‹ Dictionnaire raisonné de diplomatique chrétienneChapitre 6 sur 455 · AVANT- PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT- PROPOS

celles de l'invocation, du préambule, des suscriptions, des réserves, des clauses comminatoires, do snlul, des d ites et des souscriptions, feront l'objet d'observations spéciales et détaillées.

On a donné aux documents anciens les noms les plus divers. Les diplômes et les chartes se prennent quelquefois les uns pour les autres. Les chartes et les épîtres, synonymes dans bien des cas, ont reçu cependant bien souvent des acceptions différentes. On trouvera à charun de ces termes leur définilion et les épilhètes quilenr étaient données selon les cas. Les lettres, considérées comme actes, doivent se rattacher aux articles précédents. La critique des originaux, lenr discernement d'avec les différentes sortes de copies ne sont pas sans difficulté, comme on le verra dans la pratique. Nous avons cru devoir prémunir contre les erreurs qu'on pourrait commettre dans ces appréciations.

L'usage des chiffres roui tins et des chiffres arabes, l'origine de ceux-ci, ont été particulièrement étudiés, cl nous avons profi;é des travaux les plus récents sur çello matière pour compléter le sujet.

Les chanceliers de nos rois et les grands officiers de la couronne, qui sont le houlcillier, le chatnbrier, le connétable cl l'échanson. remplissent un rôle important dans l«s diplômes royaux. Il est donc nécessaire de connaître leurs noms, la date de leur entrée en fonctions, etc. L< s listes c ces dignitaires ont été relevées «ivce soiti d'après les meilleurs auteurs.

Le comput ecclésiastique a été de tout temps l'objet de travaux nombreux à cause de son utilité générale. 11 a été employé dans les chartes en tout ou en partie. C'est par sa concordance avec les années de Jésus-Christ qu'on peut assigner une date précise à un grand nombre a actes. Les ères, les cycles, les épactes, les lettres dominicales, etc., seront définis et leur concordance démontrée dans des tableaux minutieusement développés. Comme il était ordinaire, au moyen âge, de dater du jour de Ja féte d'un saint ou de certains termes empruntés à la liturgie ou à d'autres cérémonies, on trouvera la solution de ces difficultés dans le catalogue des s.ints cl dans le glossaire des dates empruntées aux cérémonies religieuses. Ces listes sont puisées en grande partie dans l'Art de vérifier les dates.

Mais la chronologie n'aurait pas été complète si l'on nj eût réuni la liste des souverains des principaux Etats de l'Europe. C'est ce que nous avons'fail, en y ajoutant celles des empereurs romains des empereurs d'Occident et des papes. Nous ferons remarquer que les listes des souverains, pour les temps modernes, s'arrêtent à la On du xvr siècle, parce qu'il eût été inutile, pour l'élude spéciale que nous nous proposons, qui est celle du ri oyen âge, de les prolonger jusqu'à nos jours. En môme temps qu'on recueillait des documents sur les souverains, on n'a pas négligé de dire quelques mots des autres

classes de la société. Les ducs, les comtes, les barons, etc., les bourgeois, les serfs de toute sorte, sont passés eu revue. Les rapports qui ont existé entre eux, les actes qu'ils ont pu faire, les litres qu'ils y prenaient, tous ces faits ont attiré noire attention. L'histoiro des différentes juridictions, le parlement, les justices ecclésiastiques et seigneuriales n'ont pas été négligées.

Les monuments graphiques peuvent être, étudiés sous plusieurs aspects. La langue dans laquelle ils sont écrits, l'orthographe et le style qui y sont employés, peuvent caractériser leur âge. Les substances propres à l'écriture, (elles que le papyrus, le parchemin et. le papier; les instruments dont se servaient les écrivains; les encres de diverses couleurs, tous ces éléments servent à connaître les usages des anciens temps, et plusieurs aident à déterminer l'âge des documents dans lesquels ils ont été employés.

