ALIGNER. — ALLEE COUVERTE
Historique. — Le peuple grec et le peuple romain se préoccupaient beaucoup de la disposition générale à donner à leurs villes.
Les Romains surtout recherchaient la régularité du tracé pour leurs voies et pour les édifices qui s'y trouvaient en bordure. On suppose même que Néron n'incendia Rome que dans le but de pouvoir la réédifier sur de nouveaux alignements ; mais cette supposition nous paraît fausse.
Au moyen âge, on s'est peu préoccupé de l'alignement urbain, et peu de villes à cette époque ont été somnises à un alignement régulier; cependant nous devons citer comme faisant exception et datant du xiii'" siècle la ville d'Aigues-Mortes, la ville neuve de Carcassonne, Yilleneuve-le-Roi, et Sainte-Foy dans la Gironde. ]\Iais sans contredit la plus remarquable à ce point de \'ue, c'est la ville de ^lonpazier dans le Périgord : c'est un rectangle plus long que large, entouré de murs, lequel rectangle est tra's-ersé par cinq grandes voies, coupées perpendiculairement par cinq autres; toutes ces divisions sont elles-mêmes partagées par de plus petites voies.
En France, ce n'est guère qu'en 1G07 (ju'un édit de Henri IV ordonna les alignements de la voirie. Vinrent ensuite la déclaration royale du 16 juin 1693 et les ordonnances du 1°'' septembre 1779 et du 10 avril 1783, et d'autres encore édictées en 1789, 1790 et 1791 ; mais ce n'est guère qu'en 1807 que des arrêts, des lois et des ordonnances vinrent compléter, coordonner et résumer l'édit de Henri IV, ainsi que les autres dispositions antérieures à l'égard des alignements.
Au xvii^ siècle, on écrivait allvjnemcnt.
Alioxement. — On donne encore le nom iY alignements à certains monuments celti(iues composés de pieiTcs brutes, plantées à la suite les unes des autres sur une ou plusieurs lignes droites parallèles, tels que celui que l'on voit à Carnac en Bretagne. (Voy. Celtiques, Monuments^
ALIGNER, V. a. — Ranger sur une même ligne des maisons, des arbres, etc. ; réduire plusieurs coi*ps à une même saillie.
ALISIER, s. m. — Arbre de hauLcur moyenne de la famille des rosacées {cratœgus) , à feuilles grisâtres, à fleurs blanches et à fruits d'un brun rouge foncé. Le bois de l'alisier est jaunâtre, dur et compact; il est susceptible d'un beau poli ; on l'utilise pour règles , trusquins, équerres, alichons, dents de roues d'engrenage, pour poulies et coussinets ; il sert pour la contrefaçon d'objets en buis. Quelques-uns écrivent alizier ; le ^'éritable nom de cet arbre est micoucoulier.
ALLEE, s. /. — Les allées sont pour un jardin ce que sont les rues pour une Aille. Comme ces dernières , elles peuvent être droites ou brisées. Souvent elles sont courbes ou sinueuses, comme par exemple dans les jardins dits à l'anglaise. De même que la voie publique des villes, l'espace qui dans les jardins est affecté à la circulation forme des places, des carrefours, des impasses.
Les allées sont bordées d'arbres, d'arbustes ou simplement de plantes, c'est-à-dire de platesbandes. Quelquefois la plantation existe dans l'allée même, et, si cette dernière est très large, on peut disposer les arbres de manière à former des contre-allées, qu'on pourrait appeler Ims côtés.
Sur les routes, les avenues, sur les larges allées carrossables, la maîtresse allée est pavée ou empierrée, tandis que les contreallées, exclusivement réservées aux piétons, sont en terre battue, dallées ou bitumées.
Une allée doit toujours être en ados, c'està-dire légèrement bombée sur sa largeur, afin de faciliter l'écoulement des eaux pluviales siu' les côtés de l'allée, où se trouvent parfois des rigoles ou des cuvettes propres à recevoir ces eaux.
ALLÉE COUVERTE. — Indépendamment des allées dont nous venons de parler, on a donné le nom d'allées couvertes à un genre de monuments celtiques composés de pieiTes placées debout sur deux lignes parallèles et recouvertes d'autres pierres formant plafond, de manière à constituer une sorte de galerie grossière souvent fermée à l'une de ses extrémités. (Voy. Celtiques, Monuments.)
