CHAPITRE II
Seconde source d'altération. Abréviations.
§1. Usage itcs abréviations. Difficulté des copistes Si les bien rendre
On écrivait par abréviation ou des mots entiers , ou seulement des syllabes. Ces abréviations sont quelquefois indiquées pr.r un trait; mais souvent elles ne sont accompagnées d'aucuHe indication , cl l'on éciivait, par exemple, apli tu[ pour aposloli tui. Les unes et les autres oui clé une source abondante d'altérations , parce qu'on les employait quelquefois pour des syllabes et des mots tout différents ; et que, dans le cas où l'abréviation n'était pas marquée par un Irait, il pouvait arriver qu'elle renfermât toutes les lettres nécessaires pour former un mot ; et alors les copistes s'en tenaient à ce mot , à moins qu un sens visiblement absurde ou une construction irrégulière nu s'y opposât. Dans l<; tom. I de saint Ambroisc, pag. 1292 K, l'abréviation du mol Domino se trouve rendue en certains cahiers par domo , et en d'autres par dono. Dans le même tome , page 247 F, un copiste a mis purgetur au lieu de perurgetur, parce quo l'abréviation de ce dernier mol présentait toutes les lettres qui composent l'autre. On trouve putior pour potenliorf tout. III Aug., it part., pag. 13 B; Insta pour in ista, loin. IV, pag. 370 C; aptissima pour apcrlUsitna , loin. Vil, pag. Vil Ii.
On voit par ccsexemplcsquelcs copistes ne voyaient pas la nécessite de supposer des ahrevtalionsdans des endroits où ils auraient dû le faire; mais il leur arrivait presque aussi sou*
vent d'en supposer où il n'y en avait ni n'en fallait point. I! y en a qui ont reu !u m conséquence le mol exptosum par exemplo jrnmenditm, dans saint Ambroisc, loin. II, pag. 1148 F. Le monosyllabe, per a été pris p<>Ur une abréviation de propter dans saint Cyprien. pag. lof) de l'édition d'Oxford, Peclorihus a < :é rcgatdé comme abréviation de peccalori' ux, lo:n. I Ambr., pag. 894 A ; et je suis (rès-porlé à croire que dans la .seconde partie du tout. IV de saint Jérôme, pag. 72 j , le mol peccaiot is a par celte raison pris la place di- pectoris dans le texte sui vani : a ( A variti.i semper immeusa, semper « immodica, ardorern peccaloris opum ma- « guitudine non resliuguens. »
C'était ordinairement le sens seul qui pouvait décider de quelle manière une abréviation devait être rendue, cl comme la plupart des copistes n'étaient pas assez habiles pour en faire le dis* -cniemenl , il leur est arrivé en bien des occasions de meltrc des mots tout différents de ceux que le sens exigeait.
C'est une abréviation mal rendue qui a répandu sur un trait de l'histoire romaine concernant la mort de l'illustre Archimède, une obscurité que nos historiens n'ont nu dissiper. On lit dans Valère Maxime, lib. VIII, cap. 7: « Is ( Archimedes ) dum animo et c oculis in terrant defixis formas describit , « milili qui prœ landi gratia domum irrupe- « rat,stricloquc super caput gladio, quisnara « essel intciTogabat... nomen suum indicarc ■ non poluit; sed proiraeto manihus pul- « vere, Noli, inquil, obsecro, islum distur- « bare : ac proinde quasi négligent imperii « vicloris oblruncalus , sanguine suo arlis « suai lineamenta confudit. »
Toul l'embarras de cet endroit inintelligible consiste dans le mot protracto mis à la place de l'abréviation plcto , par un copiste qui, ne connaissant pas l'usage où étaient les anciens géomètres, de tracer leurs figures sur une poudre préparée et mise en eauleur, dont il< couvraient une planche, ne vil point qu il fallait lire proteelo, et qu'Arrhimède étendit les mains sur sa planche en priant le soldat de ne rien déranger dans ses figures.
Si cet endroit ainsi rétabli avait besoin de quelque éclaircissement , on le trouverait dans les deux textes qui vont suivre, l'un do saint Ambroisc , l'autro de Cassiodore.
Saint Ambroisc de Abraham, lib. Il, cap. 11, num. 80, dit : a Nec mundum radio for- « inamus, nec. cœlum in pulvere quœrimus a nec inlra anguslos abacos orbem conclu - « dhnus : sed vera aperimus mysteria. »
Cassiodore.de Geomclria, pag.">88, loin. Il, de la dernière édition : « Joveni suum in « operibus propriis geometram fuisse tcslan- « lur. Quod nescio utrum laudihus an vitun pcr.'lionibus applicelur : quando quod il'i «« pingunl in pulvcre coloreo, Joveni facerc « menlitiutur in crtlo. »
Cela me pré-enlc une occasion dont je crois pouvoir profiler pour répandre quelque lumière sur uu endroit de Cicéron où il dit,
FIJ Mi f»K CRI HOTE.
I0Î5! DICTIONNAIRE DE D.PLl
lib. Il d • Nalura Dcorum, cap. 18 : Nnmwmm eruditum illum pulverem attigislis. M. I abbé d'Olivel trouve là une métaphore qui lui parait trop hardie, et qui en effet serait intolérable si c'en était une. Mats on ne •luit y voir, ce me semble, que la signification la plus simple et la p!us littérale. Eruditut dans le sens propre, signifiV qu'on a préparé, qu'on a dégrossi, qu'on a poli; et Von en trouve la preuve dans le passage suivant de Tertullif-n, de Pudicitia, num. 8 : « Sed enim pterosque interprètes parabola- « rum idem exilu* decipit, quemi in veslihus « purpura oculandis saepissiine evenire est : « eu m pulaveris recle conciliasse lemperac menla colorum. . . erudito mox utroque « corporc, et luminibus expressif, errorem « omnom Iraductadiver&ilas evomet. » Voyez là-dessus les nol>s du savant lligault.
