‹ Dictionnaire raisonné de diplomatique chrétienneChapitre 193 sur 455 · II. MANUSCRITS DU III* AU Vil' SIÈCLE · texte numérisé non relu

II. MANUSCRITS DU III* AU Vil' SIÈCLE

Les plus anciens manuscrits qui existent aujourd'hui ne sonl pas antérieurs au m' siècle, et encore n'a-t-on pas de preuves absolument certaines de celte antiquité, à cause de l'extrême rareté des éléments de comparaison. Les Bénédictins reproduisent, comme un des plus anciens monuments connus , un fragment du Virgile d'Asper palimpseste, sur lequel sont récrits les Hommes illustres de

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saint Jérôme U est en petite onciale et portail te ii* 1278 dans la bibliothèque de Saint- Grrmaiu-des-Prés. «Virgile y csl appelé Vergtliva, comme dans le très-ancien manus- ' crit de Florence, corrigé par Apronien, consul en L 'écriture très-élégante de notre Virgile est à deux colonnes. Elle est portée surdos lignes tracées. Ses lettres sont ordinairement, du moins un grand nombre, faites à traits détachés. Il y en a de minuscules romme I'*, et conjointes comme Vif arec ie T. Pour abréger que on met g. et B' ou B. pour bm. Vae se trouve continuellement.

Partout l'écriture est onciale , excepté quelques titres. Pour marquer les alinéa, l'écrivain laisse ordinairement en blanc l'espace d'un mot. La première lettre est onciale et point plus grande que les autres, si ce n'est eo quelques endroits, où il laisse un vide considérable pour les alinéa. Tous ces caractères conviennent aux plus anciens manuscrits. On trouve dans ce très-ancien manuscrit raclé des leçons de Virgile, différentes de celles des imprimés. Par exemple, daus les Eglogues on lit Nilui pour Linut; dans l'Enéide, tpoliitqw potiti au lieu de prœdaque potiti, et bien d'autres. Ce qu'il y a do plus singulier dans ce manuscrit, c'est qu'on y rencontre souvent des lignes entières en sigles. »

Les Bénédict:ns citent encore d'autres manuscrits de Virgile, conservés au Vatican, qui sont d'une haute antiquité. Tel est celui porté sous le n' 3225 qu'ils font, ainsi que D. Mabillon, contemporain de Septinie-Sévère, ou au moins de Constantin. 11 est orné de peintures dont le style est encore pur, et qui indiquent une époque antérieure a la décadence des arts.

Ils en rapportent encore deux autres do la même bibliothèque qui sont du iv" ou du v* siècle, et le Virgile de Florence ou de Médias, volume in-V de forme carrée, entièrement en lelires capitales et du même temps.

La bibliothèque royale possè le un manuscrit des œuvres de saint Prudence ( ancien fonds latin n* 808V) que D. Mabillon et les Bénédictins font remonter au moins au iv* siècle, et qui est par conséquent comlempo rain du poète chrétien. « Ce livre a un pied de hauteur, et un demi-pouce de plus de largeur. Il a 58 feuillets sous trois suites de signatures en chiffres , accompagnées de la lettre q. Il y en a d'abord six, ensuite dix, eufin trois, plus six feuillets. Les signatures sont toujours au bas et au fond du manuscrit, cornai'* daus les plus anciens. C'est la variété des ouvrages qui les fait répéter. Car tout est de la tnéine main et d'une écriture capitale rustique, si ce n'est trois feuillets à la fin, en écriture onciale à double trait, ronde cl très-élégante; le tout de vélin trèsfin et souvent endommagé par l'encre corrosive. Les titres des livres sont répétés au haut de chaque feuillet, si ce n'est ceux qui sont de la première suite des cahiers, peutêtre à cause que les pièces changent souvent.

Il; Nouteau Trotté de Diplomatique, I. III, p. 61-63.

