CHAPITRE VIII
ponctuation loul à fait défectueuse. Voici,
ce me semble, comment tout cet endroit doit „ . r
être rétabli : «Cum res nostras, noomodo se Biuttinu source d'altération. Explications
«liabeant, inquirenlcs, ultra modum nosirœ maf jinales et avis des copistes ou des ré-
« mentis inventionem esse confileamur. Quo viseurs, pris pour portion du texte.
«namque modo animam hominis suo corpori II esl quelquefois arrivé aux copistes de
«adunatam esse putabimus? Quis est qui id faire entrer dans le (exle des notes qu'an
«possit exprimere?» lecteur avait mises à la marge d'un cahier,
33* Laclanlii Divin. Inslit. lib. I, cap. k, pag. pour éclaircir ce qui était obscur ou qui lui
13 novœ edit. : *At quin impleta esse impie- paraissait tel, ou pour prémunir contre le
«rique quolidie illorum valicinia videmus.» danger d'adopter quelque erreur. Cela ne
li fallait no faire qu'un mol de Atquin, pouvait manquer, en troublant le sens de
que les anciens mettaient ponr atqui, et qui l'endroit, d'occasionner des corrections qui
ne se trouve jauiais autrement dans Tertul- souvent l'ont gâté sans ressource,
lien. Dans les questions sur l'ancien Testament,
3V* On trouve quelques lignes au-dessous Append. tom. III Aug., pag. 5k G (quœst. M),
dans la mémo page ex temporali, en deux on lit : Si videtur hic errasse in ista sentent in,
mots, au lieu de cxiemporali : «Ha enim de- non est arcipiendum quod dixit. 11 esl évi-
• Iegalo sibi officio funcli sunl (prophètes) ni dent, soit par le sens, aoil par la leçon des
manuscrits du second genre, que les onze mots qui suivent le monosyllabe si ont élé
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« jeclio exspectabatur et petebatur. * Los deux mots, exspectabatur, expetebatur, pouvant aisément se lire l'un pour l'autre : un copiste mit, selon la pratique usitée de sou temps t exspectabatur vtl expetabatur; et relie leçon a été conservée dans le manuscrit de la Chartreuse de Portes, qu'on cite au bas de la page. Le* autres copistes, dont on a admis la leçon, ne connaissant pas cet usage de la particule tel, l'ont supprimée et ont changé expetebatur en et petebatur , tandis qu'il fallait supprimer en entier les deux mots vel expetebatur, parce que la leçon exspectabatur donne un sens plus juste, et que c'est le sens qui doit en ces occasions décider de la préférence qu'il faut donner à une leçon plutôt qu'à une autre.
Je serais Tort porté à croire que des copistes qui consultaient différents manuscrits écriraient quelquefois les variantes précédées du mot alibi. Je me fonde sur deux ou trois endroits que ce mot défigure, parce que les copistes qui n'en connaissaient pas la destination, l'ont conservé en même temps qu'ils ont supprimé les variantes dont il était suivi, et dans lesquelles ils ne pouvaient trouver que de l'absurdité en les prenant, comme ils faisaient, pour portion du texte.
Dans le sermon 76, alias 13, de Verbis Demi ni, tom. V Aog., p. M7 C, on lit : a Ne- « que enim agendum est corn firmis alibi, « ut sint infirmi ; sed agendum est cum in- « flrmis, ut sint flrmi. » Le copiste trouvait apparemment des cahiers qui portaient cum
amenés de la marge dans le texte, et qu'ils étaient originairement un avis de réviseur, qui voulait mettre les lecteurs en garde con* l e la témérité de l'assertion qni suivait.
L'embarras causé par les explications marginales insérées dans le texte est encore plus grai d et presque irrémédiable, lorsqu'elles sont venues occuper une place qui leur est absolument étrangère.
On en trouve un exemple remarquable dans le premier livre Pasch. de Théophile d'Alexandrie, traduit par saint Jérôme. Ou lit, Bieron. tom. IV, ii p., pag. 603, ullimœ edit. : « Nulloque, quod nostrssimilitodinis « est, caruit, nisi solo peccato, quod substan- « tiam non habet inanimam sine anima; ne- « que enim inanimam carnem habuit, et pro « anima rationali ipse in ea Deus Verbum « fuit. •
On ne peut, ce semble, en examinant cet endroit, s empêcher de voir que les mots tnanhnnm sine anima doivent être supprimés, et qu'ils avaient d'abord .été mis en marge à «ôlé de inanimam carnem, qu'un réviseur voulut expliquer en faveur des lecteurs peu habiles, après quoi celui qui 1rs introduisit dans le texte leur donna une place qui no leur convenait en aucune sorte.