Me pcrmetlra-t-on d'ajouter à cette petite digression une pensée qui m'est venue après le rétablissement du texte de Va 1ère Maxime 7 II m'a semblé que la peinture pouvait trouver dans ce trait d'histoire la matière d'un tableau assez intéressant : Archimède au milieu des horreurs du sac (Tune ville, plus occupé de ses figures et de leur conservation que du péril qui le menaçait. Ce tableau piquant par l'événement en luimême et par l'altitude du géomètre étendant les mains sur sa planche, tandis que le soldat tient l'épée nue sur sa télé, pourrait le devenir encore plus , si le peintre représentait sur les murs de la ville, du côté baigné par la mer, les machines inventées par Archimède pour accrocher les vaisseaux romains, dont on verrait les uns secoués en l'air, vomir dans les eaux ceux qui les montaient, et les autres s'éloigner à force de rames dès qu'on apercevait quelque chose de suspendu le long des murailles.
| 11. Différentes espèces d'abréviations. Sigle. Voyelles supprimées. Lettres majuscules. Curai lères Uroiiiens, ele
On employait quelquefois pour abréger, ce qu'on appelle sigle, la lettre initiale d'un mot, s, p, pour sine paire, d'où est venu spurius : V. 6'. pour rir clarissimus, ce que des copistes peu au fait ont rendu en certains endroits par vitarius; C. F. pour clarissima feinina (du rang des clarissimes), au lieu de quoi un copiste a mis quelque part, Consul Félix, etc.
D'autres foison mettait plus d'une lettre, et cela avait souvent lieu dans la citation des passages de l'Ecriture : Cujus habit, in lut. dont, pour cujus hubitnculum in luteis domibus, Ambr., loin. I, pag. 394 F, note c.
Cet usage pouvait, comme on voit, être la source de beaucoup d'altérations. De là, les quinque novit civitates pour lex velus novil civitates, Ambr. loin. I, pag. 426 A. Le mot vêtus était écrit par sa lettre initiale v; et celle lellre fut prise pour un caractère numérique, comme on en fait la remarque au bas de la page.
Dans la préface de Cassiodore sur le Psautier ( tom. 11, pag. 1 ), les manuscrits présentent, par les trois premières lettres
4ATIQUE CHRETIENNE. W.Si
d'un mot, une abréviation qui a été mal rendue : Inclinât sup. humilitati, à la place de quoi on a mis dans les imprimés, inclinât superbos humiliatis. Le mot humilitati portail comme de lui-même à mettre superbiam A la place de l'abréviation sup.; mais on voit par humiliatis, substitué à humilitati, que la signification des mois superbiam et humilitati en cet endroit, avail échappé aux éditeurs. Ils ne firent pas attention que c'était la même chose que s'il y avait eu, superbos humilibus ou nubiles ignobilibus ; et *i quelqu'un en doutait, il pourrait s'en convaincre par l'eudroît suivant de saint Augustin, tom. V, pag. 1031 A : « Ad islam a gratiam accipiendam non se prsponat su- « perbia humilitati, nihil scienti, nihil ha- « benli. »
Erasme, dans ses Adages, chil. 3, cent. 7, prov. 87. observe que les anciens suivaient l'usage de» Grecs dans la suppression des voyelles. Celle espèce d'abréviation pouvait en bien des cas fairedéfigorerlelexlc, surtout lorsque l'endroit où la voyelle était supprimée présentait, malgré cela, une expression latine. On en trouve un exemple remarquable, tom. III, il p. Aug., pag. 827 C. Tract. 1, in Epist. ioan. : « Alque ulinam sic habitet « et in corde, ut passiones marlyrum imile- «mur, non eos calcibus persequamur. > Tout annonce qu'il fallait metlre calicibus ; mais la suppression de la voyelle t, laissant subsister un terme latin (caleibus), le copiste s'en contenta. Confer tom. VIII, pag. 348 A : Qui autem se in memoriis martyr um tuebriant. Item, tom. V, pag. 1108 D : Oderunt martyres lagenas vestras. . . ebrietales vestras.
La même chose est arrivée dans l'histoire de Richard deClugni, de Originibus monasle. rii Caritalis, pag. 414 du lom. 1 du Kccueîl de divers écrits de M. le Bœuf: « Allaria « vero ^rœiera tam majoris ecclesie quam « eliam capells, quibus articuleniur cœli « senaloribus,quasve inserlas habeanl mar- < gantas, et usus ipse, et singularum palam « facil superscriptio. * Il esl évident qu'il fallait suppléer t dans le mol usus, et lire visus, en mettant d'ailleurs attitulentur à ta place de articulentur.
Le sixième lirre de Laclance, Divin. Institut, can. 6, tom. I, pag. 445, novas edit., présente là-dessus un aulre exemple dans le texte suivant : « Nec enim virtus est opes « quœrerc, quarum neque invenlio, neque « possessio in nostra pot es talc esl. Itaquc et « quastu et oblentu faeiiiores sunt malis, « quam bonis. » Le sens et le mot quœrere qui précède, demandaient qwesitu an lieu de quœstu; mais ce dernier terme était latrn,et le copiste ne s'avisa pas de chercher s'il n'y avail point là une abréviation.
On trouve par la même raison instructoribus au lieu de instructioribus, dans le troisième concile de Carthage, can. 23, pag. 158 de la Somme de Carranza : « Quascumque « stbi preces aliquis describit, non ets uia- « tur , nisi prius eas cum instructoribuf « fratribus conlulcrit. »
On trouve dans la Diplomatique , pag. 58 A. une pratique des copistes, qui doit être comprise dans le rang des abréviations. On rmptoyait des caractères majuscules pour Indiquer que les lettres formée» de celle sorte dev.iicnl être répétées, soit dans l'ordre naturel, soit en rétrogradant : dans l'ordre naturel, comme sa TËmporis pour sat te temporis; en rétrogradant, comme lemurES informant pour lémures se reformant; quID dicit pour quid didicit.
Je pense que celte dernière manière d'employer les majuscules n'ayant pas été entendue par un copiste, a occasionné la suppression du monosyllabe te dans le telle suivant de saint Augustin, I. V, pag. 760 C : « Et si lecla laqueala (te) conlegunt , simul « vos et pauperem contegit tectum mundi cce- « lu m. » Il y avait sans doute dans l'origine « simul vos , te et pauperem contegit tectum « mundi eceinm. » Mais les deux mots te et se trouvant abrégés par le* majuscules TE, qui devaient se répéter à rebours, le copiste qui ne voyait là que le monosyllabe le, ne put souffrir simul vos te pauperem, et changea te eu «f , d'autant plus aisément que ces mois se confondaient quelquefois l'un avec l'autre.
La connaissance de cet emploi des majuscules peut servir à rétablir bien des endroits où les copistes, qui n'entendaient rien à celle indication, n'ont écrit qu'une fois des lettres, des syllabes, ou des mois qui devaient être répétés. De là vient que dans le tom. 1 de saint Ambroise, 1187 E, le grand nombre des manuscrits porte pro affectibus , au lieu de pro profeclibus, qui était écrit PRO feetibus. Un copiste, ne sachant pas qu'il fallait répéter la syllabe pro , changea fectibus en affectibus.