ALLÈGE. — ALLEMANDE rARCHiTECTURE).
ALLÈGE, s. f. — ruitic de mur comprise entre l'appui d'une fenêtre et le sol. Pour rester dans le sens propre du mot allège, on ne devrait appeler ainsi que celles qui ont moins d'épaisseur que le mur, ce qui a lieu toutes les fois que l'embrasure descend jusqu'au sol. Ces allèges, les seules qui méritent leur nom, ne se trouvent guère que dans les bâtiments civils, principalement dans ceux à usage d'habitation.
l"ig. 1. — Plan d'une allège, a.
Les allèges qui ne dépassent pas la hauteur d'appui peuvent être considérées comme des parapets et quelquefois sont de véritables balustrades : elles prennent dans ce dernier cas le nom de Balcons (voj. ce mot). L'allège a quelquefois été accusée au dehors, surtout au
Fig. 2. — A, allège (élévation) ; d, appui; C, plancher.
XV!*^ et au XV!!*" siècle, par des lignes plus ou moins richement profilées, les unes formant bandeau , les autres faisant la continuation du chambranle. C'était donc un espace rectangulaire, déterminé en haut et en bas par l'appui et le bandeau ; ce dernier se trouvait alors au niveau du plancher et latéralement par le prolongement du chambranle. Cette espèce de panneau ou de compartiment a parfois été décoré d'arcatures et de réseaux aveugles , d'arabesques, et même de bas-reliefs représentant des attributs , ou bien des scènes empruntées à l'histoire ou à la vie humaine. A l'intérieur, l'allège des fenêtres se prête beaucoup moins à la décoration et en a rarement reçu. Les allèges supportent souvent des meneaux ou des colonnettes.
ALLÉGER, V. a. — Soulager, diminuer le poids. On allège un i^lanchcr en supprimant une cloison ou tout autre poids qui le charge.
ALLÉGIR, V. a. — Rendre plus léger; diminuer en tous sens une pièce de bois, de fer, etc.
• ALLÉGORIE, s.f. — L'allégorie est dans l'art, comme dans la littérature, une sorte de métaphore, une manière d'exprimer une idée par une image qui la symbolise et l'idéalise en la personnifiant. L'allégorie prête aux monuments un charme qu'une décoration vulgaire ne saurait leur donner, mais dont il faut se garder d'abuser.
ALLEMANDE (Architecture). — Suivant Tacite, les anciens Germains n'avaient aucune idée sur les beaux -arts; ils n'avaient aucune architecture civile ni religieuse, car ils ne possédaient point de "vdlles. Yoici ce que nous lisons dans cet auteur {Annales, 3 vol. avec trad. en regard de Nicolas Perrot, Lyon, lG9i>, page 589 du 3' vol.) : « Il n'est pas besoin de dire que les Germains n'ont pas de villes, car chacun le sait. Ils n'ont pas seulement des bourgs à notre façon. Chacun, selon qu'il lui plaît, se loge près d'une fontaine, d'un bois ou d'un champ, sans joindi'e sa maison à celle de son voisin, ou par ignorance de l'ait de bâtir ou contre le danger du feu. Ils ne connaissent point l'usage du ciment, ni celui de la tuile, et se servent pour tout d'une matière informe sans aucune beauté ni artifice. ■» Plus loin, Tacite ajoute « qu'ils font aussi des creux souterrains pour resserrer les blés et se retirer en hiver ; ils recouvrent ces creux de fumier. »
Un peu après l'époque dont parle Tacite, ils élèvent des espèces de dolmens (voy. Celtiques, Monumenls) ou des monuments funéraires, qu'ils nommaient lits de morts ou de héros {hunenletten). Après la conquête romaine, l'art architectural ne progressa guère; ils élèvent bien quelques temples et maisons de bois, mais ces constructions sont si rudimentaires qu'on ne peut y reconnaître nu caractère artistique. Ce n'est qu'à partir du moment où les missionnaires catholiques pénétré-
ALLIAGE. — ALLIEMEXT.
rent en Germanie qu'ils y importèrent d'Italie les premiers principes de l'art byzantin, et les évêqnes commencèrent à ériger des chapelles. C'est, croyons-nous, saint Boniface qui bâtit en 724 la première église, celle d'Altenberga, près de Gofha , et le monastère de Fulde.