Les écritures ont été l'objet spécial de nos recherches. En présence des immenses Iravaux des auteurs du Nouveau Traité de diplomatique, nous étions embarrassé de résumer convenablement un sujet aussi étendu que celui de l'hisloire de l'écriture romaine dans ses transformations successives jusqu'au xvi* siècle. Ces auteurs, tout en admettant que l'écrilure romaine est la source de toutes les écritures modernes, ont formé do celles-ci autant de genres qu'il y a de nations dans l'Europe occidentale, et ont pratiqué dans chaque genre des subdivisions infinies que notre plan nous empêchait d'adopter. Mais nous avons trouvé dans les Eléments de paléographie de M. de Wailly le moyeu de résoudre la difficulté. Cet auteur, sentant comme nous l'impossibilité et peut-être l'inutilité d'entrer dans d'aussi longs détails qua les Bénédictins, prenant pour base I écriluro romaine, l'a suivie sous ses différents aspects d'écriture capitale, oncialc, minuscule, cursive et mixte, sans s'arrêter à déterminer rigoureusement les nuances que le génie particulier de chaque peuple a pu y apporter. Par là on a/rive à obtenir une connaissance réelle et suffisante des écritures qu'on pourra rencontrer depuis te v et vi* siècles jusqu'au xvr. Les fac-similé nombreux et choisis pour chaque époque et chaque genre particulier d'écriture compléteront l'étude théorique.

On peut ajouter aux écritures les sceaux et les contre-sceaux, qui offrent un grand intérêt par leur extrême variété, leur importance et leur usage si répandu dans le cours do moyen âg<*. " «

Malgré la valeur des sources où nous avons puisé, nous ne nous dissimulons pas, nous ' le répétons, qu'il n'y ail des erreurs dans notre travail. Oua°laux appréciations qui se rapportent aux doctrines théologiques, nous avons tâché d'y conserver l'orthodoxie catholique, et nous nous soumettons d'ailleurs en tout point an jugement des personnes qui ont qualité pour prononcer dans celle matière, ne voulant eu rien dépasser les bornes que nous a tracées l'Eglise.

ABBÉ. ABBAS.— I. Abbas esl un mot syriaque qui signifie père. On nommait ainsi celui qui gouvernait on monastère d'hommes.

L'abbé était élu par 1rs moines dans tous les monastères; mais souvent l'esprit d'inlriguo et de cupidité troubla cet ordre naturel, et les éteclions furent l'effet ou de la brigue di<s évêqoes (1), ou de la violence des ecclésiastiques séculiers, qui, les uns et les autres, so placèrent souvent sur la chaire abbatiale. Le mal s'accrut de plus en plus dans le cours du vit' siècle. Dans le suivant Charles Martel, pour payer le service rendu à la France par ses guerriers à la bataille de Poitiers , donna les abbayes et même des évéchés à des laïques. Bernard, son Gis naturel, passo pour le premier qui ait joint la qualité de comte à celle d'abbé. On appelait ces personnages abbat cornes, abbas miles. Ils jouissaient d'une partie des revenus du monastère, et étaient chargés, dans ces temps de désordres où chacun se recommandait a plus puissant que soi , de préserver les moines et leurs biens de toute atteinte. Oulro ces abbés il y avait à la téte des frères, et élu par eux, un prévôt, prœposilus ou rector, qui était le véritable abbé spirituel.

L'abus des abbés séculiers dura jusqu'à In troisième race. Hugues Capet rendit aux Eglises régulières et séculières de Franco le droit d'élire leur pasteur. Cependant on trouve encore, depuis ce temps, quelques traces de l'ancien usage (2). Le saint pape Grégoire VU eut vivement à lutter conlro les empereors pour rétablir la régularité dans cette partie de l'Eglise.

Le concordat entre François Ier et Léon X changea tout à faU en France l'étal ancien des choses. Par ce traité le pape accorda au roi le droit de nommer aux prélatures et aux bénéfices consistoriaux, c'est-à-dire la faculté de pourroir directement aux évéchés, abbayes et prieurés. C'est alors que les abbés commendalaires s'i n trod u isi rent da as lou le l'Kglfse. Ces dignitaires, arrivés, par la faveur des rois, à des sièges importants, ne considérèrent, pour la plupart, lus abbayes que comme de riches béueOces dont le revenu

(1)D. Maillon, prébee, ur siècle b&aéd., n. S. (ij lliul

Î3J Celle situai ion particulière avail iTr.biblemonl élé

devait servir à soutenir leur rang à la cour. Depuis lors les pauvres moines furent souvent maltraités, et leur prieur n'ayant plus la haute main dans les affaires du monastère, ne put guère les défendre et les diriger.

