de ces édificesl'omementation pèche par un manque absolu de goût. Jusque-là les monuments avaient été construits en brique ou en pierre, ce fut
Fig. 18. — Corniche d'entablement dans les ibermes de Nîmes.
Quintus Métellus, surnommé le Macédonien (Velléius Paterculus, 1, 2), qui éleva le premier temple en marbre, qu'il dédia à Jupiter Stator ; il en confia l'exécution aux architectes lacédémoniens Sauras et BatracuF.(Pline, XXXVI,5.) Ce même Métellus en érigea un second à Junon. Bientôt après furent constraits, près du cirque, le portique de Cnéus Octavius, et, sur le Capitole, celui de Scipion Nasica. Après sa guerre contre Mithridate, Sjlla fit transporter à Rome tous les trésors qu'il avait pillés en Grèce ; ce général n'épargna pas même les temples : c'est ainsi que, pour orner le temple de Jupiter Capitolin, il enleva les colonnes du
temple de Jupiter Olympien d'Athènes, qui avait été constrait sous Antiochus Épiphane par un architecte romain nommé Cossutius, lequel temple passait pour un des plus admirables édifices de la Grèce. Vitruve parle avec beaucoup d'éloges des écrits de Cossutius, malheureusement ils ne sont point parvenus jusqu'à nous. SjUa, à Préneste dédia, également un temple à la Fortune, et c'est dans celui-ci qu'aurait été faite la première application de la mosaïque comme pavement. (Pline, ffist, naf,, XXXVI, 64.) Pompée éngea plusieurs temples (Dion Caasius, XX, p. 416), entre autres, ceux de Minerveet de Vénus Vicirix : celui-ci s'élevait
ROMAINE (architecture).
an milieu de la cavea d'an théâtre garni de gradins en pierre. Ce théâtre ayait été construit dans le Champ de Mars, en souyenir de celui qu'il avait vu à Mitylène. Près de cet édifice se trouvait la curie dans laquelle César fut a^assiné , et qui servait aux délibération du sénat, si une aflFaire urgente se présentait pendant les représentations scéniques. LucuUus, que M. Brutus surnommait la Venus Palatine, employa le premier, après l'orateur Crassus, le marbre dans les constructions privées ; il en estimait surtout un à fond noir, originaire de Chio, qu'on nomma â cause de lui marbre LuculUn, (Voy. Marbre, p. 126, t. III.) Lucullus introduisit un grand luxe dans l'habitation; sa maison était décorée d'un grand nombre de tableaux etses jardins peuplés de chefe-d'œuvre de la statuaire grecque nu'il avait achetés à grand
Fig. 13 bit, — ^Boudie d'égoat de la Cloaca tnajcima,
prix. Le même citoyen avait consacré un temple à la Félicité. (Dion Cassius, XLX,p.416.) Vers l'an 54 av. J.-C, Paul-Emile reçut de César, qui voulait s'en faire un partisan, l'énorme sonmie de 1,500 talents (9, 625,000 fr.). Pour donner le change sur l'emploi de cet argent, il laissa croire qu'il était uniquement destiné à la construction d'une basilique, qui, bien que fort belle, ne coûta pas, sans doute, le tiers de cette somme.
Sous Jules César, l'architecture ne reçut aucune impulsion. Ce prince fit beaucoup de projets, mais la guerre l'occupa trop toute sa vie, pour qu'il pût, nous ne dirons pas les réaliser, mais leur donner même un commencement d'exécution. Pendant son édilité,il décora le comiUum et les basiliques ; il ajouta des portiques au Capitole ; il construisit un temple à Mars, un autre à Vénus Oénitrix, parce qu'il adorait cette déesse comme la mère de sa raoe.
