‹ Dictionnaire raisonné de diplomatique chrétienneChapitre 375 sur 455 · I. GÉNÉRALITÉS · texte numérisé non relu

I. GÉNÉRALITÉS

On a épuisé fa liste des épithètes honorables, pour qualiGer les personnes auxquelles on s'adressait, aussi bien que pour se nommer soi-même. On employa les mots excellence , majesté, altesse, sérénité, sainteté, béatitude, éminence, sublimité, spectabilité , dilection, charité, grandeur, gloire, clémence, mansuétude, piété, utilité, industrie, habileté, capacité, magnificence, autorité, et d'atiires encore. On disait, par exemple, militas vestra, almitas vestra, industria vestra, solertia vestra, culmen tuum , magnifica auctoritas tua, etc. Mais tous ces litres, pris et donnés indifféremment, n'étaient guère que dei formules de style, dont quelques-unes devinrent propres a certaines chancelleries; car les Pères du concile d'Agdc, célébré en l'an 506, nomment le roi Alaric, tout arien qu'il était, princeps piissimus.

Primitivement, l'ordre suivi dans l'énoncé successif des personnes fut très-irrégulier, et sans doute le hasard seul y prenait part. Les supérieurs , les égaux et les inférieurs mettaient indifféremment leur nom avant ou après celui des personnes à qui ils s'adressaient. Cependant, par la suite, il devint d'usage de ne pas prendre pour soi la première place, à moins qu'on n'écrivit à un inférieur. M. de Wailly rapporte un passage d'une lettre d'Héloïsc â Abailard qui ne laisse pas de doute là-dessus :

Miror, unice meus, quod prœter consucludinem epistolarum , imo contra ipsum ordin/m naturalem rerum , in ipsa fronte satutationis epistolaris me tibi prœponere preesumpsisti, feminam videlicet viro, uxorem marito, ancillam domino, moniale m monacho et sacerdoti, diaconissam abbati. Rectus quippn ordo est et honestus ut , qui ad superiores vel ad pares scribunt, eorum quibus scribttnt nomina suis anteponant (2).

Ou v au vu' siècle les empereurs se donnèrent ordinairement le premier rang dans les suscriplions des actes qu'ils adressaient aux souverains pontifes. Adrien IV, au xir siècle, se plaignit à l'emperenr Barherousso de ce qu'il avait suivi cet ancien usage.

Rien de plus simple que les suscriplions des cvôtjacs des trois premiers siècles. Elles étaient dans le même genre que celles des

(î) fWd., p. ! 94.

écrivains laïques, el composées des deux noms de celui qui écrivait cl de celui qui devait recevoir la lettre. Les évéques se donnaient le titre de frire, et terminaient la suscription par un salut. Les papes ne prenaient pas d'autre qualité qu'eux, el ils ne se distinguèrent par le titre de pape que lorsqu'il eut été interdit aux évéques.

Après les trois premiers siècles les prélais prirent leur qualité d'évéque, à laquelle ils ajouteront souvent les épilbètes d'humbles, d'indignes, de pécheurs. Mais la modestie qui distingue ces souscriptions fait un contraste frappant avec les titres pompeux qu'on leur accorde, ainsi qu'aux papes. Nous ne répéterons pas ici ce que nous avons déjà dit ailleurs ( Voyez les mois Pape el Ëv6que) au sujet des noms divers que ces personnages ont reçus.

En général les titres d'humiliié pris par les évéques sonl ordinaires dans leurs chartes depuis le ive siècle jusqu'au xn*, quoiqu'on en renconlre aussi dans le mémo espace de temps qui revêtent une forme distinguée, comme on le verra plus bas aux Suseriptions ecclésiastiques.

Une lettre de saint Bonifacc. archevêque de Maycnce, adressée au pape Zacharie pendant lo vue siècle, montre jusqu'où pouvait aller la prolixité des suseriptions : Rtverendissimo palri, dilectissimo domino, cum timoré rt tremore venerando ^magistro, apostoiici honoris privileyio prœdito, pontificatus infula aposlolicœ sedis sublima to Zachariœ, Bonifacxus exiguus servus vester, Ucet indignus et uitimus, tamen legatus Germanicus devotissimus, oplabilem in Chrislo immarcescibilis charilutis satutem.

« A commencer par Louis le Débonnaire, disent les Bénédictins (I), les empereurs, rois et princes d'Occident ont trè*- fréquemment employé à la télé de leurs litres : Divina ordinanle, propiliante, annuente, patente ou prœordinante providentia, miser icordia ou clementia, imper at or anqustus rex ou dux, «•le. ; ce qui n'cmjiécha pas qu'on ne fit us gc di s formules Dei omnipotentis mise) icordia, Dei misericordia, Dei clementia, divin e providentia clementia, grnlia Dei, formules qui dans la suite ont prévalu, en France, sur toutes les autres. Mais un peu après le milieu du ix* siècle, les empereurs français, el, depuis, les Allemands à leur exemple, affectèrent plus particulièrement colle formule : Divinn favente clementia. Nos empereurs, à l'imitation de ceux de Conslanliiiople, prenaient les titres d'invincibles et de pacifiques. Quelques-uns de nos rois s'attribuèrent aussi les mêmes qualités : on en vit y ajouter celles d'inclytus, de gloriosissimus, de dementissimus, de semper augustus »

« A la formule régnante in perpeluum, les anciens rois d'Angleterre joignaient tantôt Domino nostro Jesu Chrislo, tantôt omnipotente Deo et Domino nostro Jesu Chrislo; à quoi ils ajoutaienl encore, accuncta mundi j-trnjuslo moderamine regenti, cl aulrc» ex-

llj Nouvew Traité de Dipto antique, t. IV, p 617.

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