Le grand mouvement ne s'est fait sentir en Allemagne que sous Charlemagne. Cet empereur, à l'aide des artistes romains et byzantins, éleva à Aix-la-Chapelle une église et un palais remarquable vers l'an 800, et seconda ainsi les efforts de saint Boniface, qui avait institué parmi les moines une classe à part , celle des operarii ou magisiri operwn, qui s'occupaient exclusivement des constructions d'art.
Avec le x*^ siècle, les guerres civiles et les incm-sions des Hongrois étouffèrent en partie ces germes de ci^nlisation, qui ne fructifièrent en toute liberté que sous la maison de Saxe. Mais l'art resta encore dans les mains des moines. Les alliances des souverains avec les princesses d'Orient firent pénétrer, avec la civilisation orientale, l'art byzantin, qui fut sensiblement modifié par l'influence occidentale. On peut retrouver des traces profondes des modifications que nous venons de signaler dans toute l'architecture romano-byzantine des bords du Rhin, notamment dans les églises de Worms, de Mayence, de Spire, de Bâle, de Limbourg, de Trêves, d'Erf nrt , de Nuremberg, etc.
A partir de la dynastie de Franconie, l'architecture, jusqu'alors dans les mains religieuses, se sécularisa, et, à l'avènement de Rodolphe de Habsbourg (29 septembre 1273), la compagnie organisée des /mwcs-wflcons transforma l'art romano-byzantin et s'empara de l'art ogival, qui était déjà fort en faveur en France : ce sont les loges maçonnique >< qui érigent la cathédrale de ]ileissen, de j\Iagdebourg, de Strasbom-g, de Cologne, de Fribourg, etc.
L'architecture civile suit bientôt l'élan de l'architecture religieuse ; les villes, qui grandissaient en puissance et en richesses, construisirent des palais municipaux, des beffrois, des halles, des marchés, des entrepôts, des bâtiments hospitaliers et des ponts (jui existent encore. 11 se créa même une confrérie spéciale jiour la construction des ponts, des routes et des hospices. Les confrères s'appelaient iriiclcenbruder.
La Réforme arrive, et les troubles qu'elle amène arrêtent qucl(|ue tem]is les travaux ; néamnoins, la prospérité de la maison d'Autriche s'accroissant de plus en plus, il se produit, sous l'influence de l'Italie, un nouveau style, le sf//le italique. A partir de cette époque, les artistes italiens se répandent dans l'Allemagne, l'art national disparaît, et son architecture n'est plus qu'une renaissance italienne, mais alourdie par le milieu allemand.
Wolfgang Millier bâtit en 1507 l'église dite des Jésidtes, à Munich ; il introduit dans la composition de cet édifice les ordres ionique et corinthien.
Maximilien I^"", duc de Bavière, fait construire en 1600 un splendide palais par un Flamand italianisé sous le nom de Candido (1.) En 1675, le Bolonais Barreta, ou Barclla, construisit l'église des Théatins à Munich. Louis XIV donne alors un fâcheux exemple à l'Europe : de tous côtés, les petits princes allemands veulent singer le grand roi , et l'on copie même plus ou moins servilement le château de Versailles à Stuttgard, à Manheim, à Rastadt, enfin à Berlin en 1716. Schulter termine le palais de Frédéric-Guillaume, et l'architecture allemande achève de s'abîmer dans le style rococo.
Bibliographie. — Moller, Monuments de TAirldtectare cdleinande, allemand et françaia, 1825-30, in-fol. ; — Ring, Vues pittoresques des vieux châteaux d'AUeinagne, Stuttgard, 1829, in-fol.; — Boisserée, Monuments crArcldtecturc du vii'^ au xiii" siècle sur les bords du Rhin, 1830-32, in-fol.; — Wliewell, Architectural notes ongerman cliurches, 1835; — H. Fortoiil, de l'Art en Allemagne, Paris, 1842, 2 vol. in-8° ; — Raczinski, Histoire de l'art moderne en Allemagne, 3 vol. in-4<' et atlas, 1836-41; supplément, Berlin, 1842; — Fœrster, Histoire de Tart en Allemagne, 3 vol. iii-8".
ALLIAGE, s. m. — Combinaison de deux ou plusieurs métaux.
ALLIEMEXT , s. m. — Nœud de la corde d'une grue.
(1) Le vrai nom de l'architecte du pnLiis de Maximilien était Pierre de Wilte.