Nous voici à Auguste, c'est-à-dire à l'ère du plus grand développement de l'architecture romaine : l'ancien triumvir avait voulu faire de Rome la plus belle ville du monde ; il donna une grande impulsion à tous les arts, c'est bien sous son règne que l'architecture romaine fut la plus brillante et atteignit son apogée. C'est alors qu'on vit s'élever le portique d'Octavie, le théâtre de Marcellus, construit auprès de ce portique et qui avait été commencé sous César, le panthéon et les thermes d'Agrippa, le mausolée d'Auguste; le premier amphithéâtre tout en pierre fut achevé par Statilius Taurus. C'est sous le même prince qu'ont été construits la basilique Julienne, les bains ou thermes, les châteaux d'eau, de nombreux aqueducs, le portique du cirque Flaminius, la pyramide de Cestius, que nous avons donnée au mot Pyramide (fig. 5, 6 et 7), l'atrium du temple de la Liberté, bâti sur le Palatin par Asinius Pollio, le temple d'Hercule, celui de Jupiter Tonnant, ex)ntre le mont Capitolin, celui d'Apollon sur le Palatin, celui de Saturne, celui de Diane, celui de Mars Vengeur, sur le forum d'Auguste (1). Sous le règne d'Auguste, Tibère reconstruit sur un plus vaste plan le temple de la Concorde, sur le forum romain ; cet édifice avait été construit primitivement (366 avant J.-C.) par Furius Camillus. Notre figure 14 montre les belles ruines de ce magnifique temple.C'estégalement sous Auguste que furent construits le grand théâtre de Cornélius Balbus, l'arc des consuls Dolabella et Silanus, érigé en l'an 8 après J.-C, et qui se trouve aujourd'hui près de l'église San-Tonmiaso in Formis. Cet arc est construit en travertin, il servait probablement à donner passage sous un aqueduc.
Auguste fit tant et de si beaux monuments sous son règne, qu'il put dire en toute vérité : « J'ai trouvé Rome bâtie en briques, je la laisse bâtie en marbre. » (Suét., in Aug,, XXVIII.) — Rome ne fat pas seule à bénéficier de ce grand mouvement architectural, les autres villes de l'empire et les colonies sui-
(1) Ce prince ne construUit pas moins de 82 temples ; aussi Tite-Lire le nomme avec joste raison templorum omnium condilor ac restittUor,
ROMAINE (architecture).
virent la même impulsion ; nous le verrons bientôt, qaand nous parlerons de l'architecture romaine en dehors de Bome.
Après Auguste, Tarchitecture commença à dégénérer de plus en plus ; elle eut cependant un éclair de peu de durée sous Trajan. Tibère
s'attacha surtout à terminer les monuments commencés par son prédécesseur; il restaura aussi tous les édifices auxquels des travaux étaient nécessaires. Il dédia un temple à Auguste, afin d'engager d'autres villes à suivre son exemple; mais ce temple ne fut terminé
Fig. 14. — Temple de la Concorde , sur le foram romain.
que sous Caligula, ce qui n'empêcha pas un grand nombre de villes d'élever des temples en l'honneur d'Auguste et même de Eome : parmi ces villes, nous mentionnerons Pergame, Nicomédie, Mylasa (1), Pouzzoles, Pola, Césarée et Nola. Dans cette dernière cité, c'est la
(1) C'est au temple d' Auguste et de Rome, élevé à Mylasa en Carie, qu'aurait été fait le premier emploi du
maison même dans laquelle Auguste avait rendu l'âme qui fut transformée en temple. — Caligula éleva peu de monuments, il ne fit que construire deux temples en son honneur sur le Palatin; il promulgua même un édit pour forcer les citoyens et les villes à lui éle-
chapitcau composite. (Cf. R. Pococke, a Description qfthe E(ut andsomeother countries, 1 vol. in-fol., 1743.)
EOMAINB (abchitkcturb).
ver des temples et à lai rendre les honneurs divins^ mettant ainsi en pratique le vieil adage : Prima sibi caritas. Il ayait, du reste, deux palais : Tun situé sur le Capitole, afin, disait-il, de pouvoir converser avec le grand Jupiter ; l'autre sur le Palatin, ce dernier accédant aussi au Capitole par un pont qui passait au-dessus de la basilique Julienne.
