III. DES ÉCHITCRBS NATION AI.BS
Nous avons tu au commencement de cette élude (Voyez Origine de» écriture» en Europe depuis l'invasion des barbare») , que les écritures des peuples européens avaient une origine commune, et que les variétés qn'on y remarque sont dues au génie particulier de chacun d'eux. Ce sont ces variétés qui constituent aux yeux des Bénédictins, les écritures nationales.
Avant de parler des écritures des peuples modernes, nous dirons quelques mots de cH'csdcs Gaulois, des Gutlis et des peuples Scandinaves..
Écriture des Gaulois.
Il règne une grande incertitude sur l'écriture des Gaulois, et on n'a guère faitquedcs conj» clures plus ou moins probables sur cet objet. Nous allons faire connaître celles qu'ont émises les Bénédictins. « Avant que les Romains f e Tussent emparés des Gaules, disent-ils, les habHonts du pays ne mettaient /ion par écrit de ce qui concernait leur religion ; seulement ils taisaient usagedcl'écriluredansleurs affaires publiques cl privées. Mais quelle était celte écriture , quels en étaient 1rs caractères, et quels monuments en reste-il? Les plus anciens dont on ail connaissance sont en écriture romaine: tous sont postérieurs à la conquête des Gaules par Jules César. L'écriture dont on usait dans la plupart de ces contrées, avant les Romains, élail néanmoins aussi différente de la leur qu'approchante de celle des Grecs. On a sujet de croire qu'elle ne fut pas tout d'un coup entièrement abolie. DomMaîiillon regarde comme le seul monument de cette écriture sur la sincérité duquel on puisse compter, l'inscription du lomheau de Gordien, messager ou courrier des Gaules, qui souffrit, dit-il, au ni* siècle, le martyre avec toute sa f.tmille. (Juo l'inscription du lomheau de Gordien soit sincère, c'est sur quoi les savants ne contesteront pas apparemment ; mais ils pourront révoquer en doute qu'elle ail été écrite en caractères gaulois. Ce n'est pas I unique monument où l'on découvre îles inscriptions en lalin dont les lettres sont partie grecques et partie latines (2). »
Les Bénédictinsfont observer ensuite qu'au m* siècle ce mélange des lettres grecques et latines ne devait pas être ordinaire chez les Gaulois, « Quand ils dressaient des actes en leur langue, continuent les mêmes auteurs, « u qu'ils érigeaient des monuments publics, olors ils employaient les caractères romains. Mais avant la conquête des Gaules par César, l'écriture grecque y élail ordinaire. Des peuples entiers de ces vastes contrées ignoraient la langue des Grecs , et ne laissaient pas de se servir de leur écriture. » Les Bénédictins pensent donc, dit M. de Wailly, qu'a-
0) Eléments de paléographie, t. 1, p. G59-40.
1H Nouoemt Traité de Diplomatique, t. I. p. 704. <) Selon les Binédiciina , ce» leltre» spéciale» sont ao
vanl l'invasion de Jules-César les Gaulois se servaient exclusive ment des caractères grecs; mais que, depuis l'invasion ils employèrent de préférence. l'alphabet latin, en y mêlant quelquefois un certain nombre de lettres grecques. Si l'on donne le nom de gauloise à l'écriture dont tous les caractères sont de forme grecque, il faut nécessairement désigner par une autre expression celle qui imploic les lettres latines. Les Bénédictins l'appellent écriture gallicane ; en la nommant gallo-romaine on la définirait peut-être d'une manière plus exacte ; mais ces distinctions r.c sont pas d'un grand usage dans la pratique, à cause de la rareté des monuments antérieurs à l'invasion des Francs. Bot n<>ns- nous seulement à signaler, d'après les Bénédictins, l'emploi fort impropre du nom A' écriture gauloise qui a été appliqué par certains auteurs à des monuments postérieurs au x* siècle.
Ecriture des Gpths.