Dans le môme tome, pag. 708 A, nE tibi, qui devait élrc rendu par ne et ibi, l'a été par ne tibi dans la plupart des manuscrits.
On lit lom. V Aug., 1515 C :Gustare*aquam maris nemo potest , pièces manducare ; el les savants éditeurs observent à la marge que le mol potest , doit être répété avant pisces. Celle omission a sans doute son origine dans l'usage donl il est ici question , el qui était inconnu aux copistes postérieurs.
Dans le tome 1 de saint Ambroise , page 942 D, le mol fomerat, qui devait être répété, ne se trouve écrit qu'une fois dans presque tous les manuscrits.
Quoi qu'il en soit, au reste, de ce qui a occas ion né celte espèce de fautes, elles se rencontrent assez souvent , soil dans l'origine par la raison qu'on vient de dire, soil parce que, dans la suite , les copistes se mirent dans l'usage de n'écrire qu'une fois des syllabes qui se trouvaient répétées de suite , comme te remarque Rigault dans ses Observations sur Minucius Félix, pag. 10. Us écrivaient, par exemple, tam vêtus, tamutilem, pour tam velustam, tam utitem.
En faisant usage de ce qui vient d'être dit daos ce nombre, on peut, ce semble, parvenir à la restitution des textes suivants , dont l'altération est évidente.
1» Tom. I Aoibr., 1285 E, lib. II in Lucam
num. 12, on lit : ■ Slalterum negas, altéra m « adstruis, uirumque sequere, et utroroque
< confirmas. »
Il parait fort vraisemblable que la leçon primitive était : « Si alterum negas alteruin « adstruis , dcslruis uirumque : uirumque a sequere, et uirumque confirmas. »
tffrumçue n'ayant éléécrit qu'une fois, l'endroit devint inintelligible, el l'on supprima destruis , qui d'ailleurs put être regardé comme une variante, sans parler de l'embarras que causaient à l'esprit les mots adtiruis el destruis, écrits de suite daos un temps où il n'y avait aucune ponctuation.
Pour plus grande clarté , j'ai mis deux points entre les mots uirumque, sans mettre de virgule après negas.
2* Dans le même saint Ambroise, de Firic, lib. V, cap. 17, num. 212, tom. 11 . pag. 589 E : « Unde alibi quoque ipse Dominos inter- « rogatus ab apostolis , inquara , qui uttque « non sicul Anus intelligebant, etc. »
Il est aisé de voir que ab apostolis devait être répété, el que le saint doclcur avait écrit : « Interrogatus ab apostolis , ab apo- « slolis, inquam, qui , etc. »
3" Aug. loin. IV, pag. 529 D : « Tolérerons
< malos, simus boni : quia et nos fuimus « mali. » Il fallait écrire si simus boni; cl saint Augustin exprime ailleurs la même pensée en ces termes : Toléra sixania, si tritieum es, lom. V, pag. 350 G.
4* lbid., pag. 1303 Ë : « Sane ubi audiamus « quod sequiiur, Concopivi salulare luum , « Domine, etiam nolcntibus omnibus inimi- « cis, salutarc Dei nobis Chrislus occurral. ■ Il fallait répéter ubi : « ubi ubi audiamus. ■
Il faut aussi comprendre dans les différentes espèces d'abréviations les caractères lirouieus, ou l'art célèbre d'écrire en noie*. Ces caractères, donl ou faisait usage pour les actes des conciles, les sermons el les procèsverbaux , se ressemblaient nécessairement beaucoup en certaines occasions. Il devait . par exemple, être fort aisé de confondre cnlro eux ceux qui exprimaient les mots cannojn longam, et caninam linguam; el c'est ce qui a occasionné une faute des plus grossières dans un sermon de saint Augustin , in psal. xci, num. 3 (I. IV, pag. 982 G) : « Restai ergo, ut « sive per transennaro, sive per cannum lon- ■ gam, sive per proximam, Deum accuset; et « cuin Deus puniat peccala, Deum facial au- « ctorem peccalorum suorum. »
Il est visible qu'il faut lire sive per caninnm linguam, sive per poreinam. Cette faute, au reste, pourrait avoir eu sa source dans la suppression do la voyelle s dans caninam. Voyez ci-dessus, num. 11.
Un endroit du tome V de saint Augustin, pag. 973 E , où on lit , Oleum etenim ignis nostri, Spiritus sancti est saeramentum , m'a fait naître au sujet des abréviations une conjecture dont on jugera. Dans cet endroit lo manuscrit de Fleury porte ignis nutrit...f qu'on rend par ignis nutrilus. Rien ne conviendrait mieux. là que nutritius ; et il pourrait se faire que les Irois points, quf suivent nulrit t fussent une abréviation destinée à
ELEMENTS DE CRITIQl'E.
1)55 DICTIONNAIRE DE DIP1
marquer qu'il faut ajouter (rois lettres à nutrit, et ces trois lettres ne peuvent ôlre que ius, eu égard nu sens et à la latinité : Oleum etenim ignis nntritius, Spiritus sancli est sacramentum. (Car l'huile qui sert de nourriture au feu, est un signe sacré qui est le symbole du Saint-Esprit.)
On voit dans la Diplomatique, pag. 57 D, que les copistes supprimaient quelquefois une syllabe entière, et qu'ils écrivaient , par exemple storia pour historin. C'est sans doute ce qui a occasionné la méprise de quelques copistes, qui ont rendu storico stylo par stoico stylo, au lieu de le rendre par historico stylo, tom. 11 Ambr., pag. 1028 B.
§ Ht. Abréviation* propns à certains mots.
On sait par Laclance qui» l'empereur Constantin fit tracer la lettre X sur les boucliers de ses soldats, pour signifier le mol Chrislus. On fit dans la suite usage de celte abréviation en écrivant, et on la fit entrer dans le mot Christianus, pour en exprimer les deux premières syllabes. Mais comme elle était inconnue à certains copistes, elle leur a souvent occasionné des fautes, et quelquefois des suppressions. Dans une pièce d'écriture ancienne rapportée dans la Diplomatique , pag. 37G, on lit , ou du moins on doit lin; : Corda Chrislianorum sanctorum ; mais l'abréviation des deux syllabes Christi n'ayant pas été entendue, ou plutôt aperçue, par le savant dom Mabiilon , il a supprimé le mot Chrislianorum, dans la page ir-liu* D , où cette pièce d'écriture se trouve rendue en caractères ordinaires.
