SURJOMS
Les surnoms, dont on ne connaît guère l'origine, sinon que peut-être est-elle due à 1'natiitude d'en donner à nos rois depuis Pe-
Sin le Bref, commencent à se multiplier peu peu à la fin du c siècle. Mais cet usage, adopté d'abord plutôt par la noblesse, ne devint général pour les simples particuliers qu'au xiii* siècle (2). Il ne s'est pas d'ailleurs introduit à la même époque dans les différentes provinces.
Dans le pays Chartrain, les surnoms sont déjà très-communs au xr siècle. En Languedoc, Guillaume III prit pour la première fois, vers l'an 1030, le surnom de Montpellier, dont il était seigneur; ce fut également au xi* siècle que les nobles commencèrent, dans plusieurs diocèses de la Bretagne, à prendre des surnoms qui étaient tirés, ou de leurs terres, ou de quelques sobriquets. Dans les diocèses de Léon et de Cornouailles, on se contenta, jusqu'à la fin du xu* siècle, de distinguer les personnes d'une même famille en ajoutant à leur nom celui de leur père, comme on rapporte que le faisaient au vin' siècle les Anglo-Saxons. Les surnoms ne devinrent communs en Bourgogne que rers le milieu du xuj* siècle. Auparavant on n'employait ordinairement, dans les actes publics, que le nom de baptême, avec celui des dignités et des titres dont op était décoré, ou des terres qu'un possédait. Comme les enfants n'avaient, principalement les filles, ni terre ni seigneurie qui leur fussent propres, on ne les désignait que sous leur nom de baptême.
Les motifs qui faisaient donner des surnoms étaient extrêmement variés. M. Guéraid, qui a eu la patience de recueillir sur c l objet de curieuses remarques dans le orlulaire de Saint- l'ère de Chartres, nous <tppr< nd que, dans le plus grand nombre des ras, les surnoms étaient emprunté* aux qualités bonnes ou mauvaises des personnes. H y avait aussi des surnoms tirés des noms des animaux, des arbres ou des plantes ; d'autres, d'aventures ou de quelques faits personnels aux individus, ou bien des habitudes, de< airs de la personne; d'autres avaient rapport à la naissance, au tempérament, à la
(Il ffouv. Traité de Diphm , l. IV, p. SJt.
(S) Un vull eucwrr, uiGaïc au xt* s.èclc, quelqocj rotu-
MATiQUE CHRETIENNE. ï*0
fortune, à la condition, à l'âge, à la profession, au pays des individus, etc.
L'usage des surnoms ne se répandit guère parmi les ecclésiastiques et les moines, quoiqu'on puisse opposer à cette règ'.e des exceptions assez anciennes. (Les Bénédictins citent en effet un acte du xr siècle, écrit par un abbé de Wndôme à quatre moines de si communauté désignés par des surnoms.) 11 est vrai qu'il n'était pas besoin de les distin-
fuer comme les laïques, et que d'ailleurs il* étaient suffisamment par leurs titres ecclésiastiques. Archambaud de Sully, archevêque du Tours, cl Rcynaud de Vendôme, évéque de Paris, furent les premiers qui ajoutèrent, l'un en 986, l'autre en 988, leur nom de famille ou surnom à leur nom de baptême.
Au x* siècle et surtout au xr, les surnoms sont annoncés par les formules uppellatus, cognominutus, nuncupatus, vocalus, ou qui vocor,quivocaturt prœnomine, an no mine, etc.
Selon les Bénédictins, qui citent les dissertations de Hickes, l'usage des surnoms remonte à une haute antiquité chez les Danois, les Islandais et les Flamands. Les Anglo-Sjxons en présentent quelques exemples au vin* siècle. Les surnoms devinrent plus fréquents au comment ment du xr siècle, et se multiplièrent à l'infini depuis la conquête des Normands; mais ils ne se transformèrent en noms de famille d'une manière fixe et invariable que depuis l'institution* des armoiries.
