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CHAPITRE VI

Sixième source d'altération. Usage de n'employer aucune sorte de ponctuation.

Les Latins mirent d'abord un point après chaque mol, cl celte pratique, quelque im-

« cum de scrularibus quoque scripluris parfaile qu'elle fût , ne laissait pas d'avoir

« exemplnm prœslo sit. » *on u,,'|(è, en empêchant du moins qu'on no

44* Felicitatis erit pour fncilUatis erit, partageai un mot en deux, ou que de deux

Aug. episl. 102, lom. Il, pag. 275 J) : « Fu- 00 n'cn f11 q"'un» comme cela est quelque-

« lurœ resurrectionis corpus, impcrferlœ fe- f,,,s arrivé dans la suite. Mais cet usage

t licitatis erit, si cibos sumere non polueril: ful ensuUe négligé , et I on ne vit plus, j.is-

« imperfeelœ fdicilatis, si cibis « guérit. • <la aa commeiicemenl du ix« siècle, au-

45" C*'«pour</uïo, Append. loin. Il Ambr., cunc ««P*<» de ponctuation. Alors Aleuin

pag. 355 E: « Merilo quidem prophetia onini "»*«nla Tari de ponctuer, mais sans om-

« dignus (Joannes), sed non usque adeo ut P,0Jer lou!cs ,es «gure* dont nous nous

« iniueri Deum valcret, qua homo tautum- servons aujourd nui.

« modo esset. » Un point placé vers l'extrémité inférieure

46* Qiia pour qua, ibid., p. 144 B : « Hœc d'un mot avait l'effet de notre virgule. Le

« luxuriaest, quia semper dclectali, iu Dei « rébus infidèles invcnli sunt. »

k-'Sicut pour si, ut, Cussiod. in psalm.

même point placé vers le milieu d'un mol faisait comme nos deux points , e! il revenait à notre point simple, lorsqu'il se trouvait

cxvi, 2 : « Nam sicut pulat demenlissimus vers l'extrémité supérieure. Dans ce dernier

« Ariauus, (quod dici nefas est) eral tempus cas, où il était question d'indiquer un sens

■ quando non erat Filius, fuerat ulique fini, on employait aussi quelquefois Iroi*

■ tempus quando esset Pater siue verilale, points. Voyez la-dessus la Diplomatique du « sine via, sine vila. » modeste et illustre savant dun Mabillon, pp.

48* Omnibus pour hominibus. Conc. To- 51 F et 52 A.

Ici. iv, can. 12. pag. 363 de la Somme de Avant l'iulroduclion de la ponctuation. on

Carranza; « Respuunlergo illum hymnum ah ne pouvait manquer d'élrc souvent arrête.

« omnibus compositum,quem in One omnium dans la lecture d'un auteur. Il se trouva i

c psaJmorura dicimus, Gloria cl honor Pa- même des évéquesqui. dans la rccildion d«s

« Iri, efc * prières publiques, défiguraient le sens tiet

49" Causant au lieu de pausam, Append., paroles qu'ils prononçaient , parce qu'ils ne

tom. 111 Aug., pag. 146 C : < Quando a Cyro faisaient pas les distinction) cl les paus s

■ dimissi (Judait) reversi sunt ad sua, nuit- que des eufanls font aujourd'hui sans auc>u « qunn (amen causnm vel requiem habue- embarras, par le secours de la ponctuation. • ruut. • Confer pag. 138 F: Puusare in Aug.de Catech. rudibus, cap. 9, lom. M, pag. otio. Item Append. lom. II Ambr., p. 232 A, 272 D.

Vuusam ha et et, du ir.ê ne aut.-ur. Un lecteur, par le ton dont il prononçait.

f OOfi

ou par les pauses qu'il faisait, pouvait donner à une phrase un sens tout difTércnl de celui qu'elle avait. Qu'on prononce, dit saint Augustin, avec un ton confirmalif ces paroles : Veus qui justificat (Rom. vin, 33), qui servent de réponse à l'interrogation, Quis occusabit adversus eltclos Bei f quel s>eus pervers n'en résultera-l-il pas ? Tora. VI, pag. 118 G.

