CHAPITRE V
Cinquième source d'altération. Identité ou proximité du son de deux mots différents.
Comme les copistes écrivaient ordinairement sons la dictée de quelqu'un, il ne pouvait guère se faire qu'ils ne confondisfent quelquefois el n'écrivissent l'on pour l'antre des mots qui avaient nn son soit semblable, soit approchant : M ulla aurem prœtereunt, multa quibusdam aliter sonant, dit saint Ambroise. Il pouvait même arriver (et l'expérience l'apprend tous les jours) qu'un copiste, sans qn'on lui dieiât, écrivit un mot différent de celui qu'il venait de lire, lorsque le son en était ou toul à fait on à peu près le même.
Voici différents exemples qu* feront juger de ce qui a ptf arriver à cet égard :
1* C'csl pour celle raison que, dans la lettre ad virginem in extilium missam, loiu. V Hieron., pag. 42, versus finem, on lit esse inopiam au lieu de eteœ inopiam ; « lpse vero « Isaac quibus tenlalionum generibos quati-. « lur, dum esse inopiam palilur, dum pere- « grinalionis experilur dolores? »
2" Par la moine raison on lil si quis se a au lieu de si quis ea, Ambr. de Noe et Arra, cap. 13, nuin. 45, l. I, pag. 2V> A :
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m O cœteslium pulchritudo vcrborum.si quis 29 : « Fortuna ergo per se nihil est; née
« se a dccoro itilellectu pi» mentis eiauii- « sic habendum esl, lanquam sit in aliquo
« nell » « tentn. » Le mot censu donne seul le sens
3* Point an lieu de poscit. Hier, in Bccle., de cet endroit. Il s'y tron»e une «illusion au
ton». Il, p. 719 : « Nec sermo valet explicare dénombrement qu'on Taisait des biens et des
« causas nntorasque rerum; uec oculus ut personnes, et c'esl comme s'il y avail : tam-
« rei possit dignilas intueri. » Il faut d'ail- quant aliqaattnu* censeri queat. Confer p ig.
leurs pooeluer: nec oculus, ut rei poscit dï- "168: « Teinere innocentent accusarc forlu-
gnitas, intueri. « nam : qu» eliamsi sit aliqua, nihil la-
fc* Sedentibus pour cedentibus, lom. 111 « meu, etc. »
Hieron., pag. 128 : a Âliis sedentibus, et aliis 12" Hoc habenlcs pour hoc catentes, Àmbr.
« répugnant. bus. » de Pœnit., lib. 11, cap. v. loin. Il, pag. k'À C :
5* Ore pour oure, Tcrtull. de Corooa, pag. « Sed aposloli hoc habentes, secundum Chri-
103 D, edil. 1675 :« Tarn conlra naluram esl < sli mngislcrium pœnitentiam docuertint,
« florcm capile sectari, quant cibum ore, * spoponderunl veniam. » (Caventes ne ite-
« qtiam sonum nnre. »
6* M trente m au lieu de mcerenlem, Tertull. de Garnc Chrtsti, nom. 9, pag. 316, liu. ult. : « An ausus esset aliquis ungue summo per- « slringere corpus novuin? Spulaminibus « conlaminarc faciem, nbi merentem? » Celle expression, qui cause avec raison tant d'horreur au savant Rigault, et dont l'odieux ne peut en aucune sorte tomber sur Tertullieu;
randi baptismal is locum hœrelicis relinquerent: voyez ce qui précède.) Le v9 prononcé comme le 6. donna le même son à des leçons tout à fait différentes, et flt écrire l'un pour l'autre.
13* Substantiel aliter ne se distinguant aucunement par le son du mot substuntialiler, ce dernier mot a été écrit au lieq des deux autres, Append., tout. 111 Aug., pag. 107 E :
a pour cause unique l'identité du son des « Dei snbslanlia beata semper esl seenrilate deux mots : mœrentem et merentem (dont le « iimne bilis «lernilatis sua) : bominis aupremier, opposé à catlestis claritatis qui pré- • lem substantiaiiter beata Gl per laborem. » cède, signifie abattu, affligé). IV Voces... suffocalis pour fautes... svffo-
T Per omnts horas au heu de per omnes eatis, lom. X Augustin., 970 E : « Nam ubi auras, à la tin du quatrième livre contre « malaa consuetudinis voces esse contenditis, Fauslc, lom. Ylll Aug., pag. 193 : « Divi- « atque ila voces veslri dogmalis suffocalis « nainque naluram.... per omnes terras, et « die si audes, clc. » Il esl visible que saint « per omnes aquas, el per omnes horas... Augustin a voulu mettre là un jeu de mots « coinquinari. » Copier pag. 208 G., in entre voces et fauces, que les Gascons proierra, in aqua, in acre. noncenl encore de la mémo manière; et
8* Lacessil pour lossescit, Léon, serin. 2, d'ailleurs le- verbe suffocalis exige fauces cap. 2, édition! s Quesneiliauœ, lom. I, pag. dans le second membre, Confer pag. 1023 F : lOi : « Finuitas fundamcnli, cui lolius Ercle- • Cutn statim tibi Apostolus fauces premat. »
• si«e supeislruilur alliludo, nulla iucumben- 15° Dicendi pour discendi dans la lettre de « lis sibi lempli mole lacessit. * Pelage à la vierge Démétriade , Append.