Claude agrandit Rome; il éleva quelques temples et quelques arcs de triomphe, mais il fit surtout des travaux d'utilité publique, des travaux qui sont du domaine spécial de Tingénienr. Dès la seconde année de son règne, il fit creuser un aqueduc souterrain pour donner un écoulement régulier au lac Fucin, dont les firéquents débordements occasionnaient des fièvres paludéennes à un grand nombre d'habitants. Ces travaux d'endiguement et de dessèchement ne durèrent pas moins de onze années consécutives et occupèrent environ trente mille hommes. Quand ce grand travail fut terminé, Claude donna sur ce lac la représentation d'une bataille navale, dont divers auteurs nous ont conseiTé la relation. (Suét., m Cîaud., XX, XXI; Denys d'Halic, IX; Tacite, Annal, XXII, 56, 58.) Ce prince termina aussi des aqueducs commencés par ses prédécesseurs; certaines parties de ces travaux étaient portées sur des arcades qui mesuraient plus de cent pieds d'élévation. (Front., de Aquœdicct comment, 18, 14, 16. Cf. Pline, XXXVI, 24.) Il entreprit l'aqueduc qui porte son nom, YAqica Claudia, qu'il ne put terminer. Mais l'ouvrage le plus considérable exécuté par Claude, et même par les Bomains, c'est sans contredit le port d'Ostie, situé près de Tembouchure du Tibre, lequel port ne fut achevé que sous Néron ; aussi est-il représenté souvent sur le verso des médailles frappées par ce prince. Au mot Port, le lecteur peut voir un croquis représentant le port de Claude.
Sous Néron, les monuments d'architecture prennent d'énormes proportions et se couvrent d'une profusion ornementale inouïe. Ce prince termina l'aqueduc de YAqua Claudia, sur le mont Cœlius; il construit la grande boucherie (magnum maceïlum), qui possédait sur trois de ses côtés un portique formé par deux étages de colonnes, et dont le
centre était couvert d'un dôme élevé (tholus) (Varro, ap. Non., v. Sukus) : c'est, du moins, ainsi qu'on le trouve représenté sur des médailles de Néron. Ici se place, en l'an 64, le fameux incendie de Rome, que Néron aurait allumé dans l'unique but de s'ofirir le spec^ tacle d'une ville incendiée. Nous ne pensons pas que ce soit là le vrai motif de cette catastrophe, qui, sauf qaatre régions ou quartiers, détruisit totalement la ville. La véritable cause, qui n'est guère plus excusable que celle que nous venons de mentionner, résidait dans le désir immodéré de Néron de reconstruire la ville sur un nouveau plan, et l'odieux tyran ne recula pas devant l'idée de l'incendie pour atteindre son but. Non-seulement il évitait ainsi les lenteurs de l'expropriation et les réclamations de toutes sortes, mais il anéantissait aussi tous les monuments de ses prédécesseurs et devenait le nouveau fondateur de la ville : telle est la vraie cause de l'incendie de Rome. Néron fit alors élever un gymnase avec des thermes splendides, dans lesquels on célébrait tous les cinq ans des jeux nommés pour cela jetixquifi' quennaux. Ces édifices, construits en marbre, furent plus tard agrandis par Alexandre Sévère. Néron fonda le port d'Antium, sa ville natale : il n'en reste plus que quelques débris ; on lui attribue aussi la construction des bains situés près de Baïes, et dont il subsiste encore quelques restes. Enfin, n'oublions pas de mentionner parmi les travaux de Néron le palais qu'il se fit construire et qui est connu sous le nom de Maison dorée, à' cause de la richesse et de la magnificence de sa décoration. Ce palais était entouré d'un triple rang de portiques qui atteignaient mille pieds de développement, et il occupait un si grand espace dans la ville (Pline, XXXVI) qu'il renfermait dans son enceinte des bois, des champs, des vignes, des étangs et des maisons de plaisance. Ce fut le dernier et l'un des plus importants travaux exécutés par ce prince. — Sous les règnes fort courts de Galba et de Vitellius, il ne fut fait aucun monument digne de ce nom. — Vespasien inaugura une brillante époque pour les arts, il rétablit et entretint les routes, répara les anciens monuments de
