‹ Dictionnaire raisonné de diplomatique chrétienneChapitre 339 sur 455 · VIATIQUE CHRETIENNE · texte numérisé non relu

VIATIQUE CHRETIENNE

voyant déposé pour la teronde fois du «6nérai al des frères - mineurs en 12i9, «Ih trouver l'empereur Frédéric 11, excommunié par Grégoire IX., et accusa ce pape de s-elier des bulles secrètement dans sa chambre, sans la participation des cardinaux, et de donner à ses nonces des bulles scellées en blanc pour les remplir à leur gré. L'abus de l'apposition du sceau à des parchemins vides parut d'une si grande conséquence, que le concile tenu à Poitiers, l'an 1280. punit de la peine de l'excommunication tous les juges qui scelleraient des cédules en blanc. B>rtius remarque le peu de cas qu'on a fait dm Charles do l'empereur Wenceslas, qui, après avoir fait mettre son sceau à des parchemins vides, les donnait à remplir »

On rapporte encore d'autres précautions pour prévenir la fraude, qui sont plus bizarres qu'culc ices. Tantôt on insérait dam la cire des cheveux ou des poils de la barbe. Quod ut ralmn $it et stabile perseveret m postremum, prœsenti tcriplo sigilli mei robur apposai cum tribus pilis barbœ t»t(r. Cette formule, empruntée à une charte de 1121, se retrouve encore à la fin du xu siècle : tantôt on imprimait dans la cire la marque dj ses dents, ou bien on faisait au revers du sceau des trous, soit avec le pourr, soit avec un instrument. Souvent enfin l'on attachait aux sceaux des symboles d'investi* ture, tels que des pailles, des gants, etc.

On détruisait les sce'aux lors de la mort des individus, ou bien on les plaçait dans leurs tombeaux, a C'était la coutume chu les anciens, disent les Bénédictins, de mettre les sceaux et les anneaux des défunts a*«c leur corps dans le sépulcre. Lorsqu'on travaillait, au Vatican, à jeter les fondements delà chapelle de Saint-Pierre, en 15»V, on découvrit le tombeau de Marie, épouse de l'empereur Houorius, où l'on trouva, entre autres choses, quarante cachets ou anneaux d'or et de pi rres précieuses, sur l'une desquelles était gravée la lé e de ce prince. L'usage de renfermer ainsi dans les tomb aux des morts leurs anneaux* à sceller passa des Romains aux Français (1). » Eo effet, le cachet de Cliildéric 1" fut trouvé dans le tombeau de ce prince en 1053; à la fin du siècle dernier, dit M. de Wailly, lorsque les lombes de Saint-Denis furent, violées, on découvrit le sceau de la reine Constance, déposé aujourd'hui à la Bibliothèque du roi. Au xu siècle 1<; sceau de Guillaume de Toucy, évéque d'Auxerre, fut enterré avec lui , après avoir été brisé à coups de hache. Lo même usage était observé aux funérailles des papes : le vice-chancelier faisait rompre publiquement le côlé de la bulle sor lequel était gravé le nom du pape; l'autre côté était remis au caméricr sous une cnreloppe cachetée. Le sceau d'un pape déposé était également détruit ; celui de Jean XXIII tut brisé par ordre du concile de Constance. Au dernier siècle on prenait encore la même précaution à l'égard i*

1 anneau du pécheur. Celle coutume est constatée par un grand nombre d'exemples, et l'on trouve encore souvent dans 1 1 terre d< s anciens cimetières des sceaux quj n'ont pas d'autre origine.

La conservation des sceaux était l'objet des plus grands soins. Ou rapporte que le garde des chartes de la grande église de Couslautinople portait sur sa poitrine le sceau du patriarche. Maître Rng.r, vice-chancelier de Richard I ', roi d Angi< tertc, ayant péri dans un naufrage , proche l'île de Rhodes , on trouva le sceau royal suspendu à son cou. L'acte d hommage que Philippe, archiduc d'Autriche, rendit à Lou.sXII, l'an Ui)9, nous appren 1 que le chauffe cire portait sur sou d.»s le sceau du roi quand le chancelier de France voyageait à chenal.

P<>ur obvier aux inconvénients qu'entraînerait le vol ou la perte «1rs sceaux , on employa encore d'autres moyens que les Bénédictins nous font connaître. On annonçait la perte du sceau et on avertissait publiquement de ne p is ajouter foi aux lettres qui en seraient scellées, «l l'on révoquait le sceau perdu par un acledre«sé à la chancellerie ou dans quelque autre tribunal. Plusieurs Je ces déclarations, qui sont du xv siècle, ont é é extraites de- registres du Châlelcl par les Bénédictins, et d'autres sont citées p u la Thaumns>iére , dan-i son ouvrage sur l< s Coutumes du Bcauvoisis. On suppléait aussi quelquefois à la p -rte du sceau par certains indices que l'on donnait. Les Bénédictins reproduisent, d'après Biluze, un exemple curieux de cette manière : il s'agit -tans ce Cas d'un sceau perdu qui n'avait pu être remplacé. « Le trésorier de l'églbe d^î Saint- Quentin, disent-ils, perdit son sceau dans un incendie. écrivant à I evéque d'Arras, il lui donna pour supp'émcnl de sceau , et comme marque certaine de la vérité de la lettre, ce signe fort singulier, savoir que le prél l, allant à Borne, avait rencontré, a la porte de 11 :m, Foulques, clerc de l'enlisé de Saint-Quentin (1).

