VI. IN CRIPTl >N BBS SCEAUX
On a empjoyé quelquefois, dans les temps anciens, des sceaux dépourvus d'inscriptions, d'autres n'ont que des inscriptions vagues el générales; mais l'usage le plus ordinaire était d'y faire graver les nomsel les titres def personnes auxquelles ils appartenaient. Il n'en était pas de môme des contre-sceaux qui oui été souvent munis de simples ornements ou d'armoiries ; tels que ceux des rois de France et de plusieurs seigneurs el prélats. On employa aussi quelquefois des antiques puur le même usage. Cependant les contresceaux qui portent une légende sont bien plus nombreux que les autres.
L'écriture de* sceaux s'est maintenue dans la forme de la capitale latine jusqu'au ni* siècle, où l'on commence à y mêler des lehres onciales cl peu à peu des caractères gothiques. Il n'est pas rare d'y voir des lettres gieequcs.
« Quoiqu'il fût plus naturel, dit M. do Wailly, de marquer le nom de la pers mnu sur le premier côté d'un sceau, on ne lu
du naobemin >yù est IrCs-lenguc {Ardàirs derï*;>uet Fonds de Saiiil-Mat ieu )
troove quelquefois que sur le revers La face principale du sceau de Jacques 11, roi d'Aragon, c'est-à-dire celle où l'on voit ce prince ;ssis sur son trône, porte pour inscription : Diliiite juslitiam qui judieatis terrain, et oculi vestri videant tquitatem. C'est sur la seconde face que le nom du roi se trouve exprimé : Sigillum Jacobi Dei gratin, etc. (1).
Un autre usage dont les sceaux de tous les siècles fournissent do nombreux exemples, c'est celui d'écrire les noms propres par aigles, au lieu de les écrire en entier. Les sceaux munis de monogrammes sont beaucoup plus rares; cependant il est certain qu'ils ont été employés. Les Bénédictins rapoortcnl à cet égard un passage du vr concilo de Constantinoplc, tenu en 681, où il est parlé d'actes munis du sceau de l'empereur, représentant son monogramme. Les sceaux de métal de Charles le Chauve, marqués au revers de son monogramme, sont connus; et les mômes auteurs annoncent avoir eu entre les mains des cachets des derniers temps qui ne portent que des monogrammes (2). C'est aux sigles et aux monogrammes qu il faut rapporter l'origine des lettres initiales entrelacées, qui aujourd'hui se gravent ordinairement sur les cachets.
Les légendes des plus anciens sceaux sont très-simples et se composent du nom propre mis au nominatif ou au génitif: dans ce dernier cas. on sous-eulendait probablement bulla ou sigillwn. Quand on voulait exprimer ce d rnier mol, on se contentait souvent de le représenter soit par la lettre initiale, soit par une des abréviations si. sig. stgill-, cle. Hciix o mis avait supposé que le moi sigillum n'avait point paru sur les sceaux avant la Gn du xir sièc'e, mais les Bénédictins font remonter cet usage au x* siècle : ils citent pour exemple le sceau de Roricon, évéque de Laon en 972. « Le moi sigillum, discn'.-ils, est tout commun sur les sceaux des évéques et des grands seigneurs dès le milieu du xu* siècle. Au lieu de sigillum, on trouve signnm, impressio et subscriplio sigilli sur quelques sceaux des comtes et des églises; c'est qu'alors les sceaux tenaient lieu de signatures. »
Les Mérovingiens avaient des sceaux dont les légendes étaient très-simples. On n'y voit que le nom du prince, auquel est joint le titre de roi des Français. Heineccius attribuait aussi aux rois de la première race la formule Dei gralia sur leurs sceaux; mais il est prouvé que c'est seulement depuis Charles le Chauve qu'on l'y rencontre. Elle se maintint sur tous les sceaux des Capétiens, excepté toutefois sur celui de Hugues Capet, dont la légende était ainsi conçue : Hugo Dei miscricordia Francorum rex. La formule Dei gralia ne parait que rarement sur les sceaux des grands seigneurs, mais elle a été employée fréquemment par les évéques. On
(1) KlémC'Vs de \mlioqrapUie, l. II, p. 63. (3) Nomvan Truite de Diplomatique, l IV, p. 66. (S) H |M»nv:,ii |K>i.iHrv tlillicil • ou inutile <te latiniser CCS jjwitf. — l a iue.no di'.sp m; proi, nti! sur les monnaies
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trouve quelquefois des variations dans les formules des sceaux : ainsi, au lieu de Dei grutia, on mettait Dei miseratione , nutu Dei, etc. De même on trouve les mois papa, prœsul, patriarcha, employés pour synonymes d'episcopus et à'archiepiscoput.
