CHAPERON. - CHAPITEAU
lance, un morceau de l'éponge et du roseau qui figurent dans la Passion.
La Sainte-Chapelle forme deux églises : l'une, au niveau du sol extérieur; l'autre, au-dessus, était de plain-pied avec le palais de Louis IX. Deux escaliers mettaient en communication la chapelle et les combles. Les travaux, commencés en 1242, furent terminés vers 1248, année de sa consécration, et coûtèrent plus de sept millions de francs. Ce bâtiment, dans œuwe, mesure 85 mètres de longueur, et 8 de largeur ; sa hautem', du niveau du sol au sommet du fronton, est de 35 mètres.
CHAPERON, s. m. — Couverture d'un mur à une ou deux pentes, pour faciliter l'écoulement des eaux pluviales. Quand le mur est de clôture et mitoyen, il possède nécessairement deux égouts ; mais quand il appartient à un seul propriétaire, il n'a qu'une pente, dont la chute est du côté de la propriété. — On fait des chaperons en ardoises, avec des tuiles faîtières, enfin en pierres : ceux-ci sont ordinairement de forme triangulaire et possèdent un larmier saillant de 0'°,027 à 0™030; ils sont dits en 'bahut quand leur contour, au lieu d'être angulaire, est bombé.
Eu charpente, c'est une fausse coupe que l'on est obligé d'exécuter à l'extrémité d'une pièce portant tenon, lorsque, au droit de la mortaise, le bois est flache. Le chaperon se taille sur place et épouse la forme de la flache qu'il doit racheter. Comme on le voit, les chaperons en maçonnerie et en charpente sont complètement différents de forme. (Voy. Mitoyen, Mur^
CHAPIER, s. m. — Grand meuble composé de tiroirs semi-circulaires qui tournent sur un pivot, posé au centre du demi-cercle. Ce meuble de sacristie sert à enfermer les chapes des prêtres catholiques. Il a fait son apparition au xvii'' siècle, au moment où l'on remplaça les anciennes chapes d'étoffes souples par de nouvelles tissées d'or et d'argent, et chargées de lourdes broderies.
CHAPITEAU, s. m. — Ensemble de moulures et d'ornements qui coiffe ou coui'omie le
DICT. D'AUCHITECTURE. — T. I.
fût d'une colonne, d'un ante, d'un pilastre. Son nom, dérivé du grec xecpaX/j, tète, exprime bien sa situation de tête de la colonne ; les Latins l'ont nommé caput, ■ d'où nous avons fait chapiteau.
C'est un ensemble de moulures si important, qui caractérise si diversement les styles d'architecture, que l'histoire et la description du chapiteau chez tous les peuples et à diverses époques, pourrait presque fournir un abrégé de l'histoire générale de l'architecture. Tous les peuples, sauf les Chinois, ont employé le chapiteau dans leur architecture , ce qui prouve que son origine a des causes communes chez toutes
Fig. 1. — Chapiteau du temple d'Elora.
les nations. Ces causes furent la nécessité et l'utilité, ainsi que le désir d'embellir un élément indispensable de la construction, le point d'appui, c'est-à-dire la colonne, le pilier ou le pilastre.
Au mot Abaque , nous avons vu que primitivement ce membre d'architecture dut composer à lui seul le chapiteau, et que, placé sur des colonnes en bois ou en pierre, l'abaque servait non seulement à les protéger, mais encore à offrir au point d'appui une plus large assiette. Plus tard, l'art se chargeant de la transfonnation de l'abaque, créa le chapiteau, en modela des formes avec une variété inconcevable, enfin l'orna de mille manières. Aussi on peut bien dire qu'il serait très dfficile, sinon ùnpossible, de faire connaître toutes les variétés de chapiteaux, car chaque peuple et
CHAPITEAU
chaque époque en ont créé un très grand nombre. Dans l'antiquité, la Perse, l'Inde, et surtout l'Egyi^te, en ont imaginé de nombreux exem[)les aussi variés dans leurs formes que luxueux et brillants dans leur décoration. L'architecture indienne, à en juger par ce qui nous en reste, n'a pas de types spéciaux de chapiteau ; les deux formes les plus répandues sont celle d'une sphère assez dé]irimée qui supporte
Fig. 2. — Chapiteau de Persépolis.
