‹ Dictionnaire raisonné de diplomatique chrétienneChapitre 272 sur 455 · III. POSCTUATlOft DANS LES MANUSCRITS · texte numérisé non relu

III. POSCTUATlOft DANS LES MANUSCRITS

Les Bénédictins ont fait pour la ponctuation des manuscrits des recherches quo nous allons reproduire textuellement, parce que rien ne saurait les remplacer avec autant do succès.

< Antre chose est la distinction des phrases cl des mots dans les manuscrits, autre chose est leur ponctuation. On trouve des points dans les manuscrits de la plus haute antiquité, quoique les mots n'y soient point séparés : tel est le Virgile de Médicis et quelques autres, dont nous examinerons bientôt la ponctuation. Nous en connaissons de trèsanciens où l'on n'aperçoit ni points, ni séparation de mots, pas même aux endroits qui oflreut un sens naturellement suspendu. Tel est le manuscrit dont nous avons découvert on fragment sous récriture mérovingienne des Hommes illustra de saint Jérôme, fragment qui contient les débris d'une oraison adressée à quelque empereur. Tels sont les manuscrits des Evangiles de saint Eusèbe de Vcrceil et de saint Kilien. Tel. est encore le Psautier de sainte Salaberge, écrit au vu* siècle. Il y a beaucoup de pages sans ponctuation dans le Virgile du Vatican, n* 3867. Celte qu'on rencontre en d'autres endroits du même manuscrit a été ajoutée après coup, comme le prouve la couleur de l'encre. Nulle distinction de mots, nuls points ni virgules, pas même sur les Y dans le manuscrit du roi 808V, où sont renfermés les ouvrages de saint Prudence en lettres capitales. Nulle iolerpooclion dans le manuscrit royal 256.

IU foi/, les Bénédictins, i. III, P. 4C3 et 464, cl les

ton m

i,es points qu'on y voit aujourd'hui uni été mis longtemps après. Il n'y a ni points ni virgules dans le corps du texte des Evangiles écrits au v« ou vi* siècle, et couservés jusqu'à présent dans l'abbaye de Corbie. C • n'est pas que les points ne soient beaucoup

fdus anciens que tous ces manuscrits, mais es copistes se déchargeaient de la ponctuation sur les correcteurs, qui la négligeaient ordinairement. Il n'y avait que les personne* les plus curieuses et les plus exactes qui fissent ajouter les points à leurs exemplaires.

« La manière la plus connue de suppléer à la ponctuation dans les premiers temps , fut d'écrire par versets, et de distinguer ainsi les membres et sous-membres du discours. Chaque verset était renfermé dans une ligne que les Grecs appelaient ot«Zo? ; en sorte qu'en comptant les versets on découvrait combien de lignes f I y avait dans un volume. A l'excmplo de Cicéron et de Démoslhènc , saint Jérôme introduisit cette slichométrie ou distinction par versets dans l'Ecriture sainte pour en faciliter la lecture cl l'intelli-

fjence aux simples fidèles qui en faisaient eurs délices. Souvent on mit au commencement d'une nouvelle phrase ou d'un verset une lettre un peu plus grande, et qui avançait plus que les autres lignes. C'est ce qu'on remarque dans Tes très-anciens manuscrit* des Evangiles de saint Eusèbe de Verceil et de la cathédrale de Vùrtzbourg. Les vides en blanc suppléaient encore aux interponclions, et c'est la plus ancienne manière do ponctuer, ou plutôt de marquer sans points la pause qui laisse au lecteur le temps do respirer, en même temps qu'elle met de la netteté dans le discours. C'est pour indiquer ce repos qu'on a laissé quelque intervalle entre les roots dans le manuscrit du roi 251», dont la ponctuation est d'un temps postérieur. S'il se trouve quelque espiee vide entre les mots dans les Homélies d'Origène de la même bibliothèque, ce n'est que pour tenir lieu de points et de virgules. Dans lo manuscrit royal 6413, qui contient une partie des œuvres de saint Isidore, les mots no sont distingués que lorsque le sens est suspendu. Quand la phrase est complète et lo sens fini , on laisse un intervalle en blans dans le manuscrit du roi 2630, où sont renfermés les treize livres de saint Hilaire sur la Trinité. Nous avons fait les mêmes observations sur le manuscrit de Sainl-Germatndes-Prés 253. M. Mafiei ( Opuscul. eecles. ) avait remarqué ces vides en blanc dans lu premier manuscrit de la bibliothèque de Vérone, qui contient les livres des Rois de la version de saint Jérôme : Ubi sententia site periodi membrum desinit, dit le docte Italien, iniervallo , ut plurimum, di$tinèntur verba : nulla tamen colligitur in capita aut in versus discretio.

