II. SUSCRIPTIONS DBS BULLES ET AUTRES REECRITS DBS PAPES
Pour parler des suscriptions des papes, nous sommes forcés de répéter ce qui a été dit ailleurs ; on ne sera donc pas étonné de retrouver ici ce qui est déjà répandu dans plusieurs autres articles, comme aux mots pape, é tique, fils, frère, etc.
La formule N. episcopus est employée dans les bulles des premiers siècles préférablemenl à toute antre. Saint Sirice est peutêtre le premier pontife romain qui ail pris le litre do pape. Plusieurs de ses successeur*, au v* siècle, firent entrer celte formule dans leurs suscriptions, mais sans négliger pour cela celle d'évéque. Dans le siècle suivant le mol episcopus était souvent suivi de quelques épilhèles, telles que : Ecclesiœ catho— licœ ou sanctœ Ecclesiœ caiholicœ urbis Romœ. C'est aussi à cette époque que S. Grégoire le Grand introduisit la formule episcopus servus sercorum Dei.
Jusqu'au x* siècle il règne une grandi; irrégularité dans la manière dont les papes placent leur nom dans les actes : tantôt c'est avant celui des personnes auxquelles ils écrivent, tantôt c'est après. Mais à partir de ce temps ils adoptent presque invariablement l'usage de le mettre avant celui des personnes auxquelles ils s'adressent. Ce n'était que dans le cas où les bulles étaient adressées à des saiuls qu'il y avait exception à l'usage. (Voyez Bulles.)
Les papes donnèrent aux souverains, aux grands et aux ecclésiastiques du second ordre la qualification de fils, et aux évéques celle de frère. (Voyez ces mots.)
Au m' siècle les empereurs commencent à recevoir des souverains pontifes les titres fastueux de très-pieux seigneurs, sérénissimes vainqueurs et triomphateurs, d'amants de Dieu et de Jésus-Christ, d'augus tes ^clc. Ces formules étaient encore à peu près les mêmes au ix* siècle. Les rois et les exarques recevaient aussi les qualifications de domini excellentissimi atque prœcellentissimi fitii, et d'autres analogues a celles des empereurs.
Mais si les papes donnaient aux souverains temporels des noms aussi élogieux, ils en recevaient eux-mêmes, dès le tir siècle, qui ne cédaient en rien à ceux-là, et qui montrent combien leur influence se faisait déjà sentir. Si beaucoup d'actes conservaient
(tj Xouvc:u Tntiiïde Piptomitiqur, <?l Klf.nenl» </ • ;> :!tv<7> rrj>/i:Y, t. !, p. 200.
encore la formu'c ancienne : Domino bettittimo pnpa, d'autres y ajoutaient ou la modifiaient comme celles-ci : Domino tancto et bealittimo patri patrum M. papœ famulus rater; domino tancto merito apottolico et divina benedictione decoralo ili. papœ parmi», tummœ redit prcttuli. Quelques écrivains inventaient de nouvelles épithètes , comme celles-ci : Domino meo tanctittimo et ter beatittimo ill. summo pontifiei teu unitertali papa, etc. Dans la suite les titres les plus magnifiques leur furent prodigués. Cependant, comme le fait bien observer M. do Wailly, il ne faut pas croire que ces formes de langage leur aient toujours été spécialement consacrées : les évoques reçurent pendant longtemps les mêmes qualifications.
1)1. SUSCE1PT10NS DBS PIÈCES ECCLÉSIAS- TIQUES.
Comme nous l'avons tu aux généralités, les titres des évéqnes étaient des plus simples dans les premiers siècles ; il y règno aussi uno certaine humilité dans les formules qtji persista pendant longtemps. — « Mais, dit l'auteur des Elémentt de paléographie, à côté de ces expressions, indignus, exiguut, etc., il n'est pas rare de rencontrer les qualifications de trit-heureux , révérendittime, vénérable, etc., prises par les prélats dans la suscription do leurs actes. On trouve les unes et les autres réunies dans la suscription d'une charte de Jean, évéque de Sistcron, en 812 : Jofmnnet epiteoput trrvut servorum Dei: in sanctimoniis perspicuut et in omnibut rebut ditittimus, ac peritittimus in omni opère et termone, coram Deo tlhominibut. C'est ainsi que l'évéquc de Clermont, en 945, preud les titres de prœtul exitniut et humillimus. Mais, quoiqu'on x' siècle bien des prélats aient commencé à recevoir, comme seigneurs temporels , les titres les plus fastueux-, tels que ccox àc sérénité , de majesté , etc., cependant la plupart d'entre eux continuèrent à se servir des formules les plus humbles : il en fui de même dans les deux siècles suivants. Ce qui peut caractériser le xii* siècle, c'est que les invocations sont moins fréquentes. Elles deviennent plus rares encore du xm*. Les titres des suscriptions sont moins prolixes et moins fastueux. Les noms propres ne sont ordinairement indiqués que par la lettre initiale. On peut réduire à cinq formes principales, qu on retrouve à pou près les mêmes dans le xiv siècle, Ici débuts des actes ecclésiastiques : 1* une invocation (1), accompagnée de la suscription et de la date; 2* les pronoms ego ou nos, suivis d'une sîmplo souscription; 3° les formules notum lit , noverint , ou plus ordinairement les mots univertis ou omnibut, etc.; suivis de talulem ou pateat, notum lit ; 4* les dates suivies de la suscription ; 5* un préambule fort court, suivi de la suscription. Au xv* siècle quelques prélats prirent les titres des seigneuries et des châteaux
(I) Celle forme est plus rare que les autres. (*) EU-nents de paléogi cphie, 1. 1, p. l'J8.
appartenant à leurs églises. Les archevêques de Rouen se qualifièrent primat» de Normandie, depuis que l'indépendance de leur siège eut été décidée à Rome en 1455. Quand les ecclésiastiques dressent eux-mêmes leurs actes , ils emploient des formules différantes de celles qu'on rencontre dtns les chartes qu'ils font rédiger par les notaires publics. Les actes ecclésiastiques passés devant des notaires apostoliques et impériaux , commencent ordinairement par une courte invocation , suivie de la suscription et de la date. Dans le siècle suivant les formules restent les mêmes. Nous devons faire remarquer seulement que le. style de la juridiction ecclésiastique devait avoir plus de fixité, puisque la compilation composée en 1431 par Henri d'Avaogour, archevêque de Bourges , avait été imprimée en 149J , par les soins de l'archevêque Guillaume de Caoïbray. Uno seconde édition de cet ouvrage , revue par le cardinal do Tournon f parut en 1527 ; et après la réforme du concile provincial de Bourges en 1584 , Jean Chenu la publia avec des commentaires, sous le litre do Stylus juridictionis ecclesiasticœ archiepiscopalis, etc. (2). »