I. ORIGINE DE l'ÉCRIT.CRK BIf GÉNÉRAL
On a beaucoup discuté sur l'origine de l'écriture, selon qu'on était placé du point de vue «pi ri tua liste ou du point de vue matérialiste. Chaque école a émis ensuite des sv-
acceptions
•les mots scriptura, conscription depuis le vp jusqu'au xnr siècle. Les diminutifs mêmes de ces mots, comme scriptellum, ont été trèsrép indus au xiv* siècle pour signifier des billets, des céduics, etc. Le mol orthographium doit aussi être rangé dans la classe de ceux qui se rapportent aux écritures. ECRITURE SAINTE. Nous avons montré
venlion des éléments propres à fixer matériellement les idées et les sons de la voix. Suivant M. Bonnelty (1), la Bible contient des preuves indirectes, mais assez évidentes, que les premiers hommes ont connu l'usage de l'écriture. Cetteopiniondel'ingénieux écrivain ne nous parait pas asseï démontrée pour faire autorité. El puis il faudrait définir aux chapitres des Évangiles qu'on pouvait" Par l'écriture on a entendu parler de capar la connaissance des époques où l'on di- "ctères alphabétiques ou seulement de visait les livres saints par versets, fixer l'âge MÇV' "'é/oglyphiques. d'un manuscrit. Le lexle mémo des saintes L'histoire des anciens peuples nous a eon- Ecrilures peut donner aussi quelques 5ervé quelques traces de l'origine de l'écrimoyen* d'appréciation. «Les manuscrits ren- ^l}n* employée dans les temps les plus reçufermant quelques livres de l'Ecriture sainte, 0n en était rédoit à des moyens bien disent les Bénédictins , dont la version n'est élémentaires et qui ne permettaient pas de ni double, ni triple, et qui néanmoins suivent donner aux idées de grands développements, l llaliquc et non celle de sainl Jérôme, re- Lea Chinois, 30"0 ans avant notre ère, se montent à des temps fort reculés. Comme dès »ervaient de cordelettes nouées pour marie siècle de saint Grégoire le Grand, la der- flaer ,es événements dont on voulait connière avail déjà pris le dessus, et qu'on no 8er*er le souvenir. Confûcitis, le grand phifit depuis presque aucun usage des autres, il 'osophe de l'empire du milieu, qui vivait s'ensuil qu'on cessa de transcrire les manu- dans 'e T,e siècle avant Jésus Christ, le rapscrits des au rcs v* rsi.ms, et que dans la P',r!c en cps termes, dans son appendice au suite, si quelques curieux voulurent conser- Y-King de Fou-Hi : « Les hommes de l'antiver l'ancienne, ce ne fut qu'en la joignant à ^uilc se «enraient de nœuds de cordes pour ci lle de saint JciÂ. ne. Ainsi, lorsqu'une ver- donner des ordres; ceux qui leur succédèsion solitaire présentera quelque insigne va- r,'nl T substituèrent des signes ou figures. » riante qu'on sait avoir été certainement dans JJ rend ainsi compte de la découverte que les Septante , et conséquetnmcnl dans l'Ita- "l ^e ces signes l'ancien empereur Fou-hi : lique, telle par exemple, que Dominus re- • ou Foo-hi , pendant qu'il gouvergnavit a ligno, on aura raison de porter fort 113,1 l'empire, ayant levé ses regards vers le haut le manuscrit où ce texte se sera cun- Clel» (>n observa la forme; les ayant baisservé. «és vers la terre , il en observa la figure, « On doit aussi regarder comme fort an- ain" flue ce,*« des oiseaux et des objets terriens les évangiles ou saint Luc est appelé resires qui frappèrent sa vue. et il ébaucha Lucanus cl non Lucas. Le nom plus moderne ensuite 1A huit Koua ou images symboliques.* de Lucas parait daos le titre initial d'un ^ieou-Jou, auteur du Waï-ki . rapporte le manuscrit d'un sainl Eadfrid , qui a élé évô- même fait et ajoute : « Fou-ki établit six rè que de Lind sfarn, de 686 à 721 ; mais dans S'es Pour former l'écriture, d'après lesquelle haut des pages et dans le litre final, saint 'es. 'cs caractères ou signes graphiques de- Luc est nommé Lucanus. Celte variété, di- »aient représenter les objets, 1* au propre; sent les Bénédictins, peut caractériser un 2° au figuré ; 3* en les indiquant graphiqueusage finissant. Suivant les mêmes auteurs ment; 4a d'une manière combinée; 5' à l'inon doit aussi regarder comme antérieurs au verse; 6° par la forme et le son. * vu' siècle les manuscrits des Evangile* où kc$ anciens habitants du Péroo et du sainl Jean se trouve placé soit avant sainl Mexique se servaient, comme les Chinois, Marc, soit avant saint Luc. » Enfin, en ce qui de cordelettes nouées pour retracer le souroncerne les ouvrages des Pères cl surtout venir des choses. Cette manière est antédes saints évéques qui ont vécu dans les r',eurc à l'invention du système de peintures quatre ou cinq premiers siècles, les mêmes 00 ,e* «cènes d'un événement se succèdent auteurs pensent qu'on est autorisé à regar- sur des tableaux grossiers der comme à peu près contemporain des 0) Annales de philosophie chrétienne.
