‹ Dictionnaire raisonné de diplomatique chrétienneChapitre 374 sur 455 · STYLE · texte numérisé non relu

STYLE

A la chule de l'empire romain la langue latine avait déjà éprouvé bien des altérations par le mélange de toutes les nations qui affluaient à Rome. La décadence des lettres amenée par les itivasious» des barbares dut accroître eucore plus cel étal de faiblesse dans le style de la langue. C'est surtout dans les acte* publics, dans les lois et les chartes, que

(1) DUlivuuu t àutnjloQiqtu.

HVTIQUE CHRETIENNE. 812

cette grossièreté se fait sentir. Quoi de plus monstrueux, en fait de latinité, disent les Bénédictins, qoo la loi Snlique, les lois de* Ri puaircs, les formules Angevines, celles de Marculfe, de Biluze, etc. ? Il y avait en dans les Gaules quelques écoles florissantes; mais, lors de l'envahissement de l'empire, ces centres d'enseignement disparnrenl, et ou retomba dans le jargon vulgaire, formé du mélange de l'idiome gaulois avec le latin. qui, transformé par le travail des siècles, devait produire le français.

Les meilleurs écrivains de re temps ne peuvent éviter de suivre le torrent. Saint Grégoire le Grand lui-même avoue, dans la préface de ses Morales, qu'on trouvera bien des phrases barbares dans son ouvrage.

Grégoire de Tours annonce qu'il va écrire en style rustique l'histoire des Français , et il affecte d'en agir ainsi, disait-il , do peur de ne pas être entendu de la plupart de ses contemporains, si ses compositions eussent été plus correctes. Beaucoup de manoscrils très-anciens, de la bibliothèque du roi, offrent les mêmes irrégularités de style. Les litanies Carolines, dressées snr la fin du vus* siècle, sous le pontifical d'Adrien I", pour l'usage parliculier de Charlemagne et de sa cour, font voir A quel point régnait encore A celle époque la barbarie dans la langue. On y lisait Ora pro nos, au Heujde pro nobis, el tu lo juvn, pour tu illum juva: phrase qui fait voir l'origine de noire mol le, synonyme de l'iMum des Lalius.

Je dois faire remarquer, avant d'aHcr plus loin, que Ton né rencontre pas ordinairement, dans les anciennes éditions des auteurs de la moyenne el ba se latinité, toutes ces fautes contre l'orthographe et le style dont nous venons de donner une idée. Mais cette différence vient de la manière fâcheuse avec laquelle on corrigeait autrefois les écrivains avant de les imprimer, pour les rendre pins intelligibles, el d'où il arrivait ordinairement tout )c contraire. On est revenu de ce système que blâmaient déjà les Bénédictins, et dans les publications récentes, comme dans les Irailés de paléographie, on observe scrupuleusement la règle do reproduire les textes primitifs tels qu'ils sont.

II. REFORME DU STTLB PAR Cil ARLEMAONB. NOUVELLE ACCEPTION DE CHUTAIS* MOTS.

Charlemagne, dont l'esprit réformateur s'attaqua à tous les genres d'abus, ue p>>uvaii négliger le plu» grave de tous, celui qui s'était introduit dans le langage. Au»si comple-l-on de son règne les premiers retours A la pureté du style dans les chartes et dans les manuscrits, quoique l'amélioration ne se soil pas fait égalemeul sentir en même temps el dans toutes les parties de son empire, comme tious l'avons vu on parlant de l'orthographe. Il arriva aussi que, malgré celle réforme, il resta dans la langue un grand uo ubru de locutions vicieuses qui y

(S) iUmetUs de palier ayhie, 1. 1 , |>. 6*6.

815 STY

avaient peu à peu pris droil du cité. « Ainsi, dit M. de Wailly, l'on rencontre a chaque instaut des chartes commençant par notum sit éu noverint quod. L'emploi de per pour ad, de quod pour ut, de super pour de, de dare ad uliqurm pour dare alicui; en un mot, une foule de locutions qui s'écartent do génie de la langue latine, et qui se retrouvent dans la langue française, prouvent assea que nos pères, tout en s'éloignant de la barbarie des premiers siècles, ne cessèrent jamais de transformer le latiu et d'en modifier le mécanisme jusqu'au moment où la langue nationale put suffire à leurs besoins.

« Si l'économie grammaticale du latin a été dérangée par l'oubli des règles de la syntaxe, les éléments constitutifs do celte langue ont subi en mémo temps une altération profonde. Pendant qu'on introduisait des mots d'origine étrangère, les mots latins étaient modifiés dans leur orthographe, et, ce qui est encore plus important, détournés de leur signification. Ainsi, le mot templum n'était guère employé pour désigner les édifices sacrés : on se servait ordinairement de basUieo. ecclesia. Sous les Mérovingiens, casa Dei désigne plutôt un monastère, et monasterium ou même canobium, une église, même cathédrale, parce qu'alors les églises étaient ordinairement desservies par des moines.

Après le vu* siècle, capella désigne souvent une église paroissiale. Le mol prieuré n'a para qu'au xr siècle; on se servait auparavant des mots cellœ, cellules, abbatiolœ, monasteria. C'est peut-être dans les Dialogues de saint Grégoire le Grand qo'uno église de village est appelée pour la première rois parochxa (1). »

On trouve dans les diplômes fundare mouasterium, pour restaurer, augmenter considérablement un monastère ou une église; civitat, pour le territoire d'un peuple et sa ville capitale; pagus, pour une ville et son territoire; castrum, pour une ville fortifiée; manstis en France, et massa en Italie, pour une ferme, un fonds de terre; mansio, pour une maison ou une famille ; aspicere ad, pour appartenir; juniores, pour des inférieurs; senior es, pour des supérieurs (xenior basilica. la cathédrale); prœesse, requiescere, etc., videtur, pour prœest, requiescit, etc.; dare,donare, concéder e, pour confirmare, redders; emunitas, ou pour une exemption ou pour un certain canton exempt de la juridiction du comte; donabo, pour donavi, en Angleterre; honor, pour un Ccf noble; exemplum, exemplar, exemplatio, dans le Maine, l'Anjou et le Perche, pour des terres défrichées; toga monachorum, en Espagne, pour désigner une communauté de moines; seu et «w, pour et; tl, pour vel; patrocinia, pour Jes reliques de saints; se commendare, pour jurer foi et hommage ; filius donatus ou nutri tu s, pour bâtard.

11 serait facile d'étendre beaucoup cette liste ; ce qui doit faire conclure combien il

(t) Eléments de paléographie, t~ l, p. 164 el it* Béuo-

diclii».

SUS fit

est nécessaire de s'aider souvent du Glossaire de du Cange, et de faire une étude profnndie de ce latin barbare, si l'on veut s<» garantir de fréquentes méprises. {Voy. Oa-

TIDGRAPUe.)

SUSCRIPTION. On entend, dans le langage ordinaire, par suscription, l'adresse d'une lettre; mais en diplomatique ce terme désigne cette partie dun acte qui vi» nt âpre* l'invocation, et qui contient ordinairement le nom et les litres de celui qui parle, et le nom et les qualifications donnés à la personne a qui l'acte est adressé. Les souhaits ou le salut terminaient souvent cette formule. {Voy. Salut.)

Page 1