C'est sans doute cette abréviation qui a fait écrire, tom. X Aug., pag. 611 E ; « O Gdem « qualiumeumque castoruml » au lieu do qualiumeumque Chrislianorum , qui semble avoir été la leçon primitive , et que d'autres endroits de saint Augustin rendent pour le moins très-vraisemblable.
La même cause apparemment a fait mettre Christum au lieu de Chhsiianum. Comment, in II ad Corinlb. cap. iv, tom. V liieron., pag. 1018 : «Dcdeccns est enira delinquerc « Christum. »
Dans te tome I de saint Jérôme, Prolegomen. 3, nu.n. 5, vers la fin de l'antéi pénultième alinéa, dom Martianai remarque qu'une ligne tirée au milieu de deux points se mettait pour est : Qui* -t- in vobis pour Qui* est in vobis? Cette observation sert à rétablir différents endroits où le verbe est parait manquer, comme je l'ai remarqué assez souvent, mais sans en faire de note. Les copistes, ne connaissant point celte abréviation, la passaient sans rien mettre à la place.
J'ai remarqué en un grand nombre d'endroits d'une édition de Gratien, imprimée en l'année 1511, que la ligure 2 se mettait pour abréviation de la syllabe con ; par exempte, ^versus pour conversas, Ifundam pour confundmn;c\ que la même figure, surmontée de celte sorte 2, semait d'abréviation pour les deux syllabes contra : icta pour cvntracta; 'îdicerc io'jr con'.i-'idiccrc.
M VTiQl'E CIHiËTIE.NNE. tft'C
On peut en voir des exemples, folio :?('". col. 1 de cette édition, et folio 28Ô co!. V. Cesl apparemment cette abréviation qui, tom. IX Aug., pag. 17 C, a fait mettre ducenti ou ducentos, au lieu de contra que porte un seul manuscrit : parce que cette abréviation de contra parut aux copis es être le caractère numérique 2 multiplie ptr cent. Il faudrait au reste examiner si les manuscrits qui portent, les uns ducenli, le» autres ducentos, sont plus ou moins anciens
3ue refui qui a conservé contra. Eu attenant, il parait que si l'origine que je suppose à la faute adoptée par tous ceux qui ne portent pas contra, est fondée, ils ont tons été écrits après l'invention des chiffres arabes.
S IV. Abréviations communes a des mou différents. Exemples do fautes qui en ont été h suite.
Parmi les différentes causes de l'altération des textes, les abréviations paraissent tenir îa principale place , et il peut être de quelque utilité d'entrer là-dessus dans un certain détail, parce que souvent cela peut servir à découvrir la cause d'une leçon fautive, it par conséquent à la rétablir. Il arrive en effet très -fréquemment que des endroits corrompus, où les manuscrits ne fournissent aucune variante, recouvrent leur intégrité par la seule attention à examiner fi ce ne serait point une abréviation mal rendue qui en aurait causé la corruption.
Cela ne pouvait manquer d'avoir surtout lieu par rapport aux mots dans lesquels on employait une abréviation qui était ou la môme, ou presque la même que celle qui servait pour un autre mot tout différent. Alors rien n'était plus aisé que de prendre un de ces mois pour l'autre, et les copiées (communément fort peu habiles, et incapables de discerner celui qu'il fallait écrire), se sont très-souvent équivoques en pareille occasion.
Mais il n'y a point de mots sur lesquels ils aient pris plus fréquemment le change, que ceux où entraient les prépositions per, prœ et pro; parce que l'abréviation en était presque toujours absolument la même.
C'est pour cela qu'on trouve le mol profectio confondu avec, perfectio, dans le premier tome de saint Ambr., pag. 315 B, comme les savants éditeurs en font fa remarque au bas de la page. De là les variantes protenit, pervenit, tom. X Aug., 701 F; perceptions, prœceptione, ibid., pag. 1319 D; prœleritif, perterritis, t. 1 Amb., 1101 A; perstringi, prœstrinqi, I. Il Amb., 1003 B ; providenlibw, pravidenlibus, dans saint Cypricn, édition d'Oxford, p. 153, lin. 5.
On est donc bien fondé à faire les corrections suivantes, et à mettre :
1° Prœscribam à la place de perscribam, vers le milieu du second sermon de Ncst<>rius, dans Marius Mercator, pag. G3 de h dernière édition, lin. 1 : « Si de corruptions « qcœ ex Adam mihi facla est conlroversiaai a moveril, ex illius qui peccalum non fret « vita ego e diverso perscribam. »
Le sens cl le style du barreau emp!o;é
Xll KU-.Ml.NTS:
dans tout cet endroil, démontrent que Mercator avait écrit prœscribam. (Je proposerai Gn de non- recevoir.)
2* Perception nu lieu de prœceptum. dans Lactanrc, Divin. Instit. lit), lii, rap. 6, pag. 200 novœ e«lil. : « ilaque ijui veliil sen-
• lentiffi loco pronunliat nihti sciri, tamquam
■ prœceplutn profitrlur et cogniiom : ergo « aliquid sciri polesl. » J'ai changé quelque chose dans la ponctuation pour rendre cet endroit plus clair.
3* Perdilione au lieu de proditione, dans I Hisloiro Tripartile, lom. 1 Lasxiod., p. 330 : o Barhari autem venientes «;d vicum, uhi
• Valons agnila proditione Intilarc et se cc- « lare nitebalur, immisso igne concrema- « verunt cum vico etiam pîrtalîs inmticum. > V n'est aucunement question de trahison en tel endroit, mais uniquement de la perte d'une bataille, perdilione; et Cassiodore emploie la même expression, pag. 378, cdl. 2, medio : Facla posthoc perdilione barbarorum.
4" On trouve de même proditionis, au lieu de perditionis, Amb. tom. Il, pag. 76 D, de Officiis, lib. il, cap. 6 : « Sicut in Juda pro- « ditore legimus, qui nvariliœ studio et pe- « cuniœ cupidilatc, laqueum proditionis in- « currit. » Saint Ambroisc avait mis là laqueum perditionis, relatif à I Timolh. vi. 9.
5* Prœ omnibus à la place de pro omnibus. Gelas, de Analli. vinculo, cap. 10, lom. Il Léon., pag. 170 : « Eccc qui reuin absolvi<re
• pottierunt, qui rei pro omnibus dncebantur « efleeli. » Il faut d'ailleurs mettre deux points au lieu de la virgule, après potuerunt.