Les Bénédictins et M. de Wailly font justement observer qu'il y a souvent de la diffe rence entre les noms cl les titres pris au commencement des chartes et ceux qui sont inscrits sur les sceaux. Quelquefois ou doit attribuer ce fait à une erreur du rédacteur de l'acte, qui n'a pas bien rendu en latin l'orthographe du nom français, et alors il est probable que la légende du sceau est plus exacte que le texte de la pièce. Mais on rencontre souvent des différences qui ne peuvent être accidentelles. Ainsi un monastère est désigné dans la charte sous le nom de Saint-Pierre, tandis que le sceau porte celui de Sainte-Geneviève; un individu porte dans le texte un surnom qui est différent de celui du sceau. Dans le premier cas celle singularité s'explique par la conservation de l'ancien sceau, et dans le second par ce fait, que les surnoms ont varié pendant longtemps ; ou du moins que, s'ils étaient Gxcs dans la langue vulgaire, ils recevaient dans leur transformation en latin des modiGcations sensible», tout en conservant la même signi- Ûcation. M. de Wailly rapporte à l'appui de cette opinion des exemples dont on pourrait augmenler facilemeul le nombre, qui ne laissent pas de doute sur son exactitude.
t'ne autre remarque faite par le même auteur, c'est que la forme latine ne servait pas habituellement pour les surnoms au xnr siècle, puisqu'on en rencontre en langue vulgaire sur des sceaux dont la légende est d'ailleurs en latin (U). Certains sceaux présentent la légende entière en langue vulgaire, et le texte des chartes est latin; tandis que dans d'autres sceaux c'est le contraire qui arrive. Les inscriptions latines n'ont jamais cessé d'être < mployées sur les sceaux. Quant aux légendes qui ne renferment aucune trace do latin, M. de Wailly n'en a pas rencontré de tout a fait incontestables avant le xur siècle. Les plus anciennes qu'il cite de ce genre sont de 1230 et 1238. Pendant la seconde moitié du xnr siècle, les légendes françaises deviennent moins rares; mais la langue latine était encore employée de préférence, même sous le règne de François 1er {k).
Les légendes des sceaux sont quelquefois formées d'une prière, d'une devise oo d'une sentence embrassant le nom du possesseur du sceau. On trouve aussi des légendes en vers, et surtout eu vers léonins. Les sortes de légendes, dout les Grecs paraissent avoir Introduit l'usage, furent employées dès le ix* siècle au plus tard, car oh eu trouve sur les sceaux de métal de CharSemagne et de Charles le Chauve. Celle versification, d'une va-
du xn' siècle où le ii'itn de l.< \illo ou du souverain esl ci français undis que le t< >l - de la légende esl eu lalio. (I) éléments de patêwjrttjtlw, l II, |» «6.
D1CTIONN \IRE DX DU LOMATiQUE CHRETIENNE.
lour assez médiocre, so rencontre sur un certain nombre d'empreintes (\). Le revers du sceau de la ville de Canlorbéry, qui représente la mort de Thomas Brcket, en a une conçue en ces termes :
I cillais ioiRiensis Thomas qui corruit vntls Tulur ab offen^b urbis sit Giuluarensit (1).