9- Consequenlia, à l'ablatif, au lieu de con- loin. 11 Aug., pag. 5 C : « Est autem difticilsequentia, accusatif pluriel neutre, Laclanl.' « limum rum ejus persona facerc, in qua Divin, lnslil., lib. 11, cap. 6, pag. 135, no*œ « cupiditas tanla dicendi est, laalusque peredit. : « Arguiuenlortiui suorum consequenlia « feelionis ardor, ut ci quamlibel pcrfccla
• non videruul. » Coufer tom. II, de Ira « doctrtua par esse vix possil. »
Dei, cap. fc, pag. 133 i « Quod cuui il 1 i ve- 1b" IHctnda pour discenda, tom. X Aug., m rum et inexpugnable vidcrclur, non pote- p. 975 F : t Quomodo ergo le ipsi sallem Pc - « rat consequenlia récusa re. » « lagiani iotellecturi sunl, niai prius ad scho-
10* On rencontre une semblable faute dans le même aul«ur, lom. II, pag. 39, Epilum., cap. 52, où l'on lit : « lnaudita est crudelilas « cum innocentia, nec viclorum hoslium con- « dilionem merelur. » On a f.iil là une préposition de la conjonction cum, et un ablatif d'un nominatif, et l'on ne saurait rien entendre à cet endroit, à moins qu'on ne l'écrive de la manière suivante, en changeant menlaire Pélagien des Epltresde saint Paul, d'ailleurs la ponctuation : « lnaudita e>l cru- in episl. il ad Thess^ cap. u. 15, lom. V Hie- « délitas, cum innocentia nec viclorum ho- ■ stinm condilioncm merelur. • C'est une cruauté inouïe de refuser à des innocents (qui ne font, ni ne veulent faire aucun mal à personne) te traitement qu'on accorde même à des ennemis vaincus. J'ai réuni dans la traduction la double signification du mol t'nnoeenfi, parce que le contexte entierexige principalement celle que j'ai mise la dernière. 1 i* Sensu au lieu de censu, encore dans le
« l.i» dialccticorum propter bec dicenda mil- « l.mlur ? »
17° Discendum au lieu de dicendum, tom. III Hreron., pag. 222: « Semperque discen- « dum est non solum in corporis, sed etiam « in •inimtesanilate: Benedic, anima mea, Do- « minum, qui sanat omnes languores tuos. » 18" Qui Deo, pour qui ideo, dans le Co ra-
ton., pag. lC8fe : « Contra Ariuro facit, qui • Deo inajorem Palrem putat, quia prior « soleal nominari. »
19* Resistere qui in, au lieu de resistere quin, Ambr. de Abraham lib. 1, cap. k, num. 30, loin. I, pag. 294 B: «Ut fidèles proba- « rvntur, quorum multiludo innumera cru- « ce m tollerct, suamque pro Christo anim.un « devoverel ; el increduli non possent resi- « slere, qui in totius corporis immolalioue même aulcur, tom. I, pag. 266, lib. 111, cap. « quœri salutem pularent, qui cxiguum tix-
■ cumcisionls «me snnguinem salutarem ar- « bitrarcnlur. » Il faut d'ailleurs supprimer ' la virgule, qui suit, resistere. (Non postent resistere qnin putarent, ne pussent s'empêcher de reconnaître.)
20* Comicio, au lieu de convictio, Ambr. opisl. Il, iiuni. V, tom. Il, pag. 811 D : « Pu- « det enim diccre, inverecundum est recen- « sere, quam iorpis fa ma ejus conticio sau- « ciavei il. » 11 est aisé de voir que d'un autre côlé le copiste est tombé, par rapport au mot fama, dans la faute assez ordinaire de supprimer Vm finale, et que saint Ambroise avait écrit : (Jiinm turpis famam ejus convie tio sauciaverit. Voyez ce qui a été dit là» dessus dans l'article concernant la l lire m. nuin.l.