6* Profuluros au lieu de prœfuturos, tom.I Léon., pag. 419, epist. ad Anast., cap. 4 : « Qtiamvis enim omîtes antisliles probatos et « UfO placilos décent consecrari, hos tamen « prœcellcrc volurnus. quos prœfuturos his, « qui ad se pertinent, sacerdolibus, uove- « riraus. «
7" Providetenu lieu de prœvidete, Append. tom. Y Aug., pag. 26 E : « Hœc ergo... velut « nuinda auimali.i spiritualiter ruminantes, 4 utilemcl necessarium cibum veslris animis « prœvidete. »
8* Perxidet nu lien de providit, Append. tom. 111 Aug., pag. 75 D : « Cordis enim in- « speclor providet poslulaulis mentem an a mcrcnlur accipere. »
9* Prœ ceteris au lieu do pro eeteris, Append. loin, il Ambr., pag. 203 C : « Majore « enim invidia laborabal (l'aulusj apud Ju-
• das»s pro cœtcris apostolis, quia, etc. » 10- Prœponrbant au lieu de proponebant,
ibid., p. 19J C : « Inflati eraul, eo quod « ?uiii| lus ab eis accipere noluil, cl propter « hoc ulios ci proponebunt. »
11" Persequendo au lieu de prosequendo, ibid. pag. 175 A : « Ul calcata superbia Iro- « pœum habeat fides, dum ex periidis Cunt < fidèles, et malevoli non proficiunl in pro-
• sequendo credenles. »
12' Prostcutione pour persecutione , au commencement du quatrième concile de Tolède, dans la Somme de Carranza, pag. 300 :
■ Deinde re'igiosa persecutione syuodum ex- « horlatus est, ut, etc. » Rien do plus com-
; cun iQL'k n:.8
mun que les expressions prosrqui, proserutio, pour marquer la teneur et la suite des dire cl des alléguions de quoiqu'un.
I l" La même faute se trouve, ibid. pag. ,189, initio : « Hic Paulus hereiicus suggessit im- « peratori ul deduceretur Mailinus Coiisiau- « tiuopolim occidendus, nisi cesaarel a sua « persecutione. •
14" Proturbastis au lieu de perturba Mis, Aug. epist. 51, nuin. 3, lom. II. pag. 117 E : a De basilicis quas leucbanl (Maxuniani lœ) « in quibus eos invenit ipsa eonscissio, et « conlroversiarum stie,>ilu cl juss:o > uni po- « Icntalu et auxilioruui iiupelu perlai battis.»
15" Prœfecta au lieu de perfecta, eau. 40 roucilii scxli gcneralis, dans Carranza. pag. 4'»5 : • Quœ in monasteriis sunl cousiilula), « ne omnino progredianlur. Si qua aulein « inexorabilis nécessitas ad hoc trahit, cum « henediclione ejus qua; prœcst, hoc aganL « Tuncque non sola3 per se, sed cum alu)ui- « bus velulis, et quœ in mouasterio prima) « sunt, cum mandato ejus quœ per f ce ta est. »
On voit par c< s différents exemples, que fi les mots perfectus, prafeclus, profeclus, forment de l'embarras dans quelquo endroit, on peut sans difficulté substituer celui de ces mots que le sens exige; cl l'un peut en dire autant de tous ceux où entre quelqu une des trois prépositions, per, prœ, pro; dès qu'on n'y fera d'aulre changement, que dans la préposition.
On rem ontre d.fTcrents autres mots , qu'une abréviation, ou semblable, ou approchante, fais ni confondre et mettre l'un pour l'autre.
1° Prœter et propter sont do ce nombre, et le P. Qm^nel, dm* l'errata de son premier tome de saint Léon, présente l'abréviation qui a o casiouné la hem propter dans un endroil où le sens parait exiger prœter. La même chose est, ce semble, arrivée tom. I Aug., pag. 12C,llctract. lib. I, cap. 9, num2: « De gratia vero Dei... nihil in lus Itbris dis- « pulalum est, propter hoc proposila quœ* « slionc. » Prœter à la place de propter , donne le sens de cet endroil. [La question ayant un autre objet, et étant étrangère à cela.) Je crois voir aussi propter mis au lieu de prœter dans la lettre du pape Gélase. ad Anast. imp. cap. 4, tom. II Léon., pag. 177 : « Toi cm (pacem) ims velle doccamus qnnli* « sola pax esse, et proplcr quant uulla pax « esse monslretur. »
Celte abréviation, qui faisait confondre propter cl prœter, pouvait Irès-aisémeiil être rendue par per, comme ou peut s'en convaincre, en i'examinant dans l'endroit indiqué ci-dessus; et l'on en trouve, ce me semble, un exemple, t. IV Aug., p. 750 D, in psai. lxxii, num. 4 : a DeOcieulibus rebus « temporalibus, per quas solebal a carnali « populo laudari Deus. d M faut vraisemblablement propter quas. On troure de même per Deum au lieu de propter Deum, tom. V llieron., pag. 1031, iuilio : « Osten.iil inte- « gritiilem suam, qua per Deum omnia fece- « nt: cum nec avaritiam, nec gulnm, nec * gloriain ab vis a'iqu;,nJo ^i-aîicrct. »
2* Enim, etiam se marquaient de même
f>ar une abréviation, qui 1rs faisait mettre 'on pour l'autre, comme le remarque le même P. Quesnel, lom. II I.eon., pag. Cil; lin. 15. Cette abréviation, formée delà manière suivante, em , a, pour le dire en passant , fait mettre cogitationes immortalium pour cogitationes enim morlalium, dans le livre de Singularitate elericorum, Append. Cypr. du l'édition d'Oxford, pag. 145, lin. 39; et, selon toute apparence, emintntius pour tnim amentius, tom. X Aug., 1297 D : « Qua « opinioue haud facile quidquam vei eminen- « lias, vel iinpudentius offendi potest. a
Celle abréviation, qui faisait confondre enim cl etiam , me semble avoir fait mettre enim au lieu de etiam, Append. tom. Il Ambr., pag. 87 B : « Nec enim Judasos commendare « poteril prarogaliva Patrum, aut enim le- « gisialio, qui merilum et promissioncm Pa- « trum non recepcrunl. »
Je pense nue, par la même raison, f| faut lire etiam au lieu de enim tom. V Aug., pag. 9V8 C : « Ha>c de Jesu Chrislo salis dicta ■ si ii t. Oedimus enim io Spirilura san- « cium, rte. »
3* La conjonction vel s'écrivait par une abréviation qui ne se distinguo aucunement du monosyllabe ut, comme ou peut s'en r<m vaincre en consultant la fin de l'échantillon d'un manuscrit donné par le dernier éditeur de Laclnnce, à latéledu livre de Morti'ius persecutorum, p. 179, l. II. Le trait qui indique l'abréviation, coupe la finale /, et la f -rail prendre pour un t; de sorte qu'on lirait ut au lieu de tel, si le sens ne s'y ©p- , posait.