II. Dans la hiérarchie ecclésiastique, 1rs évéques ont toujours eu lo pas sur les abbés : cependant l'histoire fournit quelques exceptions à cette règle. En 580, saint Colomban, ayant fondé le monastère de Hy en Irlande, soumit, comme abbé, à sa juridiction loul le pays et l'évoque même. L'abbé du Monl- Cassin jouit d'une semblable autorité sur des évôques qui avaient juridiction. Ce droit exceptionnel s'explique par l'importance do ces deux abbayes (3). Il y a eu d autres évéques soumis à des abbés, mais ce n'étaient point des évéques ayant juridiction : ils étaient simplement pris parmi les moines, à la demande de l'abbé et pour l'ordination des religieux, li en a élé ainsi à S mit-Denis, à Marmoutirr, à Murbach. etc. (».

Le titre A' abbé des abbés excita, an xii* siècle, de grands débats entre les abbés do Cluny et du Mont-Cassin. Il fut enfin adjugé au dernier, à l'exclusion du premier, dans un concile tenu à Rome en 1123. Mais l'abbé de Cluny se dédommagea de cet échec , en prenant le litre d'archiabbé.

Les abbat es mi Irati jouissaient, en vertu des bulles des souverains pontifes, du droit do porter les ornements pontificaux, de bénir les ornements et les autels. Ils étaient également oxetitplsde la juridiction do l'ordinaire

Le litre d'abbé ne fut pris par les ecclésiastiques séculiers que sur le déclin du vin* siècle, où l'on commença à former des collèges de chanoines, à la téte desquels on mit des abbés. Au x' siècle, les abbés des mouastôres prirent le litre de réguliers pour se distinguer des séculiers, qui prenaient le titre d'abbé (5).

Avant le ix* siècle beaucoup d'abbés n'étaient que diacres. Les papes Eugène II et Léon IV décidèrent qu'à l'avenir ils seraient tous prêtres, trouvant sans doute peu convenable que celui qui n'clait revêtu que d'un

créée par quel \oq rcsrril d'un souverain pontife. (t)rWj, Uii EccL, t. IX, liv. XI.IV. ». 498. (5) Annule* MtM., l l'.l, [,. 5U.

DICTIONNAIRE DE WPLOMA1 IQIE CillIE TIENNE.

ordre. inférieur dominât sur ceux qui étaient honorés du sacerdoce.

Li s litres latins prctsul, artistes, prœlatus, olc, ne signifient pas toujours évéques ou pontifes : dès le tx* 6iècle on en décora les abbés proprement dits. Les abbesses mêmes >-oul qualifiées prœlatœ dans le deuxième concile d'Aix-la-Chapcllç. On appela aussi les abbés, chefs d'un grand nombre de matous, archimandrites, et les abbesses archimanilritissfr.

l'Ius tard le litre d'abbé Tut donné à des étéques, au premier magistrat de certaines villes, et même à des chefs de confréries. C'est depuis le concordai de 15IG que les simples clercs, tant nobles que bourgeois, ont pris indifféremment le litre d'abbés, qui était si répandu au xviir siècle.

On appela aussi abbas, et ensuite reetor, le curé ou administrateur supérieur d'une paroisse; les ecclésiastiques au-dessous de lui étaient les presbyteri et ensuite les capellani il).

ABBESSE. ABBATISSA. L'abbcssc était la supérieure d'une communauté de femmes.

Toutes les abbayes de filles étaient électives en France, et elles ne furent pas soumises au concordat de Léon X : de sorte que, bien que dans les derniers sièctes les abbesses fussent presque toutes nommées par le, roi, cej eiul.i ut les bulles qu'elles recevaient de Home faisaient toujours mention de l'élection par la communauté.

L'histoire ecclésiastique présente quelquefois l'exemple d'abbesses admises dans les conciles. Cinq abbesses souscrivirent À celui de Balconcclde en Angleterre en 694. Bède rapporte même qu'une abbesse, nomméo Hilda , présida dans une assemblée ecclésiastique.