une double console formant un encorbellement (fig. 1) ; la deuxième forme est un dé carré, orné de volutes assez molles , lequel dé supporte une espèce d'abaque. Le chapiteau (fig. 1) provient du temple souterrain d'Élora, dont la construction remonte certainement à une époque très reculée, mais qu'on ne saurait préciser, malgré les vifs débats que ce temple a soulevés parmi les archéologues. A Persépolis, nous trouvons également un chapiteau formant un encorbellement sur une colonne ; ce sont (fig. 2) deux demi-taureaux disposés de telle façon qu'ils
portent sur leur dos un dé carré, qui devait supporter à son tour les poutres du plancher. A Délos, il existe un monument où deux taureaux accouplés, au lieu d'être posés dos à dos, forment également un encorbellement. Les Grecs
Fig. 3. — Lotus en bouton.
ont-ils imité les Perses, ou ceux-ci les Grecs, dans cette forme du chapiteau? Il est bien difficile de se prononcer ; nous croyons cependant le chapiteau persépolitain antérieur à
Fig. 4. — Chapiteau archaïque du palais de Karnac.
celui du monument de Délos, quoique les sanctuaires et les édifices élevés dans cette île remontent à une très haute antiquité.
En Egypte, le chapiteau est très étudié; aussi il revêt des formes multiples : le point de départ de sa décoration est emprunté à la
CHAPITEAU
flore du pays. C'est le lotus en bouton (tig. 3) qui fournit le premier élément de composition, et qui crée des chapiteaux analogaies à ceux que représente notre ligure 4 du mot Abaque, ou celui représenté sur notre planche en couleur XIX, type primitif (pii provient de Louq-
Fig. 5.
Chapiteau du temple occidental de Pliilœ.
sor; ou bien encore le chapiteau archaïque (fig. 4) de la partie la plus ancienne du palais
Fig. 6. — Cliapiteau du temple d'Apollinopolis.
de Karnac, partie qui date de Thoutmès III (dix-huitième dynastie); ou bien la fleur du lotus épanouie crée le chapiteau en cloche renvei-sée (fig. 5) sunnonté d'un édicule. Les ÉgjqDtiens emploient encore à la décoration de leurs chapiteaux les branches du palmier (tig. G) ; ils
utilisent même le fruit de cet arbre, les régimes de dattes (fig. 7). On voit d'autres chapiteaux en forme de cône troncjué, unis ou à lobes, chargés d'ornements hiérogly^îliiques , qui rappellent plus ou moins le bouton de lotus ; ou bien encore ces chapiteaux, comme au temple de
Fig. 7. — Chapiteau d'un temple aux environs d'Esné.
Denderah, sont remplacés par un massif rectangulaire orné sur chacune de ses faces d'une tête de di\anité, Isis ou Osiris, Typhon et d'autres. L'emploi de ces ornements divers, qui sont encore diversifiés entre eux par la dissemblance de leur disposition et par celle des couleurs qui les rehaussaient (voir le chapiteau en couleur de nie de Philœ) , peut montrer quel rôle
Fig. 8. — Chapiteau du tombeau de Beni-Hassau.
important les chapiteaux ont joué dans l'architecture égyiîtienne, et montrer aussi la fécondité des artistes de ce peuple, qui changeaient de types non seulement d'édifice à édifice, de colounadc à colonnade, mais souvent de colonne à colonne , comme par exemple au grand
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temple d'Isis^ à Pliike. Quelquefois laeolonne, comme aux hypogées de Beni-Hassan et de Karnac , ne porte pas de chapiteau ; elle est couronnée d'un simple abaque (fig. 8), ce qui fait que bien des archéologues ont voulu voir dans ces piliers le type primitif de l'ordre dorique et l'ont même dénommé, sans plus de façon, j)r oto-dorique. . ■
Disons enfin que les Egyptiens, quand ils n'employaient pas de colonnes et par conséquent de chapiteaux, mais de simples piliers
Fig. 9. — Pilier de Ivaruac (temple sml).