L'adoption d'un nouveau typo pour remplacer l'ancien perdu ou volé nécessitait une déclaration expresse. Il en était de môme quand il s'agissait de remplacer un sce <u falsifié, comme le pr.iuve une épltredc saint Bernard au p ipe Eugène 111, rapportée par les Bénédictins v2;.

Les sceaux perdus ou falsifiés n'étaient pas les seuls qu'on fût obligé de renouvela. Innocent IV prit l.i précaution d'avertir les etèquesque la gravure nouvellement faite du tôié du sceau où étaient représentées les létes de saint Pierre et de saint Paul, n'était pas parf.iitem ut semblable à l'ancien nu dèle. Le sceau du couvent de Saint-Rémi de Reims ayant besoin d'être renouvelé en 1219, l'archevêque Guillaume le fil briser et voulut que la nouvelle matrice fût gravée jusqu'à la dernière lettre eu présence du d-yeii

l\) Nouveau Traité de Diptom t. IV, p. 4.16.

(2) Ibid., \>. i>6, tfi FAéuieu!» de pattog. i. u, p 20.

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de Reims, qui la remit ensuite à la communauté. Un évé.{ue qui changeait de siège, changeait non-seulement de sceau, mais encore faisait détruire l'ancien. Aymeric, arche véquede Rouen, ancien évéqued'Auxerre, déclare qu'il a scellé une charte, relative a la juridiction du chapitre de celle dernière ville, avec son nouveau sceau, parce qu'il a fiit briser son sceau d'évéque d'Auxerre lorsqu'il Tut nommé au siège île Rouen (ô").

Un seigneur qui changeait de domaine ou de dignité détail aussi changer du sceau. Raymond Ticncavel, dernier vicomte d'Alhy, de Carcassoune et de Bézicrs, scella en 1247 de son ancien sceau, et d'un nouveau qu'il avait fait faire exprès, la cession de ses dom.ines au roi de France; il fit rompre ensuite, en présence du roi, le premier de ces deux sceaux avec son contrescel. U s'en faut cependant que tous ces changements de sceaux soient constatés par des textes, ou du moins, les actes de cetlo nature, s'ils ont existé, ne sont pas parvenus jus |u'à nous.

Les contre-sceaux, dont nous avons piriô autre part ( Voy. Contre-sceau), peuvent être regardés comme le moyen lé plus général et e plus efficace qu'on ail employé t oor se prémunir contre la perte, le vol ou la falsification des sceaux. Il est bien constaté que plusieurs faussaires ont réussi à détacher les sceaux des diplômes authentiques, et à les appliquer ensuite sur «les actes faux : il suffirait pour cela d'éi haiiff. r avec précaut.on le revers de l'empreint". M lis lorsque eu nwrs fut a ssi marqué d'un ca het particuli r, ce.te fraude devint impossible.

La perte de> sceaux attachés aux chartes était autrefois, en droit strict, une cause de nullité ; mais ce principe ne s'appliquait qu'aux actes récents et dans les siècles où le s eau était indispensable; on comprend que le bon sens ne permettait pas de l'éfendro aux pièces antiques dunt le temps ou diverses circonstances avaient pu détruire le sceau. Les Bénédictins rapportent une preuve de cette maxime. Saint Louis , à qui ses offi. îers conseillaient de ne pas reconnal re pour vraie une charte qu'il avait donnée précédemment, parce qi,c le sceau était eu partie détruit, ayant fait apporter une autre empreinte du sceau dont il se servait à l'époque où il avait donné cette rharl-, et les trouvant conforme*, rejeta la doctrine rigoureuse qu'on voulait lui faire admettre, et rendit à R< gn nid de Trie le comté de Dammarlin, dont il s'agissait dans l'acte. Plu- Hcuis exemples prouvent qu'en fait les chartes dépourvues de sceaux n'ont pas toujours été rejetées. Aujourd'hui ces questions n'ont plus la même importance; les anciens diplômes n'intéressent plus que les historiens, et la destruction d'un sceau ne peut diminuer la valeur d'un document qui d.'ailleurs ne serait pas suspect.

(3) Archives de l'Yonne, foads du chapitre d'Auxerre.

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