Le savant auteur de la Diplomatique, dom M ihillon, remarque, pag. 58 A, que quand un c >piste trouvait quelque mot écrit de manière qu'on pouvait le lire de deux façons différentes, il écrivait quelquefois de suite
les deux leçons, par exemple, de notis, de- x infirmis au lieu de cum firmis ; ce qui pouvotis. vait avoir été occasionné par la finale du
C'est poor cela sans doute que dans les mot cum jointe A firmis
Commentaires sur Job, tom. V Hieron., pag. 778, on trouve écrites de suite les deux leçons praficientes , proficiscentes , dans le texte suivant : Quotidie proficientes proficiscentes virtutum merito in virum perfectum.
C'est par la même raison que dans le tome II de saint Léon, pag. H2, lin. 20, le mot ip*e se trouve joint aux deux monosyllabes in te, qui ne s'en distinguaient aucunement à cause de la ressemblance des lettres net p: « Ha)C Verbum caro factum loqoebatur, et « homo Jésus Christus, Dominus majeslatis « docebat, medialor ipse in se ad salulem « Kcciesiœ constilutus, et ipso illo inter « Oeum et homines medialoris sacramento, « utrumque unus existens. »
Il semble que in se doit être supprimé, et qu'il n'a été mis là que comme une leçon différente que le copiste ou le réviseur trouvait dans un autre manuscrit, par la raison qu'on vient de voir.
D'autres fois le copiste avertissait, par la particule vel mise entre deux mots, qu'on
Souvait lire l'un ou l'autre, et l'on sent quel érangemenl cela devait amener dans le texte de la part des copistes postérieurs, qui n'entendaient rien à ces indications de ceux qui les avaient précédés.
On en voit un exemple, lib. IV Ope ris Imnerf. cap. 119, loin. X Aug., pag. 12U K: • \ oluntarii peccata paluerunt, quorum rc-
tinalc qui ne so distinguait aucunement de la syllabe in. 11 écrivit donc cum firmis alibi infirmis. Les copistes postérieurs, n'y comprenant rien, supprimèrent infirmis et conservèrent alibi, qui, s'il ne leur donnait pas un s«ns clair, ne leur présentait du moins rien d'absurde.
Ils ont employé le même procédé dans le sermon 98, alias kk, de Verbis Domini, cap. 1, oùtous les manuscrits portent, comm« on voit au bas de la page : « lllorum mors « invisibilis alibi nec quarebatur, nec vide- « bilur. » Un ancien copiste avait sans doute écrit invisibilis alibi visibilis.
La même chose parait être arrivée dans le tome I de saint Ambroise, pag. 80fc B, Rnarr. in Psal. xxxvi, num. 59 : < Postea « quoquea/iot et usu roboralus et muncre.»
On voit que dans ees endroits et autres semblables il n'est question que de supprimer alibi j et peut-être aussi, lorsque le mot qui précède alibi ne donne pas un sens juste, d'en chercher un qui y ait du rapport, soit pour le son, soit pour les lettres nui le composent : car dans ces occasions tl peut être arrivé aux copistes d'avoir fait un mauvais choix.
Ma conjecture, au reste, sur l'emploi du mot alibi, parait devenir une certitude par l'endroit suivant d'une lettre do saint Jérôme au pape Damase, tom. IV, pag. 148, in fine : on lit dans le grand nombre des mfr-
im
Ht?
nosrrils : « De aliéna lingua fictam alibi fal- On lit dans Marius Merealor,pag. 264, lin.
« sam referre sententiam. » ult., cdit. Baluziann : Humants ratiocinatio-
Il pouvait encore se faire que les copistes nibus ta subjiciens, quœ et inexquisila fuie
employassent d'autres expressions pour in- creduntur ; et M. Baluze remarque, pag. 463
diquer les variantes. Le mot aliquanti, par de ses noies, que le manuscrit de Bcaurais
exemple, paraît drstinéà cela, tom. X Aug., porte... quœro et in exquisita.
png. 878 A, Operis Imperf. lih. 1, num. 8. Je soupçonnerais que ro, ou plutôt re (qui
On trouve deux manuscrits qui portent ali> se confondait avec ro), était la première sjK
quanti confodiantur acerrime, mots qui pa- labe de requirendum ; et que c'était un avis
raissent avoir été ajoutés par un copiste de réviseur, qui trouvait de l'embarras dans
pour avertir que quelques cahiers {aliquanti) portaient confodiantur acerrime au lieu de convineantur faeillime. La place différente qu'occupent les mots aliquanti confodiantur acerrime, dans les deux manuscrits où ils se trouvent, semble indiquer qu'ils furent d'abord mis à la marge et ensuite introduits dans le texte par différents copistes, qui leur donnèrent les uns une place, les autres une autre.