ou pilastres, adossaient en avant des statues de dieux, de rois ou de prêtres, comme au temple de Karnac par exemple (fig. 9). Le personnage qui est en avant du pilier est un prêtre ou un roi, car il porte le pedum, ou bâton augurai.
Dans l'architecture grecque, nous voyons les chapiteaux de toutes les époques se prêter à ime classification de trois ordres, dont cha-cun offre des formes très distinctes, et que les anciens comme les modernes ont désignés par les noms de dorique, ionique et corinilden. — Le premier, d'origine dorienne, le plus an-
ciennement employé, est le plus simple. Sa forme (fig. 10) consiste en un fort tailloir supporté par une échine , c'est-à-dire en une partie carrée, la plinthe, ttàivOoç, qui porte sur une partie cylindi'ique coupée en biseau. Cette moulure offre une grande analogie avec la panse
Fig. 10. — Chapiteau dorique en marbre. (Partliénon d'Athènes.)
du ^■ase auquel on a généralement donné le le nom de coupe. (Yoy. Vase.)
Signalons un deuxième tyi^e, qui est une variante extrêmement rare du dorique grec : c'est celui de la basilique de Pœstum (fig. 11).
'aÉMi'mmmimmmms^Ê^
Fig. 11. — Chapiteau dorique grec de la basilique de Piestum.
Un gorgerin très concave, orné d'un bec saillant, forme une transition très hem-euse entre la colonne et le chapiteau. Voir également le dorique du temple de Jupiter P^nhellénien sur notre planche en couleur.
Le troisième type, moins ancien et d'origine ionienne, ofïi'e moins de simplicité; sa forme
CHAPITEAU
est un compose des cléments du cliapiteau dorique, mais atténuée par une plus grande finesse. Il se distingue surtout par des volutes, espèce d'enroulements qui prennent naissance sous le tailloir. L'aspect de celles-ci sur les faces principales ressemble à une bande d'écorce d'arbre placée entre le tailloir et l'échiné, dont les extrémités, débordant en partie, se seraient roulées sur elles-mêmes. Quelle est
Fig. 12. — Chapiteau ionique de rÉrecthélou d'Athènes.
l'origine de l'ordre ionique ? Il paraît aujourd'hui bien démontré que le chapiteau décoré de volutes est une invention des architectes assp'iens. Les Lydiens et les Phrygiens l'empruntèrent aux constructions des palais de
Fig. 13. — Plan du chapiteau ionique de l'Erectliéion, à Athènes.
Xinive ; ils le montrèrent à leur tour aux colons grecs fixés sur les côtes de l'Asie Mineure, lesquels colons étaient pour la plupart Ioniens ; ceux-ci , avec le génie qui les caractérisait, avec des matériaux d'un grain fin et résistant, matériaux supérieurs aux calcaires grossiers dont disposaient les Assyriens, perfectionnèrent cette invention et constituèrent un ordre particulier qui prit le nom d'ordre ionique, lequel, disons-le en passant, fut bien dénommé, car c'est au cœur même de l'Ionie, à Éphèse, que Khersiphron de Cnosse et son fils
]\Iétagènes élevèrent, dès les premières années du VI® siècle avant J.-C, le premier Artémision, suivant l'ordonnance ionique et dans de grandes proportions pour l'époque. Cette oeuvre périt tout entière, vers 356 avant J.-C, dans l'incendie allumé par ce fou d'Hérostratos. Enfin nous retrouvons plus tard le chapiteau ionique aux propylées d'Athènes, au temple de la Victoire Aptère et à l'Érecthéion. Nos
Fig. 14. — Chapiteau ionique (forum triangulaire de Pompéi).