2t° Nrscien*, au lieu de vec sexens, dans les Constitutions du pape (lélase, c.ip. 22, tom. Il Léon., pag. 2i6 cdil. Qucsnellianœ : « Quu magis extusalio nulla succurril erra m « lihus : quia nesciens proposuit servarn « quod norat, nec ignorai»* curavit nosse « quod gereret. » L'antithèse exige visiblement nec sciens.
22- O/ferrent, pour auferrent, tom.X Aug., pag. 3tU» B: « Qui cum furtum de interdicis « o/ferrent, atque in ipso certamine cecidis- « sent, etc. » On lit an contraire, mais par la même raison, auferunt, au lieu de o/JTerunt, Léon. serm. 30, cap. 2, tom. 1, pag. 18. « Thus Deo, myrrbam homini, aurum aufe- « runt régi.»
23° Suscipiant , pour suspiciant, tom. III Hieron., pag. 1818. «Ut non causas, sed « personas considèrent, jutlumque paupe- « rem dcspicicnlca, Iniquos diviles suscipiant a et honorent. »
21" Suscipiebamus se trouve de même pour suspiciebnmus , tom. IV, pari, il Hieron., pag. 725 : « Dejeclos prostratosquecalcantes, t quosdudumproptcrdivilias«u4CJ'pt'«6amu4.»
Ces mots au reste ont été confondus par les copistes en cent endroits : Suscipere, suspicere.
25* Suscitons au lieu de sciscitans, tom. IV, il p. Hieron., pag. 91. Vita Malchi monachi, iniiio : « Qua cupiditale illeclus , adorsus « ruiii hominem,ei en riosius suscitait* rcrum « fiileoi, hœc ah eo accepi. »
26" Immulcscentium, pour intumescentium, \on\. IV, il p. Hieron., pag. 72), versus finem : « Venienies ex alto fluclus, cl rabiein « immutescentium gurgilum portus vel ma- « nufacti, vel natura flrmissimi prohibent. »
27* Jdcirco, pour in circo , Append. loin. VI Aug., pag. 207 E: « Quid en ira ideirco t fiiciebat? quid cum superhia dispnlabat? « quid, etc. » Confer Append. loin. VIII, pag. 13 li : Qttid enim in circo faciebut? On von, en comparant les deux endroits, q^ue Paulin d'Aquilce n'a presque fait que copier.
28' Apta est pour acta est, Tertull. de Pudicitia, num. 12, pag. 56V A : * Compensatione « res opta est : lucrali suiuus inulia, ut uli- « qua prœslemus. »
29' Inclinât ione pour inquinatione, loin. V Aug., pag. IVaôB: « Dcus veritas e*l in- « commutabilis.. .sine alicuju* falsilali* in- « clinationc. » Confer loin. VII, pag. 2t»2 D :
OMATIQUE CHRÉTIENNE. 100*
Inquinnnt falsitate; item tom. IX, pag. 115 G : Falsitatibus inquinata.
30" Vobis romniaremini pour vobis omimiremini, tom. VIII Aug., p;ig. 325 B ... « Ubi « quid rgeritis nescio, uisi ut expressim « vobis somniaremini (comme portent quel- « ques manuscrits) insaniara. » On a mis somniaretis dans le texte ; mais il parait clair, vu le sens et la proximité des sous, que le mol ominaremini formait ta liçon primitive.
31* Admiratione pour admiyratione, tom. X Aug., pag. 135'J A : « (Annues profeclo spi- « nas et suilores... ad nostram œliilem) sine « peccali illius admiratione venisse. »
32* Fulgore fulserit pour fulgor refnlserit, tom. 1 Ambr. 319 F : « Sed cum omnis « ncltula Iransicrit , et sapiculiœ fulgore fui- « sert/, gravia tormcnla exercentur in quo- « <lam maie conscii secretario. »
33' Sep irari, pour superuri, Marii More, pag. 09 ulliraœ edit. : a Sed uoslrum sermo- « ueih vestra audienlia vincil, et me vinci « confessus ad lacilurnitatem coufugio, « oplans semper bac cupiditale vestrœ au- « dienliœ separari. »
34* Aboieanlur pour abluanlur, dans le recueil des canons de l'Eglise romaine, tom. II Léon., pag. 41, inilio : « Non nporlel du- « bitari quod remoto scandalo dissension!* « in univers» plcbis unitale, pacis comprn- « salione et sacrificio ebaritalis abolcantur, « qui raajorum suorum aucloritalem sequen- « tes, rej elitionein baplismi commiserint. »
35" Excusa ta pour exsecuta, Léon. serm. 52, cap. 6, tom. I, pag. 250: « Post hanc « damnalionora Christi, qua excusata est Pi- « lati presidis ignavia, inagis quwrn potestas, « etc. » On ne pool douter, ce semble, qu'il ne faille lire quam exuecuta est, et ceux qui nu raient là-dessus quelque difficulté n'ont pour la faire disparaître qu'à consulter un autre sermon sur la Passion, pag. 263, cap. 2, où saint Léon dit, en employant la même pensée : Exp'tierunl exscj'utorcm magissœvitiœ, quam mbitrum ctmsœ. Le mot excusata, mis à la place de exsecuta, Ht ensuite substituer qua à quam; et l'on sait d'ailleurs que les copistes retranchaient ou ajoutaient souvent la lettre m à la fin des mots. Voyez ce qui a été dit là • dessus dans l'article concernant celle lettre.