l'écriture des Egyptiens, sur laquelle on a fait de nos jours des découvertes si intéressantes, se divise en trois espèces, qui découlent l'une de 1 autre par ordre d'ancienneté. La première est appelée hiéroglyphique, et se compose d'objets figurés , dont l'expression cil tantôt réelle, tantôt symbolique, tantôt phonétique; la seconde espèce, qui porte le nom 4'hiératique, est formée de signes hiéroglyphiques , détournés de leur acception primitive ou abrégé», et de signes alphabétiques; elle servait spécialement aux prêtres; la troisième espèce est désignée sous le nom de démo tique ou populaire, et se compose de caractères alphabétiques.
L'Egypte, qui était un peuple civilisé à une époque très-reculée, et dont les mouuments encore debout attestent la grandeur, est regardée, par les historiens grecs cl romains les plus anciens, tels que Platon, Diodore de Sicile, Cicéron, Pline cl plusieurs autres, comme le pays d'où sont venus, chet les peuples occidentaux, les caractères alphabétiques. Le Syncelle, d ms sa chronngraph c, s'exprime ainsi sur cet objet : « Manélhon emprunta son histoire aux stèles ou colonnes, placé» s dans la terre Sériailique, sur lesquelles anciennement Tbolh, le premier Mercure, les avait écrites en dialecte sacré et en caractères hiéroglyphiques. Ce sont ces caractères qu'après le déluge Agaihodémon, AU du deuxième Mercure cl père de Tath, traduisit du dialecte sacré, exprimé en lettres sacerdotales, en langue grecque, cl les ayant rédigés en volumes, il les déposa dam les parties secrètes des temples » (1).
El Sanchoniaton, écrivain phénicien, avait dit avant Le Syncelle que le fi s de Mitor [Misr, au pluriel hébreu Misram, est un ancien nom de l'Egypte), Tant (que les Egyptien-» nommaient Thôôth, ou Thôôr, hathôr , les Alexandrins Thoûlh , et les Grecs Mercure), inventa l'écrilure des premiers caractères , et lira les portraits des dieux pour en former les caractères sacrés dos Egyptiens » (2). L'écriture alphabétique et l'écriture hiéroglyphique sont clairement designées dans ce passage.
Suivant un grand nombre d'auteurs, parmi lesquels nous citerons D. Calmel chez les anciens, et de notre temps Chanapollion et M. Pauthier, l'écriture alphabétique fut transmise de l'Egypte en Phénicic, et de ce dernier pays en Grèce elen Italie. Voici un passage tiré d'Hérodote qui est relatif a cet objet. « Les Phéniciens, qui vinrent en Grèce avec Cadmus et dont les Géphyriens faisaient partie, introduisirent, durant leur résidence en Grèce, diverses sciences, et eutre autres choses des lettres (grammuta) que, selon mon opinion, les Grecs ne connaissaient pas avant leur arrivée. Ces lettres furent d'abord employées telles que s'en servaient les Phéniciens eux-mêmes, mais, par la suite des temps , ces lettres furent changées dans le son et dans la forme. A l'époque de l'arrivée
(t) Le Syncelle, p. 40, u'aprèi les ÂnnaUt de philo»- P«< ctirétienne.
(*) Saueiiuirialon, Fregmcots, i». îi.
FCR
de la colonie phénicienne, les Grecs qui m étaient les plus voisins furent -les Jouien^. qui apprirent ces lettres des Phéniciens <-t les admirent dans l'usage commun de la vie à de légères modifications pré*. Commce'éîaieiil les Phéniciens qui les avaient Lit connaître les premiers dans la Grèce, il les nommèrent avec justice lettres phéniciennes
« J'ai vu moi-même, ajoute Hérodote, dans le temple d'Apollon Ismémicn, a Thèbes de Béolie, ces lettres cadméennes, inscrites sur trois trépieds, cl ayant une grande ressemblance avec celles dont les Ioniens faisaient usa^e » (3).
L'écriture importée en Grèce par Cadmus fut appelée pélasgique du nom de la première peuplade qui en fil usage et qui la porla dans l'Elrurie avec ses propre* colonies. S Ion Tacite, l'ancienne écrilure latine, ou les anciennes lettres latines, ress mM.iicul aux anciennes lettres grecques; ce qui est confirmé par les inscriptions et les méda Iles découvertes en Grèce et en Italie.