AfiRAXAS. Nom donné à certains cachets symboliques, usités parmi les guosliques, et figurait des lions, des auubis, des dragons, etc.

Le nom d'Abraxas était celui du dieu souverain, qui présidait à d'autres dieux, et â sept anges directeurs des sept cieux. Saint Jérôme dit que c'était le même dieu adoié par les païens sous le nom de Milhra.

Plusieurs rois de la deuxième race et quelques grands seigneurs se servirent de sceaux et de conln -sceaux formés de pierres antiques de ce genre.

ABHÉVIATRURS. C'est le nom de certains officiers de la chancellerie romaine. Il y avait les abréviateurs du grand cl du petit parquel. Les abrériatcurs du grand parquet I étaient des espèces de notaires chargés de 'dresser la minuit! des bulles sur les requêtes signées du pape, les collaliounaicnl lorsqu'cles élaienl transcrites *ur parchemin, et les envoyaient aux abréviateurs du petit parquet pour être taxées.

On a appelé parquet le lieu où siègent ces officiers, parce qu'il est fermé

(I) Glotsaire de Ducange.

(î) Nouveau Truili de Dhlomalvjtte, t V, 334.

(3) l'. le* fac~iVMlc, u°» i\ 41 cl 44 de l'art. Ecntnmi.

comme un parc, et entouré d'une baluslrado à hauteur d'homme (2).

L'époque la plus ancienne à laquelle on trouve ces fonctionnaires est celle de Jean XII. qui les institua en litre d'office. ( Voyez Chancellerie romaine.)

ABRÉVIATIONS. Ce lerme sert à caractériser une classe de signes dont l'usage est des plus répandus dans les monu i ents graphiques anciens. On distingue plusieurs genres d'abréviations, savoir : les sigles, les notes tironiennes cl les signes abréviatifs propiemenl dits. Nous parlerons à leur rang de* sigles et des notes tironiennes. (Voyez ces mots.) Mais il ne sera question ici que di s signes abréviatifs, qui sont ordinairement répandus dans les chartes et les manuscrits.

I. Généralités/Quand on considère les manuscrits et les chartes de certains siècles, on remarque un fait général dans la matière de l'écriture: c'est que l'écrivain était préoccupé, avantloul, delà penséed'aller vite et de mettre beaucoup de mots dans le moins de place possible. En conséquence les -abréviations sortent de sa plume à chaque instant : les unes sont des signes empruntés aux notes tironiennes, les autres sont des traits qui n'ont qu'une valeur de position, et dont la forme n'implique pas une signification .par- ticulière cl exclusive. L'écrivain, dans ce dernier cas, ne semble avoir voulu qu'avertir le lecteur de la présence d'une contraction ou d'une élision, en traçant un signe, soit au-dessus , soil dans quelques parties des lettres; cl ce signe est souvent unique dans la même pièce, et exprime toutes sortes d'abréviations (3).

Cependant il ne faudrait pas conclure de ce qui précède que les abréviations étaient toujours faites au hasard et sans signification propre; loin de là : quand on a une certaine expérience des chartes et des manuscrits, on parvient à reconnaître un certain nombre de signes abréviatifs d'un usage assez constant, et qui servent à peu près toujours dans des circonstances analogues, sinon semblables (fc). On «ne doit pas s'attendre néanmoins que les lypes qu'on en pourrait donner se rencontreront identiquement dans tous les monuments paléographiques du même temps : car autant d'écrivains, autant de plumes différentes ; cependant la physionomie des signes reste foncièrement la même, et rappelle généralemeut assez bien le mol ou les lettres abrégées.

Avant d'entrer dans le détail de ces différentes manières d'abréger, en usage d.ms les bas siècles, nous allons réunir quelques remarques historiques sur les abréviations depuis les temps anciens.

Abréviations dans les manuscrits.

On rencontre très-rarement des abréviations dans les plus anciens manuscrits; à l'exception de quelques sigles cousacrés par.

(I) Un frodlL. M. Chasaan, a publié nn tableau de principaux signes abrévialih dana as Paléographie, que aurons occasiou de consulter.

Page 1