Le même saint dans un autre endroit (De Doct. Chrin. lib. 111, cap. 2) donne un exemple d'une dislinciion ou pause qu'il appelle hérétique, et qui avait été inventée par les Pboliniens pour éluder la preuve de la divinité du Verbe, qui se tire du commencement de l'Evangile selon saint Jean. Ces hérétiques, après avoir lu les paroles, Inprincipioerat V erbum, el-Verbum erat apud Deum, et Dtus erat, Taisaient une pause; et ils continuaient ensuite de lire sans distinction, Verbum hoc erat apud Deum. Voyez les questions sur le nouveau Testament, Âppend. tom. III Aug.p pag. 82. G, quœst. 90.

C'est pour cela que dans les endroits embarrassants le saint docteur veut qu'on commence par examiner si l'on y suit la dislinciion et la prononciation qu'ils exigent : Primo videndum e*t ne maie distinxerimus aut pronuntiaverimus, tom. III, 1 p., pag. 45 A.

Le grand nombre des lecteurs n'étant pas en étal de Taire celte distinction dans certains endroits, et surtout dans des périodes de longue haleine, il arrivait quelquefois aux copistes de faire des changements par le moyen desquels ils s'imaginaient rétablir des textes quj. étaient parfaitement sains, et dont tout l'embarras venait de leur peu d'iulelligence et de leur impéritie.

L'heureuse invention d'Alcuin remédia à ces inconvénients, par rapport aux. ouvrages qui ont été composés dans les siècles suivants. La ponctuation présenta aux auteurs qui ont écrit après Alcuin un moyen sûr de fixer invariablement te sens qu'ils avaieitl en vue, en forçant leurs lecteurs de faire les pauses et de prendre le ton qui convenaient a chaque endroit.

Mais il faut convenir que si cette découverte est en elle-même de. la plus grande utilité, l'usage qu'en ont fait des mains peu habiles a nui bien souvent aux ouvrages des écrivains antérieurs. On y trouve des endroits entièrement défigurés par la ponctuation tirieuse qui y a clé introduite, et d'autres où à ce premier défaut, qu'on corrigerait aisément s'il était seul, les copistes, nu lieu d'aller à la source du mal, ont ajouté « celui de faire au texte des changements qui •m lient presque dans l'impossibilité de retrouver la leçon primitive.

En voici un exemple remarquable pris du tome IX de saim Augustin , pag. 304 G, contra litleras Petiliani, lib. 111, cap. lire Nam quoniam divins? Scriplur» lesti- « monia , cum pro Ecclesia catholica tara « densa et tam clara recitantur, vobis dolen- « tibus remanet mutus ( Pctilianus } ; elegit «i materiam, ubi vobis faventibus loqûatur,

« et rictus verum similant statum, ta! ta vet « etiam sceleraliora dicut in me. Blihi tat est « ad rem quam nu ne ago, quod qualiscum- « que in ea sim, tamen Ecclesia pro qua lo- « quor invicta est. »

Cet endroit, si visiblement corrompu, recouvrerait, ce semble , son intégrité originale, si l'on ponctuait et lisait... loqûatur rt vie tut. Vetum $i millies tantum talia tel etiam sceleratiora dicat in me , mini sat est ad rem quamnunc ago, etc.

Il est évident, soit par le sens, soit par le nombre et la cadence oui do;t se trouver dans le second membre de la période, qu'il faut un point après rictus. Le ponctualcur n'y ayant pas même mis une virgule , et faisant faire une pause après loqûatur, la suite devenait inintelligible, et c'est pour y trouver quelque sens que les copistes suivants changèrent si mitlies tantum en similons slatum, au lieu de s'attacher A l'examen de la

Sonet ualion, pour voir si elle était régulière, lais ils n'en savaient peut-être pas asser pour la suspecter, et ils la regardaient apparemment comme l'ouvrage de la main même de saint Augustin.

