ORTHOGRAPHE
La barbarie «de l'orthographe ne peut pas être invoquée contre l'authenticité des anciens diplômes. Cet axiome de diplomatique a été mis hors de doute par les travaux des Bénédictins contre les accusations du P. Germon, dont le scepticisme exagéré ne voyait dans les anciens monuments que des pièces fabriquées, à cause des fautes d'orthographe qu'on y rencontre. En effet lés preuves des fautes contre la grammaire abondent aussi bien dans les inscriptions que dans les manuscrits et dans les chartes.
Dès le yi* siècle les manuscrits sont remplis de solécisme» et de barbarismes. Nous en avons déjà donné des exemples à l'arliclo Manuscrits. M. Lancclot, cité par les Bénédictin», rapporte des inscriptions du même temps où l'on trouve qui pourçtue, adoliscens pour adolescent , annut pour anno$, nomiro pour numéro.
La prononciation barbare des Francs r l'ignorance où ils étaient du latin, dureul influer grandement sur l'orthographe. Il n'y a rien d étonnant dans ce fait, puisque ebex les Romains mêmes, dans les siècles de la belle latinité, le langage populaire était sujet à bien des variations. Quinlilien dit que de son vivant on écrivait Here au lieu de 7/eri, et que Tite-Li ve avail écrit sebe cl quase p.iur si'/ï et quasi. On voit aussi maxumus pour maximiu, quoiiens pour quoties , etc.
Aux vr , vir et vin* siècles , les diplômes royaux et les autres actes suivirent la même vote que les manuscrits. Les barbarismes les plus grossiers s'y rencontrent. Eu ce qui coucerne particulièrement les diplômes d. «s rois de France, ils ne sont pas plus ni moins barbares que toutes les autres pièces du même temps.
Quand les notaires de nos rois, dit D. Ruinart, auraient été en étal d'écrire d'une manière supportable, ils n'auraient eu garde de?
faire, parce qu'ils n'auraient réussi par là qu'à se rendre inintelligibles à peu près à loul le monde ; chose qu'on évita toujours av-c soin dans les actes publics. C'est ce qui obligea quelques écrivains de ces anciens temps de parler malgré eux, même dans les litres , le seul langage qui était à la portée du public.
L'orthographe de la bonne latinité était donc généralement négligée dans ces tempslà, el c'est même uns preuve d'authenticité des actes de ne pas l'y rencontrer jusqu'à l'époque de Charlemagne.
Voici les principales manières J'employer les lettres les unes pour les autres que l'ou trouve dans les monuments :
o pour <w, t, «, o.
S83 DICTIONNAIRE DE DIPLO
b pour f, p, r, t*.
c pour ce, </, eA, 9, t.
d pour b, </;/, /, n, r, s.
e pour n, «, ee, h, i, u.
/ pour bf, pht v.
g pour c, c/i, A, t>.
A pour o, i.
i pour a, e, ij, œ, u.
A pour e, a?.
m pour d, n.
n pour g, /, m, r.
0 pour a, e, 00, w.
p pour 6, p/i, v.
g pour c.
r pour d, rr, *.
* pour </, r, «t, «.
f pour c, d, 4, th.
u pour 6, c, g, i, o, y.
a: pour A", s, 5*.
y pour e, 1, m.
z pour d, g, t, s.
Ces substitutions de lettres ne se font pas to ujours d'une manièro constante dans un môme manuscrit ou dans un même diplôme : on trouve 4 quelques lignes de distance basileca et basilica, marinais et martyris, Dionysiie\ Dionysiœ, Dionisiœei Diunensi, etc. On rencontre également cette diversité d'orthographe dans toutes les parties du monde chrétien.
Les efforts de Charlemagne pour améliorer la langue latine, ses propres travaux et les encouragements qu'il donna aux savants, contribuèrent à rétablir uu peu la bonno orthographe. Mais celle réforme s'opéra lentement. Un siècle après ce prince on voit des chartes, surtoutdaus l'Aquitaine, qui ne sont guère moins barbares que celles des Mérovingiens. Au xi» siècle mémo les chartes dans le même pays n'étaient pas encore purement écrites. Les Bénédictins en citent une de Guillaume dued Aquitaine, de l'an 1026, qui peut en donner une idée. On y voit, par exemple,
aquis dulcis cum decxmâ etomnesres, cum
montaneis .... cum cuncta prata.... de omnet res cum ecclesiit earum et cum omnet consuetudine*.
t Ainsi, dit M. de Wailly, les imperfections d'orthographe et de style varient suivant les lieux et les personnes : dans un même siècle on trouve de notables différences entre les actes du nord cl ceux du midi do la France, entre uu diplôme royal et une convention privée ; mais ces incorrections, loin de fournir un argument contre l'antiquijé des monuments , peuvent au contraire, dans certaines circonstances , être invoquées pour l'établir. Quand on compare plusieurs manuscrits du même ouvrage, on reconnaît que les moins corrects sont souvent les plus anciens. » *