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CHAPITRE VII

Septième source d'altération. Ancienne coutume d'écrire sans aucune distinction de mots.

On voit dans la Diplomatique, pag. 57 F, qu'on a dans certains temps écrit des lignes entières sans aucune distinction de mots, el cela a occasionné une inGnilé de fautes de la part des copistes, qui, ayant voulu dans la suite distinguer les mots, ont ôté aux uns des letlres ou des syllabes qu'ils joignaient aux autres, cl qui ne leur convenant pas ont clé une source d'altération pour les mots suivants. C'est de là sans doute qu'est venue la leçon salubriler régula, au lieu de salubri terriculo, ton». II Aug., pag. 231 B, episl. 93, alias 48, De là encore adversum Israël, pour adverum Israël, lom. VIII Aug., pag. 32 B : Argumenta moral ia pour argumenlamur a/ta, toro. 1 Arnbr., pag. 116 £, Nulli justorum pour nullius torum, ibid., p. 1240 B.

On trouve aussi quelquefois des mots qui ont été pour ainsi dire disséqués, de manière que d'un seul on en a fait deux, el quelquefois trois : comme philosophus ter pour philosophaster, tom. VII Aug., pag. 56 F ; et hic cum, pour ethicum, tom. I Àmbr. , pag. 116 B; Jalsorum ore, pour falso rumore, tom. Il Hieron., p. 616, medio.

Cela a pu au reste venir en certaines occasions d'une pratique des copistes dont la raison m'est inconnue, lis séparaient quelquefois d'un mol une syllabe ou une lettre, qu'ils joignaient au mot suivant, dontellc ne peut faire partie ; cl ils écrivaient par eicmple crealur amesse, pour enrafuram esse, Diplom. pag. 355, cum rabies, pour cum rabies, ibid. pag. 367 B.

Je ne sais si cette pratique n'aurait point sa source dans celle d'écrire une ligne entière sans aucune distinction de mots ; et si les copistes qui transcrivaient un cahier écrit de celte sorte ne voulaient point distinguer par ce moyen les différentes lignes du manuscrit qu'ils copiaient, en mettant un intervalle entre la lettre qui finissait une ligne el celle qui faisait le commencement de la ligne suivante.

Je vais présenter ici différents endroits où les copistes n'ont pas été assez habiles pour trouver la distinction qu'il fallait mettre entre des mots qui paraissaient n'en faire qu'un seul dans toute la suite d'une ligne.

Exemples de fautes occasionnées par l'usage d'écrire les mots sans aucune distinction entre eux,

1* Hieron., prologo lib. II in Mich. proph. tom. III, p. 1526 : « Si enim criminis est « Grœcorum benedicta transferre, accuselur « Ennius el Maro, etc. » Il fallait faire deux mots de benedicta, el écrire bene dicta.

2* Dans les Commentaires sur le nouveau Teatament, faussement attribués à saint Jé-

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rôme, tom. V, pag. 857, on trouve une distinttion de mots tout a fait ridicule. * Qui < divitiis servit, diabolos eruil, » au lieu de diabolo servit ; et l'on a lieu d'ôire surpris que l'éditeur n'ait pas ajouté cette correction nu petit nombre de celles qu'il dit avoir faites. Car cel ouvrage porte un caractère d'antiquité qui méritait plus do soin delà part d'un éditeur. Et il pourrait bien n'être autre rhose que la courte et grossière production suç-les Evangiles, attribuée par saint Jérôme à Forlunalien, évéque d'Aquilée, premier auteur de, la triste signature du pape Libère. Les mots de saint Jérôme, Calalog. num. 98 , Brevi et rustico sermone , conviennent tout à fait à cet écrit (qui fourmille d'ailleurs presque dans son eotier, de fautes de copistes).

3* Ambr. episl. 71, ad Horant. n. 10, tom. H, pag. 1070 E : ■ H»c OU a Ecclesi» , longe « mehor e cursu, quam illa ex Judsa pro-

• jecta — ad superiora se bonis consiliis el « operibus adtollrns. »

11 faut sans doute meliore, dont un copiste fit mal à propos deux mots.

4* Dans le prologue des Commentaires sur Job, tom. V, Hieron., 677 : « Hi enim « elali pro co quod per naturœ bonum, alt-

• qua sapienter prsdic ibant, apud se jacti- « tantes severitatem, cum asserlores sint « mendacii. »

Il est aisé de voir que quoiqu'on ait conservé là toutes les lettres que présentait lo manuscrit, on a tout à fait gâté co texte, en y mettant une distinction de mots très-fautive, et n'en formant que deux, de (rois qu'il y faut et qui s'y trouvent : Jacti'tant esse veritatem.