A cet exemple je vais en joindre d'autres qui feront voir qu'on peut rétablir un grand nombre de textes anciens par l'attention seule à ce qui concerne la ponctuation. On a en effet à cet égard une liberté entière de faire des changements dans tous les ouvrages composes avant le îx* siècle, et l'on duit po»T pour principe qu'aucun manuscrit ne doit servir là- dessus de règle. C'est le sens seul qui doit décider , et l'on esl aussi fondé à changer la ponc ualion qu'on l'est à former des mots différents de ceux que présentent les manuscrits, lorsqu'on n'emploie pour cela que les mêmes lettres arrangées différemment, et qu'on écrit, par exemple, fraudem ulta pour fraude multa. Quand dans ces deux cas différents tous les manuscrits se réuniraient à présenter la même leçon ou la même ponctuation, on ne doit pas hésiter à en préférer une différente ; supposé que celle dernière ait pour elle le sens et la liaison des pensées ; car alors on a une certitude entière d'avoir rétabli le texte.

Exemples de ponctuations vicieuses.

1* Aug. epist. 35, alias 169, num. 4 : «Quid ■ enim aliud mandavil Proculeianus, si vero « ipse mandavil; si ehristianus es, serva hoc «judicio Dei, nisi nos faciamus, tu race.» La ponctuation rend cela inintelligible, el M. Dubois lui-même ne l'a pas en effet compris, comme on le voit par sa traduction. Il fallait ponctuer, nisi : nos faciamus, tu tace.

On trouve une semblable faute, tom. IX, pag. 643 F : « llœc dieeulcs, quid aliud dici-

• lis, nisi nulla hominis potestas conlradicat

• atquc obslrepal uostro libero arbilrio, qoan- «do injuriait) fa ci m us Deo? » Ponctues : nisi, nulla hominis.

Hem tom. X, pag. 624 C: «Quid est enfin,

• qua autem honerta sunt nos Ira non oput *liabcnt : nisi illa înhonesta *unl, quse opus

«habenl? » Il faut ponctuer, nisi : illa inhonesta sunt. (

â* Tum. X Aagust., pag. 293 B, lib. 1 de Nupliis el Conc. cap. 23: «Sed quia modo «quodam loquendi peccatum vocalur (con- «cupiscenlia) , quod et peccalo facta est, et ■ peccatum si vieerit facit ; reatus ejus valet in

• gêner ato, etc. » Un manuscrit porte verum reatus, el ce premier mol raccommode looH en le prenant, non pour une conjonction, comme a fait le copiste qui l'a conservé, mais pour un nom adjectif, el en ponctuant : et peccatum, si vieerit, facit verum; reatus cjxis, etc.

3# Tom. VIII Aug., pag. 543 G, contra Secundinum, cap. 23 : «Nisi forte non qui- « dem caste langere huraani corporis mem- «brum, sed pudet jurare per Drum tam aiurpiter vinctum. Tanta illic deformitale «caplivo noraine pancarpi.... exagilalis ur- «cam Noo, etc.

C'est visiblement une ponctuation fautive qui a fuit si horriblement défigurer ce texte, et l'on ne peut douter, ce semble, qu'il ne faille ponctuer et lire : Sed pudet jurare per Deum tam turpiter vinctum, tanta illic deformitale captivum. Nomine pancarpi, etc.

Cet endroit peut faire juger des plaies qu'a pu occasionner une mauvaise ponctuation.

Les copistes qui sont venus après le ix* siècle , temps où s'introduisit l'usage de ponctuer, ne pensèrent aucunement à la nouveauté de cet usage, et s'en tinrent bonnement à la ponctuation qu'ils trouvaient dans leurs livres, sans que l'idée leur vint d'y rien changer. Mais comme il arrivait quelquefois que celle ponctuation formait des contre-sens, ils ne trouvaient d'autre ressource que de faire au texlc des changements qui ne pouvaient que le déOgurer. Caplivo, par exemple, lut mis ici à la place de captivum, parce que le copiste voyait un solécisme dans captivum nomine.

km Tom. IX Aug., pag. 266 D : Postremo, quœ est ratio persequendi vos, miser i, interroge. Ponctues ; quœ est ratio persequendi ? Vos, miseri, interrogo.

5* Ibid., pag. 315 E : « Videt raras esse ec- « clesias qua) non ha boa ni in criminibus «delecloS, et a clericatu dejectos hominei,

• cum laterent, bonosque se videri relient cum « mail essent , et castos putari cum essent « adulteri. Ncmpc ficti erant, etc. » Ce texte, en apparence si corrompu, n'a besoin que de le ponctuation suivante : et a clericatu dejectos homines. Cum Inlerent, bonosque se videri vellent cum mali essent, et castos putari cum essent adulteri, nempe ficti erant.