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Rome ainsi qiie les murailles de beaucoup de villes ; c'est sons le règne de ce prince qu'on reconstruisit pour la troisième fois le temple de Jupiter et que fiit commencée la construction de l'amphithéâtre de Flavien (le Golos- 8eum)y un des monuments les plus gigantesques de l'antiquité. (Suét., in Vesp., IX ; Martial, de iSpec, Epig., 1 et 2.) (Voy. Amphithéa- TRE.) Un édifice encore assez important de Yespasien fut le temple de la Paix, décoré des dépouilles rapportées de la Judée. Ce temple était entouré d'un vaste portique (Joseph, VIT, 3, XXXIV, 10, XXXVI, 7 ; Procop., de Bello goth,, IV, 21) dans les abords duquel on voyait une bibliothèque publique ; enfin Vespasien restaura aussi le temple de Claude et la scène du théâtre de Marcellus. — Sous Titus, en Tan 79 (le 23 novembre), l'éruption du Vésuve engloutit Herculanum et Pompéi; un nouvel incendie détruisit une grande partie de Rome, et, parmi les monuments publics détruits ou ruinés en grande partie, nous citerons les temples d'Isis, de Sérapis, de Jupiter Capitolin, la Sepia Julia, le Dirihitorium, le portique de Neptune et celui d'Octavie, les thermes d'Agrippa, les théâtres de Pompée et de Balbus, le Panthéon, etc. Titus voulut réparer tous ces monuments à ses frais, mais la mort l'en empêcha, et ce fiit son successeur, Domitien, qui releva toutes ces ruines et éleva plusieurs autres monuments, tels que la Naumachie, près du Tibre, le Stade, l'Odéon, les temples de Jupiter Custos et de la famille Flavienne. Il commença un forum qui ne fut achevé que sous, Nerva et porta le nom de ce dernier prince. Notre planche LXXXI montre une partie de la frise de ce forum ; au mot Entablement (planche XXXII), le lecteur pourra voir une autre partie, très-richement décorée, de cet édifice. Domitien embellit son palais de portiques, d'une basilique et de bains; enfin il créa sa villa d'Albano, où l'on célébrait, à l'exemple d'Athènes, la fête des Panathénées. Nerva, nous venons de le voir, se contenta d'achever le forum nommé avant lui Palladium ou Transiforium; il termina aussi des travaux d'utilité publique, tels qu'aqueducs et réservoirs. Ce fiit Frontin, l'auteur du Traité des
aqueducs de la ville de Borne, qui fut chargé de ces derniers travaux. Nerva, qui, du reste, était fort âgé quand il arriva an trône, ne fit pas d'autres édifices ; mais il était réservé à Trajan et surtout à Adrien de construire de nombreux monuments; ce dernier empereur, qui était également architecte, inscrivit son nom sur les murs de tant de constructions qu'on le surnomma le Pariétaire. Parmi les monuments construits sous Trajan, nous mentionnerons la basilique Ulpienne, les thermes qui conmiuniquaient avec ceux de Titus, an odéon, l'agrandissement du grand cirque, les bibliothèques grecques et latines , et le forum situé entre le Capitole et le Quirinal, enfin la colonne Trajane, élevée en 113, et dont les bas-reliefs représentent les principaux épisodes de la campagne de Trajan contre les Daces. Cette colonne, haute d'environ 44",25, est formée par des assises cylindriques ou tambours de marbre blanc dont les bas-reliefs se déroulent en spirale. Indépendamment de ces travaux, Trajan restaura et entretint les routes et les aqueducs ; il jeta différents ponts sur des fleuves, dont le plus célèbre est un pont sur le Danube qui est représenté sur la colonne Trajane. Procope {de jSdif., IV, 6) nous apprend que les travaux de ce pont avaient été dirigés par l'architecte ApoUodore de Damas, qui avait également édifié le forum, l'odéon et les thermes mentionnés précédemment. Trajan compléta le port d'Ostie ; c'est lui qui creusa le bassin de forme octogonale, qu'il entoura de magasins et d'entrepôts 5 il creusa le port de Civitta-Vecchia, ainsi que celui d'Ancône. Dans cette dernière ville, il fit des travaux considérables; aussi les habitants, pour en perpétuer le souvenir, lui érigèrent un arc de triomphe à l'entrée du port. (Voy. Arc db teiomphe, fig. 4.) Rome et Bénévent élevèrent également des arcs de triomphe à ce prince, qui avait fondé de nombreuses villes, entre autres, dans la Mysie, Marcianopolis, du nom de sa sœur Marcia, Plotinopolis, du nom de sa femme Plotine ; enfin Trajanopolis, dans la Chersonèse. Ce prince entretint une correspondance avec Pline le Jeune, et, grâce à ces lettres, nous connaissons les nombreux travaux de