figures .12 et 13 donnent un chapiteau d'angle de ce dernier monument, que caractérise une particularité aussi rare que curieuse. Au-dessus de la colonne d'angle, la volute se répète en retour sur la face latérale suivant la diagonale, de sorte que de ce côté, au lieu de voir le
Fig. 15. — Chapiteau ionique du temple de Jérusalem (face).
coussinet, on aperçoit une nouvelle face de deux volutes. Serait-ce ce chapiteau qui aurait donné naissance aux chapiteaux ioniques à quatre cornes semblables qui existent sur tant de monuments, par exemple, aux propylées du forum triangulaire de Pompéi (fig. 14), à la maison de Pansa et à la basilique de Pompéi ? Il est bien difficile de le dire. Du reste, comme tous les autres, le chapiteau ionique a subi de nombreuses transformations. Nos figures 15 et Kl montrent un chapiteau de la porte dorée du temple de Jérusalem {Haram-eth-Shérif)
CHAPITEAU
qui est très curieux par son abaque très élevé et portant des canaux; ensuite le coussinet ou balnsti'e est garni de feuilles posées en imbrications. De quelle époque date ce chapiteau ? Il est bien difficile de le dire, car il n'est pas de monument antique qui ait fourni plus de de matière à la discussion, quant à l'âge, de ses différentes par ti es ( 1 ) .
Le troisième chapiteau, dont l'emploi chez les Grecs fut postérieur à celui des deux autres, offre dans son ensemble la forme d'une cloche renversée qu'entourent deux rangs de feuilles. Ce chapiteau possède un tailloir à faces courbes, dont les extrémités saillantes sont soutenues par quatre petites volutes angulaires. On voit sur-le-champ que si la composition de ce dernier chapiteau rappelle l'emploi modifié du tailloir et des volutes de l'ordre ionique, il
Kg. IG. — Chapiteau du temple de Jérusalem (profil).
jDrésente également dans sa masse et dans la disposition de ses feuilles une ressemblance marquée avec les beaux chapiteaux de l'architecture égyptienne. Sous ce rapport, il est bien évident que la légende racontée par Vitruve est comi^lètement fausse (voir ce que nous avons dit à ce sujet au mot Acanthe) ; en effet, le chapiteau corinthien est trop étudié, trop bien dessiné, trop parfait dans ses formes et dans son ajustement, pour avoir l'origine rapportée par l'architecte romain.
Le type le plus pur, et presque le seul qui nous reste, de l'ordre corinthien grec se trouve
(1) M. de Saulcy, dans une lettre qu'il nous écrivait de Contrexéville (7 juillet 1872), nous disait : « Ces colonnes ont été construites peut-être au moment où l'empereur Héraclius, après la défaite de Chosroès, rentra triomphalement à Jérusalem, rapportant sur ses épaules le bois de la croix repris par lui aux Perses. »
au monument chorégique le Ljsicrates. (Voy. GnoiiP^CAQX'E.ii,- Monuments j où nous avons donné ce chaiDiteau.)
Il existait beaucoup de variétés dans les trois types de chapiteaux que nous venons de décrire : c'est très facile à comprendre, puisque, suivant la proportion du fût, suivant le plus
Fig. 17. ■ — Chapiteau du temple de» propylées d'Appius, à Eleusis.
OU moins de richesse du monument, suivant aussi l'époque de leur construction, les architectes grecs étaient obligés de varier les proportions, la forme, la richesse du chapiteau.
Fig. 18. — Chapiteau étrusque découvert à Paistum.
]wur le mettre en rapport avec le milieu qu'il était appelé à décorer. Mais c'est surtout dans le chapiteau corinthien que cette variété est très accentuée, soit pour la proportion, les masses , les feuillages, soit encore par la forme et la grandeur des volutes ou leur suppression, soit enfin par les accessoires de toute nature imités d'êtres réels ou chimériques. Quoique possédant ces nombreuses variétés de chapi-
Planche XX. — Chapiteau du temple de la Concorde, à Bo Jic, d'après une restauration de M. Ancelet.