5° Dans les Actes de la conférence de Carthage, num. 129, pag. 470 de la dernière édition de sainl Optai, on a fait un seul mot des cinq syllabes intelligatis, qui devaient en composer deux , intelliqat is : « Si enim ista « dixisses, possem le digestoram fide in ju- « dicio confulare. Si aulem non dixisses, tn- « tetligatis qui cognîtor datus est, de omni- « bus se imperaloria nolioni referre opor- « 1ère. •

6° On n'a de même formé qu'un mol d't'ndiscreta, qui devait ê're dbtingué en deux, tom. I, Ambr., pag. lî*5 D : « lrralionabilcm « et'supcrflui vulgarisque sermonis loquaci- « tatem indiscreta quœJam sohriœ doctrine « coegit mysteria ( au lieu de in discrela ). »

7* Dans le même sainl Antbroise, tom. II, pag. 184 C, lib. III de Virginibus, cap. 7, num. 37, on trouve un texte fort embarrassé, où on lit : « Ut quœ religioni debilum soive- « rat, pietate hœrede moreretur. » La plupart des manuscrits portent pittatis hœrede moreretur , el il n'y avait à changer dans celte leçon que la distinction fautive des syllabes, en lisant, pietatis hœres demoreretur. Après s'être contenté pour former un mot, des quatre syllabes moreretur, auxquelles il fallait joindre celle qui précédait, on ne pouvait manquer de supprimer la lettre finale d'ftorre*.

8°. Comment, in H ad Cor. cap. vu, 12,

t !05 ELEMENTS D

Append. tom. II Amhr., pag. 189 D : « Hi

• iniqae tractali sunt, quia fntribus contra- « lia passi sunl. * Le mol quia devait élre divisé en deux, en lisant, qui a fralribus.

9* Il fallait de môme faire deux mots dïnquam, iom. V Hieron., pag. 524, lin. ull. Comment, in Prov. cap. n : « Viam malam, m inquam, vocant, qui uicunt, veni nobiscum, « insidiemur sanguiui. » ( Viam malam , in quam vocant.)

10* Les deux mots, eut aspera, étant écrits sans aucune distinction, les cinq premières lettres pouvaient élre prises pour euju$, à cause de la ressemblance des lettres a et u ; et dans ce cas les quatre dernières se rendaient comme naturellement par tera , si le sens n'exigeait pat d'ailleors le mot pera; p;irce que, comme on a ru, le p ressemblait a n , et n à u.

C'est ce qoi parait être arrivé, tom. III Hieron., pag. 15t9, in Micb. cap. m : « Hœc « contra populum Judœorum , cujus ver a « captivités , et extremœ ruinœ irrogala ■ sunt. » On ne trouve ni syntaxe dans cujus, ni justesse dans vera ; et je répondrais presque que saint Jérôme avait écrit eut aspera captivilas.

11° C'est de môme une distinction mal faite qui a fait mettre, terme* nec taceat, pour termoni taceat, Hieron. tom. IV, u p., pag. (">D9 : « Quod licet sermo nec taceat.. ~l&men m ipsa dicere necessitale compellitur. » Con- IV* r Cyprian. de Idolorum vanitate : Et si voce lacent, exitu confitentur.

12" Profanatura, au lieu de profana tura ( ce dernier mot s'écrivait souvent san9 h ) ll>id., p. 711 : ■ Quis....tot errorum fabrica- « lus altaria est, et ararum profanatura suc- « cendit ? »

13* Nec ubi, pour necubi. Ibid. i p., pag. 95, in Mallh. cap. xxi : « Apostoli veslimenta « sua super asinum ponunl, turba quœ vi- « lior est, substernit pedibus asini ; nec ubi « offendat in lapidem, etc. »

14* Quando minanturt au lieu de qua domivnntur, tom. V Hicroo., pag. 816 : « Cum « polestalem quando minant ur plebi rel ani-

• mœ peccatrici suce ascribunt potcolisB. » 15* Flagellalus tenuit pour flagella susti-

nuit, tom. V Hieron., pag. 864, in fine: « Immunditiam Judœorum accepit,ut nostram «immunditiam purgaret, flagellalus tenuit, «ul nos de flagellis peccatorum liberarcl.»

16* Sed et, au lieu de, sedet, Aug. tom. II, pag. 304B.«Felicianus... modo mm Primiano «vester episcopus, sed et neminem posl eum

• baptizans. » Il faut d'ailleurs ponctuer et lire : Vester episcopus sedet; et ntminem post eum baplixatis. On a vu sur la lettre n quelle pouvait être prise pour les syllabes ri et li.