Je croirais presque que dans le livre De fide rerum quœ non videntur, tom. VI Aug., pag. 1V2 E, num. 3, la leçon quando quidem et nondum a pris la place de quando quidam quomodo et nondum, qu'un copiste avait mis pour marquer que des cahiers portaient quando, et quelques autres (quidam) quomodo : mots que l'abréviation de quomodo avait fait confondre. Cela étant inintelligible aux copistes postérieurs, ils supprimèrent quomodo et se trouvèrent forcés de changer quidam en quidem. C'était quomodo qu'ils devaient conserver, comme le sens le démontre, et mettre des points d'interrogation après credimus et videmus. On trouve en effet le sens le plus juste en lisant cet endroit, si embarrassé, de la manière suivante : « Cerle enim si rrbus non visis cre- « derc non dehemus, quomodo et nondum « certius probalis amicorum cordibus credi~ « mus f et cum ea malis noslris bona proba-
le texte, comme il parait effectivement y en avoir. *•
On voit que dans ces occasions il faut commencer par mettre à l'écart la lettre r, ou le mot requirendum, et examiner à la lumière de la critique en quoi consiste la faute qu'on est averti de corriger, et comment il faut s'y prendre pour en venir à bout.
Ce principe conduit à rétablir des endroits qui paraissent absolument inintelligibles. Mais il faut observer que le mot requirendum pouvait être remplacé par des expressions synonymes, et l'on en trouve un exemple remarquabte dans le sermon de saint Paulin, de Gaxophylacio, vers la Gn du noinb.2, pag. 217 de la dernière édition. Je vais présenter la leçon des manuscrits telle que la rapporte l'habile éditeur au bas de la page : « Si reminiscaris in Evangelio illos suscepto» « res Domini talenlorum, et quid cuique pa* « lerfamilias relribuerit, scies quanlo ait uti- « lius poncre ad mensam Domini mullipli- • candara pecuniam, quam slerili fide odiosam « reminiscant quare nullo reditu créditons, « magno ioulilis servi dispendio in sola pœ- ■ narum illius incrementa esse servalam. »
Le P. Chifllet corrige à l'aventure, sans qu'on puisse trop voir ce qu'il a voulu dire : quam sterili fide odiosam reminisci a le avare nullo reditu. etc. Les autres éditeurs, auxquels le dernier a cru, dit-il, devoir s'en
« verimus, eliam lune eorum erga nos be- tenir jusqu'à ce qu'on trouve quelque ma-
« nevolentiam credimus polius quam vide- nuscrit qui fournisse plus de lumière, ont
a mus? nisi quia, etc. » mis : quam slerili fide nullo reditu, etc.
Les copistes ou les réviseurs n'étaient sû- En réfléchissant sur la destination du mot rcment pas assujettis à l'usage de la seule requirendum, dans les endroits où les copisparlicule tel pour indiquer des variantes ; et tes trouvaient quelque faute, il est aise de il est très-possible qu'ils aient aussi employé voir que d'abord il faut supprimer rr/n miles expressions que je viens de marquer, et scant quare, ou plutôt, reminiscant quœrere d'autres encore qui leur sont synonymes, (ce dernier mot ayant été changé en quare comme in aliis, in aliquibus, in quibusdam à cause de l'abréviation), et chercher en- (sopple codicibus), etc. El comme dans les suite de quel terme la leçon odiosam, indiendroits embarrassants des anciens auteurs, quée par le copiste comme fautive, et qui où se trouvela particule t-«/,on est bien fondé l'est en effet, a pu prendre la place, à faire usage, pour les éclaircir, de ce que II n'est pas nécessaire, pour le trouver, d<* remarque dont Mabillon sur l'emplof de faire de grandes recherches, et il suffit de celte particule, on peut l'être également, savoir que rien n'est plus ordinaire que lorsqu'on rencontre, dans de pareils en- de rencontrer dans 1rs manuscrits les lettres droits, les termes synonymes marqués ci- d et t mises l'une pour l'autre. On n'a donc, dessus. après avoir supprimé reminiscant quœrere, Le savant dom Couslant observe, dans son qu'à substituer otiosam à odiosam, el l'oa édition de saint Hilaire, que les copisles (ou est assuré d'avoir dans son intégrité prituiks réviseurs) mettaient la lettre r initiale de live le texte de saint Paulin, en lisant de requirendum, (mot qu'ils écrivaient quelque- suite : quam sterili fide otiosam, nullo reditu fois en entier), pour marquer qu'il y avait créditons, etc.