« Ces espaces vides, servant de points et de virgules, donnèrent naissance à la distinction de chaque mot dans l'écriture des wauus-

témtnlt de catéogrophis de H. de WaiDy.

>gle

crils et des diplômes. (Poy. Mots mois- mais encore au milieu des lignes et k la fiu

tixcts.) de chaque vers. Dès le tilre du manuscrit

■ La ponctuation succéJa à la distinction on aperçoit le point triangulaire dont la

du discours par versets porté* à la ligne, et pointe est en haut. Le Virgile du Vatican n'

aux intervalles laissés en blanc pour mar- 3225, qu'on fait remonter au temps de Sep -

qner les divers membres et la fin de la pé- timc-Sévère, place le point au haut, au mi-

riode. Leclerc a fait remonter l'invention lieu et au pied de la lettre : ce qui revient

des points jusqu'au temps d'Aristote ; niais au point final d'aujourd'hui, aux deux points

le texte qu'il cite de ce philosophe peut s'en- et à notre virgule. Dans le Sulpice-Sévère de

tendre de récriture claire et débarrassée de Vérone, écrit l'an 517, le point est mis après

conjonctions , ou du discours débarrassé de les titres, à la fin des membres de la phrase,

parenthèses cl d'épisodes. Nous croyons avec et quelquefois à la suite de chaque mot. Ona

I). Bernard de Montfaucon [Paléographe virgule ou quelque ornement fort simple

lib. I, p. 31) que la ponctuation des ma- termine de temps en temps le discours (1. •

nuscrils n'est pas plus ancienne qu'Aristo- M iis la ponctuation n'e*l pas loujoors

phano, qui vivait dans la U5* olympiade, aussi bien rog'cc. Dans les Pandecles de Fio-

c'e l-à-dire deux cents ans avant l'ère dire- rence on trouve, outre les trois positions du

tienne. Ce grammairien de Byzanco inventa point, le triangle ('.') la pointe en bas, ou

les signes des différentes distinctions du dis- tournée vers la gauche, cl suivi souvent de

cours, et ces lignes ne consistaient que dans petites lignes droites ou ondulées; nos deux

uu seul point rais tantôt en haul , tantôt points (:), séparés quelquefois par un trait,

en bas, et tantôt au milieu de la doruière Les Bénédictins pensent toutefois que cette

lettre. ponctuation n'est pas de première main.

t Pour bien entendre reoi il faut savoir Cette manière de ponctuer, venue des Grec»,

que les anciens observaient trois aortes de parait dans leurs plus anciens manuscrit!,

distinctions : l'une n'était qu'une petite pause Dans le manuscrit des lois lombardiques, de

cl une légère respiration, nommée ineisum, la bibliothèque Ambrosicnne, ou distingue

x«up?c; Cassiodore l'appelle sous-disliuclion. quelquefois les phrases par des espèces de 7

L'autre était une pause un peu plus grande, surmontés de deux points : ce sont des fruits

mais qui laissait eucorc l'esprit en suspens; et des triang'cs qui servent à cet usage dam

on l'appelait kûXov, membre. On subdivisa le manuscrit n* 9 du Vatican, qui contient

celle pause en semi-colon ou demi-membre, les Eptires de saint Paul en éciiture onciale.

Mats ni saint Isidore, ni Diomède, qui Irai- U n'est pas rare de trouver dans les anciens

lent des distinctions du discours, n'ont connu manuscrits des feuilles destinées à séparer

celle-ci. La dernière termine le sens, et ne les mots des titres : tel est le manuscrit de

laisse p'.us rien à désirer pour achever la pé- saint Ambroise de la bibliothèque du roi,

riode. Depuis plusieurs siècles, la première nr 1734. C'est un indice des siècles antérieurs

est régulièrement désignée par un demi- au ix*.