17* Suaoi, au lieu de, sua vi, en deux mots, Terlull. de Anima, num. 18, pag. 277 C: « Contendam... ipsam animant nec vidisse, « nec aud.isse, quia alibi fueril cum suaci, id a csl, animô. »

18* Crepitu ac Mo, au lieu do crépi lacillo, Terlull. adversus M ircionem, lib. III, nui». 13, pjg. 'iOV A : «Scilicct vagilu ad arma

CillTlQUE. 1 106

aesscl convocaturus infans, cl signa bclli, «non tuba, sed crepitu ac illo dalurus.-»

19* Sic sica captirilatis a pris la place de, sic, sic, a captiratis, dans Jean de Sarisberi, de nugis curialium, lib. VII, à la Gn du prologue.

20* Te ipsum uudio, Aposlole, au lieu de te ipsum audi, 6 Aposlole! Aug. tom. IV, pag. 174 B. Il est visible, par le contexte entier, que saint Augustin avait employé dans cet endroit la locution donl il se sert en plusieurs autres, audire se ipsum (élre d'accord avec soi-même, ne pas si' contredire),

21* La dernière syllabe de quare ayant été jointe à vocati, qui suivait, tom. IV Aug., pag. 414 G, a fait défigurer un beau texte, où il est visible, en consultant les variantes, qu'il faut lire et ponctuer : oTeneamus ergn, « fratres, humililatem.. ..Quarevocati sumus, « ii lis reprobatia? Vel illorum exeinplo su- « perbire timeamus. »

22" Quamvis devait former deux mots, quam vis, tom. X Aug., pag. 10G5 C : « Do «his duabus opinionibus....quam pulas jus- «liliam (ou, justam) credi deberc? Si dixeri* «luam quamvis eliam ultimo convenirc judi- « cio, etc. »

23* Le mot recursui ayant été partagé en deux, a fait metlre obnoxiaretur sui, au lieu de obnoxia recursui, t. X Aug., p. 1247 A. «Qualitatem ergo suam omnibus suppositis a speciebus impertit, non tamen obnoxiare- « lur sui, ut, etc.» Voyez quelques lignes plus haut, non tamen recurrit.

On sait d'ailleurs que la forme du c le faisait confondre avec, t; el le copiste put d'abord lire de suite obnoxiaretur; après quoi il forma un mol des deux syllabes, sui, qui suivaient.

24* Fraude multa, se Irouve pour, fraude m ulta, Ambr. tom. I, pag. 818 F. in psal. xxxv'u, num. 9 : «Soboles illius fe;ninae «circumvenliono parenlis, cl fraude multa oserpenlis, armis eum suis exuit, cl caput «illius ampulavit.»

Il faut lire d'ailleurs circumventionem à la place de circumvenlione , dans ce texte. Fraude, mis pour fraudtm, a fait mettre circumvenlione pour circumventionem; sans parler de la faute si commune aux copistes de supprimer ou d'ajouter mal à propos la lettre m à la On des mots.

25* Les deux mots in pia n'étant point distingués l'un de l'autre ont été changes en inopia, tom. V Aog., pag. 928 F; ce qui a donné un texte dont il parait que saint Thomas a été embarrassé dans sa Chaîne ad Matth.ix : «Omnis qui recle jcjiinat, aut ani- «mam suam in geroilu oralionis et casliga- «lione corporis humiliai ex fiJe non flcla, «aut ab illecebra cainali inopia aliqua spiarilali verilalis et sapientiae dclectatione «suspensa ad (amern sitimque senliendam «descendit cjus inlenlio.»

La conslruction de celte période est: Aut ejus intenlio swpensa ab illecebra carnali in pia aliqua spiritati dclectatione veritatis et sapicnliœ, descendit ad famem sitimque sen^ tien da m. 11 faudrait d'ailleurs pour une plus

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grande clarté mettre un point avec virgule «non modo in futurum, sed ne in dîcm qni-

colre les mois, ficta et aut. «dem laborarent, conlenli ex temporali cibo,

26*Dans le livre de saint Augustin à Orose, «quem Dcos subministrasset. »

«lom. VIII, pag. G18, lin. uil. : «Nec ca sanu 35" Dans le dernier sermon de l'Appendice

«ignoranlia periclilari me pulo, sicul in du tom. V de saint Augustin, png. 532 E:

« obedientia, si Domini prœcepta neglexero.» «Qualis tune rerum species, dileclissirni,

Il fallait écrire d'un mot, inobedienlia , a « quam cruenta œtas,per quam vidobatur mi-

l'ablatif. f srranda et borrenda cernenlibus, sed, etc.»