Mais il pouvait arriver des cas dans lesquels une locution ou inconnue, ou peu usilée, empêchai de saisir le sens; el alors rien n'était plus aisé que d'écrire ut pour v<l, ou vel pour ut.
En voici un exemple qui est intéressant, soit par lui-même, soit par la pièce dans laquelle il se trouve. C'est dans la procuration donnée par tes évéques catholiques à ceux de leurs collègues, qui devaient être les tenants de l'Eglise dans la célèbre conférence de Carthage. On y lit, Append. tom. IX Aug., p. SG B : « Tune ulique ad causam Ecclcsiœ « perliuebit, aliam forlasse suscipere alque « disculere qusstioncm, utrum Cscilianus « ejusque collège vel laies fuerinl qualcs ab « istis fuisse dieunlur, sic innolescere potue- « riut Christian:» quœ jam lune i rai unitali « usqucquaquc diffusa), ut eam usque ad « uliiinas terras ipsius nolionis coulagioue « macularint el perderent. u
Le seul changement de vel en ut, rétablit cet endroit, qui doit d'ailleurs être ponctué <le la manière suivante ; * Tune ulique ad « causam Ecclesiae pertinebit, aliam forlasse « susripere nique disculere quavdionem : « utrum Cttcilianus ejusque collegœ, ul taies « fuerinl quales, etc. »
Ut taies fuerint signifie em$ent-ilt été tels : en les supposant tels; quand ils auraient été tels; et saint Augustin, qui a rédigé l'importante pièce où se trouve celte locution, l'cm-
IJCO
ploie dans le même sens en différents endroits, dont il ne sera pas inutile de rapport** ici quelques-uns, pour rendre la correction que je propose tout à fait indubitable.
Tom. 1, pag. 708 K : « Quis enim non vi- « deal eos... ut illutl non sint quod hommes « suspicantur, ce rte tainen non esse chri- « slianos? »
Tom. IV, pag. 523 B : « Ut muftum seviat, « arrusalurus est, fa Isa crimina diclurus esl.i
Tom. V, pag. 1423 B : c Nam cl lucerna « ipsa, eiianisi »uhinde semper mittas oleum, « non valet pemper ardere; quia, ut aliis « casions non exsliuguatur, ipsa sluppa de-
• fiVil, el quadam quasi seneclule conso- « outur. ■
Tom. VIII, pag. 87 D : c Poslremo. ut « nihil horurn laudandorum habeanl Hue « anima) , qua) illorum rationibus h.ibere « coeuntur, quœrerem utrum aiiquas an « nuilas animas Deus damnel. •
Tom. IX, pag. 143 F : « Sed, ut certum « nondum sit, sallem adhuc esse duhium, « quisquis ea que dicta sunt etiam rcniteni « cogilaverit, eonfitetur. »
4* Ouiel, m Minucium Felictm, pag. 24, lin. 9, de l'édition de Leyde, observe que le mol rerum s'éciivait rum, par abréviation.
La même abréviation servait sans doute aussi pour le mol reism; el elle a été mal rendue par rerum, lom. V Hieron., pag. 10'»0, vers la fin : « Et Jacobus apostolus, unius
• mandati transgressorcra, omnium rerum « esse dcmonstravil. »
■S- Dom Couslant, rlans son édition de saint Hilaire, pag. 110, noie À, dit que le mot scilicet s'écrivait de même que saneti licet.
C'est apparemment l'embarras que causait aux copistes l'abréviation de ce met qui l'a fait supprimer dans la lettre 40 de saint Paulin, num. 7, où deux manuserits l'ont conservé dans ipsi scilicet diabolo au lieu de ipsi diabolo, qu'on a mis dans le texte. Voyex les variantes sur cette lettre, à la Gn du lom., pag. 158.
Le même embarras parait avoir fait mettre lieet au lieu de scilicet, dans saint Ambr., in Psal. lxi, tom. I, pag. 955 D : « Et quia pro « totius mundi abolendo errore suscipirnda « bomini corporis passio forel, hujus licet no- « mine cujus sedulitas probaretur, corn me n- « daliorem erudilionem plebis expressif. »
Je crois trouver la même faute dans le mémoire envoyé au pape Zosimo par le diacre Paulin, Append. lom. X Aug.. pag. 103 F : « Unde oro beatum apostolat um « tuum, ut hune meom llbellum suscipi jo- « beas... quem ideirco direxi, quia me hcet « sermonc Basiliscus subdiaconus... Cartha- « gine convenit... ut ndessem ad aposlolt- « cam sedem, et lua> judicio sanctilalit. •
6* Casaubon observe que les scribes abrégeaient necesse esset par nec esset. Annot. variorum in Oplati libros, pag. 106 D, de la dernière édition de saint Optât. Crtte observation peut être d'usage pour rétablir certains endroits; el je me rappelle en avoir marqué où nec esset ne saurait convenir;
DICTIONNAIRE DE DIPLOMATIQUE Ci RETIENNE.
ELEMENTS DE CRITIQUE
mais je ne les ai pas actuellement sous la main.
7* Les différents cas du pronom relatif qui, quœ, quod, s'écrivaient par leur seule lettre initiale q; comme l'observe M. le président Bouhier dans ses Remarques sur Cicéron, pag. 250. C'est sans doute ce qui a occasionné tant de fautes au sujet de ce pronom; parce que les copistes n étaient communément point en étal de suppléer à propos les lettres qui manquaient. Je vais en citer quelques exemples.
Qui a été mis au lieu de quœ, dans Laclance, Epilom. cap. 52, lora. Il, pag. 39, vers la fin : « Nec ullus posl arma deposita crut ciatus (in bosles), quamvis omnia pati « mcruerinl, qui facerc voluerunt. » Le copiste ne vil pas que le relatif se rapportait à omnia.