Au xiif siècle les légendes des sceaux, jusqu'alors fort simples, commencent à s'augmenter des titres de dignité et des noms des royaumes, des provinces et des territoires. Au détail des seigneuries les princes ajoutent les noms de leurs parents. On y rencontre aussi assez fréquemment des devises accessoires qui ne se rattachent pas directement à la légende principale. M. de Wailly cite plusieurs sceaux de ce genre. Louis XII est le premier, parmi les rois de France, qui ajouta un nombre (duodecimus) à la légende ordinaire pour se distinguer des autres rois du nom de Louis. Les sceaux des papes et des empereurs fournissent des exemp a beaucoup plus anciens de cet usage.
I imposition matérielle des légendes. Je profilerai des remarques intéressantes de I auteur des Eléments de paléographie sur celle question. Les légendes sont gravées de différentes manières sur les sceaux; les unes suivent le s-ns horizontal, comme dans la plupart des bulles papales; les autres sont placées dans le sens vertical; les troisièmes enfin, et c'est le plus grand nombre, suivent tes contours extérieurs des sceaux qu'elles i nloureui par un cordon. Les légendes qui occupent ain*i toute l'étendue de la circonférence commencent, en général, dans la partie inférieure du sceau ; quelques-unes cependant commencent par le bas.
Presque toutes les inscriptions des sceaux du moyen âge commencent par des Choix ( Voy. ce mot;. Vers le xv* siècle on lui substitua des rosettes, des étoiles et d'autres figures du même genre. Quand il n'y a pas de signe accessoire qui précède le premier mot d'une légende, on doit supposer qu'elle commence dans la partie supérieure du sceau. Il y a des empreintes sur lesquelles on rencontre eu même temps une légende circulaire et une léeendc horizontale ; les mots gravés horizontalement dans le sceau forment souvent une devise indépendante de la légende principale ; quelquefois au contraire ils servent à la compléter, et il n'est pas rare que ces inscriptions horizoïtl.iles renferment des portions de mots pour lesquels la place manquait sur la cir. onference du sceau. 11 en résulte souvent <|ue \a lin d'une légende est coupée de la manière la plus bizarre. Quelquefois les inscriptions gravées dans le champ du sceau u'olfreiil que le nom du personnage qui est au nominatif, tandis que ses qualités sont au uûnilil, comme dans celui-ci J- *. tpiscopi Autissiotlorensis, — Alanus. Quoiqu'on eût considérablement uug-
(t) Le» nëtitVlH'liin disent que (}n xnf au xvi* siècle ces ter» m; iimiii, Iièri'ia sur le* sceaux de. tous les pays, t.mt::» ijiii? M. «Jf Wai-ly v omtenle île rapporter qu'on n'en rcucoarc uuc sur uu petit u -mbre d'euy>re.iatcs. Comme
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menté le nombre des abréviation» et les dimensions des sceaux, il y avait des légendes tellement prolixes, que l'on élait obligé de leur faire occuper une double circonférence. Dès le xiv* siècle on avait figuré sur la circonférence de quelques sceaux des banderoles roulées à leur extrémité et destinées à recevoir la légende. Aux xv* et xvi" siècles ces banderoles, repliées sur ellesmêmes, formèrent dans le champ du sceau de nombreux circuits dont les graveurs changeaient et multipliaient les contours au gré de leur caprice. Comme les légendes suivaient toutes ces ondulations, il est souvent fort difficile de reconnaître dans quel ordre se succèdent ces lambeaux de phrases qui se croisent en tous sens. C'est dans ce cas surtout qu'il est indispensable de consulter lo lexlc même des actes, dont la su^criplion renferme presque toujours la séri«« des litres et des noms des pays énoncés dans la légende (N oyez Eléments de paléographie , par M. de \Y\uliy, t. Il, p. C9).
ML ORNEMENT*, SYMUOLB-, ARM^miRS