3G* Deorum pour dii eorum, Lnclant. Epitora. cap. 5V, loin. Il, pag. 42: a Hanc ad- « tersu» innocentes carnificin.im exercente*, « pios utiijue se, et ... religiosus pulanl (ta • a libus enim sacris deorum delectautur), a illos vero iuipios et desperatns nuncu- « panl. »
37" Rcvelavcrint pour revnluerint, can. 21 conc. Arelal., pag. 96 de la Sooimc de Carranza : « De hts qui apostaïaut ... et posle.i m iulirniilale arrepli pelunl couiiuuiiioueni , « placuit eis non dandara coiuuiunionc'u, « nisi revetaverint cl egçrint dignos Iructu* « pœnilenti®.» On rencontre la même faute, pag. 371, eau. 52 conc. ToU-l. quarli. Cuuf. r episl. Léon, ad Ruslicuin Narbon. episcopuin : « Qui in a»gritudinc pacuiteutiaui.ac'
ELF.MF.NTS DE CRITIQUE
IO0i
« cipiunr, et cora revaluerint, agerc eam ■ nolunt, etc. »
38* Ilumilitale pour sublimitate , Léon, rpisl. ad Demctriadem, cap. 8, loin. I, pag. 87 : • Cura iis nngelis quos iti consensum « impiclatis sus traxTat, a cœlesli humiti- « taie dejectus. » Le son des Irois dernières lettres de cœlrsti contribua principalement
£0° Familiœ, au lieu de famuli Eliœ, Tertult. adversus Marcionem, lib. IV, num. 20, pag. 433 C: «Lege et sortes familiœ dirimen- « dœ, in transilum ejos Jordanis maclisram « fuisse , cujus impetum atque decursum « plane et Jésus docucral prophetîs traus « incaiitibus slare. »
Le mol familiœ ayant été 6crîl pour fimult
à Taire confondre et changer celui des trois Eliœ, à cause de la proximité du son,
premières du mot suivant.
39" Quas in pour quasi in, TcrtulL de Veîandis Virginibus, pag.7f>A , edit. ami. 1675: « Ut non ulique de iusa Eva dixeril, sed in « î lias (il faut i//a) feminas futuras quas in « matrice genéris ferai ni ni nominarit. »
a ete
la source de l'allé atîon de cet endroit, qui a donné bien de l'exercice à Rigauli, et qui est en effet très- embarrassant. Ce mot a ensuite fait substituer dirimendœ à dirimendi, comme on ne pourra, ce me semble, en douter, par la correction que je vais proposer.
kO* Quasi, pour quia si, Append. lom. H Je li* et ponctue :« Lege et sortes famuli Eliœ,
« dirimendi in transilum ejus Jordanis nia- « rhœram fuisse, cujus impetum, etc. »
Mais comme les. explicalious données par Rigault augmentent encore plus l'embarras de ce texte, je crois devoir le traduire mol à mot de celle sorte : Voyez dans l'Ecriture « nisi eum.qui bonu créai, babere non pos- que le manteau échu au serviteur d'Elie fut ■ sont. » On trouve les variantes itla, utla, comme une e'pée qui, pour lui ouvrir un pastom. Vil, pag. 422 E. sage, sépara tes eaux du Jourdain, lesquelles
42» Ullius pour illius, Append. tom. II avaient appris auparavant de Josué à suspen- Aug., pag. 13 E : « Vcrum humilem patien- dre leur cours impétueux, lorsque des prophè- « lia ostendit injuri». Nullus ergo unquam les (Klie et Elisée) auraient à les trave~*er. « in meule tua sit ullius vilii locus. » Le
Ambr., pag 167 E: « Mors per peccaium « aucloritatem accepit, quasi peccatum non « esset, diabolus oblorpuisset, et mors non « esset. »
kl'Illum pour ullum, tom. X Aug., pag.
1319 D: 4 Nalura igitur ...itlum creaiorem
sens parait exiger illius.
43* Felicitatem pour facilitatem. TcrtulL de Pi tescript. num. 39, pag. 216 B : a Elidco < habent vim, et in excogitandis inslruen- « disque erroribus felicitatem: non adeo mi* « randam, quasi difûVilem et inexplicabilem,