27* Hieron. lotn. III, pag. 1329 : «Dicit in Ce n'est qu'une distinction mal faite entre

«opibu» prndenliœ, panes occullos libenter les syllabes, qui a fait si fort défigurer ce

■ atiinsitc.» Il faut inopibus d'un srul mot. texte, et on l'aura, ce semble, dans toute sa 28* Hieron. tom. IV, png. 379 : «Non ait, pureté, en lisant et ponctuant: «Qualis tune

« lmilalorcs mei eslote, née, imitalores Chri- « rerum species, dilectissimi 1 Quam cruenta,

«sli; sed, imilatores Dci. Non quominus sit *et asperal Quam videbalur miseranda et

«imitalorcm Chrhti esse quam Dei (Dcus « horrenda cernenlibus I»Con fer lom.X Aug.,

«quippe Christus est), sed, etc. » Il faut, quo pag. 988 G : Sœvis et asperis.

tntnus, en deux mots. 36° De Miraculis sancti. Slephani, lib. II,

29* Léon. tom. 1, pag. fc5, de Vocal. Gent. cap. 2, Append. tom. VII Aug., pag. 36 G :

lib. II, cap. 8: «Sedente filio hominis in sedo «Cumqoe somnii sui quid ratio porlenderel

«majestalis suas, antequam facta congrega- «cogitarel, née liquido intelligerc valuisset,

«tione omnium gentium, alii diconlur ad «cxtnde oravit visitari, confirmarique po-

«dexleram, alii ad sinistram constiturnrii; «poscit.»

«laudatis dextris, etc.» Il fallait écrire en H faut, ora vùitari, confirmarique pope-

tlcox mots, ante quam (sedem). mV; mais la première syllabe do zxsitari

30* Aug. episl. 162, ad Evodiom, num. 5 : ayant été jointe à ora, le texte se trouva dé-

«Quomodo enim apparuerit, vel corpus an- figuré, et les copistes y firent en conséquence

■ geli cum oculis clausis... vel spiritus«piri- d'autres changements.

«lui dormieotis.» Le mal de celle femme était au visage

Il fallait écrire, en un seul mol, angelieum. dont la mâchoire était dérangée, et c'est à

31*11 fallait de même ne former qu'un seul cela que le mol confirmari a rapport. Quant

mol des cinq syllabes, incircumspecta, dont à celui de visitari, saint Ambroise l'emploie

on en a fait deux, lom. II Aug., pag. 3H, de même, en matière de miracles, epist. 22,

epist. 119, alias 231, num. 3 : «Ego siquidem num. 19: «Utrum a martyribus possint ali-

« in circumspecta admodum simplicitale cre- "Qui visitari.»

«debam Deum esse innstimabilis cujusdam 37* Append. tom. III Aug., pag. 110 B:

« lucis infinitam magniludinem...quam etiam «Quienim in concessa prsBsumit, reus est.*

« carnalibus oculis saltem Christus aspiciat.» H fallait mettre inconcessa d'un seul mot.

32* Dans Marius Mercalor, pag. 378, lin. 38* On devait de même écrire en un seul

ult. edit. Baluzians : «Et nibil mirum si in mot intermortuos, au lieu do inler moriuus,

«hujusmodi cugitaliono vincamur, cum res Ambr. dePœnit. lib. II, cap. 1, num. 5, tom.

« noslras, quomodo se habcant, inquirentea, Hi pag. 516, in fine : «Sentes amputât, fru-

«ullra modum noslrœ menlis inventionem * ctus adolet, quos inter mortuos esse crede-

«esse ronfiteamor, quonamque modo animam «bat.»

«hominis suo corpori adunatam esse putavi- 39* Separatot doil former deux mots se

■ mus, quis esl qui id possit exprimere?» 11 parato», dans les statuts synodaux impriy a plus d'une faute dans ce texte; mais ce m«« a la fin de la Somme de Caranza, pag. qùi vient a notre sujet, c'est que le copiste T91, lin. 5: « Ad sacramenlum ex trémas unu a fait qu'un mot de quonamque, qui devait «ctionis mooeant populum sacerdoles... et en former deux. Il a d'ailleurs mis putavi- «omnes communiter, ut stparatos exhibeanl, mus au lieu de putabimus, et introduit une «cum necesse fuerit. »

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