CHAPITEAU
teaux, les Grecs n'en appliquèrent pas d'entièrement dissemblables dans une même rangée de colonnes, comme l'avaient fait les Égyptiens.
En effet, là où ils introduisirent des changements aux chapiteaux d'une même colon-
nade, ainsi que cela se voit à la basilique de Pœstum , ces changements ne portent que sur des détails dans l'ornementation, ce qui ne détruit pas l'unité des masses. Quant à la grande différence qu'ils mirent entre le chapiteau d'AxTE (voy. ce mot) et celui de la colonne,
Fig. 19. — Chapiteau d'un tombeau étrusque, à Vulci.
elle trouva sa cause naturelle dans la différence de proportion qu'ils adoptèrent pour ces
opposées. En donnant beaucoup moins de saillie au chapiteau de l'ante qu'à celui de la co-
Fig. 20. — Figure de droite du chapiteau de Vuloi.
Fig. 21. — Figure de gauche du chapiteau de Vulci.
deux genres de soutien et dans celle qui existe lonne, les Grecs surent approprier à chacune entre la propriété et l'aspect de fonnes aussi , de ces formes les proportions qui leur étaient
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les plus avantapfcuses, et eu cola ils donnèrent une preuve de goût et de discernement.
C^ontrairement aux Egyptiens, qui n'avaient établi aucune règle pour la composition et
rig. 22. — Chapiteau corinthien.
l'emploi de leurs chapiteaux, les Grecs posèrent des limites qu'ils ne franchirent jamais. Ces limites, loin d'entraver le génie de l'artiste grec, lui laissèrent assez de liberté pour lui
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Fig. 23. — Chapiteau du temple Je Castor et Pollux (Jupiter Stator) , à Rome.
permettre de produire en ce genre les modèles les plus variés comme les plus parfaits. — L'architecture grecque, transplantée à Rome, y introduisit ces mêmes éléments ; aussi les trois genres de chapiteaux, le dorique, l'ionique et le corinthien , tels qu'ils avaient été successivement modifiés en Grèce et qu'ils le furent
par la suite en Italie, ont été les seuls connus des Romains, les seuls employés dans leurs monuments. Le chapiteau toscan , que Vitinive mentionne comme originaire de l'Etrurie, n'était en somme qu'un dérivé du dorique grec,
Fig. 24. — Chapiteau de la mosquée d'Anirou, au Caire.
avec lequel, selon la description qu'en donne cet auteur, il n'offrait d'autre différence que celle d'avoir un abaque circulaire au lieu d'un abaque carré. On voit que ce chapiteau ne mérite pas la distinction qui en a été faite, pas plus que le chapiteau comijosite ou romain" que
Fig. 25. — Chapiteau de la mosquée d'Abou-Lata, àDamiette.
les architectes de la renaissance furent des premiers à distinguer et à classer comme appartenant à mi genre à part. (Voy. Composite.) Les Grecs l'avaient bien connu, cet ordre, sans le dénommer autrement que corinthien, car le chapiteau des propylées d'Appius, à Eleusis (fig. 17), constitue, selon nous, un tjq^e
CHAPITEAU
très différent, tj-pe historié; son galbe a la forme d'une corbeille, sa partie inférieure est ornée d'un rang de feuilles d'acanthe, d'où sortent aux angles des griffons ou chimères ailées à pattes
Pig. 26. — Cliapiteau mauresque. (Cour des Lions, à TAlUambra.)
de lion. Une particularité remarquable méj'itc d'être signalée, c'est que la face centrale du chapiteau est bombée, de sorte qu'en cet en-
Fig. 27. — Chapiteau des arènes de Lutèoe.