«ercle ou petit c renversé de cette sorte (,), La ponctuation des Evangiles en lettres

cl c'est ce que nous appelons virgule. On d'or de saint Martin de Tours présente on

marque la seconde par deux points perpen- intérêt particulier à raison de son antiquité:

diculaires (:), et la troisième par le point et outre l'emploi régulier du point a la fin des

la virgule (;). Le signe de la dernière dis- phrases, il se trouve où nous mettons la vir-

tinctioti est un seul point mis autrefois au gule; on voit deux et trois points (*.•) pour

haut, cl maintenant au bas du dernier mot. un seul. La virgule, ainsi que le point et la

Cicéron n'a parlé que des points qui, seuls, virgule (;). sont assos rares dans l'Evangile

séparaient et terminaient les membres du de saint Matthieu; mais ils sont fréquents

discours. On ne voil point que les anciens dans celui de saint Jean. On y remarque la

se soient servis d'autres signes. virgule avec deux points au-dessus (•/); un

« Trois situations du point marquaient les seul point y lient souvent lieu du point indifférentes distinctions du discours. Le point terrogalif, qui s'y trouve cependant aossi à placé au haut de la lettre indiquait le sens peu près semblable au nôtre; quelquefois fini ou la distinction parfaite, Ti>ct« cxtyui, l'interrogation s'esprime par deux points comme l'appellent les Grecs. Le point mis au posés obliquement (.*). Telle est, disent les bas de la lrllic désignait la petite pause ou Béuédictins, l'idée qu'on peut avoir des insous-di»linclion, ûwo«rreyf«i. Le point marqué lerponclions usilées dans les manuscrits de au milieu élait le signe de la panse plus puis le iv* ou le v* siècle jusqu'à la fin du grande nommé pfru irrrypj, cl qui laissait en- mi et même au vin*, core l'esprit en suspens. Si D. Lnncelol ex- Ao |X. iMç on sc scrl encore de temps ■ plique différemment la ponctuation des an- en lcmps de lrois poinU pour m,1rqoer la On eiens, c est qu il n a pas fait asseid attention dune *periode. On mettait ordinairement ;iux textes de Donatol de saint Isidore, dont fllors le poinl rond pour |a virgule et pour il h aulorise. )<> point. Le point mis au bas du dernier mol

« Nous avons observé ces différentes posi- d'un membre de phrase équivaut à la tirlions du poinl dans le Virgile dc Médicis, gule ; placé au milieu , il vaut nus deux corrigé par Apronien l'an 49». On s'y sert du points; et marqué au haut, il désigne notre point, non-seulement après les abréviations, poinl, cl que le sens est complet Cette pouc-

(I) Nouveau Tra ié de Viphmtique, ^™ W» P- M et ïuIt-

rem

lualion fat régulièrement suivie par les plus habiles des écrivains(l) ; mais il n'en fui pas de même des autres. Dans le coda Tbéodosien de la bibliothèque du roi, écrit sous Louis le Débonnaire, le point unique en vaut souvent deux; le signe ? sert pour nos deux points, pour le point et pour la virgule; cl ces derniers terminent tous également les phrases. Dans plusieurs manuscrits du ix* siècle, on marque le point et la virgule au milieu des mots, pour indiquer le sens complet; pour les deux points, on emploie le point surmonté d'un trait courbe; on désigne l'alinéa par (; ) ou (:,), et plus souvent

Dans des manuscrits du x* siècle le discours est terminé par ces signes i fi»: : V Le point seul sert encore pour les deux points et la virgule au siècle suivant, pendant lequel on employa aussi ces Ûgures v ç. 7 ; pour le point.

Au xir siècle, quand un mol est reporté en partio de la Gn d'une ligne à la suivante, on met un -; le point au bas des lettres sert d.ms tous les cas où il faut employer la ponctuation. La forme des signes du point et de la virgule n'a rien do Gxe pendant ce siècle : la plus ordinairo ressemble asset à no- Ire virgule renversée et à l'i contourné et rhargé d'un ou deux points. On rencontre aussi assez ordinairement le point surmonté d'une ligne ondulée, on d'uue courbe semblable à celle qui indique les syllabes brèves dans les livres de prosodie. On séparait encore quelquefois, dans le même temps, les mots des manuscrits par trois points. La bibliothèque Ambrosiennc de Milan conserve, disent les Bénédictins , une traduction de Darès le Phrygien en vers français, doul les deux premiers sont ainsi ponctués :

- : nos • onscigna \ et :• dit »

K»l ; lit ; bon • po • sou : ccril { Que dos ne dull sons sens celer lias se d<*H bon si demonstret.