Les Bénédictins ont publié un fac-similé du livre des Evangiles écrit en lettres gothiques, au iv sicc'e , parUlphila, évéque des Golhsélablis en Madmc. On y Irouveaussi, comme chez les Gaulois , un mélange des caractères grecs et latins. « L'écriture gothique d Ulphila. disent les Bénédictins, n'est qu'un composé de beaucoup de tetlres communes aux Grecs et aux Lalins, de quelquesunes particulières aux uns et aux autres, et d'un petit nombre propre à rendre certains sons barbares inconnus atix Grecs et aux Romains (3). On fil entrer des caractères parallèles dans l'écriture saxonne, pour exprimer des sons également contraires à la prononciation lalinc. C'est de l'écriture ulphilane que l'on doit entendre ce que dit Aljatius de certains caractères gothiques qui paraissent à l'œil plutôt des capitales grec • ques cl latines , et qui néanmoins ne sont point grecs. Cette écriture gothique , à face gréco-latine, est celle du fameux Livre d'argent , publié en ses propres caractères par Junius. et dont Gruler a donné quelques modèles dans ses Inscriptions. Ce manuscrit, unique en son espèce , écril en lettres d'argent et contenant une traduction des quatre Kvangiles en langue gothique, a beaucoup exercé les savants. Ulphila est-il auteur de cette version? est-elle d'un goth contemporain de cet évéque, ou d'un saxon, comme le prétend llickes? c'est sur quoi ils sont encore, partagés. Selon les uns , les lettres en sont pour la plupart plus semblables aux phéniciennes que les grecques ordinaires; selon les autres, elles sont plutôt franciques que gothiques. La vérité est qu'elles sont s« mbtahles h f alphabet d Ulphila , évéque arien, qui vivait du temps des empereurs Valenlinien et Valens , c'esl-A-dire vers l'an oli). Que ce carac'ère soit plnfot francique que gothique , c'est une imagination singulière déjà réfutée. Basnagc , au III' tome do ses Annales ecclésiastiques, prétend prouver
nombre de «tmx senti mon* : Htcs rnrresrntwicnt h pru V>tes, snil \<rur la valeur, s*»il r*i<r la fnrrap, l'une au (J dfi Lalins, l'aulrc au o ou au « de* U-eci.
405 ECR que le* Golhs avaient une écrilurc propre plus ancienne, parce qu'en 320 ils envoyèrent leur évéque au grand concile de Nicée. La conclusion n'est ni évidente ni nécessaire ; mais il parait certain que le rumque, qu on appelle aussi gothique, pouvait être en usage chei ces peuples. "
Malgré les dissidences des savants sur I o- Heine des caractères emptoyés dans le Livre d'argent , il esl reconnu par tous que le» f.olbs, devenus maîtres de l'Italie, cessèrent d'avoir un alphabet particulier pour emprunter celui des Romains. « Cette écriture italoeolbique , disent les Bénédictins^, n'admet point d'autres caractères que ceux qui étaient co usage chez les Latins , depuis Tan 476 lusqu'en 568, époques de l'établissement et île la ruine de la monarchie des Golhs en llalie. Que ces barbares se soient servis des caractères romains au v* et vi* siècles , les médailles de leurs rois Théodoric, Albalaric, Théodahat, Baducla, Vitigès etTcïas, ne permettent pas d'en douter. Il est plus que probable que les Goths ne se contentèrent pas d'adopter les caractères majuscules romains: les minuscules et les cursifs leur étaient encore plus nécessaires dans l'usage ordinaire et journalier ; mais il ne nous est reslé aucun monument des Golhs en ces caractères latins. » Cependant , si l'on en croyait une f iule d'auteurs, rien ne serait si commun que l'écriture gothique. En effet , on a donné ce «oui à toutes les écritures qui ont paru difficiles à dérhiffrer. Voici un passage rapporté par M. de Wailly , «tans lequel les auteurs »lu Nouveau Traité de Diplomatique ont relevé quelques-unes de res méprises. « L'opinion vulgaire, dit M. Mafféi , fait appeler gothiques les lettres écrites sous les statues lies apôtres à la rotonde de Ravenne ; ce >ont néanmoins de billes majuscules romaines. Mîsson , dans son Voyage d'Italie, rabaisse l'âge d'un Virgile du Vatican auquel on donne plus de mille an*, sous prétexte que les caractères ont quelque rapport avec le gothique moderne. Par une semblable méprise, le célèbre M. Fonlanini , d'après dom Mabillon , appelle demi-gotbiques les écritures capitales employées sur les sceaux et dans les titres des manuscrits mérovingiens. On ne comprend point comment le savant italien a pu qualifier gothique l'écriture de la charte de Pleine sécurité et de celle que Mabillon a publiée d'après Lambécius. Dans l'une et l'autre pièce, le caractère cursif romain se montre avec tonte sa hardiesse et sa fierté. Oserions-nous le dire? D. Mabillon lui-même ne trouve nulle différence entre les deux modèles d'écriture qu'il a fait graver dans son Supplément (page 11). Le premier, cependant, est en caractère romano-gallican; lé second, en mérovingien. La dissemblance de ces deux écritures est palpable. La lombardique n'a pas causé moins d'embarras