droit, le tailloir est saillant. C'est sans doute la même influence qui a donné la composition du magnifique chapiteau étrusque, découvert à Pœstum, que représente notre figure 18. Nous devons probablement encore à la même origine le chapiteau d'un tombeau étrusque
découvert à Yulci (fig. 19). C'est un des monuments les plus importants de la céramique étrusque. Nous l'avons vu dans une collection de Toseanelle. Nos figures 20 et 21 montrent les deux têtes qui sont sur la face de ce chapiteau. A (|uel ordre faut-il rattacher ces trois derniers
Fig. 28. — Cliapiteau roman à Saint-G-ermain des Prés, à Paris (x« siècle).
chapiteaux, nous ne samùons le dire; mais ce qui est certain, c'est qu'ils sont l'œuvre de grands artistes.
Le composite, nous nous plaisons à le répéter, n'est qu'une des nombreuses modifi-
*ii»'V«i,,; iBi.n.iî;'! riB n'ii,i;,wia|ii|iijiii|i*i ,iliiiai]iii,ii,i
Fig. 29. — Chapiteau dans Vabside de Saint-Genou (Indre) (xi' siècle),
cations du chapiteau corinthien, modifications d'abord peu sensibles ; car si nous comparons un chapiteau corinthien (fig. 22) avec un chapiteau composite du temple de Castor et Pollux, à Rome (fig. 23) , on y trouve bien peu de diff'éi'ence. La composition du cha-
CHAPITEAU
pitean du temple de la Concorde, à Rome, s'écarte davantaf>;c des données du chapiteau corinthien; en effet, aux volutes l'architecte à substitué des béliers qui. sortent des cornets de feuillage. (Voy. notre planche XX.) A l'époque de la translation du siège de l'em-
Fig. 30. — Chapiteau de la catliùdrale de Spire (xii'= siècle).
pire romain à Byzance, le chapiteau avait participé à la décadence générale de l'architecture et perdu de sa pureté primitive. On n'employait guère qu'un ordre qui les remplaçait tous, c'était le corinthien modifié, abâtardi, ce qu'on nomma plus tard, comme nous venons de le
Fig. 31. — Chapiteau cubique à la cathédrale de Spire, Allemagne (xu* siècle).
dire, le composite. Cet ordre hybride, variant de plus en plus, perdit même, par l'avènement du style byzantin, les caractères constitutifs d'un ordre. Tels sont, par exemple, les chapiteaux représentés par nos figm-es 24: et 25. On ne sait à quelle époque les rattacher ; ils se trouvent aujourd'hui , le premier (fig. 24) à la mosquée d'Amrou, au Caire, et le second (fig. 25) à la mosquée d'Abou-Lata, à Damiette. Evidem-
ment ces deux chapiteaux appartiennent à une époque de transition. Datent-ils du m* ou du iv^ siècle ? Il est difficile de rien j^réciser à cet égard. Il est certain que les Arabes les ont arrachés à quelques monuments anciens et, suivant leur coutume, les ont employés à décorer leurs mosquées ; mais comme la loi du
Fig. 32. — Chapiteau du cloitre de rabbaj-e de Molssac (XII'' siècle).
Prophète défend la représentation des figures animées , le masque du Silène avait été à l'origine recouvert de plâtre, qui aujourd'hui s'est détaché. En tout cas, ils diffèrent singu-
Fig. 33. — Chapiteau roman à l'église de Jlorat, près Eiom, en Auvergne.
lièrement de l'arabe mauresque de l'Alhambra, par exemple. (Voy. fig. 26 et notre planche XIX.) Dans ce dernier, on reconnaît bien le tyi)e créé par l'artiste arabe. Un chapiteau probablement de la même époque, c'est-à-dire du iv^ siècle, d'un ordre hybride, excessivement rare, a été trouvé dans les arènes de Lutèce. Il est représenté par notre figure 27. Toute la colonne de ce chapiteau devait être couverte
CHAPITEAU
crimbricutions très emplo}'ées du Y" au ix^ siècle. En Occident, cette transformation fut moins brusque ; mais la décadence, pour être plus lente, n'en fut pas moins complète. C'est ainsi que du chapiteau corinthien modifié, en usage encore dans les basiliques latines et dont la tradition ne se perdit qu'au xiii° siècle, on
f^TiTT^yTWTîriF^'n^^''^"'""''''''^'"^ ■ -
Fig. 34. — Chapiteau au Campo Sauto de Pise.