Les mauvaises lettres sont corrigées ou effacées par un ou deux traits. Les mots expongés ont uu point sur chaque lettre. Quelquefois on ne laisse pas d'effacer ces lettres ou de les barrer. Peu de fautes dans ce manuscrit, et encore viennent-elles des copistes. L'orthographe est bonne; nous n'appelons pas mauvaise orthographe 0 pour p dans scripta, etc. U y a beaucoup de lettres liées, non-seulement à la fin, mais encore dans !<• corps des poésies. On trouve même des JE. Ces lettres liées tendent souvent un peu è l'écriture onciale, mais non pas à la* minuscule. On marque au haut de chaque pièce en marge, de quelle sorte de vers elle est composée, et pour cela on se sert d'écriture demi-onciale. Enfin on voit en marge quelques S en forme de C. Il serait difficile de trouver réunies autant de notes caractéristiques des plus anciens manuscrits (1). »

Un manuscrit que les Bénédictins regardaient comme très-précieux par sa haute antiquité, est le codex n* 663 de l'abbaye Sainl-Germain-des-Prés, dont tout le texte en capitales était entièrement en lettres d'or et d'argent. Voici la description qu'ils en donnent (2) : « Il a dix pouces de hauteur et huit de largeur, le tout en vélin pourpré dont un côté est en beau rouge violet et l'autre un peu pâle, tirant sur la couleur de bleu cendré. Ce manuscrit renferme presque tout l'Evangile de saint Matthieu et une partie de celui de saint Marc. Les grandes lettres au commencement de chaque alinéa sont placées entre la seconde et la troisième perpendiculaire. Elles sont semblables aux lettres lapidaires élégantes, mais seulement tant soit peu massives. Il y a quelques lignes en écriture verte argentée ainsi que quelques mots cl les expltcit des deux évangélisles, qui ne sont pourtant pas d'une écriture différente de celle en or. Souvent les alinéa ne sont que de deux lignes : souvent aussi sont-ils de plus d'une page, mais plus souvent leur longueur tieul le milieu entre ces deux extrémités. Les chapitres ne sont point divisés comme à présent. Les mots ne sont point distingués; mais, comme dans le Virgile de Florence, les points ne manquent pas, soit pour la fin des alinéa, soit à la fin des phrases, ou pour tenir lieu de deux poinfs, du point et de la virgule. Tous sont placés uniformément au milieu de la ligne. Les lettres des phrases qui sont au milieu des lignes, sont plus grandes que le reste du texte, mais plus petites que celles des alinéa. Six lignes perpendiculaires sont tirées aux deux extrémités de chaque page, cl toutes les li eues sont enfermée* entre deux horizontales. Cela ne parait exister que dans les manus crils de félin pourpré On trouve quelques sigues de cahiers marqués au bas de la nage, vers le fond. Le titre est marqué nu haut de la page en vert, sur lequel on avait écrit en lettres d'argent; ce mé:al a presque entièrement disparu. Daus ce manuscrit de 120 pages de vetin pourpré, nulle lettre unit) Nouveau Traité de Dii'tomatiqut, t. III, p. 45.

m DICTIONNAIRE DE DIPI

eiale, à l'exception de deux. Avant le ix* chapitre de saint Matthieu, notre manière de diviser les chapitres ne s'accorde pas avec ce manuscrit , mais depuis le vur jusqu'au xv* inclusivement, et môme jusqu'au xvir, ils conviennent. La division recommence encore au xvu* et dure jusqu'à la fin, sans qu'il y en ait plus dans l'un que dans l'autre.

« Ce manuscrit se sert peu de lettres conjointes. Jamais on ne porte une moitié de mot d'une ligne à l'autre. On ne la met point non plus ni dessus ni dessous, mais on s'arrête à la première perpendiculaire, si le mol est fini; autrement on avance vers la seconde autant qu'il est nécessaire pour terminer le mot. On ne sent en rien la barbarie qui commence à paraître dans le Virgile de Florence. Ici il n'y a presque aucune faute, et l'orthographe s'accorde bien avec le iv siècle. Nous ne mettons pas au nombre des fautes unguere pour xmgere. Cette manière est propre aux manuscrits du v* siècle, comme on le voit dans quelques-uns de saint Hilaire. Bajolans pour bajulam , aàuieteen» pour adolescent > obiciunt , eicit pour objieiuni , ejicit, sont ordinaires dans les plus anciens manuscrits. 11 faut remarquer qu'en lisant des pages entières on no trouve rien qui arrête; au lieu qu'aux vu* et vm* et môme au vi* siècle, on ne trouve pas deux lignes de suite qui ne renferment quelque barbarisme et quelque diction contraire à notre orthographe. En général ae oe sont séparés sans exception. Quoiqu'on trouve des ae conjoints sur de très-anciens marbres , il est si extraordinaire de n'en pas voir, môme à la Gu des lignes, dans un manuscrit, qu'on peut regarder ce trait comme une marque de très- haute antiquité. Le Virgile de Florence contient quelques lettres onciales, tandis que le nôtre n'en a aucune. Le premier est sujet à dos expressions barbares, et le second est exempt de ce défaut. Ses caractères sont souvent plus beaux et plus pleins. Ainsi il pourrait ôtre du iv* siècle, tandis que l'autre no serait que du V. Mais ce qui parait de plus fort pour l'antiquité de ce manuscrit, c'est que les mots ne sont point séparés du tout, hors le cas des points et des virgules; au lieu que les manuscrits du vur siècle, depuis Charlemagne, ont du moins de temps en temps leurs mots distingués ; etc. »