aux savants Parce que les papes s'en
servaient dans leurs bulles , le nom de romaine lui fut quelquefois donné au xi* siècle. Le P. Germon voyait 1 écriture lombardique
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dans la fameuse charte de Pleine sécurité gardée à la bibliothèque dû Hoi. Comincul re jésuite pouvait-il s'imaginer qu'une pièee dressée a Ravenne en élail de récriture des Lombards, qui n'entrèrent en Italie qu'en 568?.... »
« Ces dénominations vicieuses, dit l'auteur des Eléments de paléographie, peuvent être reformées quand elles ne sont employées que par un petit nombre d'auteur»; mais il n'en esl pas de même quand l'usage les a consacrées. Ainsi nous n'avons pas ern pouvoir rejeter le terme , d'ailleurs fort impropre, d'écriture gothique, par lequel tout le monde désigne les caractères qui ont été employés depuis te xni' siècle jusqu'à la renaissance, caractères qui n'ont ancun rapport avec ceux dont les Golhs ont pu se servir autrefois. Mais, tout en faisant cette concession à l'usage, il faut bien reconnaître que le nom de gothique conviendrait seulement à l'écriture ulphilane, et que l'on devrait désigner sous le nom d'italo-gothique le petit nombre de monuments que nous ont laissés les Goths devenus maîtres de l'Italie. » Quant au gothique moderne, quo les Bénédictins ont appelé ludovicien. parce que ce fut principalement sous le règne de saint Louis qu'il contraria ses formes caractéristiques , M. de Wailly propose de l'appeler seolastique t> d'après M. Guérard , qui donne ce nom à celte écriture dans son cours de l'Ecole des Charles. L'adoption de cotte dénomination aurait le doublo avantage d'éviter toute équivoque et d'iudiqticr une des causes qui ont amené la formation du gothique moderne, c'est-à-dire l'influence que les auteurs scolastiqucs ont exercée sur l'écriture en mettant à la modo leurs vaincs subtilités , traduites par des abréviations aussi arbitraires qu'inintelligibles.
Ecriture des anciens peuples Scandinaves.
Nous avons traité de ces caractères à l'ailicle Runes; il serait donc superflu d'en parler ici {Voyez le mot Runes).
Ecriture lombardique
« Les Lombards, disent les Bénédictins (1), se rendirent majtres de l'Italie l'an 509, excepté de Rome et de Ravenne. Leur domination ne dura qu'environ deux cent six ans. Cependant la plupart des écritures qui oui eu cours au delà des monts, depuis le vit' siècle jusqu'au xur, sont qualifiées lombardiques. Romaines d'origine, comme celtes des Visigoths, des Francs, des Anglo-Saxons et des autres peuples du rit latin, elles se distinguent par un goût national et par diverses formes qu'elles prirent pendant la rétoluliuu d'euviron six siècles. »
On r« connaît assez souvent les manuscrits en écriture lombardique par les titres, qui sont en lettres capitales formées par des compartiments de diverses couleurs, et présentant l'aspect d'une marqueterie. Toutefois ce caractère n'est pas spécial aux manuscrits d'Italie, quoiqu'il ail été employé
(1) ivotiv. Traité de Diylom , t. UI, p. 64.
dans ce pays pins longtemps qu'ailleurs. On Les Bénédictins constatent son existent*
rencontre même en France des manuscrits en Italie au moins depuis le viir siècle
où le même genre d'ornementation est re- Comme on rencontre un grand nombre de
Pi« • « . bulles des papes en caractères lombardique»,
La minoscole tirant sur la cursive est nous avons pensé qu'il était nécessaire d e»
la plus répandue des écritures lombardiqoes. donner ao moins un fae-t
N* 50. Ecriture minuaeulo-curtime lombardù
nuculo- cursive lombardique ancienne (1) de l'an 8:5. Bulle du mm Benoit III. (Kour. Trailé de Diplom. t. V, p. 18».) ^
TRANSCRIPTION
eidem coenobio concesserunt cligendi de semedipsis abbatem atque ipsi suis praeceptis hoc idem sanxerunl, ila quoqae....