Quant au lieu de quo, dans Tcrtullien, de Monogamia, num. 5, à la fin, pag. 528 A : « Sed donato infirmilati tua) carnis suai • excmplo, pcrfcclior Adam, id est Christus, « eo quoque uomine perfectior quant inle- « grior volenti quidem libi spado occurril in « carne. »
Quem au lieu de quœ, tom. V Aug. pag. F : « Primo quid arbor peccaverat, quo- « niam fructus non habebal, quem si suo « tempore, hoc est, illorum pomorum, fru- « dus non baberet, nulla essel utique ligui « rulpa. »
Il fau Irait d'ailleurs ponctuer : Prima, quid arbor peccaverat, quoniam fructus non habrbotî quœ si...
Quœ au lieu de quas, tom. IX Aug., pag. 216 D : « Saltem ad suos liltcras miltant, « quœ tamen nobis oceullari non jubeant. » Quod au lieu de qui, tom. X Aug., pag. 883 ': «Ostendo (Apostolum) nihïl taie sensisse,
« quale tu persuadere conaris. quod repu- « gnanlibus modis et illum calholicum con- « fiteris, et dicta ejus Manichœo eslimas o suffragari. »
Confer pag. 902 E : « Diris trahi nature « conditione peccatum, qui vis h»c raalum a « voluntale primi hominis accidisse. »
Quod au lieu dequo, tom. III, u p. Aug., pag. 211 B : «Nam peruniam dimiltere illo « poli us jubemur praeeepto, quod superius « diclumest,siquislibilunicam tollere volue- « rit...» Les savants éditeurs de S. Aug. remarquent, tom. I, pag.G33, not. c, que les copistes écrivent très-souvent quod pour quo ; el en voici unaulrecxemple.tom. V III, p. 986, F : « Dicunlur quidem eliam in Scripluris « sanclis cogilationes Dei, sed co locutionis « modo, quod ibi el oblivio Dpi dicilur, quas t utique ad proprietatem in Deo uulla est. »
Quo pour quod, Cassiod. in psal. cvii, 6, tom. II, pag. 371 :«Salvumsefieri deprecalur, < ut credentium lurha liberetur. Quo lem- « pore Besurreclionis evenisse non dubium « est, qoando... »
La même faute se trouve dans l'Appendice, tom. Il Ambrosii, pag. 114 D : « Quibus tesli- « monium dat, quo in minislcrium sanclis se « coosliluerant. > Il faut écriro quod (conjonction).
Item, Paulini epist. 49, num. Il, pag. 289 ultim. edilionis : « Sed non minus ex hoc « posa u mus in ilivinis operibus nnvigioglo- « riari... (cui) in utiico nauta ipse Apostoli « Deus admit gubornator, el 7110 pio unius « innocenlh salute tncruil lihcrari. » Q iod (pronom relatif) mis à la place 6e quo, rétablit visiblement cet endroit, dans lequel la correction a quo du P. Sachin ne ferait qu'augmenter la plaie.
Quosrui lieu de quod, tom. I Léon., p. 544, epist. 52, num. 2: c Quamprimurn adnosCon* « stantinopolilani epîscopi... sciipi.i perve* «niant, apertc scilicet alquc lucide prolc- « stantia, quos si quis de Incarnatione Verbi « Deialiud aliquid credat aut asserat, quatn « Calholicorum omnium et meaprofessio pro- « leslalur,hunca suacommonionesecernat.»
On rencontre la même faute dans Cassiodorc de Instit. Dit. LUI. cap. 5, tom. II, p. 54-2 : « In CanticoCanlicorum duabus ho iiiiiis cxc posilioncm Origenis idem sanctus Hicro- « nymus... sua nobis... Iranslationc pro- « spexil. Quos item Rufinus... tribus tibris « latius explanavit. » Le relatif quo$ n'a aucun antécéJenl auquel on puisse le rapporter, au lieu que quod se rapporte à Cantico.
• § V. Abréviations arbitraires
Outre les abréviations dont on yient de parler, et qui s'employaient, par une espèce de convention générale, par tous les copistes pour écrire certains mots particuliers, il en est qu'on peut appeler arbitraires, cl dont l'emploi dépendait uniquement du caprice de quelques scribes, qui cherchaient principalement à avancer leur besogne. Ces sortes d'abréviations ont eu lieu, surtout dans les derniers siècles, et voilà pourquoi on rencontre tant d'endroits défigurés dans les monuments ecclésiastiques du bas âge. J'ai lu une édition de Gratien, donnée en l'année 1511, dont presque toutes les pages sont pleines de celle espèce d'abrévi liions, et où je me suis trouvé arrêté très-fréquemment par la difficulté d'en entendre un assci bon nombre.
Je vais ici présenter un certain nombre de textes, où il parait que co sont de ces abréviations arbitraires, qui en ont causé l'altération.
im Deus Adam an lieu de duos Adam, t. V Hieron., pag. 1010 de la dernière édition : « Nolamlum quod eu m Deus Adam dicil , « ejnsdem uafurae ulrosque demonslrat. »
2* Quid au lieu ûeqund, ibid., pag. 768, in Job., cap. xxxviil : a Ubi ergo diclum est, « ostia lcnehro*a vnlisti, quia nos jain expe- « suitntis; alii interprètes locum ipsntn ma- « nifestius transtnlerunl, iia duontes, etc »
3° Dominus pour do mus, Append. tom. II Hieron., pag. 225, à la fin : « Acthœrere faciam « linguam luam palalo tuo, quia Dominus « exasperans esl. »
La même faute se trouve, loin. III , pag. 270 : * Dominus enim id est, lemplum « meum dimissum esl. •
4* Sicut au lieu de sciunt, Lib. I Pasch. Theophili, tom. IV, 11 p. Hieron., pag. 691, à
la lin : « Clamitaut : Non habcmtis hic ma- « ncutcm civilalcm. scd l'ulurani inquirimus. « Sicut enim omnium iaborum suorum...
u banc esse rcposilam spcui, cl liacc in futuro « piannia consiilula, pro quibus nulla peri- « cula formidantcs, quotiiiic viiœ suœ cur- « s ii m dirigunl. »
ir Une abréviation où l'on avail employé îles caractères numériques pour exprimer lo mol quart i a fail substituer à ce mol celui de mii'(«, lotn. Y Hier., pag. M 00, medio : . « Teirarcha (ou plutôt Tclrurchia), id est, « mita p;irs regni. »
L'abi éviaîion, formée de celle sorte, luxla (nous mourions aujourd'hui 4'") fui t endue par iiiita, p;:rce que, suivant ce qui a clé dit sur la IcUrc t, elle conlenail en effet tous les caractères qui pouvaient composer inita.