L'Espagne fournil quelques surnoms au xr siècle, et l'Italie dès le x*. En Allemagne, dès le xu* siècle, les surnoms les plus variés des familles nobles étaient deveuus communs; mais il est bon de savoir que les nobles d'un rang inférieur empruntaient sou* vent le surnom de leur suzerain. De lé les noms de Brandebourg, de Nassau, etc., portés par de simples gentilshommes. Cet usage, du reste, n'est pas particulier à l'Allemagne; on le retrouve aussi en Ecosse et on Italie. Dans le principe, les vassaux croyaient sans doute rendre hommage à leur suzerain en lui empruntant son nom; mais dans la suite la vanité expliqua celle communauté de uoui par des relations de parenté : de là vient qu'aujourd'hui il est assez difficile, dit-on, de rencontrer une famille roturière dans certaines contrées de l'Europe (3).
Les nobles empruntant ordinairement leur surnom du principal manoir qui leur appartenait, il est arrivé quelquefois avant que les surnoms ne fussent héréditaires, qu'un seigneur prenait un nom nouveau par suite de la vente de son manoir et de l'acquisition d'un autre. Les fils d'un seigneur partageant entre eux les domaines de leur père, ont pris chacun un surnom de la terre qui leur était échue, et le nom paternel n'était plus porté que par l'alné ; de sorte qu'il est difficile de reconnaître les membres de la même famille. M >is on dut bientôt sentir cet inconvénient, car, dès les xi* et xu* siècles, on voit les divers membres d'une famille resserrer les liens qui les unissaient en portant
riers ijni n'ont pas de surnoms.
(3) Elément» de paléogrofUùe, I. Il, p. 189.
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(cas le turuom patronymique, mais complété par le titre des différentes terres que chtcun possédait. Ajoutons qu'outre le sur- 10m seigneurial , plusieurs nobles reçurent encore des sobriquet*.
L'hérédité des surnoms peut être filée, dans la noblesse, au moins au xue siècle, sinon d'une manière générale, cependant assci régulièrement. 1! n'eu est pas de même pour ,e< roturiers dont les surnoms tout personnels ne passaient pas à leurs enfants. M. Guérard prétend reconnaître quelques (races de l'hérédité des surnoms dans des actes du 11' siècle. Mais cela ne parait pas trèsprouvé. Ce n'est guère qu'au xiv« siècle que la transformation des surnoms en noms patronymiques a é:é générale, dans celte partie de la société- Ce changement s'opéra insensiblement comme toutes les améliorations durables, sans que des actes précis en aient fixé la date. Il fut une conséquence do l'affranchissement des serfs et de la place de plus en plus grande que tenaient les simples individus dans la société civile.
Les femmes n'eurent longtemps, comme les hommes, que leur nom de baptême. Cependant on voit qu'au commencement du nu* siècle les veuves de haute noblesse prenaient le nom de leurs maris; au siècle précédent on a déjà des exemples de cet usage, même dans les rangs inférieurs de la société, mais très-rarement. Les femmes avaient aussi des surnoms. Au xiv* siècle on rencontre des chartes où des femmes portent un nom propre ajouté à celui de leur baptême, et dans lesquelles d'autres femmes ont des noms différents de ceux de leurs époux, noms qui, probablement, sont ceux do leurs familles. Le cartulaire de Saint- Michel de Tonnerre en fournit un exemple a l'an 1315 : Hugue dit Cheville, d'Yrouer, chevalier, fait une fondation pour sa femme défunte qu'il appelle Jehanne de Chievre-Roiche ; el dans une autre pièce, la sœur de Hugue est nommée Agnès de Migitrs. Il est ordinaire alors de trouver des noms ainsi couçus : Jebanne la Chardonnc, Marion, femme Régnier, Pulois, Perroue des Eaux, llersende la Coline, etc. Il est probable qu'il en était déjà de même dans la deuxième moitié du xiii' siècle. Les surnoms deviennent une source de graves difficultés quand la même personne e l désignée sous des noms différents. C'est e- qui est arrivé quelquefois, surtout vers le w siècle. Ainsi on donnait indifféremment les noms à'Eusebius et de 'Bruno à Eusèbe, evéque d'Angers, et ceux de Hugo ou de l'aganis à Hugue , 38" évéque du Mans.
Le même évéque de Langres était nommé Hugue el surnommé Itainard. Les personnes qui portaient deux noms les prenaient tous deux à la fois, ou l'un des deux seulement. La négligence des notaires à marquer les surnoms, depuis qu'ils furent en usage, a rendu certains points historiques très-obscurs.