faute dans le manuscrit qu'ils copiaient, et 11 me semble que c'est un pareil avis de
qu'il fallait faire des recherches pour la cor- copiste qui, ayant troublé un texte de la
riger. Voyez dans saint Hilaire, les pp. 1338 question intitulée de Jactantia Jtomanorwn
A et 1337, not. n. • ItviUirwn, AnpcmJ. tom. 111 Aug., pag. 92
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n empêché, da moins en parlie, d'y voir le nom de ce diacre ambitieux, nue sa témérité rendit célèbre dans le iv* siècle, et qui poussait son orgueilleuse prétention .jusqu'à vouloir non-seulement égaler son ordre à celui des prêtres, mais même le mettre audessus. Saint Jérôme en parle, mais sans le nommer, epial. 101, alias 80, ad Bvange'um. El voici ce qu'en dit, entre autres choses, l'auteur de la question citée : « Quidam igi- « tur qui nomen habet Falcidii, duce slulli- • lia et civitalis Roraanœ jactantia, levitas « sacerdotibus, et diaconos presbyleris co- « square conlendit. »
Celui des manuscrits qui, quand on en examine de près les variantes, parait évidemment être le plosaneien, porte à la place de Falcidii, les quatre mois Falsi-de-requœrunt, avec les traits de plume que j'ai marqués. On sent aisément que celle dernière leçon est antérieure à l autro , et qu'elle n'aurait jamais pu en prendre la place, pnree que la première ne causant aucune espèce d'embarras, aurait été écrite sans la moindre hésitation telle qu'elle se trouvait. Mais on comprend tout aussi aisément, quand on connaît le peu d'habileté des copistes, que la locution nomen habelfahi de re ne pouvait manquer de les embarrasser et de leur être même totalement inintelligible.
Il y a donc tout lieu de croire que dans l'impuissance où était le copiste d'entendre cette locution, il écrivit à la suite le mot quœranl, pour avertir de chercher dans d'autres cahiers une leçon différente. Ce mot revient au reminiscant quœrere qu'on vient de voir ci-dessus dans saint Paulin ; et si on. lit aujourd'hui quœrunt au lieu de quœrant, c'est que, comme on l'a vu au chapitre premier, $ 1, l'a ne se distinguait aucunement de l'u.
On n'a donc qu'A supprimer d ins ce texte le mol quœrunt, on plutôt quœrant, et l'on trouvera qu'au lieu de Falcidiu* (nom pro-
pre visiblement forgé sur Fulsi-dere, qu'on voulut latiniser en n'en faisant qu'un mot, quoique les traits de plume destinés à prévenir à cet égard les méprises, en indicassent trois), on trouvera, dis-je, que le diacre romain s'appelait Faltus. Rien de plus clair en effet que ce que dit l'auteur, quand on connaît l'emploi si fréquent des mots nomen cl rw, mis en opposition : comme nomen habet, rem non habet, en parlant des mauvais chrélieus, etc. Mais les copistes n'étaient pas assez habiles pour saisir la raillerie contenue dans nomen habet Fahi dere; et il aurait fallu dire, pour se mettro à leur portée, en parlant un langage qu'ils pussent entendre, qui nomen habet Fahi, ob fahilalem quœ in eo est. Us ne connaissaient point d'ailleurs ce qui se dit du tournesol, e re nomen habens (heliolropium).
Il pouvait se faire que dans quelques manuscrits, au lieu d'avis de copiste concernant l'éclaircissement du texte, on trouvât des choses qui y sont totalement étrangères, et qui dans certaines occasions causeraient de l'embarras, surtout si elles étaient entrées, par la suite des temps, dans le corps même du texte.
On voit un exemple de ce qui a pu arriver à cet égard dans deux ters de la façon d'un scribe, qui a voulu s'égayer en joignant à la description faite par saint Jérôme, des avantages d'une vie de communauté, le portrait du désagrément qu'il y éprouvait : Prcepositis vinum, dit-il, nos dequstamus acetum : Prcepositis triplex, nobis fit portio simples. Hieron, lom. 11, pag. 731), noie rf.
Il est vrai qu'une semblable adjonction au texte ne peut guère arrêter un lecteur ; mais elle fait voir ce qui a pu arriver ailleurs de la part de quelque copiste occupé d'une idée soit agréable, soit chagrine, et celle observation peut, en mettant en quelque sorte sur les voies, faire parvenir en quelques rencontres a l'éclaircissement de certains endroits.