— Première ligne. Le premier e du mot eidem ressemble à un o au' sommet duquel se rattache un trait courbe qui ra rejoindre Vi suivant; le second e projette sa boucle en un trait élancé au-dessus de la ligne ; le premier jambage de l'm s'y rattache. Dans le mot coenobio, le premier o forme avec t'« deux courbes qui s'écartent au-dessus des autres lettres d'une manière bixarre. Les e du mot conctsserwnf sont dans le même genre que le second dVïaVm. LV du même mol a son crochet écarté de la hasle et légèrement recourbé ;
(1) Les Bénédictins distinguent, d'après D. Mabillon, Técriiurp lombanlique en ancienne ei en «oufelle. La premier», qui se rencontre dans les vu»' et iv siècles, a
la haste du t final s'arrondit et prend la forme de Po. — Deuxième ligne. On ne trouve d ius le mot eligendi que des difficultés déjà étudiées. Dans temedipsis, les s pourraient être prises pour des r, si l'on n'y faisait attention : la différence entre les deut lettres glt dans le développement du crochet de IV, qui te relève un peu À son extrémité, tandis qno les s se recourbent en dessous. On trouve dans le mot abbatem deux a qui ont la forma de I'*» grec ; c'est, d'après M. de Wailly. le signe auquel on peut reconnaître le plus fa-
l'aspect plut ruilique que la seconde, où »e raclèrcs rouuuus aux xi" et su* siècles.
«9 ECU
rilemenl la cursive lombardique.— Troisième déjà pirtni les saints canonisés dont nn ce-
ligne. La barre du t , dans la dernière syl- lébrail la féle. L'écriture csl en caractères
labe do mot abbatem , se replie sur la panso lombards. Ce. manuscrit ne saurai! avpir é'é
de l'e, et ne forme qu'un avec elle, tandis écrit que vers la fin du xiii* el peut-être au
que sa haste recourbée se prolonge et sem- commencement du xiv* siècle,
ble se confondre dans la boucle de \'e, qui « L'examen d'un autre manuscrit dont les
r>t tracée comme nous en avons déjà vu. caractères sont pareils aux précédents, et
Dans atque, la barre du t se confond avec la qui pourrait bien élre de la même main, vient
panse du q qui reste ouvert ; Ve final prend confirmer celte conjecture ; il a pour titre :
l'aspect d'une « capitale dont le crochet su- Vita Patrum Caventium t et renferme la série
péneur se replie doublement. Us initiale du des abbés de la Trinité de la Cava, depuit
mot suis a sa baslo bouclée. Le mot prae~ sa fondation par saint Alfère, dans les der-
ceptis n'offre que des difficultés tjuo noas nières années du x' siècle, jusqu'à la mort
avons rencontrées plus haut. — Quatrième de Léon II, dont l'auteur vante les vertus
h'^ne. L'x du mot «anarerunf prolonge déme- el déplore la perte récente comme d'une
sorérucnl sa traverse de droite au-dessous de personne qu'il aurait connue. Or, d'après le
la ligne. La barre du f du mol ita se con- nécrologe du monastère, Léon 11 est mort eu
fond avec la première partie de l'a. Les deux 1296, ce qui porte l'âge du manuscrit à qucl-
q de quoque sont de formo majuscule rus- ques années plus lard, c'est-à-dire aux en*
\jque. virons du siv* siècle.
Les auteurs diplomatisles ont été long- « Enfin t en parcourant les parchemins du
temps avant de déterminer précisément la monastère, j'ai trouvé un acte daté de l'an
durée des écritures lombardiques dans les 1257, que tous les moines ont signé. Le plu*
manuscrits et dans les diplômes. Cependant grand nombre des signature» est en <
P. Mabilloa, les Bénédictins el M. de Wailly ractères romains ; mais il en est aussi quel-
ndmetlenl qu'elle a subsisté dans les bulles ques-unes en caractères lombards, el parmi
papales jusqu'au commencement do su* celles-ci , la signature d'un moine qui s'inti-
siècle seulement, et que déjà , sous Pascal 11, Iule mayister scholœ. On peut induire de là
on trouve des bulles entières en minuscule que les deux écritures lombarde el ro-
dipkrmatique de France. Ce mélange ne fut maine étaient en usage dans le cours du
as même de longue durée ; car, des le mi- xiii* siècle; que l'écriture romaine , comme
siècle, récriture française fut plus facile et plus simple , tcndail à deve*
ieu du même
employée exclusivement dans les bulles des papes. Quant à l'écriture lombardique des manuscrits, elle s'est soutenue un peu plus longtemps, c D. Mabillon , disent les Bénénédictins, qui, dans sa Diplomatique, avait borné la durée de l'écriture lombarde au m* siéx'c, a prouvé depuis, par deux manu<crits, qu'elle avait été en usage iusque vers l'an 1227. Dans son voyage d Italie, il vil ces manuscrits dans la bibliothèque do l'abbaye de Cave. »
Un rapport adressé en l8io, par M. Petit de Baroocourt , au ministre de l'instruction publique , sur les manuscrits en écriture lombardique existant dans les dépôts d'archives des Deux-Sicilcs (1), moJifie un peu les appréciations précédentes , et prolongo davantage l'existence de celte écriture. Nous profiterons des recherches de ce savant.