0" Peccutores au lieu de preedicatores , loin. IV, il p. Hieron,, pag. G04 ; « Sed nec « illud quod ejusdem hœresco* peccat'ores ca- <■ villanlur cl garriunl Ecclesia suscepit , « ut... »
7° fis pour cjusy ibid. , pag. 702, à la fin : « Nivea meinbra sapicniiœ pressis figentes <• oscnlis, in eis hœrcmus amplexibus. »
8" Spiritus sanclu$ pour Spiritus sancïi, loin. IV, i p. Hieron., pag. 511, lin. ullima : « Isaias quoque.. . Spiritus sanclus imperio >i prophetasse perhibelur. »• Le mol sancti écrit par abréviation, avec la seule lellro initiale, fut rendu par sanclus.
Si" Differl au lieu de defert, dans le discours de saint Victrice, publié par M. le Ba-uf, num. 4 : « Bona conscicniia sanelîs « iibenlcr obsequilur. Nihil enim di/fert quod « aut rntnor lacercl, aul lacila c»>gitationis « vexel injuria. »
10' Perversores au lieu de pervasorcs, dans I • premier concile de Paris, can. 2, pag. 323 de la Somme de Carranza : « lil quia epi-
• scoporum rcs propriœ Kcclesi.irum res esse « uoscuutur... perversores rcru n memora-
• iarum canonum distri lione ferianlur. » Voy. plus bas pervadere. (Le même que in*vudere.)
11" l'cr'tinet au lieu Aepertcntet dans le neuvième concile de Tolède, can. 0, page 397, du même Carranza : « Commuai dccrclo a sancimus ut eu m ponlilicem ntori conli- « gerit, episcopus qui ad humandum corpus a udvciicril... non amplius qu;un libram auri « cum gratia offcrenlium auferre pertinet. » On trouve en différents endroits de Gralicn le verbe pcrlentare employé de la mémo sorte.
12" Aptius ponr apertius, tom. I Lcon., png. 073, cpisl. Iî0 : « Miror sane calum- « inanliiim vanilali aliquid adhuc. in epislola
un a, qua? uni verso mundo pla< uil, oliscu- « rmn uderi, ut de ca pulcul aptius expo- « nenduin. » Yoy. tom. Vil Aug., pag. 471 E, le mol nptissimn confondu avec apertissima; en conséquence sans doute d'une abréviation semblable.
13" Modi ; u lieu de mundi. L'abréviation a occasionné des var 'anles par rapport à ces m .ts. dans S. Au?, in psal. xi.ui, nutn. 10, Um. IV, pag. 370 C. Hujusmodi et hujus
t)\C.7\ NNAlî.E DIPI.t M vTiÙlî: ClttETiENNE. I0G»
mundi. De même, tom. Vil, pag. 647 G.
Miindum est aussi confondu avec modum, Appetid. tom. 11 Atubr., pag. 73 E.
C'est ce qui a fail mettre hujusmodi, et embrouiller ensuite par les copistes un texte de S. Aiubruisc qu • la substitution de hujus mundi rend à son intégrité primitive, sans faite aucun autre changement dans la leçon des manuscrits. C'est d.ms le tom. 11. p. 11j58 1), episl. 07, num. G : « Spcc e prœseulium a î œuiletilia excluditur, et tainquam exurt- « lur alTeclus ejus cl hujus modi almlctur in
* viliis. » Bien de plus clair que uboietur in vitiis hujus mundi.
IV* Sun pour *onn, Appcnd. tom. II Ambr., pag. 311 D : ■ Veritas illis aspera videbitar, « ut relicta sua doclrina, fabulis vacent. • L'abréviation de sana était apparemment sna, cl l'on sait que l'n se confondait avec m, ce qui présentait sua aux yeux du copiste.
15" Yiribus au lieu de verbis , ibid. , p.ig. 303, C : <t Quis enim laudem iliorum au- « uieus, quorum in eo ipso parliceps est , « non crescat, adJcns animum hujusmodi « tiribus ? »
16" Potcntiora pour poliora, Cassiod. Variai um, iib. XI, num. 22 : t Juste potentiora « consequilur, qni de commissa sibi negolii « perfectione laudatur.D Les mots potior et potentior se trouvent, par la môme raison, confondus l'un avec l'autre, loin. IV Aug., pag. 202 I).
17" Quamvis pour qui vis dans Marius Mercatur, pag. 285, ullimœ edit. à la fin : « Ania madverle quamvis sapiens, primuin quidem c quid obscura dicta noslra esse menliatur;
* cl cum ipso caliginosam... habeal men- ■ tem, obscurum esse ail lam planum sa- « pienlibu* cvidentis»imumquc sermonem. » L'abréviation qvis fui prise pour quamvis au lieu de quivis.
18*. Possel au lieu de possidet, lom. III, u p. Aug. , pag. 323 F : « Plus ad illum perli-
* nel quod Christtanus (est), quam quod a homo. Nam quod Chrislianus , renovatur « ad imaginein Dei. . quod autem homo, pos- « set , et malus, pus>ct et paganus, posset et « iilololatra. » La même abréviation (ut répétée cl toujours mal rendue , trois fois de suite.
19" Discal pour descendat , lom. V, Aug.,
pag. 405 F: « Et hic nihil csl, quod sic
« quisque cogilare debeal, nisi ut in semcl-
« ipsuin oculos converlal, in se discal, se
a disculial , se inspicial. r Descendere in se,
est une locution proverbiale expliquée par
Erasme, chil. i, centur. 6, prov. 86, et
employée par s inl Augu-lin lui même,
pag. 1343 A du même (orne. Chacun conualt
les deux vers de Perse :
lil nemo in ses»» l mal d seendero mmo . Scd |>ra?cedt mi »|-cclaiur nuiilica lergo.
20* Optione pour obtentione , tom. Il Ambr., pag. 70a I) : « Sub oplione uominis « Chrisliani cl quadam nuucupativa fidei « gcrmanilale parricidalibns gladiis nos a cupiunl vulnerarc. » Yoy<z supra, pag. 432 C : Chriitiunœ scclœ nowcn otiendit ; et
lx5C3 ELEMENTS
infra pag. 715 D : Nicœni conrilii nomtn obttnditur : ilem tom. I, pag. 1503 E : Si guis [alto Chrisli nomtn obtendat.