6- Tom. X Aug., pag. 1240 B: «Ulque « presse interrogemus et breviler apostolum m Paulum, cum naturalem usutn femioœ nun- « cupavit, possibilitalem rci et lionestalem, «an solani possibilitalem indicassc arbi- « traris? »

La ponctuation doit évidemment être changée de celle sorte : « Utque presse interroge- «mus et breviler : apostolum /'au/um.... indi- «casse arbilraris? »

7* Ambr. in Lucam lib. VII, num. 18,

DlCTIONJUIRH DE DIPLOMATIQUE.

tom. I, pag. 1415 K : «Sed non capil humana «conditio in hoc corrnptibili corpore faccre « tabernaculum Deo. Sive in animo, sire in «corpore, sive alio loco fuge quœrere qu<id «non licet scire. » 11 faut ponctuer... Deo, « sive in animo, sive. ...alio loco. Fuge quav « rerc. »

8" Ambr. de Fide rcsurreclionis, lib. II, num. 97 : «Dislrinxil super filium gladium « paterna manu, el palrio percusstt affecta, «ne periret pœna : trepidavit ne ictus erraret, «dextera deficcrcl. »

On rendra cci-cndroit intelligible, en ponctuant .* «Et palrio percussit affecta. Ne periret pœna trepidavit, ne ictus, etc. » (« Abraham craignil que cette occasion de souffrir ne lui échappât. ») C'est la ponctuation fautive qui a fait accentuer mal à propos pœna. Voyez dans ce même tome, page 160 B : Ne pereat vobis pœna trepidatis.

9* Ambr. tom. I, pag. 429 C: «Extenlos «sibi sed abscondilos laqueos querebatur,ne «deprehensus caderet. Volebat fugere sirut « passer ; sed, elr. » Ponctuez : querebatur. ÎYe deprehensus caderet, volebat fugrre, etc.

10' Ibid., pag. 1012 D: «Obstruit ergo os cejus (diaboti), qui ipso de se fueril anlo «confessus, cl prœslruit veniam confilentis. « Verecundia excusât reum, pudor suus accusât « auctorem. »

Il y a là deux fautes visibles de ponctuation, et il faut rétablir cet endroit de la manière suivante : «Prœstruil vcnlam confilentis « verecundia. Excusât reum pudorsuus, accu»

• sat auctorem. ■ Ce dernier mot s'entend du démon , qui csl la source cl l'origine du péché.

11° Aug. de Moribus Manichœorum, lib. II, cap. 5, tom. I, pag. 718 C: «Non enim sub- « stanlia est ipsa corruptio. Ea i^itur res quam

• corrumpit corruptio, non est malum, non « est. » Ponctuez : Ea igitur res quam corrum» pit, corruptio non est, malum non est. Lo verbe corrumpit a pour nominatif corruptio

qui le précède de quatre mots, el non pas • corruptio dont il est suivi.

12* Aug. tom. III, il p. , pag. 207 A : « (Et «gratias) misericordiœ ipsius, qui hoc a noibis exigit ut pater noster sit: quod nulîo «sumptu, sed sola bona voluntate comparari « potest. »

Celte ponctuation a occasionné quelque chose de louche dans l'Index de ce. tome sur le mot Deus, et elle doit être changée delà manière suivante : Qui hoc a nobis exigit, ut Pater noster sit, quod... sola bona voluntate comparari potest. (Ut Pater noslcr sit, hoc a nobis exigit, quod.)

13° Aug. tom. V, pag. 615 D : «Kccc, in- « quam, assumpsit corpus ; indulus est carne, «processit ex utero. Jamne vides? /nm, in-

• quam, vides camem : interrogo, sed carnem «ostendo. »

Les savants éditeurs avertissent à la marge que cet endroit est corrompu, el il le parait en effet beaucoup; mais il va devenir parfaitement sain par le seul changement de la ponctuation, qu'il faut corriger de cette sorte: Jamne vides? Jam, inquam vides? Carnem

interroQo, sed carnem ostendo. Conter infra, pag. 918 B : Carni est manifestâtes in carne.

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