U ponctuation des manuscrits fut négligée au xiu' siècle et dans les suivants : elle u était pas même généralement observée au xrr siècle. Denys Sauvage, historiographe >iu roi Henri II, avoue qu il lui a fallu souunies fois deviner dans la lecture de quelques manuscrits de Froissard, principalement en faute de les avoir trouvé ponctués. Les règles posées par les anciens grammairiens étaient donc inconnues de la plupart des copistes, et les premiers imprimeurs ne suivirent p;>s non plus un système uniforme. Tooiffois, dit H. de Wailly, les bonnes traditions se retrouvent dans un petit nombre d éditions du xv* siècle; quelques copistes soigneux y étaient d'ailleurs resté3 fidèles. La typographie n'eut, à vrai dire, qu'un choix à faire dans les anciens manuscrits, pour y rassembler les différents signes qu'elle emploie aujourd'hui. Le point d'interrogation se rencontre fréquemment, dans '• s manuscrits, sous des figures qui ont servi "idemment de types aux premiers impri-

il) Elle *UR déjb rnonne a IVpof}tio du Virgilo «tu uuuu. mculioouv ulas uiul. cl ou là rcUuurc «mure

ro.x

meurs et qui se rapprochent beaucoup de la forme actuelle. Le poiul d'exclamation est souvent désigné par un o surmonté d'uu accent circonflexe; ou bien encore l'o c«clamatif est accompagné d'un accent a:gu, d'une virgule ou d'un point dessus, ou dedans la lettre, ou même en dessous.

Autres usages du point dans les manuscrits.

Outre les différentes valeurs données au point dans la ponctuation, on l'a encore employé pour marquer les abréviations, comme B. pour bus,Q. pour que. Il servait pour distinguer les lettres numérales, les chiffres et les sigles; on marquait de points les mots à corriger. Au xir siècle, quand on ne savait pas écrire, on se contentait quelquefois de marquer seulement un point dans les actes qu'on approuvait (2).

Lorsqu'on confondit les figures du V et de l'Y, on les distingua l'un de l'autre par un point. On trouve ce signe sur les Y des manuscrits et des diplômes jusqu'aux v et vi* siècles; dans les siècles suivants, celle pratique se répandit et devint invariable au ix* siècb». Les manuscrits où le point sur l'Y est rare sont ordinairement les plus anciens. Ou voit encore des Y ponctués au xv* siècle; mais presque dans tous les temps il y en a eu sans points. Les points disposé.* en triangle ont aussi servi de guillemets.

Le point comme signe d'accentuation de l'i commence à être employé dans les manuscrits, vers la fin du xiv* siècle ou, suivant D. Mabillon, au commencement du suivant; au milieu du xvr, ils remplacèrent tout à fait les accents, qui les avaient précédés dans celte fonction. (Voyez Accests.)

Les Bénédictins rapportent, d'après Wanlei, un psautier de Lambeth où la mesure des chants sacrés est exprimée par des points; au lieu que dans les auciens manuscrits on se servait de lettres.

Emploi de la virgule

Quoique la virgule ne soit pas si ancienne que le point, on la rencontre dans des manuscrits du vi* siècle, serrant à marquer lo repos le plus petit dans la période. Sa figure est la même qu'aujourd'hui dan9 quelques manuscrits, mais elle en diffère beaucoup dans la plupart de ces monuments : elle ressemble alors à une petite *, à un accent circonflexe ou à un petit u diversement incliné. Quand elle ne s'éloigne pas de la forme actuelle, sa pointe est quelquefois tournée vers le haut ; en général elle présente les positions les plus diverses.

La virgule servit souvent, comme nous l'avons dit en parlant du point, pour distinguer les phrases finies ; on en trouve aussi après chaque mot. A la lin des livres ou des alinéas, on plaçait tantôt une virgule, tantôt deux points disposés diagoualeuicnt. La virgule et le point servent d'abréviatiou dans les mots plurib;t usq;t pour pluribut^ usque.

au RfiVîf.

(2) Momirc de du Cange, l. Il, col. 351

•ogle

C?7 DICTIONNAIRE DE DIH

Nous terminerons ces remarques sur la ponctuation des manuscrits par les ré- (U'iions suivantes, faites par M. de Wailly à la fin de son travail sur le même sujet : a En résumé, comme les manuscrits d'une même époque présentent des systèmes tout à fait d fférenls, il n'y a qu'un examen attentif qui puisse apprendre la valeur que chaque copiste attachait aux signes de ponctuation dont il faisait usage. 11 ne faut pas oublier non- plus que ces signes ont été employés très-souvent sans le moindre discernement, et qu'on ne doit alors en tenir aucun lompte (1).» {Voyez les [ac-simile de l'article Ecrit u h b.)

Page 1