arriva à cette infinie variété qui caractérise et distingue le chapiteau de l'époque ogivale, dont quelques types , nous devons l'avouer, pèchent souvent par un manque absolu de goiit. Soit par réminiscence de quelques exemples
Fig. 35. — Chapiteau de pilastre au château de Chambord (xvi« siècle).
de l'antiquité, soit inspiration des artistes de l'époque, au x*^ et au xi® siècle, le chapiteau prit fi'équemment un autre aspect et reçut dans sa décoration l'adjonction de figures d'hommes ou d'animaux. Ce genre de chapiteau J/istorié prit un grand essor, et souvent les représentations figurées remplacèrent toute autre décoration.
A cette transformation, qui contribua tant à changer l'aspect de l'architecture, succédèrent des variations sans nombre introduites dans la forme de la corbeille (xaXaGoç). L'emploi de
Fig. 36. — • Chapiteau de pilastre au château de Chambord (XVI' siècle).
végétaux empruntés à la flore indigène et exotique vint encore apporter de notables transformations. Xos figures 28 et 29 montrent deux spécimens de ces chapiteaux. Pendant la période romane, les chapiteaux sont de
Fig. 37. — Chapiteau de pilastre au château de Chambord (XVI' siècle).
formes très diverses ; généralement ils possèdent un abaque élevé, tantôt simple et uni, tantôt décoré de palmettes, oves, méandres, billettes, zigzags. (Voy. nos fig. 30, 31 et 32, ainsi que la planche XIX en couleur qui donne les chapiteaux de la crypte de Saint-Léger, à Soissons , un chapiteau sans tailloir de la fe-
CHAPITEAU
nêtre supérieure de la cathédrale d'E\Teux, ainsi qu'un chapiteau de Notre-Dame de Paris.)
La corheille, réduite à sa plus simple expression, présente la forme d'une pjTamideà quatre pans tronquée et renversée , dont les arêtes sont arrondies inférieurement, afin de permettre son ajustement sur la colonne. La corbeille est tantôt godronnée, tantôt cubique. Ces deux
formes se rencontrent dans un grand nombre d'édifices romans des bords du Rhin et de l'Angleterre ; elles sont caractéristiques et typiques, et n'ont pas d'analogues dans les temps antiques. Dans le midi de la France, la corbeille, au contraire, a souvent la forme du chapiteau corinthien, qu'elle imite même fort souvent dans son feuillage. D'autres fois, comme à IMorat, près Riom, des person-
Fig. 38. — Chapiteau de la colonne de Juillet, à Paris.
nages entrent dans son ornementation (fig. 33).
Ainsi on remarque, à l'époque romane pure et à 'celle de transition , l'emploi de plus en plus restreint (sauf dans le midi de la France, qui avait sous les yeux les monuments romains) du chapiteau corinthien profondément modifié et abâtardi. Le chapiteau historié, abandonné au xiii® siècle, reprit une certaine faveur vers la fin du xv°.
Les chapiteaux dont nous venons de parler
font partie d'une architecture simple , sinon sobre d'ornementation. Ils sont eux-mêmes pour la plupart d'une grande smiplicité dans leur masse comme dans leurs détails ; mais le style ogival, en changeant leur forme, change également leur décoration. Celui-ci ne puisa ses éléments que dans le règne végétal. La vigne, le lierre, le chêne, l'érable, le mahonia (houx), en un mot toutes les feuilles à caractère dont nous parlons à l'article Flore ar-