c Si le docto bénédictin , dit-il en parlant de D. Mabillon, avait séjourné à la Cava un
nir courante el à supplanter sa rivale, lan« dis que l'écriture lombardique était l'écriture savante et compliquée, maintenue en usage seulement par ceux qui se piquaient de connaissances plus profondes en calligra-
phie Tel était alors probablement le manxUer de la
de parler.
echolœ du couveul de la Cava donl je viens
« D'après les indications précédentes, on peut affirmer que le» caractères lombardiques sont demeurés en usage pendant au moins nn siècle de plus que ne l'ont cru les auteurs des traités de diplomatique qui sa sont appuyés sur D. Mabillou, et que celle écriture n a été définitivement hors d'usage qu'au xiv Mècle. »
L'écriture lombardique, soit minuscule soit cursive, n'est pas la seulo qui ait é'é employée en Italie. «Nous avons actuellement sous les yeux, disent les Bénédictins, d s modèles de lu Bible du monastère de Saint-
peu plus longtemps, et pu faire un examen Taul, écrite du temps de Charlomagnc, el d»
plus approfondi des manuscrits qui se trou- plusieurs manuscrits italiens, gardé» au a-
tent dans cette magnifique abbaye, il est tican et transcrits aux ix\x* el xi' siècle?, où
probable qu'il aurait changé d'opinion. Le le caractère caroliu parait dans toute sa
premier ouvrage qui m'a porté à rectifier beauté. Le pape Jean XIII» au x* siècle, el
celle petite erreur, et à prolonger la durée de l'écriture lombarde au delà de l'an 1227, est un beau manuscrit bien conservé, qui commence par un calendrier, suivi des Evangiles el de la règle de saint Benoit. Or, parmi les saints donl on faisait alors l'office, so trouve l'abbé Léonard, mort en 1256, el il tsi probable que la transcription doit être bieu postérieure, puisque cel abbé se trouve
(1) Publié dio& le Journil qénêral de rinstrucnon publiée, inuéa 1845 , u* toi.
Léon IX, «iu xr, s'en servirent dans leur» bulles.» Après avoir employé jusqu'au commencement du xiv siècle tantôt l'écriluro franç aise tantôt la lombardique, los Italien» adopiècent les écritures golhiqucs comme tous les autres peuples de l'Europe. «Mais au commencement du xv'siècie, njouicM.dc Wailly, on vil paraître en Italie récriture de la renaissance, qui régna et daus les in-
411 DICTIONNAIRE DE DIPLOMATIE CRÏtETIENNE.
scriplions et dans les manuscrits. Toutefois à laquelle un concile (cnu
in
dans la ville de
Léon «ordonna que dans 1rs écrils l'on cesserait d'employer les caractères gothiques cl qu'on se servirait désormais dos mêmes ca-
la cour de Rome ne céda pas entièrement à l'impulsion générale: récriture de la renaissante ne fut employée que dans li s bref» et
dans les bulles consisloriales, tandis qu'on ractères qu'en France et dans les principale*
affréta d'employer la cursive go'bique pour provinces de l'Europe, pour l'uniformité et
latrans riptiondci autres bulles. »—« La cour la facilité du commerce avec les étrangers. »
romaine, toujours attachée à ses usages, di- (Ferreras, Histoire d'Espagne, torn. IN, pag.
seul les Bénédictins, ne conserva peut-être ce 270.) Depuis ce temps le gothique ancien
caractère barbare, accompagné d'ornements disparut peu à peu, et dès le xnr siècle il fut
bizarres et singuliers, que pour rendre plus remplacé par le gothique moderne, en Es-
i!i.ficilc la contrefaçon de ses bulles.» Celle écriture, connue sous le nom Aventure delà daterit, est sans contredit une de celles dont le déchiffrement présente les plus grandes difficultés.