« La découverte des tables cuguhincs cl des anciennes inscriptions , dit M. Pauthier (4). autorise donc à dire que l'alphabet phénicien, propagé par les tribus pélasgique?, a été la souche primitive de tous les alphabets grecs et latins qui en sont dérivés; que les monuments les plus purs de cet alphabel se sont trouvés en Italie; qu'enfin l'écriture latine, telle qu'on la trouve figurée dans l'inscription de la colonne roslrale et depuis, est restée plus voisine de l'écriture pélasgique que l'écriture grecque des be iux siècles d'Athènes et d'Alexandrie. C'est donc bien à tort qu'après avoir établi que l'alphabet çrec étail dérivé de l'ancien alphabet phéni. icn, tel qu'il étail usité vers 1509 ans avant Jésus-Christ, on a dit et répété que l'alphabet latin était emprunté du grec : il fallait dire, pour être exact, que les écritures laline et grecque étaient des modifications locales d'une ancienne écriture commune aux deux contrées et dite pélasgique, et que cette écriture pélasgique était dérivée de l'alphabet phénicien. »
Nous verrons plus bas comment les caractères romains ont élé employés chez les peuples modernes.
Substances destinées à recevoir l'écriture.
{Voyez Papier).
Dispositions des caractères de récriture.
Les anciennes écritures sémitiques, et entre autres celle des Hébreux, procèdent invariablement de droite à gauche, au rebours de celles des nations de l'Occident. L'écriture grecque ancienne ou pélasgique présente une grande indécision dans la manière dont elle est tracée : tantôt elle commence de droite à gauche, tantôt de gauche à droite, ou bien encore ces deux directions sont mêlées; c'est ce que les Grecs appelaient écriture boustrophédone(Voy. ce mot). Ou ne connaît point de monuments des peu-
(3) Hérodote, lit. V, rhap. uni, vx.
(4) sMchtrchet sur l'origine 4e l écriture.
2ÎH . DICTiONN illtF. I)S DIPL
pies occidentaux qui soient écri's de droite à gauche à l'exception de ceux des Etrusques qui suivirent eu cela l'usage des Pélasgcs.
On cite encore comme une disposition particulière de l'écriture celle des Chinois et des Japonais qui procèdent de haut en bas ou de bas en haut et commencent, dan* ce dernier cas, leurs pag.s où nous finissons Jei nôtres.
II. ORIGINE DES ÉCRITURES EMPLOYEES EN EU- R.PE DEPUIS LINVAvloN DES BARIURES.
L s Bénéiliclius. nos maîtres en diplomatique, après avoir mûrement pesé toutes les raisons produit s sur l'origine des écritures employées en Europe depuis rétablissement des barbares dans l'empire, se sont clairement prononces pour leur donner comme source l'écriture romaine. Dans le système qui leur était opposé, ou supposait que les Francs dans les Gaules, les Golhs et les Lombards en Italie, les Saxons en Angleterre, les Wisigoths en Espagne, avaient, comme d'un commun accord, substitué leurs écritures nationales à celle qui était employée par les Romains. Cette théorie tombe devant les faits : la civilisation romaine, tout obscurcie qu'elle était, persista encore pendant plusieurs siècle s, et les vaincus, plus instru is que les vainqueurs, leur servirent d>' notaires et do chanceliers, continuant de tracer avec leur plume les signes accoutumés. Le savant auteur des Eléments de paléographie se range de l'avis des Bénédictins, et il remarque avec justesse que a les adversaires de celte opinion se sont trop préoccupé» de quelques différences qui peuveot distinguer les écritures des peuples modernes. »
« On n'a jamais prétendu, dit le même auteur, prouver l'uniformité parfaite de tous les détai s, niais les rapports incontestables qui rattachent à l'alphabet romain tous les cararlèrcs employés par les peuples modernes. Que si , en s 'éloignant des premiers temps de l'invasion, quelque variété se manifeste dans les écritures nationales, si chaque peuple, selon son génie et ses habitâ tes, introduit quelques modifications de détail dans la forme de certaines lettres de l'alphabet latin, ce résultat, loin de détruire l'opinion des Bénédictins, doit être considéré comme une des conséquences qui en découlent nécessairement. El d'ailleurs, si on contestait les rapports de filiation qui rattachent les caractères des peuples modernes à l'écriture romaine, comment expliquer qu'un enfaut sortant de nos écoles puisse nommer sans hésitation les différentes lettres dont se compose une inscription en belles capitales du siècle d'Auguste? Quelques auteurs reconnaissent ce fait, mais iJs prétendent qu'en empruntant aux Humains leur écriture capitale, les barbares ont inventé le carac ère cursif; il est inutile de co ««battre une hypothèse qui se réfute d'elle-même, et qui'au-
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jourd hui ne trouve plus de défenseurs parmi les savants. »