Voici encore un manuscrit dont la description est intéressante à cause de la haute antiquité du sujet. Il s'agit du traité de saint Hilaire sur la Trinité, n- 2630 de la bibliothèque du roi. « Ce beau manuscrit porte tous les caractères du iv* ou V siècle. Il a un peu plus de dix pouces de hauteur sur presque neuf de largeur. Il est divisé en deux colonnes de trois pouces chacune. Le vélin en est ordinairement d'une finesse extrême; l'encre n'en ayant pourtant pénétré aucun feuillet, il n'en reste point en blanc; mais cette encre est devenue rougeâtre. 11 est en écriture onciale. Pour la diriger, on a tiré partout des lignes blanches sur lesquelles celles du teste sont appuyées, deux perpendiculaires à chaque estrémité des colonnes,

et trois au milieu. Ces lignes blanches sont le plus souvent, ou tout à fait ou presque imperceptibles à des vues communes. La ligne mitoyenne est percée de trous qui répondent à chaque ligne horizontale. C'est que, pour les espacer également, on tirait d'abord cette ligne que l'on divisait en parties égales, au moyen de ces trous ou points perçants. Les livres de ce codex sont divisés par alinéa dont là lettre initiale sort du rang des lignes en avançant; en sorte qu'elle se trouve, presque en entier, dans la case formée par les perpendiculaires et les horizontales. Ces lettres et celles des litres, lesquelles sont en rouge, ainsi que le commencement des livres, ne diffèrent presque qu'en grandeur des autres onciales, qui sont si visiblement à double Irait, qu'il paraît encore souvent un peu de blanc au mili< u.

« Le premier cahier n'est marqué d'aucune signature, mais le nom du livre est écrit au haut de chaque page. Les signatures, qui sont des nombres romains, uesont point à l'ordinaire écrites au milieu du bas de la dernière page, mais à l'extrémité inférieure. Après le premier cahier, elles sont marquées tout de suite jusqu'au XVIIK L'épisèmc bau des Grecs qui vaut six ne commence à ôtre marqué qu'au XVIII*, etc. . « Le coup d'œil de la belle onciale du St. Hilaire se rapporte assez à celle du manuscrit de saint Eusèbe de Verceil. Cependant quand on compare les lettres ensemble, on sent de la différence dans les a , e , p , t. Les autres lettres sont plus ressemblantes. Nul point sur les y , ni à la fin des alinéa où l'on reprend à la ligne. Mais quand le sens d'nne phrase est tout à fait fini , on laisse un intervalle en blanc. Tous les autres mots ne sont point distingués. On marque quelquefois un point pour les abréviations comme B. pour but , Q. pour que. On recommence à la ligne à la fin de chaque alinéa, et ou laisse en blanc le vélin qui reste à remplir. La lettre initiale de chaque alinéa sort de la ligne et est toujours onciale. Les abréviations générales de Ds pour Deus, de Dm

S tour Dominue et de XPS pour Chrùtut , ne ont qu'une— horizontale assez déliée. Il en est de môme de l'abréviation de l'm représentée par — . Toutes les lettres sont onciales, et le nom de saint Hilaire est marqué presque à la fin de chaque livre sans qu on lui donne le titre de saint ni de bienheureux : ce qui fait présumer que ce manuscrit approche de son temps. Il est encore remarquable par ses lettres liées, oui n'empruntent point de caractères cursifs ni minuscules. Ces lettres liées ne se trouvent qu'à la fin ou vers la fin des lignes pour ne pas rejeter une lettre à la ligne suivante; quoiu'on ne fasse pas difficulté d'excéder 'une lettre ou d'une demi-lettre et même d'une lettre et demie la perpendiculaire. On rend aussi pour la môme raison plus menuet une ou deux lettres. Les lettres rouges qui commenceut les livres ont été mises sur l'encre d'argent ou de plomb d'une composition pénétrante, ce qui les fait paraître

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